Chapitre 4 : Une rose et un éléphant
Douglas avait beaucoup d'esprit. Carter le remercia au fond d'elle d'être ainsi, surtout ce soir.
« Appelle moi Doug ou l'ours comme mes étudiants, cela ne me dérange pas. »
Entre Barbara et Douglas, elle se sentait dans un autre monde. sans sous-entendus, sans mensonges.
Il avait apporté un vin blanc qui commença à la griser.
La conversation se porta sur les problèmes raciaux. La multiplication des bavures policières à l'égard des noirs étaient insupportables.
« Sais-tu Carter qu'en un mois la police américaine tue autant de monde que la police britannique en a tué en un siècle. » Barbara était une révoltée.
Carter découvrit alors un aspect de la personnalité de Barbara qu'elle ne connaissait pas, la militante.
Elle demandait à Douglas des renseignements sur les manifestations qui se déroulaient depuis quelques jours dans le pays. « Nous devons mobiliser Douglas. Il est intolérable que des noirs soient encore tués dans ce pays simplement parce qu'ils n'ont pas la bonne couleur. »
Elle parlait d'un prêtre qu'elle irait voir et d'associations dans des quartiers populaires que visiblement, elle connaissait bien. « Mais il faut éviter les affrontements. Depuis le pasteur King, nous le savons, les racistes n'attendent que ça. »
Carter osa lui demander, « tu as connu Martin Luther King, comment était-il ? »
Barbara réfléchit un instant. «Beaucoup de gens ont parlé de lui, il y a même des films. C'est vrai qu'il était courageux, intelligent, bon, mais moi ce que j'ai retenu, ce sont ses doutes. Jamais ne l'ai vu sûr que les décisions qu'il prenait fussent les plus appropriées. C'est cela la clef Carter, le doute pour avancer. » Elle lui prit la main. Elle tenait ses doigts puis leva les yeux vers elle, « cultive le doute Carter, un être humain qui ne doute pas ne peut pas se remettre en cause et donc il ne peut pas avancer. La seule chose dont le pasteur King était certain c'est que notre combat est juste. Je l'aimais beaucoup, il m'a libérée d'une part de ma colère ou plutôt il l'a canalisée.»
Elle s'interrompit un instant. « Tu sais ma puce, beaucoup d'homme et de femme sont morts pour cette cause. Certains que j'ai connus, toujours appréciés, parfois aimés. Pourtant malgré la peur, il suffisait que le pasteur King nous parle pour nous apaiser et nous donner du courage. Et Dieu sait qu'il avait peur lui aussi. Mais notre vie était dédiée à ce combat. Nous savions que nous pouvions mourir. Et lui, il est mort. Il a donné sa vie. Et comme tu le vois, rien n'est terminé. Malgré tout, sa parole d'amour et de non-violence doit rester en nous.»
Barbara faisait un effort immense pour ne pas montrer son chagrin. Carter et Douglas restaient silencieux. Elle décida de changer de conversation.
« Bien, je crois qu'il y a un gâteau au chocolat à manger, non. »
Elle allait se lever mais Carter la retint, « J'y vais. » Douglas se leva également, « Je viens t'aider.»
Carter se retrouva donc seule avec Douglas dans la cuisine. Elle trouvait la situation assez cocasse, regarder un professeur couper un gâteau.
Tout en essayant de faire des parts égales, il lui dit, « tu lui fais beaucoup de bien, Carter. Ces derniers temps, elle était morose, sans énergie, et là je la vois rire et avoir envie de se battre. C'est grâce à toi.»
Carter le dévisageât, « Oui, j'ai compris que nous nous aidions l'une et l'autre. Elle m'est d'un très grand secours.»
Douglas sourit, « Je n'en doute pas. Barbara passe sa vie à récupérer les chiens perdus sans collier. Elle a sauvé un nombre incalculable d'enfants. »
« J'en ai déjà rencontré, un, Frederico. Il m'a expliqué ce qu'elle a fait pour lui. »
« Tu connais Rico. C'est un type bien. Il revient de loin lui aussi.»
Il poursuivit. « J'étais son étudiant, un parmi tant d'autres et elle m'a soutenu comme si sa vie en dépendait. Je n'avais pas un rond, mes parents étaient de simples ouvriers, je galérais. J'étais sur le point de tout abandonner et elle s'est battue pour m'obtenir une bourse. Elle a cru en moi avant même que j'ai la moindre idée de mon potentiel. »
Il posa le couteau. Ses yeux s'éclairaient au fur et à mesure qu'il parlait de Barbara. « Elle croit en l'humain. Elle dit qu'il y a toujours une part de bonté même chez le pire salaud, il suffit de trouver le levier qui permet d'actionner ce sentiment. Car avant d'être un homme, il était un enfant. Elle est incroyable.»
Il la fixa, « Carter, je ne te connais pas. Mais tu es intelligente. Il y a une chose qui ne ment pas, c'est le regard. Tu n'as pas celui d'une gamine écervelée de 17 ans. Tu as un vécu. Ecoute, je ne suis pas dupe, je me doute bien que tu n'es pas sa petite nièce et cela ne me regarde pas de toute façon. Mais tu as une forte personnalité. Je suis sûr que tu réussiras quoique tu entreprennes. » Il lui sourit. « Je vois que tu aimes Barbara autant que moi. Alors prends soin de toi, en le faisant tu prendras soin d'elle parce que l'autre lui importe plus qu'elle-même.»
Carter était gênée. Elle le remercia du regard. « Je le ferai Douglas, je te le promets. Tu permets ? » Elle embrassa son immense barbe rousse.
Douglas, à son tour était ému. Il rougit. « Excuse-moi. Je n'ai pas l'habitude qu'une aussi jolie fille me marque autant d'intérêt sauf si c'est pour un examen.» Il se reprit, « Bon, j'arrête de dire des conneries et occupons-nous de ce gâteau qui ne se coupera pas tout seul. »
Carter plissa ses lèvres et se mit à rire. Elle piqua un bout de gâteau, imitée par Douglas qui riait aussi.
La sonnette de la porte retentit. Carter se précipitât pour ouvrir mais Barbara l'avait devancée.
Sally était toute intimidée. « Bonsoir, madame Scot. Je viens chercher Carter. »
« Bonsoir Sally. » Barbara se tourna vers Carter, « je vois que tu as déjà des amis, cela ne m'étonne pas. »
Carter était embêtée. « Excuse-moi, j'ai complétement oublié de t'en parler. »
« Ma puce, tu n'as pas à me dire ce que tu fais. Tu es libre. Je suis très heureuse que tu sortes. »
Elle regarda Sally, « mais ne reste pas dehors, entre. » Elle la prit par le bras. « Vous aurez bien 5 minutes pour manger un bout de gâteau. Douglas est un vrai cordon bleu en pâtisserie. »
Sally se retrouva assise entre Barbara qui servait le gâteau et Doug qui ouvrait une deuxième bouteille de vin blanc. Elle n'osait plus bouger. Elle lançait des regards désespérés à Carter.
Carter lui fit un signe pour lui faire comprendre qu'elle n'y pouvait pas grand-chose.
Barbara s'en aperçut. Elle fit un clin d'œil à Douglas.
« Dis-moi, Sally tu es en psy, c'est ça ? »
« Oui, madame, je viens de finir ma première année. » Elle était mortifiée.
Carter vit que Douglas se retenait de rire.
« Fin de première année, je vois. Et que penses-tu sérieusement de la théorie que développe Freud dans son célèbre livre, l'interprétation du rêve ? Parce que finalement, l'interprétation libre est sujette à caution avec les nouvelles expériences menées en psychologie expérimentale, tu ne crois pas ? »
Sally était décomposée, Carter la vit glisser doucement de sa chaise.
Douglas hurla de rire et Barbara prit Sally contre elle.
« Excuse-moi ce n'est pas très gentil ce que je viens de faire mais c'est pour que tu comprennes que dans cette maison, il n'y a ni professeurs, ni élèves. Il n'y a que des amis. Et tu en fais partie. »
Douglas s'essuyait les yeux. « Ne t'inquiète pas Sally, nous y sommes tous passés, moi le premier. Par contre un fois en cours la nature reprend ses droits. » Et il lui serra l'épaule.
Ainsi après le premier verre, Sally détendue, participa à la conversation autour des bienfaits du chocolat sur l'intellect. Autant dire que tout le monde était d'accord.
Dans la voiture, Sally continuait à s'extasier sur ce moment irréel. « Si on m'avait dit, un jour, que je mangerai du gâteau chez Barbara Scot et me ferai servir du vin blanc par Douglas Fairbanks.»
Carter riait. « Si tu avais vu ta tête, j'ai cru que tu allais t'évanouir. »
Sally lui tapa la jambe, « tu n'as rien fait pour m'aider aussi, salope. »
« Mais que voulait tu que je fasse ? Je ne savais pas qu'elle te faisait marcher.»
« En tout cas, ils sont très sympas. Tu as de la chance d'avoir une tante comme elle. C'est toujours bien quand tu sais pouvoir compter sur quelqu'un de ta famille. »
Le sourire de Carter disparut un instant puis elle regarda Sally. « Pourquoi, tu dis cela ? Tu penses à ta famille ?»
« Disons que ma famille est un peu éparpillée, tu vois. » Elle le dit sur un ton désinvolte mais Carter n'était pas dupe.
« Tes parents sont loin et ils te manquent ?»
Sally eut un sourire amer. « Mes parents sont séparés depuis très longtemps. En fait ils l'étaient avant ma naissance. Je suis une erreur de jeunesse. Pour faire joli, on dit un enfant de l'amour. Ma mère vit le rêve américain en Californie avec mon beau-père et deux charmants demi-frères et mon père vit à Boston d'où il paye mes écoles et le loyer. Bref, tout roule.»
Elle reprit son air bravache et dit, « mais ici, j'ai mes amis et tu en fais partie maintenant.»
Elle s'engagea sur un parking. « Voici notre QG, chez Mo !»
Carter découvrit un bar, avec un immense comptoir central, une scène au fond de la salle, des billards à l'autre bout et, entre les deux, de grandes tables en bois avec des bancs. A bien y regarder, il y avait aussi des endroits plus discrets dans des niches réparties le long des murs.
Une musique de fond essayait de couvrir le tumulte des clients. Carter reconnue « Look of Love » of « The Jezabels »
Sally ce dirigea vers une de ces niches où un petit groupe, joyeux et bruyant, s'invectivait.
« Putain, tu fais chier, rends-moi mon portable ! » Une jeune fille noire assez ronde menaçait son voisin, un garçon aux cheveux blonds et long retenus en catogan, au visage fin et rieur.
« Je vous assure, je l'ai entendu, elle chantait du Céline Dion. Je suis sûr qu'elle a ses chansons en play list. »
Un superbe mec, brun, l'air cool et ténébreux au tee-shirt noir, semblait désespéré, « attends, si on sait ça on est grillé sur le campus. Qui va vouloir écouter un groupe rock où la chanteuse se pâme devant «My Heart Will Go On. »
Une jeune fille athlétique surenchérit, « en plus, Céline Dion a dit-elle même qu'elle n'aimait pas cette chanson. »
Les autres se gondolaient en voyant la jeune fille noire proche de l'implosion.
Sally amusée, dit à Carter, « voici la bande de bras cassés qui sont censés être mes amis. »
« Hé vos gueules ! Je vous amène une fille super alors tenez-vous bien. »
Toute la bande se figea et leva les yeux vers Carter. La jeune fille noire en profita pour récupérer son portable en mettant un coup à son copain.
Sally poursuivit, « je vous présente Carter. Elle vient juste d'arriver et va travailler à la bibliothèque. »
« Carter voici, Alma. » Celle-ci planquait son portable au fond de son sac. « La susceptible de la bande, chanteuse aux gouts musicaux chelous mais avec un cœur énorme. En troisième année de médecine. » Alma sourit à Carter en lui disant, « bienvenue à bord.»
« Le blondinet chiant à côté d'elle, c'est Richard dit Nike, parce qu'il court très vite. Au synthé du groupe et en deuxième année de littérature.»
Le Nike en question rigolât, «courir, un jour, ça peut me sauver la vie. Ravi Carter. »
« Au fait, tous les deux sont mes coloc. » ajouta Sally.
« Le beau mâle, c'est Indy, auteur, compositeur, guitariste, chanteur, producteur du plus grand groupe rock de « Chez Mo », « For your pleasure.» Je lui laisse le soin de t'expliquer sa passion pour Roxy Music. Il est en école d'art. »
« Quand tu veux Carter. Dis-moi tu sais chanter ou danser ? » Dit-il avec un œil brillant et moqueur.
Carter s'exclama, « Chanter surtout pas ! Danser, pas de problème. Je pense que je t'apprendrais quelques trucs. » Elle le défia du regard.
Il en resta muet. Les autres s'amusèrent de voir le bel Indy renvoyé dans son en but.
Sally continua, sourire en coin, « la jolie petite brune à côté de lui, c'est Vannina, qui a la particularité d'être Française. A la batterie et en troisième année à la Goizueta Business School. C'est une tronche avec deux ans d'avance.»
« Bonjour Carter. Et je vous l'ai déjà dit, je suis Corse avant d'être française. »
Enfin, la bodybuildée, s'appelle, Shirley, bassiste, également à la Business School comme Vannina et surtout notre capitaine des cheerleaders des Eagles d'Emory. Yeah ! »
Shirley rigola, « dont font partie nos estimées amies Sally, choriste, et Vannina. »
Sally baissa les yeux par jeux, « j'avoue c'est mon point faible. Mais que voulez-vous tous ces sportifs musclés me rendent dingues.»
Nike s'était précipité pour prendre deux chaises. Il proposa à Carter de prendre sa place sur la banquette.
Alma, un grand sourire aux lèvres, souligna, « qu'elle galanterie Heureusement que Carter est une fille sinon, on se serait fait des idées.»
Vannina rajoutât, « pour nous, il n'en fait pas autant. »
Nike rougit un peu, « vous êtes vaches, je le fais pour vous aussi, vous le savez.»
Alma et Vannina se levèrent ensemble pour l'embrasser chacune sur une joue, « Mais oui, on le sait et c'est pour cela qu'on t'aime. Parce que tu es gentil. »
Indy en profitât pour commander deux bières de plus pour les filles.
Alma prit la main de Carter. « Bien maintenant chérie, on veut tout connaître de toi. D'où tu viens, ce que tu fais, si t'as un petit copain ou une petite copine, bref tout. Vas-y !»
« J'ai oublié de te dire que la curiosité d'Alma est légendaire sur le campus. » dit Jessy.
Shirley la reprit, « mais nous aussi on veut savoir, alors ? »
Carter les regarda, ils étaient tous plus vieux qu'elle pourtant elle ne sentait pas décalée au contraire. Par contre, ils semblaient tous très intelligents.
Carter pris sa respiration, il fallait en dire le moins possible tout en restant honnête.
« J'arrive d'une petite ville de Virginie où vivent mes parents. J'ai été un peu malade, disons que j'avais besoin de changer d'air, du coup ma grand tante m'a proposé de venir vivre à Atlanta. Il fallait que je travaille, c'est plus facile dans une grande ville. »
« Du coup, tu vas bosser à la bibliothèque, c'est cool. » dit Alma
« Sûr », repris Vannina, « Avec Sally, ça nous fait deux entrées pour récupérer les bouquins et pas se faire baiser par les doctorants. Tu verras, ils profitent de leurs positions pour prendre les revues même si elles ont été réservées.»
Le groupe éclata de rire. « Putain, Vanni, tu ne penses qu'au boulot, décroche un peu. Tu sais Carter peut aussi te servir d'amie, » remarqua Shirley.
Vannina regarda Carter, « excuse-moi, c'est vrai, je ne suis pas cool sur le coup. »
« Ce n'est pas grave, t'inquiète je mettrai les revues de côté pour toi. » Elle lui fit un clin d'œil.
Indy scrutait Carter, celle-ci n'était pas dupe, c'était le coq de la bande, du coup, il voulait tester la nouvelle poulette.
« Et tes études, tu en es où ? Tu étais dans qu'elle fac avant ?» Il voulait créer du lien.
Carter qui prenait une gorgée de bière faillit s'étouffer. « Fac ?! Je viens juste de terminer le collège. »
«Comment, mais tu as quel âge ? »
« 17 ans, pourquoi ?»
Indy ne put retenir son étonnement, « Merde, j'aurais jamais cru. Putain, tu fais pas gamine. »
Carter s'amusa de sa réaction, « je dois le prendre comme un compliment.» Elle était flattée malgré tout.
Shirley bien sûr le lui demanda, « Et tu comptes t'inscrire pour l'année prochaine ? »
« Je ne sais pas. Ce n'est pas dans mes projets. D'abord mes résultats scolaires sont médiocres et puis j'ai pas un rond »
Nike l'arrêta, « Ecoute, les dossiers sont une chose mais ce qui compte souvent c'est l'entretien de motivation. Après pour le fric, tu crois qu'on est tous fils d'Emir. Mis à part Sally dont les parents sont blindés de tune, » il la pinça gentiment, « nous avons tous fait des emprunts étudiants et la plupart ont des bourses. »
« Ouais, sauf moi parce que je suis étrangère, » précisa Vannina.
Carter était désorientée. « C'est le sport local ici, convaincre le maximum de personne de reprendre ses études. Tout le monde me pousse à cela. Ma tante, son ami prof, vous maintenant. A moins que ce soit une obsession.» Carter s'agaçait
Sally lui répondit doucement, « tu t'entendais à quoi, tu es sur le campus d'une des plus grande facs des USA voire du monde. Tout ton environnement est lié aux savoirs. » Elle rit, « et tu as des gênes dans ton sang qui te prédispose à cela. Sincèrement à ta place, je tenterai le coup, tu risques quoi ? Si tu te plantes au moins tu auras essayé.»
Alma repris la balle au bond. « Sally, pourquoi tu dis qu'elle est prédisposée à faire des études? Carter, tu disais que ta tante à un ami prof d'Emory ?»
Sally s'aperçut qu'elle avait fait une gaffe, elle regarda Carter, cette dernière secoua la tête, « de toute façon, vous l'apprendrez tôt ou tard, autant être honnête avec vous tout de suite. » Elle pinça ses lèvres.
« Ma tante est Barbara Scot et son ami prof c'est Douglas Fairbanks. »
Indy siffla, Nike fit un ouah respectueux et les autres restèrent bouche bée sauf Vannina qui demanda, « c'est qui ces deux-là. » Ce à quoi Shirley lui répondit, « tu sais, il n'y a pas que les cours de la bourse dans la vie. Lis la brochure de la fac, tu comprendras. Il y une salle de cours au nom de Barbara Scot.»
Alma prit la parole la première, « je comprends ce que dit Sally maintenant. Avec ces deux références, ils te prennent demain à Emory. Je même sure que tu pourrais avoir une bourse de la fac elle-même. Et ce serait psycho, c'est évident ? »
Carter haussa les épaules, « oui, j'en avais déjà envie avant même de venir ici. Mais bon, c'est pas si simple.»
Nike avança sa chaise et la regarda dans les yeux, « je vais t'expliquer une chose Carter, dans le système actuel faire des études supérieures est très compliqué. Les classes populaires n'y ont pas accès et les classes moyennes comme nous ne peuvent le faire qu'aux prix d'énormes sacrifices. Alors quand on a une opportunité, on n'a pas le droit de la laisser passer. Ok ! »
Sally lança un regard désapprobateur à Nike, « J'avais oublié de te dire que notre ami est socialiste. »
« Ben, moi aussi », rétorqua Vannina.
« Oui, mais toi ça compte pas, tu es française et tous les français sont socialistes limite communistes. » lui répondit Shirley.
Vannina se renfrognât, « n'importe quoi !».
Tous cela énervait Carter. On ne lui parlait que d'études alors qu'elle était au fond d'un trou dont elle ne voyait aucune issue. « Ecoutez, c'est très gentil de vous préoccupez de mon avenir. Mais ma vie est un peu compliquée en ce moment. J'ai d'autres problèmes à régler. » Elle fut certainement plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu.
Mais Nike était du genre têtu, il ne lâcherait pas, « Je ne connais pas la nature de tes problèmes, ils sont certainement très importants. Mais nous tous, nous en avons aussi sans exception. Regarde, moi par exemple, je suis gay. Mon père ne veut plus me voir, mon frère à honte, ma mère prie le seigneur et ma grand-mère m'appelle en cachette. Tu sais pourquoi, je fais de l'athlé, parce qu'un jour des connards m'ont coursé, je ne raconte pas la suite. Sally, ses parents ne sont jamais occupés d'elle. Elle a passé sa vie en pension. Alma, sa mère était mannequin. Elle l'a mise au régime depuis l'âge de trois ans et quand des amies du boulot venaient la voir, elle la planquait dans la chambre. Indy, son père s'est fait sauter le caisson après sa faillite. Shirley, elle a déjà fait un séjour en clinique pour ses addictions. Quant à Vannina, ses parents vivent plus dans les aéroports que chez eux. »
Il marqua une pause, « Tu sais pourquoi, on est tous si potes alors qu'on n'est pas dans les mêmes disciplines, c'est parce qu'on se soutient. On s'est trouvés chacun avec des fractures mais on avance quand même et quand une nuit, on sent l'angoisse monter, il y en a toujours un pour venir passer la nuit dans ton lit. Grâce à cela, on peut s'accrocher.»
Alma était désespéré, « Putain, Nike tu fais chier, ça sert à quoi tout ce déballage. »
«Alma à raison, » surenchérit Sally, « laisse Carter tranquille, elle doit faire son chemin. Tu es qui pour décider de sa vie. Et puis, on la connait ta théorie sur « il faut être les plus compétents possible pour baiser la société. » Elle posa sa main sur celle de Carter. «Ne l'écoute pas. Il est toujours comme ça après sa troisième bière. »
Vannina rajouta, « et à la quatrième, il dort. »
Tout le monde éclata de rire. Nike joua le blasé que rien ne touche.
Malgré tout, Carter ne savait plus que penser. Mais Nike avait certainement raison, pour avancer, il fallait se battre, et penser à demain pour mieux maîtriser hier.
Elle lui sourit pour lui faire comprendre qu'elle ne lui en voulait pas. « Merci, Nike, tu te comportes en vrai ami, alors que tu ne me connais pas. Merci à tous, c'est cool de m'accepter. Enfin, je suis acceptée, non ? »
Indy fit la moue. « Je ne sais pas. Il y a d'autres épreuves à passer. »
Carter le toisa, « ok, première leçon. Est-ce que tu sais faire tenir un verre sous la paume de ta main? »
Croyez-moi, pour se faire des potes, ce truc marche à tous les coups, surtout quand ils voient le feu qui brule l'alcool dans le verre et que votre main se pose dessus. Et Carter le maîtrisait parfaitement et depuis longtemps.
La soirée se termina dans la coloc de Sally. Tous regroupés, assis par terre, dans le salon, Ils furent rejoints par Terry, le copain australien de Vannina, qui apporta de quoi égayer la soirée. Indy roula un joint qu'il tendit à Carter en lui disant, « j'ai envie d'être ton ami. »
Carter plissa ses yeux et sa bouche, elle fixa Indy d'un regard malicieux, « ami ? Je ne crois pas que tu puisses être ami avec une fille. »
Il plongea dans ses yeux, « avec toi, je pourrai être beaucoup de chose, tu n'as qu'à demander. »
Carter se mit à rire, « en attendant, on peut fumer.»
Elle s'allongeât sur le tapis, elle se sentait détendue. Elle avait juste envie de laisser les choses aller.
Crash approchât son visage, elle pouvait sentir son souffle, ses mains qui la caressaient, le gout de sa peau. Son cœur enflait, elle était heureuse, il l'avait retrouvée. « Je vais rester avec toi. Je t'aime. »
Mais un flou l'entoure, peu à peu son image s'estompe. Elle veut le retenir, il lui tourne le dos, elle ne le voit plus. « Crash ne part pas. » Il disparaît dans le noir. Une lueur l'aveugle.
Carter se réveillât en sursaut. Sally et Alma sont autour d'elle.
« Carter calme toi, c'est un cauchemar. » Sally la serre dans ses bras.
Nike lui apporte un verre d'eau.
Carter le prend, elle est sonnée. « Désolé, je me suis endormie. »
Indy lui sourit, « tu m'as foutu les jetons, tu t'es mise à crier. Ma foi, je ne sais pas qui est ce Crash mais en tout cas tu le cherches. Il t'a fait quelque chose de mal ou quoi ?»
Carter se soulève et s'assoit. « Non, au contraire. »
Shirley lui prend une main, « ce Crash, ce ne serait pas ton petit copain par hasard ? »
Carter fait oui de la tête. Elle a mal. Les larmes ne sont pas loin.
« Et, il est resté en Virginie, c'est ça ? »
Elle renifle, « Non, il est militaire. » Elle hésite, « je ne sais pas où il est.»
Nike la regarde, « dans ces cas-là, tu sais ce qu'on fait ? »
Carter a le regard un peu perdu, elle fait non de la tête.
Alma s'adresse à Shirley, « elle ne sait pas », Shirley dit à Vannina, « c'est pas possible », Vannina prend Indy par le cou, « il faut lui apprendre », Indy lui répond, « tu as raison. »
Carter les voit se rassembler en cercle autour d'elle, ils se rapprochent, l'entourent, la prennent dans leurs bras et crient ensemble, « Câlins Général.»
Elle est submergée par un torrent d'amitié.
Les jours suivant Carter prit le rythme de sa nouvelle vie peu à peu. Ses nuits étaient parfois agitées mais à chaque fois, elle trouvait Tigrette près d'elle et cela avait un effet apaisant qu'elle ne pouvait expliquer.
Elle avait trouvé un livre de Freud, sur une étagère qui s'intitulait, « introduction à la psychanalyse », elle se dit que pour commencer, une introduction était une bonne idée. Par contre, elle ne dit rien à Barbara.
Le travail à la bibliothèque était plaisant. Sally lui avait expliqué les subtilités du logiciel. Rapidement, elle se retrouva à l'accueil d'une des salles de travail. Visiblement, peu des assistantes aimaient le contact avec les usagers, ça tombait bien, elle adorait ça. Au bout de trois jours, l'accueil devint un lieu de rencontre. Tout le monde voulait voir le sourire de la nouvelle assistante et lui demander de trouver un livre.
En fait, Carter faisait de son mieux pour aider les étudiants dans leurs recherches et ce, quel que soit leurs niveaux, première année ou post doctorants, oui maintenant elle savait ce que cachait ce terme barbare.
Alors qu'elle rangeait des journaux sur un présentoir, elle l'aperçut. Il portait à nouveau un costume assez strict et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de penser que cela ne collait pas forcement à sa personnalité. Il était penché sur sa table de travail, de nombreux documents étalés partout autour de lui. Devant son ordi, il était tellement concentré que le monde extérieur n'existait plus.
Carter l'observait, il était beau. Il avait une force en lui, une assurance. Son visage bien dessiné exprimait la détermination pourtant comme le premier soir, elle trouvait son regard doux. Il semblait incapable de la moindre violence. Elle regarda ses mains, elles étaient fines, ses doigts allongés dansaient sur le clavier. Sans hésiter elle s'approcha de lui.
« Bonjour Thomas », au son de cette voix, les doigts se suspendirent. Thomas ne tourna pas tout de suite la tête. Il voulait à nouveau entendre prononcer son prénom. Il le lui demanda. « Tu peux répéter, s'il te plait ? »
Carter se mit à rire, mais elle appréciait, et d'une voix encore plus douce, « bonjour Thomas. »
Il la regarda. Elle était là près de lui, elle le dominait et il comprit que cela risquait de durer un long moment de sa vie.
« Bonjour Carter. Tu ne m'as pas appelé.»
« Je suis là, maintenant.»
« Et c'est encore mieux. »
Carter trouvait sa voix suave et puissante. « Tu travailles beaucoup, n'est-ce pas ? Et quel est le sujet ? Enfin, si c'est accessible à une jeune bibliothécaire. »
« Bien sûr, viens », il approcha une chaise de lui. Carter s'assit, elle sentit l'énergie que Thomas dégageait. Il fit défiler sur l'écran des fiches et s'arrêta sur une, « regarde, ce schéma, il résume ma démonstration. L'idée est de réorganiser les moyens de production et de commercialisation des matières premières exploités dans certains pays africains. Cela pour permettre aux pays concernés de pouvoir exploiter eux-mêmes leurs minerais et surtout de les vendre. Cela passe par la création ou la restructuration des places boursières africaines. »
Carter était fascinée, non pas par la théorie mais par la passion que Thomas mettait dans son explication.
« Thomas, tu es africain ? Tu es né dans quel pays ? »
Elle vit un voile devant les yeux de Thomas, « je suis né en Ouganda. C'est un immense pays au centre de l'Afrique, dans la régions des grands lacs.»
Carter était fascinée. « Ouah et comment tu te retrouves à Atlanta ? »
« Mon père est fonctionnaire international à l'ONU. Enfin, c'est mon père adoptif. Il est en poste à New-York. »
« Je suis désolé, tes parents ne sont plus là. » Carter avait envie de le prendre dans ses bras.
Thomas essaya de parler d'une façon détachée. « Ce sont des choses qui arrivent. Heureusement en Afrique la solidarité est un sentiment très développé.»
Une voix aiguë et crispante venant de derrière eux, les surprit. « Mademoiselle, je ne crois pas qu'il soit inscrit dans votre fiche de poste que vous devez vous retrouver assise à côté des étudiants, dans une salle de travail, à conter fleurette. »
Carter sursauta, elle se retourna et vit madame Rose qui la toisait avec une pointe de satisfaction malsaine dans le regard. Elle bafouilla, « madame, excusez-moi, je, … non, c'était… »
Thomas se leva et s'interposa entre Carter et la directrice. « C'est moi madame Rose qui ait demandé à cette jeune fille de s'asseoir près de moi, je voulais lui montrer le titre d'un ouvrage dont j'avais besoin. »
« Mais permettez-moi de me présenter je suis Thomas Sankara, l'assistant du Professeur Cromwell, responsable du département d'économie appliquée. Je rédige une note pour une présentation du professeur Cromwell et c'est assez urgent, c'est pourquoi je me suis permis d'accoster votre collaboratrice. »
Gladys Rose se décomposa, « Professeur Sankara, j'ai entendu parler de vous et si c'est pour le professeur Cromwell, vous avez bien fait. Bien sûr, il vaut mieux respecter les règles, mais enfin dans certaines circonstances, il faut savoir s'en affranchir, n'est-ce pas. » Elle émit un petit rire forcé. « Bien, je ne vous ennuie pas plus longtemps. Carter, aidez de votre mieux le professeur Sankara. »
Carter résista à son envie d'éclater de rire, « Bien madame, je ferais tout mon possible. »
Thomas sourit de toutes ses dents à madame Rose, et la remercia de sa compréhension.
Dès qu'elle fut sortie de la salle, ils commencèrent à rire.
Thomas regarda Carter. « Tu as entendu ta directrice, tu dois m'aider de ton mieux. »
Carter prit un air soumis et dit « Que dois-je faire pour vous satisfaire monsieur le professeur ? »
« Accepter de sortir avec moi, ce soir. » Il s'aperçut de son audace et rajouta très vite, « enfin, si cela ne te déplait pas. »
Carter le fixa en plissant ses yeux et tordit légèrement sa bouche. « Non, cela ne me déplait pas. »
Le visage de Thomas s'éclairât d'un grand sourire, « super, tu finis à quelle heure ? »
« 17h mais passe me prendre plutôt chez moi vers 19h. » Elle prit sur la table son stylo-plume et nota son adresse sur une pochette.
« Ok, je serai à l'heure. » Il lui prit la main et la lui baisa, « Merci Carter. »
Elle était heureuse sans pouvoir l'expliquer. « Je te laisse travailler, à toute. »
Elle se retint de l'embrasser sur la joue.
Elle ne savait pas où elle allait avec Thomas. Elle ne voulait pas se poser cette question qui pouvait faire mal. La seule chose qu'elle voyait c'est que les deux fois où Thomas avait été près d'elle, elle s'était sentie bien. Et puis elle pouvait avouer quand même qu'elle le trouvait intelligent et extraordinairement sensible.
C'est pourquoi Carter ne fut pas surprise d'être impatiente de voir s'afficher un 5 sur la pendule de la salle.
Elle n'était jamais partie aussi vite de la bibliothèque. Sally eut à peine le temps de lui dire au-revoir et Barbara vit passer une sorte d'ouragan qui se précipita directement vers la salle de bains.
Face à la glace, c'était une évidence, « il faut que je me lisse les cheveux. Avec ces boucles folles, je ne ressemble à rien.»
Elle remercia par la pensée Sally et Alma qui l'avaient forcée à faire du shopping. La petite robe rouge serait parfaite.
Elle ferma son esprit. Elle ne voulait penser qu'au plaisir de vivre une soirée normale, comme toutes les filles du monde qui sont invitées à sortir par un garçon.
Il l'attendait un peu en retrait de l'entrée de la maison. Il tenait une rose dans sa main. Le post doctorant sûr de lui avait laissé la place à un jeune homme intimidé.
Carter s'avança doucement pour ne pas trop montrer son enthousiasme, mais si elle avait répondu à son désir, elle se serait précipitée vers Thomas.
Il lui tendit la fleur, un peu timidement, « Je sais que cela se fait pour un premier rendez-vous, enfin, c'est ce que je crois. »
Carter le regarda avec un air suspicieux, « cela m'étonnerait que je sois le premier rendez-vous de votre vie, monsieur le professeur. »
Thomas baissa la tête puis il la releva pour regarder Carter dans les yeux. « Je suis une personne un peu distante avec les autres. Je ne me lie pas facilement. Pour être franc, je n'agis pas avec toi comme je le fais avec tout le monde. »
Carter prit la fleur dans ses mains. « Merci, Thomas. Tu es très gentil. » Et cette fois-ci, elle lui embrassa la joue.
Il l'emmena dans un restaurant français. Les serveurs faisaient un ballet aérien et gracieux entre les tables pour servir les clients.
Les plats étaient très bons et les profiteroles aux chocolats délicieuses. Thomas parlât surtout de l'Afrique et de sa beauté, de sa culture, de son désir d'aider les hommes de cet immense continent à mieux vivre en étant libre de leurs choix. « La misère, les guerres et les dictatures ne sont pas une fatalité, Carter. »
Elle aurait pu l'écouter des heures. Elle apprenait des choses sur tous les sujets qu'ils abordaient. Elle se sentait un peu nulle. « Je n'ai pas beaucoup de culture, Thomas. »
« Pourquoi tu dis ça ? C'est ridicule, j'ai devant une jeune femme intelligente et perspicace. »
« Mes résultats au collège étaient plutôt médiocre. »
Thomas rigola, « crois-moi, le collège ne fait pas tout. Je connais des parcours scolaires très atypique. Tu étais dans quel coin avant de venir à Atlanta ? »
« En Virginie, une petite ville américaine classique. En fait, je n'ai jamais voyagé. Je me rends compte que je ne connais rien du monde mis à part ce que montre CNN. »
Elle regarda Thomas. « Tu n'es guère plus vieux que moi et j'ai l'impression que tu connais déjà beaucoup de choses de la vie. »
Il se referma sur lui-même pendant un très court instant. Il se reprit mais pas suffisamment vite pour qu'elle ne s'en aperçoive pas.
« Carter, tu as 17 ans, tu as le temps d'apprendre et découvrir la vie. Parfois, il vaut mieux ne pas savoir trop vite. Il faut préserver l'enfance le plus longtemps possible, tu ne crois pas ? »
Cette fois-ci, c'est sur le visage de Carter qu'une ombre passa.
« Tu as raison Thomas. Malheureusement les adultes ne nous laisse pas toujours le choix.»
La voix de Thomas se fit encore plus douce, « et toi, tu ne l'as pas eu, c'est ça ? »
Carter ne répondit pas.
Elle sentit la main de Thomas se poser sur la sienne très doucement. « Parfois cela peut aider de mettre des mots sur ses difficultés. Mais ce n'est pas simple.»
Carter le fixa intensément, « tu as l'air de savoir de quoi tu parles. »
Thomas soupira, « moi non plus, je n'ai pas eu le choix. »
Comme pour tout chasser, son visage redevint joyeux. « De la musique et de la danse, qu'est-ce que tu en penses ? »
Les yeux de Carter devinrent pétillants, « je pense que c'est génial ! »
Thomas l'emmena dans une boite aux rythmes latinos et antillais. Elle se laissa emporter par le son et la chaleur des corps qui bougent sans retenus, se frôlent et se serrent.
Thomas était fasciné par les cheveux de Carter qui ondulaient, volaient et dans un mouvement rapide lui recouvraient le visage puis le libérer en découvrant un sourire qui l'ensorcelait.
Il n'avait jamais été aussi heureux depuis très longtemps. Il pensa à son frère, il saisit délicatement Carter par les épaules, lui sourit, celle-ci étonnée lui rendit son sourire, et sans dire un mot, il la lui présenta.
Thomas conduisait prudemment dans la nuit. En fait, il n'avait pas envie que cette soirée s'achève.
Carter à côté de lui avait fermé ses yeux.
« Tu t'endors. »
« Non, je profite de ce moment. » Elle se tourna vers lui et lui offrit son regard. « Merci beaucoup Thomas, j'avais besoin d'une soirée comme celle-ci. »
« Moi aussi Carter. J'ai passé une excellente soirée, grâce à toi. Tu es magique. En Afrique, on dirait que tu es un gri-gri, un porte bonheur. »
Carter plissa les lèvres, « en Afrique peut-être mais pas d'où je viens. » Elle rigola. Cela la surprit, pour la première fois, elle riait de son histoire.
Thomas arrêta la voiture devant la maison. Il ne bougeait plus et n'osait rien dire. Il fixait le volant. Il se tourna vers Carter, il avait envie de l'embrasser et en même temps, il ne voulait rien brusquer. Il ne savait toujours pas s'il était capable d'aimer. Mais s'il ne faisait rien, comment allait-elle l'interpréter ? Il avança sa main vers son visage. Il lui caressa la joue.
Carter voyait le désir dans les yeux de Thomas.
Elle devait lui parler, cette fois-ci c'est elle qui posa sa main sur celle de Thomas. «Je t'aime beaucoup Thomas, je te trouve vraiment fabuleux. » Il détourna le regard comme s'il avait compris.
« Regarde-moi, s'il te plait. »
Thomas avec appréhension tourna les yeux vers Carter et il vit qu'elle souriait toujours.
« Ma vie est une sorte de puzzle en ce moment. J'ai besoin de temps pour reconstruire les choses. Je ne sais pas où je vais. Cette soirée a été merveilleuse. Mais pour l'instant c'est difficile d'aller plus loin. Je pourrais peut-être le faire mais j'aurais l'impression de te mentir et de me mentir. Je ne le veux pas. Tu es important pour moi et je veux être sûre de mes sentiments si je viens vers toi.»
Thomas l'enveloppa d'un regard plein d'amour, « Carter, je le savais, tu es magique. Mais après ce que tu viens de me dire, je crois surtout que tu es unique. Je ne te demande rien, si ce n'est que j'aimerai être ton ami. Moi aussi, j'ai besoin de temps. Je suis un peu sauvage et je n'ai jamais ressenti un tel sentiment pour une femme. En fait, je pensais ne pas en être capable. Mais faisons-nous confiance, on peut se donner du temps.»
Carter remua sa tête de haut en bas très vite, à nouveau Thomas vit ses cheveux voler et son nez se retrousser.
Elle s'approcha de son visage et déposa un léger baiser sur ses lèvres.
«Et promis, je t'appelle dès demain.»
Thomas montra son téléphone, « je m'en fous j'ai ton numéro maintenant. On verra qui appelle le premier. »
En passant la porte, elle lui fit un petit signe. Elle ne s'aperçut pas que Barbara était à la fenêtre de sa chambre à l'étage. Elle était heureuse pour Carter.
Elle ouvrit la penderie et prit son sac à dos.
Pour la première fois depuis son départ elle sortit son IPod et le mit à ses oreilles. Elle y trouva aussi un animal en peluche. Lui aussi avait passé trop de temps enfermé. Elle se passa Natalie Taylor, « Love Life », et elle fredonna la chanson en serrant un éléphant contre son cœur.
Oh oo oh whoa oh oh ho
Oh oh whoa oh oh ho
When you love life, love life
It's beautiful, beautiful
When you love life, your life
It's beautiful, you're beautiful
Feel alive every time
Just be free
There's a strength deep inside
That lets you be
Just how beautiful you are
When you love life, love life
It's beautiful, beautiful
When you love life, your life
It's beautiful, you're beautiful
Take a minute
Catch your breath
One day at a time
Live your life with no regret
And just be free
Be how beautiful you are
Don't let your fear stop you now
Pull it together
And let yourself be
Just how beautiful you are
When you love life, love life
It's beautiful, beautiful
When you love life, your life
It's beautiful, you're beautiful
Yeah-eah
Hoo oh hoo yeah
Ah ah ah
Yeah hey hey
Yeah hey hey
Yeah hey hey
Life life life life
When you love life, love life
It's beautiful, beautiful
When you love life, your life
It's beautiful, you're beautiful
When you love life, love life
It's beautiful, beautiful
When you love life, your life
It's beautiful, you're beautiful
Elle pensa à Crash sans culpabilité. Il fallait qu'elle vive si elle voulait laisser une chance à leur amour. Si elle l'aimait comme elle le pensait encore hier alors elle sera assez forte pour comprendre ce qui l'attirait chez Thomas et elle pourra revenir vers lui.
Elle prit son portable et tapa un texte court. « C'est moi, la première. »
Au moment où elle appuyait sur la touche envoi, elle reçue un texto, un smiley avec un numéro 1.
Elle s'endormit en souriant.
La rose était posée sur la table de nuit. L'éléphant la regardait, il n'était plus triste.
