03 : ÊTRE : DINO

Un grand blond à la démarche un peu gauche mais déterminée, déambulait sur l'avenue, esquivant les passants d'un pas expert.

_Va me chercher du café... Va me chercher du café... Grommela-t-il avant de crier aux cieux. Vas le chercher toi-même espèce d'enflure sadico-psychopathe !

Chaque jour c'était la même chose avec son boss : aller lui chercher du café moulu et torréfié à la main de chez Giglio Nero à un bout de la ville, aller chercher les journaux des concurrents au kiosque de Kawahira trois pâtés de maisons plus loin, aller chercher les muffins à la myrtille de la boulangerie Vendicare à l'autre bout de la ville, porter tels dossiers à tels endroits, puis les ramener parce que l'enfoiré avait oublié -exprès!- de les signer... Cours par ci, cours par là... Et puis quoi encore ?! Fallait-il qu'il s'incline dès que son boss entrait dans une pièce ? Fallait-il qu'il lui chante des louanges et le révère en Dieu suprême et absolu ? Il avait passé maints diplômes en management, en psychologie, en commerce, etc... Bon, il avait fini sous le joug du patron d'un journal renommé, certes, mais il était secrétaire : pas esclave ni stagiaire ! Se-cré-tai-re ! Était-ce si compliqué de lui donner du travail à la mesure de ses compétences ? Satané Boss et son foutu sourire condescendant... Ça le tuerait d'être magnanime une fois dans sa vie ?!

Certain d'être dans son bon droit, il se remit à rager contre son supérieur, tentant tant bien que mal d'ignorer la petite voix à l'arrière de son crâne qui lui murmurait sans cesse « De ta faute... C'est de ta faute... »

Cela faisait un mois qu'il avait perdu son meilleur pote, grand-frère en tout sauf en sang, face à un trois tonnes cinq et la culpabilité menaçait de le noyer. Ses nombreuses nuits sans sommeil étaient remplies de « si seulement... » et les rares où il dormait, des yeux vides de vie de Romario alors que son corps était éjecté contre un mur voisin. Il avait tout tenté pour oublier, mais les sourires de son ami lui manquait tant qu'il s'en dessinait au couteau sur les bras. Scarification, mutilation... Il était à deux doigts de se foutre en l'air et il le savait. La seule chose qui le faisait tenir, qui le faisait avancer, était son travail. Romario avait toujours rêvé d'être journaliste et c'est lui qui aurait du être à sa place à besogner pour le célèbre Reborn. Mais la vie était injuste comme ça, elle prenait les êtres chers et laissait à leur place un immense néant.

Perdu dans sa tristesse, râlant sans vraiment croire à ce qu'il disait, il ne vit que trop tard la voiture rouler vers lui à toute vitesse alors qu'il allait emprunter le passage piéton. « Ah, enfin... » Pensa-t-il. Malheureusement une main aux longs doigts masculins lui attrapa le poignet et le tira en arrière. Il se retrouva sur le sol, désorienté. Son sauveur, qui s'avéra être son boss, le salua d'un rictus exaspérant.

_Caos, Dino senza speranza.

Dino sans espoir, l'appelait-il. Sans espoir Dino l'était, mais ce salaud était-il obligé de le lui rappeler à chaque phrase ?

_Alors comme ça je suis une « enflure sadico-psychopathe » ? S'enquit Reborn d'un ton empli d'un sombre amusement.

Dino jura et s'enfuit en courant sous le regard calculateur de son supérieur. Tant pis pour le boulot, il n'avait pas le courage d'affronter la réalité aujourd'hui.

Il se réfugia chez-lui, saluant au passage son voisin Tsunayoshi, le visage placardé d'un sourire qui sonnait affreusement faux. Et une fois la porte refermée à double tours, il se laissa tomber à terre à se mit à pleurer.

_Romario... Oh Romario, tu me manques tellement... Sanglotait-il.

Quelques heures plus tard, l'œil terne et le visage blafard, il se dirigea vers la cuisine, prit un cutter et commença à tracer des smileys sur ses bras qui se mirent à saigner. Il n'avait pas le courage d'en finir, de couper plus profondément dans sa chair, cependant la douleur lui rappelait qu'il existait encore, qu'il n'avait pas rejoint son ami dans les étoiles. Et cela faisait mal. Son cœur souffrait à chaque battement loin de son frère. Mais il devait continuer pour lui qui ne pouvait plus, alors il se força à reposer la lame sur le comptoir, pansa ses plaies et sortit une bouteille de vodka du placard au dessus de son plan de travail.

Si le lendemain quand il ne se montra pas au travail, Reborn fit une mine ombrageuse qui ne présageait rien de bon, personne ne lui en tint rigueur.


Lexique du chapitre :

Giglio Nero : Lys Noir.

Vendicare : Vengeance.

Caos : Chaos.

Senza speranza : Sans espoir.


Demain c'est mon anniv' donc je serai occupée, alors je mets ce chapitre aujourd'hui sur le site.

N'hésitez surtout pas à me faire part de vos avis par review ou PM, si vous avez aimé, détesté, si l'histoire vous laisse perplexes pour l'instant ou si vous voyez des fautes que ma mère et moi aurions loupé à la correction.

Bonne inspiration et chocolat au curry,

Plew A.E