Les personnages et l'univers de KHR ne m'appartiennent pas.
« Hello darkness, my old friend,
I've come to talk with you again
Because a vision softly creeping,
Left its seeds while I was sleeping
And the vision that was planted in my brain, still remains
Within the sound of silence »
The sound of silence, Simon and Garfunkel
17 : COCKTAIL : PAINKILLER
Squalo et Hayato, ayant trouvé un appartement plus spacieux et moins cher, avait décidé de quitter leur colocation avec Enma : ils allaient déménager. Un camion, garé devant la résidence Vongola, attendait patiemment d'être rempli de leurs effets. La plus part des meubles leur appartenant, cela ferait un grand vide quand ils partiraient. En attendant, ils assommaient les déménageurs de directives farfelues en s'engueulant à qui mieux mieux.
Enma profita de les aider à compléter les derniers cartons pour ranger l'appartement -et accessoirement retrouver certaines de ses affaires-. Squalo et Hayato étaient des maniaques de la propreté, certes, mais ils avaient la fâcheuse habitude d'égarer tout et n'importe quoi -principalement des choses à lui- à des endroits tellement saugrenus qu'il fallait complètement vider les pièces et les meubles pour remettre la main dessus. Ce déménagement était l'occasion parfaite de faire exactement cela.
Puis vint le moment de se dire au revoir. Squalo l'enlaça un court instant, murmurant à son oreille de prendre soin de lui. Hayato fit rapidement de même avant de rougir de gêne. Les adieux des trois hommes furent courts mais émotifs. Et ce bien qu'il sachent qu'ils ne seraient jamais vraiment loin les uns des autres, à seulement une ville d'écart.
_Appelle-moi toutes les semaines, ordonna Squalo en mode maman poule. Et n'oublie pas de changer de brosse à dents, la tienne a les poils abîmés.
_Putain Squalo, s'exaspéra Hayato en faisant un clin d'œil à Enma, arrête de le couver ou tu vas finir par l'étouffer !
_T'es culotté de dire ça ! Tu fais semblant d'être un dur, mais en réalité c'est toi qui le couve le plus !
Rougissant de colère, le plus jeune des deux frères sauta sur son aîné pour lui faire ravaler ses paroles. Et c'est échangeant des coups vicieux mais pleins d'amour, que Enma les vit disparaître vers l'arrêt de bus.
Il salua leur départ de grands gestes des bras et rentra chez-lui.
Redécouvrant son appartement, il en observa les moindres recoins. Le salon ne possédait à présent plus de téléviseur sur son meuble télé, plus de canapé, plus de pouf ni de siège, plus de bibliothèque pour les livres et plus d'étagère pour les objets décoratifs. La salle d'eau avait souffert d'un vol de placard qui l'amusa. A la place du meuble manquant se trouvait sur le mur une esquisse ratée de son contour. Dans la cuisine ne restaient qu'un frigidaire vide et l'unique chaise survivante d'un lot de six, face à la porte de leur ancienne chambre posée sur des tréteaux pour faire une table. D'ailleurs, leur chambre était celle qui avait le plus enduré. Adieu les lits superposés où il s'asseyait parfois pour discuter avec eux. Adieu les bureaux et les confortables fauteuils qu'il leur avait offert en remplacement de ceux qu'ils avaient détruit par « accident ». Adieu l'armoire qu'ils se partageaient. Adieu les étagères et les livres de musique et de cinéma... Adieu, adieu... Adieu...
Le sourire d'Enma se figea.
_Wow... Souffla-t-il doucement.
« WOW... » Lui répondit l'écho.
Il grimaça, mal à l'aise. Peut-être devrait-il demander à squatter chez l'un de ces voisins le temps de s'habituer à sa nouvelle situation ? Non. Tsunayoshi n'aurait pas la place. Byakuran le détestait toujours autant. Il n'était pas si proche de Xanxus que ça. Et loger chez Dino après leur dernière conversation serait terriblement inconfortable. Alors, non. Il devrait s'habituer seul à ce nouvel environnement.
« Fuyez Enma, Mami ! Allez vous en ! »
Enfin, seul... Façon de parler. Il avait toujours les voix dans sa tête pour lui tenir compagnie.
Enma ricana nerveusement de son propre cynisme. Afin de vaincre sa solitude, il pénétra sa chambre et en ferma la porte. Comme la pièce demeurait indemne malgré le déménagement, il pouvait ainsi prétendre que ses amis n'étaient pas partis... Ne l'avaient pas abandonné...
Malheureusement le silence de l'appartement, assourdissant et oppressant, le rappela à l'ordre : Squalo et Hayato n'étaient bel et bien plus là.
Enma sortit son vieux cahier de sa sacoche d'étudiant et en caressa amoureusement les pages déchirées. Sur le premier recto, son mot favori, Famiglia, se moquait de sa solitude et de sa détresse.
_Famille, récita-t-il, nom féminin, du latin familia...
Il soupira en ressassant la définition : il n'y était écrit nul part que les membres d'une famille, liés ou non par le sang, devaient rester ensemble à jamais. Et en y réfléchissant bien « rester ensemble à jamais » était quelque peu malsain. Les gens avaient besoin de se construire, de devenir indépendants. Enma était égoïste de vouloir retenir ceux qu'il considérait comme sa famille près de lui.
Il repensa à sa boîte à souvenirs, cachée sous son matelas, mais chassa cette pensée. Il ne devrait pas céder à cette pulsion. Il ne devait pas.
« Pas mes enfants, je vous en prie ! Pas mes enfants ! »
Il était peut-être temps qu'il quitte le confort de son nid et prenne son envol mais Enma était humain et les humains ne savaient pas -ne pouvaient pas- voler. Ils avaient bien inventé des machines qui leurs permettaient de planer dans les airs, néanmoins... Planer était au vol ce que faire la planche était à la nage. C'était totalement différent.
_J'aurais du leur dire que je les aime... Confia-t-il à voix haute pour éteindre le silence qui l'étranglait. Squalo m'aurait crié dessus. Hayato m'aurait ignoré en rougissant. J'aurais du...
Il sentit les larmes lui brûler les yeux et lui dévaler les joues
_J'aurais tellement voulu leur dire... A Mamma, à Babbo, à Mami... J'aurais du le leur dire quand je le pouvais encore !
Il déglutit en cachant ses pleurs dans ses mains.
_C'est trop tard maintenant... C'est trop tard !
Enma était lâche, il le savait. Il se prétendait brave et généreux, pour ne pas faire fuir ses proches, mais en réalité il était un monstre d'avidité.
« Non, Mami ! Lâchez-la espèce de Monstre ! »
Il n'était pas mieux que cet homme -car au final ce n'était qu'un homme- qui lui avait tout pris. Il avait les mêmes défauts, le même amour obsessionnel : ils étaient pareils -au point qu'il reconnaissait ce Monstre en se regardant dans le miroir- et il s'en voulait de ressembler autant à l'assassin de sa famille.
« Rendez-moi mon bébé ! Meurtrier ! »
Il ne désirait rien de plus que de s'en différencier. Mais il ne savait pas comment. Ou plutôt : il savait comment mais n'en avait pas le courage. Pour se distinguer du Monstre, il lui suffisait de l'acquérir, de le comprendre et l'assimiler à l'intérieur, de ne former qu'un avec lui afin de devenir autre. Et pour cela, il lui fallait devenir un-
« Assassin ! Assassin ! »
Enma ne pouvait pas. Il n'ignorait pas comment faire, ayant souvent contemplé cette possibilité, cependant il n'en avait pas l'audace. Depuis le début, le Monstre était tout ce qu'il était, en mieux. Là où le Monstre avait eu le courage de se battre, Enma fuyait. Là où le Monstre était honnête avec ses sentiments, Enma fuyait. Il fuyait, fuyait et fuyait encore.
Il fuyait ses souvenirs, la vérité, ses émotions, ses êtres chers, leurs problèmes et tant d'autres choses toutes aussi importantes. Un jour, il en était certain, il finirait par fuir la vie.
Mais... Et si c'était là la solution ? Et si Dino avait raison depuis le début... ? Et si c'était le seul moyen de tuer sa peine... ? Le seul moyen de...
« Nufufu ! C'est de ta faute mon petit Enma... Si tu m'avais écouté ta pauvre famille n'aurait pas terminé ainsi... »
Le seul moyen d'échapper à la culpabilité ?
« De ta faute... De ta faute... »
Sans cette fois pouvoir sans empêcher, Enma sortit sa douloureuse boîte à souvenirs et l'ouvrit délicatement. A l'intérieur, comme toujours, il découvrit un vieux revolver mal entretenu, deux couteaux rouillés, une poupée en tissu déchirée et une coupure de journal datant de son enfance.
Il se souvenait avoir été dans le déni jusqu'à cette coupure de journal.
Il se souvenait avoir pleuré en arrachant cette poupée des bras de sa petite sœur.
Il se souvenait avoir ouvert les yeux en retirant ces couteaux des ventres de son père et de sa mère.
Il se souvenait avoir tremblé en récupérant ce revolver sur le sol.
Et maintenant...
Il tremblait en faisant brûler la coupure à la flamme de son briquet.
Il fermait les yeux en jetant la poupée par la fenêtre.
Et c'est les glandes lacrymales asséchées qu'il ignora les deux lames.
Et c'est en pleine conscience qu'il s'empara du revolver.
Lexique du chapitre :
Mamma : Maman.
Babbo : Papa.
Oups, j'ai failli oublier de publier ce chapitre aujourd'hui... ^^' Dernier chapitre de l'année 2017, on se retrouvera en 2018 pour la suite.
Bonne nouvelle année à tous~!
Plew A.E
