- « Je vais tellement te manquer quand je serai partie, Daryl Dixon. »
Je me sentais tellement bien, là, avec lui, sous le clair de lune. Je voudrais pouvoir graver chaque détail de ce moment à tout jamais dans ma mémoire.
J'ai vu une autre facette de Daryl aujourd'hui, et ça m'a fait tellement de bien de voir que nous partageons la même souffrance. J'ai compris. Il ne m'ignorait pas parce qu'il ne me pensait pas digne d'être avec lui, ou par pure méchanceté. Non, il a juste tellement mal... Et c'est aussi pour ça qu'il a été aussi méchant avec moi aujourd'hui.
Il me regarde avec intensité, et je ne sais pas comment réagir. Je rougis. Pas parce que je suis gênée, mais parce que j'ai honte d'aimer qu'il me regarde comme ça. Je sais que l'alcool n'aide pas mais je commence à pense à lui d'une autre façon. Je rougis de plus belle et il doit le voir parce qu'il se relève gêné et me dit :
- « On devrait retourner à l'intérieur de la cabane. »
- « On devrait la brûler. » lui dis-je avec un petit sourire et un regard malicieux. Je sais ce que cet endroit représente pour lui, et je veux essayer de l'aider à oublier ses démons.
Il paraît réflechir, hésiter sur ce qu'il devait me repondre, jusqu'à ce que...
- « Il va nous falloir plus d'alcool. »
Je lui souris. On rentre et on asperge la cabane d'alcool. Je m'amuse comme une folle. Une fois que tout le liquide est renversé nous sortons, il me tend une liasse de billet.
- « Tu veux le faire ? » Me demande-t-il.
- « Oh que oui ! »
Je met le feu à la liasse et Daryl la lance. Tout se transforme instantanément en un gigantesque brasier et je me sens grisée devant ce spectacle. Un peu comme devant un feu d'artifice. Je fais un doigt d'honneur à la cabane et donne un petit coup dans le bras de Daryl pour qu'il fasse de même. Nous sommes donc côte à côte, le bras levé, devant un feu géant. Ensemble, on peut affronter le monde.
Les rôdeurs commencent à affluer autour du feu, génial ! Si on peut en brûler un ou deux, c'est toujours ça de pris. Mais il faut qu'on s'en aille et vite, on ne doit pas se mettre inutilement en danger.
…...
Quelque jours ont passé depuis le feu de joie, on a changé notre campement de place deux fois. J'en ai presque regretté d'avoir brûler la cabane.. On aurait pu y rester le temps de reprendre des forces, on était en sécurité, au chaud et on avait un toit solide. En ce moment, c'est rare d'en avoir autant.
Daryl m'apprend à chasser avec son arbalète, et je progresse vite. Il semble content de ma façon de me tenir et de viser. Pourtant au départ c'était pas gagné, j'avais même du mal à maintenir l'arbalète devant moi.
On est en train de traquer ce qui semble être un rôdeur et j'avance, l'arbalète en mains. Le voyant me regarder attentivement, je lui lance :
- « Je progresse. Bientôt je n'aurai plus besoin de toi. » lui dis-je pour le taquiner. Je lui souris et reporte mon attention sur l'arme entre mes mains.
- « Ouais, c'est ça. Continue d'avancer. » Marmonne-t-il.
Je lève les yeux au ciel, amusée. Je tombe enfin sur le rôdeur que je traque depuis plus d'une heure maintenant. Il est à 10 mètres de moi mais c'est encore un peu loin pour que j'arrive à le toucher. Je m'avance doucement. Alors que je me mets en position et m'apprête à tire, je ressens une douleur vive à la cheville, je m'effondre par terre sans comprendre ce qui m'arrive, je tire quand même une flèche dans la direction du mordeur mais celle ci le touche, mais n'atteint pas le cerveau. Daryl surgit derrière en courant, tue le rôdeur et se précipite vers moi. Je me concentre sur la cause de ma douleur : un piège à loup (ou peut être à rôdeur). J'ai marché dedans et il enserre douloureusement ma cheville. Daryl me regarde avec inquiétude, il m'interroge du regard et j'acquiesce d'un rapide hochement de tête. Il desserre rapidement le piège et en sort ma cheville qu'il tente de manipuler. Elle n'a pas l'air cassé, heureusement, mais c'est très douloureux. Je me relève et marche difficilement.
Après quelques minutes je demande à Daryl si on peut faire une pause. Il me se tourne vers moi et son regard est indéchiffrable, un peu comme si il essayait de résoudre une équation de tête. Ça me donnait presque envie de rire.
Il se retourne, change son arbalète de position et se penche en avant, me présentant son dos.
- « Allez, grimpe ! » Me dit-il.
- « Tu es sérieux ? » Je lui demande avec un sourire
- « On ne peut plus sérieux. »
Je m'approche de lui, attrape ses épaules et saute sur son dos. Il attrape immédiatement mes jambes et je m'accroche à son cou. Il fait quelque pas et me dit :
- « T'es plus lourde que t'en as l'air ! » Je peux presque entendre le sourire dans sa voix et je glousse.
- « Désolée, mon cher. Je cache bien mon jeu. » Je lui réponds en prenant un fort accent du sud. Je sais qu'il y a un presque sourire sur son visage et je suis triste de ne pas pouvoir le voir, c'est si rare...
Nous avançons comme ça pendant une bonne demi-heure, et nous arrivons devant une grande maison avec un cimetière devant, il commence à s'avancer entre les tombes puis s'arrête brusquement. Je vois immédiatement ce qui l'a stoppé. Devant nous, se tient une pierre tombale, gravée « Père bien aimé ». La douleur me submerge tandis que je revois le visage de mon père. Et celui du gouverneur pendant qu'il lui tranchait la tête. Daryl semble triste, presque autant que moi. Il se retourne et va chercher quelque chose. Il revient avec quelques fleurs, qu'il pose sur la tombe. Je le regarde et voit au fond de lui. Je vois un enfant dévasté, qui a tout perdu, qui a grandi sans sa mère, sans amour. Encore une fois on est unis, dans la souffrance. J'attrape sa main et entrelace mes doigts dans les siens. Il sert ma main, plus fort que je ne l'aurais imaginé.
...
Une fois devant la porte, Daryl donne un coup dans le mur et attend de voir d'éventuels rôdeurs surgir. Rien ne sort de la maison. Il rentre et inspecte minutieusement chaque pièce du rez-de-chaussée. Je le suis le plus discrètement possible. La maison est vide à part un cadavre dans un cercueil ouvert, dans la pièce principale. Daryl passe la main sur le visage du mort et la peau se décolle facilement. Il a dû être embaumé, et abandonné ici depuis un certain temps.
On descend au sous sol et là nous voyons plusieurs corps en décomposition, habillé comme pour un enterrement. C'est bien que quelqu'un se souvienne de comment nous traitions nos morts avant que cette foutue apocalypse ne vienne tout chambouler.
- « Il ne devait sûrement plus y avoir de poupées avec lesquelles s'amuser. » Me dit-il.
- « Moi je trouve ça beau ! La personne qui a fait ça se rappelle qu'avant tout ça, le monde était différent, et qu'on respectait les morts. Tu ne crois pas que c'est beau ? »
Il me regarde dans les yeux, intensément. Je donnerais cher pour savoir ce qu'il pense à ce moment précis.
Il ne me répond pas et se met en quête de matériel pour me soigner. Après avoir trouvé des bandages, il me fait asseoir sur un meuble, s'agenouille devant moi et attrape mon pied. Il retire ma chaussure et passe sa main sur ma peau, ce qui me fait réagir instantanément. Je sursaute et il retire sa main lève les yeux vers mon visage. Il s'excuse avec un regard et commence à dérouler la bande. Il enroule doucement mon pied dedans, puis il remet ma chaussure. La douleur revient et comme par réflexe je pose la main sur son épaule. Il me regarde surpris et se relève. Étant assise sur un meuble, c'est la première fois que mes yeux se retrouvent directement en face des siens. Je plonge mon regard dans ses yeux si bleus et je sens des papillons dans mon estomac. Je le trouve incroyablement beau. Je l'avais déjà remarqué mais je ne m'y étais jamais vraiment intéressée. Mes yeux commencent à descendre vers ses lèvres. Il le remarque et rougis. Il recule brusquement.
- « Euh... On devrait remonter en haut et voir si i manger... » Dit-il avant de se retourner et de partir sans me regarder.
Et merde !
