Chapitre 3: Des amies
« Mademoiselle Wilson pouvait vous affirmer devant cette cour que votre mère, Lori Stevens, ne vous aime pas ? »
« Non, bien sûr. »
« Mademoiselle Wilson pouvez-vous affirmer devant cette cour que vous n'aimez pas, Lori Stevens, votre mère ? »
« Non, mais ce n'est pas ma mère. Ma mère s'appelle Elisabeth Wilson, c'est elle ma mère. »
« Mademoiselle Wilson, rappelez-nous votre prénom. »
« Carter, c'est Carter.»
« Est-ce le prénom que vous a donné, Lori Stevens ? »
« Oui … c'est elle.»
« Alors pourquoi l'avoir gardé ? »
« Parce qu'il était le seul lien avec ma vie passée. »
« Votre vie avec Lori Stevens. Votre mère. »
« Arrêtez ! Elle n'est pas ma mère. »
« Mademoiselle Wilson, vous nous avez déclaré que vous considériez la femme qui se trouve devant vous, Lori Stevens, comme votre mère biologique. Vous êtes contradictoire. Est-elle ou pas votre mère ? »
« Biologiquement peut-être. Peut-être l'est-elle par le sang mais une mère c'est celle qui aime. »
« Mademoiselle Wilson, vous nous avez déclaré que Lori Stevens vous aime alors elle est bien votre mère. »
« Non, elle n'est pas ma mère ! Une mère ne ment pas pendant 13 ans à son enfant. Elle ne le kidnappe pas deux fois. Une mère ne fait pas souffrir son enfant en lui demandant de témoigner lors d'un procès pour en avoir la garde. » L'avocat est devant elle.
« Mademoiselle Wilson, vous avez un frère, Benjamin. Le connaissez-vous ? » Il la domine.
« Non, je ne le connais pas. » Il devient plus grand.
« Pourtant, vous lui avait parlé dans le hall du palais de justice. » Ses yeux sont menaçants.
« Mais je ne savais pas que c'était mon frère. » Son sourire est glaçant.
« Vous êtes une menteuse Mademoiselle Wilson et une manipulatrice. Expliquez à la Cour comment vous avez séduit le petit ami de votre sœur.» Il est immense devant elle.
« C'était un accident. J'étais mal. Ce n'est arrivé qu'une fois. » Il ouvre sa bouche, il rit.
« Vous avouez donc avoir trahie votre sœur. » Il l'enveloppe dans ses bras
« Non, je ne le voulais pas. Je l'aime.» Il la serre.
« Vous l'aimez comme vous aimez Lori Stevens ? » Il l'étouffe.
« Au nom de l'amour que vous porte votre mère, et malgré votre égoïsme et vos mensonges, la cour décide que votre garde lui sera confiée jusqu'à votre mort. » Une main lui caresse les cheveux, elle tourne la tête, les yeux de Lori, « tu es à moi »
Un cri. « Non ! »
Carter se réveillât en sursaut.
Barbara était assise sur son lit. Elle lui essuyait le front avec un mouchoir mouillé. Tigrette était collée contre son ventre.
« Ce n'est rien Carter, c'est un cauchemar. Tu es en sécurité. »
Carter s'empara du bras de Barbara, elle se réfugia contre sa poitrine et se mit à pleurer.
Elles restèrent ainsi de longues minutes.
Quand elle commença à se calmer, Barbara lui souleva la tête. « Viens avec moi, ma puce, un thé nous fera du bien. »
Elle prit Carter par la main.
En rentrant dans le salon, Carter vit la valise ouverte et des objets éparpillés sur le sol. Des photos étaient posées sur la table basse et des lettres ouvertes sur le divan. Seule l'enveloppe était restée fermée.
« Ne fais pas attention au désordre. Assis toi ici dans ce fauteuil. » Elle lui désigna celui qui faisait face au divan. Elle prit une tasse et versa un thé à Carter. Puis elle s'assit dans le second qui était sur le côté.
Carter la regardait, elle lui semblait plus vieille comme froissé par le temps. Elle avait, à nouveau, une grande tristesse dans ses yeux.
« Tu as ouvert la valise. »
« Ne t'en occupe pas, ma puce. »
« Mais si je veux m'en occuper. Je veux t'aider…. Moi aussi j'ai besoin d'aider. »
« Tu n'as pas assez de tes malheurs. Tu veux les miens aussi. » Barbara eut un geste de dépit, « Je suis fatiguée Carter. Je crois que nous sommes chacune dans une période difficile de notre vie, n'est-ce pas ? »
Elle lui désigna la valise, « ouvrir cette valise c'est remonter 60 ans en arrière. C'est revivre des évènements qui me font souffrir mais si je ne le fais pas, Ils vont continuer à me hanter. Ils le font depuis 60 ans Carter. Vois-tu j'ai toujours dit à mes patients qu'ils devaient parler pour commencer à évacuer leurs angoisses. Mais moi, je ne l'ai jamais fait. Même avec mon psy, je n'ai jamais parlé de cette période de ma vie. » Elle but une gorgée de thé.
Carter restait silencieuse, elle savait instinctivement que Barbara ne parlait pas que d'elle, elle parlait pour elle deux.
« Lorsque je t'ai vu monter dans le bus, j'ai tout de suite compris que tu fuguais. Une ado seule qui prend un bus de nuit avec pour seul bagage un sac à dos et que personne n'accompagne à la gare routière, ce sont plutôt des signes probants. » Elle reprit du thé, il semblait que cela lui donnait la force pour continuer.
« Bien sûr, j'aurais pu me tromper mais tes yeux eux ne trompaient pas. J'avais les mêmes yeux, il y a 60 ans. Je te l'ai fait comprendre, moi aussi, j'ai fugué. » Elle sourit, moi aussi, j'avais 17 ans. C'est pourquoi pour voyager, je prends les bus, pour ne pas oublier le chemin que j'ai parcouru. »
Elle marqua un nouveau temps d'arrêt. Elle prit une photo sur la table basse. Des larmes montaient dans ses yeux. Elle scruta Carter. «D'accord. A partir de ce moment, tu vas être la première à entendre l'histoire qui a forgé ma vie. Dans cette valise, il y a tous les objets de mon enfance. Il y a également des photos et des lettres dont une que je ne connais pas. C'est ma sœur, comme je te l'ai dit, qui les a récupérés. »
« Elle a voulu par ce geste un peu se racheter, je pense. »
Carter l'écoutait attentivement, elle vivait une expérience unique face à cette femme qui lui faisait une confiance absolue comme peut-être jamais personne ne l'avait fait.
« J'avais 16 ans, j'étais la troisième et dernière fille d'un couple de pasteur respecté d'une petite ville très américaine. Ma mère était d'origine anglaise. C'est elle qui m'a initiée au thé, c'est probablement la seule chose qu'elle m'est donnée. Elle était une femme sèche et rigide qui évitait de montrer ses sentiments. Avec le recul, je crois qu'elle souffrait de cela mais qu'elle ne savait pas se comporter autrement. Mon père était doux et bon. Il était d'un dévouement aux autres absolus. Sa foi était inébranlable. Il m'a appris à lire avant même que je sois à l'école. Nous étions très complices. Mes sœurs étaient sages et disciplinées, elles avaient bien appris de ma mère. Moi, j'étais une herbe folle, gentille, naïve et totalement écervelée. Je m'insurgeais contre toutes les injustices. Mais surtout, j'étais coquette, je voulais plaire et être aimée. J'étais jolie, je le savais et j'en profitais pour mettre tous les garçons à mes pieds sans jamais rien donner. Je n'aimais pas leurs grossièretés, leurs façons de parler, leurs gestes rudes et surtout leurs bêtises.»
Elle montra la photo à Carter. Elle y vit une famille modèle dont chaque membre prenait une pose sérieuse à l'exception d'une jeune fille qui souriait à pleine dent.
« Ma sœur ainée, nous a rapidement quittés pour faire ses études d'infirmière. Je suis restée avec Martha, la seconde. Nous étions comme chien et chat. Elle avait deux ans de plus que moi. Ma mère l'obligeait à me surveiller et bien sûr elle détestait ça. Elle a rencontré un garçon du coin, le style sportif, sûr de lui qui travaillait à la ferme de son père. Il était très beau. J'étais toujours fourré dans leurs pattes comme ma mère l'exigeait et j'ai commencé à devenir copine avec ce Jeff. Il m'emmenait faire du cheval avec lui alors que ma sœur détestait ça. Bien sûr j'étais flattée qu'un garçon de 20 ans s'occupe de moi. J'ai joué à le séduire sans vraiment me rendre compte des conséquences. Je ne voyais là qu'une occasion de faire enrager ma sœur. Et bien sûr, un soir, il est devenu un peu trop pressant et je l'ai viré. Il était très en colère de se faire rembarrer par une gamine.»
Barbara repris sa respiration, Carter sentait monter l'angoisse de son amie. Elle avait peur d'entendre la suite.
« Barbara, ce garçon t'as fait du mal ? »
« Oui, Carter beaucoup mais pas de la façon dont tu le penses. En fait à cette époque, j'ai rencontré une personne dont je suis tombée follement amoureuse. Elle était noire. Le racisme aujourd'hui, est toujours présent mais dans les années 50, il était terrible surtout dans le sud. Les lynchages était monnaie courante. Le Clan faisait régner sa loi surtout dans les petites villes. Une blanche avec un noir c'était intolérable. Sauf que moi, c'est une fille que j'aimais. »
Les larmes commencèrent à couler sur les joues de Barbara. Carter ne put s'en empêcher, elle vint prendre son amie dans ses bras. « Tu n'es pas obligée d'aller au bout, Barbara. »
« Si je le dois Carter sinon je n'aurais jamais le courage de l'ouvrir. » Elle fixa l'enveloppe. « A moins que tu ne le souhaites pas. Je comprends que pour toi, ce soit difficile d'entendre ce récit. »
Carter continuait à la serrer dans ses bras, « non, cela ne me dérange pas. Au contraire, je pense que ça m'aide. »
Barbara la remercia du regard et poursuivie.
« Je l'avais rencontré dans la rue, elle était assise sous un arbre. Elle lisait le même livre que moi. « Un tramway nommé désir » de Tennessee Williams caché sous une jaquette de livre pour enfant. C'était un livre interdit pour les jeunes filles. Il parlait de passion, d'érotisme et surtout nous nous imaginions dans les bras de Marlon Brando. Nous avons commencé à nous voir. Il nous a fallu beaucoup de temps pour nous avouer notre amour. Il faut dire qu'à cette époque l'homosexualité était le pire des pêchés. C'était grisant les rendez-vous secrets, la peur de se faire prendre. Mais le jour où nous nous sommes aimées physiquement pour la première fois, ce fut une explosion dans nos cœurs. Elle s'appelait Angela et je t'assure Carter, c'était un ange. Elle était douce, belle et très intelligente. Elle avait une voix chaude. Elle me chantait de vieilles rengaines de blues et de gospel. Pour moi, le paradis était sur Terre. »
« Elle avait un frère d'un an son ainé. Il était au courant de notre liaison. Même s'il la désapprouvait, Il nous aidait à nous retrouver. »
Barbara respira un grand coup comme si elle allait plonger en apnée.
"Un soir où il m'accompagnait, ma sœur m'a surpris avec lui. Elle a dit à Jeff que c'était certainement mon amoureux secret. Cet imbécile a cru que j'aimais un noir, s'il avait su. Il en a parlé à ses copains. Tous ces petits blancs que j'avais rejetés, se sont sentis bafoués dans leur honneur. Une nuit, ils se sont réunis, Ils ont bu. Puis une fois ivres, ils ont mis leur cagoule et ils sont allés chez Angela. Ils ont pendu son frère sous ses propres yeux. Ce pauvre Ismaël. »
Carter était horrifiée. Elle tenait les mains de Barbara et laissait glisser les larmes sur son visage.
« Les parents d'Angela ont mis leurs enfants dans une voiture et sont partis juste après les obsèques. Je ne l'ai jamais revue. J'étais révoltée, je m'en suis pris à ma sœur qui m'avait trahie, à mes parents racistes pour qui la mort d'un noir n'était rien. A ma mère qui disait ne rien vouloir savoir. A mon père qui dans son serment du dimanche n'osa pas en parler alors que Jeff était dans le temple. J'ai hurlé ma douleur, ils m'ont enfermé dans ma chambre pour éviter le scandale. Alors je leur ai dit que ce n'était pas Ismaël mais sa sœur que j'aimais, que lui était innocent et que je voulais mourir pendu comme lui. »
« Comme la communauté noire se mobilisait, il y eu un semblant d'enquête et pour éviter les problèmes Jeff s'engagea dans l'armée. Ce con est mort au Vietnam quelques années plus tard. Ma sœur pouvait dire adieu au mariage dont elle rêvait. Elle m'en a voulue pendant très longtemps puis elle a épousé un pauvre représentant de commerce qui lui a fait quatre enfants.»
Elle regarda Carter. « Un soir j'ai réussi à ouvrir la fenêtre et je me suis enfui. Je suis sûre que des gens m'ont reconnu à la gare routière mais ils étaient tous contents de me voir partir et je pense, mes parents aussi. Pour eux, pour ma sœur, la situation était intenable dans une si petite communauté. En partant, l'hypocrisie pourrait reprendre ses droits et eux vivre comme si rien ne s'était passé.»
Elle marqua une pause. « Tu sais je n'ai même pas une photo d'elle. J'ai toujours eu peur que son visage s'efface de ma mémoire. »
Elle posa les yeux sur l'enveloppe. « Dans cette enveloppe, il y a deux choses que ma sœur dit y avoir mises. Une lettre d'excuse de Jeff, il l'a écrite ou plutôt dicté de l'hôpital juste avant sa mort. Mais il y en une autre et celle-là, j'ai besoin de ton aide pour l'ouvrir. »
Elle marqua une pause, chercha du courage. « J'ai appris il y a deux jours, qu'Angela m'avait écrit. Quelques semaines après ma fuite, mes parents ont reçu un courrier. Comme ils ne savaient pas où me trouver, ils l'ont gardé dans l'espoir de me le donner un jour. Ils sont morts sans me revoir. Mon père l'avait rangé dans son bureau à côté de sa Bible. Lorsque ma sœur l'a trouvé, elle l'a gardé avec le courrier de Jeff en se disant qu'un jour peut-être sa sœur lui pardonnerait. »
Barbara s'était tue. Le silence après toutes ces paroles était encore plus terrifiant.
Carter se leva, prit l'enveloppe et l'ouvrit.
Elle la donna à Barbara. Elle saisit les deux lettres d'une main tremblante. De l'une d'elle, une photo glissa. Barbara détourna les yeux. Elle tomba à l'envers.
Carter se baissa mais d'un geste Barbara la stoppa. Péniblement, elle ramassa la photo et la tourna.
Carter vit une superbe jeune fille, au sourire éclatant, qui irradiait de bonheur en tenant dans ses bras une autre jeune fille dont le regard étincelait. La première était noire, la seconde était blanche.
Barbara avait la photo entre les doigts.
Elle la regarda puis la porta à ses lèvres. Elle se posa contre l'épaule de Carter, « merci ma puce.»
Barbara lut la lettre, écrite à l'encre d'un bleu très clair. Puis elle la tendit à Carter. Elle semblait rassurée. Carter vit d'abord des petits dessins qui entouraient le texte. Des oiseaux, des cœurs et des bouches qui s'embrassaient. Angela disait sa peine, son désarroi, son désespoir. Ses parents effondrés à l'annonce de la vérité. Sa mère la condamnant à l'enfer. Et l'interdiction d'en reparler, à jamais. Elle disait son amour pour Barbara. Lui demandant de ne pas s'en vouloir, qu'elle n'était pas responsable de la lâcheté de sa sœur et de son ignoble petit copain. Elle lui donnait une adresse où elle pouvait lui écrire sans danger. Elle attendait de ses nouvelles et elle espérait qu'un jour elles se retrouveraient mais que si cela n'était pas possible, qu'elle sache qu'elle l'aimerait toujours au-delà de tout.
Carter n'avait jamais lu une aussi belle lettre, aussi amoureuse, aussi réaliste et aussi triste.
Elle comprit pourquoi cette fille était unique pour son amie.
Barbara continua doucement, « Le bus s'arrêta à New York. A la descente, une dame s'approcha de moi et me glissa un papier dans la main. « C'est mon adresse, n'hésite pas à venir me voir si tu en as besoin.» « Au début ce fut difficile. Je vivais dans des hôtels de passe. Je faisais des petits boulots et puis un jour, je me suis décidée, j'ai frappé à sa porte et ma vie a changé. »
« C'est elle sur la photo, le jour où j'ai obtenu mon diplôme de psycho. Elle était une artiste peintre. Elle avait connu Picasso, Duchamp, je te montrerai leurs tableaux, fréquentée Montmartre à Paris, vécu la bohème. Elle était très amie avec Georgia O'keeffe et Nicki de Saint Phalle.»
« Elle m'a considéré comme sa fille et m'a fait découvrir mes capacités. »
« Quand je t'ai vu dans le bus, j'ai pensé qu'il était temps que je perpétue la règle. »
Elle sourit en voyant Carter froncer ses sourcils, « mais je te rassure, je ne veux pas être ta mère, juste une amie qui peut t'aider. Car je n'ai jamais eu la fibre maternelle. J'adore m'occuper des enfants mais de ceux des autres. » Carter se détendit, elle n'avait pas besoin d'une troisième mère.
Barbara avait compris, elle partit d'un éclat de rire. «Tu me fais beaucoup de bien Carter, attend ! », elle se leva et alla chercher une grande boite. Elle fit de la place sur la table basse et la posa. « C'est une autre tradition de la maison, les chocolats.»
Au troisième chocolat, celui-ci était fourré à la noisette, Carter se demandait si Barbara qui était passée si rapidement des larmes au rire, se trouvait bien.
«Ça va Barbara ? »
« Oui, Carter. Je me suis toujours demandé si Angela avait voulu m'oublier après ce drame. J'avais peur qu'elle m'en veuille. Aujourd'hui, je sais qu'elle m'aimait toujours. Et cela m'est d'un énorme réconfort. »
Elle fixa Carter, elle reprenait sa posture professionnelle, « tu sais ma puce, il ne faut pas garder les choses pour soi. Il faut pouvoir les exprimer. Je ne veux surtout rien t'imposer. Mais si tu veux parler aujourd'hui ou un autre jour, je suis là. Tu peux aussi le faire avec une autre personne. Garder pour soi ses propres angoisses n'est pas une bonne chose.»
Carter baissa les yeux, « Je te remercie. C'est difficile, compliqué. Je ne suis pas sûre d'y arriver.»
« Pourquoi, tu penses cela ? »
« Parce que j'ai peur ! »
« Tu as peur des sentiments que tu pourrais exprimer.»
« Oui. »
« Tu as peur de dire la vraie raison qui t'a poussée à partir. »
Les yeux de Carter ne savait plus où se poser. Elle cherchait une issue mais n'en trouvait pas.
« Pourquoi es-tu partie Carter ? »
« Je voulais protéger ma famille du mal qu'une personne leur faisait. »
Sa respiration s'accéléra.
« Tu voulais les protéger. C'est pour cela que tu es partie ? C'est la seule raison ? »
Barbara cherchait le point de rupture, il fallait expurger toute cette souffrance.
« Oui ! » Carter voyait des images défiler depuis ce soir où elle était montée sur ce manège débile.
« Non ! Je suis partie parce que j'étais en colère. »
Elle explosa, « Barbara, tous, tu entends, tous ils n'ont pensé qu'à eux. Il fallait que je sois, que j'agisse comme eux le voulaient pour leur propre bonheur. A 16 ans, ils m'ont utilisée comme un jouet. Personne jamais, ne m'a demandée ce que je souhaitais vraiment. Il a toujours fallu que je découvre les choses seule, toute seule. Il y a eu tellement de dissimulations, de mensonges. Et pour finir, il y a ce procès où je dois choisir entre deux mères, où je dois décider encore une fois toute seule où est le bien et le mal.»
Carter serrait ses poings, elle aurait voulu frapper sur la vie qui la bousillait.
Elle se mit à tout raconter à Barbara, son premier kidnapping, sa vie avec Lori. Cette soirée atroce, ses nouveaux parents, Taylor, Grant, son ami Maximilien blessé par Crash qu'elle aime et dont elle est si proche. Sa confiance qui se développe pour Elisabeth dont elle comprend l'amour maternel. Sa prise de conscience de la folie de Lori. Et puis, ce deuxième kidnapping, sa peur. Et ce moment ignoble où elle apprend que Lori est sa mère biologique et qu'Elisabeth ne lui a pas dit toute la vérité. Ce sentiment de culpabilité qui la ronge de plus en plus pour Lori, pour sa famille. Et ce procès, où elle est autant victime qu'accusée. Elle voit les gens qu'elle aime déchirés. Elle est incapable de trouver une solution. Alors la rage monte en elle contre les institutions, les avocats, les juges, contre Lori et le plus terrible contre ses parents, contre sa mère incapable, cette fois, de la protéger.
« Je suis épuisée Barbara, tellement fatiguée. Je me sentais prisonnière. Je voulais que tout s'arrête mais personne ne voulait m'écouter. J'ai pris conscience que j'avais toujours tout fait pour aider, comprendre les autres et que là, au moment où j'en avais le plus besoin, j'étais seule, personne, même pas Elisabeth ne pouvait faire quelque chose pour moi. Alors, j'ai fuit pour éviter de faire encore plus de mal car je craignais de ne pas pouvoir me contrôler, j'avais peur de ce que j'aurais pu faire avec ma colère.»
Elle s'allongea sur le sol, et dans un gros soupir, elle cria, « Barbara, j'en ai marre. »
Barbara laissa passer quelques minutes, le temps que Carter se calme, puis elle se leva, «C'est bien Carter, c'est très bien. Je te propose un breakfast puis ensuite je te sors. »
Barbara lui tendit la main pour l'aider à se mettre debout.
Carter chancela un peu, comme si elle avait tourné trop vite sur elle-même. Elle mit sa main devant ses yeux. « Et tu me mènes où ? »
« Je te le dirai après que tu aies pris une douche, cela te détendra et moi pendant ce temps je fais frire le bacon et cuire les pancakes. Tu en penses quoi ?»
« Que j'ai beaucoup de chance de t'avoir rencontrée. » Elle prit Barbara dans ses bras en lui donnant un baiser. Barbara était heureuse, elle avait gagné du temps, elle en était sûre. Mais elle savait que pour Carter le chemin serait encore long.
Dans la petite Fiat, Carter se demandait ce que Barbara avait en tête.
« Tu ne m'a toujours pas dit où nous allions. » Carter avait plissé ses yeux avec un air qu'elle voulait suspicieux mais son sourire trahissait son plaisir. En fait, elle était heureuse de mettre de côté ses idées noires. Parler lui avait fait du bien et la présence de Barbara la rassurait.
Elle était étonnée, Barbara conduisait avec dextérité et beaucoup d'assurance.
« Nous allons dans le saint des saints, le lieu où on peut trouver toutes les réponses pour peu que l'on se donne la peine de chercher. Une bibliothèque. » Elle avait prononcé ce dernier mot avec gourmandise.
Carter roula de grands yeux, « une bibliothèque, mais pour y faire quoi ? »
« Mais pour travailler ma puce.»
Carter était dubitative, « travailler, mais j'ai fini mes exams. Tu veux me donner des cours ? Tu veux qu'on travaille ensemble. » Carter se voyait déjà enseveli sous des dizaines de livres avec Barbara, une baguette à la main, qui la forçait à apprendre des pages entières de formules et autres citations.
« Non, pas moi, c'est toi qui va travailler. »
« Moi ? »
Elle rit de l'air effarée de Carter. «Tu m'as dit qu'il te fallait un job pour quitter la sorcière qui t'héberge. »
Carter réagit immédiatement, « je n'ai jamais dit ça. Tu es peut-être beaucoup de chose, je ne sais pas, mais pas une sorcière. » Elle rajouta doucement, « ou alors une bonne sorcière. »
« Va le dire à mes anciens étudiants. Certains m'avaient surnommée le dragon de Jung. Carter, j'ai appelé une des responsables de la bibliothèque de la fac. C'est une amie. Ils ont souvent besoin de personnel. Le boulot n'est pas facile car même si c'est informatisé, il faut toujours sortir des livres, les ranger, les étiqueter, les classer, sans parler des revues. Bref, pénible mais indispensable. Alors ça te tente ?»
Carter était ravie, « bien sûr, mais ils ne prennent pas des étudiants pour ce genre de travail. »
« Ils ont aussi besoin de permanent. Tu sais la bibliothèque est souvent ouverte 24/24 surtout en période d'examens. Par contre, pour éviter les questions j'ai dit que tu étais ma petite nièce. J'espère que cela ne te dérange pas. »
Carter lui sourit, « être ta petite nièce est un honneur, Barbara. «
La voiture s'arrêta sur un petit parking. Carter en sortant vit devant elle deux immenses bâtiments reliés par une passerelle en hauteur.
Barbara lui expliqua, « il y a plusieurs bibliothèques sur le campus, une par discipline mais celle-ci est la principale. »
Elles entrèrent dans un grand hall en marbre blanc. « Carter lève les yeux. Tu vois au plafond sont peintes les muses qui veillent sur le travail des étudiants.»
Carter compris que Barbara était dans son élément.
Des jeunes passaient près d'elles, décontractés et rieurs. Elle pensa que Taylor serait bien ici.
Elle suivit Barbara dans un méandre de couloirs. Alors qu'elles passaient devant une salle, un homme en sortit, les rattrapa et saisit Barbara par la taille. Il s'écriât, « Mais qui je vois ici. » et il l'enlaça chaleureusement.
« Douglas, arrête tu vas m'étouffer. » Carter ne vit devant elle qu'une barbe, rousse, intense, fourni. L'homme lui fit immédiatement penser au nain du seigneur aux anneaux. Il était petit, râblé et ses mains était énormes.
« Que fais-tu ? Préparerais-tu une intervention, et je n'en saurai rien. » Il était surexcité. « Regarde-moi, tu vas reprendre un cycle de conférence ? Allez dis-moi que c'est ça ? » Il regarda Carter, « et tu as amené une étudiante pour t'aider dans tes recherches.» Il ne la laissait pas parler. Carter vit que cela amusait beaucoup Barbara, elle vit même une pointe de fierté dans son expression.
Il se tourna franchement vers Carter, « jeune fille, tu as une chance extraordinaire, tu sais le nombre d'étudiant en psy qui rêverait d'être à ta place. » Ses yeux brillaient.
Carter se mit à rire. « Je ne suis pas étudiante. »
L'homme était incrédule, « non ! », il prit le bras de Barbara, « non, c'est vrai ? Ce n'est pas ta dame de compagnie ? Tu es trop jeune pour ça.»
« Douglas arrête de faire le pitre. Voici Carter, c'est ma petite nièce. Carter, je te présente l'éminent professeur Fairbanks. »
Douglas s'empara de la main de Carter et scruta ses yeux, « Tu es donc de sa famille. Le sang ne ment pas, je le vois, tu seras une excellente psy. Tu ne peux pas y échapper. Et je t'aurais dans ma classe. »
« Alors, pourquoi es-tu ici, Barbara ? »
« J'emmène Carter rencontrer Gladys. Elle va travailler dans son équipe. »
Douglas continuait à s'intéresser à Carter qui ne savait pas trop comment réagir.
« Et ensuite tu l'inscrit pour l'année prochaine. Une nouvelle Scot, c'est génial. »
Barbara se décida à calmer son enthousiasme, « peut-être pas tout de suite Douglas, Carter vient juste d'arriver. Laissons-lui le temps de réfléchir et de décider de son avenir. Elle a été un peu malade, elle a besoin de se reposer. C'est pour cela qu'elle est ici.»
Douglas semblât comprendre ce que lui disait Barbara. « Bien sûr, elle a tout le temps. », il s'adressa à Carter d'une voix plus posée. « Bienvenue à Emory. Si tu as besoin de quoi que ce soit, voici ma carte, mon bureau est indiqué. Et si par hasard, tu veux commencer des études de psychologie, il est grand ouvert.» Il lui sourit. « Je te taquine, excuse-moi »
Carter se dit que dans les universités donner sa carte devait être une tradition. Elle l'enfouit dans sa poche
Il embrassa Barbara, « je vais rejoindre mes deuxième années. Avec eux, je ne suis pas au bout. »
Barbara le retint, « viens manger à la maison, tu peux ce soir ? »
« Ok, j'ai rien de prévue, cela me fait plaisir. J'apporte le vin et le dessert comme au bon vieux temps. Kiss à ce soir. » Et il disparut.
Carter marchait à côté de Barbara, elle était encore sous le coup de cette rencontre, « il a l'air d'être un prof plutôt cool et visiblement il t'aime bien. »
Barbara hocha la tête, « oui, il fut mon élève mais ne te fit pas à sa bonhommie, il est très exigent. C'est un grand professeur et un thérapeute hors classe. Il a beaucoup étudié les stress post-traumatique. Il aide beaucoup de monde grâce à ses techniques de soins. »
Barbara s'arrêta devant un bureau, Carter lut sur la plaque, « Gladys Rose, directrice section sciences humaines » Elle frappa et entra. Une jeune fille était derrière un ordinateur, elle n'avait pas 20 ans.
« Bonjour, Barbara Scot, j'ai rendez-vous avec Gladys. »
La jeune fille leva les yeux, ils étaient d'un vert tendre et lumineux. Elle se leva tout de suite. Carter remarqua sa grâce et surtout son sourire radieux.
« Enchantée professeur Scot, Gladys m'a prévenue, elle est au dernier étage, je vais vous accompagner. Je suis Sally.»
Elle salua Barbara puis vint serrer la main de Carter. Elles se regardèrent et tout de suite elles comprirent ensemble qu'elles pourraient être amies. « Salut, moi c'est Carter.»
Barbara devançait les filles. Sally s'adressa à Carter, « Gladys m'a dit que tu allais travailler avec nous. »
Carter acquiesça, « enfin, si la directrice veut de moi. » Sally sourit, « avec la recommandation de madame Scot, tu n'as aucun souci à te faire. »
« Pourquoi, elle est si connue ici ?»
Sally fut surprise, « connue ? Mais Carter, Barbara Scot est une légende au sein de cette fac et en particulier en sciences humaines. Elle est une sommité qui est étudiée dans toutes les écoles de psy du monde. C'est ta grande tante et tu ne le savais pas ? »
Carter était gênée, « en fait, je n'ai eu que peu de contact avec elle. Des histoires de famille, tu vois. »
« Oui, je vois. Je suppose qu'il y en a dans toutes les familles. Tu es sur Atlanta depuis peu de temps alors ?»
« Oui, je suis arrivée hier. Mis à part, Barbara et un de ses amis, je ne connais personne ici. »
Sally lui donna un petit coup d'épaule. « Et bien, tu me connais moi, maintenant. »
Carter reçut cette remarque avec beaucoup de plaisir, « Yep, je te connais, toi »
Elles prirent un ascenseur qui les amena à un 7e étage. C'était une immense salle vitrée où de grandes tables étaient disposées mais surtout des canapés et des sofas où des étudiants pianotaient avec le portable sur les genoux. Il y régnait une atmosphère à la fois calme et électrique comme si toute l'énergie produite par la concentration de ces élèves pouvait être matérialisée.
Une grande femme d'un âge mur les aperçût du fond de la salle et s'approcha d'elles en pressant le pas. Elle donna une accolade chaleureuse à Barbara qui la lui rendit. Elle remercia Sally qui recula d'un pas.
Puis elle regarda Carter. Celle-ci à nouveau se sentit examinée. Cela commençait à l'agacer.
Pourtant un sourire marquait le visage de Gladys. « Donc voici cette petite nièce. Barbara m'a dit le plus grand bien de toi. Cela tombe bien, nous avons besoin d'une assistante. Aimes-tu les livres Carter ? Aimes-tu classer, ranger, accueillir ? Car vois-tu, il faut de la rigueur avec les livres et de la bienveillance avec les usagers mais surtout de la discrétion. Sauras-tu allier toutes ces qualités ? »
Carter se voulut la plus agréable possible mais cette femme l'irritait, sa voix était haut perchée et surtout elle ne la sentait pas franche. « Oui, madame je le crois. »
« Bien alors c'est parfait. Bienvenue à la bibliothèque ! » Elle s'adressât à Sally, « tu piloteras Carter. Amène là à l'administration puis donne-lui sa fiche de poste et ses horaires. Retrouvez nous ici.» Visiblement Gladys avait l'habitude de commander et d'être obéi.
Elle prit Barbara par le bras, « viens, je t'offre un thé. »
Barbara fit un petit signe à Carter et suivi son amie.
Sally entraina Carter vers la baie vitrée. « Avant tout, il faut que je te montre ton nouveau monde. »
« Carter, voici le campus d'Emory !»
Elle découvrit des bâtiments à perte de vue dont l'architecture allait du néo-classique agrémentée de colonnes doriques à un avant-gardisme le plus absolu, fait d'acier, de béton nu et de transparence. A ses pieds serpentaient des chemins qui se faufilaient entre des bosquets d'arbres et des carrées de verdure. C'était un entrelacs qui devait relier les immeubles mais qui confusément semblait se perdre à force de se croiser.
Carter était fascinée, c'était une vie qui s'étalait devant elle. Des dizaines de marcheurs les uns pressés, les autres nonchalants se côtoyaient, pendant que des contemplateurs allongés sur l'herbe parlaient entre eux, lisaient ou somnolaient.
C'était comme si son horizon venait de s'ouvrir.
« Alors comment tu trouves ? »
Carter ne put dire qu'une chose, « c'est immense.»
Sally se mit à rire, « oui, la première fois ça impressionne, il a plus de 30 000 personnes sur ce campus. Mais tu verras, tu finiras par te repérer après t'être perdue une dizaine de fois. »
Carter compris que Sally plaisantait. « Ne t'inquiète pas pour moi, j'ai l'habitude des labyrinthes de la vie. »
Sally la regardât, « alors on est peut-être sœurs sans le savoir. » Carter sourit mais elle se dit que si elle pouvait éviter une nouvelle fratrie cela aussi l'arrangerait.
Après le bureau de l'administration où Carter hésita un moment avant de donner son identité de peur que la secrétaire aille vérifier directement dans la base de données du FBI si elle n'était pas recherchée. Elles retournèrent dans le bureau de la Directrice.
Sally s'installa devant l'ordinateur et s'activa sur le clavier. « Ce sont tes horaires mais je les modifie. »
Carter ne comprenait pas, « Pourquoi ?», Sally rigolât, « pour que nous soyons ensemble, sinon on travaillera en décalé et on pourra jamais se voir. T'as l'air d'une fille cool et dans mon équipe elles ne sont pas toutes marrantes. Et puis je pourrais te montrer le job. Tu verras, le logiciel n'est pas compliqué. Les étudiants et les profs sont dans l'ensemble sympas sauf dans les périodes d'exam où ils sont tous paniqués.»
Elle récupéra une feuille à l'imprimante et la lui tendit.
Carter s'aperçut que ses WE avaient été protégés, elle en remercia Sally. « C'est sympa, j'ai un autre job dans un restau. Mais le patron ne peut me prendre qu'en fin de semaine. »
« Ouah, deux jobs ! T'as vraiment besoin de fric. »
« Oui, je veux trouver un appart, je n'ai pas envie d'être une charge pour Barbara. »
« Et tes études ? »
« Pour l'instant, c'est pas une priorité. Je n'ai jamais pensé que j'irai à l'université. De toute façon, je n'ai pas l'argent pour ça. »
« Tu peux pas compter sur tes parents, c'est ça ? »
Carter se pinça les lèvres, « C'est ça. Ce n'est pas qu'ils ne voudraient pas mais disons qu'ils sont loin. »
Sally compris le trouble de Carter, elle n'insista pas.
« Tu sais pour l'appart, si ça t'intéresse, j'ai une de mes colocs qui s'en va dans 1 mois. Elle va vivre avec son mec. C'est une grande baraque, qu'on loue à quatre. Elle un peu loin mais avec le bus, ça va. Si ça te dit, viens la visiter et rencontrer mes potes, je suis sûre qu'ils voteront pour toi. Y'a une autre fille sur le coup, mais franchement, elle m'inspire pas. »
« Ok, c'est cool merci. Pourquoi pas. C'est super sympa de me le proposer. » Carter marqua une pause, les choses allaient très vite quand même. « Et toi, tu es en psy, alors ?»
« Ouais, je viens de finir ma première année. Mes résultats sont plutôt bons mais je ne croyais pas que ce soit aussi dur. J'ai un prof incroyable, il est à la fois génial et d'une exigence absolue. Il nous dit, « vous êtes les médecins de l'âme. Mais sachez que si un chirurgien peut toujours rectifier une cicatrice qu'il a ratée, vous, vous ne pourrez pas. Les cicatrices de l'âme ne se réparent pas, on apprend juste à vivre avec. Alors, pas le droit à l'erreur. »
Carter trouvait cette formule très juste, il faut apprendre à vivre avec ses cicatrices. Elle sourit, « il ne s'appelle pas Douglas, pas hasard ? »
« Oui, c'est Doug, enfin, nous on l'appelle l'Ours Doug car il peut être une grosse peluche et se transformer en Grizzly féroce. Comment tu le connais ?»
« Je l'ai croisé avec ma tante en arrivant. Effectivement, il est impressionnant avec sa barbe. »
« Oui, mais c'est un prof réglo, toujours prêt à t'aider. » Elle plissa des yeux, « Dis-moi, tu fais quoi ce soir ? On sort avec la bande, boire un coup. Si tu veux, je passe te prendre. Comme ça tu rencontreras mes colocs. Alors, t'en dit quoi ? Je suis sûr qu'une sortie te ferrai du bien.»
« Ouais, volontiers mais après le repas car justement l'ours vient manger à la maison, ce soir. »
« T'inquiète, les profs ça bouffe tôt. Attend, je récupère ton adresse sur ta fiche. » Elle la nota sur son portable. « Vers 9 Pm, ok »
« Ok »
« Au fait, t'as un numéro de phone ? »
« Non, c'est vrai que je devrais en acheter un. »
Sally sourit, « t'es bien la première fille que je rencontre qui n'a pas de téléphone. T'es spéciale quand même. Allez viens, on remonte sinon Gladys va râler.»
« Elle n'a pas l'air commode. »
« Non, il faut s'en méfier. C'est une peau de vache.»
Sur le parking, au moment de récupérer la voiture, Barbara tendit les clefs de la voiture à Carter.
« Tu sais conduire, n'est-ce-pas ? », Carter fit oui avec un regard de plaisir, « Alors vas-y, montre-moi comment conduit une fille de Virginie.»
Sur le chemin, Carter s'arrêta à une boutique. Elle acheta un abonnement avec un téléphone inclus et une carte prépayée.
Dans sa chambre, assise sur le lit, une jambe repliée sous ses fesses, elle tourne dans ses doigts ce téléphone.
Elle insère la carte, allume l'appareil, fais attention que la géolocalisation soit désactivée. Elle compose un numéro. Elle tape le texte, « Je vais bien. Ne vous inquiétez pas. Je suis en sécurité. N'essayez pas de me retrouver. Je reviendrai. J'ai besoin de temps. Je vous aime. Carter. »
Elle appuie sur envoie. Elle éteint le téléphone, enlève la puce, les rangent dans le tiroir de la commode. Elle se recroqueville sur le lit. Elle pleure.
