Les personnages et l'univers de KHR ne m'appartiennent pas.


« Depuis, elle me fait des nuits blanches.
Elle s'est pendue à mon cou,
Elle s'est enroulée à mes hanches
Elle se couche à mes genoux.
Partout, elle me fait escorte
Et elle me suit, pas à pas.
Elle m'attend devant ma porte.
Elle est revenue, elle est là,
La solitude, la solitude... »

La solitude, Barbara

22 : BOUQUET : SCABIEUSE (vous m'abandonnez)

Assis au rebord du ponton, non loin de la Vieille Ville, Tsunayoshi contemplait ses pieds nus caresser le courant de la rivière. Comme d'habitude, il était seul.

Un an était passé depuis que Enma...

Il décrocha de son veston une fleur violette, qu'il fit rouler sur la pulpe de ses doigts. Byakuran était celui qui lui offrait ces quelques pétales chaque matin depuis l'enterrement.

Le violet, couleur du rêve, de l'amitié et des yeux de Byakuran, était le moyen de ce dernier de signifier qu'il veillait sur lui. Mais Tsunayoshi n'ignorait pas le cynisme plus profond de cette couleur : mélancolie, solitude... Il savait ce que Byakuran lui disait secrètement en l'associant à cette fleur si particulière... A cette maudite scabieuse, cette fleur des veuves... Il ne pouvait retenir un sourire amer en y pensant. Il semblerait qu'aujourd'hui encore son ami se moquait de lui et de sa peine.

Tsunayoshi se leva et fixa tristement l'horizon en triturant sa fleur. Acquiesçant solennellement à ses propres pensées, il jeta la scabieuse dans la rivière. Le geste lui fut douloureux, lui rappelant bien des souvenirs. N'avait-il pas ainsi jeté des cailloux pour faire des ricochets sous les rires de Enma ? N'avait-il pas ainsi jeté les cendres d'une lettre un an plus tôt dans un silence atroce ? Le silence... Tsunayoshi avait l'impression de n'entendre plus que ça à présent. Même ses battements de cœur assourdissants n'étaient plus qu'un faible murmure face au silence de la Terre.

Tsunayoshi quitta le ponton, ramassant ses souliers sans les remettre, ses orteils grattant la terre pour mieux s'y enfouir. Il recherchait la fraîcheur, le courage et la Vie, mais ne trouva que des graviers qui se logèrent sous ses ongles. Il grimaça. La Terre lui semblait tellement cruelle depuis que Enma avait... Il déglutît, ne parvenant à formuler ces mots qui rendaient la réalité si réelle.

Il savait qu'il était dans le déni. Il savait que venir chaque jour attendre auprès de ce ponton un retour impossible était inutile. Il le savait pertinemment mais il ne voulait pas se l'avouer. Dans son esprit, Enma était un Petit Prince parti pour un endroit lointain. Il entendait son rire de grelot dans les étoiles et voyait son sourire d'ange dans le paisible croissant de la Lune. Alors il attendait, patiemment -vainement- son retour. Et si ses voisins et amis s'en inquiétaient, il n'en avait que faire. S'ils lui disaient qu'il se voilait la face, il répondait qu'ils mentaient.

Au fond, ses propres mensonges n'effaçaient ni la souffrance ni la solitude, et ne les rendaient pas plus supportables mais... Tsunayoshi n'avait plus de sol pour tenir sa charpente, plus de Terre. Il n'était qu'un misérable satellite dérivant dans l'espace immense et vide, envieux du lointain Horizon.

_L'Horizon n'est qu'une illusion, fit-il dans un soupir poignant. Ce n'est qu'un effet d'optique...

Il leva les yeux aux cieux et un petit rire mélancolique lui échappa.

_Je ne voulais pas être seul, avoua-t-il enfin. J'étais effrayé à cette idée, c'est pourquoi j'ai refusé d'être le Ciel. Mais maintenant...

Son sourire se fit affligé, exaspéré.

_Franchement Enma, tu n'as jamais su être honnête à propos de tes sentiments, toujours à les cacher et à les garder pour toi. Si seulement tu m'avais dit ce qui te traversait réellement l'esprit alors... Nous serions pas seuls à présent, toi dans le Ciel et moi sur Terre.


Et voilà l'avant dernier chapitre... Pas vraiment satisfaite de celui-là, même après l'avoir réécrit plusieurs fois. M'enfin... A bientôt pour le dernier chapitre ! ^^

Que le Grand Dragon de l'Estime de Soi soit toujours à vos côtés,

Plew A.E