Deux heures plus tard, tout le monde est réunit autour de la table de la cuisine pour manger.

Nous avons des boîtes de conserve et des paquets de biscuits. Le petit groupe est heureux comme si c'était le meilleur repas du monde. Je les regarde amusée de voir tant d'engouement pour quelque chose de ''banal'' voir même d'un peu décevant.

Nous mangeons, en écoutant Jess nous raconter qu'elle et son frère vivaient en Arizona avant l'apocalypse. Leurs parents sont morts il y a une dizaine d'années. Depuis, ça a toujours été Jim et elle, seul contre le monde. Quelques mois avant le début de tout ça, Jim et Mary se sont rencontrés et ils se sont mariés un mois avant que le monde ne s'effondre. Ils étaient partis tous les trois en voyage quand tout ça est arrivé.

Je l'écoute attentivement nous parler de sa vie d'avant, mais vois que Daryl est distrait. Il me lance des regards discrets par moment. J'ai hâte d'être à nouveau seule avec lui afin de pouvoir enfin lui demander ce qu'il a. Il ne me répondra sûrement pas mais bon...

A la fin du dîner, nous décidons de monter dans nos chambres. Je ne sais pas comment ils vont faire pour dormir à trois dans la même chambre. Il y a des couettes et des coussins supplémentaires, alors peut-être qu'un des trois dormira par terre.

Nous nous disons au revoir et nous nous séparons. Mais avant que je ne ferme notre porte, Jess nous lance :

- « Bonne nuit les amoureux ! Faites pas trop de bruit ! » je me fige instantanément et Daryl aussi. Il me lance un regard à la fois embarrassé et énervé.

Une fois seuls, il grogne et fait les cent pas.

- « Pourquoi tu leur a dit qu'on était ensemble?! » me crie-t-il dessus à voix basse (oui oui c'est possible).

- « Hey ! Calme-toi ! Je ne leur ai rien dit du tout. Elle a dû le supposer après que je leur ai expliqué que tu n'étais pas mon père. »

- « Mhmm. » grogne-t-il, toujours énervé.

- « Mais qu'il se passe aujourd'hui ?! Pourquoi tu es si distant ? Pourquoi tu ne m'adresses la parole que pour m'agresser ? Qu'est-ce qu'il s'est passé depuis hier pour que tu changes à ce point là ? » je commence à m'énerver aussi.

Je ne vais pas supporter ses sautes d'humeur indéfiniment. Je sais qu'il aime jouer le chaud et le froid, mais je commence à en avoir marre de devoir m'adapter à lui.

- « Il s'est rien passé... c'est juste que... Je crois qu'on devrait prendre nos distances, et oublier ce qui est arrivé ces derniers jours. » me dit-il froidement.

- « Quoi ?! » je hurle presque, oubliant que nous ne sommes pas seuls dans la maison.

- « Ouais, c'était une connerie tout ça. On peut pas revenir en arrière, mais on peut arrêter avant que ça aille plus loin... Et puis tu crois quoi ? Que j'allais faire ma vie avec une gamine ? Qu'on vivrait heureux dans cette maison pour toujours, comme un couple parfait? Et bah désolée de te dire ça, mais j'ai envie de foutre autre chose de ma vie que de m'occuper de toi »

Je suis abasourdie, je ne sais même pas quoi dire. Je baisse les yeux et la douleur m'envahit petit à petit, en même temps que je prends conscience de ce qu'il vient de me dire. Il regrette ? Il pense que c'était une connerie ? Que je ne suis qu'une gamine qu'il a sur les bras malgré lui ?

J'ai l'impression de m'effondrer de l'intérieur.

Est-ce qu'il jouait juste avec moi ? Est-ce que j'étais sa petite distraction du moment ?

Je ne vois pas d'autre explication.

Cette fois-ci, je ne laisserai pas la souffrance prendre le dessus. Je me concentre sur ma colère et m'éloigne de lui avec un air de résignation et de dégoût sur le visage. Je le regarde dans les yeux, et j'y lis de la douleur et du regret. Je sais qu'il a regretté tout de suite ce qu'il m'a dit, mais c'est trop tard maintenant.

- « Et bien si c'est que tu veux, je ne vais pas t'imposer ma présence plus longtemps. » lui dis-je le plus calmement et froidement possible. Je m'approche de la porte et l'ouvre.

- « Beth... Attends... je ne voulais pas... » me dit-il en s'approchant de moi.

Je me tourne vers lui et lui lance un regard noir.

- « N'essaie même pas de me suivre, ou de me retrouver. » j'essaie de paraître la plus méchante et effrayante possible. Je vois dans ses yeux qu'il s'effondre lui aussi.

- « Beth... » murmure-t-il avec douleur.

Je fais semblant de ne pas y faire attention, sors de la chambre, récupère mes affaires, mes armes, puis sors de la maison et pars en courant en direction de la forêt.

Le soleil est en train de se coucher et il ne me reste qu'une demi-heure avant de me retrouver dans l'obscurité.

Je sais que je me mets en danger et que c'est stupide de réagir comme ça, mais c'est la seule chose que je puisse faire pour l'instant.

La douleur est toujours présente, mais elle est surpassée par un sentiment nouveau : la rage. Je la laisse m'envahir.

J'ai besoin de courir, de me battre, de me défouler, et d'en souffrir physiquement. J'ai envie de crier, de hurler. Mais au lieu de ça, je cours à une vitesse folle sans m'arrêter, je tue un rôdeur, et un deuxième.

Il n'y en a pas beaucoup et c'est une chance, mais il faut que je me trouve un abri pour la nuit d'urgence. En forêt il est impossible de se défendre la nuit, surtout quand la lune n'est pas pleine.

La nuit est presque complètement tombée mais je continue de courir. Je vais finir par trouver quelque chose. J'ai pensé à la ferme que nous avons visités, mais elle est encore à au moins une heure et demie d'ici. En plus, c'est le premier endroit où Daryl ira me chercher. Je ne peux pas le voir. Pas ce soir, pas cette nuit. J'ai besoin d'évacuer ma colère, de me retrouver toute seule avant.

Je croise deux rôdeurs. L'un a perdu un œil et un bras. L'autre a la moitié du visage arraché et ses tripes se baladent par terre, derrière lui. Je donne un coup de pied dans le ventre du premier pour le faire reculer, puis attaque le deuxième avec mon couteau. Je lui assène un coup dans la tempe et m'attaque au second tandis que celui-ci s'effondre. Je tue mon dernier assaillant d'un coup de hachette au sommet du crâne. J'arrache ma hachette et lui assène un deuxième coup, puis un troisième, un quatrième... Je continue jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de son visage.

Je sais, c'est mal. Je n'ai pas le droit de faire ça. Cette personne avait une vie, des amis, une famille avant. Je ne peux pas juste passer mes nerfs sur lui, comme ça. Même si ce sont des monstres, je dois respecter l'humain qu'il était avant.

Je reprends ma course, et après quelques minutes je trouve une sorte de mini cabane. Je m'en approche silencieusement, et observe les alentours, dans la pénombre. Puis je frappe à la porte.

Aucun bruit. Les murs sont plutôt solides, les rôdeurs ne pourront pas rentrer. Et je les entendrai si ils s'approchent. Il n'y a pas de fenêtre et l'endroit est vraiment minuscule. On y rentrerait pas à trois. C'est une vieille cabane de chasseur, très rustique.

J'entre à l'intérieur, sors ma lampe torche et inspecte l'endroit. Il n'y a pas grand chose. Juste une petite couchette et du vieux matériel de chasse. Il n'y a plus rien d'utilisable, toutes les choses importantes ont dû être emportées par le propriétaire.

Il n'y a rien à manger et je regrette de ne pas avoir pris de la nourriture en partant.
Bon tant pis. Je trouverai quelque chose demain sur la route.

Je m'installe sur la petite couchette et essaie de me détendre un peu.
Je repense à tout ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Ça fait beaucoup trop pour une seule journée. Je suis épuisée mais je ne peux pas m'endormir. Je dois monter la garde.

Enfin qu'est ce que cela changera ? Si une horde arrive, cela ne fera pas grande différence que je sois endormie ou pas. Si quelques rôdeurs traînent aux alentours, je les entendrai et me réveillerai. Ils ne sont pas dangereux un par un.

Et de toute façon, il n'y a aucune raison qu'ils essaient d'entrer. Si je ne fais pas de bruit, ils ne sauront pas que je suis là.

Je ferme les yeux et laisse passer au moins deux heures avant de réussir à m'endormir.

…...

Je rouvre les yeux un peu plus tard. Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi, mais sûrement pas longtemps. Je vois dans l'interstice sous la porte qu'il fait encore bien nuit.

Il n'y a aucun bruit dehors. Je sais que, même endormie, je suis restée en alerte. C'est incroyable comment votre corps s'adapte quand vous devez vous battre à chaque instant pour votre vie.

Je reste allongée, je n'arrive pas à me rendormir mais j'essaie de me reposer encore un peu avant que le jour ne se lève.

Un peu plus tard, j'entends un rôdeur seul approcher la cabane. Je retiens ma respiration et attends de voir si il va sentir ma présence. Au bout d'un moment, je comprends, d'après ce que j'entends, qu'il s'éloigne.

Le silence revient en même temps que ma respiration.

Je sais que ce n'était pas la peine de s'angoisser pour un seul rôdeur, mais là maintenant, je n'ai pas la force de sortir pour me battre. Je veux juste profiter du calme et de la solitude.

Quelques heures plus tard, le jour se lève. J'ai réussi à dormir par intermittence jusqu'à maintenant.

Je me lève, récupère mes affaires, colle mon oreille contre la porte pour étudier les bruits alentours. Rien. Je sors donc pour affronter la longue journée qui m'attend.

...

Je suis désolée pour ce chapitre plus sombre. Je pense que certains d'entre vous vont me haïr à cause de ce chapitre et de ce qu'il s'est passé entre Daryl et Beth. Mais malheureusement, je ne pouvais pas vraiment continuer tout le truc ''tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes''. Ça ne colle pas avec l'esprit de la série. Et dans The Walking Dead, Daryl est un personnage colérique et impulsif. Il fait du mal aux autres quand il souffre lui même, pour se punir. Ce retournement de situation n'était pas prévu, mais je me suis sentie inspirée, alors j'ai écrit en oubliant le plan que j'avais à la base (la musique que j'écoute aide beaucoup ^^).
J'essaie de garder une histoire un peu vraisemblable, même si c'est compliqué.
Et ayant été dans la position de lectrice, je sais ce que ça fait de voir notre petit couple malmené, alors je tiens à m'excuser encore une fois.

Merci à June Howard pour la nouvelle review.

N'hésitez surtout pas à me laisser un MP ou une review pour me dire ce que vous en pensez. Je ne mords pas et j'adore discuter.