Inhuman Nature
Chapitre 6
Quand elle ouvrit les yeux il lui fallut plusieurs minutes pour comprendre d'où venait le soleil dans le ciel nuageux de Washington, ce qui était étrange pour elle. Elle n'arrivait pas vraiment à réfléchir. Sa tête était un fouillis de vagues impressions alors qu'elle regardait le ciel par la fenêtre.
Un petit bruit étrange attira son attention. Des bruits de pas. Quelqu'un s'approchait. Son visage entra dans son champ de vision et tout lui revint. Le ciel était étrange parce qu'elle ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours. La lumière lui faisait encore mal aux yeux.
Elle s'endormit.
Elle se réveilla et ne put rien faire de plus. Pas beaucoup plus. Ses membres étaient lourds, elle le réalisa quand elle essaya de lever la main pour se frotter les yeux.
Mais elles étaient détachées. Son corps ne voulait pas bouger. Et elle était fatiguée. Tellement, tellement fatiguée.
Elle s'endormit.
Elle se réveilla de nouveau. Il était là, penché au-dessus d'elle et elle n'arrivait pas à se souvenir des raisons pour lesquelles ça la rendait nerveuse. Dans la lumière basse de la fin du jour il paraissait presque anodin. Son expression n'était ni malicieuse ni condescendante. Son contact était doux. Il prit sa tête dans ses mains, l'aidant suffisamment à s'asseoir pour boire dans une tasse qu'il porta à ses lèvres.
"Bois," dit-il d'une voix douce.
Ce n'était pas de l'eau. C'était du bouillon. Il l'aida à boire la tasse entière. A la fin ses paupières retombèrent encore.
"Ne t'inquiète pas mon ange," dit-il. "Tu seras bientôt forte à nouveau."
Puis ça lui revient. Forte à nouveau. Alors il pourrait de nouveau la blesser. Il pourrait la vider encore. Elle pouvait déjà voir se jouer cette boucle sans fin.
Elle sentit un désespoir écrasant avant que le sommeil ne la revendique.
Elle se réveilla. Elle dormit. Elle se réveilla. Petit à petit elle regagna des forces, soignée par le monstre.
Il lui dit son nom. Jasper. Bella n'aimait pas s'en servir. Jasper ne ressemblait pas au nom d'un diable.
"Depuis combien de temps je suis là?" demanda-t-elle quand elle décida qu'elle pouvait à nouveau parler. Il n'avait rien fait pour la forcer et il n'avait rien dit mis à part quelques instructions.
"Presque deux jours."
Ça faisait donc une semaine qu'elle avait disparu. Elle pensa à ses parents. Etait-ce pire ou mieux pour eux que ça l'avait été il y avait cinq ans. Ils avaient dû attendre pendant des jours, se demandant si elle vivrait ou mourrait. A présent ils devaient être ensemble à s'inquiéter de savoir si elle était morte quelque part.
Quand elle s'était réveillée il y avait cinq ans ce n'était pas que sa vie qui avait changé. Les yeux de sa mère ne pétillaient plus autant, comme si elle avait perdu cette innocence que Bella aimait tant. Son père semblait anxieux au lieu d'être triste et dépassé.
Elle se demandait ce que cela ferait à ses parents et sa haine envers le monstre décupla. Elle essaya de s'asseoir - elle ne voulait pas dépendre de lui pour quoi que ce soit – mais son corps était très proche de la léthargie.
Et le connard s'en rendit compte. "Je sais que c'est frustrant. Il n'y a pas vraiment quelque chose qui ne va pas chez toi. Avec la perte de sang il faut le temps qu'il faut pour récupérer. Ton corps doit en fabriquer pour remplacer celui que tu as perdu."
Elle tourna la tête pour le fixer, ne croyant pas qu'il puisse dire ça aussi calmement. Comme si elle lui avait offert son sang, pas comme si elle ne s'était pas débattue sous sa poigne de fer et qu'il l'ait obligée. Ses yeux étaient d'une teinte de rouge brillante et tout à fait surnaturelle, elle n'avait pas les mots pour le décrire. Ce n'était même pas du rouge sang.
L'enfoiré pencha la tête et la regarda. "Tu es en colère."
La joue de Bella tressaillit en le regardant. Elle était beaucoup de choses mais elle était très énervée aussi. Ça l'énervait qu'il soit si calme, qu'il prenne soin d'elle, que son lit soit si confortable et que son corps ne veuille pas coopérer et que sa mort éteigne la lumière dans les yeux de ses parents.
"Tu aurais pris Cynthia si je ne vous avais pas retrouvés dans le centre commercial?" demanda-t-elle. C'était l'une des milliers de questions qu'elle voulait lui poser mais c'était peut-être la plus importante. Si elle avait sauvé cette petite fille innocente alors peut être que ça en valait la peine.
"Je ne t'ai jamais menti," répondit-il. "J'avais vraiment l'intention de rendre la fille à qui elle appartenait." Il haussa un sourcil. "Qui est-elle pour toi?"
Bella serra les lèvres.
Ça l'amusa. "Tellement têtue. Qu'est-ce que tu n'aimes pas dans cette question?"
"Son nom dans ta bouche." Elle essaya de se mordre la langue mais n'y arriva pas. Elle n'avait pas suffisamment d'énergie pour s'inquiéter d'être diplomate. C'était un monstre. Il le savait. Alors pourquoi le nier? "Je déteste que tu saches à quoi elle ressemble. Je déteste que tu l'aies touchée."
Elle serra les lèvres à nouveau réalisant trop tard qu'elle en avait trop dit. Que faire s'il utilisait ces mots contre elle? S'il y avait une chance qu'il sache comment trouver Cynthia s'en servirait-il pour obtenir ce qu'il voulait d'elle?
Et que diable lui voudrait-il de toute manière?
Ce qui la rendait encore plus folle c'était de ne pas comprendre à quoi il jouait. D'accord. Il voulait se nourrir d'elle à plusieurs reprises. Elle supposait qu'elle pouvait comprendre cela mais il y avait autre chose qui se jouait là.
"Je promets que la petite fille ne sera jamais en danger à cause de moi," dit-il. "Maintenant est-ce que tu veux bien me répondre."
"Et si non?"
Il fit un petit sourire. "Tu veux que je te dise que je t'y obligerai? Ça conviendrait davantage à ta définition de ce qu'est un monstre?"
"Tu corresponds parfaitement à ma définition de ce qu'est un monstre," cracha-t-elle et ensuite elle faiblit se rendant compte qu'elle exagérait un peu.
Il rigola. Il avança d'un pas. Et comme il était resté parfaitement immobile pendant un moment ça la fit sursauter. Elle recula avant de pouvoir s'en empêcher. Mais il n'y avait nulle part où aller, bien sûr. Il fit un pas après l'autre pour se rapprocher, ses yeux rouges flamboyant et il n'y avait rien qu'elle puisse faire.
Elle recula le plus possible contre la tête de lit. Il continua à approcher et s'installa au-dessus d'elle. Elle appuya sa langue contre son palais et lutta pour ne pas crier. Rien de lui ne la touchait. Il était au-dessus d'elle, un bras de chaque côté de sa tête. Pourtant sur sa peau rampait cette sensation de laideur et de dégoût qui lui était maintenant devenue familière. Elle détourna la tête de lui en fermant ses yeux.
"Dis-moi quelque chose," dit-il, sa voix basse et douce près de son oreille. Il s'était approché suffisamment pour que ses cheveux touchent sa joue et Bella tressaillit au contact. "Est-ce que je t'ai fait mal?"
Elle souffla incrédule.
"La morsure fait mal," dit-il. "Je le sais. C'est regrettable mais nécessaire. Je suis un vampire. Il n'y a pas moyen de faire autrement mais est-ce que je t'ai blessée?"
Elle était blessée. Mutilée. Sa peau était marquée par une laideur qu'elle ne pouvait même pas voir mais qu'elle pouvait sentir. Oui ça faisait mal. Tout cela faisait tellement mal.
Mais pas de la façon dont il croyait.
"Tu as dit que tu le ferais," dit-elle dans un halètement, essoufflée parce que son cœur battait trop vite. "Si je n'obéissais pas."
"Si tu ne buvais pas ou ne mangeais pas," dit-il. "J'aurai dû t'obliger et ça n'aurait pas pu être sans te faire mal. Mais ça c'est la nourriture. C'est pour ta subsistance. Est-ce que je t'ai déjà fait mal simplement parce que je le voulais? Parce que tu ne me répondais pas?"
Elle ne répondit pas. Il souffla et cet étrange et doux bruit d'air frais contribua à lui ôter toute pensée. La seconde d'après sa présence intimidante avait disparu. Il était debout de nouveau. De l'autre côté de la pièce. "Il n'est pas nécessaire que je te blesse si tu ne me réponds pas aujourd'hui. J'ai tout le temps du monde pour obtenir les réponses que je veux."
Bella se redressa lentement. A présent elle était tremblante non seulement parce qu'elle avait peur mais parce que la montée d'adrénaline lui avait pris beaucoup trop d'énergie.
"Tu dois te reposer," dit-il.
"Je ne veux pas me reposer."
"Tu dois te reposer," répéta-t-il. Il sortit, verrouillant la porte derrière lui.
Bella détestait être aussi vulnérable dans son sommeil mais de toute façon le sommeil l'emporta.
Edward
Il était allé à Seattle à plusieurs reprises. Il avait fouillé les bois aussi bien qu'il avait pu malgré ses autres responsabilités. Il n'avait rien dit aux autres mais ils savaient.
"Il peut l'avoir emmenée n'importe où," dit Rosalie en apparaissant près de lui une nuit qu'il courait.
"Je sais."
"Ils ont trouvé le corps de Tyler Crowley. A New York."
Edward ressentit de la surprise en entendant cela. Le monstre avait laissé le corps du garçon pour qu'on le retrouve?
"Alors c'est bien ce qu'il leur fait? Parce que ses parents seront la paix?" cracha-t-il.
"C'est plus que la plupart des familles de nos victimes." Rosalie ne s'était jamais séparée du reste de leur espèce, bien que Carlisle et elle soient les deux seuls vampires qu'Edward connaisse qui ne s'étaient jamais nourris sur les humains. Elle savait que c'était un instinct inné et elle ne se le pardonnerait jamais.
Edward fit un grognement de frustration. "Tu essaies de m'arrêter ou de m'aider? Je n'arrive pas à te lire."
"Je veux t'aider."
"M'aider à le trouver ou m'aider à me rendre compte que ce n'est pas ma responsabilité de sauver le monde?"
Il écouta ses pensées pendant qu'ils couraient en silence pendant quelques minutes. Elle parla à voix haute, même si elle savait qu'il pouvait entendre ses pensées. "Tu mets Carlisle sur un piédestal pour sa compassion mais c'est lui qui est ami avec ceux de notre espèce. Tout bien considéré, il est très sociable pour un vampire. Chacun d'entre eux est un meurtrier de masse." Il l'était aussi, elle ne le dit pas à voix haute. Emmett aussi.
Esmée avait fait un sacré compte de cadavres avant de pouvoir contrôler sa soif.
"Celui-là est inhumain," siffla Edward. "Oui, c'est dans notre nature de tuer mais d'être cruel?"
"Tu penses que ce n'est pas cruel?" s'énerva Rosalie. "Tu veux que Carlisle t'aide à trouver un vampire et une humaine qui pourraient être n'importe où dans le monde car le père de cette fille est son ami? Mais chacun des humains que nos amis assassinent ont un père, une mère, des amis, des bébés qui grandiront orphelins à cause de nous." Elle tremblait.
"Je ne suis pas sans sympathie. Tu peux faire les comparaisons que tu veux, nous appeler végétariens mais il y a une différence. Ce n'est pas comme si un végétarien était indigné que des poulets soient abattus de façon inhumaine. Tu peux dire ce que tu veux mais les poulets n'ont pas d'esprit complexe. Ils n'ont pas de conscience. Ce ne sont pas des humains."
Elle fit une nouvelle pause, cherchant les bons mots. "C'est comme ça que ça a commencé pour toi. Quand tu es parti chasser les humains qui sont inhumains." Encore une pause. "Carlisle et moi avons nos différences, Edward, et certains jours, je ne peux pas décider si je l'aime ou si je le hais. Mais toi qui nous as quittés? Ça l'a brisé. Cela a brisé Esmée et je ne parlerai même pas de ce que cela a fait à Emmett. Notre famille c'est ce qui nous garde humains, parce que Dieu sait que le reste de notre espèce n'y réfléchirait pas à deux fois."
"Alors pourquoi tu m'aides?" demanda-t-il, parce que c'était son intention de m'aider. Elle avait l'intention de filer vers le nord-est, donc il pourrait couvrir le nord-ouest de Seattle.
"Surtout parce que je ne pense pas que tu le trouveras. C'est une aiguille dans une botte de foin et même pour un vampire, ce n'est pas une bonne donne."
Elle respira profondément, en sentant l'air. Il entendit la noirceur de ses pensées. "Mais tu sais aussi bien que moi par quoi cette jeune fille est passée avant qu'un monstre surnaturel n'entre dans sa vie. Ça suffisait. C'est plus que tout autre être - animal, humain ou vampire - devrait avoir à endurer."
Si l'estomac d'Edward en était encore capable, il aurait dû se soulever. Il courut plus vite.
Jasper
La fille était têtue. En récupérant, elle avait résisté aux offres de Jasper pour l'aider à se laver. Elle avait géré un minimum elle-même, enroulée dans la baignoire de la salle de bain. Il se demandait si elle se rendait compte qu'il pouvait entendre ses gémissements et halètements d'effort de l'autre côté de la maison.
La honte et la modestie étaient des vertus humaines uniques. Il lui avait dit que la vue de son corps nu ne lui aurait rien fait mais comme c'était le cas pour la plupart des humains, elle refusa avec véhémence son offre de l'aider.
Maintenant, bien avant qu'elle soit sortie du lit sans aide, il pouvait l'entendre avancer lentement sur le plancher.
Un pas. Deux pas. Puis elle haleta. Un pas, deux pas. Puis un petit halètement d'effort. Bien sûr qu'il l'admirait. C'était une petite créature idiote mais elle était courageuse. Il applaudit presque quand il entendit la douche se mettre en marche.
Tant mieux pour elle.
Elle était sous la douche depuis une quinzaine de minutes quand le désastre arriva. Il entendit son grognement et son cri puis le bruit de son corps qui tombait dans la douche. Il fronça les sourcils et attendit. Il retint son souffle, de peur que l'odeur du sang s'infiltant à travers la peau abimée l'atteigne.
Ce ne fut pas le cas. Elle ne s'était pas blessée aussi gravement. Pourtant, dans son état affaibli, elle avait du mal à se remettre debout. Il secoua la tête. Si seulement elle avait pu accepter sa propre fragilité humaine. Ne comprenait-elle pas sa propre espèce?
Il monta l'escalier. Il n'était pas du tout certain qu'elle accepterait son aide même maintenant, coincée comme elle était sur le sol de la douche. Il fit chaque pas lentement, lui donnant toutes les chances de reprendre des forces. Mais ce n'était pas comme ça que les corps humains fonctionnent. Elle avait peu d'énergie et avait probablement tout dépensé pour se mettre sous la douche. Elle s'était probablement effondrée, ses membres ne pouvant pas encore la faire tenir debout.
C'était ainsi. Il fallait environ deux semaines à leur corps pour se remettre complètement de ce type de perte de sang. Ça prenait deux semaines pour qu'il commence à avoir très soif.
Il entra dans la salle de bains et la vis dans la cabine de douche. Elle s'accrochait au porte-serviette, essayant de se lever jusqu'à s'effondrer à nouveau. Elle haletait pour respirer, de minuscules gémissements émanaient de l'arrière de sa gorge. Il pouvait sentir sa frustration et son énergie décroissante comme un poids dans ses propres membres.
Jasper prit la serviette et ouvrit la porte de la douche. Elle cria, ne réalisant qu'à ce moment-là qu'il était là. Elle recula, se coinçant dans le coin de la douche.
"Allez, mon ange," dit-il " Tiens bon," sa voix douce. Ses émotions étaient incontrôlables. Panique, réalisa-t-il.
"Éloigne-toi de moi," cria-t-elle.
Bien sûr, il s'avança. "Ça suffit."
"Ne me touche pas." Elle se jeta sur lui, comme il s'approchait.
Il lui fallut un moment pour réaliser ce qu'elle faisait. Autodéfense. Arts martiaux. Quoi qu'elle ait su, elle l'utilisa pour se jeter sur lui. Ah, l'adrénaline. Si ça avait été fait quelques minutes auparavant, elle n'aurait pas eu besoin de son aide. Mais maintenant, ça lui avait donné la force de se battre. Ça aurait marché aussi, s'il avait été humain. C'est lui qui serait par terre en position fœtale.
Mais il n'était pas humain. Sa peau était comme la pierre et avec toute la force qu'elle y mettait, elle allait se briser quelque chose… tôt ou tard.
"Assez de tout ça!" dit-il, en la prenant par le bras et en la retournant contre sa poitrine. Il verrouilla son bras autour d'elle. Il l'aurait giflée mais ça lui aurait arraché la mâchoire.
Encore une fois, son don semblait n'avoir aucun effet réel. Elle se calma. Un peu. Un tout petit peu. Assez pour qu'elle s'arrête un instant.
Pas assez pour qu'elle retrouve tous ses sens. Ou si elle pensait clairement, elle ne s'en souciait plus. Elle savait qu'elle ne pouvait pas lui échapper mais elle se battait quand même.
"Enlève tes mains de moi. Espèce de salaud. Ne me touche pas." Elle battit des jambes. Encore une fois, s'il avait été humain, elle aurait pu se libérer.
Curieuse et déroutante créature.
Jasper se leva et régla l'eau jusqu'à ce qu'elle soit froide. Bella hurla quand l'eau glacée la frappa. Elle donna encore des coups de pieds mais il la serrait fermement.
"Sais-tu ce qu'est-ce un bleu, mon ange?" Il déplaça son emprise sur elle pour qu'elle ne se blesse pas, vu son agitation. "Ce sont des vaisseaux sanguins qui éclatent sous ta peau." Il mit ses lèvres contre son oreille. "Ça te fait sentir très bon."
"Lâche-moi, putain," grogna-t-elle entre ses dents serrées. Jasper pouvait pratiquement sentir le dégoût rouler d'elle et il crut comprendre pourquoi.
Son corps était couvert de cicatrices. Quelqu'un l'avait blessée très gravement. Quelqu'un qui n'était pas lui.
Elle se relâcha dans son emprise et donna un dernier coup de pied, la fureur s'évanouissant dans ses émotions.
C'était la pire chose qu'elle aurait pu faire. Sa peau heurta le carrelage cassé, entaillant le côté de son pied. Ce n'était rien, vraiment. A peine une égratignure mais c'était plus que suffisant.
Non préparé et déjà énervé par l'éclatement des vaisseaux sanguins sous sa peau, le monstre intérieur s'empara des sens de Jasper. Il saisit Bella par les cheveux et lui tira la tête en arrière. Elle hurla de douleur. Il inclina sa tête, sa bouche ouverte pleine de venin.
Juste à temps, il réussit à s'emparer du démon instinctif et irréfléchi qui était en lui. Il était meilleur que ce démon. Il l'avait conquis des siècles auparavant.
Il en voulait à la fille humaine de l'avoir provoqué ainsi. Il était en colère contre elle parce qu'elle sentait si bon. Il était en colère parce qu'elle avait été si négligente. Il n'avait pas essayé de la blesser. Il aurait pu la laisser sur le sol de la douche. Il aurait pu la laisser là sans qu'elle puisse bouger et maintenant il se battait pour retrouver le contrôle.
Avec un grognement, il se leva et la mit dans ses bras. Il fut en bas en un clin d'œil, et à la porte de sa prison au sous-sol. Il descendit l'escalier et la jeta sur le sol.
"Non. Non," cria-t-elle en levant la tête alors qu'il était déjà à la porte en haut de l'escalier. "Ne fais pas ça. Ne me laisse pas ici. Ne me laisse pas dans le noir à nouveau. S'il te plaît. S'il te plaît, non."
Pendant une fraction de seconde, il se retourna pour la regarder fixement. Stupide petite fille. Elle était enroulée sur le sol, se soutenant elle-même d'une main, l'autre serrant la serviette contre sa poitrine. Elle avait l'air pathétique, pâle et tremblante, trempée aux os.
Il claqua la porte, la laissant dans l'obscurité et courut vers l'air pur de la forêt.
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