Après le repas, Daryl reste dans le sous sol pour éteindre le feu et aérer la pièce. Je remonte et nettoie rapidement mes couteaux. J'en ai trois en tout, mais je n'en utilise que deux. Le premier, c'est Maggie qui me l'a donné, après une de ses missions de ravitaillement. Le deuxième, c'est Daryl qui me l'a donné, alors que nous venions de nous enfuir de la prison. Ils m'ont sauvé la vie plus de fois que je ne peux m'en rappeler, et aujourd'hui encore, ils ont goûté au sang, et en sont encore recouverts. Je les passe sous l'eau, jusqu'à les faire briller.

C'est vraiment pratique d'avoir de l'eau en libre accès, bien sûr on ne peut pas la boire. Il n'y aucun moyen de savoir ce qu'il y a dans cette eau. Comme à la ferme de mon père. Un rôdeur était tombé dans le puits, et avait fini par contaminer l'eau.
Si nous voulons boire de cette eau, il va falloir la faire bouillir. J'en parlerai demain à Daryl. De toute façon, on ne va pas avoir le choix, notre réserve actuelle n'est pas illimitée. Et puis, je n'ai pas spécialement envie de partir en mission de ravitaillement maintenant. Je veux juste profiter de notre maison. En plus, nous n'avons pas de voiture, ou de moto. Nous serions en danger en permanence. Et puis une mission de ce genre dure au moins deux jours. Je sais que Daryl ne va pas tarder à vouloir y aller, mais je redoute ce moment. Je n'ai pas vraiment peur, mais maintenant que nous avons trouvé un endroit sûr et agréable, je n'ai aucune envie de retourner risquer nos vies en marchant à découvert pendant des heures.

D'un autre côté, plus nous sortons, plus nous avons de chances de retrouver le groupe. Mais au fond de moi, je ne sais pas si j'en ai réellement envie. Les retrouver voudrait dire apprendre qui n'a pas survécu. Si Maggie n'a pas survécu, et bien je préfère croire qu'elle est toujours en vie avec notre groupe, qu'elle va bien, et qu'elle est avec Glenn.
Il y a mon père aussi... J'ai l'impression, que, maintenant que je suis séparée du groupe, j'arrive à me dire qu'il est encore en vie, qu'il a réussi à s'enfuir avec Michonne, qu'il est heureux et en sécurité. Je sais que c'est faux, mais c'est plus facile de me dire ça pour l'instant. Et le fait de retrouver les autres me ramènerait à la réalité, je crois que je ne suis pas encore prête.
En plus, je me suis habituée à être seule, ou avec Daryl. Et même si notre groupe me manque, ce serait bizarre de devoir à nouveau vivre en communauté, comme à la prison. Il me faut un peu plus de temps.

Pendant que je réfléchis à tout ça, la nuit commence à tomber, et je vais allumer les bougies dans le salon. Daryl remonte et s'assoit dans la cuisine pour tailler des flèches dans certains des bouts de bois ramassés cet après-midi. Je m'approche lentement de lui, comme si j'essayais d'approcher un animal sauvage.

- « Tu sais, si tu m'apprends à le faire, on ira deux fois plus vite. » lui dis-je gentiment.

- « C'est toi qui le dis. » me grogne-t-il.

- « Daryl ! »

Il lève des yeux énervés vers moi, puis se radoucit.

- « Bon assis-toi. » se résigne-t-il, en me désignant la chaise à côté de lui. Je m'exécute rapidement.

Il commence à me montrer quel bois choisir, celui qui ne risque pas de casser. Il m'explique comment le tailler pour qu'il reste droit. Il me dit que la flèche doit absolument être droite, sinon on ne peut pas tirer avec. Il me fait essayer et me montre chaque mouvement, un par un.
C'est un excellent professeur. Le meilleur.

Au bout d'une heure, il me laisse faire toute seule mais continue à m'observe tandis qu'il taille une flèche absolument parfaite. Il est tellement concentré sur ce qu'il fait (et sur moi en même temps) que ça en est absolument fascinant. Chacun de ses gestes est précis et ses mains sont expertes.
Je termine une flèche et la pose devant lui pour qu'il me dise ce qu'il en pense. Il pose la sienne et son couteau sur la table afin d'inspecter mon travail.

- « Pas mal. Mais tu dois encore t'entraîner. » m'encourage-t-il. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres et j'entame un nouveau bout de bois.

Nous taillons des flèches comme ça encore une heure puis je décide d'aller me coucher. Il doit être aux alentours de 22h et je commence à être vraiment fatiguée.

- « Je vais dormir, tu montes dans combien de temps ? » je lui demande, en me levant.

- « Pas longtemps. » me dit-il sans me regarder, toujours concentré sur son travail.

- « A tout à l'heure. » je passe derrière lui, pose ma main sur son épaule, me penche et dépose un baiser sur sa joue. J'avoue prendre mon temps pour me décoller de lui. J'aime tellement être proche de Daryl, et puis son odeur... C'est un mélange léger de musc, de terre, de cigarette et de cuir. C'est une odeur tellement masculine, rassurante et enivrante. Comment fait-il pour sentir aussi bon alors même que nous n'avons plus accès aux déodorants, parfums, eaux de toilettes ? Cela restera un mystère... Toujours est-il que je dois m'éloigner de lui, alors je me relève et sort rapidement de la cuisine. Je monte l'escalier et entre dans notre chambre. Je me déshabille, garde juste une culotte et mon débardeur. J'ai même enlevé mon soutien-gorge, pour plus de confort. Je ne cherche absolument à le cacher dans mon sac, et le laisse même traîner par terre. J'ai envie de torturer un peu Daryl. Bloquée, seule avec lui et sa mauvaise humeur, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas m'amuser un peu.
Je récupère rapidement le peigne que j'avais posé sur la table de chevet puis me brosse les cheveux. Cela fait tellement de bien d'avoir les cheveux propres, démêlés et détachés. Avec l'apocalypse, je n'avais pas vraiment pu aller chez le coiffeur, si bien qu'ils m'arrivent maintenant en dessous des côtes. J'ai l'impression d'être envahie de cheveux, mais ça ne me dérange pas, j'ai toujours adoré les cheveux longs.
Je m'allonge enfin dans le lit, et soupir de plaisir. Mes muscles me font un peu mal. Marcher et me battre reste douloureux pour moi. C'est naturel pour Daryl, mais nouveau pour moi.
Je repousse les couettes sur mes jambes et m'allonge sur le ventre, la tête tournée vers la bougie. J'avais envie d'attendre Daryl dans cette position. Je suis diabolique, je sais.

J'attends encore 15 bonnes minutes avant d'entendre ses pas dans l'escalier. Je ferme les yeux et ne bouge plus, voulant faire semblant de dormir. Il ouvre doucement la porte, entre dans la pièce et je l'entends se tendre d'un seul coup.

- « Beth. » grogne-t-il.

- « Moui... ? » je le questionne, d'une vois faussement ensommeillée. Je me retourne, et m'étire longuement. Je sais qu'il me regarde mais je garde les yeux à moitié fermés.

Il ne me répond pas et reste debout devant le lit encore quelques secondes.

- « Rien. » me répond-t-il, avant de se retourner pour fermer la porte.

Il s'approche du lit sans me regarder et s'assoit sur le rebord, dos à moi. Il passe la main sur son front et se frotte les yeux.

- « Daryl ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

- « Rien. » me répète-t-il plus fermement cette fois-ci.

Je décide de ne pas insister, referme les yeux et m'installe confortablement, sur le dos, une main au dessus de la tête, dans mon oreiller, l'autre le long de mon corps, et les couvertures toujours uniquement sur mes jambes. J'entends Daryl retirer sa veste et ses chaussures. Puis s'allonger à son tour, à côté de moi. Je sens son regard sur moi, mais ne réagis pas, malgré les légers picotements partout dans mon corps. Je savoure juste la sensation. Je pourrais vite y devenir accro. Ma respiration est plus rapide et mon cœur accélère. J'ai envie de lui. Mais pas ce soir, c'est pas encore le bon moment. Mais un jour ça le sera.

- « Daryl ? » je l'appelle avec une voix un peu plus aiguë que d'habitude.

- « Mhmm ? » m'invite-t-il à continuer.

- « Tu en as envie, toi aussi ? » je lui demande encore.

- « Oui, Beth. » me répond-t-il, avec une voix grave et douce à la fois.

Je souris, les yeux toujours fermés. Je ne me lasse pas de l'entendre. Je sais qu'il s'interdit de craquer, mais aussi qu'il me désire, autant que je le désire. Daryl Dixon me désire... Les papillons dans mon ventre sont de retours. Et j'aime cette sensation. Ça me rend heureuse.
Quelques minutes passent sans qu'aucun de nous deux bouge ou prononce un mot. Le sommeil commence à m'envelopper et je m'endors rapidement.

...

Quelques heures plus tard, je me réveille après avoir rêvé que je me retrouvais seule, entourée de rôdeurs. Reprenant peu à peu conscience de la réalité, je me rappelle que je suis en sécurité dans notre maison, et que Daryl est avec moi, en train de dormir. Il ne laisserait jamais quelque chose comme ça m'arriver.

En parlant de Daryl, je ne sais pas comment c'est arrivé, mais je suis enroulée autour de lui. Ma tête est sur son épaule, ma main sur son torse, et ma jambe gauche sur la sienne. Je sens son cœur battre sous la paume de ma main, et sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration. Son bras à lui entoure ma taille et sa main est posée au creux de mes reins. La sensation est divine. Je me sens entièrement connectée à lui. Je ne sais pas s'il s'est rendu compte de notre position, mais je n'ai pas l'intention de bouger jusqu'à ce qu'il se réveille.
Je referme les yeux, et savoure la situation une minute ou deux, avant de me rendormir.