Inhuman Nature

Chapitre 18

Bella ne pouvait pas dormir.

Ça faisait des jours qu'elle avait découvert ce qu'était Edward. Deux jours qu'elle avait quitté sa maison - sa famille n'était nulle part mais son pick-up avait fait sa réapparition dans son allée.

Depuis lors elle avait un million de questions. Elle avait d'abord envoyé des texto à Edward. Toutes sortes de questions. Est-ce que les choses concernant l'ail étaient vraies? Pouvait-il se voir dans un miroir? Sur des photos? Fallait-il l'inviter à entrer? Si elle semait des graines sur le sol serait-il obligé de toutes les ramasser? Et le soleil?

Edward : Est-ce que tu vois quand on est dehors au bord d'un lac ou d'une rivière et que le soleil tape sur l'eau… ça étincelle.

Bella : Oui.

Edward : Notre peau est ainsi. Ça ressemble à ça. C'est quelque chose qu'on ne peut pas rater c'est pour cela que nous restons loin du soleil. Et c'est de là que vient ce mythe.

Bella : … c'est pourquoi vous vivez à Forks?

Edward : Couverture nuageuse.

Quand les questions devenaient trop compliquées elle appelait.

"Si tu manges pourquoi as-tu toujours besoin de sang?"

Il y eut un silence de l'autre côté. "Je ne mange pas."

"Mais je t'ai vu manger avec moi."

Un autre silence. "Ce n'est pas parce que j'ai mis des choses dans ma bouche et que je les ai mâchées que ça signifie qu'elles me font quelque chose."

"Alors pourquoi l'as-tu fait?"

"Parce que je ne voulais pas que tu t'inquiètes à mon sujet."

Bella resta silencieuse, réfléchissant. "Et si tu manges que se passe-t-il?" demanda-t-elle après quelques instants de silence.

"Tu préfères ne pas savoir."

"Edward."

"Non sérieusement. Tu ne veux pas… Il faut que je le rende. Et c'est comme un chat qui essaierait de restituer une boule de poils."

"Beurk," fit-elle. "Pourquoi as-tu fait ça?"

"Je te l'ai dit."

De nouveau elle essaya de tourner l'information en tous sens. "Tu t'inquiétais que je m'inquiète pour toi?"

Il soupira. "J'ai passé beaucoup de temps à m'inquiéter pour toi si tu veux vraiment savoir."

"Oui," rit-elle sans humour. "Je le fais aussi. Je pensais à ça l'autre jour. Comment je suis devenue, je ne pense qu'à moi."

"Bella…"

"Non c'est vrai. Je ne pense qu'à moi. Ce dont je suis capable aujourd'hui. Ce que je peux gérer. S'il y a un putain de stupide vampire attendant devant la fenêtre de ma chambre."

"Tu ne penses pas qu'à toi. En fait c'est tout l'inverse. Sinon tu aurais laissé tomber quand j'ai dit que je n'avais pas envie de manger."

"Ça ne demande pas beaucoup de réflexion de comprendre que quelqu'un ne veut pas se laisser mourir de faim."

"Je pense que tu serais surprise." Il fit une pause. "Bella sais-tu qu'il est deux heures du matin?"

Elle ferma les yeux. "J'espérais que c'était plus près de trois maintenant."

"Tu as dormi?"

"Depuis quand?" La frustration jaillit et sa gorge se serra. "Je ne peux pas dormir."

"Moi non plus."

"Oui," dit Bella sèchement. Il essayait de plaisanter pour ajouter un peu de légèreté à ce moment, cette pensée la rendit triste. Il n'y avait pas de répit sans sommeil.

Et sans sommeil, il n'y avait pas de cauchemars non plus.

Dehors le vent faisait bruisser les arbres. Bella essuya une larme de sous ses yeux. Elle était si fatiguée. Epuisée.

Elle ne savait pas qu'on pouvait l'être autant.

Pendant un moment elle resta assise, le téléphone contre son oreille, écoutant. "Edward?"

"Oui?"

"Où es-tu actuellement?"

Le silence l'accueillit. Le silence et le bruit du vent dans les arbres. Elle soupira.

"Bella je n'essaie pas d'être un pauvre type…"

"Je le sais."

"Je veux juste…"

"Tu veux me garder en sécurité."

"Oui."

Elle tapota avec ses doigts sur son lit. "Je me sens en sécurité," dit-elle dans un murmure, réalisant que c'était vrai en disant les mots. Elle souffla. "Ecoute, tu veux peut-être rentrer pour te mettre à l'abri de la pluie?"

Il réfléchit. "La pluie ne me dérange pas, tu sais. Elle ne m'affecte pas. Je ne tomberai pas malade si tu me laisses dehors."

"Je sais." Elle remonta ses jambes sous son menton. "Je veux vraiment que tu sois ici. Si tu le veux. "

"Bien sûr."

Bella s'étira. "J'arrive."

Elle l'avait tout juste invité et elle fut surprise quand elle ouvrit la porte d'entrée de le trouver sur le perron. Il était trempé et…

Il était magnifique. Bella n'était pas sûre du moment où elle avait remarqué ça. Ce n'était pas une révélation. Elle le savait. Il était trempé et n'importe qui d'autre aurait été débraillé et misérable mais pas lui.

Elle recula. "Entre," murmura-t-elle.

Elle referma la porte derrière lui et s'appuya dessus en se frottant les yeux. Il ne l'avait pas dit franchement mais il avait laissé entendre que sa beauté était encore une autre de ses qualités vampiriques. C'est pour ça que ça lui embrouillait les pensées. Son apparence fantastique ne l'avait pas gênée avant, en aucun sens du terme.

Mais elle était fatiguée. Sa tête aussi était fatiguée, elle n'avait fait que penser aux vampires pendant des jours. Aux vampires actuels. Les réels, pas ceux qu'elle voyait dans ses cauchemars.

Et Edward. Edward avait été tout son monde pendant des jours et bien sûr tout cela la rendait folle.

"Bella?"

Sa voix était si proche que ça la fit frissonner. Elle ouvrit les yeux et il était là. Très près, ses yeux inquiets, ses mains en l'air ne sachant pas s'il pouvait la toucher.

"Si tu changes d'avis je peux partir," dit-il. "C'est bon, je comprends."

Elle chercha ses yeux et se demanda pourquoi son cœur s'était mis à battre plus vite. Elle le vit incliner la tête légèrement et pensa qu'il l'entendait lui aussi. Il parut plus troublé. Il pensait qu'il lui faisait peur.

Pendant un moment Bella y réfléchit. Avait-elle peur? Oui mais pas de lui.

"Je me sens en sécurité… avec toi." Ce mot était bizarre dans sa bouche. En sécurité. Quand s'était-elle sentie en sécurité la dernière fois? Elle avait presque oublié.

Ses lèvres se relevèrent et il baissa la tête.

"Est-ce que tu vas me dire que je ne devrais pas?"

Il la regarda à travers ses cils. "Je ne veux pas te dire ça."

"Mais?"

Il tendit sa main lentement et remit une mèche de ses cheveux derrière son oreille. "Je reste un vampire."

Pour une raison quelconque elle voulut sourire. Elle savait ce qu'il voulait dire. Il avait tourné autour du pot depuis des jours. Elle sentait bon. Meilleur, disait-il. Ce qui signifiait qu'elle sentait bon pour lui. Ce qui voulait dire qu'une partie de lui voulait la même chose que Jasper - son sang, sa vie.

Et c'est pour cela qu'elle se sentait en sécurité avec lui. Parce qu'il était honnête et parce qu'il ne la voulait pas de cette façon.

Il était très beau. Pas son visage - encore une fois il était magnifique - mais son cœur. Son âme. Lui.

"Je te fais confiance," dit Bella. Et elle se laissa sourire. Un peu. "Allez viens. Tu vas attraper la mort."

Il rigola, le son était bas et doux.

Comme elle insistait, il alla dans la salle de bain et enleva ses vêtements et se glissa dans le peignoir trop grand et moelleux qu'elle lui offrit. Même pendant qu'elle mettait ses vêtements dans le sèche-linge elle savait qu'elle était ridicule mais elle gardait ses mains occupées.

Elle était nerveuse, réalisa-t-elle. Pas le genre de nervosité qui l'envahissait quand elle était sûre que quelque chose d'horrible allait se produire.

Bella le conduisit en haut, se demandant de nouveau ce qu'elle faisait. C'était ce qui lui avait manqué, réalisa-t-elle brusquement. Amener un garçon à la maison, dans sa chambre pendant que son père dormait. Il y avait un certain frisson – une émotion qui laissait Bella un peu gênée et rougissante en même temps.

Elle était si fatiguée et ça la rendait folle. C'était la seule explication.

Edward se mit automatiquement dans le rocking-chair dans le coin. Bella hésita dans l'entrée.

"Je peux encore partir," dit-il, sa voix douce, douce comme le vent.

Bella se tordit les mains mais elle lui offrit un petit sourire. "Je ne peux pas te renvoyer en peignoir. Ton frère te… taperait…"

"Je pensais que c'était ce que tu voulais," la taquina-t-il.

Bella avança un peu. "Je te pardonne, tu sais." Elle s'assit doucement sur le lit et ferma les yeux pour ne pas le regarder.

"Tu es mal à l'aise," dit-il.

"Non," souffla-t-elle. "J'attends toujours mais ça ne vient pas." Elle retourna sur le lit, le dos contre la tête de lit. "Penses-tu... Tu viendrais là?"

Elle pouvait sentir ses yeux sur elle, la regarder. Elle savait qu'il entendait son cœur battre. "Pour parler. Je veux juste parler."

C'était le truc de la nuit. Tout était possible. Le plus souvent, pour elle, cela signifiait imaginer les monstres dans le noir ou tout ce qui pourrait être caché, en attente.

A l'heure actuelle, les innombrables possibilités de la nuit lui donnèrent envie de croire qu'elle pouvait à nouveau être touchée. Ce tout petit bout de l'affection qu'Edward lui avait accordée - sa tendre étreinte - avait éveillé en elle un besoin qu'elle n'avait pas pu ressentir, elle n'avait pas été en mesure de l'accepter.

Depuis cinq ans, son mantra était Ne me touchez pas, ne me touchez pas, ne me touchez pas, putain! Pourquoi maintenant? Quand depuis qu'elle avait été vaincue et mutilée à nouveau, corps et âme, pouvait-elle faire confiance à quelqu'un? Et il n'était personne. Il était un monstre. Cela n'avait aucun sens, et pourtant...

Le lit grinça et Bella respira doucement. Elle tremblait, de petits tremblements qui lui donnaient la chair de poule.

Elle n'osa regarder que quand il fut installé, comme elle, le dos contre la tête de lit. "De quoi veux-tu parler?"

Elle avait encore tant de questions donc ce n'était pas si difficile. Elle n'avait qu'à choisir une des millions qui bourdonnaient encore dans tête, la gardant éveillée.

"Est-ce difficile de marcher lentement? Ou ramasser des trucs quand on peut les casser si facilement?"

"Ce n'est pas un extraordinaire combat. C'est facile de se faire une idée de la force que je peux utiliser avant de casser quelque chose." Il tendit son bras et, à la surprise de Bella, il passa un doigt le long de son bras. "Ta peau, est comme des pétales de rose sur un morceau de verre très fin. Fragile."

Bella regarda son doigt passer sur son coude. Quand il arriva aux doigts, elle les écarta et prit sa main dans la sienne. Elle laissa leurs mains jointes tomber sur le lit entre eux et elle put toucher et explorer ses doigts avec les siens. "Tu crois que ma peau ressemble à des pétales de rose?"

"Ta peau est très douce pour moi. Et chaude. C'est agréable la chaleur." Il lui retourna la main pour qu'elle puisse caresser sa paume. "A quoi ressemble ma peau pour toi?"

"Froid." Ils rirent tous les deux. "Mais pas... Ce n'est pas un froid horrible. Pas le genre de froid qui me fait regretter que ce ne soit pas l'été. Juste... froid." Elle hésita un instant mais leva la main pour lui prendre la joue en coupe. " Ta peau est douce aussi," dit-elle. "Ce qui est bizarre, parce qu'elle est dure aussi. C'est comme... de la pierre. Du marbre lisse avec une finition de velours."

Et bien que sa peau soit si froide, l'air entre eux était chaud. C'était chaud et stable. L'électricité montait et descendait en trombe dans sa colonne vertébrale. Ses yeux tombèrent sur ses lèvres et revinrent en arrière. Bella reprit son souffle.

"Edward?" dit-elle, sa main de nouveau dans la sienne, sur le lit.

"Hmm?" Il regardait vers le bas, ses yeux ayant suivi sa main.

Bella respira par le nez et dit. "Il... peut-il vraiment ressentir les émotions?"

La tête d'Edward se redressa et son expression devint inquiète. "Oui."

Même si elle détestait qu'on parle de ce salaud, elle devait savoir. Pendant des jours, alors qu'elle essayait de comprendre la réalité de son monde et toutes les informations qu'Edward lui avait données, une question continuait à la tarauder.

Bella leva les yeux vers lui. "Il a dit que tu m'aimais."

Il resta immobile, les yeux figés sous le choc. Il tint pendant une, deux, trois des plus longues secondes de la vie de Bella avant que le choc s'estompe et se transforme en culpabilité. Il baissa la tête et enleva brusquement sa main. "Ça... ne t'inquiète pas pour ça, Bella. C'est ma folie et mon problème. Je…"

Ses mots furent interrompus quand elle bougea. Ce n'était pas gracieux mais malgré ses nerfs et le tremblement qui la secouait profondément, elle réussit à se mettre à califourchon sur lui sans se blesser. Ses mains se levèrent et il la saisit fermement par la taille, la stabilisant. Ils verrouillèrent leurs yeux.

Après un long moment, Bella souffla. Il était toujours - absolument immobile. Pétrifié. Et c'était bien. Bella pensa qu'elle avait besoin qu'il ne bouge pas pendant une minute.

L'éternité passa avant qu'elle soit suffisamment stable pour déplacer ses mains de là où elles étaient contre sa poitrine. Elle passa les doigts le long de sa clavicule puis derrière son cou. Elle enfonça les doigts dans ses cheveux encore humides d'être restés sous la pluie. Elle étudia chacun de ses traits avec attention. Nez royal. Pommettes hautes. Yeux dorés qui s'assombrissaient comme elle le touchait. Lèvres pleines.

Il ne bougeait jamais. Pas d'un millimètre. Pas de respiration. Seuls ses yeux bougeaient.

Bella posa son pouce au milieu de ses lèvres et attendit. La peur qu'elle attendait ne vint pas. La seule chose qu'elle ressentait était du désir. Elle le voulait. Elle voulait croire, pendant ce moment improbable, qu'elle pouvait avoir cette petite chose.

Elle se pencha et posa les lèvres contre les siennes. Elle attendait qu'il la repousse. Il ne le fit pas et ne bougea toujours pas.

Bella l'embrassa fermement alors. Ses lèvres se moulaient autour des siennes. Comme c'était étrange. Et ironique. Ironique parce qu'elle voulait croire qu'elle pouvait être normale, qu'elle pouvait avoir quelque chose d'aussi normal qu'un baiser.

Ce n'était pas un baiser normal puisqu'elle ne pouvait pas sentir un battement de cœur sous sa main quand elle la posait sur la poitrine d'Edward. C'était comme… embrasser une statue.

Alors qu'elle s'apprêtait à reculer il gémit. Le son vibra contre sa bouche. Ses mains la serrèrent légèrement plus et ses lèvres commencèrent à bouger sous les siennes. Bella lui prit le visage en coupe.

Toujours pas un baiser normal mais putain d'enfer…

Elle s'approcha plus près, sa poitrine contre lui et elle passa ses bras autour de son cou. Ses mains traçaient lentement des cercles sur le dos, forts et fermes. Elle aimait ça. Elle aimait vraiment, vraiment.

Edward s'assit plus droit, ses mains la soutenant tandis qu'ils s'embrassaient sous tous les angles. Ils étaient innocents en ce qui concerne les baisers. Chaste et doux mais bon. Tellement bon.

Bella ne se recula que quand elle dut respirer. Elle avait le vertige. Elle serait tombée s'il ne l'avait pas tenue.

Serrant les bras autour de son cou, elle cacha sa tête contre son épaule, la joue sur son peignoir duveteux.

Sa vie était bizarre. Vraiment, vraiment bizarre.

Mais pour l'instant, elle était bonne aussi. Vraiment, vraiment très bonne.

Edward se déplaça sous elle. Doucement, il se coucha, la gardant dans ses bras. Quand ils furent installés, elle était confortablement drapée au-dessus de lui, la tête sur son épaule couverte par le peignoir moelleux.

Bella réalisa alors que ses membres étaient faits de plomb. Elle avait utilisé sa dernière goutte d'énergie et elle n'avait plus rien. Ses paupières étaient lourdes. Mais le meilleur de tous, c'est qu'à ce moment-là, elle n'avait pas peur des cauchemars. Son esprit était calme. Elle se sentait protégée et au chaud - ce qui était drôle étant donné que son corps était froid. Elle commençait à sentir le froid, même à travers les vêtements et le moelleux de son peignoir.

Comme s'il pouvait lire dans ses pensées, Edward s'empara de la couette. Il la mit sur eux et il l'enroula dedans. Il lui passa ses doigts doux dans les cheveux.

"Bella?" chuchota-t-il alors qu'elle commençait à glisser dans une béatitude inconsciente.

"Hmm?" Elle n'aurait pas cru que dormir sur une statue pouvait être si confortable. Elle était très à l'aise. Et puis fatiguée. Et contente. Vraiment contente. Ça n'allait pas durer mais c'était super pour le moment.

"As-tu déjà embrassé quelqu'un avant?"

Elle soupira. "Seulement toi."

Et puis elle s'endormit.


On dirait bien que Bella a trouvé ce qui lui manquait!