Je tends l'oreille et entends des grognements de rôdeurs au loin.

Je les distingue à peine du vent, je ne sais même pas comment a fait Daryl pour réagir aussi vite. Ils se rapprochent, et c'est un groupe, au moins huit ou dix. Heureusement que Daryl les a entendu, on aurait peut-être pu ne pas s'en sortir cette fois-ci.
Daryl regarde discrètement derrière l'arbre, puis se penche délicatement à mon oreille, voyant certainement la panique dans mon regard, et me murmure :

- « Ils changent de direction. » le plus silencieusement possible. Je soupire, discrètement, de soulagement. Sans bruit, je laisse tomber le lapin par terre.

Le sentir si fort, contre moi, fait battre mon cœur, bien plus vite qu'il n'aurait dû. Daryl doit le remarquer, car il plonge ses yeux dans les miens, et je rougis. Que je déteste rougir comme ça ! Maintenant, il doit avoir une idée précise de ce que j'ai en tête.
Inconsciemment, je crois, il me sert encore plus fort, et j'en ai presque mal. J'ai tellement envie de l'embrasser, là, maintenant. Je pose une main sur la sienne, toujours posée sur ma taille, puis remonte délicatement sur son bras, d'abord, puis sur son épaule, son dos, sa nuque... J'ai tellement chaud, j'ai presque la tête qui tourne. J'approche progressivement mes lèvres des siennes, et il semble en avoir envie lui aussi. Il me regarde avec tellement d'intensité... Nous ne sommes plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Il s'avance un peu, et au dernier moment, change de directement, ne me regarde plus, grogne et serre la mâchoire. Cela semble lui faire mal de se retenir.
Déçue, je repose ma tête contre le tronc d'arbre. Il libère petit à petit mon corps et recule. Les rôdeurs ne sont plus là, ils sont partis sans nous voir. Gênée et vexée, je m'éloigne de mon tronc d'arbre, récupère le lapin et reprends mon chemin sans un regard vers Daryl. Je l'entends soupirer, presque imperceptiblement, derrière moi. Puis il se résigne à me suivre.

…...

On a marché deux bonnes heures, avant d'arriver à la maison. Sur le chemin, j'ai tué deux rôdeurs d'énervement. J'ai réussi à me défouler un peu, du coup, je suis un peu plus calme maintenant. Lui m'ignore toujours. Il a passé le chemin du retour à ramasser du bois pour le feu de ce soir.

En rentrant, je pose le lapin sur la table de la cuisine. Puis commence à m'éloigner, sans un regard vers Daryl, avant de lui lancer:

- « J'ai du sang partout. » pour seule explication.

Je me dirige vers la salle de bain, et y rentre. Une fois devant le miroir, je me rends compte que j'ai, effectivement, du sang partout. Un peu sur le visage, beaucoup dans les cheveux, et des tâches sur la veste. Je commence bien sûr par la veste. Le sang disparaît rapidement. Puis je m'attaque à mon visage et à mes cheveux. Là c'est un peu plus long. Même après avoir frotté un moment, j'ai l'impression que mes cheveux sont toujours rouge. C'est sûrement faux mais c'est comme ça. Je termine de me laver, puis redescends. Daryl est en train de dépecer le lapin. C'est gentil, il sait que je ne voulais pas le faire, et le fait donc pour moi. Quand il m'aperçoit, il lève les yeux vers moi.

- « Ça va mieux ? » me demande-t-il, avec gentillesse.

- « Ouais. J'ai laissé la veste en haut, le temps qu'elle sèche. » je lui répond un peu sèchement. Et puis faire allusion au fait que je n'ai qu'un très léger débardeur en guise de haut me fait plaisir. Il baisse les yeux.

- « On va faire le feu dans la cave. C'est moins dangereux. On entrouvrira les fenêtre pour la fumée. » me répond-t-il. J'hoche la tête pour acquiescer.

En attendant le moment de manger, je vais rechercher le livre que j'ai commencé hier pour m'occuper. ''La Nuit des Temps'' de Barjavel. J'ai bien aimé le début. J'avais déjà lu un livre de Barjavel quand j'étais au lycée. J'aime beaucoup sa façon d'écrire. L'histoire se déroule à la fois dans notre monde contemporain, et dans un autre monde, beaucoup plus ancien et développé. Cet autre monde, subit lui aussi, l'apocalypse. Et le personnage principal, ayant survécu, souffre de ne pouvoir être avec l'homme qu'elle aime d'un amour absolu et sincère...

Je veux absolument lire la suite alors déplace un fauteuil depuis le salon jusqu'à la cuisine pour être confortablement installée, près de Daryl. Puis me plonge dans la lecture de ce livre magnifique.

Après quelques temps, une larme commence à couler sur ma joue, puis je renifle. Daryl lève les yeux vers moi, et me demande, inquiet :

- « Qu'est-ce qu'il se passe ? »

- « Rien... c'est juste magnifique et terriblement triste... » lui dis-je en désignant mon livre.

Après quelques secondes d'hésitation, il lance :

- « Ça parle de quoi ? »

- « Ça parle d'une femme, qui a survécu à la destruction de son monde, très longtemps auparavant, et qui ne peut se remettre de la disparition de l'homme qu'elle aime follement. Elle le pense mort depuis plus de 900 000 ans. Ça parle aussi d'un scientifique qui tombe amoureux d'elle. Et de ce nouveau monde qu'elle ne connaît pas. »

- « Une apocalypse, hein ? Tu sais les choisir, les livres. » me dit-il, en faisant genre de ne pas s'intéresser à ce que je viens de lui dire. Après tout, ce n'est pas dans la nature de Daryl Dixon de converser à propos d'une histoire d'amour.

- « Sûrement. » je lui réponds avant de me replonger dans mon livre.

Deux heures plus tard, Daryl veut commencer à faire le feu. Je referme mon livre et l'accompagne. Une fois au sous-sol, Daryl dépose le bois ramassé plus tôt dans une sorte de grande cuve à l'horizontale (je refuse de me demander à quoi cela pouvait bien servir, au moment où la maison funéraire était encore en activité). Il allume des brindilles avec un briquet, puis les place au milieu du tas de bois. Au bout de dix minutes, le feu commence à bien prendre. Il embroche le lapin sur une sorte de pique taillée à la va-vite. Je le regarde faire, et me détend complètement. Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que je le vois agir comme un ''survivant'', j'arrive à me détendre. Peut être que c'est parce qu'il joue tellement bien aux survivants que ça en est rassurant.

Il met le gibier au dessus du feu, et le laisse cuir pendant quelques minutes. Pendant ce temps, je parcours tout son corps avec mes yeux. Ses bras musclés surtout... Je rougis à nouveau toute seule.

- « Beth ? »

- « Mmh ? »

- « Pourquoi tu me regardes comme ça ? » me demande-t-il doucement.

- « Comment ? » je lui réponds, en faisant semblant de ne pas savoir où il voulait en venir, un peu honteuse.

- « Tu sais... »

- « Non, Daryl, je ne sais pas ! Comment peux-tu savoir comment je te regarde alors que tu me tournes le dos ? » je lui demande, plus énervée par moi-même que par lui.

Il pose le lapin, se relève et se tourne vers moi, sans s'approcher.

- « Ne joue pas à ça. » me dit-il calmement.

Pendant un instant, j'hésite à lui demander à quoi il pense que je joue. Mais je repousse rapidement cette idée. Ça ne sert à rien que je passe pour une idiote.

- « Bon, d'accord... Mais sois honnête, tu n'en as pas envie toi aussi ? » je lui demande avec un mélange d'irritation et de passion dans la voix.

- « Beth ! Je n'ai pas le droit ! ON n'a pas le droit ! Tu es beaucoup trop jeune et … je ne peux pas faire ça à ton père. » me répond-t-il avec regret.

- « Mais tu en as envie, pas vrai ? Ça crève les yeux ! »

- « C'est pas la question, Beth... »

Je suis surprise et déçue par ses réponses, mais je veux me battre.

- « Si c'est justement la question. La seule à laquelle je veux une réponse. Tu en as envie ? » je termine presque dans un murmure.

Il inspire fort, ferme les yeux, le visage la mâchoire serrée.

- « Oui... » dit-il dans un soupir.

- « C'est vrai ? » je veux être sûre de ce que je viens d'entendre. Il me lance un regard assassin, mais je jubile intérieurement.

- « Oui, Beth. J'en ai envie aussi. » me dit-il plus fort et déterminé cette fois-ci. Puis se retourne, et se rassois pour terminer de cuire notre repas.

Il doit sûrement se dire que je vais le laisser tranquille, après avoir obtenu ce que je voulais. Il a tord.