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Chapitre 30

Bella vampire était une merveille à voir, de loin l'une des choses les plus incroyables qu'Edward ait jamais vue. Ce n'était pas sa beauté - elle aurait pu couper le souffle aux humains ou à tous les vampires. Elle était confiante - sa posture, son sourire, sa foulée. Il ne pouvait pas la quitter des yeux.

Edward avait eu le temps de réfléchir à ce sujet quand sa famille les avait rejoints en Alaska une semaine entière après sa transformation et il fit remarquer à Carlisle, "J'ai réfléchi à la Théorie des formes* de Platon. Qu'il existerait une version véritable de ce qu'une chose doit être. Quelque chose qui soit de la forme parfaite d'un homme mais aucun homme n'incarne cette forme parfaite : la forme est une vérité qui ne peut jamais être réalisée."

Il fit un signe de tête vers Bella qui était en train de discuter avec Rosalie, Emmett et Esmée un peu plus loin, leur laissant toute latitude de discuter. "Si une forme parfaite existe pour un vampire, Bella doit être cette forme. Peut- être était-ce pour ça qu'elle était si consciente de toutes choses quand elle était humaine, toutes les façons dont elle pouvait être détruite, aussi bien physiquement que mentalement et comment l'un est connecté à l'autre. Dans cette vie elle est consciente de façon intuitive de l'essence de ce qu'est un vampire, elle incarne la force qu'elle a par rapport au monde qui l'entoure, elle est consciente du lien entre son esprit avancé et sa nature primitive. Je ne dis pas qu'elle pourrait résister à un humain si jamais nous en rencontrions un à son insu mais je ne la laisserai pas faire non plus."

Carlisle absorba cela, son esprit scientifique bourdonnant de questions. Ça fit sourire Edward. Son père n'était rien d'autre que le plus curieux. "Ses pensées te demeurent silencieuses?" demanda-t-il.

Edward hocha la tête. "D'une certaine façon je suis déçu mais je suis content aussi. Elle aime avoir son intimité, je pense." Il essayait autant que possible de laisser cette intimité à tout le monde.

"C'est une merveille, Edward. Elle est…"

"Vivante?" finit Edward en attrapant le mot dans les pensées de son père. Il comprenait ce que Carlisle voulait dire. Tout ce qui concernait Bella avant avait été coloré par une psyché blessée. Ce n'était pas être vivant. De plusieurs façons elle était comme activement morte. A présent elle était animée par un mouvement perpétuel ainsi que par des désirs. "Combien c'est ironique!"

De l'autre côté soudainement Bella sauta sur les épaules d'Emmett le surprenant par sa rapidité. Edward se raidit un moment quand Emmett répliqua mais Bella reprenant sa théorie selon laquelle elle pouvait appliquer les techniques de combats humains aux vampires le surprit rapidement. Bien sûr ça ne faisait pas de mal qu'elle soit encore plus forte qu'Emmett. Elle l'envoya valser contre une paroi rocheuse.

"Ils vont provoquer une avalanche," murmura Carlisle en secouant la tête.

Edward rigola. Ses pensées se tournèrent à nouveau vers Platon et comme toujours vers le démon qui avait été à l'origine de tout cela.

Est-ce que Jasper avait directement entendu cette théorie de la bouche de son auteur? C'était bien possible.

"Qu'est-ce qui ne va pas Edward?" demanda son père, une main posée sur son bras.

"Je me demandais s'il voyait cela. Je veux dire quel bon vampire fait Bella. Si c'est ce qu'il voulait d'elle," Il grimaça se raidissant. "Et je me demandais si lui et moi ne sommes pas plus semblables que je veux bien le reconnaitre."

Il put entendre la surprise de Carlisle. "Qu'est-ce qui te fait dire ça?"

"Bella et moi avons eu des discussions philosophiques : notre biologie de vampire nous dicte ce que nous mangeons - des humains - mais il n'y a rien de mal en terme biologique, ce n'est pas parce que les humains croient qu'ils sont au sommet de la chaine alimentaire que c'est la réalité."

"Peu importe bien sûr, les humains et les vampires partagent le privilège de pouvoir réfléchir. Pour la plupart des nôtres c'est l'instinct qui prend le dessus d'ailleurs. C'est plus facile et ça les rend plus forts. C'est infiniment plus appétissant. Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir mauvaise conscience même si nous sommes l'un des deux familles à nous abstenir totalement." Edward inclina la tête réfléchissant à nouveau. "Et puis il y a les autres vampires, ceux qui sommes comme lui… et moi."

"Comment peux-tu te comparer à lui?" Son père était perturbé par cette idée.

"Il peut sentir les émotions de ses victimes. Ce n'est pas si différent de mon don. Comme lui je ne vois pas pourquoi je devrais lutter contre ma biologie mais le poids de ce que j'entends dans leurs pensées avant qu'ils meurent est vraiment beaucoup trop. Alors j'utilisais mon don pour jouer à dieu, je me suis trompé en pensant que je pouvais décider qui était digne de vivre plutôt que de choisir mes repas au hasard, comme le font la plupart de ceux de notre espèce. Et tu sais le monstre que ça m'a fait devenir..."

Edward regarda son père. "Tout diable qu'il soit je peux comprendre qu'il ne fasse pas ce qu'il fait parce que ça lui donne du plaisir tout comme à moi ça ne m'apportait ni plaisir ni satisfaction de tuer des monstres humains. Il le fait pour la même raison que je le faisais - parce que c'est comment il arrive à gérer à la fois sa biologie et son don."

"Je ne pense pas que ça te soit passé par la tête de torturer même si ça pourrait signifier gérer ton don."

"Non. "Edward secoua la tête. "C'est une créature vile mais je comprends pourquoi il ne pense pas qu'il le soit." Il fit une pause. "Et je me demande si j'essaie juste de me trouver des excuses."

"Pour?"'

"Frapper en premier," dit Edward d'un ton sinistre. "Nous devons le tuer."

Cela fit grimacer Carlisle. Il ne voulait tuer personne mais il hocha la tête. "S'il se sent menacé il viendra pour nous, peut-être mais ça ne sera qu'en fonction de ce qu'il veut de Bella."

Une vague de fureur protectrice passa à travers Edward et il sentit un grondement sourd monter du fond de sa gorge. Il serra les poings. "Il mérite de mourir pour ce qu'il lui a fait." Il s'arrêta, retrouvant son calme à nouveau. "Mais c'est de la vengeance et je ne peux pas faire semblant d'être humain et de vouloir me venger en même temps."

"C'est de la légitime défense dans ce cas. Il est un danger pour notre famille même s'il décide de laisser tomber."

"Tu me l'as déjà dit," dit Edward. "Tu m'avais dis que je mettais notre famille en danger."

"Ce n'est pas précisément ce que j'aie dit." Il inclina la tête et ça fit sourire Edward. Ses pensées allaient loin de lui, prenant la tangente de cette conversation.

Edward souffla, content que ses pensées s'éloignent de cette idée de meurtre pour le moment. "L'évolution des vampires?" dit-il avec une note d'incrédulité.

Carlisle sourit. "Ta Bella a raison quand elle dit que nous appartenons à la nature. Et si nous en sommes… alors l'évolution s'applique aussi à nous."

"Comment?"

"Bon ce n'est qu'une théorie, bien sûr…"

Edward leva la main, lui faisant signe de continuer.

"Les humains évoluent et nous sommes tous nés humains. Ils évoluent et affinent une conscience en plus d'autres choses. J'ai considéré ce fait que la vie dans le style végétarien fait partie de l'évolution. Comme s'il y avait quelque chose dans la biologie ou la psychologie humaine qui évoluait et nous rendait capables de pouvoir choisir." Il regarda Edward. "Je n'ai jamais rencontré de vampire plus vieux que moi qui ait déjà pensé à un style de vie végétarien mais des plus jeunes oui."

Edward rigola. "Alors tu penses que tu es le premier…"

Les yeux de son père pétillèrent d'amusement. "… quelqu'un doit bien l'être!" Il haussa les épaules. "C'est la répétition de la mutation qui fait que les espèces évoluent. Puisque nous ne nous reproduisons pas comme les autres espèces je me suis aussi demandé s'il y avait une raison pour laquelle chacun de vous m'avait attiré. Ce n'est pas comme si tout au long de ma vie j'étais tombé sur des gens qui étaient à l'article de la mort comme ce fut le cas pour Esmée, Rosalie et toi. C'est Rosalie qui a choisi Emmett."

Edward fit tourner cette information dans sa tête. "Comme si tu pouvais sentir le sens de l'évolution qui nous rendrait plus susceptibles d'être végétariens. Comme les phéromones pour les vampires."

"Eh bien, il n'y avait rien qui puisse me garantir que tu serais d'accord avec mon mode de vie après tout, n'importe lequel d'entre vous est libre de vivre la vie d'un vampire normal. La plupart des vampires ne restent pas avec leur créateur. A présent nous sommes une famille et nous luttons tous contre notre nature. Même Emmett qui a une personnalité impétueuse… et ce n'est rien de le dire."

"Je n'ai pas toujours lutté," dit Edward, en baissant les yeux de honte.

Son père lui tapa sur le bras. "Si tu l'as fait."

Edward dut sourire. Son père n'était pas objectif. "Evolution hein? Sélection naturelle. La survie de celui qui est le mieux adapté. Comment le végétarisme pourrait aider notre espèce à survivre?"

Carlisle haussa les épaules. "Pourquoi les vampires restent-ils toujours cachés? Les humains sont une menace, il y a moins d'espace libre, plus de caméras, plus de chance de nous faire prendre."

"Et si nous sommes pris en train de nous attaquer à des humains… Eh bien c'est la base de beaucoup de films d'action convaincants."

ooo

Les jours passèrent et ils s'adaptèrent tous à leur nouvelle famille. Bella s'amusait beaucoup plus dans sa nouvelle vie et les autres étaient naturellement attirés par elle.

"Si nous devions faire une vidéo pour un recrutement ce serait elle," dit Edward à son frère alors qu'ils revenaient d'une chasse tous les deux. "Elle fait ressembler ça à une bonne chose."

"Ça fait des années que j'essaie de te dire que ce n'est pas si mauvais," rigola Emmett en secouant la tête. "Tout à deux côtés. Comme ces campeurs il y a quelques années." Son sourire se fana et Edward put voir dans les souvenirs d'Emmett cette scène macabre. "Je ne voulais pas faire ça mais j'ai assassiné toute une famille et son chien."

Il laissa retomber ses mains puis se détendit visiblement, repoussant le sentiment de tristesse. "Mais est-ce que c'était mal? Nous sommes des chasseurs. Nos proies ont une vie complexe ainsi que des émotions. Si les ours commençaient à construire des maisons, est-ce que nous les enlèverions de notre diète aussi?" Il haussa les épaules. "La vie est compliquée mais tout n'est pas tout mauvais." Il fit un signe du menton montrant les alentours. "Nous voyons des choses qu'ils ne verront jamais, faisons des choses qu'ils ne peuvent pas faire." Il sourit à nouveau. "Tu est ici. Tu devrais profiter de tout ça."

Edward regarda vers Bella et Esmée qui grimpaient sur le plus grand arbre qu'elles avaient pu trouver pour sauter dans la neige en bas. Ça le fit sourire de voir clairement, même à cette grande distance, les énormes sourires sur leurs visages et entendre leurs rires. "J'en profite."

Emmett ricana. "Bien. J'ai traversé un endroit où les arbres étaient brisés et ça empestait votre odeur à Bella et toi…" Il remua un doigt devant le visage d'Edward. "C'est ce qu'on appelle les préliminaires et non pas de l'exploitation forestière extrême."

Edward était prêt à sauter sur son frère quand un bruit lointain capta son attention. Emmett aussi se tendit. Leurs deux têtes se tournèrent dans la même direction.

"Quelqu'un arrive," dit Emmett.

Edward était déjà parti en direction de sa famille. Emmett juste derrière lui.

Quand ils furent dans la vallée, Carlisle et Rosalie étaient aussi arrivés. Bella tendit sa main vers Edward. Il la prit en passant.

"C'est lui?" demanda-t-elle. Ses yeux rouges étaient affolés.

Edward entendit les pensées du démon. Il hocha la tête. "Oui c'est lui."

Il grimaça à l'assaut de ces pensées. Le démon, ses émotions reflétées et…

Celle qui voyait l'avenir et ses pensées complexes. Ils s'étaient trouvés ce qui signifiait qu'il savait quel côté elle avait choisi.

Je sais quel côté je veux choisir. Le problème c'est que tu ne comprends pas cequi est en train de sejouer.

"Edward?" demanda Rosalie et il réalisa qu'il était resté silencieux trop longtemps.

"Alice est avec lui." Il entendit la peur traverser sa famille.

"Que veulent-ils?" demanda sa mère.

Tu peux voir que nous ne vous voulons aucun mal, pensa Alice.

Edward grimaça. Il pouvait voir qu'ils voulaient parler tous les deux.

Il pouvait aussi voir le carnage qui s'ensuivrait s'il disait ce qu'il voulait vraiment : allez en enfer. Il n'y avait pas photo. Non préparés, sans plan contre la voyante, ils perdraient.

Mais il pouvait voir les souvenirs d'Alice – des visions d'un passé qui ne serait jamais. Il pouvait voir combien elle voulait être leur amie. Quelle curieuse créature elle était!

Avec un effort Edward se débarrassa de sa posture défensive. Cependant il ne quitta pas des yeux la ligne d'arbres et il s'adressa à sa famille. "Ils veulent une trêve."

Emmett se moqua. Bella gronda. Edward se tourna vers elle, lui prenant ses deux mains dans les siennes. Il appuya son front contre le sien, fermant les yeux sur des visions constamment vacillantes du futur. Son pouvoir était comme elle le lui avait déjà dit - hors de son contrôle. Elle lui soumettait à la fois des visions de la mort de Bella, de la mort de sa famille encore et encore. Bella arrivait habituellement à Jasper avant qu'Alice ne l'atteigne mais ça ne se terminait pas bien. C'était une tactique intéressante. Sa fureur instinctive, son besoin absolu de protéger ses proches étaient en conflit avec sa pensée rationnelle. Il savait qu'Alice ne le menaçait pas. Elle regardait l'avenir tel qu'il était, attendant maintenant que chacun fasse le choix final.

Edward secoua la tête, regardant dans les yeux de Bella. "Ce n'est pas le jour pour la bataille."

Elle plissa les yeux vers lui.

"Juste aujourd'hui," dit-il.

Elle n'aimait pas ça mais elle acquiesça d'un signe de tête.

Il se tourna vers le reste de la famille. "Ils ne nous veulent aucun mal pour l'instant, mais soyez prêts. Soyez vigilants."

Ils se tournèrent comme un bloc pour faire face à la limite des arbres. Carlisle marcha en avant, flanqué d'Edward et d'Emmett. Edward n'aurait pas dû être surpris que Bella vienne à ses côtés. L'urgence de protéger rugissait fort en lui mais il ne pouvait pas lui refuser cette chance de faire face à son bourreau en sachant qu'elle était plus forte. Il souhaiterait pouvoir lui montrer toutes les fois où elle l'avait tué dans les visions d'Alice.

Alice et Jasper sortirent de la forêt en marchant. Ils s'arrêtèrent une fois passé le couvert des arbres.

C'est de ça qu'on a peur? Edward entendit la voix dérisoire de son frère dans sa tête. Je pourrais l'écraser.

Edward grimaça mais Alice sourit en se concentrant sur Emmett. "Tu n'as jamais entendu parler du proverbe… plus on est grand… plus dure est la chute?"

Emmett se redressa, surpris. Jasper regarda Alice et Edward put voir dans ses pensées qu'il n'était pas tout à fait sûr d'elle. Oh, il avait vu le potentiel! Assez pour accepter facilement cette trêve malgré son mode opératoire habituel – éliminer la menace. Mais le fait qu'il ne comprenne pas Alice le rendait plus désemparé que d'habitude.

Malgré lui, Edward vivait un moment de pure camaraderie. Il savait bien ce que c'était que d'avoir sa vie bouleversée par une femme étonnante.

Jasper, bien sûr, sentit la vague d'empathie et ses yeux aiguisés se concentrèrent sur Edward. Fronçant légèrement ses sourcils, ses pensées étaient colorées d'irritation. Il savait qu'Edward pouvait comprendre Alice comme lui ne le pourrait jamais.

A côté d'Edward, Carlisle parla. "Bonjour encore une fois," dit-il à Jasper, la voix plus calme que jamais. Il tourna légèrement la tête pour parler à Alice. "Et à toi aussi. Ravi de te rencontrer enfin."

Un sourire illuminait le visage d'Alice. "Oh, tu n'as pas idée à quel point je suis heureuse de te rencontrer." Elle jeta un coup d'œil à tous. "Vous tous."

Rosalie ricana mais les autres ne réagirent pas. Du moins pas en apparence. Edward pouvait entendre toute leur curiosité, la prudence, et même la peur.

"Tu penses toujours qu'on peut être amis?" demanda Edward à Alice.

Son sourire devint ironique et le vacillement des visions s'éteignit. "Non." Elle soupira. "C'est trop tard. Je suis beaucoup de choses Edward, mais je ne suis pas idiote." Encore une fois, elle se tourna vers les autres. "Croyez-moi. Vous m'auriez tous aimé."

"Oh, j'en suis sûr," marmonna Bella.

L'attention de Jasper se porta sur elle et la couleur de ses pensées transforma le monde d'Edward en rouge. Il grogna bas, comme une mise en garde. Le reste de sa famille se déplaça en réponse à son grognement. Jasper ne fit que sourire, les yeux fixés sur Bella. "J'avais raison à propos de toi."

"Ne me parle pas!" siffla Bella entre ses dents serrées, et Edward eut juste le temps de l'attraper avant de qu'elle ne se jette sur lui.

Jasper était amusé. Amusé par la nature volatile de ce nouveau-né, de la même façon qu'un humain s'amusait avec un chaton qui essayait de marcher pour la première fois. Edward était sur le point de perdre le peu de contrôle qu'il avait.

"Carlisle." La voix d'Alice était dure maintenant. "Je comprends que nous ne pouvons pas être amis mais tu dois t'assurer que nous ne sommes pas des ennemis."

"Pas des ennemis," grogna Edward. "Quand tu l'as rejoint..."

"Il y a pire que Jasper…" dit Alice.

Carlisle tendit la main et attrapa l'épaule d'Edward. Reste calme. Ont-ils toujours des intentions pacifiques?

Edward serra la mâchoire mais il fit un petit signe de tête.

L'expression de Carlisle était beaucoup plus froide quand il s'adressa à Alice et Jasper. "Je n'ai aucun désir que cela se termine par la violence. Cependant, si vous êtes vraiment venus pour une trêve entre nous, nous contrarier ne semble ni sage… ni respectueux."

"Tu as raison," dit Alice en regardant Jasper les mains sur les hanches.

Il leva les mains en l'air, les yeux confus, le salaud. "Excuses. C'est un peu, ah... unique pour moi. Je ne voulais pas te vexer."

Malgré ses paroles nonchalantes, Edward pouvait entendre à quel point il était tendu. C'était naturel – son empressement pour la bataille. Il était en alerte.

Eh bien. Edward aussi.

"Assez!" Alice avait l'air énervé. Elle prit sa tête entre ses mains et les genoux d'Edward se fléchirent un peu à l'assaut des images.

Elles changeaient si rapidement – les choix étaient considérés et rejetés dans plusieurs présents. "On ne peut pas être ennemis."

"Ton petit-ami aurait dû y penser avant de commencer à torturer des gens," dit Rosalie.

Alice secoua la tête. "Tu ne comprends pas." Elle regarda Edward et à sa grande surprise, ses yeux imploraient de l'aide.

Puis elle déversa un déluge de pensées, jetant un regard loin dans le futur grâce à son don. Edward recula en serrant les mains sur ses oreilles comme si ça allait l'aider. Il secoua la tête rapidement.

"Qu'est-ce que c'est?" demanda Carlisle, une main ferme sur l'épaule d'Edward. Il regarda Alice. "Qu'est-ce que tu fais à mon fils?"

"Rien," haleta Edward. "Je vais bien. Je..."

"Il voit ce que je voie." Edward pouvait entendre le soulagement dans les pensées d'Alice. "Le futur." Elle regarda Carlisle. "Nous ne pouvons pas être ennemis. Si on n'est pas amis, on doit être unis pour ce qui arrivera."

"Qu'est-ce qui arrive?" demanda Esmée, marchant du côté de son mari.

"Il y a deux avenirs," dit Alice. "Beaucoup de chemins pour y arriver mais c'est toujours pareil."

"Les Volturi," dit Edward, et sa famille, recula collectivement. "Ils deviendront... impliqués."

"Il y aura la guerre," dit Alice. "Une guerre avec seulement deux issues possibles. Soit Aro reste le chef du monde des vampires." Elle regarda Carlisle dans ses yeux. "Soit c'est toi."

Edward pouvait entendre les pensées surprises de sa famille. Même Bella abandonna sa position défensive en regardant Carlisle. Les yeux de Carlisle étaient figés sur Alice. "Moi?" demanda-t-il, confus. "Tu dois te tromper."

"Elle ne se trompe pas," dit Edward. "Elle a raison. Je vois ce qu'elle voie. Je vois la guerre. Pas maintenant. Pas dans un avenir proche mais au final."

Il tendit la main à Bella, l'approchant de lui. "Ils te voient comme une menace et ils viendront pour toi," dit-il à son père.

Carlisle fit un pas en arrière. "C'est ridicule. Je n'ai pas envie de diriger et Aro le sait. C'est en grande partie la raison pour laquelle j'ai complètement quitté sa cour. Je ne suis pas un leader."

"En regardant autour de moi, ce n'est pas ce que je voie…" dit Jasper, la voix calme. "Tu as engendré un groupe loyal. Un groupe qui rivalise avec ceux qu'il garde au plus près de sa cour."

"Et il y en a beaucoup qui se considéreraient comme tes alliés." Les visions d'Alice défilèrent en avant - une longue lignée de visions des amis de Carlisle lui promettent leur dévotion. "Ils te choisiront s'il y a bataille."

Carlisle secouait la tête pendant tout ce temps. "Je n'ai pas envie de me battre."

"Tu connais l'histoire, Carlisle Cullen," dit Alice. "Tu l'as vécue. Le pouvoir naît souvent de la nécessité. Les empires ne restent pas debout pour toujours et les vampires gardent longtemps les mêmes chefs." Elle lui offrit un petit sourire. "Tu dois sûrement voir l'attrait, le pouvoir que tu as accumulé. Tu es la royauté."

"Royauté?"

"Un roi bienveillant avec une belle et gentille reine à ses côtés." Alice hocha la tête vers Esmée. "Deux princes comme généraux. L'un la force pure, l'autre la tactique." Elle regarda Bella. "Et tu as un bouclier."

"Un quoi?" Cette fois-ci, c'est Edward parla.

Alice sourit de nouveau plus largement en regardant l'avenir tourner. "Rendez visite à vos amis pendant que vous êtes en Alaska. Éléazar devrait avoir plus de réponses pour toi à ce sujet mais tu es très puissante, Bella. Plus puissante que tu ne le croies."

Edward jeta un coup d'œil à Bella dont les sourcils étaient froncés.

"Ce qui m'amène à la suite. Comme je l'ai dit, tu as des amis. Ces amis t'aiment vraiment bien. Ils te suivront."

"Elle a raison, Carlisle," dit Edward. "Je n'y ai jamais pensé mais ça a du sens. Tu as erré pendant des centaines d'années avant de rencontrer Esmée. C'est rare qu'un vampire connaisse autant d'autres vampires que toi. Si ce que tu nous as dit à propos d'Aro est vrai et qu'il peut connaître toutes les pensées par un seul contact, ton nom doit venir souvent et avec plus d'affection. C'est une menace. Tu as le pouvoir."

"Et même si tu n'as peut-être pas l'intention de l'utiliser, un dirigeant qui souhaite rester au pouvoir ne peut pas te croire sur parole," dit Jasper. "Si ce qu'Alice a vu est vrai, je préfère être de ton côté. C'est dans notre intérêt de ne pas nous battre."

Carlisle, manifestement dérangé, fixa Jasper. "Tu as bien des années de plus que moi, avec des quantités infinies de... d'expérience et la capacité au combat. Et avec tes capacités, tu peux influencer les gens à être de ton côté. S'il y a un trône à prendre, pourquoi ne pas le prendre pour toi-même?"

Jasper avait l'air contemplatif. "C'est une question de conjoncture et de liberté. La conjoncture émotionnelle des autres qui réclameraient ardemment mon attention – n'est pas ce que j'apprécie. Je suis une créature solitaire et j'ai peu de patience. Les émotions de notre espèce sont si volatiles…" Il sourit. "Et croyez-le ou non, je n'aime pas tuer, ce qui fait partie du jeu, et la cour d'Aro en est un exemple. Ceux qui l'ont précédé étaient les mêmes."

"Je ne veux tuer personne."

"Non, et c'est peut-être ce qui fera de toi un bon roi," songea Jasper. "Qui sait? Peut-être que tu seras celui qui négociera la paix entre les humains et les vampires…" Il leva la main, rejetant cela pour le moment. "Cependant. Tu as une armée. En tant qu'allié, oui, je peux soutenir tes troupes contre toute menace."

"C'est de la folie…" marmonna Carlisle.

"Tu devrais voir ce que je voie," dit Alice en riant. "Mais je laisserai ton fils t'expliquer cela. Pensez-y. Je sais que ça fait beaucoup. Nous reviendrons…"

Et sur ce Jasper et elle disparurent de nouveau dans la forêt.

...

*La théorie des Formes, théorie des idées ou théorie des formes intelligibles est la doctrine de Platon selon laquelle les concepts, notions ou idées abstraites existent réellement sont immuables et universels et forment des modèles (archétypes) des choses et formes que nos percevons avec nos organes sensoriels.


Qui s'attendait à ça?

Nous non…

On se retrouve à la fin de la semaine

pour le dernier chapitre…