Inhuman Nature
Chapitre 5
Jasper
Ça faisait un très long moment qu'un humain n'avait pas autant intrigué Jasper.
Il ne prend pas grand plaisir à ce qu'il fait. Ce long processus pénible est souvent un travail désagréable pour lui. Non sans avantage. Les humains peuvent l'amuser et bien sûr, les boire est divin… pour la plupart. Mais ce n'est pas quelque chose qu'il fait parce qu'il l'apprécie. Il ressent une obligation envers ses victimes, les connaitre entièrement avant de prendre leur vie.
Cette fille cependant… Sa curiosité la concernant est honnête. Avec elle il pense savoir ce que de Vinci ou Michel- Ange ont ressenti quand ils étaient si désespérés d'étudier le corps humain, de savoir comment il fonctionnait, qu'ils déterraient les morts. Bella l'intriguait simplement.
Après leur première conversation il l'avait à nouveau laissée attachée dans le noir. Sa peur avait été palpable alors, comme on pouvait s'y attendre. Il était remonté, il avait fermé les yeux et s'était laissé consumer par elle. C'était une partite du processus, supposait-il, cette punition auto-infligée. Le prix qu'il payait parce qu'il ne voulait pas se libérer du concept de l'humanité.
La terreur était une chose étrange pour une créature telle que lui. Les vampires, dans l'ensemble, n'avaient pas peur. C'était donc une émotion surnaturelle pour lui et bien qu'il existe depuis très longtemps, il n'arrivait pas à s'y habituer. Ça faisait partie de sa pénitence, de son expiation, de sa vie humaine : la fille de quelqu'un, l'amie de quelqu'un, l'amant de quelqu'un, le parent de quelqu'un etc.
Puisqu'ils avaient beaucoup de travail à faire avec Bella il pensait qu'il fallait qu'il s'immerge dans sa peur pendant peut-être une heure avant d'aller tenter de la calmer. Il était aussi curieux d'autre chose – pourquoi son don n'avait-il pas autant d'effet sur elle que sur les autres? Une heure entière ne s'était pas écoulée avant que les émotions de la fille changent d'elles-mêmes.
Oui elle avait pleuré, beaucoup de gros sanglots qu'elle essayait d'atténuer avec son bras. Il les avait entendus bien sûr. Il imagina même comment ils secouaient son petit corps. Mais alors que les larmes se transformaient en hoquets, la peur disparut. Elle n'avait pas disparu mais elle était silencieuse.
Bizarre. D'habitude ça se passait autrement. Un humain qui expérimentait ce niveau de terreur devenait complètement hystérique.
Sur un coup de tête Jasper quitta la maison pour effectuer quelques achats. Une heure s'était écoulée quand il revint devant la porte du sous-sol. Il l'ouvrit et ressentit la surprise de Bella et entendit le bruit de ses chaines quand elle bougea. Ses yeux faisaient du bon boulot dans l'obscurité et il pouvait la voir s'éloigner aussi loin que sa chaine le lui permettait.
Il alluma la lumière et elle haleta, tournant la tête, ses cheveux retombèrent devant son visage. Juste avant que la lumière blesse ses yeux et la laisse désorientée. Il descendit les marches une par une, laissant chaque pas se faire entendre. La peur la frappa mais il y avait autre chose. De la détermination, pensa-t-il. Il y avait un étrange sentiment de paix autour d'elle. Pas de tranquillité ni de sérénité. Ce n'était pas le goût de quelqu'un ayant accepté son destin.
Très intéressant. Spécialement parce qu'elle faisait un effort visible pour s'asseoir correctement. Elle le regarda avancer vers elle.
Il s'arrêta avant de pénétrer dans le cercle où elle était restreinte et il posa le plateau de nourriture qu'il tenait par terre. Il regarda son nez aspirer l'odeur qui flottait vers elle et ressentit son désir. Mais elle ne lâcha pas son regard immédiatement. Elle garda ses yeux sur lui quelques instant avant qu'ils ne se détournent vers la nourriture à ses pieds. Elle ne bougea pas et après une autre seconde ou deux, leurs yeux se rencontrèrent à nouveau.
"J'ai fait en sorte que ce soit spécial pour toi," dit-il. "Un régal parce que j'ai été impressionné que tu aies compris ce que je suis aussi rapidement." Il hocha la tête vers ses achats récents : soupe à la tomate et sandwich au fromage parfaitement grillé qu'il avait lui-même fait. Nourriture réconfortante.
Bella tourna la tête et fixa le mur.
Un éclair d'ennui le traversa. "Ne sois pas têtue," dit-il, pas aussi amicalement à présent. "Mange."
Elle l'ignora.
Il s'approcha d'elle à pas lents et mesurés. Son cœur accéléra et elle inspira rapidement et vivement. Pourtant elle ne bougea pas. Il se tenait si près d'elle que son visage était à un millimètre de sa chemise et de son estomac. "Oh mon ange. Tu ne veux pas jouer à ce jeu avec moi."
"Je n'ai pas faim," dit-elle entre ses dents serrées.
"Je n'ai pas demandé. Je te dis de manger!"
Elle ne bougea pas.
Il s'accroupit et elle frémit. Son corps était tendu, en attente. Quand il dégagea son visage, mettant ses cheveux derrière son épaule, elle se tassa et se mit à haleter. La terreur envahissait l'atmosphère mais elle était teintée de détermination. "Tu essaies de me provoquer," dit-il ses lèvres près de son oreille. "Est-ce que tu penses que c'est judicieux, petite?" Il posa sa main légèrement sur son dos. Elle tremblait sous sa paume mais ne dit rien.
"Tu vas manger," dit-il alors en commençant à lui caresser le dos, son contact même léger la fit frissonner. "Je ne veux pas te blesser, mon ange mais je le ferai." Il avança une main pour la poser sous son menton. Elle fit un petit bruit alors qu'il serrait ses joues, l'obligeant à ouvrir la bouche. "Si tu me forces à te faire manger, je peux te promettre que tu n'aimeras pas…" Il secoua légèrement la tête. "Dis-moi que tu comprends."
Elle essaya de se détourner de lui mais sa poigne était trop ferme. Elle gémit et fit un bruit déformé qu'il prit pour un oui. Il la laissa retomber sur le sol. Le temps qu'il lui fallut pour se remettre dans le bon sens et il était de l'autre côté du cercle près du plateau. "Viens manger," dit-il plus gentiment cette fois.
Elle prit une profonde inspiration et avança sur ses genoux. Les yeux sur lui elle s'arrêta quand elle fut à une longueur de bras de la nourriture. Il fallait qu'elle se débrouille, ses mains étaient attachées mais elle arriva à prendre le petit bol de soupe.
Il avait pensé qu'elle aimerait ça. Le sandwich aurait été plus facile à tenir mais la soupe était chaude. Des vagues de chaleur persistaient dans l'air froid du sous-sol. Elle devait être gelée. Il la regarda porter le bol à ses lèvres, ralentissant ses mouvements pour ne pas le tomber. Les yeux mi-clos pendant qu'elle buvait.
Après qu'elle ait pris quelques longues gorgées elle reposa le bol. Ça devait faire un moment qu'elle avait mangé alors il ne la força pas plus. Il y aurait du temps pour ça.
"Pourquoi ça te préoccupe que je mange?" demanda-t-elle et il fut surpris par la colère dans sa voix. La colère était l'une des émotions qui gravitait autour d'elle mais à présent elle était plus forte.
"Tu préfèrerais que je te laisse mourir de faim?" demanda-t-il.
"Tu vas me tuer." Ce n'était pas une question. Elle le regardait dans les yeux. "Pas vrai?"
Il pencha la tête, l'observant et laissa un petit sourire apparaitre au coin de sa bouche. "Pas aujourd'hui."
Elle tressaillit mais hocha la tête. "Pourquoi pas aujourd'hui?"
Il haussa un sourcil. "Je n'ai pas assez faim."
Elle plissa les yeux légèrement. "Et alors? Tu m'engraisses…? Des cochons pour le massacre?"
"La graisse est inutile pour moi," déclara-t-il bruyamment parce qu'il était encore impressionné par cette jeune fille.
En un mouvement rapide et quasiment invisible il avait défait ses liens et il la tenait sur ses genoux, une main posée sur sa taille. Il passait l'autre dans ses cheveux et les ramenait en arrière en faisant attention de ne pas tirer. Elle cria, ses mains posées sur son poing dans ses cheveux. Son souffle devint haletant.
Jasper baissa la tête, inhalant son doux parfum au niveau de son pouls. Il posa ses lèvres sur sa peau. "C'est ce que tu veux mon ange?" demanda-t-il, ses mots vibrèrent contre sa peau. "Tu es prête à mourir, maintenant?"
Elle gémit mais murmura. "Oui."
Tentant. Tellement tentant. Tout ce sang sous la surface de sa peau. Ce serait bon. Tellement bon. Il pouvait déjà le dire. Il laissa ses lèvres s'attarder, ressentir le bruit de son pouls. Il pouvait entendre le flux de son sang. Ça ne lui coûterait rien de goûter. Une fraction de seconde, un effort minime et son sang chaud se précipiterait dans sa bouche.
Il se mit à rire et à embrasser son cou. "Ce n'est pas ce que tu veux."
Sur ce il se leva, l'emportant avec lui. Il la jeta sur son épaule et monta l'escalier.
"Que fais-tu? Où tu m'emmenes?"
"Tu es humaine. Tu as des besoins humains." Il la posa dans la salle de bain. "Tu devrais t'en occuper. Tu trouveras tout ce dont tu as besoin y compris des vêtements."
Elle le fixa, ses bras enroulés défensivement autour de ses épaules. "Quel est le but de tout cela, par l'enfer? Tu ne veux pas me tuer maintenant. Tu veux que je mange et que je boive et que je prenne une putain de douche. Pourquoi? Que veux-tu de moi?"
"Il semblerait que tu aies toi-même répondu à ta question." Il savait bien sûr ce qu'elle voulait. Elle voulait savoir ce qui allait arriver, en plus de l'inévitable. Mais cela faisait partie du jeu. Les humains étaient défaits quand leur vie devenait imprévisible et il n'y avait que quand ils étaient comme cela qu'ils devenaient honnêtes.
Cependant quelques détails pourraient bien répondre à son but. "Je veux que tu manges et boives parce que j'ai besoin que tu sois forte et en bonne santé." Il laissa un sourire lent, doux et mielleux se répandre sur son visage en s'approchant d'elle. Elle pâlit et recula. Il s'avança, elle recula à nouveau jusqu'à ce qu'elle soit coincée par le mur à côté de la douche. Il posa sa main à côté de sa tête et se pencha pour que son corps soit un millimètre au-dessus du sien. "Le cœur du problème est là, petite fille." Il baissa la tête et respira son odeur. Elle retint sa respiration et appuya ses mains contre le mur, les yeux fermés. "Tu sens comme le paradis. Quand je te prendrai…" Il releva la tête et ses lèvres effleurèrent son oreille. "Et je le ferai. Je veux profiter de cette saveur. Et pas qu'une seule fois…"
Un gémissement s'échappa du fond de sa gorge et Jasper sourit. Il se redressa ainsi il y avait plus de distance entre eux et il put voir l'horreur sur son visage. Il leva un doigt et enleva les cheveux de devant ses yeux. "Si tu es faible et maladive, tu ne pourras pas survivre quand je te prendrai du sang."
Ensuite il recula. Un pas. Deux. Trois. Elle ne bougea pas. Ses yeux toujours écarquillés sur lui. "Tu es… un malade," balbutia-t-elle.
"Non." Il lui sourit avec une expression sereine. "Je suis un vampire." Il ferma la porte et l'enferma dans la salle de bain.
Edward
C'était trois jours après que Bella Swan ait disparu qu'Emmett le trouva seul.
"Tu es de mauvaise humeur. Pire que d'habitude, je veux dire." Il fit une pause, une expression sérieuse et inhabituelle sur le visage. "C'est à cause de la fille de Charlie Swan? Carlisle n'en parle pas non plus."
Edward réfléchit un instant, considérant ses options. Emmett était enclin à agir en premier et à réfléchir ensuite. C'était l'une des choses sur lesquelles Edward et Carlisle étaient d'accord, cet autre vampire était très dangereux. Il n'était pas resté en vie aussi longtemps sans être intelligent et aucun d'entre eux n'avait d'expérience concernant la traque de vampires.
"Ce vampire blond d'il y a quelques semaines?" grimaça Edward. "Ce n'est qu'une intuition mais je soupçonne qu'il soit derrière sa disparition."
Emmett se laissa tomber à côté de lui sur le canapé. Il gémit sous la pression. "C'est du lourd ça mec. Qu'est-ce qui te fait penser ça?"
Edward lui raconta à propos de la fenêtre et lui rappela que le diable avait pris le sang de Tyler. Et c'était la raison pour laquelle il était venu à Forks.
"Mais la fille de Charlie Swan n'est pas vraiment d'ici si? Je veux dire elle ne vit pas ici." Emmett pencha la tête en réfléchissant. "Je suis sûr qu'elle est venue ici."
"Je t'ai dit que ce n'était qu'une intuition mais c'est vraiment bizarre comme coïncidence."
"Eh bien il y a une solution simple. Pourquoi ne pas aller à Seattle? Au moins tu sauras si tu angoisses pour rien." Emmett se leva. "Je pourrai apprécier une bonne course et il fera nuit quand nous arriverons."
Edward se leva aussi, fixant Emmett, écoutant ses pensées. "Tu veux le combattre."
Emmett haussa les épaules, ne se souciant même pas de le cacher. "Oui et non. Tu es un défi, petit frère. Tu es sacrément bon dans une bagarre mais tu es mon seul partenaire d'entraînement depuis des décennies. Il serait intéressant comme adversaire mais je ne suis pas aussi stupide que j'en ai l'air. Cette vie ne me dérange pas. Je préférerai continuer à la vivre." Il donna une bonne tape à Edward qui l'aurait fait traverser la pièce s'il ne s'y était pas préparé. "Je doute qu'il traîne encore autour d'elle mais je te garderai sous contrôle si tu me gardes sous contrôle."
"Marché conclu!"
Ils partirent avant que les autres ne rentrent.
"Ça ne te dérange pas du tout?" demanda Edward en courant. "Les choses qu'il fait, je veux dire."
Emmett rit. "Beaucoup de choses me dérangent, Edward. Ou… je suppose que beaucoup de choses ne me plaisent pas."
"Mais si tu pouvais faire quelque chose pour changer..."
Emmett s'arrêta brusquement, saisissant le bras d'Edward pour l'arrêter aussi. La poussière apparut tout autour d'eux. "Je n'arrête pas de te dire, mec, les BD, c'est plus ton époque que la mienne. Tu devrais en lire une. Voir ce qui arrive au gars qui finit avec les super pouvoirs et décide de devenir un héros. Ou regarder une fichue émission de télévision. Une de celles qui parlent de mecs qui font des croisades. Ça ne finit jamais bien."
Il prit Edward par les épaules et le secoua. "Il va toujours se passer des trucs merdiques. Tu peux passer ta vie à essayer de les prévenir mais ça ne s'arrêtera jamais. Et tu es immortel, Edward. Veux-tu passer le reste du temps, jusqu'à fin des temps, à être aussi malheureux?" Il secoua la tête, relâchant Edward. "C'est beaucoup de non si tu veux mon avis."
"Alors pourquoi as-tu accepté d'y aller?" demanda Edward en se remettant à courir.
"Je te l'ai déjà dit. Tu dois sûrement t'angoisser pour rien. En plus, il y avait un ours pas trop loin à l'est d'ici. Je me suis dit qu'on pourrait partir par là-bas quand on en aura fini ici."
Edward roula des yeux mais il sourit avec affection.
Quand ils arrivèrent à l'immeuble de Bella, Edward n'eut pas besoin d'entrer. Il sentait le vampire blond partout. Bien sûr, ça ne l'arrêta pas. Il sauta sur le balcon – l'odeur du diable était là aussi. Point d'entrée, comme Edward s'y attendait.
L'endroit avait été fouillé, bien sûr, tant d'odeurs mêlées, aucune d'entre elles n'était récente. Il reconnut l'odeur de Charlie Swan mais personne d'autre ne lui était familier.
Comment sentait-elle, se demanda-t-il? Quelle était son odeur? Se pourrait-il que ce soit ce parfum incroyablement doux qui semblait être plus fort que les autres? C'était logique, étant donné que c'était chez elle, c'est elle qui y passait le plus de temps. Il entra dans sa chambre et l'odeur s'intensifia. C'était enivrant. Enivrant. Cannelle et lilas et...
Sa bouche était remplie de venin.
"Il était ici," dit Emmett en le rejoignant dans la pièce. "Mais il n'est pas revenu."
Edward avala difficilement et cessa de respirer, voulant que sa soif de sang se relâche. Une réaction si étrange, il n'y avait pas d'humains dans le petit appartement. Comme si quelqu'un essayait de lui rappeler, que lui aussi était un monstre.
"Sa trace se termine dehors. Il avait une voiture, poursuivit Emmett, inconscient du monologue intérieur d'Edward.
"Maintenant, nous savons," dit Edward sèchement. Mais que faire à ce sujet…? Il n'en avait aucune idée.
"Elle sent bon, n'est-ce pas?" demanda Emmett, les narines s'évasant en inspirant. "Meilleur que la plupart, je veux dire."
"Oui."
S'ils pouvaient la sentir tant de jours après qu'elle ait été enlevée, comment sentirait-elle en personne? Comment serait son odeur pour un vampire qui a soif?
Eprouverait-il de la pitié? Peut-être que le diable avait été vaincu et l'avait tuée en un instant, la vidant de son sang avant de pouvoir se contrôler.
Ou est-ce que cela signifierait plus de tourments? Si Jasper avait le contrôle pour se nourrir sur les humains, non pas une fois mais encore et encore, combien de temps la garderait-il, comme une friandise?
Et que Dieu l'aide, par-dessus toutes ces questions, un autre écho retentit dans sa tête.
Quel goût avait-elle?
Jasper
C'était le cinquième jour avant qu'il ait besoin de savoir.
Ses yeux devenaient noirs et la soif devenait de plus en plus difficile à ignorer. Il était temps. Elle avait retrouvé ses forces. La couleur était de retour dans ses joues. Elle était forte et elle survivrait.
Après qu'il lui ait laissé le temps d'utiliser les toilettes, elle regarda avec effroi vers la porte du sous-sol. Oh, elle détestait ce sous-sol! Il le savait mais elle n'avait pas supplié. Pas encore.
Elle n'était pas près d'être brisée.
Elle avait toutefois demandé une couverture.
Jasper sourit en appréciant un enchainement parfait quand il en vit un. "Que vas-tu me donner en échange?"
Bella cligna des yeux. "Quoi?"
"Un échange. Tu peux avoir toutes les couvertures que tu veux mais je veux quelque chose en échange."
"Quoi?"
Il la regarda. Fixement. Il concentra ses yeux sur les siens et laissa la soif s'infiltrer dans ses traits - un aperçu du prédateur.
Elle recula.
Sachant qu'elle comprenait, il alla vers le canapé et s'assit. Il tapota son genou. Elle ne bougea pas. Il pencha la tête, les lèvres tordues dans une grimace sournoise. "Je vais prendre ce que je veux," dit-il, en la regardant fixement. "C'est à toi de décider si tu veux tes couvertures ou pas."
Ils fuyaient toujours. Toujours. La plupart d'entre eux ne comprenaient pas encore tout à fait ce qu'ils fuyaient. Ils savaient qu'ils devaient le faire quand il les regardait comme il la regardait maintenant.
Elle ne s'enfuit pas. Elle le regarda fixement, la haine dans ses yeux qui correspondait à ses émotions. La haine, la fureur et la peur. Ce qu'elle ressentait était chaotique mais elle leva la tête en marchant vers lui.
Dix pas. Chacun d'eux torturé, même s'il ne pouvait pas le savoir en voyant son visage. Elle tremblait comme une feuille mais elle n'arrêtait pas d'avancer.
Quand elle fut à portée de bras, il lui épargna la douleur de ce dernier pas. Il la traîna sur ses genoux, impatient, la soif de sang écrasant presque tout le reste.
Doucement, il se lança un avertissement. Doucement.
Il lui repoussa les cheveux d'une épaule comme il l'avait fait tant de fois auparavant. Il sentit son frémissement, vit ses mains serrées en poings à ses côtés. Il aurait pu prélever le sang n'importe où ailleurs. Son bras, sa jambe, son poignet. Mais c'était classique.
Ils s'y attendaient et il était prêt à leur donner ce qu'ils voulaient.
Presque trop grossièrement, il inclina la tête sur le côté. Elle hurla mais sa bouche était à son cou. Ses dents s'enfoncèrent dans cette chair délicieuse. Elle cria.
Ecstasy. Ambroisie. Ses yeux se révulsèrent. Ces derniers jours sa force et sa vigueur lui étaient revenues et c'était tout ce qu'il pouvait faire pour ne pas l'écraser dans ses bras. Il la désirait ardemment. Il n'en fallait plus. Il avait besoin de tout.
Ses mains tapaient inutilement contre sa poitrine en pierre, ses ongles griffaient sa peau sans effet. Elle fit de petits bruits peinés, chuchotant : "S'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît."
Il serra les bras autour d'elle, maîtrisant juste assez ses sens pour ne pas l'écraser. Ça ne pourrait jamais suffire. Il voulait tout. Tout son sang doux et chaud.
Elle se contorsionna dans ses bras mais ses mouvements s'affaiblirent rapidement. Ses mains tombèrent sur ses genoux et il put reprendre le contrôle de lui-même. Il fallait qu'il s'arrête. Il devait s'arrêter assez tôt pour aspirer le venin de son système sans la tuer.
Ses chuchotements s'atténuèrent dans le néant et ses paupières flottaient contre l'inévitable attraction de l'inconscient. Son rythme cardiaque ralentit.
Assez, se dit-il.
Avec un dernier petit miaulement, elle s'affaissa contre lui.
Assez.
Avec un grognement bas au fond de sa gorge, il lécha la plaie et leva la tête. Il appuya le dos de sa main sur sa bouche. Pendant des secondes, il se battit pour retrouver le contrôle, se rappelant que s'il l'achevait, il n'y aurait plus de ça.
Seigneur, si bon!
Lorsqu'il se ressaisit, il se mit debout, son corps était mou, ses membres pendants. Il grimpa l'escalier à un rythme humain, heureux du calme émotionnel et de l'absence de soif.
Il lui avait préparé une chambre. Les draps étaient doux et soyeux. Les couvertures chaudes et propres. Il la coucha et la fixa un moment, admirant comment ses cheveux sombres s'éparpillaient sur l'oreiller blanc.
Après avoir disposé les couvertures, il s'assit sur le bord du lit, écoutant son faible pouls. Sa tête roula d'un côté et la marque sur son cou devient visible. Sa marque - un cercle de dents. Il lécha ses lèvres, déjà désespéré de la goûter de nouveau.
C'était bien mieux que tout ce qu'il avait imaginé.
Comment ça va, les enfants? Toujours avec nous?
Alors à vos claviers pour vos impressions…
