Nous marchons en silence, en direction de la maison. Aucun de nous deux n'a la force de prononcer un mot. Et même si nous l'avions, nous ne saurions absolument pas quoi dire.

On ne se regarde même pas. Je ne sais pas si c'est à cause de l'embarras, ou de peur de retomber à nouveau dans les bras l'un de l'autre.

Nous tombons sur un rôdeur, et je laisse Daryl s'en occuper. Il le tient en joue avec son arbalète, et lui tire une flèche qui lui traverse le crâne. Il s'effondre et nous continuons notre chemin sans lui prêter plus d'attention.

Au bout de quelques dizaines de minutes supplémentaires, nous atteignons notre maison.

Le soleil commence doucement à descendre dans le ciel. Il doit aux alentours de 15h.

Je suis contente d'être enfin rentrée, je suis épuisée. Nous marchons depuis des heures, avec des sacs remplis de boîtes de conserves. En plus de ça nous nous sommes battus, et nous... Enfin... vous savez quoi.

En fait, je ne suis pas sûre moi-même de ce qu'il s'est passé.

En pénétrant dans notre maison, nous déposons nos sacs sur la table et je retire ma veste, la pose sur une chaise et commence à partir en direction de l'escalier.

- « Je vais me laver. » je lance à Daryl.

- « Mhmhm. » me répond-t-il simplement, sans vraiment d'intéresser à ce que je lui dis.

Je sors de la cuisine, et sors de son champ de vision, puis me stoppe nette, en bas de l'escalier, lorsqu'une idée me traverse la tête.

Je retire mon t-shirt, et retourne lentement, un sourire aux lèvres, dans la cuisine. Daryl me tourne le dos, il est en train de ranger notre butin dans les placards.

- « Tu veux venir m'aider ? » lui dis-je avec une voix un peu aguicheuse.

Il se tourne vers moi immédiatement, et je lis l'étonnement dans son regard puis de l'admiration. Il a envie de me dire oui, je le vois. Et j'ai envie qu'il me dise oui.

Il reprend ses esprits et me répond, d'une voix désinvolte :

- « Une autre fois, gamine. »

Je ne sais pas comment réagir, il m'appelle rarement comme ça et à chaque c'est pour mettre une distance entre nous. Il se retourne et fais mine de se concentrer sur le rangement de la nourriture.

Je m'approche doucement de lui, pose une main sur son épaule :

- « Tu en as envie, toi aussi ? » je lui demande encore et toujours.

Il ferme les yeux puis les rouvre, comme si cela lui demandait de faire un effort pour me faire face.

- « Oh oui Beth, j'en ai envie. »

Satisfaite, je me mets sur la pointe des pieds, dépose un léger baiser sur ses lèvres, puis m'éloigne de lui pour quitter la cuisine.

Une fois dans la salle de bain, je m'assois quelques minutes sur le rebord de la baignoire et réfléchis un peu à tout ça.

Je me sens comme sur un nuage, mais d'un autre côté j'ai un peu peur de la suite.
Je veux dire, et si ça se passe mal ? On est seuls, on ne peut pas vraiment se permettre de ne plus se parler ou de s'éviter.

Et question sentiments... j'y ai réfléchi, et quand j'ai vu Daryl se sacrifier pour me sauver aujourd'hui, quand j'ai cru le perdre, j'ai compris que je l'aimais. Plus que je n'avais jamais aimé personne. Je sais, c'est un peu fleur bleue, dit comme ça, mais c'est ce que je ressens.

Maintenant, je sais que c'est plus que simplement une attirance physique.

J'aime tout en lui. Même quand il me parle méchamment, ou qu'il m'ignore, je l'aime.

Plus le temps passe, et plus ce que je ressens est fort.

Je n'arrive pas à m'imaginer aimer quelqu'un d'autre que lui. C'est comme ça.

Je mourrais pour lui, et lui pour moi.

C'est comme une évidence.

Après cette importante séance de réflexion je décide finalement de me laver. Après tout, c'est pour ça que je suis ici. Et puis, je suis couverte de sang et d'autres choses... Je ne veux pas essayer de savoir ce que c'est. Se battre avec des rôdeurs implique forcément de recevoir des choses non-identifiées peu ragoûtantes sur soi. Ça fait partie du job.

Je rentre dans la douche. L'eau est toujours froide mais ça fait du bien de voir la saleté se décoller de mon corps pour couler sur le sol de la douche et enfin disparaître dans les canalisations.

Une fois fois propre, je sors et m'essuie frénétiquement avec une serviette.

Je brosse mes cheveux avec mon petit peigne, et une fois les nœuds totalement éliminés, je sors de la salle de bain pour aller chercher des vêtements propre dans la chambre.

Mes deux jeans, mes trois hauts et mes deux paires de sous-vêtements sont tous sales. Il faut impérativement que je les lave si je veux pouvoir me rhabiller.

Je rassemble tous mes vêtements en boule, prend ceux de Daryl aussi, et emmène le tout dans la salle de bain.

Dans le fond d'un placard, je trouve une vieille bouteille de lessive.

Je n'ai pas de machine à laver fonctionnelle sous la main, mais si je fais tremper tous les vêtements dans la baignoire avec de l'eau chaude, et que je frotte fort, cela devrait fonctionner.
Le problème c'est l'eau chaude...
Il faut que Daryl fasse un feu. Comme ça je remplirai plusieurs casserole d'eau, que je ferai bouillir.

Je vais en parler à Daryl, mais je ne peux pas rester en serviette le reste de la journée. Alors je décide de retourner faire un tour dans la pièce au fond du couloir. La pièce remplie de vêtement.

Une fois à l'intérieure, je cherche dans tous les recoins et arrive à me constituer une tenue. J'ai trouvé un t-shirt, manches trois quart, en dentelle blanche, et un pantalon kaki très confortable. Je sais déjà que mon haut ne restera pas blanc très longtemps.

J'ai aussi trouvé un ensemble soutien-gorge/tangua rouge.

Je ne suis pas habituée à porter de la lingerie aussi sexy mais pour l'instant c'est tout ce que j'ai trouvé à ma taille.

Je m'habille rapidement, dépose ma serviette avec le reste de nos vêtements, dans la salle de bain, et redescends.

- « Daryl, j'ai trouvé de la lessive. On va pouvoir laver nos vêtements mais il faut faire bouillir de l'eau. Tu veux bien qu'on aille faire un feu ? »

- « Si tu veux. » me répond-t-il. «Tu t'es changée ? » reprend-t-il après une hésitation.

- « Oui, je ne voulais pas remettre mes vêtements sales, et j'ai trouvé ça dans la pièce au fond du couloir. » je lui explique rapidement.

- « J'aime bien. » me dit-il sans vraiment me regarder.

Je vois bien qu'il essaie de faire un effort. A mes yeux, il n'a pas besoin de se forcer à quoi que ce soit, mais peut-être a-t-il peur de passer pour un connard qui essaie de coucher avec moi, et qui n'en a plus rien à faire après. Je sais qu'il n'est pas comme ça, mais son compliment me va, tout de même, droit au cœur.

Un grand sourire se dessine sur mes lèvres.

- « Merci ! Je suis contente que ça te plaise. »

- « Pour le feu, faut que j'aille chercher du bois. Attends ici, j'en ai pour trente minutes. » me dit-il en prenant son arbalète.

- « Euh... d'accord, mais t'es sûr que tu veux pas que je vienne ? »

- « Ouais. Reste ici. » insiste-t-il.

- « Comme tu veux. » lui dis-je avec un léger sourire forcé.

Je sens que je vais passer la prochaine demi-heure à m'inquiéter pour lui.

Il passe la porte sans me regarder, et une part de moi veut le retenir pour l'embrasser avant qu'il parte. Mais je ne veux pas passer pour la fille accro qui ne peut même pas le lâcher pour quelques minutes.

Bon bah je me retrouve toute seule... Du coup je vais chercher mon livre, m'installe dans le canapé et me plonge dans la lecture.

Un coin de ma tête continue à penser à Daryl, mais je ne la laisse pas prendre le dessus.

Je ne sais pas exactement combien de temps passe, mais je sais que plus d'une demi-heure s'est écoulée, et Daryl n'est toujours pas là.

Je décide d'attendre encore quelques minutes avant de partir à sa recherche, quand je crois entendre des voix. J'ai l'impression d'entendre plusieurs hommes parler.

Peut-être que je l'imagine, mais je préfère penser que je l'ai vraiment entendu. Je saute sur mes pieds silencieusement, me dirige discrètement vers la cuisine puis récupère ma veste et mes armes.

- « Non ! Je vis seul ici ! »

C'est la voix de Daryl, et il s'adresse à quelqu'un.

Il a parlé plus fort que d'habitude. C'est un message pour moi. Il faut que je me cache.

J'efface toutes les traces de ma présence et descends à la cave tandis que les hommes s'avancent sur le perron.

Je ferme la porte du sous-sol derrière moi et reste dans l'escalier pour tenter de comprendre ce que font ces hommes ici.

- « Une si jolie maison pour toi tout seul ! Je suis sûr que tu peux partager avec des compagnons de route. » dit une vois grave. On pourrait croire que l'homme dit ça gentiment mais de là ou je suis, je peux entendre la menace à peine dissimulée dans sa voix.

- « Écoutez les gars, je suis arrivé ici avant vous. C'est ma maison maintenant, et vous, j'vous connais pas. J'aime bien la solitude. Alors pas la peine d'en venir aux mains. Vous n'avez qu'à simplement sortir d'ici, ne jamais revenir et tout se passera sans violence. » dit Daryl légèrement menaçant lui aussi.

J'entends un éclat de rire malveillant.

- « Parce que tu crois que tu aurais une chance face à nous trois ? Tu crois que t'es qui ici ? T'es juste un pauvre mec tout seul dans une maison qui n'est plus la sienne. A partir de maintenant, TA maison, et tout ce qu'il y a dedans, m'appartiennent. Tu peux toujours essayer de protester mais t'es seul face à nous. » Dit l'homme qui semble être le chef. Je n'ai pas encore entendu les deux autres s'exprimer.

- « Vous vous croyez forts? Votre première erreur aura été de vous approcher de cette maison. La deuxième aura été d'y entrer sans y être invités. La troisième, de me menacer, et la dernière de penser que je suis seul... » dit Daryl, suffisamment fort pour que je comprenne que c'est à mon tour d'intervenir.

J'ouvre silencieusement la porte, et constate que les trois hommes sont dos à moi. Daryl contrôle parfaitement la situation. Tellement qu'il les a positionnés de manière à ce que je puisse m'approcher d'eux, sans qu'ils ne le remarquent.

Suite à la dernière phrase de Daryl, ils commencent tous à se poser des questions, mais je ne leur laisse pas le temps de réagir car je plante mon couteau dans la colonne vertébrale du premier, et saute immédiatement après sur le dos du deuxième. Le troisième se tourne vers moi aussitôt et se lance dans ma direction mais Daryl l'intercepte en lui plantant une hachette dans la gorge.

Le deuxième homme essaie de se débattre, et de se libérer de mon emprise, mais je lui bloque les bras, l'empêchant ainsi de faire du mal à Daryl.

Je ne peux pas le tuer toute seule, car mes deux bras sont occupés à bloquer les siens, et puis de toute façon mon couteau est encore planté dans le dos de l'autre.

Daryl arrive dans notre direction et sans se soucier de l'incapacité à se défendre de l'homme, il lui plante un couteau dans le cœur.

Il s'effondre à mes pieds et j'admire la scène d'horreur sous mes yeux. Trois cadavres allongés dans notre cuisine et du sang partout... Des flaques sur le sol, des traînées sur la table et sur le mur...

Notre maison a été salie. Ce ne sera plus jamais pareil maintenant.

J'ai tué un homme et ai aidé à en tuer un autre. Je me sens mal... J'ai envie de vomir mais je me retiens.

Je suis toujours debout au milieu de massacre, incapable de réagir. Daryl lève les yeux vers moi et me prend tout de suite dans se bras. Il me serre fort et je laisse échapper une larme, puis une deuxième et enfin je me mets à sangloter.

- « Beth... On n'avait pas le choix. Je sais... C'est dur. Pleure, laisse tout sortir... ça va aller. Tu vas voir, tout va s'arranger... » essaie-t-il de me réconforter.

- « S'il te plaît Daryl... il faut que je sorte d'ici. » je le supplie presque.

- « Bien sûr. Viens, suis moi. » me dit il en me prenant par la main pour m'emmener à l'étage.

Nous entrons dans notre chambre et je m'assois sur le lit, Daryl s'assoit à côté de moi et ne dit rien.

Je sanglote de plus belle et me réfugie à nouveau dans ses bras.
On s'allonge en travers du lit et il me caresse le dos, pendant que j'essaie de me calmer.

Mon dieu... j'ai tué quelqu'un... je sais qu'il le fallait, mais j'ai tué un homme. Je ne pourrais jamais effacer ça. Il est mort, étendu dans notre cuisine et moi je l'ai tué.
Je sais que le répéter encore et encore ne changera rien mais, j'ai besoin de le faire.

Daryl me laisse pleurer en silence pendant quinze bonne minute avant que je me calme.

- « Ça va mieux ? » me demande-t-il doucement.

- « Non, mais ça va aller. » lui dis-je résignée. Les larmes ont arrêté de couler, mais je me sens terriblement sale à cause de ce qui vient de se passer.

- « Écoute, il faut que j'aille m'occuper de corps avant qu'ils ne reviennent... et après j'irai les enterrer. Il vaut sûrement mieux que tu ne vois pas ça, alors reste ici et je reviens vite. » me dit-il comme s'il parlait à une enfant.

- « Je...oui, vas-y. » Je ne vois pas vraiment quoi lui répondre d'autre. Je n'ai vraiment pas la force de débattre avec lui. Et puis il a raison, je n'ai pas envie de voir ça.

Il m'embrasse doucement sur le front, et sort de la pièce.

Je me retrouve seule, et ne sais pas quoi faire.

Je remarque que j'ai du sang sur les mains, et un peu sur les bras. Je me lève et vais me laver dans la salle de bain.

Le sang part facilement de ma peau sous l'eau froide mais je vois quelques gouttelettes rouges sur les manches de mon t-shirt.

Je le retire vivement et le frotte sous l'eau. Le sang ne part pas malgré mes efforts. J'abandonne et jette le t-shirt dans le fond de la pièce. Je vais remettre un haut sale en attendant. Je préfère encore porter le sang d'un rôdeur sur moi, plutôt que le sang d'un homme que je viens de tuer.

J'entends Daryl s'activer à l'étage du dessous.
Il est en train de sortir les corps de la maison.
Je vais attendre qu'il ait fini pour aller nettoyer le sang dans la cuisine.

Je retourne m'asseoir sur le lit, et attends de ne plus entendre de bruit au rez-de-chaussée.

Une fois Daryl sorti avec les trois corps, je descends prudemment, évite les flaque de sang, récupère un seau que je remplis d'eau, des chiffons, et une brosse.

Je commence à éponger le sol, mais il y en a tellement que je dois rapidement changer d'eau dans le seau.
Avant de me remettre au sol, je nettoie la table. Je n'aime pas voir l'endroit où nous vivons comme ça...

La table nettoyée, je passe aux giclées sur les murs.
Certaines traces ne veulent pas partir. J'insiste de manière compulsive et finis par abîmer la peinture. Au moins le sang a disparu.

Je m'attaque à nouveau au énormes flaques du sol, et frotte pendant une bonne heure. J'ai dû changer l'eau au moins quatre fois.
Le carrelage commence à reprendre une apparence normale.

Daryl rentre dans la maison. Je lève lentement les yeux vers lui, il est couvert de terre et de sueur.
Ses yeux s'emplissent de tristesse dès qu'il me voit au sol, en train de frotter le carrelage.

- « Beth... Tu n'étais pas obligée de faire ça. » me dit-il avec douceur.

- « Ce n'était pas à toi de le faire non plus. Tu ne peux pas t'occuper de tout, juste pour que je me sente un peu mieux. » lui dis-je avec une petite voix.

- « Tant que je serai en vie, c'est ce que je ferai. » me répond-t-il avec conviction.

- « Je ne sais pas ce que je ferai si tu n'étais pas là. » Je me lève et abandonne mon nettoyage intensif pour le moment.

- « Espérons que tu n'auras jamais à le découvrir. » Un sourire timide se dessine sur son visage.

Espérons...

Daryl a incroyablement besoin d'une douche, et moi aussi, à force de frotter le sol recouvert de sang.

Je lui prends la main et l'entraîne derrière moi, pour monter les escaliers et entrer dans la salle de bain.

Je ferme la porte derrière nous, nous avons tous les deux besoin de réconfort après une journée comme celle-là.

...

Petite note: j'ai inséré des événements un peu plus "traumatisants" que les autres dans ce chapitre, j'avais envie de changer un peu de registre. Après tout, The Walking Dead n'est pas une série romantique mais une série d'horreur et de drames. Et pour la crédibilité de la fic, il fallait que je colle un peu plus à l'univers de la série.