Les personnages et l'univers de KHR ne m'appartiennent pas.


« And I've been a fool and I've been blind
I can never leave the past behind
I can see no way, I can see no way
I'm always dragging that horse around

All of these questions, such a mournful sound
Tonight I'm gonna bury that horse in the ground »

Shake it out, Florence and the machine

13 : COCKTAIL : BLUE BLAZER

Reborn avait décidé d'offrir un verre à Luce, en réminiscence du bon vieux temps, celui où elle l'avait trouvé et élevé comme sien. Il avait toujours été reconnaissant envers elle pour tout ce qu'elle avait fait pour lui et aimait le lui montrer par quelques petits gestes de ce genre. Il savait que c'était trop peu pour lui exprimer sa gratitude mais, non habitué aux sentimentalités, il n'avait aucune idée de quoi faire d'autre.

Luce admirait le travail du barman. Elle le contempla frapper avec expertise les ingrédients du breuvage au shaker, puis le verser dans un verre à dry qu'il décora d'un zeste de citron.

_White Lady pour Madame, annonça-t-il en plaçant le verre face à elle.

Elle eut envie d'applaudir mais le spectacle n'était pas terminé. Le barman s'empara d'un verre à vin qu'il posa devant Reborn. Il y versa avec tendresse et délicatesse le champagne et la bière stout qui s'y mélangèrent.

_Et Black Velvet pour Monsieur, présenta-t-il quand il eut fini.

Reborn le remercia d'un signe de la tête et se tourna vers Luce.

_Trinquons à la plus belle femme du monde, lui proposa-t-il en voulant lui rendre hommage.

_Ara ? Fit semblant de ne pas comprendre la vieille dame. Tu t'es enfin trouvé une petite-amie ?

La mine perdue qu'il afficha à ce moment là valait tout l'or de l'univers et Luce ne put s'empêcher d'éclater de rire. Reborn l'observa une longue minute, décontenancé. Puis, bon joueur, il inclina son Fedora fétiche pour cacher les rougeurs de ses joues.

_Allez, se reprit Luce en levant son verre, trinquons en nôtre honneur. A nous !

_A nous ! Répéta-t-il en heurtant doucement son verre au sien.

Enfin, ils goûtèrent leurs boissons. Appréciant la fusion subtile des ingrédients de leurs cocktails, ils soupirèrent tous deux de bien-être et se sourirent.

Reborn était satisfait. Il n'était pas revenu à l'Ignoto Anonimo depuis que le précédent barman lui avait fait un Poor Man's Black Velvet raté au lieu d'un Black Velvet, combinant du cidre périmé à de la schwarzbier de mauvaise qualité. Le rendu, bien loin du Black Velvet originel, l'avait dégoûté à vie pensait-il, de ce pub pourtant hautement réputé. Ce n'est que récemment qu'il apprit le changement de barman et que, n'entendant que du bien au sujet de celui-ci, il se laissa tenter par l'envie de se replonger dans l'ambiance unique de l'Ignoto Anonimo. Et à présent, en bonne compagnie dans ce cadre si particulier qu'il adorait, il devait avouer être plaisamment surpris par la splendeur du velours noir sur ses papilles.

Alors qu'il allait pour remercier et féliciter la performance du barman, il vit celui-ci être secouer de spasmes enragés en lisant une carte de visite que le videur lui avait apporté. Il avait le visage amer et le regard rempli d'ire mal contenue. Jugeant que c'était un mauvais moment pour le complimenter, Reborn se promit de revenir le faire un autre jour. En attendant, il dégusterait son délicieux Black Velvet.

Le soirée avait pourtant bien commencé pour Xanxus. Il avait embauché à dix-sept heures, avait salué et échangé les dernières nouvelles avec ses collègues, avait enfilé son uniforme de barman et s'était rendu présentable devant le miroir du local des employés, puis il était passé derrière le comptoir et avait préparé l'arrivée de la clientèle nocturne. Quelques irréductibles habitués -dont certains étaient ses voisins de la résidence Vongola- étaient déjà assis aux tables et au bar. Ils applaudirent son entrée en scène avec amusement et demandèrent au serveur étrangement populaire -comment Enma et son faciès inexpressif pouvait voir la côte lui échapperait toujours- de remplir leurs verres vides. Le ciel s'était obombré de oranges, de roses et de bleus sombres. Ryohei avait ouvert la porte aux deux premiers clients du soir. Étaient entrés le fameux Reborn du journal ChaosDay et la toute aussi remarquable Luce du café Giglio Nero. Xanxus les avait accueilli de son rictus le moins menaçant et avait pris leurs commandes. Enma était parti fait une pause, se faisant remplacer par Lussuria. Il avait servi ses deux célèbres clients et était passé à autre chose. Somme toute ce train train, dont le redondance le rassurait, était tout à fait habituel.

Puis, alors qu'il essuyait quelques tumblers, old fashioned, coupettes et autres shooters, un homme vêtu d'un uniforme de chauffeur qui devait coûter plus que son loyer avait frappé à la porte du pub. Fait étrange en soit, qui titilla son instinct de préservation, mais qu'il ignora : le videur pouvait s'en occuper tout seul.

_L'Ignoto Anonimo est ouvert à tous, cher client, avait dit Ryohei. Nul besoin de frapper avant d'entrer.

_Je ne suis pas client Monsieur, avait répondu l'homme, simplement chauffeur. Je suis ici pour annoncer Monsieur mon Patron, Monsieur.

_A-ah... ?

L'homme s'était incliné devant le videur, lui tendant une carte de visite.

_Voici la carte de Monsieur mon Patron, Monsieur. A remettre à un certain Monsieur Xanxus. Je vous prie de bien vouloir me faire signe lorsque vous la lui aurez transmise, afin que Monsieur mon Patron puisse entrer.

Et sur ces paroles, il était retourné attendre près d'une Maserati.

Xanxus avait eu un de ces mauvais pressentiments -très mauvais pressentiments- du genre qui présentait un changement inexorable et létal dans vôtre vie.

Quand Ryohei lui amena le morceau de papier plastifié, il vit sa vie défiler devant ses yeux et un effroyable sentiment prémonitoire s'empara de lui. Et si c'était- Non, impossible ! Il refusait d'y croire !

Et pourtant, sur la carte de visite était inscrite en italique la confirmation de ses craintes :

« LEVIATHAN,

Président-Directeur Général de la VARIA »

_Dannazione ! Jura-t-il dans un grondement. Il m'a retrouvé !

_Que se passe-t-il, Xanxus ? S'inquiéta son collègue. Tu connais cet homme ?

Le pauvre barman se mit à trembler de rage. Il avait tout perdu. Il avait fuit. Et maintenant qu'il commençait à peine à se reconstruire, ce feccia d'ex-patron revenait pour tout anéantir !? Pas question. Il ne se laisserait plus faire : l'Enfoiré lui avait gâché la fête assez longtemps, il était temps de montrer les dents.

_Je ne connais pas ce chauffeur, siffla-t-il, mais ce « patron » dont il parle... ce foutu PDG de mon ancien travail... non content de me harceler, il a détruit ma vie ! Cette ordure- ! C-ce feccia di puttana- !

_Tu veux que je nous en débarrasse ? Proposa Ryohei en arborant une gravité inhabituelle.

Le videur était encore jeune mais il était fort et intelligent. Il connaissait les lois de la rue car il y avait grandi avec sa petite sœur. Il pratiquait avec hargne la loi du Talion et la vendetta depuis qu'un gang puissant avait mis cette dernière dans le coma. Du gang en question, nul n'entendit plus jamais parler et, bien qu'on ne retrouva ni corps ni preuve, tout le monde savait que Ryohei en était responsable.

Xanxus, comprenant la proposition sous-entendue, fut touché par son attention. Pourtant il refusa.

_Laisse-le venir, dit-il avec un sourire noir. Nous allons lui montrer comment l'Ignoto Anonimo accueille les enflures de son espèce.

Les clients du pub, qui avaient tout entendu de la conversation, échangèrent un sombre regard de connivence. Xanxus était un bon barman, qui pourrait se faire embaucher dans les plus grands bars et hôtels de luxe, mais il était leur barman. Il appartenait à l'Ignoto Anonimo et celui-ci prenait soin de ses amants. Il appartenait à la Vieille Ville et celle-ci prenait soin de ses enfants. Si cet homme, ce vulgaire patron, pensait qu'il pouvait le leur voler, il se trompait grossièrement.

Ryohei fit signe au chauffeur.

Enma faisait une pause depuis maintenant plusieurs minutes. Il savait qu'il ne devrait pas se réfugier dans le cagibi des affaires ménagères pendant le service mais...

« Grand-frère, regarde mon dessin ! Regarde comme il est beau ! »

Ses mains tremblaient. Des frissons impitoyables lui parcouraient le corps. Il pouvait sentir une fine couche de sueurs froides imprégner son uniforme et la fièvre des souvenances lui monter à la tête.

« Ton frère regardera ton chef-d'œuvre plus tard, ma chérie. Pour l'instant il doit aller en ville pour s'acheter un cahier. »

Entre ses doigts grelottant, serrés contre son cœur battant la chamade, se trouvait son vieux cahier. Il l'avait retrouvé derrière le placard de sa salle de bain, en cherchant à ramasser sa brosse à dent tombée.

« Bouh... Mais moi je veux qu'il regarde mon dessin ! »

Derrière ses lèvres closes était cloisonné une stridente détresse qui le crispait. Il n'osait bouger, devinant combien le moindre mouvement serait douloureux pour les crampes causées par cette crispation. Il ferma les yeux et inspira.

_Je vais bien.

Puis expira lentement.

_Tout va bien.

« Ne fais pas de caprice, Mami. Viens plutôt me montrer cette jolie peinture. »

Des larmes de frustration lui dévalèrent les joues. Comment vivre malgré les souvenirs qui l'habitaient ? Pouvait-on appeler ça « vivre » quand il n'était qu'un écho du passé ? Reflet sans substance, il résonnait vaguement dans un néant d'où nul ne l'entendait. Quelle utilité a l'écho que rien n'écoute ?

« Non : pas envie ! C'est pour quoi faire le cahier, Grand-frère ? »

_Enma ? L'appela Lussuria sans ouvrir la porte. Tout va bien mon chou ?

_Tout va bien, répéta mornement le rouquin en resserrant sa prise sur son cahier.

_Tu devrais venir : on va avoir des problèmes avec un client.

« C'est pour écrire. Plus tard je serai écrivain ! »

Enma rangea son cahier dans sa sacoche d'étudiant, prenant soin de ne pas l'abîmer encore plus. Il essuya ses larmes d'un geste de la manche et sortit du local. Si Lussuria remarqua ses yeux rouges, il n'en dit rien, le menant à la salle principale du bar.

« Écris-moi une histoire alors ! Hein, dis ? Promets-moi que tu m'en écriras une ! »

Le pub était entièrement silencieux, tous les clients tournaient un regard fixe et hostile vers la sortie. Il se demanda ce qu'il se passait.

« De ta faute... De ta faute... »

Soudain, dans ce mutisme oppressant, un homme entra. Il avait une peau dorée, des petits yeux mesquins, ainsi que des bacchantes et des cheveux noirs. Sans se soucier de la dangereuse clientèle qui le toisait, l'homme s'avança vers le comptoir.


Lexique du chapitre :

Dannazione : Damnation !

Feccia di puttana : Ordure de pute.


Comme vous l'avez certainement remarqué, nous sommes entrés dans la catégorie "cocktails" des chapitres. (bon, on y est depuis le dernier chapitre, mais c'est pas encore trop tard pour vous prévenir ^^) Merci d'avoir lu et bonne continuation sur le chemin des fanfictions.

Que le Sumo qui me teinte le crâne à coup de gong vous soit clément,

Plew A.E