Inhuman Nature

Chapitre 3

Perdre une enfant dans une foule était une expérience terrifiante. Elle avait été dans tous ses états lorsque la petite avait été avalée par la masse des gens tout autour d'elle. Ça avait déjà été assez mauvais mais retrouver Cynthia à nouveau, main dans la main avec un homme étrange l'avait amené à une terreur encore plus grande. Pas elle, avait été son mantra et elle n'avait pu arracher la fillette à cet homme étrange assez vite. Même après qu'elle ait mis une certaine distance entre elle et lui, Bella n'arrivait pas à se débarrasser de ce sentiment que l'enfant et elle n'étaient pas en sécurité.

Elle se frotta la nuque, scannant toujours le centre commercial. Peu importe où elle allait et le fait qu'elle n'ait toujours pas vu le grand inconnu blond, elle ne pouvait pas se débarrasser de l'horrible sentiment qu'il les surveillait encore. Pendant l'heure qui suivit elle essaya de faire oublier à Cynthia la visite avortée au Père Noël, ses yeux parcourant continuellement la foule, cherchant des cheveux blonds et ce sourire diabolique. Elle frissonna.

"Tu vas bien, Bella?" demanda Cynthia en la fixant tout en buvant dans son verre. Bella avait décidé qu'elles pouvaient aller manger mais ça ne signifiait pas qu'elle allait pouvoir se détendre. "Comment ça se fait que tu ne prennes rien?"

"Je n'ai pas faim." Et c'était un euphémisme. Son estomac se tordait d'une anxiété qui ne voulait pas la quitter. Elle continuait à se frotter les bras ainsi que la nuque. Chaque centimètre de sa peau se hérissait d'une sensation de dégoût qui ne voulait pas s'en aller.

"Ce n'était probablement rien," dit Bella à Mme Brandon quand elle arriva pour récupérer sa fille, une quinzaine de minutes plus tard. "C'était probablement juste un bon samaritain, comme il l'a lui-même dit." Elle se frotta les bras de nouveau pour chasser la chair de poule. "Il m'a fait peur. Je suis désolée. Je sais que vous êtes occupée et que c'est pour ça que vous m'avez demandé de l'accompagner voir le Père Noël."

Mme Brandon leva la main. "Il vaut mieux être sain et sauf que désolé. On nous a appris à nous les filles de laisser le bénéfice du doute aux hommes et où cela nous mène-t-il?"

Bella secoua la tête, son estomac se contractant pour une raison différente à présent. "Nulle part."

Mme Brandon attira l'attention de sa fille. "Quant à toi Mademoiselle, je vais devoir t'acheter une laisse. C'est ça que tu veux? Tu ferais bien d'être contente que Bella ne t'ait pas amenée voir le Père Noël. Ou tu aurais dû lui dire combien tu as été vilaine puisque tu t'es sauvée…"

Quelques minutes plus tard, Bella quitta enfin l'atmosphère oppressante du centre commercial, il y avait beaucoup trop de monde, trop d'yeux. Elle fut contente de retourner à l'air frais. Son soulagement cependant fut de courte durée.

Le parking, bien qu'éclairé était quasiment désert. Il y avait des gens alentour mais loin et dispersés. Bella arrangea son sac sur son épaule et l'agrippa, attrapant une petite bombe au poivre dans sa main droite.

Ressaisis-toi.

Elle entra dans sa voiture et s'arrêta. La sensation de picotement revint. Quelqu'un était entré dans sa voiture.

Il n'y avait aucune preuve de cela. Mais elle ressentait ça profondément au fond de ses tripes. Elle se tourna dans son siège regardant à l'arrière. Son rythme cardiaque s'était accéléré. Elle ressortit et regarda sous la voiture. Sur un coup de tête elle ouvrit le coffre. Il était vide.

Elle revint dans la voiture et posa ses deux mains sur le volant. Sa gorge était serrée. Ses joues pâles. Une fois de plus elle regarda autour de la voiture. Rien. Ses livres scolaires étaient encore éparpillés sur le siège avant. Son mug était toujours là à moitié plein de café. Le siège de Cynthia était toujours attaché derrière.

Ressaisis-toi.

Une autre attaque de panique se dit-elle. Pas trop forte pour le moment.

En hochant la tête, elle démarra la voiture. Elle mit la musique à fond et se dirigea vers chez elle.

Bella avait un petit appartement près de l'université de Washington où elle étudiait. Son appartement était au troisième étage mais quand elle entra elle ressentit le besoin de verrouiller la porte du balcon ainsi que celle de l'entrée.

La sensation de picotement s'était arrêtée. Elle tira les rideaux de chacune des fenêtres.

L'immeuble était très calme. C'était l'une des raisons pour lesquelles elle avait choisi cet endroit. Ce soir elle aurait préféré que l'un de ses voisins ait des enfants turbulents qui jouent dehors tard. Elle aurait souhaité que ses voisins les plus proches et qui étaient très amoureux se disputent. Elle voulait se sentir moins seule. Ce soir le silence était déconcertant.

Elle se fit un sandwich pour se débarrasser de son sentiment de solitude et parce qu'il fallait qu'elle se nourrisse. Son estomac était tellement retourné qu'elle ne put en manger que quelques bouchées. Elle se passa un pantalon de jogging et un t-shirt à manches longues.

Au lit, elle alluma son ordinateur et ouvrit Netflix. Elle trouva un truc insignifiant à regarder toutes ses pensées retournant à l'inconnu grand et blond.

C'était ses yeux. Ses yeux l'avaient dérangée. Elle ne savait pas pourquoi, ils étaient bleus. De la glace bleue. Mais d'un bleu pas naturel. Comme s'ils étaient faux.

Faux mais dangereux.

Quand elle s'endormit, elle rêva. L'homme ne lui avait pas dit grand-chose mais elle entendit sa voix polie et grave chuchoter à son oreille. Le rêve se transforma en cauchemar. Une forêt sombre. Des yeux malveillants couleur sang. Des yeux de prédateur harcelant sa proie. Ils étaient partout. Elle a couru mais pas d'évasion possible. Rien d'autre que savoir que le monstre sortirait de l'obscurité et qu'elle ne s'échapperait pas.

Elle se réveilla en criant et s'assit dans son lit. Elle cligna des yeux dans l'obscurité de la chambre s'agrippant à ses couvertures, la brume désordonnée du sommeil s'accrochant à sa conscience. Qu'est-ce qui l'avait réveillée?

Des yeux. Ils la fixaient dans ses cauchemars. Des yeux sinistres et rouges brillant qui la regardaient d'un air menaçant. Comme ceux dans le coin de sa chambre qui la regardaient avec une intensité inquiétante.

Elle secoua la tête pour mieux se réveiller. Si elle pouvait complètement se réveiller, les yeux disparaitraient.

Ils ne vacillaient pas et quand les siens s'habituèrent à l'obscurité elle trouva le contour d'un visage. Un visage familier. Le visage auquel elle s'attendait depuis le centre commercial. Les yeux rouges et brillants étaient réels. Il était réel. Et il était là.

Ensuite il fallait qu'elle ouvre la bouche pour crier mais elle se retrouva couchée sur le dos. Son cri d'effroi étouffé par quelque chose de froid et solide contre sa bouche. Ses mains emprisonnées par les poignées par une prise solide. Ses jambes retenues par un poids inflexible.

Bella avait quatre années d'apprentissage d'auto-défense. Elle savait se protéger. Elle savait se sortir de toutes les situations. Elle savait que les lâches qui faisaient ce genre de choses comptaient rarement sur l'idée que quelqu'un - et encore moins une fille comme elle - puisse se battre. Elle savait comment utiliser la masse, la force et la répartition de son poids contre eux.

Toute sa formation prit le dessus sur son instinct et elle voulut se battre.

Rien ne se passa. Ses deux mains furent piégées au-dessus d'elle par l'une des siennes. Elle était à sa merci. Sa main aurait pu être des menottes d'acier. Aucun mouvement possible. Son autre main était posée si fort contre sa bouche qu'elle ne pouvait pas bouger la tête, peu importe combien elle essayait. Ses jambes étaient coincées par son genou comme si elles étaient sous un bloc de béton.

C'était impossible. Rien de tout cela n'était possible. Que se passait-il ici?

"Chut. Chut. Tais-toi!" Son visage était si proche du sien que ses cheveux en bataille chatouillaient sa peau. Sa voix était en directe contradiction avec sa prise sur elle - douce et gentille. "Chut," dit-il à nouveau, essayant de calmer ses cris étouffés.

Son souffle était sucré et frais contre sa peau. Sa perception se brouillait. Elle dut se battre pour ne pas céder à sa panique montante. Bella s'efforça de se concentrer. Son visage était à quelques centimètres du sien.

C'était vraiment lui. L'homme du centre commercial. Le bon samaritain. Il était là dans sa maison. Sur elle.

Ses yeux étaient rouges et ils brillaient dans le noir. Ils étaient superbes. Et littéralement, elle était étourdie. Elle arrêta de se battre, devant toute molle sous lui.

Il sourit. "Voilà. Bonne fille!" Il se pencha encore plus près. "Maintenant, je ne vais pas te faire de mal à moins que tu m'y obliges, mon ange. Tu seras sage et tu ne vas pas crier. Tu comprends?"

En dépit de la douceur de son ton, ses yeux étaient durs en disant les deux derniers mots. Il était en mode négociation. Elle tira ses poignets, essayant de se libérer de sa prise. Ce n'était pas possible qu'il soit en acier, n'est-ce pas?

Pourtant, c'était possible. Il était fait d'acier froid et résistant ou il semblait l'être. Elle gémit contre sa main et hocha à peine sa tête. Une seule larme apparut au coin de l'œil et tomba dans ses cheveux.

Oui, elle avait compris. Qu'il était fort. Très fort. Elle savait instinctivement qu'il pourrait la détruire sans aucun effort. Elle ne pourrait pas résister. Alors oui, elle serait sage.

"Bonne fille," dit-il à nouveau, écartant sa main de sa bouche pour essuyer une autre larme avec son pouce.

Bella exhala un souffle tremblant, révulsée par son contact. Ensuite, elle cria : un simple et court hurlement. Il l'avait retournée sur l'estomac en un seul mouvement trop rapide.

"Chut. Tu as promis de rester tranquille." Il se posa sur son dos.

Le malaise dans son intestin redoubla d'intensité. "Non," murmura-t-elle, son cœur battant si fort, qu'elle perdit son souffle et le volume de sa voix. Elle se tendit puis attendis. Elle attendit la sensation de ses mains sur son corps, la sensation de tirer sur ses vêtements contre sa peau, le terrible bruit du linge violemment arraché. "S'il vous plaît, ne faites pas ça. S'il vous plaît."

Il se mit à rire, évidemment amusé par sa terreur. Il avait mis ses mains derrière son dos et les liait avec quelque chose plus doux que de la corde. Les mouvements étaient rapides. Trop rapides. Inhumainement rapides.

Inhumain.

Il se pencha et Bella frissonna à la sensation de son corps sur le sien, qui la faisait se sentir toute petite. Elle serra les dents pour éviter de supplier de nouveau.

"Ce n'est pas ce que je veux de toi…" dit-il, ses lèvres contre son oreille. Comme le reste de lui, elles étaient froides et dures.

Il bougea ses cheveux d'une épaule. Elle était révulsée, des frissons couraient sur sa colonne vertébrale.

Elle était heureuse de ne pas avoir mangé beaucoup vu comment elle était nauséeuse. Elle ne pouvait pas empêcher les légers bruits pathétiques qui sortaient du fond de sa gorge alors qu'il passait le bout de son nez dans son cou, en inhalant. Il gémissait. "Seigneur, mais tu sens bon. Super bon!"

Bella ferma ses yeux, luttant inutilement contre ses liens. "Qu'est-ce que tu veux de moi?" S'il ne voulait pas cela, que voulait-il? Si non pourquoi la touchait-il?

Il soupira et se redressa, une main écartée, reposant sur son haut du dos. "Tu es trop tentante, tu le sais? Je pourrais prendre ce que je veux ici." Sa voix, était plus basse maintenant, beaucoup plus dangereuse.

"Qu'est-ce que tu veux?"

Plutôt que de répondre, il bougea. Son poids n'était plus sur elle. Il lia ses pieds à la cheville en une fraction de seconde et il la retourna sur le dos.

"Désolé pour cela," dit-il d'un ton léger. Comme s'il n'avait pas été grinçant et menaçant quelques instants plus tôt. Maintenant il semblait quelque part entre amusé et sincèrement désolé. Il trouva un rouleau de ruban adhésif de quelque part. "Ce n'est pas pour longtemps. Je promets." Sur ce il lui colla la bande de ruban sur la bouche.

Il la prit dans ses bras, la soulevant comme si elle ne pesait rien. A ce moment-là, la peur et sa respiration rapide lui donnaient des vertiges. Plutôt que de s'attarder sur son entière et totale impuissance, elle mit toute sa concentration dans le fait de ne pas vomir.

L'inconnu l'emmena hors de sa chambre, dans le couloir. Bella fut surprise qu'il passe par la porte du balcon. Elle cria dans son bâillon. Putain il allait faire quoi là?

Il ne lui prêta aucune attention mais bondit gracieusement presque tout droit, atterrissant sans bruit sur la rampe. Et elle cria alors qu'il sautait dans la nuit.


Nous nous inquiétons toutes pour Bella…