Me voilà de retour de vacances, comme promis voici un premier chapitre.

Les personnages et l'univers de KHR ne m'appartiennent pas.


« I'm not
I'm not myself
I'm not
Somebody else
Don't think of what it's cost me
It was all for a cause
And now it's woken inside
I am a perfect copy
Of whatever I was
Something I don't recognise »

Replica, Miracle of Sound.

08 : CAPITOLO : LA FOLLIA CIRCOSTANTE (la folie ambiante)

Douche froide après douches froides afin de se sortir de ce cauchemar, Byakuran laissait l'eau couler sur lui, le front écrasé contre le carrelage du mur. Il portait encore son bas de pyjama sur ses jambes et le cri qui l'avait réveillé sur ses lèvres.

_Je suis Byakuran. Je suis Byakuran. Je suis Byakuran... Répétait-il en boucle pour se réconcilier avec la réalité.

Sauf que le cauchemar aussi était réalité, loin d'ici, dans autre univers.

_Je suis Byakuran. Je suis Byakuran. Je suis Byakuran ! Ragea-t-il en cognant la parois de la douche pour s'en convaincre.

Sauf que l'autre aussi était Byakuran, loin d'ici, dans un autre univers.

_Je suis Byakuran ! Je suis- ! Implora-t-il essoufflé.

Il était, oui, mais qui ? Quelle était la différence entre l'autre et lui ? Quelle était la différence entre son univers et le sien ? L'un était Byakuran qui, en accord avec la voie empruntée par d'autres lui, conquérait et tuait et tuait encore. L'autre ne savait plus qui il était et, en désaccord même avec cette voie que nul autre n'avait emprunté, il aimait et luttait et luttait encore. Il se débattait dans les rebuts miasmatiques des esprits d'autres que lui. Il se battait contre leurs emprises, leurs existences et leurs vérités, qui sans être siennes, étaient si nombreuses et si semblables qu'il ne savait déterminer qui avait raison et qui avait tort.

Au final, l'entité -parce qu'il n'avait plus rien d'un homme- connue sous le nom de Byakuran n'existait que pour et à travers elle-même.

_Tsunayoshi... Tsunayoshi... Supplia-t-il en pleur.

Si seulement son voisin, son ami -le seul qu'il avait- était là, il pourrait redevenir lui-même. Mais il avait peur. Il était terrifié. Que ferait-il face à Tsunayoshi si sa réalité n'était pas la bonne, n'était pas la vraie ? Que ferait-il s'il était l'un de ces foutus Byakuran ? Tuerait-il Tsunayoshi lui aussi ? Lui ferait-il du mal ? Détruirait-il tout ce à quoi son unique ami tenait dans le seul but de ne plus s'ennuyer ?

Car Byakuran était comme ça, lui aussi : il tuait, il s'ennuyait, il conquérait et il rêvait. Qu'est-ce qu'une victime de plus sur la longue liste de leurs méfaits ?

Quand soudain il entendit sonner à sa porte, Byakuran se jeta hors de sa cabine de douche. Il trébucha sur le tapis de bain et se rattrapa au lavabo, ignora sa serviette et sa robe de chambre et se précipita, en caleçon de nuit, pour ouvrir la porte, retrouvant l'espoir à chaque pas.

_Tsunayoshi ! Tsunayoshi ! Tsu-

Ce n'était pas Tsunayoshi.

_Euh... Salut... ? Est-ce que je peux squatter chez-toi cette nuit ? Squalo et Hayato s'engueulent encore...

Ce n'était que Enma qui fuyait une fois de plus ses bruyants colocataires.

_Ah... Oui, entre, répondit-il d'un sourire au rouquin en retombant brusquement en enfer.

Byakuran n'aimait pas Enma car ce dernier était le meilleur ami de Tsunayoshi. Il était jaloux, certes, mais plus que tout il le détestait parce qu'il ne le comprenait pas. Il n'y avait pas de « Enma » dans la réalité. Enma n'existait pas -ou il ne le connaissait pas-.

Et si Enma existait réellement... Si il était réellement le meilleur ami de Tsuna... Pourquoi n'avait-il jamais sauvé ce dernier de Byakuran ? Dans tous les univers existants qui menaçaient de tomber sous son joug, Tsunayoshi était mort, mourant ou en danger de mort. Et Enma n'était pas là. Alors Byakuran lui en voulait -injustement peut-être- de n'être qu'absence.

Le lendemain matin, quand il sortit de son lit, Byakuran remarqua que Enma avait déjà quitté son appartement et son canapé. Fatigué par une nuit sans sommeil, il se rendit à sa cuisine où il trouva, comme à chaque fois, un petit papier le remerciant de son accueil. Avec hargne, il le décrocha du frigidaire et le déchira en minuscules morceaux qu'il jeta à la poubelle. Une fois sa rancœur passée sur l'innocent post-it, il peignit son visage d'un sourire mystérieux qu'il comptait arborer pour la journée. Son miroir lui aurait avoué que son rictus raté ne cachait rien de la folie ambiante qui l'étouffait, mais il n'osait pas le regarder de peur d'y voir l'horrible faciès d'un autre.

Contemplant son reflet déformé dans sa tasse noire d'espresso, Byakuran se demandait quoi faire. Il était de repos aujourd'hui mais Tsunayoshi travaillait, gardant ses insupportables morveux. Il but une gorgée de son breuvage et, grimaçant, vida sa tasse dans l'évier. Il ne s'habituerait jamais à l'amertume du café. Malheureusement, boire ce jus de chaussette était l'une des rares choses qui le différenciaient de ces autres qui aimaient le chocolat aux marshmallows.

Par manque d'obligation, il décida d'aller se promener dans les rues de la Vieille Ville.

Dans le hall d'entrée, il croisa Dino, qui sirotait une bouteille de vodka assis par terre.

_Tu ne travailles pas ? S'étonna-t-il en avisant une fois de plus les étranges manches longues de son voisin.

_Hm... Pas envie. Et toi ?

_Je suis encore en week-end.

_Ah... T'en veux ? Proposa le blond en lui tendant sa bouteille.

Byakuran savait que ce n'était là que de la politesse. Il voyait, à ses jointures blanches tant elles étaient resserrées sur le verre, que Dino n'avait nulle envie de partager. Et c'est lui aussi par politesse qu'il se contenta de refuser d'un sourire et de passer son chemin.

La Vieille Ville était composée de magnifiques ruelles pavées délimitées par des maisons de pierres aux charpentes apparentes. Devant chaque façade se trouvaient d'adorables petits jardins fleuris, protégés par de hautes clôtures de fer forgé. Byakuran marchait depuis quelques temps déjà, sans vraiment savoir où aller. Il l'ignorait mais se doutait, au fur et à mesure qu'il reconnaissait le paysage, que ses pieds le menaient automatiquement vers l'Ignoto Anonimo. Il grommela intérieurement : il semblait que le destin persiste à le faire boire ce matin.

Sans même un regard il dépassa le vieux cinéma, s'arrêtant après quelques pas, prêt à faire demi-tour, mais se forçant à continuer loin du confort de l'acceptation qui venait avec le vermouth blanc du Sweet Dream, son cocktail favori.

Ce n'est qu'en arrivant près du parc de Biancaneve e le mille fiori, qu'il s'autorisa un soupir de soulagement. Il avait su résister à la tentation. Il n'était pas les autres. Souriant véritablement pour la première fois depuis la veille, il retira ses chaussures et pénétra le parc. Marchant lentement dans les allées et appréciant, d'une caresse sur leurs feuilles ou d'un sobre baiser sur leurs pétales, les plantes du parc, il dénota près de la fontaine l'épaisse chevelure de son petit châtain préféré.

_Tsunayoshi~ ! S'exclama-t-il gaiement en courant d'un pas dansant vers son ami.

Ce dernier fut d'abord surpris mais s'éclaira bien vite d'un vaste sourire sincère. C'est avec une immense indulgence qu'il ouvrit les bras afin de réceptionner Byakuran, qui ne tarda pas à lui sauter dessus.

_Bonjour Byakuran, l'accueillit-il gentiment.

_Tsunayoshi~ ! Tu n'es pas avec tes sales mômes ce matin?

_Byakuran ! Ne parle pas d'eux comme ça, ce ne sont que des enfants ! Réprimanda Tsunayoshi de son intonation de mère poule.

_Mais~euh ! J'aime pas les enfants ! J'aime pas ! J'aime pas ! J'aime pas ! Pleurnicha faussement Byakuran en secouant sa tête dans la nuque de son ami.

Cela fit rire le petit châtain, qui abandonna tout espoir de lui inculquer la bienséance. Le prenant par la main, il le mena à un banc où il le fit asseoir.

_Mes « sales mômes » comme tu dis, fit-il en mimant les guillemets, ne sont pas là. Lambo est encore en voyage avec son père, I-Pin est en vacance chez son oncle Fon et Fran reste avec son frère et sa sœur aujourd'hui.

_Yay~ ! J'ai Tsunayoshi rien que pour moi~ !

_Et toi, que fais-tu au Biancaneve ?

Byakuran voulut mentir, prétendre qu'il n'avait pas fuit son appartement, qu'il n'était pas terrifié à l'idée de se retrouver seul avec les autres, mais... Il s'agissait de Tsunayoshi, son ami -le seul qu'il avait- alors...

Soudain, il sentit son esprit s'alourdir de nouveaux souvenirs qui ne lui appartenaient pas. Il se vit faire face à un Tsunayoshi qui ne pouvait avoir plus de quatorze ans. Foutu bazooka ! Jura-t-il en pensée. Il se vit danser une funeste valse avec lui, dans les cieux, portant coups après coups. Tsunayoshi était mal en point, épuisé mais déterminé, et hurla des mots qu'il ne comprit pas : Operation X : X-Burner ! Byakuran sentit des flammes ardentes lécher son corps et son cœur. Il sentit son âme s'embraser d'un feu vif pour finir par s'éteindre. Il se sentit... Il se sentit mourir... Et mort, ne put empêcher son visage de se contorsionner de douleur. La détresse était palpable sur sa grimace. Tant et si bien qu'elle inquiéta aussitôt le châtain qui le prit dans ses bras.

_Bya-kun... Tu peux me parler, tu sais ? Je serai toujours là pour toi si tu as un problème.

Tsunayoshi, son ami, venait de le tuer. Tsunayoshi, son ennemi, tentait de le réconforter. Byakuran était pour la première fois depuis nombre d'années seul -seul, seul, seul- dans sa tête, tous ses autres observant un deuil étrange pour cette mort incongrue. Et maintenant, que devait-il faire ? Devait-il haïr ce Tsunayoshi qui l'avait détruit ? Devait-il aimer ce Tsunayoshi qui le consolait ? Mais comment pouvait-il haïr, comment pouvait-il aimer, alors qu'il venait de périr ? Byakuran n'existait plus. C'était la fin de l'Histoire. Tsunayoshi le gentil avait gagné, Byakuran le méchant était mort -mort, mort, mort- et déjà les mondes sous son emprise s'effondraient sur eux-mêmes, anéantis par sa poigne serrée par le désespoir de cette Fin...

Non ! Il était Byakuran, pas Byakuran ! Il était vivant. Il existait. Il était humain ! Il n'avait jamais cherché à être ni Dieu ni Diable. Il n'avait jamais tenté de combler son ennui en ayant la prétention de jouer avec la vie d'autrui. Jamais ! Il se mordit la langue.

_Haha... Rit-il d'une voix qui suintait la fausseté. De quoi parles-tu, Tsuna-choupi ? Je vais parfaitement bien !

_Bya-kun...

_Oui... ?

_Savais-tu que tu ne m'appelles par ce détestable surnom que lorsque que tu veux me cacher quelque chose ?

Aïe ! Sa tentative mensongère avait échoué -comme toujours avec Tsunayoshi-, il ne s'en sortirait donc pas sans quelques pirouettes verbales. Oui, mais lesquelles ? Il réfléchit intensément durant une longue minute, son ami attendant patiemment qu'il retrouve ses mots. Il lui fallait détourner l'attention du réel problème -qu'il n'avait aucune envie d'avouer à quiconque- et pour cela il lui faudrait... Hum... Un bouc émissaire ! Voilà ce qu'il lui fallait ! Et justement, sans même se creuser la tête, il connaissait la personne parfaite à accuser.

_Ben... Confessa-t-il enfin du bout des lèvres. Enma a encore squatté chez moi hier soir.

Tsunayoshi lui lança un regard qui en disait long, mais accepta d'un simple soupir ce changement de conversation dénué de délicatesse.

_Encore Squalo et Hayato qui faisaient des leurs, n'est-ce pas ? S'intéressa-t-il tout de même. Je les ai entendu hurler vers quatre heures du matin.

_Uhu, une histoire de chaussette disparue apparemment.

_Et de manque d'eau chaude dans la salle de bain aussi.

_Et de petits pois.

_A se demander pourquoi ils auraient besoin de chaussettes, d'eau chaude et de petits pois à cette heure-là...

_Pour faire une soupe ? Plaisanta Byakuran en ricanant nerveusement. Tu connais les talents culinaires de ces deux-là !

_Urgh ! Ne m'en parle pas !

Ils s'entre-regardèrent et partirent dans un fou-rire commun.


Lexique du chapitre :

La follia circostante : La folie ambiante.

Espresso : Expresso.

Biancaneve e le mille fiori : Blanche-neige et les mille fleurs.


Prochain chapitre vendredi si tout va bien. ^^

Que les adorables oreilles de la Sainte Vache Périgourdine soient avec vous,

Plew A.E