Les personnages et l'univers de KHR ne m'appartiennent pas.


« And while you're offering a handshake to a goddamn amputee
I feel my phantom heart is scratching in a train-wreck memory
Please don't try to cure me with one rectifying glance »

The jail that sets you free, Asaf Avidan

15 : COCKTAIL : KAMIKAZE

Alangui en travers de son fauteuil de cuir, Dino fixait sa télévision, l'esprit vacant.

« ASSASSINAT A KOKUYO LAND ! » Disait le titre tapageur de la rubrique, en dessous du visage affable du présentateur du journal de sept heures.

« Hier matin à dix heures trente-neuf, Rokudo Mukuro et sa sœur Rokudo Chrome, visiteurs habitués du parc désaffecté de Kokuyo Land, ont fait la sinistre découverte d'un cadavre dans la rivière bordant l'ancien théâtre.

_Nous étions partis en voyage avec nôtre famille, déclare Rokudo, et n'étions pas venus ici depuis plusieurs mois. De trouver ce... ce cadavre à l'endroit où nous avions l'habitude de nous baigner autrefois fut un grand choc.

Un grand choc en effet car la victime décédée, il semblerait, de trente-cinq coups de couteau, s'avéra être Monsieur Leviathan, le PDG de la Varia, la plus grande entreprise d'import/export du pays. Tragique est le jour où ce grand homme nous quitta.

On aurait retrouvé une fleur gravée au cutter sur le visage de la victime. Nos spécialistes attestent qu'il s'agirait d'une orchidée phalaenopsis.

_Nous allons faire au mieux pour trouver le coupable de cet horrible crime, affirme Hibari Kyoya le commissaire chargé de l'enquête.

Sans transition, nous accueillons Monsieur Fon, célèbre criminologiste qui nous fait l'honneur de sa présence. »

Bercé par les voix de son téléviseur, Dino se sentit commencer à somnoler. Ses membres s'alourdirent sur les accoudoirs, son esprit voguant vers des rêves plus aimables. Puis il entendit un rire, grelot d'ange pour son cœur abattu. Ce rire... Il le reconnaissait, c'était celui de-

_ROMARIO ! S'écria-t-il en se réveillant en sursaut.

Il regarda avec empressement autour de lui, cherchant la source de ce son nostalgique, mais ne trouva que son appartement vide de présence et rempli des cartons de déménagement qu'il n'avait toujours pas déballés.

Ses yeux se brouillèrent de larmes.

_Romario... Sanglota-il dans ses mains. Romario... !

Longues furent les heures abritant le bruit de ses pleurs. Quand enfin il se reprit, il était trop tard pour aller travailler. Malgré tout, Dino se leva de son canapé. Tanguant vers sa cuisine, il s'empara de ses clefs et sortit de l'appartement qu'il avait emménagé juste après l'accident, pour fuir ses souvenirs.

Quelques minutes plus tard, dégustant à l'Ignoto Anonimo un Balalaïka préparé par un Xanxus étrangement jouasse, il repensa aux informations de ce matin. Quelle chance avait eu ce PDG d'être ainsi assassiné... Lui aussi aimerait bien que... Mais c'était impossible : qui s'intéresserait assez à l'inutile Dino sans espoir pour réaliser son rêve ? Qui l'aimerait assez pour lui accorder l'ultime faveur ? Personne. Et même pas lui-même...

Comme il ne pouvait y rester toute la journée, Dino commanda une bouteille de vodka et sortit du pub.

Errant sans foi dans les rues de la Ville Neuve en vidant sa bouteille, il se laissa porter au gré de ses pas, passant sans le voir en face du bâtiment du ChaosDay, où son patron buvait un café, assis sur le banc en fer forgé.

_Dino senza speranza... L'appela celui-ci d'un ton rempli de menaces. Tu es encore en retard !

Mais Dino n'entendit rien. Il traversa la rue qui menait à l'Arcobaleno Ponte et, une fois au milieu du pont, regarda le fleuve avec envie.

_Dino ! L'interpella Reborn en colère.

Par impulsion, comme pour voir l'eau de plus près, le grand blond passa la rambarde. Il but une gorgée de sa bouteille de vodka, puis une autre et encore une autre, faisant fi de son patron qui blanchissait d'effroi en le voyant si proche de la noyade.

Reborn avait peur. Pour la première fois de sa vie il était terrifié. Dino était comme un fils pour lui, il était son employé préféré, celui qu'il poussait dans ses derniers retranchements afin qu'il réussisse et puisse reprendre ChaosDay quand lui-même prendrait sa retraite.

_Dino, fit-il en s'approchant doucement comme d'un animal acculé. Viens par là, Dino. Ne reste pas là-bas, c'est dangereux là où tu es...

Dino tourna vers lui un regard mort qui lui donna des frissons et des sueurs froides. Soudain il fut pris d'un doute. Avait-il été trop loin dans ses piques envers Dino ? Avait-il été la goutte qui avait fait éclater le vase ?

Il avait toujours su que Dino était suicidaire. Depuis que Luce le lui avait conseillé comme secrétaire, depuis qu'il l'avait vu pour la première fois, tirant sur ses longues manches qui cachaient des traces qu'il reconnaîtrait entre mille -et qui ornaient aussi ses propres bras-, il avait su. C'était pour ça qu'il était toujours sur son dos, toujours en train de le houspiller en veillant sur lui silencieusement. C'était sa manière de montrer qu'il tenait à lui, qu'il était là pour lui. Mais... et s'il en avait trop fait sans s'en rendre compte ? Et si-

_Je vous déteste, vous savez ? Confirma Dino d'un rire qui ressemblait à une supplique.

« Salvate me! » Entendit Reborn à la place.

_Din-

Puis Dino lâcha la rambarde et se laissa tomber.

_DINO !

Sans hésiter, Reborn sauta à sa suite.

Dino était bien. Pour la première fois depuis la mort de Romario, il était bien. Il se sentait flotter et sombrer à la fois. Les courants qui l'emportaient, étaient comme une caresse sur son épiderme, comme une étreinte sur son âme. Embrassé, il se laissa chavirer.

« DINO ! » Perçut-il soudain, tel le gargouillis étouffé d'un tourbillon.

C'était... C'était la voix de Romario... Il allait enfin le rejoindre ! Enfin le revoir ! Il ouvrit ses paupières et sentit l'eau lui brûler les yeux. Il ouvrit la bouche pour appeler son frère mais le fleuve en profita pour l'envahir, entierté dans ses poumons qui n'avaient plus la place de respirer. Dino chercha son souffle, en vain. Il se débattit. Il avait mal. Sa poitrine se contractait douloureusement.

Soudain, il sentit une main aux longs doigts masculins le rattraper et le mener vers les hauteurs. Romario... C'était Romario ! Romario était venu le chercher !

Il s'évanouit.

Quand il s'éveilla, ce fut dans une sévère quinte de toux qui lui fit cracher toute l'eau de ses poumons. Une main puissance lui claqua le dos pour l'y aider. Dino ne se souvenait pas très bien de ce qu'il s'était passé. Dans le flou de son esprit, il revit Romario qui tendait les bras vers lui. Paniquant à l'idée de le perdre à nouveau, il ouvrit brusquement les yeux.

_Ro-Romario... ! Toussa-t-il de plus belle. Romario !

_Calme-toi Dino, fit une voix tendre près de lui. Prends le temps de respirer.

Sa vision était brouillée mais il vit une forme noire se pencher vers lui et le prendre dans ses bras, comme pour le réconforter. Puisque ça ne pouvait être que Romario -celui-ci avait tant aimé porter des smokings noirs de son vivant-, Dino sourit. Il avait enfin retrouvé son frère.

_Sommes-nous au Paradis, Romario ? Demanda-t-il dans un soupir bienheureux.

_Non, Dino senza speranza, nous ne sommes pas au Paradis et je ne suis pas Romario...

Soudain, la neige qui lui obscurcissait les yeux se dégagea et il vit le visage inquiet de son patron.

_Que- ! S'exclama Dino en réalisant l'horreur de la situation. Boss !?

_Ah... Soupira Reborn soulagé. Tu retrouves enfin tes esprits. Je me suis fait du souci pour toi, Dino senza speranza. Si je n'avais pas été là tu aurais sûrement péri.

Dino s'éloigna brusquement de son supérieur, comme brûlé. Faible, il ne parvint à se relever. Sa vision se troubla à nouveau quand il essaya, et lui vinrent des vertiges.

_Tu es étourdi, lui apprit Reborn. Il te faudra encore quelques minutes pour que tu retrouves ton sens de l'équilibre.

_Pourquoi ?! S'énerva Dino avec désespoir. Pourquoi avoir fait ça ?! Qu'est-ce qui vous a pris !?

_C'est plutôt à moi de te demander ça, Dino ! Tempêta son patron en omettant le surnom honni. Qu'est-ce qui t'a pris de sauter de l'Arcobaleno ?! Tu sais bien que les courants du fleuve sont dangereux ! Tu voulais mourir ou quoi ?!

Comme regrettant ses paroles, Reborn passa une main nerveuse dans sa chevelure mouillée, déplorant son Fedora favori qu'il avait perdu en sautant pour sauver son employé.

_Non, se rétracta-t-il en grimaçant. Ne réponds pas à cette question.

Dino voulut rugir, fulminer, exploser, se débarrasser de tout ce bouillon de sentiments qui lui montait à la tête. Mais il se tût et Reborn soupira face à son silence.

_Viens, lui dit celui-ci. Je vais te ramener à ton appartement.

Enma arrosait les fleurs du petit jardin devant la résidence Vongola, quand il vit arriver Dino et son patron, tous deux trempés jusqu'aux os.

_Que s'est-il passé ? S'inquiéta-t-il en se précipitant vers eux. Vous êtes tombés dans la rivière ? Vous ne vous êtes pas fait mal, n'est-ce pas ?

_Il s'est passé, siffla Reborn agacé, que c-cet imbecille a tenté de se suicider en sautant de l'Arcobaleno Ponte !

Le rouquin haleta d'effroi. Dino détourna son regard orageux vers les fleurs, reprochant intérieurement à son patron d'avoir tout dévoiler à son voisin.

_Est-ce que... Est-ce que vous allez bien... ? Demanda Enma d'une voix soucieuse.

_Hn, fit le directeur du ChaosDay. Rien de cassé, c'est déjà ça... En tout cas je vous le confie, je dois consulter Luce de toute urgence.

Dino envoya une œillade meurtrière à son patron qui haussa les épaules nonchalamment.

_Après ce que tu as fait, elle a le droit de savoir, expliqua celui-ci en partant.

Enma et Dino regardèrent son dos s'éloigner puis disparaître dans l'horizon, l'atmosphère pesant sur eux de tout son poids.

_Hum... Commença timidement le rouquin.

_Quoi ? S'impatienta hargneusement le blond.

_Tu... Tu veux en parler... ?

_En parler ? Ha ! Pour dire quoi de plus ? Que je suis suicidaire ?!

Enma ne répondit pas, frappé par le regard amer de son voisin -regard qu'il voyait chaque matin dans le miroir-.

_Que veux-tu savoir ? Continua méchamment Dino. Que je vais mal ? Que je cherche la souffrance dans l'espoir de la faire taire ? Que c'est le seul moyen d'échapper à la culpabilité ? Que je ne sais plus vivre depuis que... que Romario est mort ? C'est ça que tu veux savoir ?! Hein ?! REPONDS !

Mais Enma n'avait rien à répliquer, il était atteint par ce désespoir qui lui était si familier.

« De ta faute... De ta faute... »

_Il n'y a rien à dire, Enma, confessa le blond en l'abandonnant là. Et encore moins à faire...


Lexique du chapitre :

Arcobaleno Ponte : Pont Arc-en-ciel.

Salvate me : Sauvez-moi !

Imbecille : Idiot/imbécile.


Pas très satisfaite de ce chapitre, pour tout vous dire. M'enfin, j'espère qu'il vous plaira quand même. ^^

Aujourd'hui, pas de salutations bizarres mais un petit conseil de mon papa : "Si vous avez le moral dans les chaussettes, mettez des chaussures pour qu'il ne tombe pas plus bas et marchez sur les mains pour qu'il rechute jusqu'à vôtre tête"

Plew A.E