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Chapitre 22

"Bella ton rythme cardiaque est quasiment incontrôlé. Assieds-toi, s'il te plait?"

La voix calme de Carlisle brisa le regard intense entre Bella et Edward. Elle frissonna et laissa tomber en reculant d'un pas. Elle laissa Esmée la prendre par le bras et la conduire vers le canapé. Là elle s'assit, la tête entre ses genoux.

"Tu es fâchée, c'est compréhensible," dit Edward. "C'est une crise de panique. Ne prends pas de décision quand tu es dans cet état."

Bella grogna de frustration. Elle attrapa ses cheveux dans ses poings serrés et tira, laissant la pression bâtir des murs autour du tourbillon incontrôlable de ses pensées. Elle sentit une main fraiche et douce sur son dos. Esmée, réalisa-t-elle et ça faisait du bien. En ce moment elle était juste un peu trop énervée contre Edward pour qu'il la touche.

Deux minutes entières s'écoulèrent en silence. Bella comptait chaque seconde, inspirant et expirant jusqu'à ce que la poigne de fer autour de ses poumons se relâche et que la boule dans sa gorge diminue suffisamment pour qu'elle puisse se risquer à parler. Elle releva la tête ignorant les autres et regarda Edward directement. Il se tenait devant elle, les yeux doux comme toujours. "Ce n'est pas nouveau," dit-elle ravie que sa voix soit assurée.

"Bella…"

"Non, écoute moi, as-tu déjà été une victime?"

Il tressaillit, visiblement décontenancé par sa question. Bella serra les poings, sentant l'impuissance rouler à travers les souvenirs qui revenaient encore. Elle souffla par le nez et ferma les yeux. "Il y a un moment où tu arrêtes de supplier - lui - de ne pas faire ça. Quand tu arrêtes d'essayer de te réveiller du cauchemar. Quand tout ce à quoi tu penses c'est de faire payer les salauds pour ce qu'ils t'ont fait."

Elle rouvrit les yeux pour trouver son regard torturé sur elle. "Et ça c'est une chose de plus qu'il m'a prise. Il n'y avait aucun scénario que je puisse imaginer qui ne me laissait pas du côté des perdants. En fait, j'ai essayé de le provoquer pour qu'il me tue. Il allait le faire de toute façon et c'était la seule chose que je pouvais avoir. Ma mort… comme je l'avais décidé. Alors si tu veux savoir depuis combien de temps je veux ça? Je l'ai voulu dès l'instant où il m'a dit que la seule chose qui pouvait tuer un vampire et bien c'était un autre vampire."

"Putain," fit Emmett dans un souffle. Esmée serra les épaules de Bella.

Cependant même si elle savait que c'était impossible, Edward paraissait malade. "C'est la mort Bella. Tu ne le vois donc pas?"

"Non, non ça ne l'est pas." Elle hésita un peu mais il fallait qu'il comprenne. Elle se força à le regarder dans les yeux. "Je ne veux pas mourir Edward. C'est le point essentiel. Je pensais ce que j'ai dit avant. Je ne peux plus vivre comme ça. Est-ce que tu comprends ce que je te dis? Je ne crois pas."

"Bella" Le mot sortit rauque et brisé. Il alla vers elle et s'agenouilla, prenant ses mains dans les siennes. "Il y a plus que deux options. Je peux…"

"Ne lui dis pas que tu peux la protéger."

La tête de Bella se tourna brusquement et elle regarda vers Rosalie qui fixait son frère. Il la regarda aussi, d'un air si féroce qu'il fit même peur à Bella. Rosalie était imperturbable. Elle croisa les bras. "Tu as déjà prouvé que tu ne pouvais pas la protéger."

"Il y a d'autres moyens si nous…"

"D'autres moyens, tu vas suggérer que l'un d'entre nous la suive partout où elle va, elle n'aura plus jamais d'intimité, est-ce que tu penses que c'est moins une prison que quand ce bâtard qui l'a enlevée?"

Bella frissonna et enroula ses bras autour de ses épaules, baissant les yeux.

"Elle n'est pas sans défense," fit Edward entre ses dents serrées.

"Elle est entourée de vampires et de loups. Elle l'est."

"La ferme Rosalie."

"Et oh!" Emmett plissa les yeux vers son frère, Carlisle et Esmée se figèrent. Bella remonta ses jambes contre sa poitrine, se faisant instinctivement aussi petite que possible alors qu'Edward se levait et affrontait sa famille. Emmett fit un pas menaçant en avant et agita son doigt. "Ne lui parle plus sur ce ton, Edward."

"Et que penses-tu qu'elle essaie de faire? Elle essaie de convaincre Bella que se suicider est une bonne idée."

"Je n'ai jamais dit que j'allais me suicider," dit Bella, la voix rauque.

Edward se tourna et ils s'affrontèrent du regard à nouveau. Bella carra ses épaules. "Je ferai ce qui est nécessaire pour survire. Et si tu ne veux pas m'aider…" Elle frissonna mais son regard resta déterminé. "Je connais quelqu'un qui le fera."

"Non." La voix d'Edward était devenue un grognement à présent. "Je t'en empêcherai."

La fureur roula le long de la colonne vertébrale de Bella. Elle se leva et fixa Edward nez contre nez autant qu'elle pouvait. "Tu m'arrêterais? … De force? Tu me priverais de mon choix?"

Il s'aplatit à ses mots, la férocité le quittant alors que son expression redevenait torturée. "Ce n'est pas… Bella…"

"Je pense qu'il te faut quelques minutes avant de parler pour réfléchir," dit Rosalie. "Emmett, Carlisle. Peut-être pourriez-vous emmener Edward prendre l'air."

"Rose…" commença Edward mais en un instant Carlisle était en face de lui.

"Laisse-leur une minutes seules avec Bella, Edward," dit-il, d'un ton gentil en posant sa main sur l'épaule de son fils.

Edward secoua la tête en un mouvement brusque. "Vous ne pouvez pas vouloir ça pour elle. Vous ne pouvez pas penser que c'est bien. Pas alors qu'elle a un autre choix." Il regarda Rosalie. " Comment peux-tu penser que c'est une bonne chose? Il ne se passe pas un jour sans que tu souhaites être restée humaine. Comment peux-tu vouloir cela pour elle?"

Rosalie roula des yeux. "Je ne peux pas avoir de secrets pour toi alors je sais que tu peux voir que ce n'est pas ce que je pense."

"Je pense que Rose a raison Edward," dit Esmée la voix aussi calme que celle de son mari mais autoritaire aussi. "Tu ne pourras pas comprendre de la même façon que nous."

"Mais…"

"Rien ne va arriver maintenant. Tu sais que Bella est en sécurité avec ta mère et ta sœur," dit Carlisle. Bella se laissa pousser sur le côté et Carlisle fit face à Edward. "Laissons-leur un peu d'espace."

Edward fixa Bella un instant de plus mais quand Emmett arriva près de lui il ne lutta pas. Il partit en courant – là une seconde et la suivante il avait disparu. Ils suivirent.

Bella mit ses mains sur son visage et grogna en s'affalant sur le canapé. Ce genre de sortie était toujours surprenante, surtout après cette discussion intense. Elle savait qu'elle avait blessé Edward. Qu'il ait ou non de bons arguments cela ne changeait rien au fait qu'elle l'avait blessé. Et ça n'était pas bon.

Et rien de tout cela n'était bon. La question concernait ce avec quoi elle pouvait vivre contre ce avec quoi elle ne povuait pas vivre – littéralement une question de vie ou de mort. Il ne pouvait pas faire revenir son ignorance béate.

Elle prit une profonde inspiration et souffla avant de lever la tête pour regarder les deux femmes belles et inhumaines devant elle. Elle offrit un petit sourire à Esmée avant de regarder Rosalie. "Qu'est-ce qui a changé?" demanda-t-elle.

Rosalie ne fit pas comme si elle n'avait pas compris de quoi parlait Bella. Un petit sourire joua sur ses lèvres. "Mon idiot de frère est tombé amoureux d'une humaine… une humaine et un vampire, explique-moi comment ça peut bien se terminer. Tu n'es pas idiote Bella Swan, tu n'es pas naïve alors je ne comprends pas ce qu'une femme adulte qui a toute sa tête - ne parlons pas d'une femme qui est perturbée comme toi – fait dans une maison pleine de vampires. J'ai pensé que tu étais venue ici pour nous voir comme si nous étions dans un show." Elle fit bouger ses cheveux – son visage plissé d'ennui. "Soit ça, soit j'ai pensé que tu cherchais à partir avec un coup d'éclat, mourir dans un nid de vampire…"

"Rosalie!" dit brusquement Esmée.

Bella lui sourit. "Ça va," fit-elle un peu faiblement. "En fait à ce stade c'est la franchise que je préfère."

Après tout c'était intimidant. Edward était parti et elle était bien consciente de ce que cela signifiait d'être seule dans une pièce avec deux vampires dont l'une lui était ouvertement hostile vingt minutes auparavant.

"Mais tu n'es pas une gamine stupide qui vénère les vampires," dit Rosalie. Elle leva le menton. "Cela ne signifie pas que je sois d'accord avec toi mais je peux comprendre ce que tu dis."

Esmée vint s'asseoir près de Bella. Elle passa son bras autour d'elle et sourit quand Bella s'appuya contre elle. Malgré le froid et la dureté de la peau, Bella était surprise de trouver que sa présence était chaleureuse et maternelle. Esmée repoussa ses cheveux. "Les femmes naissent dans le danger, pas vrai? Ça fait bien longtemps mais je me souviens de ce sentiment. Savoir que je n'ai aucun contrôle sur ma destinée."

"Je n'avais jamais pensé à ça avant," dit Rosalie. Son ton et son expression étaient contemplatifs alors qu'elle s'asseyait sur le fauteuil face au canapé. "Quand j'étais humaine, je n'ai jamais eu peur de marcher seule dans la rue mais jusqu'au jour de ma mort, je n'ai jamais eu de raison de croire que les hommes ne me protégeaient pas."

"Une fois, Edward m'a dit que si je pouvais entendre les pensées des hommes, je serais devenue un monstre sanguinaire. Il a souvent du mal à contrôler son caractère quand nous sommes en public et qu'il peut entendre les choses que les hommes pensent d'Esmée et moi."

Le coin de sa bouche bougea et elle regarda Bella avec un éclat dans les yeux. "Oui, toutes les femmes. C'est remarquable, non? Oui, toutes les femmes ont été victimes d'agression sexuelle ou de harcèlement? Oui, toutes les femmes sont effrayées même si elles ne le reconnaissent pas consciemment. Et elles ont toutes les raisons de l'être. Elles sont, après tout, tenues responsables de leur propre sécurité. Elles sont blâmées si leur vigilance glisse un moment et si elles sont au mauvais endroit au mauvais moment. Si elles osent boire et baissent leur garde. Les femmes apprennent à avoir peur."

Ses lèvres se recourbèrent en un sourire qui envoya un frisson le long de la colonne vertébrale de Bella. "Je n'ai pas peur," dit Rosalie. "C'est une chose que je n'ai plus depuis mon réveil dans cette nouvelle vie. Je n'ai peur de personne et je marche dans le noir en toute impunité, sans arrière-pensée."

Esmée haussa ses sourcils. "J'ai toujours craint mon mari humain," dit-elle, son expression lointaine. "Pourtant, je n'ai jamais eu peur de Carlisle. Mais maintenant que j'y pense, mon tout premier instinct, lorsque je me suis réveillée, désorientée, était de l'attaquer. J'étais plus forte que lui, comme un nouveau-né. Je pouvais le battre - savoir que je pouvais démolir tout un immeuble à mains nues, m'a donné une assurance inouïe, je ne me souviens pas d'avoir pu ressentir ça dans ma vie humaine. Je me suis toujours sentie très douce en tant qu'humaine." Elle regarda Bella et hocha la tête. "Je comprends."

Le soulagement submergea Bella. Comme elle l'avait dit à Edward, elle y pensait depuis longtemps. Elle y avait pensé d'autant plus qu'il avait été capable de répondre à ses questions sur les vampires. Pourtant, elle n'avait pas planifié de tout balancer comme elle l'avait fait. Apprendre qu'il y avait encore plus de créatures surnaturelles - et pire, que la réserve où son père allait fréquemment en était infestée - avait provoqué une crise de panique, c'est tout. Elle s'attendait à ce qu'Edward ne réagisse pas bien et avait prévu de se donner suffisamment de temps pour trouver les bons mots pour s'expliquer. "Tu ne penses pas que je suis folle?" demanda-t-elle à Esmée.

La femme secoua la tête mais Rosalie se mit à ricaner. "Bien sûr que tu es folle. Vouloir devenir un monstre sans âme, c'est fou!" Elle croisa les bras sur sa poitrine. "Mais le traumatisme fait ça à une personne. Ce qui m'est arrivé, ce qui t'es arrivé, ce qui est arrivé à Esmée n'est pas normal. Pourquoi notre réaction devrait-elle être normale?"

Bella s'assit plus droite, hochant la tête. "Edward a dit que tu regrettes de ne pas être humaine?" demanda-t-elle timidement.

Rosalie fit une grimace. "Aucun de nous n'a eu le choix quant à ce que nous sommes devenus. Je pense que tu peux comprendre pourquoi parfois j'en veux à Carlisle de m'avoir enlevé mon choix. Et parfois, je pense que la mort aurait été une option plus douce."

Elle tourna la tête sur le côté. "Je ne voulais rien d'autre que de devenir mère… et peu importe ma force, c'est quelque chose que je n'aurai jamais." Elle secoua la tête. "Mon fiancé et ses amis ont tué ce rêve quand ils m'ont tuée mais Carlisle s'est assuré que je souffrirai pour ce que je ne pourrais pas avoir pendant d'innombrables vies humaines."

"Je suis désolée," chuchota Bella, ayant de la peine pour ce que cette femme avait vécu. Pendant un bref instant, elle essaya d'imaginer qu'elle connaissait les hommes qui lui avait fait du mal, comme Rosalie qui connaissait ses agresseurs. Son fiancé. Edward ne lui avait pas dit ça. Quelle terrible chose d'être blessée – tuée - par l'homme qui devait être ton bonheur éternel.

"Je sais qu'il a été maladroit avec ses mots," dit Esmée, caressant tendrement la joue de Bella. "Mais le cœur d'Edward est au bon endroit. Mon pauvre garçon supporte le poids de notre culpabilité. Il peut l'entendre quand on lutte avec cette vie. Avec ce que ça signifie être un vampire et les choses qu'on ne peut pas avoir." Sa peau se plissa aux coins de ses yeux comme si elle avait mal mais elle sourit. "Il y a beaucoup de choses qui valent la peine d'être vécues. Les enfants sont peut-être la plus grande d'entre elles."

Bella baissa la tête, des larmes piquaient ses yeux. "Je ne peux pas avoir d'enfants. Pas après ce qu'ils m'ont fait…" chuchota-t-elle.

"Oh, pauvre enfant." Esmée la tira plus près.

"Ça va," dit Bella. A dix-sept ans, elle n'avait pas pensé aux enfants sérieusement. "Je dis juste que ce n'est pas un souci."

"Tu peux encore adopter," dit Rosalie.

Bella rit et secoua la tête. "Peut-être. Et ensuite quoi? Je peux vivre le reste de ma vie en me demandant si chaque "personne" que je croise est un monstre en fait? Je ne peux pas me protéger, tu penses que je pourrais vivre avec le fait que je pourrais voir mon enfant être blessé devant moi?" Elle frissonna. "C'est trop tard. Ma vie humaine est terminée."

Edward

Il y avait des avantages à être le seul vampire avec ce don particulier. Lui seul connaissait ses véritables limites. Carlisle - toujours curieux et soucieux de la science, l'avait convaincu une fois d'expérimenter. Ils avaient testé la gamme de l'ouïe d'Edward sous plusieurs variables.

Ce que Carlisle ne savait pas, c'est qu'Edward avait trouvé, en apprenant à connaître sa famille plus intimement, qu'il pouvait entendre leurs pensées de plus loin. Bien qu'il se sente mal de le faire - il essayait de donner de l'intimité à sa famille quand il le pouvait – Edward étendit délibérément la limite de son ouïe, récoltant des bribes de la conversation avec Bella.

Il sut quand Bella avait rallié Rosalie et Esmée. Il s'arrêta un instant, interrompant la chasse aux cerfs avec lequel Carlisle et Emmett avaient essayé de le distraire. Il s'était arrêté si vite qu'il y avait eu un nuage de poussière dans l'air. La rage et la trahison le consumaient. Avec un grondement de fureur, il déracina un arbre puis un autre.

Puis il s'enfuit. Il ignora son père et son frère qui l'appelaient. Il avait besoin de s'enfuir. Il avait besoin de partir parce qu'il savait que s'il ne le faisait pas, il irait directement dans cette maison, attraperait Bella et s'enfuirait avec elle dans la forêt où il savait qu'elle serait incapable de retrouver son chemin vers quelqu'un qui oserait la transformer.

Sans défense.

Il ne pouvait pas être celui qui la rendait impuissante et ainsi, il fuyait son amour humain. Il courut plus vite, si vite que son père et son frère ne pouvaient espérer le rattraper.

En courant, il complota. Il devait sûrement y avoir pour que Bella comprenne. Il ne pouvait pas la condamner à cette vie. Elle ne pouvait pas comprendre ce que ça voulait dire. Elle n'imaginait pas les choses dont elle serait capable.

Sa famille était différente parce qu'elle valorisait la vie humaine. Malgré cela, ils avaient tous du sang sur les mains.

Ou projetait-il simplement son angoisse sur Bella? Carlisle se demandait constamment dans quelle mesure il avait joué à Dieu, en créant cette famille qu'il aimait tant. Rosalie et Esmée avaient été transformées après un traumatisme grave. La colère de Rosalie faisait partie d'elle et il en serait ainsi pour toujours. Le chagrin d'Esmée pour ses enfants resterait toujours une plaie ouverte dans son cœur.

Ils n'étaient pas humains donc ils ne pouvaient pas guérir. Leur seul réconfort était que leur nature vampirique leur permettait de réfléchir à ces sujets.

Emmett, cependant, avait eu une expérience différente. Il était si facile à vivre - il était pragmatique. Quand il avait dérapé, il avait été désolé mais jamais pour longtemps. Toutes les vies ont une fin… et il n'avait jamais mis fin à une vie par malveillance. C'était un vampire et comme il le disait, "Les merdes arrivent."

Emmett préférait se concentrer sur le bien. Il adorait être un vampire. Il aimait la force et la vitesse. Il jouait avec sa force en lançant des rochers et en empilant des arbres entiers juste parce qu'il le pouvait.

Edward Cullen.

Edward entendit la voix dans sa tête avant de l'entendre courir à travers les arbres. Pour la deuxième fois ce jour-là, il s'arrêta brusquement, cette fois-ci en se fracassant contre un arbre qui pourrait bientôt se vanter d'avoir un trou en forme d'Edward.

C'était un autre vampire qui courait vers lui. Une voix peu familière et pourtant...

Elle chantait dans sa tête l'hymne de la République. Vigoureusement. Simultanément, elle calculait pi. Récitant également Guerre et la Paix en anglais, espagnol, français et allemand.

Il se rendit compte d'emblée qu'elle l'empêchait intentionnellement de lire ses pensées. Ou du moins, elle essayait. Un grognement se construisit dans sa gorge quand il se rendit compte que malgré tout cela, il apercevait encore des visages qui scintillaient dans ses pensées. C'était quelque chose qu'il n'avait jamais entendu avant. Des rafales d'images. Et les images n'arrêtaient pas de changer, d'une façon ou d'une autre.

Mais ça n'avait pas d'importance. Non. Ce qui importait, ce qui l'avait fait s'accroupir, les dents serrées, prêt à se battre, c'était le contenu des pensées étranges de l'autre vampire.

Il vit son visage. Son visage et tous ceux qu'il aimait. Carlisle. Esmée. Emmett. Rosalie.

Bella.

Et il vit Jasper - les yeux du démon qui scintillaient de rouge, concentrés, prêt au combat.

Il eut un aperçu de Jasper arrachant les deux bras de Carlisle avant d'attaquer Esmée.

Il entendit Bella crier son nom.

L'autre vampire s'approcha et Edward se tendit, prêt à jaillir.

Prêt à se battre.


Alors réel ou pas?