Inhuman Nature
Chapitre 2
Jasper aimait regarder les gens.
Sa capacité était souvent une malédiction. Vraiment cela dépendait de l'atmosphère émotionnelle. Il aimait les matins dans les parcs les jours nuageux quand il n'avait pas à s'inquiéter du soleil. Il pouvait regarder les premiers coureurs – leurs esprits étaient des plus paisibles et leur pouls fort et agréable à ses oreilles. Ils sentaient très bon. L'odeur du sang et des endorphines faisaient un bon mélange.
Il n'appréciait pas toujours la foule. Ça pouvait être envahissant. La populace n'était pas agréable. Tant de rage et de vitriol concentrés au même endroit pouvait être difficile, même pour son contrôle et son esprit développé. Ça lui faisait d'horribles choses, ça faisait de lui une horrible chose. Les écoles secondaires étaient encore une autre sorte de torture. Les adolescents ressentaient tout avec excès – angoisse, désir, amour, colère. Et tout ça lui parvenait d'eux par vagues et il y en avait vraiment beaucoup au même endroit et c'était incroyable que les humains ne puissent pas le ressentir. Quand il était près d'adolescents il se sentait confus et énervé, avide tout en même temps. Et ça le laissait avec trop peu de contrôle.
D'autres foules pouvaient être plaisantes. Jasper aimait les centres commerciaux. Les gens étaient généralement de bonne humeur lorsqu'ils sortaient avec des amis faire leurs courses. Ici et là il pouvait sentir un mari exaspéré, un client envieux ou un petit garçon capricieux mais plus que tout, l'endroit était envahi par un bourdonnement heureux.
Alors qu'il se reposait au milieu de la place sur un banc, Jasper fit un jeu, essayant de séparer les humeurs des uns et de les associer aux autres avec l'aide de ses sens supérieurs. Il choisit une vague d'euphorie et repéra un couple de jeunes amants qui se promenait main dans la main, n'ayant d'yeux que pour l'autre. Il les écouta se murmurer des mots doux à l'oreille et capta l'emballement de leur cœur quand ils s'embrassèrent.
Le vertige provenant d'un magasin dans son champ de vision attira son attention. A travers la vitrine il vit un jeune homme regarder une belle robe. Ses yeux étaient écarquillés et avides, sa bouche souriait. Il regarda subrepticement autour de lui en prenant la robe et en la tenant devant son long torse maigre. Oh le frisson d'une bonne découverte!
Quelque part ailleurs dans le centre commercial, l'inévitable arriva. La chair humaine est tellement vulnérable. Quelqu'un se piquait le doigt avec une épingle, un enfant tombait en s'écorchant le genou ou un adolescent s'enlevait une croûte.
Depuis longtemps qu'il vivait si près des humains cette odeur qui frappa son nez ne le surprit pas. Il serra ses poings alors que la première vague l'écrasait, une violente révolte de soif et de sang. Son corps se contracta, prêt à attaquer, tendu comme un ressort et tout à coup tous ces humains ici devinrent une proie. Ses yeux passèrent de l'un à l'autre pour les évaluer. Il y avait un homme, appuyé contre un mur juste à côté de l'entrée des employés. Il lui faudrait juste quelques millisecondes pour l'enlever de ce couloir tranquille. La bouche de Jasper se remplit de venin.
Mais il n'était pas une bête sans pensée, il se souvint. Il y avait des siècles il avait été un nouveau-né, tout instinct et pas de contrôle. Il cessa de respirer et cela lui éclaircit les idées. Il dit à sa soif et à sa gorge sèche qu'il ne voulait pas chasser comme un animal affamé. Il était plus civilisé que cela. S'il devait y avoir une chasse ce serait à sa façon.
Après quelques instants, l'odeur du sang frais n'était plus aussi envahissante. Le flot avait rapidement été arrêté. Une partie de lui avait mal de ne pas pouvoir suivre cette piste, l'odeur. Qui était l'humain au bout de la route? A quoi aurait-il goût? Comment ça serait s'il y allait et se mettait à le chasser maintenant? Sa soif pourrait être étanchée en une minute.
La chasse - il se rappela à nouveau - était inévitable mais il y avait des façons bien plus intéressantes de le faire. Il avait déjà décidé ce qu'il voulait. Ça n'avait pas besoin de commencer nécessairement aujourd'hui mais aujourd'hui était un bon jour. Pourquoi pas?
Il se frotta la gorge comme s'il pouvait calmer sa soif. D'accord alors.
Il prit une profonde inspiration et s'ouvrit à toutes les odeurs et émotions de la foule autour de lui. Comme toujours ça provoqua cette douleur dans sa poitrine. Avec son don il ressentirait tout ce que sa proie ressentait.
Pauvres humains! Pourquoi devaient-ils avoir une vie si éphémère, une peau aussi fragile et les os qui vont avec. Leur sang doux appelait le seul prédateur qu'ils ne pouvaient vaincre. Ils étaient sans défense et la plupart d'entre eux ne le réalisait pas.
Aujourd'hui pourtant l'un d'eux allait le faire.
Totalement en contrôle à présent il se leva. Il passa une main dans ses cheveux, un geste humain et réarrangea son expression pour montrer de la sympathie. C'était bientôt Noël. Il pourrait passer pour un jeune homme inquiet de ne pas trouver quoi acheter à ses proches.
Ce n'était pas le genre de chasse que ses camarades appréciaient. C'était un autre type de frisson mais il satisfaisait sa nature.
Il se joignit aux autres acheteurs, se fondant dans la masse, attendant cette impression aléatoire. Il ne savait jamais ce qu'il cherchait quand il chassait, ni quelle personne attirerait son attention.
Il s'arrêta dans une parfumerie. Il pencha la tête et examina attentivement la forme des flacons. Il écouta vraiment la vendeuse qui essayait d'aider un petit-ami à trouver quelque chose de bien pour sa copine. Une autre vendeuse regarda Jasper mais à ce moment-là l'odeur du parfum synthétique l'étouffa et il se détourna. Il aimait que sa proie sente l'humain.
En marchant il attrapa l'odeur familière du désir – attirance – c'était très près. Il la suivit et regarda le reflet dans la vitre du magasin, et attrapa un homme en train de mater son cul.
Amusé Jasper s'arrêta à une autre boutique – des calendriers cette fois. L'homme qui était assez sûr de lui s'arrêta aussi, faisant semblant d'être intéressé par ce stand lui aussi. Jasper attendit. Il ressentait la tension chez l'homme. Il l'entendit soupirer puis murmurer Dégonflé! dans un souffle et s'en aller.
S'il savait seulement que c'était sa lâcheté qui l'avait sauvé…
En arrivant dans une zone plus ouverte il sentit quelque chose de petit se cogner dans ses jambes. Il entendit un pouf et regarda vers le bas pour voir une petite fille sur les fesses qui le regardait fixement. Bâti comme il l'était c'était comme si elle était rentrée dans un mur.
Jasper s'accroupit. "Waouh. Tu vas bien mon ange?"
Et c'en était vraiment un, avec des joues rebondies, rouges d'avoir couru, le sang pulsant sous sa peau. Elle semblait confuse en le fixant avec ses grands yeux bleus. C'était comme si elle essayait de décider si elle devait être effrayée ou pas. Il cligna des yeux comme une chouette. Elle n'avait pas plus de trois ans.
"Ne pleure pas chérie." Il tendit sa main pour arranger une mèche de cheveux derrière son oreille. "Où sont tes parents?"
La petite fille renifla et releva courageusement la tête. "Sais pas où est Bella. Je suis échappée. Je cherchai le Père Noël, j'étais très essitée."
"Oh le Père Noël. Bien. Je ne peux pas te blâmer. Je sais où il est. Je vais t'y amener. Et je pense que Bella sera là-bas aussi." Il tendit sa main gantée. Le visage de la fillette s'illumina quand elle la prit.
Les enfants étaient si ouverts. Il aurait pu l'emmener n'importe où et elle l'aurait suivi sans le moindre problème. Leur conversation étaient bien plus qu'intéressante - un mélange de réalité et de fantaisie capricieuse. Les choses que cette petite pourrait lui dire seraient sans nul doute fascinantes. Il inspira. Il ne pouvait pas dire qu'il n'appréciait pas l'odeur de l'enfant. Le sang des enfants était d'une pureté inégalée. Ce pourrait être un délice.
"Cynthia!"
Ils étaient presque arrivés au Village du Père Noël quand Jasper ressentit de la terreur et entendit des pas rapides venant vers eux. Il se tourna pour voir une jeune femme courir dans leur direction. Elle saisit l'enfant, la détournant de Jasper et la prit dans ses bras. Dès qu'elle fut en sécurité, elle trébucha en arrière, mettant de la distance entre elles et Jasper.
Il leva la tête en observant la femme. Elle était une contradiction, nota-t-il. Elle portait des bottes de combat, un jeans noir, une veste en cuir et un chapeau vert de Père Noël avec des oreilles d'elfe. Son visage était jeune, la vingtaine, peut-être... mais ses yeux étaient vieux. Bien sûr, cela aurait peut-être quelque chose à voir avec le fait qu'ils étaient plissés vers lui, étincelant la peur et le feu qu'il ressentait autour d'elle.
"Bella!" La petite fille enveloppa ses bras autour du cou de Bella.
"Tu pensais faire quoi, pervers?" grogna la femme, Bella.
Il leva un sourcil, étonné de sa férocité. Elle ressemblait à un ange vengeur, prêt à le déchirer, béni soit son âme. "Taaaa… ah, sœur? Elle était perdue. Elle a dit que tu étais en route pour voir le Père Noël. Je pensais que tu pourrais venir la chercher ici."
"Le monsieur m'a sauvée", l'informa Cynthia, sérieuse. "J'étais perdue."
Jasper verrouilla son regard sur ceux de la femme et inclina la tête. A l'intérieur, il enveloppa sa volonté autour de ses émotions. Il s'attaqua à sa peur et à sa méfiance et la fit baisser. Il remplit cet espace avec un sentiment de bien-être.
Il lui fallut un moment pour se rendre compte que cela ne fonctionnait pas aussi bien que cela aurait dû, aussi bien que toujours. Il dut travailler dur pour ne pas montrer sa surprise sur son visage.
Elle le combattait. Elle combattait la vague de sérénité qu'il lui envoyait. La peur et le malaise avaient diminué mais n'avaient pas disparu. Elle se tenait comme si le soupçon était enraciné en elle - une partie de son être même.
Bella déplaça la petite fille dans ses bras, du coup elle était encore plus éloignée de Jasper. Sa position était défensive. "Tu étais là-bas pour voir le Père Noël?" demanda-t-elle. Il pouvait entendre dans sa voix qu'elle ne l'avait pas crue pendant une seconde.
Jasper sourit facilement. Il expira subtilement. Le parfum de son souffle - du souffle de tout vampire – était envoûtant et embrouillait les pensées. Il se pencha légèrement. "Je te l'ai dit. Nous te cherchions. Je ne lui ferais pas de mal."
Bella cligna des yeux et le regarda de haut en bas. Elle racla sa gorge. "Merci", dit-elle. "Elle m'avait échappé."
"J'ai couru," déclara Cynthia. "J'ai oublié de ralentir. Il y avait beaucoup de gens. Le monsieur m'a trouvée et m'a aidée." Elle acquiesça avec enthousiasme.
Bella souffla. "Ouais, je t'ai entendue, Cyn."
Jasper cacha un sourire. Le doute enveloppait toujours les émotions de la femme. Un humain avec des instincts de préservation. Eh bien, c'était nouveau.
Bella le fixa avant de regarder de nouveau vers Cynthia. "Tu aurais pu être blessée. Tu aurais pu être enlevée, tu sais cela, non?"
Elle parlait toujours de lui. Il pouvait le dire. Elle regarda Jasper et fit un autre pas en arrière. "Merci," dit-elle comme si elle ne le pensait pas. "Merci de votre aide."
Il acquiesça. "Heureux d'avoir été utile." Il rencontra ses yeux, la défiant, laissant passer un peu le danger dans expression. Son battement de cœur accéléra et son souffle aussi mais elle ne flancha pas malgré sa peur.
"Penses-tu que je puisse vous acheter un déjeuner?" demanda Jasper juste pour voir ce qu'elle ferait. Certaines femmes aimaient les hommes dangereux, après tout.
Son "non" fut rapide et catégorique. Il était clair qu'elle voulait être loin de lui le plus rapidement possible. "Nous devrions être déjà parties. Merci pour votre aide."
Avec cela, elle se retourna et s'éloigna, sa démarche trop rapide pour être décontractée. "Bella…" entendit-il la petite fille dire quand elles furent plus loin, "… je veux voir le Père Noël!"
"Ah, aucune chance," souffla Bella. "J'aimerai sortir d'ici le plus vite possible mais ta mère devrait arriver bientôt. Nous nous installerons de l'autre côté du centre commercial pour l'instant."
"Mais pourquoi?" demanda Cynthia en gémissant. "Tu avais dit… Tu avais dit que nous irions voir le Père Noël."
"Parce que ta Bella reconnaît une menace lorsqu'elle en voit une, petit ange," murmura-t-elle. Il se mit à rire. Il avait dit la vérité quand il lui avait dit qu'il n'avait pas l'intention de nuire à l'enfant.
D'un autre côté, un scénario commença à se former dans sa tête. La femme l'avait intrigué… pauvre courageuse enfant.
La chasse avait commencé.
Jasper en vrai vampire? Qu'en pensez-vous?
