Me voilà de retour pour vous jouer un mauvais tour : un nouveau chapitre !

L'univers de KHR et ses personnages ne m'appartiennent toujours pas (et c'est tant mieux pour eux !)


« See the stone set in your eyes
See the thorn twist in your side
I wait for you
Sleight of hand and twist of fate
On a bed of nails she makes me wait
And i wait without you »

With or without you, U2

09 : CAPITOLO : SENZA SPERANZA (sans espoir)

Dino se tenait devant son patron, droit comme un pic, des sueurs froides lui dévalant le dos. Reborn était nonchalamment assis à son bureau, une tasse de café bon marché à la main. Il but une gorgée du breuvage odorant et grimaça. Il devait vraiment penser à virer le crétin qui lui avait apporté cette saloperie.

_Tu n'étais pas là hier, Dino senza speranza. Et tu es arrivé en retard ce matin.

Dino se crispa à l'entente du surnom honni mais répondit tout de même à travers sa nervosité.

_J'étais malade. Mentit-il l'air de rien.

Reborn lui lança un regard noir, capable de sentir les mensonges étalés devant lui. Malheureusement, si ses suspicions s'avéraient vraies, il devait employer le tact avec son subordonné. Du moins, pour l'instant.

Reprenant son visage le plus amical -qui semblait pour Dino être le plus effrayant de tous- il lança à tout hasard :

_Ce jus de chaussette est dégueulasse.

Dino, bon esclave qu'il était, se jeta de suite sur l'occasion pour échapper à cette ambiance oppressante.

_Je vais vous chercher un café Giglio Nero tout de suite Patron !

Et moins de cinq secondes plus tard, il avait déjà quitté le bâtiment.

Après avoir mis de nombreuses rues d'écart entre son boss et lui, Dino s'accorda un répit. Il expira longuement, inspira profondément et se mit à jurer comme un charretier, déclamant par des mots un brin vulgaires ce qu'il ferait de son patron s'il le pouvait.

_Bonjour Monsieur Dino ! L'interpella gaiement une jeune fille avec un énorme chapeau champignon sur la tête.

Dino sursauta et faillit trébucher en tournant la tête vers elle. Reconnaissant la petite-fille de Luce, la tenancière du café Giglio Nero, il soupira de soulagement.

_Bonjour Uni, tu m'as fait une de ces peurs !

_Vous devriez faire attention Monsieur Dino, pouffa-t-elle, vous ne voudriez pas qu'oncle Reborn entende ce que vous comptez faire à son Fedora fétiche si vous trouvez des piranhas et une canne à pêche.

L'adulte ne put s'empêcher de pâlir à l'idée que son patron découvre cela, il se jeta aux genoux de la jeune fille et la supplia :

_Ne lui dit rien je t'en prie Uni ! Je ferai tout ce que tu voudras mais ne le laisse pas m'annihiler !

Uni éclata d'un grand rire joyeux et lui ébouriffa les cheveux pour le consoler.

_Nous devrions y aller Monsieur Dino, autrement le café sera rempli de monde et vous ne pourrez rapporter le breuvage d'oncle Reborn à temps pour empêcher un massacre.

Plusieurs minutes de marche plus tard, Dino et sa petite compagne atteignirent le Giglio Nero.

_Il était temps que tu arrives Dino, salua Luce d'un air amusé. L'habituel espresso spécial Reborn commençait à s'impatienter.

Le sourire de circonstance du grand blond se figea en la voyant. Dino observa les manches de son tablier taché de crèmes et de noirs, passant sans vraiment les voir sur ses fins poignets arborant des bijoux colorés et tombant sur l'éclat d'inox qui semblait si séduisant à ses yeux. Il contempla le long couteau couvert de gâteau de Luce, enviant cette grande lame si fine et si délicate -qui conviendrait parfaitement à ses propres poignets-. Comme devinant ses pensées, la vieille femme posa son couteau derrière le comptoir, hors de vue.

_Assieds-toi donc, fit-elle en lui désignant une table. Je vais te servir une part du nouveau fraisier de Vendicare.

_Je ne pense pas avoir le temps, tenta-t-il en ne souhaitant que fuir cette femme maudite, le Boss-

_Si, si, si, j'insiste. Ce vieux filou de Reborn te fait toujours courir partout sans jamais te récompenser, tu mérites bien un bout de gâteau.

_Mais son espresso-

_Pourra bien attendre quelques minutes de plus.

_Ah...

Dino s'assit en détournant le regard, gêné. Luce était gentille et avait grand cœur. Sa gourmandise pour les pâtisseries de la fameuse boulangerie Vendicare ne connaissait aucune limite, mais sa générosité était plus vaste que l'univers. Aussi lui offrait-elle des morceaux de gâteaux, des boissons chaudes et de grands sourires bienveillants en permanence. Elle était tout ce qu'une grand-mère, une mère, devrait être selon lui -tout ce que sa mère n'avait jamais été-. Elle était douce, attentive, à l'écoute et son rire était un rayon de soleil qui apaiserait le plus sombre des orages.

Malgré tout, il ne pouvait être à l'aise avec elle. Pour lui, elle représentait ce jour détesté qui lui avait tout pris : le jour du décès de Romario. Luce était celle qui avait appelé l'ambulance lors de l'accident qui avait tué son cher frère de cœur. Elle était la première à s'être précipitée vers Romario pour constater son état, déterminer s'il était en vie. La première à lui avoir annoncé sa mort. Elle était celle qui avait tenu sa main, lui parlant doucement et le tenant éveillé en attendant que les secours arrivent. Elle était la seule à l'avoir visité et apporté fleurs et fruits à l'hôpital. La seule à l'avoir soutenu dans son deuil et accompagné à l'enterrement. Alors pour lui... Pour lui, Luce était synonyme de douleur et de solitude.

Il dégusta lentement sa part de fraisier, sachant pertinemment que s'il mangeait trop vite Luce le réprimanderait. Puis il s'empara de l'espresso -qui demeurait, il ne savait comment, encore chaud et délicieusement odorant- de son supérieur et remercia Luce et Uni d'un sourire tremblant. Prétextant intérieurement qu'il devait se dépêcher afin de pas laisser le café refroidir, il s'enfuit prestement du Giglio Nero.

Déambulant dans les rues goudronnées de la Ville Neuve -dont les hauts immeubles de verre lui donnait envie de sauter- à contre cœur, il ne voulait rien de plus que retourner s'enfermer dans son appartement. Malgré tout, il continua son cheminement vers le bâtiment de ChaosDay, où l'attendait certainement sans patience son redoutable patron.

Il croisa ses voisins Byakuran et Tsunayoshi, qui s'en venaient des ruelles pavées de la Vieille Ville. Ce dernier le salua d'un sourire rayonnant qu'il ne sut retourner, tandis que son compagnon arborait un faciès taillé dans l'indifférence polie. Il les dépassa sans un mot, levant le sachet de papier kraft contenant l'espresso comme pour s'expliquer -s'excuser d'être aussi lâche, s'excuser d'exister, s'excuser de ne toujours pas avoir rejoint Romario- et se détournant rapidement sans oser les regarder dans les yeux.

Il devinait ce qu'ils devaient penser de lui. Lui, qui buvait plus que les autres lors de leurs réunions nocturnes dans les couloirs de leur résidence. Lui, qui râlait plus qu'eux tous réunis. Lui, qui portait encore ses manches trop longues par cette chaleur insoutenable et qui se cachait plus qu'aucun autre. Ils devaient le penser bizarre, suspect ou même taré. Et taré il était. Des tares... Il n'avait que ça. Il était couard, ignoble, laid et plein de failles immondes et inavouables. Ses bras étaient couturés des cicatrices des faibles et son cœur, de celles des traîtres. Car il avait trahi sa promesse à son frère. Lui qui avait juré d'être toujours à ses côtés dans la vie comme dans la mort, était resté seul sur terre sans avoir le courage de sauter la marche. Il était méprisable et répugnant. « Feccia » l'aurait appelé Xanxus avec raison, s'il avait su.

Dino ravala l'amère bile qui lui remontait à la gorge. Il se souvenait -avec douleur, comme toujours- que Romario lui avait un jour dit de prendre confiance en lui. Il entendait encore sa voix résonner dans son esprit.

« Tu ne devrais pas te déprécier, tu es quelqu'un de bien. » Avait-il déclaré en s'animant de l'ardeur du juste.

Mais Dino était vivant et Romario n'était plus là pour lui rabâcher ces paroles. Comment ne pas déprécier ce qui a la bassesse de vivre ? Comment ne pas se haïr de vivre le rêve d'un mort ?

Il soupira. Que ne donnerait-il pas pour une flasque de vodka, ou un Kamikaze à l'Ignoto Anonimo.

Il rentra tard ce soir là, son patron ne le relâchant que bien après l'heure de fermeture. Il faisait nuit depuis longtemps quand il parvint à se traîner jusqu'à son étage. Enma négociait déjà avec Byakuran, sur le seuil de l'appartement de celui-ci, pour passer une énième nuit sur son canapé. Les deux hommes se retournèrent vers lui d'un même mouvement.

_Bonsoir Dino, fit le rouquin en entrant chez son voisin pour aller se coucher.

_Bonsoir Enma.

_Ara~ ! Compatit Byakuran. Tu dois être épuisé, Dino, si tu rentres à cette heure-ci... Ton patron est-il aussi esclavagiste d'habitude ?

_Ah ça... C'est le lot de tout bon secrétaire d'avoir un Boss épouvantable. Enfin, c'est la preuve qu'il est en bonne santé, comme on dit !

_Oui mais la santé dudit secrétaire est tout aussi importante, tu sais ?

Pris par il ne savait quelle folie, Dino monta sa main jusqu'à ses cheveux qu'il commença à triturer dans un geste embarrassé. Soudain il sentit sa manche, distendue d'avoir été tant tirée pour recouvrir son bras, lui retomber sur le poignet. Il vit les yeux violets de son voisin de pallier s'écarquiller.

_Di- ! Voulut l'interpeller ce dernier.

_Ahaha ! Il se fait tard, je devrais rentrer si je veux être debout demain matin pour aller au travail ! Éluda Dino en cachant son bras coupable dans son dos, avançant à reculons vers son appartement.

_Dino ! Chercha à le retenir Byakuran.

_On se parlera un autre jour Byakuran ! A plus !

Dino claqua la porte de son appartement derrière lui.

_Merda ! Jura-t-il nerveusement. Espérons... Espérons que je ne le revois jamais... Ou qu'il oublie ce qu'il a vu...

Resté seul dans le couloir, main tendue en vain vers la porte du numéro six, Byakuran ne savait que faire. Par manque d'idée il se demanda ce qu'auraient fait d'autres que lui. Après une longue réflexion, il dut se rendre à l'évidence : ils auraient laissé Dino se foutre en l'air. Mais lui ne pouvait pas faire ça. Il ne pouvait ignorer les cicatrices délatrices et les plaies révélatrices sur les bras de son voisin. Contrairement aux autres, Byakuran était humain -du moins essayait-il de s'en convaincre- et appréciait assez la vie et ses voisins vivants pour vouloir faire quelque chose, n'importe quoi, pour aider Dino. Mais Byakuran restant Byakuran, il ne savait pas quoi faire dans de telles circonstances.

_Tsunayoshi... Murmura-t-il. Tsunayoshi saurait quoi faire...

Il se décida à en parler à son ami dès le lendemain.


Désolée pour ce retard, j'avais des problèmes avec mes médocs du coup j'allais pas bien. Les prochains chapitres ne devraient pas mettre des mois à arriver (normalement).

Que la Valse des Bonbons Tombés Hors du Sachet soit avec vous,

Plew A.E