Bon je réalise que j'ai oublié de préciser que Batman et tous les personnages de son univers qui lui sont associés sont la propriété de DC Comics (que je ne possède malheureusement pas), alors voilà : je le dis. Quoi d'autre ? Ah oui Batman est une création de Bob Kane.
Le titre et le ton très sombre et réaliste de cette fanfic sont inspirés de Batman Year One. (Quand je dis réaliste je veux dire autant que faire se peut dans un univers où on a des mutants, des aliens, des magiciens et des tarés déguisés en chauve-souris).
salomekenza8 : Merci beaucoup et la suite, eh bien... la voilà!
Zofra : Encore merci j'espère vraiment que tu continuera de l'apprécier au fil des chapitres.
Et pour les autres au cas où vous ne l'auriez pas compris j'apprécie beaucoup les reviews, commentaires, opinions, même si c'est négatif! Ca m'aide à m'améliorer.
Qu'est-ce qu'il s'ennuyait !
Jusqu'ici il n'avait jamais réalisé à quel point marcher pouvait être d'un monotone…
Ça devait bien faire des jours qu'il suivait cette route sans avoir aperçu la moindre voiture, des jours ou même des années, voire des siècles !
En fait il n'en savait rien, il avait perdu toute notion du temps. S'il avait jeté un coup d'œil derrière lui, il se serait aperçu en voyant l'usine en ruines qu'il avait contournée un peu plus tôt qu'il n'avait même pas fait trente mètres depuis le moment où il avait rejoint la route.
Quelle idée stupide… songea-t-il. Comment avait-il pu penser que rejoindre la route en espérant qu'une voiture passe serait une meilleure idée que suivre la rivière en espérant tomber sur un bateau ? Au moins avec le bateau il aurait pu chanter des chants de marins, dans la voiture il serait contraint d'écouter toutes les nullités qui étaient à la mode en ce moment à la radio.
Certes s'il cherchait à ne pas mourir de froid la voiture le protégerait mieux qu'un bateau à ciel ouvert, de plus il aurait fallu que le bateau ait un moteur, car il n'aurait pas eu la force de ramer jusqu'à la ville. Mais il devait aussi veiller à ne pas mourir d'ennui, et à ce rythme l'ennui le tuerait plus sûrement que le froid et bien avant que la fatigue n'ait raison de son corps.
Si l'atroce douleur physique qui provenait de son pied gauche était amusante, si l'horrible impression d'avoir l'intérieur de son corps en train de bouillir et ses organes vitaux en train de pourrir tout en étant paradoxalement frigorifié au point qu'il se demandait laquelle de ses extrémités tomberait en premier était tout simplement hilarante, et si le simple fait qu'il essaye de survivre était risible au possible, tout cela commençait finalement à le lasser.
A vrai dire il lui suffisait de regarder la route à sa droite pour qu'il oublie toutes ces distractions et se mette à déprimer.
Elle était si longue, et si plate, et si répétitive. Il n'y avait ni animal mort, ni marque de freinage, ni nid-de-poule, rien que du bitume. Tellement droite, tellement aseptisée, tellement bien comme il faut que cela le faisait frémir tant il avait horreur de ça. L'absence de lignes blanches ou de panneau de signalisation n'était qu'une maigre consolation qui ne lui procurait aucune satisfaction.
Il ne put soutenir davantage l'affligeante banalité conformiste de cette chaussée sans originalité, et tourna son regard sur la gauche en espérant que la nature offrirait un spectacle plus réjouissant à un anarchiste nihiliste amoureux du chaos comme lui. Mais il n'obtint pas satisfaction.
Bon, il devait bien admettre que ce terrain vague recouvert de mousse et de mauvaises herbes laissant apparaître par endroit la terre boueuse à nue et jonché de détritus en tous genres n'était pas dénué du charme sinistre des lieux où l'on ne désirait pas se retrouver seul la nuit. Malheureusement c'était aussi une de ses images de cartes postales oubliables en un clignement de paupières, par exemple aucun des immondices qui traînaient ici n'avait l'excentricité de ne serait-ce qu'un préservatif usagé ou que d'une flaque de vomis. De même si l'endroit avait un petit je-ne-sais-quoi de dérangeant, l'éclairage sans doute, qui aurait pu en rendre nerveux certains, il était loin d'être aussi délicieusement angoissant qu'une forêt transylvanienne ou qu'un parc d'attraction abandonné.
Non vraiment rien d'intéressant à voir, sauf peut-être l'objet brillant qui attendait sagement qu'on vienne le cueillir et qu'il ramassa aussitôt en songeant aux farces qu'il allait faire avec.
Il interrompit ses réflexions lorsqu'il vit un large monticule de terre qui surplombait la zone où il se trouvait, et décida alors de s'y diriger, bien que cela le détourne de son chemin, pour se faire une idée précise des environs. Mais si grimper sur le talus quelques temps plus tôt s'était révélé assez difficile, ce n'était rien à coté de ce qu'il dut endurer lors de sa montée au sommet de ce petit Everest. En effet la pente était abrupte et légèrement instable, chaque pas renforçait alors un peu plus sa douleur au pied. Mais la souffrance avait au moins l'avantage de le maintenir éveillé, c'était cependant à double tranchant, car cela épuisait également toute l'énergie qu'il lui restait pour continuer.
Une fois arrivé au bout de ses peines, il ne put retenir un long soupir de soulagement avant de se mettre à regarder rapidement aux alentours dans l'espoir de trouver quelque chose qui viendrait justifier ses efforts. Et ce qu'il vit le fit éclater de rire.
On dirait bien que c'est moi le dindon de la farce en fin de compte, pensa-t-il alors.
Qu'est-ce que ça pouvait être drôle. Certes on pourrait lui rétorquer que l'humour c'est subjectif, mais peu importe car lui trouvait ça drôle, c'est tout ce qui comptait. Quel gâchis tout de même qu'un génie comique doté d'un tel talent meurt ainsi dans l'anonymat, alors que pendant ce temps des gens ennuyeux s'agitaient vainement pour des utopies imaginaires et inatteignables, comme des mouches autour d'une bouse peinte sur un mur, sans même se rendre compte à quel point ils étaient pitoyables, tous autant qu'ils étaient. Mais en même temps ça avait du sens vu que c'était un non-sens total, ainsi va la vie…
Et comme il était le seul à s'en apercevoir, il était donc logique qu'il meure avant d'avoir pu ouvrir les yeux à d'autres. Raconter une histoire drôle n'est pas compliqué, il suffit de créer une tension dramatique avec par exemple un homme blessé qui cherche à ne pas mourir de froid. Ensuite il faut faire monter cette tension en racontant ses épreuves et la façon dont il les surmonte. Puis finalement, on relâche brutalement la tension en révélant que dès le départ il n'avait aucune chance de survie vu que non seulement il n'y avait pas une seule voiture dans les parages, ça c'était prévisible, mais cette maudite route qu'il suivait n'allait même pas là où il voulait se diriger !
Au lieu de ça elle faisait une longue courbe pour rejoindre la voie rapide Bolland, qui certes allait vers le pont en définitive, sauf qu'elle était plus éloignée du monticule sur lequel il se tenait que le pont lui-même ! Par dessus le marché il ne voyait étrangement aucune voiture sur la voie rapide, ce qui signifiait que même si dans les heures qui viennent il y en avait une qui passait dans les environs, elle prendrait la voie rapide et serait non seulement hors de portée mais même si elle ne l'était pas elle irait de toute façon trop vite pour qu'il ne la force à s'arrêter.
Il devait se rendre à l'évidence, il était condamné. Et ainsi toutes les souffrances qu'il avait enduré furent vaines. On appelle cette dernière étape la chute, une chute d'autant plus absurde pour quelqu'un qui prétendait avoir compris la blague sans pour autant saisir qu'elle était sur lui, cela aurait pu lui éviter un effort inutile. Maintenant il le savait, cette chute-là était celle pour laquelle il était destiné, et la seule chose qu'il pouvait faire maintenant c'était rire de la blague…
Non.
Non c'est faux.
Le destin n'avait plus de prise sur lui, il avait compris le jeu et maintenant c'était lui qui faisait les règles. Il allait survivre, il allait survivre et il allait devenir le plus grand humoriste que le monde ait connu.
