Les personnages et l'univers de KHR ne m'appartiennent pas.


« If you could only see the beast you've made of me
I held it in but now it seems you've set it running free
Screaming in the dark, I howl when we're apart
Drag my teeth across your chest to tast your beating heart »
Howl, Florence and the machine

12 : COCKTAIL : WALKING DEAD

La Follia de Vivaldi à fond dans ses écouteurs, les doigts de sa main gauche massant une vile cicatrice sur sa joue, le PDG de l'entreprise Varia tapait impatiemment du pied à l'arrière de sa Maserati.

_Quand arrivons-nous ? Demanda-t-il d'un ton qui commençait à se teinter de colère. Nous allons être en retard.

_Bientôt, Monsieur, répondit son chauffeur personnel. Nous sommes actuellement dans la Ville Neuve et nôtre destination, la Vieille Ville, se trouve à quelques encablures d'ici.

_Que m'importe où nous sommes ! Nous devons trouver cet Ignoto Anonimo dont m'a parlé ce foutu informateur. Et vite !

_Oui, Monsieur.

_Nous ne pouvons pas le laisser s'échapper une fois de plus !

_Bien entendu, Monsieur.

L'homme, tout en réprimandant son chauffeur, ne pouvait s'empêcher de repenser aux événements qui l'avaient mené dans ce trou à rats.

Prénommé Leviathan, en hommage au monstre marin représentant le Chaos, et né de riches parents qui ne se souciaient de lui qu'en lui offrant des cadeaux, il n'avait jamais manqué de rien sauf d'amour. Terre à terre, il avait travaillé dur pour réussir sa vie. Il y parvint cinq années plus tôt quand, à tout juste vingt-cinq ans, il devint assez riche pour racheter l'entreprise de son père et le virer. Ce faisant il s'aliéna les membres de sa famille et leurs nombreux amis haut placés, mais il n'en avait que faire : le Leviathan existait pour régner de toutes façons.

C'est quand il eut vingt-neuf ans, quand il changea le nom de son entreprise et l'appela Varia, que sa vie -ô douce ironie- s'altéra. Lui qui était né avec une cuiller en argent dans la bouche, qui avait toujours obtenu ce qu'il souhaitait sans même avoir à le demander, se vit pour la première fois de sa vie dénier son désir.

Il avait enchaîné les amours d'un soir, usant de son faciès différent comme d'un atout et de sa richesse comme d'un charme. Il avait envoûté, contrarié, obsédé, passionné et bien plus encore. Combien avaient succombé à ses caresses et mots tendres pour se voir abandonnés au désespoir du matin ? Combien de fiertés avait-il brisé et piétiné ? Combien de suppliques ignorées ? Combien de vies détruites ? Combien qui ne s'en remettraient jamais ? Ah oui, il avait connu bien des femmes et bien des hommes mais... aucun comme celui-là. Aucun comme sa souris, son Tesoro.

Il l'avait rencontré aux détours des couloirs de la Varia, cet homme qui se moquait de son prestige. Il avait été ensorcelé par ses yeux rouges, le lui avait fait savoir d'un bouquet et d'une invitation à dîner... Et il s'était pris ses roses en plein visage et la flèche de Cupidon en plein cœur.

Au début ce n'était que de l'amusement, il attendait de voir combien de temps cette petite tempête pourrait prétendre lui résister. Puis il s'était rendu compte que ce n'était pas une tempête qu'il avait tenté d'étreindre mais les Cieux ravageurs eux-mêmes !

Oh, la colère de ces Cieux... Délicieuse ire dévastatrice... Il ne saurait jamais s'en lasser.

Sans s'en rendre compte, il commença se métamorphoser. D'un homme que tout ennuyait, il devint un véritable Léviathan avide et perfide. Il se retrouva prêt à tout pour obtenir cet homme qui se refusait à lui.

Il avait grassement payé la fiancé de ce dernier pour qu'elle le quitte devant l'autel, la menaçant de quelques preuves fausses mais irréfutables pour qu'elle ne s'approche plus jamais de lui. Il l'avait licencié de ce travail qu'il adorait quand celui-ci l'avait dédaigné en public. Ne pouvant se passer de lui, il commença à le faire suivre, à l'appeler toutes les heures puis toutes les minutes. Il avait envoyé des huissiers véreux sur le dos de son trésor quand il fut éconduit une fois de trop par ce dernier, lui volant ses biens et son foyer. Puis finalement, ne parvenant à se retenir plus longtemps, il était entré par effraction dans son appartement minable.

Le trouvant allongé sur le canapé, il avait déboutonné sa chemise.

« Chut, rendors-toi Tesoro. » Avait-il susurré.

Sa souris s'était levée dans un sursaut et, le repoussant, l'avait fait tomber tête la première sur la table en verre.

Leviathan ne se souvenait guère de la suite, les images étaient floues dans son esprit qui résonnait des sirènes de l'ambulance. Après une opération onéreuse pour retirer les morceaux de verre de son visage et de sa tête, ainsi qu'une visite de la police qu'il eut du mal à convaincre d'abandonner les charges, il était resté seul un long moment dans sa chambre d'hôpital, à réfléchir. Peu à peu, une langueur dépressive s'était emparée de lui : sa souris, son Tesoro avait disparu.

Il le savait encore en vie mais il ignorait où il pouvait être. D'après ses informateurs, sa souris aurait du n'avoir nul part où aller. Alors il fit chercher la ville rue par rue. Puis le département. Puis la région. Mais rien n'y fit, il ne le trouva pas. Cela lui fit se demander si son Tesoro caro ne s'était pas lassé de leur petit jeu. Non, impossible, avait-il pensé, son Amore n'était pas si faible qu'il envisagerait le suicide. Et puis, il avait bien fallut que quelqu'un appelle l'ambulance qui avait sauvé la vie de Leviathan ce jour fatidique, n'est-ce pas ? Et qui d'autre que sa souris aurait pu ? N'était-ce pas là la preuve que son Tesoro tenait à lui sans y paraître ?

Enfin, après des jours d'angoisse, l'un de ses informateurs lui avait extorqué une somme aberrante en échange d'informations sur l'amour de sa vie. Leviathan paya sans broncher tant il était heureux d'avoir enfin des nouvelles.

« Il travaille à l'Ignoto Anonimo. » Avait simplement dit l'informateur avant de repartir, quatre fois plus riche qu'il n'était arrivé.

L'Ignoto Anonimo, un vieux pub italien qui se trouvait dans la Vieille Ville... Son Tesoro avait quitté la région mais pas le pays, heureusement.

_Nous sommes arrivés, Monsieur, lui annonça son chauffeur.

Leviathan ne put contenir son sourire carnassier.

_Tu ne m'échapperas pas plus longtemps, Xanxus...


Lexique du chapitre :

La Follia : La Folie.

Varia : du verbe italien « variare » (?) qui signifie « transformer ».

Tesoro caro : Cher trésor.

Amore : Amour.


Quel plaisir d'écrire un personnage que l'on n'apprécie pas particulièrement (et non, ce n'est pas un sarcasme) ! Car ça permet de se plonger dans sa psyché et de le re-découvrir pour finalement enfin trouver des raisons (autres que "il a voulut achever un gosse de cinq ans après l'avoir torturé pour s'amuser") à la détestation qu'on lui voue.

Que le Mythologique Pépin De Pastèque Vous Accorde Un Oreiller Moelleux,

Plew A.E