7 – Inhuman Nature

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Bella tomba endormie d'épuisement. Elle était terrifiée de peur et de froid jusqu'à l'os. Elle eut tout juste assez d'énergie pour enrouler la serviette autour de son corps nu avant que le sommeil ne l'emporte.

La première chose qu'elle remarqua en s'éveillant suffisamment c'est qu'elle était au chaud et installée confortablement. Pendant un long moment elle garda les yeux fermés se demandant si elle avait perdu l'esprit. Elle était tombée dans l'inconscience sur le sol froid et sale sous sa joue. Maintenant sa joue reposait sur un tissu doux.

Ça lui prit quelques minutes pour constater qu'elle était encore nue. Il y avait une couverture enveloppée autour d'elle, peut-être deux. Ses yeux s'ouvrirent alors qu'une peur panique la traversa. Elle fit un inventaire mental de son corps.

Elle avait mal mais seulement où elle l'avait combattu. Elle était entière et n'avait pas été blessée. Pas physiquement de toute façon.

"Pourquoi es-tu soulagée?"

Bella se figea, serrant les couvertures contre elle pendant que ses yeux balayaient le reste de la pièce. Un grand séjour éclairé par un feu.

Le diable blond était assis sur une chaise, la regardant, une jambe croisée sur l'autre, ses yeux roux étranges brillant dans la demi-pénombre. Bella frémit et ferma les yeux, se détournant de son visage. Il se mit à rire. "Maintenant tu es dégoûtée."

"Où sont mes vêtements?" demanda-t-elle, n'essayant même pas de cacher son ton glacial.

"Dans la salle de bain, à l'étage, où tu les as laissés." Sa voix était calme mais elle pensait pouvoir voir un sourire sur ses lèvres. "J'ai pensé que tu n'aimerais pas que je t'habille. Personne ne devrait voir le corps de quelqu'un d'autre sans qu'il lui ait spécifiquement donné son accord."

Elle ouvrit les yeux et le fixa avec une expression effrayante. "Tu le sais mais tu es vraiment con?! Tu es entré avec moi dans la douche?!"

"Tu avais besoin d'aide. Tu n'allais pas pouvoir te relever si je n'étais pas venu aider." Il inclina la tête. "Et tu le sais."

"J'aurai préféré rester par terre plutôt que tu poses tes mains sur moi!" cracha-t-elle.

Il fit une espèce de bourdonnement. "Et si tu étais restée recroquevillée par terre, je t'aurai laissée tranquille. Mais tu ne l'as pas fait. Tu as continué à essayer de te relever. Tu te serais fait du mal." Ses yeux se plissèrent. "Comme tu l'as fait. Ou tu serais devenue enragée." Il soupira mélodramatiquement. "Puis beaucoup de choses auraient pu se produire. Tu aurais pu te noyer dans la douche si tu étais mal tombée. Tu aurais pu avoir une crise cardiaque. C'est possible. Les humains sont des êtres si fragiles."

"Et les vampires ne le sont pas." Ce n'était pas une question. Bella énonçait clairement l'évidence se rappelant qu'elle ne pouvait pas le blesser.

"Fragile est une chose que nous ne sommes certainement pas."

"Est-ce que quelque chose peut vous tuer?" demanda-t-elle amère.

"Un autre vampire."

Sa joue tressauta. "Tu es bien bavard ce soir."

Il se tut un moment. "Je te dois des excuses. J'ai perdu le contrôle ce matin et ce n'était pas mon intention."

Elle ne répondit pas. Autant être honnête, elle aussi avait perdu le contrôle. Submergée et frustrée par la faiblesse de son corps quand il était apparu dans la douche, elle avait perdu le contrôle de sa peur et de sa colère.

Il pencha la tête. "Tu regrettes quelque chose. Pourquoi?"

Elle se hérissa. "Quoi? Tu peux lire dans les pensées aussi?"

"Les émotions," dit-il. "Si je pouvais lire dans les pensées je n'aurais pas à te demander pourquoi tu ressens ce que tu ressens, alors pourquoi le ferai-je?"

Connard condescendant. Elle resserra les couvertures autour d'elle et s'assit. "Est-ce que tous les vampires peuvent faire cela? Sentir les émotions?"

"Non. Je n'ai jamais rencontré personne qui puisse le faire. Certains vampires ont d'autres capacités. La plupart n'en ont pas mais quelques-uns si." Il secoua la tête, laissant tomber ça puis la regarda. "Une autre question?"

Elle n'eut même pas besoin de réfléchir. "Pourquoi me faites-vous ça à moi?"

Il parut amusé et pas du tout surpris. "Est-ce que tu as lu La Stratégie Ender*?"

L'ennui la traversa mais elles joua quand même." Oui je l'ai lu."

"Dans le second tome, Ender devient ce qui est appelé la Voix des Morts. Quand une personne meurt c'est son travail d'apprendre à connaitre sa vie et d'en faire l'éloge. Mais c'est un éloge honnête. Il ne juge pas. Il raconte juste la vie de la personne morte comme elle était."

Bella eut des sueurs froides et détournant les yeux de lui complètement étourdie. Il parlait bien trop calmement de sa mort imminente. Elle ravala une gorgée de bile. "Donc vous voulez me connaitre avant de me tuer?"

"En résumé."

Elle frémit. "Et comment me garder dans le noir pendant des jours vous permet-il de mieux me connaitre?"

"Les êtres humains ne sont pas des créatures particulièrement honnêtes. Ni envers les autres, ni envers eux-mêmes. Pour atteindre ce genre d'honnêteté, pour vraiment connaitre une personne, un peu… euh… de déconstruction est nécessaire."

C'était bien qu'elle n'ait pas mangé depuis un moment. Son estomac se tordait en tous sens, elle aurait rejeté tout ce qui s'y trouvait. "Et vous ne pensez pas que vous êtes un malade?" Elle put sentir ses yeux sur elle mais refusa de le regarder.

"Laisse-moi te demander quelque chose. Est-ce que tu préférerais que j'apprécie ton sang comme tu apprécies un steak? Tu en savoures le goût, apprécies le repas mais tu ne penses jamais à la vache? T'es-tu demandé, quel genre de vie elle menait, quelle famille elle laissait derrière elle? Est-ce que tu préfères que je prenne soin de mon repas ou que je jette ton corps par côté comme une ordure en ne repensant plus jamais à toi de ma vie?"

Bella tourna la tête pour rester bouche bée. "Et si je préfères plutôt que tu ne me manges pas, abruti!"

Il secoua la tête, ses lèvres formant un petit sourire. "Je suis ce que je suis. Est-ce que tu me blâmes pour mon existence? Ou l'existence de mon espèce? Je t'assure, rien de tout cela n'est mon idée. Ce n'est pas plus ma faute que les humains soient si arrogants de croire qu'ils sont en haut de la chaine alimentaire. Est-ce que tu penses qu'une antilope dans la nature est surprise d'être pourchassée par un lion?"

"Putain… le lion ne torture pas l'antilope!"

"Je ne suis pas plus un lion que tu n'es une antilope. Nous pensons tous les deux, nous éprouvons des sentiments. Nous sommes arrivés avec une nature propre – un code biologique pour notre survie et notre descendance. Et pourtant chacune de nos espèces a évolué. Mon niveau de pensée ne me permet pas de consommer ma nourriture sans reconnaitre ce que je prends à ce monde. Mon don – plus souvent une malédiction – que je n'ai pas demandé me fait tout ressentir, tout ce que tu ressens. Ton cerveau pensant te rend indignée à l'idée de la mort."

"Indignée?" La colère remonta rapidement et furieusement en elle. Elle submergea la léthargie de son corps et contracta fort ses muscles à la pensée qu'elle allait se jeter sur lui, si elle ne savait pas que ça ne servirait à rien. "Putain je ne suis pas indignée comme si tu venais juste de me piquer ma place de parking. Ce que tu me fais c'est de la torture. Je suis énervée parce que tu me voles mes heures, mes jours, mes mois et mes années. Je suis énervée que tu le fasses durer. Je suis énervée parce qu'il faut que ce soit moi qui sache que des monstres comme toi existent. Putain. De. Toi."

Il la regarda sans que son expression ne change. "Laisse-moi reformuler ma question précédente. Tu préfèrerais que je sois comme… celui - peu importe qui - t'a fait ces cicatrices?"

Elle se mit à crier en jetant les mots. C'était pire que s'il avait retiré ses couvertures. Elle se sentit nue et exposée, la vieille sensation de saleté qui rôdait partout sur sa peau revenait pour se venger. "Qu'est-ce que tu connais de ces cicatrices?"

"D'abord tu devrais savoir que je n'ai jamais eu l'intention de regarder. Mais c'était difficile à éviter. Tu te débattais et les vampires ont une mémoire parfaite." Il parut très blasé comme s'ils discutaient du temps qu'il faisait. "Quoi qu'il en soit depuis que je vis j'ai eu le temps d'apprendre comment les blessures se font. Tu as des cicatrices consécutives à un accident. Comme si tu avais été passée à tabac. Les poings certainement mais je peux dire aussi que tu es rentrée dans une vitre."

Elle frissonna, fermant les yeux, repoussant le souvenir qui l'assaillait. Il y avait du verre brisé dans l'allée.

"Certaines des autres cicatrices correspondent au fait d'avoir été traîné sur une surface plane et rugueuse comme du béton," ajouta-t-il, la voix toujours mesurée. Les faits. "Puis il y a les cicatrices chirurgicales. Il y a eu des dommages internes à réparer. Tu…"

"Tais-toi. Tais-toi. Ferme-la. Ferme-la." Bella détestait les larmes qui coulaient de ses yeux. Elle détestait les souvenirs qu'elle ne pouvait pas repousser et surtout, elle le détestait. Mon Dieu, elle n'avait jamais rien détesté autant qu'elle le détestait à ce moment-là, et elle espérait qu'il pouvait ressentir chaque iota de sa haine.

L'adrénaline monta en elle et elle se mit debout, la couverture serrée autour d'elle pendant qu'elle le regardait fixement. "Est-ce que ça fait partie de ton stupide jeu? Tu crois que ce qui m'est arrivé raconte quelque chose sur moi? Quelque chose que tu souhaites immortaliser et te souvenir avec ta mémoire parfaite aussi longtemps que ton espèce de connards vivra? C'est pour ça que tu demandes? C'est ce que tu veux savoir?"

Ses yeux brillants restèrent fixés sur les siens. Son visage imperturbable l'énerva. "Que veux-tu savoir? Que j'avais dix-sept ans et m'ennuyait, alors je me suis éloignée de mes copines? Qu'il m'a fallu presque tout un pâté de maisons pour comprendre que ce con me suivait de trop près et j'ai eu la brillante idée de filer dans une ruelle pour m'éloigner de lui. Trop con, c'était son boulot de ramener la stupide ado à ses copains glauques. Putain de stupide agneau qui doit aller directement à l'abattoir!"

"Il y en avait quatre mais ne t'inquiète pas. Un seul a regardé. C'est ce que tu veux savoir? Ou veux-tu savoir comment c'est de vivre après ce qu'ils m'ont fait? Ils m'ont laissé pour morte. J'ai failli mourir quatre fois en vingt-quatre heures, en fait. Et j'ai survécu à toutes ces conneries pour te tomber dessus…!"

Il la regardait fixement et quelque chose changea dans ses yeux. Elle s'en fichait. Elle était trop déchainée pour s'arrêter maintenant.

Elle espérait vraiment qu'il ressentirait tout ce qu'elle ressentait. L'horreur dont elle se souvenait. Sa haine de lui. Le laisser s'enfoncer dedans parce que Dieu le savait… tous les jours, bon sang, elle le faisait.

"Et j'ai l'impression que tu te crois meilleur qu'eux," dit-elle, ton acerbe.

Elle s'approcha de lui. "Parce que tu n'es pas un genre de monstre, non? Putain de merde. Qu'est-ce que tu crois que tu es, hein? Tu penses que ce que tu me fais n'est pas un viol? Tu penses que le viol n'est que ça? Ce que tu peux faire avec ton pénis? Va te faire foutre, connard qui sait tout. Tu es dans ma tête et mon cœur. Tu prends des morceaux de moi qui ne t'appartiennent pas. Tu me forces à rester ici, à te donner ce que tu veux. Tu n'es pas mieux qu'eux. En fait, tu es peut-être pire. Ce qu'ils m'ont fait était fini en vingt minutes. Quand est-ce que ça finit? Espèce de sale merde inhumaine!"

Elle se tenait juste au-dessus de lui, le surplombant pour une fois, alors qu'il restait encore dans sa chaise, immobile, la regardant fixement. Son visage ne bougea ni ne trembla. Il regardait fixement, son expression insondable.

Bella commença à trembler, l'adrénaline et la fureur commencèrent à diminuer. Elle se détourna de son monstre et s'enfuit dans la salle de bains, pour récupérer ses vêtements, avant qu'elle n'ait perdu toute sa force.

Edward

Esmée était déjà à la maison quand Edward prit la route pour rentrer. Elle pensait à lui, inquiète. Ce n'était pas nouveau, surtout ces derniers temps mais la couleur de ses pensées était différente aujourd'hui. Edward pencha sa tête, à l'écoute.

Il gara la voiture et partit quand il en eut assez du message. Courir était plus rapide. Il fut à la maison en trente secondes dans la cuisine où Esmée attendait.

"Charlie a appelé Carlisle," lui dit-il, l'incitant à poursuivre.

Esmée hocha la tête. "Bella Swan est entrée dans un poste de police près de la frontière canadienne. Seule. Apparemment indemne. Elle a refusé l'aide médicale et Charlie voulait l'avis de Carlisle."

Edward n'arrivait pas à comprendre. "Il l'a laissée partir?" C'était absurde.

"Tout ce que nous savons, c'est qu'elle est vivante et entière."

"Mais ça n'a aucun sens."

"Edward." Esmée s'approcha de lui et le prit par le bras. "C'est fini. Son père et sa mère sont en route pour la récupérer. Elle est entourée d'autres humains. "Tu peux abandonner ton fardeau."

Edward rejoua dans sa tête les quelques minutes qu'il avait passées avec Jasper. Il se souvenait de ses pensées sur ce garçon - Tyler. Surtout, il se souvint de l'ambroisie qu'était la simple odeur du sang de Bella Swan.

"Je rate quelque chose," marmonna-t-il. "Ce n'est pas fini."

"Edward…"

Mais il était déjà parti comme un coup de feu. L'autoroute, pensa-t-il. Il pouvait courir le long de la route jusqu'à ce qu'il les trouve.

"Edward." Sa mère, en quelque sorte, l'appela loin derrière. De très loin. Il était trop rapide pour Esmée. "Edward, arrête!"

A cause de l'amour qu'il lui portait, il s'arrêta. Il pouvait se permettre de perdre quelques minutes.

"Qu'espères-tu accomplir?" demanda-t-elle, le rattrapant. "Quel bien cela peut-il apporter?"

Il secoua la tête. "Je ne sais pas. J'ai besoin de plus d'informations."

"C'est fini, Edward."

"Ce n'est pas le cas."

"Edward…"

"Nous sommes responsables. Pourquoi tu ne le comprends pas?"

"Tu n'es pas responsable. Pour aucun d'eux. Tu n'es pas la raison pour laquelle quelqu'un vit ou meurt. Edward, combien de temps vas-tu payer pour ce que tu es?"

Edward serra la mâchoire. "Je la mettrai en sécurité. Celle-là. J'ai besoin d'être sûr."

"Il n'y a aucune certitude. Pour personne."

"J'ai besoin d'essayer," dit-il.

Ce n'était pas la première fois qu'il fuyait sa mère, entendant ses pensées douloureuses s'éloigner de plus en plus.

...

*Le Cycle d'Ender d' Orson Scott Card.


Bella a été libérée

Et nous verrons comment dans le prochain chapitre…

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