Je me lève et le suis dans la cuisine en prenant soin d'essuyer la deuxième larme qui venait de couler. On s'installe à table et on mange en silence, légèrement gênés. Moi parce que je venais de pleurer devant lui sans véritable raison, et lui parce qu'il ne savait pas comment réagir. En tant normal, il essaie d'arranger les choses, mais là, il ne peut rien faire de plus que ce qu'il a déjà fait. Je sais qu'il se sent impuissant, et peut-être aussi un peu triste de savoir qu'il ne me suffit pas pour me sentir mieux.
Il est triste de me voir triste, je le vois sur son visage. J'essaie de lancer une conversation, pour oublier tout ça.

- « Alors tu comptes dormir dans le cercueil cette nuit ? Ou tu préfères peut-être profiter du confort des ''vrais lits'' qu'il y a là haut ? » il me fait un léger sourire et je suis contente d'avoir réussi à changer de sujet.

- « Comment sont les chambres ? » me demande-t-il.

- « Assez petites mais bien installées. On peut aussi sortir par les fenêtres s'il y a un problème ici. Les lits sont grands et confortables, et il y a même une bibliothèque. On a deux chambres donc on peut avoir chacune la nôtre et dormir en même temps vu que nous sommes sécurité. » Je lui réponds.

Bien que je n'ai aucune envie de m'éloigner de Daryl cette nuit, je me dis que ça devrait lui faire du bien que je lui laisse un peu d'espace. Il est en permanence avec moi depuis la chute de la prison, et je me doute que passer son temps avec une fille de 17 ans ne doit pas faire partie des activités préférées de Daryl Dixon. Mais en même, je pense à toutes les choses qu'on pourrait faire, tous les deux, seuls, dans le même lit... Nan ! Arrête Beth !

- « Hors de question qu'on se sépare cette nuit ! Imagine qu'il se passe quelque chose, il faut qu'on puisse se défendre ensemble. » Me dit-il à ma grande surprise, me sortant de mes pensées. C'est logique, c'est vrai, mais je ne pensais pas qu'il refuserait ma proposition de manière si sèche.

- « Oui, d'accord... » je lui dis simplement. Il me lance un rapide regard puis se concentre de nouveau sur son pot de confiture.
Quelques minutes passent et le silence devient trop pesant pour moi.

- « Qu'est ce qu'on va faire si les gens qui habitent la maison reviennent ?. » Ca fait un moment que je me pose la question, mais je n'avais pas encore osé aborder le sujet.

- « On verra.. Tu sais peut-être qu'on peut rester rester ici quelque temps. Peut être qu'ils ne reviendront pas, et si ils reviennent peut être qu'on pourra s'arranger avec eux. Peut être qu'on devra partir mais peut être que ça marchera... » me répond-t-il sans vraiment me regarder.

- « Alors tu crois qu'il reste encore des gens bons ? Qu'est ce qui t'a fait changer d'avis ? »

- « Tu sais... » me répond-t-il avec une voix grave.

- « Quoi? » Je lui demande en souriant, ne voyant pas où il voulait en venir. Après une longue attente il lève les yeux vers moi et me répond:

- « Mmhmm. »

- « Non pas ''Mhmhmm''. Qu'est ce qui t'a fait changer d'avis ? » Je ne vois pas ce qu'il veut dire mais ses yeux me scrutent avec la même intensité que les autres fois. Il ne me quitte plus du regard et j'arrête peu à peu de sourire quand je comprends, après de longues secondes que, tout à coup, tout était devenu incroyablement sérieux. Voulait-il dire que j'étais la raison ? Voulait-il dire que j'étais un peu plus qu'une fille qu'il essaie de garder en vie par obligation ?

- « Oh... »

Je ne vois pas quoi répondre d'autre, je suis troublée. Ses yeux se détournent petit à petit de moi, et je voudrais trouver quelque chose à lui dire, lui montrant que moi aussi je tiens à lui.

- « Sans toi, je n'aurais pas survécu. C'est grâce à toi que j'ai continué de me battre. » je lui réponds enfin, il lève à nouveau les yeux vers moi mais cette fois, avec une interrogation dans le regard.
Il me demande si je veux vraiment dire ce qu'il pense que je veux dire. Je crois que, au fond de moi, j'espérais qu'il ne comprendrait pas ce à quoi je faisais allusion. Mais il a compris, et c'est sûrement l'une des raisons pour lesquelles je l'apprécie tant. Sans lui, j'aurais tout simplement laissé tomber. J'ai fait une tentative de suicide alors que j'étais entourée de ma famille, que j'avais encore ma maison et mes repères... alors, après avoir vu mon père mourir, après avoir perdu tout ceux à qui je tenais en seulement quelques minutes, si j'avais été seule, sans Daryl et sa force, rien n'aurait pu m'empêcher de sombrer à nouveau. Il a réussi à me convaincre que je devais survivre, coûte que coûte. Puis, il m'a montré que j'étais devenue forte moi aussi. Il ne s'est même pas rendu compte à quel point il m'aidait, et je crois que c'est comme ça que j'ai commencé à tomber pour lui. Il m'a sauvée... physiquement, bien sûre, et de nombreuses fois, mais émotionnellement aussi. Personne n'avait réussi à me donner envie de vivre comme lui.

Il me regarde toujours, et je hoche légèrement la tête pour confirmer ce qu'il pensait. Il baisse les yeux et semble réfléchir vivement, alors que je l'observe toujours. Il a l'air tellement perdu, puis il relève brusquement les yeux pour les plonger dans les miens...

- « Beth... » murmure-t-il avec de la souffrance dans la voix.

J'ai besoin de partir, sinon je vais me remettre à pleurer devant lui, et je ne veux pas. J'ai besoin de faire le point, seule. Je pense que lui aussi en a besoin, alors je me lève et lui lance, avec un léger sourire forcé:

- « Je vais me coucher, on se voit là haut. » Je m'approche de lui et dépose un baiser sur sa joue. Il hoche légèrement la tête en signe de réponse, le regard perdu dans le vague.

Je monte les marches avec de grandes enjambées et prend mon sac au passage pour me réfugier dans la deuxième chambre. Une fois arrivée, j'allume une bougie et m'assois sur le rebord du lit, puis me mets à sangloter. Je ne veux pas pleurer mais j'ai été forte trop longtemps et j'ai juste besoin de craquer. Je reste assise seule 10 bonnes minutes, et décide de me reprendre. Les larmes continuent de couler mais il faut que je dorme un peu. Je retire mes chaussures, mon pantalon (il fait encore chaud, et j'ai toujours détesté dormir avec un pantalon, alors quand je peux me le permettre, je l'enlève). Et m'allonge sous la couette. Le confort à l'état pur. Le matelas est tellement moelleux, et les couvertures sont si douces ! C'est un luxe quand ça fait plusieurs jours qu'on dort à même le sol, sans moyen de se couvrir, et pas plus de 4 heures de suite.
p style="margin-bottom: 0cm;"J'appréhende un peu le moment où Daryl va venir se coucher, c'est la première fois qu'on va dormir dans le même lit, et en même temps. Quand on a fui la prison, on était obligé de rester sur nos gardes, et de dormir chacun notre tour pour monter la garde. Mais là, la totalité de la maison est barricadée. Si un rôdeur approche, on l'entendra grâce aux alarmes installées dehors, et de toute façon il ne pourra jamais entrer. Et si c'est un humain qui approche, la seule façon pour lui d'entrer est de briser une fenêtre, on l'entendra immédiatement. Le temps qu'il entre, nos armes seront pointées sur sa tête. Donc nous pouvons nous détendre un peu, et en profiter pour reprendre des forces.
Je ne sais pas ce que fait Daryl en bas, mais moi je profite au maximum du lit. Ça fait un bien fou ! Juste se détendre, et réfléchir. J'ai même arrêté de /Je pense un peu au reste du groupe aussi, ont-ils un lit confortable eux aussi ? Un toit sur la tête ?
Comment va Maggie ? Et Glenn ? Et Rick ? Oh Rick... mon dieu... il doit tellement souffrir. Même s'il est avec Carl, il ne sait pas ce qu'il s'est passé avec Judith. Il ne sait pas que j'ai retrouvé son landau ensanglanté, sans elle à l'intérieur.. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais je sais que ça ne veut rien dire de bon.

Perdue dans mes pensées, je ne fais pas vraiment attention aux pas de Daryl dans l'escalier. Ça doit faire maintenant plus d'une heure que je suis montée. Il s'approche de la porte et l'ouvre doucement. Il doit penser que je dors. Je ne fais rien qui pourrait lui faire penser le contraire. Il entre et je sors définitivement de mes pensées. Il pose ses affaires de l'autre côté du lit, et se glisse sans bruit sous les couettes. Je l'entends soupirer de plaisir, et j'esquisse un sourire. Il est aussi heureux que moi de ce lit. Je suis dos à lui mais je sens sa chaleur affluer vers moi. Je me sens encore mieux maintenant (enfin si c'est possible).
Je me retourne vers lui, incapable de m'en empêcher. Il tourne la tête vers moi et a l'air surpris de voir mes yeux ouverts. Je le regarde dans les yeux, éclairés pas la faible lumière de la lumière de la bougie.

- « Tu dors pas ? » Cela ressemblait plus à une déclaration qu'a une question.

- « J'y arrive pas. »

Il me regarde dans les yeux encore quelques secondes, puis détourne les yeux, pour regarder le plafond. Je change de position pour me mettre sur le dos, et fais de même.

- « Ils te manquent à toi aussi ? » Je lui demande en chuchotant.

- « Oui... » me répond-t-il, comprenant immédiatement de qui je voulais parler.

- « On va les revoir. Je le sais. » lui dis-je en le regardant à nouveau.

- « Comment ? » me demande-t-il en gardant les yeux sur le plafond./p

- « Parce que je garde espoir. Et si on a pu survivre à tout ce qu'il s'est passé à la ferme, on doit pouvoir survivre à ça. On est égarés, mais on va tous se retrouver à nouveau. C'est comme ça. » Je pose ma main sur la sienne, et la serre légèrement. Il ne me répond mais je sens que l'émotion le submerge. On reste comme ça quelques minutes, puis je retire doucement ma main et ferme les yeux. Le sommeil ne tarde pas à venir. Et je me laisse aller...