Oyez, oyez, mes amies... Si vous êtes encore là ?

Après une longue (je sais, c'est un euphémisme) dont je ne saurais assez m'excuser, je reprends cette fic avec l'intention d'avancer vite et bien (j'ai dit "intention" hein :)

Si vous me lisez, les commentatrices, je vous remercie toutes pour vos mots qui m'ont fait très plaisir : Philou, Cepphei, Azumi, Smartsunny, Aodren...


Chapitre 3 : Où Hermione veut manifestement mourir

Salle commune des Serpentards, tard dans la nuit

Vide. Seuls. Lui au bout. Moi, au bout. L'autre bout. Loin. Petite. Grand. Debout. Moi, par terre. A quatre pattes. Chienne. Obéissante. Brûlante de désir.

Lui, grand. Calme. Souriant. Maître de la situation. D'un regard, il me fait signe d'approcher.

J'obéis. Heureuse. Soumise. Heureuse de l'être. Crapahutant, telle une chienne, je vais à lui.

– Gentille fille. Embrasse-moi.

Je me redresse mais d'un regard, il m'interrompt. Du doigt, il désigne plus bas. Il ne s'agit pas de ses lèvres. Pas d'un baiser comme les autres.

C'est un baiser de pute.

Je m'exécute.

Hermione s'éveilla en sursaut, les larmes envahissant ses joues. Les premières secondes de stupeur, elle demeura immobile, incapable d'arrêter les violents sanglots qui secouaient sa poitrine enflammée. Elle s'arrangea pour étouffer ses pleurs dans sa couverture. Au pire, elle raconterait un énième bobard sur son passé, et inventerait un sanglant rêve. Ce qui ne serait qu'un demi-mensonge étant donné qu'elle avait bien fait un songe impliquant un liquide organique, bien que celui-ci ne fût pas rouge.

Putain de l'ennemi.

Incapable d'en supporter davantage, elle se jeta hors du lit, se promettant de brûler dès son retour la literie. Elle avait besoin d'air. Encore sous le coup de son mauvais rêve, Hermione sortit dans le couloir, affolée, sans même enfiler un gilet par-dessus sa chemise de nuit. Ses pas inconscients et pressés la menèrent naturellement vers la forêt interdite. Elle marcha au hasard, réjouie par la morsure du froid qui lui mangeait la peau et semblait du même coup la purifier.

Putain de l'ennemi.

Elle s'arrêta soudainement en remarquant un détail particulièrement déroutant : de l'eau noire. C'était une petite mare. Opaque. Elle s'approcha et se pencha : l'eau était si foncée qu'elle ne la reflétait pas, même éclairée par la lune. Etait-ce scientifiquement possible ? Elle tendit la main vers l'eau, mais se ravisa : ce n'était pas normal.

Puis elle se morigéna : d'abord elle chialait pour un rêve dégoûtant, ensuite, elle avait peur de l'eau ! Elle plongea franchement la main dans l'eau, en recueillit un peu dans son creux et la sortit. L'eau n'était pas noire. Elle était sans couleur. Elle ne reflétait rien. Perturbée Hermione se perdit dans la contemplation de cette indicible curiosité : comment l'eau – ou n'importe quel élément de la matière, d'ailleurs – pouvait-elle être dénuée de couleur ? C'était absolument incroyable : elle fixait cette eau et ne pouvait en déterminer la couleur : c'était une eau couleur de vide.

Cette envolée philosophique s'acheva lorsque la jeune fille entendit des pas. Elle reprit ses esprits et saisit sa baguette qu'elle cachait dans le bandeau de sa brassière de nuit. C'était sûrement lui. Aucun élève sensé n'oserait s'aventurer dans la forêt interdite. Elle suivit le bruit prudemment et furtivement, comme elle l'avait appris avec Rogue. Bientôt, elle en fut assez proche pour distinguer la silhouette qui bruissait en passant entre les feuillages. Ce n'était définitivement pas Tom : la silhouette était plus massive, moins haute, et plus… sale. Il lui tournait le dos, mais elle put distinguer une chevelure graisseuse et longue. Ses vêtements semblaient d'excellente facture, mais étaient abîmés. Ce qui était certain, c'était que cet individu n'était pas de l'école : on eût dit qu'il venait des rues mal famées de Londres, où, étant enfant, elle avait vu bon nombre de sans-abris.

Elle le filait toujours quand il s'arrêta à ce qui semblait être un point de rendez-vous. Rendez-vous avec qui ? Elle avait sa petite idée de la question. Idée qui s'avéra rapidement. Depuis sa cachette, Hermione put constater que Tom venait d'arriver.

– Mon bon ami, dit-il.

– Ne te fous pas de ma gueule, Riddle.

Hermione entendit un bruit sourd, sans pouvoir distinguer ce qui l'avait provoqué.

– Sept-mille gallions, comme tu disais. Maintenant, file-moi ce que je t'ai demandé.

SEPT-MILLE GALLIONS ?! Qu'est-ce qui pouvait bien valoir une telle somme ? Tom s'esclaffa, la faisant frissonner jusqu'au bout de ses orteils.

– Allons, Auguste. Pourquoi adopter ce ton agressif quand j'ai précisément ce qu'il te faut ?

Hermione renifla avec mépris : cela ressemblait à une scène de pègre. Il était dealer ou quoi ?

– Te 'fous pas de ma gueule, Riddle. Donne !

De sous son épaisse cape noire, Tom sortit une main gantée qui portait une bourse, qu'il tendit au dénommé Auguste. Ce dernier s'en saisit rapidement.

– Je me tire, annonça-t-il.

Alerte, Hermione s'esquiva discrètement, à juste titre, puisqu'Auguste, rebroussant chemin, se dirigeait vers elle. Elle s'éloigna jusqu'à ne plus être à portée de vue. Elle attendrait quelques minutes, puis retournerait dans sa chambre. La nuit n'était pas si mauvaise, en fin de compte. Elle avait hâte de faire sa petite enquête. Elle avait un prénom, et quelques indices : un homme trapu, et très riche. Hermione s'aventura à imaginer qu'il était très riche et que Tom l'avait débarrassé de sa fortune en lui vendant ce qu'il lui vendait. Cela expliquerait pourquoi il était si richement vêtu, mais si mal arrangé.

– Qui trouble mon repos ?

Hermione manqua d'éclater de rire en entendant une phrase aussi cliché. Misérable ! Elle eut moins envie de rire lorsqu'elle vit qui l'avait prononcée : une immense araignée. Enorme, poilue, dégoûtante. Et douée de paroles, en plus. Ce qui n'était pas pour la rassurer.

– Vous êtes qui ? demanda-t-elle sèchement.

– Vous venez chez moi et me demandez qui je suis ? gronda l'araignée.

Hermione put voir plusieurs araignées plus petites mais tout de même de la taille d'un gros chat s'agglutiner autour de la grande.

– Je suis ici dans la Forêt Interdite. Pas chez vous, à moins que vous n'ayez pour nom « Interdite » ? répliqua-t-elle.

– Une spirituelle, quel plaisir. Je me demande si ses os craqueront de façon spirituelle quand je l'aurai sous la…

Hermione n'attendit pas la fin de la phrase, pour esquiver le coup de patte que l'énorme araignée lui lança.

Serpentsortia !

Une dizaine de cobras jaillirent de sa baguette, s'attaquant aux petites araignées qui risquaient de la déranger. Elle put alors faire face à la grande, qui avançait vers elle de manière rapide. Plus qu'elle ne l'aurait espéré. Elle se devait donc d'être expéditive.

Avada Kedavra.

Elle n'avait pas formulé le sort, lancé dans un mutisme monacal. L'araignée s'effondra, tandis que ses serpents continuaient de dévorer les autres, plus petites.

– Impressionnant.

Hermione retint un frisson. Elle se retourna vers Tom.

– Combien d'heures de retenue ça fera ? demanda-t-elle d'un air détaché, malgré le tambour secouait son ventre.

Il ne répondit pas, perdu dans ses pensées.

– Riddle ?

Toujours pas de réponse.

– Un mythe s'effondre.

– Je te demande pardon ?

– Je pensais – toute l'école pensait – que tu étais le genre de filles à mettre de la lingerie fine.

Hermione baissa les yeux vers sa chemise de nuit, qui dans sa folle échappée, s'était déchirée à plusieurs endroits, révélant une petit culotte de coton à la forme basique. Elle était rose, avec un petit nœud sur la taille, et un gentil petit « sweet dreams » écrit sur le devant. Rien de très excitant.

– C'est très décevant, ajouta Tom avec un soupir à fendre l'âme.

Hermione haussa un sourcil.

– Rien que cette horreur qui te sert de sous-vêtements mériterait une flopée d'heures de retenue. Mais passons. Que fais-tu à cette heure-ci, dans un endroit où tu n'as de toute façon pas le droit d'être à toute heure du jour et de la nuit ?

– Ce n'est pas comme si ta qualité de préfet te donnait le droit d'y être.

– Insolente, avec ça, dit Tom en la détaillant depuis les pieds jusqu'à la tête.

Elle était tout de même belle. Une véritable œuvre d'art. Malgré sa culotte défectueuse, elle était hautement désirable. Depuis ses jambes fuselées jusqu'à son visage au contour éthéré, en passant par sa poitrine que les déchirures révélait presque.

Belle, oh oui, très belle. Belle comme la pute qu'elle était. Une allumeuse de première, qui se baladait dans la Forêt Interdite presque nue, qui lui faisait des avances puis acceptait l'invitation d'Abraxas…

Hermione ne devina rien de la colère que ressentait Tom, pour la simple raison qu'il affichait une expression parfaitement calme, voire légèrement moqueuse.

– Comment t'expliquer, Dippet ? Tu as enfreint les règles à plusieurs titres : d'abord, tu as dépassé le couvre-feu, ensuite, tu es allée dans la Forêt Interdite, et enfin, tu as tué Aragog.

– Si, comme je le suppose, Aragog est l'énorme araignée qui m'a attaquée, alors elle l'a bien mérité. C'était lui ou moi.

– Une acromentule, pour être plus précis, mais passons. Aragog ne t'aurait pas attaquée si tu n'avais pas enfreint les interdictions précédemment mentionnées. D'où ma question : pourquoi es-tu ici ?

Tout en posant la question, Tom avait commencé à tenter de pénétrer son esprit par légilimancie. C'était comme enfoncer un couteau brûlant dans du beurre tiède, songea-t-il en fouillant dans le cerveau d'Hermione sans l'ombre d'un scrupule. Il ignorait toutefois qu'en termes d'occlumancie, Hermione avait eu le meilleur professeur en la personne de Rogue. Ce qui lui permit de fermer parfaitement son esprit, ne laissant apparaître que ce qu'elle voulait révéler, c'est-à-dire qu'un cauchemar l'avait réveillée et menée à la Forêt.

– Même si je te le disais, ce n'est pas une bonne raison.

– Dippet…

– Bon, ça va ! J'ai fait un cauchemar, ça te va ? J'avais envie de marcher, et comme j'étais toute retournée, je suis sortie en trombe, sans prendre le temps de m'habiller. Et voilà, je me suis retrouvée ici.

– Hermione, me prendrais-tu pour un imbécile ?

Hermione retint un accès de colère : ce sombre cafard faisait semblant de ne pas la croire alors qu'il savait qu'elle disait la vérité.

– Oh, et puis, tu m'emmerdes, Riddle. Crois ce que tu veux, donne-moi un an de retenue, pour ce que j'en ai à foutre.

Il éclata de rire.

– Voilà ce qu'on va faire : tu vas avoir un mois de retenue – ne me remercie pas pour tant de clémence – avec ce que cela implique en termes de sorties : plus de pré-au-lard, plus de bals en tous genres.

– Attends ! Je suis invitée, pour Noël.

– Ah ? Peut-être fallait-il y songer avant de faire des voyages nocturnes dans un endroit interdit au public.

– Maintenant que tu le dis, je me demande ce que toi, tu y faisais.

– Cela ne te regarde pas.

– Cela intéressera néanmoins le directeur.

– C'est très simple : j'ai entendu du raffut pendant ma ronde, je suis venu en courant.

– Si je ne m'abuse, ta ronde ne te mène à aucun endroit assez proche pour entendre ce qui se passe ici.

Tom haussa le sourcil. Puis il sourit. L'insoutenable douceur de son expression remua les entrailles d'Hermione. L'instant d'après, Hermione vit un éclair vert passer à un millimètre de sa joue.

– Oups, dit Tom.

Entrée en tachycardie, Hermione reprit son souffle en douloureuses goulées. C'était simple, au fond : un éclair vert et le monde devenait sûr. Un éclair vert pouvait changer l'Histoire. Elle aurait vécu toute sa vie dans l'insouciance, si seulement un gamin hargneux avait rencontré un éclair vert avant de devenir le plus grand mage noir de tous les temps.

Elle ne réfléchit plus. L'éclair vert qu'elle envoya manqua sa cible. Elle roula de côté pour éviter un autre éclair vert.

Si Hermione ne valait pas Tom, en ce qui concernait la magie, elle avait au moins une chose qu'il ne possédait pas vraiment : une réelle expérience de guerre. Il était un duelliste d'envergure, combattant avec maestria et dextérité. Mais Hermione, elle, était une bête de guerre, elle connaissait la couleur de la boue souillée de sang, et elle connaissait la puanteur des cadavres qui pourrissaient sur un champ de bataille, empilés sous les cadavres plus frais.

Elle combattait comme un chien enragé, sans grâce et sans honneur. Tom fut surpris lorsqu'elle lui envoya… un coup de pied. Abasourdi, il tomba en arrière. Il garda tout de même sa baguette, qu'il serrait comme le prolongement de sa propre main. Hermione se redressa, mourant d'envie de lui infliger un Avada Kedavra. Mais c'était trop tôt. Il avait certainement au moins déjà un horcruxe, si elle en croyait les explications de Rogue. Et tuer ce corps ne servirait qu'à lui faire perdre du temps : il serait introuvable, après cela. Et ça partirait en vrilles.

Mais elle n'avait aucune envie d'en rester là, et il risquait bien de la tuer si elle ne le neutralisait pas.

Sectumsempra !

Protego ! Doloris !

Hermione poussa un cri à peine étouffé. Cette maudite rapidité qu'il avait ! Il était capable d'enchaîner des sorts à une vitesse effarante : comme s'il les lançait en même temps.

C'était la douleur la plus intense qu'elle eût jamais ressentie. Elle avait l'impression que ses veines gonflaient, bouillaient, puis se glaçaient. Sa tête, en particulier, menaçait d'exploser. Ses dents grinçaient, sa peau brûlait comme si une personne consciencieuse s'appliquait à lui scalper la peau pour appliquer de l'acide juste après.

Elle était passée une fois entre les mains de Bellatrix, et avait toujours été terrifiée à l'idée de la subir à une seconde occasion. Cette terreur était toute nuancée, maintenant qu'elle connaissait le Doloris de Tom. Elle criait comme une dératée, la vue brouillée. Elle put quand même apercevoir le sourire de son bourreau, qui faisait des petites brassées avec sa baguette. Le sort était d'un insoutenable raffinement et Hermione se demanda si elle allait mourir. Mourir de douleur. Elle ignorait combien de temps cela avait duré, lorsqu'il cessa de la torturer.

– Que je ne te reprenne plus jamais à me demander des comptes.

Alors qu'elle crut le voir le partir, elle sentit un autre éclair lui traverser la peau. Lorsque sa peau se déchira en mille lambeaux, son sang se répandant abondamment dans une tiédeur à la douceur dangereuse, elle comprit que c'était un sort de scarification. Quelle ironie ! Scarifier la petite protégée de l'inventeur du Sectumsempra, c'était savoureux.

Elle n'arrivait pas à bouger. Elle n'arrivait pas à bouger.

Hermione, tu ne peux pas mourir comme ça. Pas ici. Pas après avoir traversé les époques pour sauver la tienne. Toutes ces décennies ne valaient-elles donc rien ?

Elle se mordit les dents. Au prix d'un effort, elle parvint à se mettre sur les coudes, pour ramper misérablement. Chaque mouvement la brisait, tant et si bien qu'elle se demandait si elle serait en mesure de revenir à Poudlard. Même si elle y revenait, que dirait-elle ? J'ai tué Machin-gog et ensuite Tom m'a foutu une raclée, donc me voilà ! Réparez-moi, que je puisse aller en classe demain.

Hermione étouffa un gémissement. Elle était à bout de forces. Le doloris l'avait anéantie, et son inquiétant manque de sang aurait bientôt raison d'elle. Il l'avait frappée non pour l'exemple ou pour la punition, mais pour la tuer.

Lentement, bien plus cruellement qu'avec un simple avada. Qu'à cela ne tînt. Elle était vouée à la mort, mais cela ne l'empêcherait pas de lutter avec ses dernières forces, même pour rien. Il fallait bien occuper ses dernières minutes. Les larmes brouillant ses joues crasseuses de boue, elle joua des coudes pour ramper dans la forêt. Elle crapahuta maladroitement, ignorant la douleur et la sensation tiède de son sang grâce à des pensées qui l'accaparaient : les bouderies de Ginny, les rêveries de Luna, les sermons de Rogue…

Lorsque même la meilleure grâce du monde et l'énergie du désespoir ne furent plus capables de la porter, Hermione laissa retomber sa tête doucement. La sensation était délicieuse : se lâcher, enfin, renoncer.

La liberté…

Hermione sursauta lorsqu'elle sentit l'humidité lui inonder le visage.

L'eau opaque ! L'eau couleur de rien ! Elle était donc revenue à l'eau après sa folle poursuite. Habituée à la fraîcheur du liquide, Hermione laissa sa tête s'immerger dans la flaque. Elle but à gorgées rapides l'eau mystérieuse. Il lui importait de tout ignorer sur ce qu'elle ingurgitait : elle agonisait, qu'est-ce qui pouvait bien être pire ?

Rien ne pouvait être pire, vraisemblablement, mais le mieux était possible : une chaleur envahit les muscles d'Hermione, comme après une bonne rasade d'eau-de-vie. Telle une droguée sevrée durant de longs mois, Hermione plana délicieusement pendant de longues minutes, avant de sombrer.


Putain de l'ennemi. Putain de l'ennemi. Putain de l'ennemi. Putain de l'ennemi.

Un éclair de douleur traversa le crâne d'Hermione lorsqu'elle se redressa brusquement. Hallucinée, elle regarda autour d'elle : sa chambre à l'école. Elle fronça les sourcils, se demandant même pourquoi elle était en vie. Un regard sur ses jambes lui apprit qu'elles étaient intactes, comme tout le reste de son corps.

Il était impossible qu'elle eût rêvé : la douleur était bien trop intense, bien trop réelle.

– Eh ben ! railla Desdémone avec un sourire carnassier. Tu t'es bien amusée hier, hein ?

– Je te demande pardon ? s'écria Hermione.

– Oh, fais pas la mijaurée, Herms. On t'a vue revenir hier soir, la mise toute froissée, et des murmures béats aux lèvres. Un certain Auguste, je crois, c'est ça ? Et t'étais complètement bourrée.

Hermione décida de ne pas relever le surnom ridicule et se concentra sur la substance du message. Elle ne se rappelait rien.

– Hum… j'imagine que ça ne sert plus à rien de vous le cacher…

– C'est qui cet Auguste ?

Hermione mima un sourire coupable.

– Je ne tiens pas vraiment l'alcool.

Desdémone éclata de rire et tendit à Hermione un verre d'aspirine. Celle-ci le but d'un coup.

– Je dois aller étudier, déclara-t-elle.

– Détends-toi, c'est le week-end.

– Justement. Il faut que je profite des jours sans cours pour rattraper mon retard, si je veux valider un petit quelque chose cette année. Je n'ai pas envie d'être à Poudlard à trente ans, Dess.

Desdémone pouffa.

– Pas comme ces crétins de profs.

– Tom, la réunion de ce soir est-elle maintenue ?

Tom leva les yeux de son livre pour foudroyer Abraxas d'un regard malveillant. Ce crétin d'Abraxas lui posait toujours la même stupide question.

– Pourquoi serait-elle annulée ? cingla Tom.

– C'était juste pour confirmer, dit Abraxas.

Tom ne répondit pas, se contentant d'un regard qui l'autorisait à disposer. Resté seul dans son coin de bibliothèque, Tom songea à Dippet.

Il l'avait tuée, et cela ne tarderait pas à devenir évident. Heureusement, le cadavre d'Aragog non loin laisserait croire à une bataille l'ayant menée à la mort.

Tout allait pour le mieux. C'était parfait. La perfection même. Toujours parfait.

Tom crispa les poings sur son livre. Il se demandait s'il ne l'avait pas tuée trop vite. Morte, elle n'avait plus aucune chance de lui révéler ses secrets, et il s'avouait qu'elle l'intéressait, d'une certaine manière.

Pas bon, Tom, de se laisser aller à sa colère, se morigéna l'adolescent. Mais il était encore moins bon de regretter à ce point un être insignifiant.

– Salut, Riddle.

Tom se figea un instant. Cette voix. C'était impossible. Elle était pourtant bien là, se tenant devant lui avec un sourire à la douceur provocatrice. Comment pouvait-elle… ? La pensée effleura soudain Tom qu'elle eût pu avoir créé… non, pas elle. Tout de même.

Pourtant, elle ne semblait pas avoir souffert le moins du monde. Sa chemise avait ses manches relevées et sa jupe laissait entrevoir une portion de cuisse, probablement s'exhibait-elle ainsi pour le narguer, de sa peau immaculée, comme si elle n'avait jamais été scarifiée. Ou peut-être s'exhibait-elle par simple plaisir. Après tout, elle était une traînée, se rappela Tom.

– Bonjour, Dippet, répondit, tentant de garder contenance.

– Content de me voir ? Je te trouve très pâle. J'espère que ta pathétique tentative de me tuer, hier, ne t'est pas monté à la tête. Cela me décevrait de savoir que tu pensais que ta pauvre démonstration d'hier aurait raison de moi.

Tom avait beau être ce qu'il était, il ne trouva rien à répondre.

– Et ne crois pas que ton auguste geste d'hier change quoi que ce soit au fait que tes rondes nocturnes dans la forêt interdite n'ont aucun secret pour moi.

Hermione tourna les talons, un sourire aux lèvres, qui trahissait sans équivoque la jouissance dans laquelle elle se trouvait devant la mine décomposée de Baby-Voldemort.

L'instant d'après, elle se demanda ce qui l'avait prise. Elle voulait mourir ou quoi ?