Inhuman Nature

Chapitre 13

A la seconde où Bella posa ses yeux sur Edward tous les doutes que Jacob Black avait fait naitre dans son esprit disparurent. Il leva sa main pendant qu'elle passait la porte de la librairie et quand il lui sourit elle ne ressentit rien d'autre qu'une agréable chaleur.

Etrange. Quand est-ce que ça avait commencé?

Mais Bella avait des choses plus importantes en tête. Elle faisait confiance à Edward, réalisa-t-elle malgré cette voix effrayante qui lui disait qu'elle ne pouvait pas vraiment faire confiance à quelqu'un. Elle était à l'aise avec Edward et ce n'était pas le produit de son imagination. C'était ainsi, c'était tout. Elle n'avait pas choisi pas plus qu'elle n'avait choisi d'être dans cet état, sursautant au bruit des feuilles dans les arbres la moitié du temps.

"Bella." Il tendit sa main mais la retira aussi vite, la portant à sa bouche. Il toussa pour couvrir son mouvement. "Je suis content de te voir."

Bella enfonça profondément ses mains dans ses poches et regarda ses orteils. Elle fut surprise par ce désir soudain d'être touchée. Par Edward en particulier. "C'est vrai?" demanda-t-elle.

"Quoi?"

"Content de me voir?"

"Bien sûr."

Bella le regarda à travers ses cils. Il avait des yeux intenses. Elle n'avait jamais remarqué. Elle se détourna rapidement. "Tu as une pause bientôt?"

"Il n'est même pas censé être ici," dit Jessica sortant de nulle part. Bella sursauta et serra ses bras autour d'elle. "Je pense qu'il espérait que tu te montres." Sa voix suggéra qu'il fallait qu'ils remplissent les blancs.

De l'irritation traversa Bella mais sa gorge était trop serrée pour gérer une réplique. Une partie d'elle voulait tellement croire que Jessica avait raison, Edward n'était venu que parce qu'il y avait une chance que Bella puisse passer. L'amertume - cette vieille et familière émotion – teinta cette sensation bizarre d'espoir.

Espérer quoi, se demanda-t-elle? Elle n'avait jamais eu la chance de développer ce genre d'espoir. Quoique que Jessica puisse imaginer, Bella n'avait jamais été autorisée à l'avoir, pas après ce qui lui était arrivé, avant même d'avoir la chance d'un amour fou d'adolescente. Ses yeux lui brulèrent et elle tourna la tête pour regarder par la vitrine.

"Je te verrai demain, Jessica," fit Edward d'un ton froid. Puis plus chaleureusement, "Bella? Tu veux qu'on aille marcher?"

Tout ce qu'elle voulait s'était s'éloigner de Jessica alors elle acquiesça. Les bras toujours serrés autour d'elle, elle le suivit dehors. L'air froid aida mais ça il lui donna aussi l'occasion de remarquer l'obscurité de la forêt qu'ils longeaient. Elle eut un mouvement de recul. "Où allons-nous?"

"Où veux-tu aller?"

Elle s'arrêta et se frotta les bras. "Maison," dit-elle. "Chez moi."

"Oh." Edward parut … déçu? "Je peux te raccompagner à ta voiture."

"Non. Je veux dire…" Bella déglutit difficilement et serra les poings. Elle détestait se mettre à trembler de nouveau. "Je veux que tu viennes avec moi."

Sa demande fut accueillie par un silence et ça prit plusieurs secondes à Bella pour comprendre à quoi sa demande ressemblait. "Pour parler," ajouta-t-elle, ses joues rougirent. Elle pouvait sentir ses yeux sur elle comme une entité physique. "J'ai quelque chose à te dire."

Il fallait qu'elle le dise à quelqu'un. C'était trop lourd à porter toute seule plus longtemps.

"Chez moi on sera tranquille," dit-elle. Parce que ses réactions étaient imprévisibles même pour elle. "Mais si ça te met mal à l'aise…"

"Non." Sa voix était forte et claire. "Je veux écouter."

Edward

Dans le salon de la petite maison de son père, Edward écouta ce que Bella avait à lui raconter. Alors qu'elle parlait elle regardait droit devant elle. Et bien que sa voix soit inégale parfois, de manière impressionnante elle restait calme.

D'un autre côté Edward n'était pas aussi calme.

Elle lui raconta une horrible histoire de torture. Pas du genre de celle qui brise le corps mais le genre de celle qui brise l'esprit. Bien sûr, Edward n'était pas vraiment surpris. Il avait déjà eu des aperçus des choses dont elle parlait par l'intermédiaire des pensées de Jasper.

Il l'avait laissée enfermée dans le noir, dit-elle. Attachée à une chaine au sol comme un chien en laisse. Elle était restée seule avec sa chaine et le sol froid pour dormir et le noir pour seule compagnie.

Puis une fois qu'il avait allumé la lumière, elle était faible et désorientée. Elle avait joué à son jeu de questions réponses et avait deviné ce qu'il était. Edward fut aussi impressionné quand elle dit ce que Jasper était. L'esprit humain sait se contorsionner quand il croit ou ne veut pas croire quelque chose. Pour elle avoir autant d'aplomb pour atteindre cette conclusion, qui était à la fois la plus rationnelle et la plus irrationnelle, ce n'était rien d'autre qu'étonnant.

Elle continua en décrivant comment il avait récompensé son intelligence avec de la bonne nourriture. Mais ça n'allait pas vraiment contre ce qu'il voulait. Il voulait qu'elle soit forte et en bonne santé parce que ce qu'il voulait c'était la boire et ce à plusieurs reprises.

C'est à ce moment-là qu'Edward eut le plus de mal à garder ses émotions à distance. La rage pour un vampire était une chose intense. Le bâtard l'avait prise pour échanger son sang contre une couverture chaude comme si elle avait le choix. Il détestait cette image qu'elle avait implanté dans sa tête – Bella sur ses genoux, dans son étreinte, la tête penchée alors que ses dents s'enfonçaient dans sa chair.

Edward se souvenait de l'agonie que provoquait la morsure. Il s'était réveillé de la profonde inconscience pour ressentir cette terrible brûlure mais Carlisle ne l'avait pas vidé. A quoi ça pouvait bien ressembler? Sentir que ta vie s'en va alors que tu es complètement impuissant et que tu ne peux même pas bouger?

Il se débattait intérieurement alors que le récit ne faisait que s'aggraver. Elle parla de sa faiblesse grandissante à cause de la perte de tout ce sang et comment elle dépendait de lui pour toute chose.

Ensuite elle en arriva à leur lutte dans la douche et Edward dut serrer les dents pour s'empêcher d'exprimer sa fureur aux humiliations qu'elle avait subies.

Et ensuite, de nouveau elle se montra plus courageuse qu'il aurait pu l'imaginer. Elle s'était confrontée au démon et lui avait dit quel monstre il était.

Il l'avait laissée partir. Aussi simple et absurde que ça l'était. Il l'avait laissée partir. Edward n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi. Pourquoi? Est-ce que quelque chose concernant Bella l'avait intrigué mais il n'avait pas fini de jouer avec elle. Quel était son but?

"S'il te plait dis quelque chose." Pour la première fois la voix de Bella était tendue. Effrayée.

Il tourna la tête et il réalisa qu'elle le fixait, ses traits étaient tourmentés. Il était trop figé. Inhumainement figé et elle le prenait comme quelque chose de négatif envers elle. "Oh Bella," dit-il dans un murmure. "Je suis tellement désolé."

Elle souffla et baissa les yeux. "Alors tu me crois."

"Je t'ai dit que je le ferai." Ça faisait mal de la regarder. De la voir si effondrée. Vaincue. Elle tremblait et son pouls était filant. "Tu n'as pas la moindre idée de combien j'aimerai te serrer dans mes bras maintenant."

A la place elle se serra dans ses bras, les enroulant autour de ses épaules. "Mais tu ne peux pas," souffla-t-elle. "Je ne voudrais pas me toucher non plus."

"Non. Oh, non. Bella!"

Il secoua la tête, se maudissant d'être assez stupide pour avoir dit cela à voix haute. "Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce ne serait pas une bonne idée."

Elle hocha la tête, sans le regarder. "La plupart du temps même mon père ne peut pas me toucher," murmura-t-elle.

Edward fronça les sourcils. Il ne voulait pas qu'elle s'en prenne à elle-même mais que pouvait-il dire d'autre?

La vérité, le pressa une voix dans sa tête. Pourquoi pas? Elle savait déjà que les vampires existaient.

Mais elle aurait peur de lui et comment pourrait-il la protéger? Mais s'il était honnête avec lui-même, ce n'était pas la plus grande préoccupation - plus maintenant. Il avait l'étrange pensée que pour elle avoir peur de lui serait la chose la plus terrible au monde, après les monstrueuses atrocités du Jasper.

Edward se leva et prit le plaid du canapé. Il marcha lentement vers elle. Elle ne cilla pas, ne bougea pas. Elle continua à détourner le regard, même s'il pouvait entendre son cœur battre plus vite. Il étendit doucement le plaid sur ses épaules et reposa ses mains là le plus légèrement possible. Il la sentit frémir mais elle ne s'écarta pas.

"Tu es la personne la plus courageuse que je n'aie jamais vu", dit-il doucement, énonçant la simple vérité.

Elle rit. Le son était amer et il vit une larme sur sa joue. Comme il désirait ardemment l'en débarrasser! "Je ne suis pas courageuse. Je respire à peine."

Très, très doucement, il lui serra les épaules. Ce n'était pas assez. Ce n'était pas assez mais c'était le mieux qu'il pouvait lui donner à ce moment-là.

Il ne manqua pas le fait, que malgré tout ce qu'elle avait traversé, elle n'avait pas hésité à le toucher. Malgré tout, ça faisait du bien de la toucher. Même à travers la couverture, il pouvait sentir sa chaleur. Ça voulait dire qu'elle pouvait sentir sa froideur?

A contrecœur, il recula de quelques pas et s'assit à nouveau dans la chaise face à elle. "Ce ne sera pas toujours si difficile. Respirer, je veux dire."

Encore une fois, elle rit. Ce son horriblement amer. "Comment le sais-tu? Tu ne sais pas ce que ça veut dire? Ils sont plus forts que nous. Tellement plus fort. Je sentais à quel point il se retenait. Il aurait pu m'écraser, écraser mes os avec peu d'effort. Il a sauté du troisième étage de mon appartement et le fait qu'il y soit entré sans ouvrir la porte d'entrée signifie qu'il est passé par la porte du balcon.

"Il était rapide. Trop rapide pour que je le voie bouger. C'était comme s'il apparaissait partout où il voulait aller." Elle avait remonté ses jambes sur le canapé et s'était recroquevillée en une boule aussi petite que possible. Elle se balançait légèrement, sans le regarder. "Et il ne peut pas être le seul. S'il est dehors, à chasser, les autres aussi. Il n'y a aucun endroit où être en sécurité. Il n'y a pas moyen de pouvoir respirer à nouveau.

Putain de salaud. Il a dit que la seule chose qui pouvait tuer un vampire, c'était un autre vampire. Ce n'est peut-être pas vrai mais ce n'est pas comme si on pouvait tester cette théorie, non? Qu'est-ce qu'on est censés faire? Partir à la quête épique d'un vampire qui ne nous tuerait pas… ne boirait pas notre sang jusqu'au bout?" Secouant la tête, elle cacha son visage. "Comme s'ils pouvait même exister."

Ils existent, il voulait lui dire. Elle n'avait pas trouvé un seul vampire pour l'aider. Elle en avait trouvé cinq.

Il faillit lui dire mais qu'est-ce que ça aurait fait à sa fragile psyché? Pour qu'elle sache qu'elle était entourée de cinq vampires, sans compter celui qu'elle suspectait de la harceler?

"Je suis désolée," dit Bella. "C'était si égoïste de ma part."

Edward plissa son front. "Quoi? Qu'est-ce qui était égoïste?"

"Te raconter tout ça." Elle leva la tête mais elle ne le regardait toujours pas. "Tu vas être aussi parano que moi. C'était une chose merdique à faire."

"Ne t'inquiète pas pour moi. Je suis content que tu me l'aies dit."

"Ha. Attends jusqu'à ce soir. Essaie de dormir en sachant qu'un monstre surhumain peut te sortir de ton lit à n'importe quel moment et tuer tous ceux que tu aimes avant même que tu puisses crier." Elle frissonna.

Ne t'inquiète pas pour mon sommeil. Je ne dors pas. "J'ai été insomniaque toute ma vie." C'était la vérité. Même en tant qu'humain, il n'avait pas beaucoup dormi. "Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi."

"Je n'aurais pas dû te le dire."

"Je suis ton ami, Bella. Tes fardeaux sont les miens." Il s'arrêta, cherchant quelque chose à dire, quelque chose qui ferait qu'elle irait même un peu mieux. Il n'y avait rien, bien sûr. Pas avant qu'il ne la laisse allumer les morceaux de ce salaud.

"Ça finira," dit-il enfin.

"D'une façon ou d'une autre," dit-elle. "Tout a une fin."

Il y avait quelque chose dans son ton qui fit que ses os devinrent encore plus froids qu'ils ne l'étaient déjà.

"Je suis fatiguée," dit-elle avant qu'il puisse dire quoi que ce soit d'autre. "Je veux dormir."

Tu peux dormir. Je veillerai sur toi, il voulait le dire mais il savait que ça n'apporterait que peu de réconfort. Au lieu de cela, il se mit debout.

Elle ne bougea pas du canapé. Sachant qu'il exagérait mais incapable de s'en empêcher, Edward lui serra encore l'épaule.

"Je suis là, Bella. Chaque fois que tu en as besoin," dit-il.

Puis il partit. Il conduisit sa voiture hors de vue et revint aussitôt, en escaladant un arbre devant la fenêtre de sa chambre. Non pas qu'il puisse tout voir, bien sûr. Elle avait fermé ses grands volets comme d'habitude.

Mais il pouvait l'entendre. Il l'entendit marcher lentement dans l'escalier puis le grincement de son lit. Il entendit le bruissement des couvertures et la force inégale de ses respirations. Mais elle finit par s'essouffler et par s'endormir.

"Je te rendrai à nouveau la sécurité," chuchota-t-il encore une fois.

Rien n'avait jamais été plus important.


Alors … toujours avec nous?