Chapitre 20

Pour la deuxième journée consécutive Bella se réveilla confuse mais contente et ayant dormi toute la nuit. Elle n'ouvrit pas les yeux tout de suite. Elle était enveloppée dans un cocon de couvertures, blottie contre Edward – il était solide – la tête appuyée contre son bras. S'il avait été humain elle aurait eu très chaud avec son visage contre son t-shirt de cette façon. Mais comme il ne l'était pas, elle était à l'aise.

Quelle étrange journée avait été hier. Le plus étrange jour de son étrange vie. Edward et elle s'étaient touchés et câlinés pendant des heures sans parler - sauf pour ses questions folles et occasionnelles. Son contact était gentil et il n'avait jamais essayé de la pousser. C'était un gentleman.

Un gentleman vampire. Bizarre.

La journée avait été bizarre aussi pas seulement parce qu'elle l'avait passée à cajoler un homme qui était dur comme un rocher ou froid au contact mais parce que pour une femme avec une histoire, tous les coups de cœur étaient compliqués.

Pendant les cinq dernières années, chaque seconde de chaque jour, Bella avait trimballé cette conscience qu'elle pouvait être battue et déchirée par n'importe qui dehors. Pendant ces derniers mois elle avait su qu'il y avait des choses que personne ne pouvait combattre, des monstres surhumains qui comme un météore s'écrasant sur la terre, étaient au-delà de sa capacité à se battre, quelles que soient les circonstances. Et il y avait deux nuits elle avait laissé l'un d'eux venir dans son lit.

Et peut-être était-ce le fait qu'elle n'ait rien à perdre qui la laissait se concentrer sur quelque chose d'autre que cette conscience constante. En l'espace d'un battement de cœur, Edward pouvait la tuer de plus d'un milliard de façons. Elle était impuissante. Sans espoir. Aucune anxiété ne pouvait la préparer ou la sauver. Il n'y avait littéralement rien qu'elle puisse y faire alors pourquoi ne pas avancer vers cette autre partie d'elle? Cette partie qui voulait ses bras autour d'elle, qui voulait ses lèvres sur les siennes, qui voulait cette voix à son oreille qui la faisait frissonner.

Ça faisait du bien et Bella ne s'était pas sentie bien depuis très très longtemps.

Pour ajouter au surréalisme qu'était devenue sa vie, elle se sentait comme si elle avait de nouveau dix-sept ans. Elle n'avait jamais eu la chance de tomber amoureuse – de rougir et de baisser la tête et de se demander si son cœur allait sortir de sa poitrine chaque fois qu'il la touchait tendrement. Elle s'était assise face à son père hier soir pour le diner, s'empêchant tout le temps du repas de s'agiter pour quitter sa chaise, pour retourner dans la chambre où Edward l'attendait.

Alors ouais. Sa vie était étrange. Il y avait un monstre dans son lit et pour la deuxième nuit de suite elle avait suffisamment dormi et elle ne se sentait pas comme si c'était la mort qui l'avait réchauffée.

Sa rêverie s'en alla quand Edward leva sa main pour lui caresser le dos. Le jeu était terminé. Il savait qu'elle était réveillée. Bien sûr. Les bâtards surhumains avaient cette capacité d'entendre les battements de cœur. Elle resta silencieuse encore quelques minutes, se prélassant dans sa caresse douce et la façon dont elle se répandait le long de sa colonne vertébrale n'avait rien à voir avec sa température.

Finalement elle savait qu'il fallait qu'elle affronte la musique, la journée. Elle roula sur le dos et cligna les yeux. Ce n'était pas étonnant que les mythes vampiriques parlent souvent du glamour parmi tous leurs talents. Le visage d'Edward la stupéfia, à lui couper le souffle.

Là encore, il avait eu ce même visage la fois où ils s'étaient rencontrés. Il était devenu plus attirant maintenant qu'elle le connaissait. Bien qu'elle n'ait pas l'habitude de regarder les gens dans les yeux depuis qu'elle avait été kidnappée par le démon. Elle n'avait pas vraiment regardé Edward jusqu'à ce qu'elle sache qu'il était un vampire.

Le visage de l'autre l'avait stupéfiée. Mais ce n'était pas une attirance. Non. Son visage parfait avec ses yeux brillants et cramoisis le faisait ressembler plus à un démon venant d'un enfer qu'elle n'avait jamais imaginé auparavant. Qui pourrait être stupéfié par ce genre de démon?

Edward n'était pas un démon. Elle leva sa main et passa un doigt le long de son visage. Ses yeux dorés étaient doux – rien de démoniaque. Elle l'aurait plutôt rapproché de ce que pourrait être un ange – quelque chose de bon et de céleste.

"N'est-ce pas ennuyeux de rester couché pendant des heures pendant que l'autre dort?" demanda-t-elle. Elle savait comment le temps semblait rester immobile quand le monde était tranquille, sombre et qu'elle ne pouvait pas dormir. C'était une torture.

Il sourit, passant sa main sur son côté. "Qu'est-ce qui te fait penser que je suis resté là toute la nuit?"

Elle fronça les sourcils et de façon ridicule son cœur se mit à battre furieusement. "Tu es parti?"

Il l'observa un moment passant le doigt sur la ligne de ses lèvres boudeuses. "L'immobilité n'est pas un problème pour un vampire, j'ai toujours pensé que c'était ironique. Nous pouvons courir très vite et j'aime cela. La course. Je peux être de l'autre côté du pays avant que la nuit tombe. C'est exaltant."

Ses doigts passèrent le long de la ligne de ses cheveux les rabattant vers l'arrière. "Mais si tu me le demandes je peux rester dans ce coin, là." Il montra le coin le plus sombre de sa chambre. "Je peux y rester pendant des années et personne ne pourrait me distinguer d'une statue. L'immobilité n'est pas un problème. L'ennui non plus."

Bella se mordit la lèvre en l'observant. "Tu es plutôt intense, tu le sais?"

"Est-ce que ça te gêne?"

"Non pas vraiment. Tout ce que je ressens est extrême… Si tout ça "– elle fit un geste les englobant tous les deux – "n'était pas intense je ne pense pas que j'aurai même remarqué que ça existait."

Ses lèvres frémirent légèrement mais plutôt que d'en parler il changea de sujet. "Et ça ne te dérange pas que je ne dorme pas quand tu le fais?"

Un petit sourire se forma au coin de sa bouche. "Tu me demandes si je pense que tu es un énorme harceleur de me regarder pendant que je dors?"

Il lui offrit un sourire penaud mais il resta silencieux.

"Je suppose que ça devrait me déranger," songea-t-elle à voix haute. "Ça parait tellement mauvais." Elle rit, c'était ironique. "Mais mon monde n'est pas normal pas vrai? Nous ne jouons pas selon les mêmes règles. Un humain qui me regarderait ainsi serait un pervers."

Sa gorge se serra. Les vieilles habitudes lui envoyèrent un frisson de dégoût dans la colonne vertébrale. "Il va falloir que je réfléchisse beaucoup à cela," dit-elle, de l'amertume dans la voix. "Quand un homme – peu importe qui – me regarde, je me demande s'il pense aux choses qu'il me ferait s'il en avait la possibilité."

La main sur sa taille se resserra mais il ne bougea pas davantage. Bella inspira. Son contact gentil la calmait et empêchait ce vieux sentiment de l'accabler. "Mais tu n'as jamais pensé à moi ainsi n'est-ce pas?" dit Bella et elle devait en rire. "Je suppose que je sais maintenant que tu ne t'es jamais senti normal. Alors je suppose que ça a du sens que je ne me sente pas comme si tu avais posé ta main sur ta queue en m'observant dormir."

"Bella!" dit-il horrifié.

Elle rigola. Elle n'avait jamais pensé qu'elle s'habituerait à l'idée qu'elle puisse le surprendre. Il avait l'air tellement scandalisé. Quand elle se calma son expression était tout aussi prudente. "Penses-tu... à cela?"

"La vérité?"

"De préférence."

"Je peux penser à beaucoup de choses à la fois," dit-il. "C'est sans doute pour ça qu'il m'est aussi facile de rester immobile. Ça et ma mémoire extraordinaire fonctionnent main dans la main dans mon esprit illimité. Alors oui bien sûr que j'y ai pensé.

Bien que comme tout le reste, le sexe soit différent pour les vampires, nous n'avons aucun instinct biologique envers le sexe et aucun sentiment d'urgence de profiter de chaque jour comme le font les humains. C'est purement récréatif mais cependant intense et ça dépend de la relation qui existe entre ces vampires."

Il roula sur le dos un bras derrière sa tête. "Nous sommes, comme je l'ai dit avant, figés comme nous l'étions dans notre vie humaine. Le sexe est dans un nouveau contexte comme le reste. Carlisle et Esmée sont très intéressés par cela. Je pense que Carlisle est asexuel. Ce qui est une façon de dire qu'il ne ressent aucune attirance sexuelle."

"Tu penses?"

Il sourit. "Bon, l'asexualité n'était pas toujours acceptée comme une sexualité à son époque, dans les années 1600 c'était inouï. Et dans sa tête c'était différent. Il a été transformé quand il avait trente et un ans. Il était pratiquement vieux à cette époque et il n'avait pas pris femme. Il dirait que c'est parce qu'il n'avait pas assez d'argent pour s'occuper d'une famille mais je pense que c'était une excuse convenable pour ce qu'il ne ressentait pas."

Elle haussa les épaules. "En tous cas ça le rend d'autant mieux adapté à Esmée, elle a été mariée quelques années avant la guerre civile à un homme beaucoup plus âgée et elle ne s'est pas mariée par amour et elle n'avait jamais rien connu du sexe qui n'ait été autre chose qu'un devoir." Il serra la mâchoire. "Et son mari l'a rendu encore plus désagréable que nécessaire."

"Il l'a blessée?" demanda-t-elle et son estomac se serra.

"Il l'a tuée et leurs deux enfants. Deux filles."

Bella haleta. "C'est horrible."

Bella serra ses lèvres, trop curieuse de ne pas demander. "Mais si elle est morte… comment est-elle devenue un vampire? Si vous revenez d'entre les morts est-ce que ça ne fait pas de vous des… zombies?"

Malgré la gravité du sujet, Edward rit. "Des vampires zombies. A présent voilà un scénario cauchemardesque." Il secoua la tête. "Non. Pour pouvoir être transformé il faut être toujours vivant. Le pouls d'Esmée battait encore. Très faiblement, si faiblement, qu'il n'y avait que Carlisle et son ouïe très développée qui puisse l'entendre."

"Il la connaissait. Il lui avait soigné la jambe quand elle avait quinze ou seize ans. Il se souvenait qu'elle avait une présence lumineuse, une enfant heureuse avec un esprit vif et une personnalité enjouée. Après des siècles de solitude il l'a transformée sur un coup de tête, il avait cette idée romantique qu'il pourrait lui apporter du bonheur après toute la misère qu'elle avait subie."

Bella roula sur le côté pour le regarder. "L'a-t-il fait?"

Edward sourit, tendit la main et caressa sa joue du dos de ses doigts. "Il l'a fait."

Quand il la regarda, quelque chose de silencieux et pourtant poignant passa entre eux. L'air était à nouveau crépitant, lourd de sens. Il se passait des choses auxquelles elle n'était pas prête à penser.

"Et les autres?" demanda-t-elle, sa voix tremblant un peu. Elle se racla la gorge. "Comment ont-ils été transformées?"

Son doigt continuait à glisser le long des lignes de son visage, sous son menton et le long de son cou. "Très longue histoire - raccourcis? Esmée et Carlisle ont sauvé Rosalie, je pense, parce qu'Esmée ne s'est jamais tout à fait pardonnée de ne pas avoir pu sauver ses filles." Edward la regarda brièvement dans les yeux et elle sut à son regard qu'elle ne voulait pas savoir pourquoi Rosalie avait dû être sauvée. "Ensuite Rosalie a trouvé Emmett à l'agonie après une attaque d'ours et elle a supplié Carlisle de l'aider."

"Et toi?" demanda-t-elle quand il ne dit plus rien.

Sa mâchoire se contracta. "Dans sa vie humaine, le seul bonheur d'Esmée était d'être mère. Le premier enfant qu'elle a enfanté était un garçon mais il n'a vécu que quelques jours. Et même si j'étais un adulte à ma mort, j'étais quand même le fils de ma mère."

Edward soupira, son expression lointaine pendant qu'il se souvenait. "J'étais très malade quand la conscription pour la guerre est arrivée. A l'époque je pensais que c'était la plus grave des injustices, parce que je voulais me battre. Ma mère - ma mère humaine et le Dr Carlisle Cullen m'ont soigné pendant cette maladie. Ironiquement, je pense que c'est parce qu'elle est resté à l'hôpital avec moi que ma mère a été exposée à une litanie de maladies. Juste au moment où je me rétablissais, une pneumonie l'a emportée. Vite."

"Je suis désolée," dit Bella.

"Oui, eh bien… je dois dire que je n'ai pas très bien géré la mort de ma mère. Mon père humain et moi étions devenus des étrangers. J'ai beaucoup bu. Je ne le savais pas mais Carlisle, qui s'occupait de moi à ce moment-là, me suivait souvent."

"Oh, donc c'est un trait de famille…!"

Il gloussa mais son expression devenait de plus en plus ironique. Honteuse. "Il était là quand j'ai aplati ma voiture."

"Oh, Edward."

"J'ai toujours aimé aller vite."

"Carlisle t'a ramené à la maison à Esmée."

Edward hocha la tête. "Il l'a fait."

Bella fut longtemps tranquille, étudiant son visage, la douceur parfaite de sa peau. "Tu le regrettes? Ou est-ce que tu le détestes?"

"De m'avoir transformé en monstre?" chuchota-t-il. "Parfois." Il la regarda. "D'autres fois, je suis content d'être encore là, peu m'importe comment."

Malgré le saut dans son battement de cœur et la chaleur qui se répandit en elle à son expression tendre, Bella fronça les sourcils. "Je ne pense pas que tu es un monstre. Tu es un être surnaturel. Mais tu n'es pas un monstre dans ce sens du terme."

Ses yeux, alors, montrèrent une tristesse et une culpabilité insondables alors qu'il la regardait. "J'ai déjà tué des gens avant, Bella," dit-il très doucement.

Bien qu'elle ait hoqueté, le fait qu'il l'admette ne surprit pas Bella. C'était un vampire. Il n'y avait pas à tourner autour du pot. Elle savait que sa famille et lui buvaient des animaux au lieu d'humains mais elle savait aussi que c'était contre leur nature de le faire. Elle déglutit difficilement. "La meilleure amie de ma mère est allée chez le dentiste. Ils l'ont endormie. Elle ne s'est jamais réveillée."

Edward plissa le front.

"En plus, j'imagine que ton père pourrait te dire que quand un médecin fait une erreur, quelqu'un meurt et que tout le monde commet des erreurs."

Il haussa un sourcil.

Elle le regarda. "Tuer quelqu'un ne fait pas automatiquement de toi un monstre."

Sa réponse était ironique. "Le docteur et le dentiste n'ont pas mangé leurs patients, Bella."

"Penses-tu que l'ours qui a attaqué Emmett était un monstre pour l'avoir fait?"

"C'est un mauvais exemple. Rosalie a anéanti cet ours."

"La question n'est pas là."

Il fit la moue, la regardant fixement avec amusement. Bella sourit mais son sourire se fana rapidement. Elle pencha la tête. "S'il m'avait tuée, je lui aurais pardonné," dit-elle en détournant le regard.

Edward lui caressa la main, l'apaisant. Bella ferma les yeux, son cœur battait la chamade.

Tout cela avait été un beau répit. Elle savait que si elle voulait se blottir contre Edward et oublier le monde, il le ferait pour elle. Elle aurait pu laisser son déni s'étirer pendant des jours au moins. Elle était heureuse dans cette petite bulle avec lui.

Mais non.

Bella ouvrit les yeux et le regarda. "Tu m'emmèneras voir ta famille?"

Il était temps de se mettre au travail.


Ok les enfants…Il est temps d'arrêter de s'embrasser

et de se mettre au travail!

Non mais … hop hop