Chapitre 6: TomorrowWorld

Le jour commençait à inonder la chambre. Carter se réveillât. Un bras de Thomas l'entourait. Elle se serra contre lui. Elle aimait l'odeur de son corps fait d'un musc sensuel et boisé avec une pointe de noisette. Intuitivement, elle savait qu'il ne pourrait rien lui arriver tant qu'il serait près d'elle. Elle pensa à la nuit. L'histoire de Thomas était atroce mais elle avait forgé sa personnalité. Elle aimait Thomas à travers ce qu'il était aujourd'hui. Nos vies nous façonnent et les malheurs nous permettent d'avancer. Pourrait-elle aimer et être aimée d'un garçon comme Thomas, si elle n'avait pas subi les épreuves qu'elle a traversées ?

Hier après-midi encore, elle se demandait quel choix elle devait faire. Finalement elle l'avait fait spontanément. Elle savait au fond d'elle que cela n'avait rien à voir avec un coup de tête. Son inconscient l'avait tout naturellement mené à la décision qu'elle souhaitait le plus. Elle avait du mal à se l'avouer mais depuis un mois, elle aimait la vie qu'elle menait. Elle était libre, sans crises, sans pression. Elle avait des amis auprès de qui à chaque conversation, elle s'enrichissait. Barbara l'avait amenée avec Thomas au musée d'art moderne. Elle avait adoré écouter ses explications sur les différentes œuvres. Elles lui apparaissaient tellement plus proches. Nike les avait entrainés au théâtre voir une pièce de Brecht. Shirley et Vannina adoraient le cinéma des années soixante, Marylin et Audrey Hepburn. Et surtout, elle avait commencé à lire Anna Karénine.

Elle songea à ses parents, à Taylor, à Grant, sans mélancolie. Elle était sûre que dans peu de temps, elle pourrait les revoir. Mais elle comprenait que sa vie n'était plus dans cette maison là-bas en Virginie mais ici, à construire son avenir.

Par contre, elle refusait de penser à Crash. Peut-être était-ce de la lâcheté mais elle voulait profiter de ce moment de répit dans sa vie. Elle savait qu'elle devrait assumer son comportement mais pas tout de suite. Non, elle ne culpabiliserait pas.

Thomas ouvrit les yeux au bon moment. Il avait eu peur un instant que Carter soit partie mais elle était là et elle lui souriait. Il ne savait pas ce que serait demain mais il se promit de tout faire pour garder cette fille magique.

Carter donna un léger baiser à Thomas, « comment te sens-tu ? » Il lui suffisait de le voir pour tout oublier.

« Heureux, Carter, car tu es prêt de moi. Je … » Il hésita.

Carter l'encouragea. « Oui ? »

« Je voudrais te remercier pour hier soir. Jamais personne n'avait réussi à me faire parler même mon père. Je te suis très reconnaissant de cela Carter. »

« Je n'ai rien fait Thomas. Je t'ai juste écouté. Et puis je t'aime, cela aide. »

« Je ne suis pas d'accord. Tu as su trouver les mots, les gestes. Tu m'as montré que je n'étais pas seul et qu'en me refermant, je faisais souffrir les gens qui m'aimaient. »

Carter se souleva et appuya sa tête sur sa main, « tu pourrais demander conseil à Douglas. Il travaille sur les syndromes post traumatique. Toi-même tu m'as dit que la parole pouvait apaiser. Peut-être cela te permettra de faire … » Elle ne finit pas sa phrase. Elle eut peur de le brusquer.

Thomas le comprit, il avança sa main et d'un geste affectueux remis derrière l'oreille de Carter, une mèche de cheveux qui lui barrait le visage.

« De faire mon deuil, c'est ça. » Il respira. « Tu as certainement raison, je vais essayer. »

Il sourit. « D'autre côté j'ai déjà une thérapeute. » Il se rapprocha de Carter. « Normalement le patient tombe amoureux de sa thérapeute pendant le traitement mais moi, je l'étais avant. Je pense que c'était une prémonition.»

Il avança ses lèvres. Carter posa son index dessus. « Mais si je suis ta thérapeute, déontologiquement je ne peux plus coucher avec toi. »

Thomas prit un air affolé. « J'arrête tout de suite mon analyse, de toute façon, je suis guéri. Enfin presque, j'ai juste besoin d'un dernier traitement. » Il attira Carter contre lui.

Elle ouvrit de grands yeux, « Pour le bien-être de mes patients, je suis prête à beaucoup de choses. »


Quand, ils descendirent au salon, la matinée était déjà bien entamée.

Ils trouvèrent Shirley totalement éclatée sur le canapé et Sally amorphe sur un pouf. Alma semblait être toujours dans sa chambre.

Carter leur jeta un œil compatissant. « Bien, je vois que la soirée a été rude. Qui veut un café ou un thé ? » Thomas opta pour un thé et il lui sembla entendre provenant du canapé, « café » mais rien n'était moins sûr.

Par contre, ce qui était sûr, c'est qu'en rentrant dans la cuisine, elle trouva Shane qui mangeait un bol de céréales.

Il lui décrocha son plus beau sourire. Il était agaçant même avec des céréales dans la bouche, rien ne dépassait, tout était blanc et parfait.

« Bonjour Carter ! Tu as bien dormi ? Cela me fait plaisir de te voir. »

Après l'effet de surprise passé, Carter lui demanda ce qu'il faisait là. Son ton devait être un peu rugueux car Shane posa sa cuillère et s'essuya la bouche.

«Excuse-moi, j'avais faim et j'ai vu le lait et les céréales. » Il sentait une pointe d'agressivité chez Carter, il fallait la désamorcer. « En fait, Sally m'a appelé hier soir et nous sommes sortis avec Shirley. Puis Vannina et son copain nous ont rejoints. J'ai des amis qui travaillent dans une boite, on est y allé. Elle est très sympa, si tu veux je t'y mènerai.»

Carter le fixait, elle n'arrivait toujours pas à décider s'il était un ami potentiel ou un danger. Son instinct la poussait vers la deuxième option pourtant elle voulait lui laisser une chance.

« On pourrait y aller tous les deux, un soir. » Son regard la transperçait.

Elle sentit le bras de Thomas autour de sa taille. « Ça, c'est moins sûr. »

Carter se tourna vers Thomas, elle rit et dit à Shane, « désolé, tu as ta réponse.»

Thomas toisait Shane, son regard si doux avec Carter devint dur et froid. Shane battit prudemment en retraite.

« Excuse-moi, je ne savais pas. Désolé vieux, sans rancune. Shane.» Il se levât et lui tendit la main. Thomas la saisit tout en continuant à le dévisager. « Thomas.»

Shane prit son bol, « je vais le finir au salon, » et sortit de la cuisine.

Carter se colla contre la poitrine de Thomas. « Je ne te connaissais pas sous cet angle. Jaloux. » Elle plissa ses lèvres, « j'aime bien, » et l'embrassa.

« Excuse-moi. Mais je le sens pas ce type. Il me fait penser aux blancs qui venaient au camp. Ils avaient toujours le sourire aux lèvres. »

Carter fit une petite moue. « Je ne crois pas qu'il soit un dangereux trafiquant. Il est surtout très imbu de lui-même. »

Assis l'un contre l'autre sur un pouf, devant leurs tasses de thé, Carter et Thomas se tenaient la main, simplement, juste pour garder encore un peu ce lien qui les avait unis toute la nuit.

Shirley et Sally tentaient de boire un café tout en évitant de fermer leurs yeux. Alma était descendue, elle tapotait nerveusement son ordi.

Shane fumait tranquillement une cigarette.

La porte d'entrée s'ouvrit dans un grand bruit qui les fit sursauter.

Indy et Nike étaient réellement énervés. « Putain, ça fait chier ! » dit Indy.

Vannina les suivait boudeuse.

Ils s'avachirent devant le canapé.

« Qu'est-ce qui vous arrive ?» Demanda Carter, à moitié amusée en voyant leur mine totalement déconfite.

« On a pas de billets pour « TomorrowWorld» lui répondit Nike dégoutté.

Indy rajouta, « ce connard nous avait dit qu'il n'y aurait aucun problème, tu parles. Il nous a baisés. »

Sally poussa une plainte, « ho, non. Putain c'est pas cool. »

Carter regarda Thomas, « c'est quoi TomorrowWorld? »

« Un festival électro avec les plus grands DJ. Il y en a en Europe et en Amérique dont un à Atlanta. Le truc est génial mais ce n'est pas donné, près de 400 dollars avec le camping. »

« Ouais, mais trois jours de folie, Carter. Ce n'est pas que la musique qui est géniale c'est tout l'environnement. L'ambiance de fou. Le monde de demain. » Vannina allongée, rêvait éveillée.

« Un pote devait nous avoir des prix mais ce con s'est planté. » Indy avait la haine.

« David Guetta, Martin Garrix, Armin van Buuren, Paul Van Dick, les plus grands. » soupira Shirley

Sally poussa Carter, « ben, tu ne connais pas ça ? »

Carter avoua son ignorance. « Je suis plutôt branché pop rock qu'électro. »

Indy se mit devant elle, « non, mais là c'est tout le concept, la musique, l'atmosphère, être ensemble, vivre en communion, tu comprends. C'est comme Woodstock, Wight, le rassemblement de la jeunesse, des dizaines de milliers de jeunes.»

Shane écrasa sa cigarette et lâcha négligemment, « peut-être que je peux faire quelque chose. »

5 visages se tournèrent instantanément vers lui.

« Qu'est-ce que tu dis ? » Nike avait les yeux exorbités.

« J'ai un pote qui bosse dans le milieu. Je vais voir s'il n'a pas un tuyau. »

Nike se prosterna devant Shane. « Si tu arrives à nous avoir des billets, considère moi comme ton esclave. »

Sally se rapprocha de lui, et le pris par le cou « tu crois vraiment que tu peux ? Ce serait génial, honey. »

Carter ne se demanda plus où avait dormi Shane la nuit précédente.

Ce dernier se leva, « laissez-moi une heure ou deux le temps de le joindre. Je reviens. A +»

Indy pris une clope, « les heures les plus longues de ma vie. »

Vannina alluma son ordi, « pour vous mettre dans l'ambiance. C'est la vidéo du festival brésilien de cet été. 1h30 avec le plus grand français, monsieur David Guetta ! Je mets tes enceintes en wifi Alma. »

Un son répétitif envahit la pièce. Les basses bousculaient l'espace, faisait vibrer les murs, les vitres tintaient. Les morceaux s'enchainaient, tous debout, ils sautaient, ils frappaient dans leurs mains.

Indy hurla à Carter, « imagine la même chose avec 200 000 personnes qui crient et donnent le rythme. C'est ça TomorrowWorld.»

Carter s'accrocha à Thomas, « ça te plait ? »

« J'adore ça.»

Alors que le concert se terminait sur Titanium, Shane poussa la porte. Tout le monde s'arrêta de respirer.

Il sortit de la poche intérieure de sa veste, une enveloppe.

Nike se précipita, Indy était stupéfait, Sally et Shirley poussèrent un cri. « C'est pas vrai ?! »

« Une pour chacun de nous et vous savez quoi, c'est cadeau. »

Sally se jeta sur lui et l'embrassa, « Comment tu as fait ? »

Shane, visiblement, était satisfait de lui. « Mon pote connais très bien les organisateurs sur Atlanta. Il me devait un service et voilà. »

A partir de ce moment, Shane devint le héros de la bande enfin de presque toute la bande. Carter était réticente à se livrer totalement. Elle était confortée en cela par Thomas qui ne l'appréciait pas plus que cela.

Elle voyait Sally heureuse mais le comportement de Shane était équivoque. Il vivait le plus souvent à à la coloc mais Il s'absentait souvent la nuit. Il disait que c'était pour son travail. A plusieurs reprises, elle sentit sur elle, son regard insistant. Elle ne dit rien à Thomas pour ne pas provoquer d'histoires et puis il n'y avait rien de probant dans tout cela.

De plus, Shirley venait souvent le voir. L'herbe circulait facilement mais elle le soupçonnait de lui donner bien plus que cela.

Un soir, elle en parla à Alma. « Arrête Carter, ce mec est cool. Ok, il nous fournit un peu en herbe mais on ne va pas en faire un monde. Quant à Shirley depuis sa cure, elle sait se contrôler. »


La nuit, qui venait, n'atténuait pas la chaleur moite qui régnait sur la ville. Carter était sur son lit, elle ne portait sur elle qu'une culotte en coton et un petit body très léger. Elle était absorbée par la lecture d'Anna Karenine. Une femme qui cherche sa liberté et finalement décide de se moquer des conventions par amour. Elle ressentait ses peurs, ses angoisses et cette passion qui la consumait en lui faisant oublier tout le reste même son mari et son enfant. Elle comprenait cette femme. La morale, les idées reçues sur la fidélité, l'obligation d'être l'épouse, la mère parfaite qui devaient s'imposer. Carter aurait pu rajouter, l'obligation d'être la fille, la sœur, la petite amie parfaite.

Mais personne n'est parfait, et elle commençait à accepter qu'elle, non plus ne l'était pas, qu'elle n'avait pas à l'être. Elle voulait par contre être honnête et avant tout, envers elle-même.

Elle entendit frapper à sa porte. Elle savait que ce n'était pas Thomas qui ce soir-là avait du travail. Elle crut que Sally voulait encore lui parler de son grand amour et sans réfléchir, toujours dans ses pensées, elle ouvrit la porte.

Shane était devant elle, son regard alla de ses seins à ses cuisses.

De sa voix toujours doucereuse, il lui demanda pardon de la déranger mais ne fit aucun mouvement pour détourner ses yeux ou se retourner. Au contraire, il reluqua Carter qui passait très vite un tee-shirt et chercher désespérément un jean. Il s'amusait de son trouble. Il se dit en lui-même que les petites culottes en coton pouvaient être très sexy quand elles étaient portées par une fille comme Carter.

Carter boutonnait son jean et s'en voulu de ne pas avoir eu le réflexe de lui claquer la porte au nez, maintenant c'était trop tard.

Elle prit son air bravache mais elle sentait que son visage était rouge pivoine.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« Je voulais te parler. Ecoute, tous les deux, je crois qu'on est parti sur un mauvais pied. Nous avons besoin de nous expliquer. Je ne suis pas celui que tu crois, Carter.»

« Ok, parlons » Elle lui désigna la chaise de son bureau et elle s'assit sur son lit dans sa position préférée, une jambe sous ses fesses. Elle avait repris le contrôle d'elle-même. «Je t'écoute.»

Il la regardait dans les yeux sans ciller, « J'ai conscience d'avoir débarqué dans ta vie et d'avoir chamboulé certaines choses. Je me suis immiscé dans ta relation avec Barbara, je sors avec ton amie. Et tu as l'impression de ne voir que moi. J'ai bien compris que je t'agaçais.»

Carter continuait à l'écouter sans aucune réaction. Et là, elle vit le regard de Shane se perdre pour la première fois, elle sentit une vulnérabilité. Son sourire avait disparu.

« J'ai l'habitude de susciter ce genre de réaction. Je ne laisse personne indifférent. Ma belle gueule attire mais elle repousse tout autant et personne n'essaie de voir ce qu'il y a derrière. Mais ce n'est pas ma faute si j'ai les yeux bleus, le nez droit et les cheveux blonds. »

Il triturait ses mains. « Je veux donner une image cool mais je ne suis pas aussi sûr de moi que mon sourire le laisse penser. Je viens d'un milieu très modeste. Mon école de commerce n'est même pas répertoriée dans les guides pour étudiants. Je fais ce que je peux pour m'en sortir. »

Il se tut un instant et à nouveau fixa intensément Carter.

Elle continuait à se tenir droite mais sa détermination commençait à s'effriter.

Il poursuivit. « Et puis il y a autre chose et je sais que tu t'en es aperçu. Tu me plais Carter. Au moment même où tu as ouvert la porte chez Barbara, j'ai reçu un coup de poing dans le ventre.»

Carter ne s'attendait pas à ce que Shane soit si direct. Elle eut un mouvement de recul qu'il perçut tout de suite.

Il voulut la rassurer très vite, « je sais Carter, tu aimes Thomas et moi-même, j'ai pour Sally beaucoup d'affection et je sais qu'elle est attachée à moi. Il n'y a pas d'ambiguïté mais parfois c'est plus fort que moi et mon regard se laisse aller. » Il baissa les yeux, « Carter, je sais qu'entre nous c'est impossible. Mais j'aimerai être ton ami. J'en ai besoin. »

Carter avait face à elle, un homme qui se mettait à nu comme l'avait fait Thomas. Bien sûr les situations étaient différentes et l'histoire de Shane n'était heureusement pas aussi tragique mais elle savait qu'il lui avait fallu beaucoup de courage pour avouer ses sentiments. Et puis, son air contrit le rendait plus proche, très humain. Elle découvrait son âme et elle lui semblait très belle mais il y a avait encore quelques détails à régler.

« Shane, je te remercie de ta franchise. C'est vrai, je me méfie de toi. Il y a une chose dont je veux te parler, c'est de tes relations avec la bande. Tu les sors, tu arrives à avoir des billets impossibles à trouver ailleurs. Et surtout, il y a la drogue. Quel jeux joues-tu avec Shirley, Nike, Indy, tu les fournis, non ? »

Le sourire de Shane revint. « Oui, mais non, pas comme tu l'entends. D'abord les billets c'est un vrai coup de bol et pour l'herbe, je la leur revend au prix où je l'ai achetée. C'est juste pour rendre service. »

Carter à son tour le regarda dans les yeux sans ciller. « Et tu es sûr que ce n'est que de l'herbe ? »

Ses yeux s'arrondirent. «Bien sûr, qu'est-ce que tu vas chercher ? Non, non, y a rien d'autre. C'est que de l'herbe. Tu sais c'est aussi une façon de me faire accepter par le groupe.»

« Ok, c'est bon. Cool. » Carter avait envie de le croire.

Shane se leva et lui tendit la main. Carter la prit. Shane était ravi. « Tu es super, Carter. Merci.»

« Tu permets.» Il la prit contre lui. Carter sentit ses bras l'entourer. Elle se laissa faire. Même son after-shave était envoutant.

Au moment de sortir, Shane se retourna. « Pour ton secret, avec Barbara, tu peux être rassurée, je ne dirai jamais rien. »

Carter joua la surprise, « quel secret ? »

Shane sourit. « Je sais bien que tu n'es pas sa petite nièce comme Sally me l'a dit, mais cela ne me regarde pas. Y a pas de lézard. Je serai une tombe. » Et il sortit.

Carter se pinça les lèvres, devait-elle être rassurée ? De toute façon, il ne savait rien de sa situation. Et puis, elle était coincée. Carter décida de lui faire confiance et … d'aller prendre une douche. Son parfum était capiteux pas question que Thomas s'en aperçoive.


Le salon était jonché d'affaires, de sac à dos ouverts, de tentes, d'ustensiles divers et variés.

Carter avait fait un effort et s'était retenue d'emporter l'ensemble des meubles de la maison mais visiblement Alma n'était pas dans les mêmes dispositions. Elle avait déjà préparé 3 sacs et deux énormes caisses. Elle avait le nez dedans.

Nike commença à se moquer. « Ma chérie, je ne savais pas que nous ne revenions pas à Atlanta.»

Il se tourna vers Carter. « J'avais mal lu, le festival dure 3 ans en fait. »

Alma se releva. « Rigole, tu sais le temps qu'il va faire ? Fais le malin, après tu viendras me voir. Alma, tu me prêtes, ton couteau, Alma, t'as pas un pull ? Alma, t'as du shampoing ? »

Nike s'approcha, la prit dans ses bras, « Alma, tu me fais un bisou ? » Elle tenta de se dégager et finalement, elle rit en l'embrassant.

Vannina s'approcha des caisses. « Ok, Alma mais honnêtement 3 casseroles, c'est peut-être deux de trop non ? Tu es sûre que nous allons beaucoup cuisiner ? De toute façon, on ne pas peut garer les voitures à côté des tentes. Les parkings sont à l'extérieur, il faut tout se taper à pied.»

Alma prit un air désespérée, « tu es sûre ? »

« Certaine. Tu le saurais aussi si tu étais allée sur leur site internet. »

Après quelques tractations et négociations, Alma sacrifia les caisses et il n'y eu plus que 2 sacs.

Sally abandonna sa voiture pour rester avec Shane qui récupéra aussi Shirley et Vannina.

Thomas outre Carter, pris Alma, Indy et Nike dans la sienne.

Ce dernier cria par la fenêtre de la voiture, « go to TomorrowWorld », avant que Carter insère une clé USB dans le poste de radio.

Une heure plus tard, ils étaient devant le site. Ils suivirent les panneaux qui indiquaient les parkings. Ils voyaient s'éloigner de façon irrémédiable l'entrée et chaque tour de roue augmenter le nombre de pas qu'il leur faudrait réaliser pour rejoindre le campement.

Ils n'étaient pas seuls, des centaines de voitures se suivaient faisant un serpent multicolore d'où émergeait des drapeaux multicolores de toutes les nationalités.

Déjà l'ambiance était irréelle, faite de cris de joie, de chants et surtout de musique. C'était une nouvelle tour de Babel où les langues se mélangeaient et où tout le monde se comprenait par un sourire ou un geste de la main.

Imaginez 200 000 jeunes réunis avec un seul mot aux lèvres : Love. Des murs d'enceintes, des écrans géants, des dizaines de scènes, un monde imaginaire crée pour la musique. Des tours, des châteaux, une férie de sculptures. Des volcans crachent des feux d'artifice.

Des elfes courent et vous frôlent, des fées vous embrassent. Puis le son monte, vibre et fait exploser votre cœur.

Pas un qui ne soit maquillé, des filles des fleurs dans les cheveux, des garçons torse nu, tatoués, les bras en l'air qui sautent le bonheur dans leurs yeux.

Unies, Carter, Alma, Sally, Shirley et Vannina volent dans la nuit.

Carter est électrique, elle ne s'arrête plus de danser. Les lumières lui donnent un aspect surnaturel. Ses cheveux sont des filaments incandescents qui ondulent sur son visage. Ses gouttes de sueurs sont des perles d'argent qui glissent sur sa peau.

Son regard scintille, elle est possédée par la musique, son corps ne répond plus qu'aux impulsions du son.

Le maître derrière ses platines et ses synthés règle le rythme de sa vie.

Thomas ne la quitte pas des yeux. Elle le sent, elle s'avance, elle l'embrasse, « je t'aime ».

Alors, il la prend dans ses bras, la soulève, la monte dans le ciel et la pose sur ses épaules.

Un projecteur l'éclaire, elle est une nouvelle déesse. Les index pointés vers les étoiles, elle montre la voie, toujours plus haut, toujours plus grand, c'est la vie qu'elle désigne.

Le DJ la repère, elle est là, l'icône de sa soirée. Il concentre toutes les poursuites vers elle, il hurle dans le micro, et la montre à tout ce peuple qui communie dans la fureur des résonnances électroniques. Les caméras s'en emparent, et sur les écrans aux millions de led, elle apparaît, la nouvelle idole au sourire ensorceleur. La foule l'acclame et s'incline devant sa beauté.


La bande se réunit en cercle. Chacun se tient, s'enlace, s'embrasse. Ils dansent depuis des heures. Ils s'éloignent, cherchent un coin d'herbe accueillant et s'assoient au pied d'un grand arbre.

Nike et Shirley s'éclipsent avec Shane.

Ils reviennent au bout d'un moment. Ils s'allongent près d'eux. Nike sort un petit sachet. Les mains d'Indy et d'Alma se rapprochent de lui. Shirley met un petit cachet entre ses lèvres, elles les posent sur celles de Vannina qui se laisse faire.

Nike fait un petit signe à Carter. Elle décline en secouant la tête. Nike lève son pouce, il n'insiste pas.

Elle se blottit contre Thomas, « je n'aime pas les drogues. Je n'en ai pris qu'une seule fois et ça ne m'a pas réussi. J'ai atterri à l'hôpital dans le coma et avant j'avais agi comme une conne.»

Elle remarque le regard noir de Thomas, il fixe Shane, « Je sais ce que la drogue peut faire. Elle change l'homme en animal. Elle l'asservit puis le détruit. »

Il la prend par la main. « Viens ! Rentrons au campement. »

Il la soulève, la tiens dans ses bras. Elle rit, s'accroche à son cou.

« La nuit est belle Carter. Je suis heureux. »

Ils passent entre des tentes. Un groupe les interpelle, « C'est la fille de l'écran. Putain, t'es géniale. C'est quoi ton nom ? »

Carter est surprise, Thomas finalement très fier répond, « elle s'appelle Carter et elle est plus que géniale. »

Un gars se lève, « Carter regarde, j'ai fait une vidéo. » Thomas la pose sur le sol délicatement. Elle se voit sur l'écran du smartphone. Ainsi c'est elle, cette fille qui danse sur les épaules d'un dieu égyptien, avec un regard qui brille et dont le bonheur est éclatant. C'est elle qui encourage la foule à crier plus fort, à bouger plus vite. C'est elle qui se livre complètement et ne fait plus qu'une avec la lumière et la musique.

« T'es d'enfer. Je l'ai posté sur YouTube et je l'ai tweeter. »

Elle voit les centaines de vues qui déjà s'additionnent. Elle se mord les lèvres.

« Tu fais le buzz, Carter. » Le gars est aux anges.

Thomas rigole. « Tout le monde a droit à son quart d'heure de célébrité. Mais toi, je sais que cela ne s'arrêtera pas. »

Carter sourit, elle est peu perturbée par ce qui lui arrive. Des filles, des garçons s'approchent d'elle et lui glissent un mot sympa, certains l'enlacent, d'autres lui serrent la main.

Thomas l'entraine sous leur tente. « Quand je te disais que tu es magique, tu me crois maintenant.»

Carter s'enfouit habillée sous le duvet comme pour se cacher. Thomas s'accroupit, « tu as froid ?»

Elle prend un petit air de chien battu, et fait oui. Il se déshabille, se glisse contre elle.

« Thomas, moi aussi, je suis heureuse.» Et elle l'attire vers elle.


Carter voit un trait de lumière à travers l'ouverture de la tente. Elle regarde son téléphone, 6 h, elle n'a pas dormi plus de 2 heures. Elle a besoin d'aller aux toilettes, de prendre une douche. Tout est silencieux autour d'elle. Elle n'entend que la respiration régulière de Thomas.

Elle se lève avec précaution. Elle le regarde, il est beau.

Elle récupère une serviette, repère le gel douche et sort en faisant glisser le zip de l'ouverture lentement.

Le campement est calme. Elle perçoit au loin des bruits diffus qu'elle n'arrive pas à déterminer.

C'est encore le petit jour, une brume légère recouvre la forêt qui entoure le site.

Les douches et les toilettes sont éclairées par des néons blancs qui leur donnent un air aseptisé.

Deux ou trois lève-tôt comme elle sont déjà en train de se laver. Elle croise une grande fille blonde qui la salut gentiment.

L'eau chaude sur son visage lui fait du bien. La craie et les peintures de son maquillage font un petit ruisseau multicolore qui serpent sur son corps. Il vient jusqu'à ses pieds, elle s'amuse à dessiner avec son orteil et sans le vouloir un C apparait qui aussitôt disparait emporté par le flot. La soirée d'hier lui revient en tête. Elle ne s'attendait pas à devenir une des vedettes du festival. Elle ne trouve pas désagréable toutes ces marques d'affection. A tout prendre, elle préfère cette célébrité à celle qu'elle avait en Virginie.

En sortant de la douche, elle décide de marcher un peu. De toute façon, la bande et Thomas ne se lèveront pas tout de suite. Elle pourra leur préparer le café.

Sous les grands arbres, elle suit un sentier. Elle découvre des arches immenses décorées de symboles païens qui sont à chaque fois un appel à la joie et à l'amour. Des fleurs et des ballons sont accrochés dans les branches. Cette forêt qui est sombre et profonde se transforme en palais féerique.

Il est assis sur un tronc d'arbre. Il donne l'impression de l'attendre.

« Je vois que nous avons un point commun, nous dormons peu toi et moi. »

Carter est surprise. « Shane, que fais-tu ici ? »

« Comme toi, je me promène. Je profite du calme. » Il tient un thermos dans la main, il le lui tend.

« C'est du thé, ça te tente ? »

Carter hésite, puis le prend, « Ok, ça me fera du bien, je n'ai pas dû dormir plus de deux heures. »

« Moi, c'est pareil. Il fait trop chaud sous ces tentes, tu ne trouves pas ? »

Carter sourit, « oui, c'est vrai.»

Shane se pousse pour lui faire une place.

Carter s'assoit. Il l'observe, sans rien dire.

Carter plisse sa bouche. « Shane, tu te laisses aller. »

Mais il voit bien que ses yeux rient.

Il réagit. « Tu as raison, un moment d'égarement. Excuse-moi. » D'un coup, il se met à sursauter. Une araignée lui monte sur le pantalon. Il se lève d'un bond et tape des pieds. « Putain de saloperie. » Il réussit en gigotant à la faire tomber sur le sol. Il soulève sa chaussure et avec une rage non dissimulée, il l'écrase en frottant longtemps sa semelle sur la terre. Son regard est devenu froid et métallique.

Carter le regarde médusée. « Shane, ça va ? » Il est totalement blanc.

Son visage se détend un peu. « Oui, c'est bon. Je suis désolé. Mais j'ai horreur de ces choses. »

Carter vient vers lui. « Je m'en aperçois. » Elle remarque qu'il tremble. Elle lui prend les mains. « Shane, calme-toi. Celle-là ne reviendra plus. Tu as un vrai phobie des araignées, c'est impressionnant.»

« Je suis ridicule, je sais mais ces bestioles c'est vicieux, elles se planquent puis sortent la nuit. J'ai vécu dans un endroit où il y en avait des tas. Elles étaient petites et velues. Elles te montaient dessus pendant ton sommeil et impossible de les exterminer. »

Il reprend ses esprits et son sourire revient. « Voilà, maintenant tu connais un de mes secret comme je connais un des tiens. On est un peu plus à égalité. » Il prend un air penaud. « J'ai peur des araignées. Cette nuit, je suis sûr qu'il y en avait. Et personne n'était là pour me protéger. » Il se blottit contre Carter et la serre contre lui.

Carter rit. «Je ne pense pas que tu es besoin d'être protéger. La pauvre bête en a fait l'expérience. Et puis, tu as Sally ? » Elle sent ses mains sur elle, son corps, son odeur. Elle est mal à l'aise, troublée, elle a chaud. Elle se dégage de son étreinte.

Il fait un geste évasif. « Trop défoncée hier soir, c'est ça ? »

« Ils se sont amusés. J'étais là pour les surveiller. »

Carter fixe Shane, « ce sont des conneries et c'est dangereux. Je sais de quoi je parle. Toi, tu n'en prends pas ? »

« Non, je n'aime pas perdre le contrôle. » Carter remarque qu'il le dit de façon claire et déterminée.

« Pour te remercier d'être mon amie.» Il marque un temps d'arrêt, « on est bien amis, n'est-ce pas ?»

Carter regarde ses pieds puis lève les yeux vers lui. Ce regard bleu sur elle, non, ne pas y penser. Sinon, sa tête va lui tourner. Elle lui tourne déjà.

Elle lui sourit, « oui, on est amis.» Elle reprend une grande gorgée de thé.

Shane sourit à son tour. « Alors, laisse-moi te faire découvrir un endroit merveilleux. » Il prend sa main. Carter se laisse faire. Il l'entraine en courant. « Arrête, on va tomber.»

Il se tourne et lui dit, « on ne peut pas tomber avec toi. »

Ils arrivent au bord d'un ruisseau, ils le remontent et soudain devant eux, surgit une cascade.

Shane écarte les bras, « je l'ai découverte ce matin. »

Carter est émerveillée, « c'est beau, Shane.»

De rochers torturés recouvert de mousse d'un vert profond, entourés d'arbres majestueux, un voile d'écume se précipite d'une dizaine de mètres dans une conque lisse que les courants ont façonnée pendant des millénaires. L'eau est claire, d'une transparence absolue.

« Alors, je n'ai pas menti et tu n'as pas tout vu. Viens ! Redonne-moi ta main.»

Shane l'attrape fermement. Il s'avance sur des cailloux glissants. « Suis-moi, n'aie pas peur. » Ils commencent à s'avancer vers la paroi.

Le pied de Carter n'est pas assuré. Elle progresse doucement, elle serre encore plus la main de Shane.

« Mais on va où ? » Elle voit la chute qui se rapproche.

Shane la regarde, « fais-moi confiance. » Et il passe sous l'eau en tirant Carter. Elle pousse un cri en sentant, sur sa tête et ses épaules, le liquide glacé qui la recouvre. Elle glisse, deux bras la rattrapent.

Elle est contre Shane presque à genoux, l'eau dégouline de ses cheveux. Le sol semble se dérober, elle sent son cœur battre la chamade.

Elle se relève, remonte contre son torse. « Merci, tu es gentil »

Shane lève un sourcil, « mais je suis toujours gentil. », « Regarde. »

Elle découvre une salle voutée. Des milliers de cristaux sur les parois la rendent scintillante. Même le sable sous ses pieds brille comme s'il était recouvert de petits diamants.

La barrière naturelle formée par la chute d'eau les coupe du monde.

Shane cri le nom de Carter, un écho lui répond puis un autre, puis un autre,….

« Tu es la plus belle », le dernier mot résonne encore et encore. Carter rit, elle se sent légère, la salle danse autour d'elle. Elle n'y voit plus très bien. Des bras l'entourent et la font valser de plus en plus vite. Les lumières et les sons se confondent. Devant elle, des cheveux blonds lui balayent le visage, des yeux bleus l'ensorcellent. Crash est là, est-ce possible ? Ses mains se posent sur son corps. Elles sont dans son dos, sur ses reins, sur ses fesses. Elle balbutie, « Crash, je suis tellement désolé. Je l'aime. Je ne sais plus quoi faire. Dis-moi, que dois-je faire ? »

« Laisse-toi aller. Ne résiste pas. Tu seras heureuse. »

Elle trébuche, glisse sur le sol. Un poids sur elle, une bouche s'avance, cherche ses lèvres. Ces mains, cette odeur, son instinct, ce n'est pas Crash. Elle a peur. Son poing part dans le vide puis heurte un obstacle, elle lance sa jambe, elle entend un cri de douleur. Le poids a disparu. Elle se relève, elle entend le bruit de la cascade. Elle avance à tâtons puis elle sent l'eau sur ses pieds, ses genoux. Elle voit le petit lac, elle se jette. Elle est aveuglée par cette eau froide mais elle lui fait du bien, sa force revient. Elle nage vers la rive, se traine sur le sol puis une fois debout se met à courir.

Elle ne sait pas où elle va mais elle sait qu'elle doit fuir le plus loin possible.

Elle court plus vite. Elle trouve une route. Son souffle devient court, ses muscles lui font mal. Elle s'arrête. La nausée est trop forte. Elle est à genoux, elle vomit. Des papillons volent devant ses yeux, la route tangue, le ciel se rapproche, tout bascule.


Le petit groupe avance. Il voit une forme allongée sur l'herbe au bord du chemin.

Quelqu'un la remue, Carter ouvre les yeux. Un grand rouquin à genoux la dévisage.

Depuis combien de temps, est-elle inconsciente ? Que s'est-il passé ? Elle n'a aucun souvenir.

« Tu as besoin d'aide ? »

Carter s'appuie sur un coude, la tête lui tourne. « Le campement, s'il te plait. »

« T'as pas l'air bien ? » Il approche son visage du sien.

Elle le repousse, « putain, dis-moi où est le campement. » Elle se relève péniblement.

« C'est tout droit à 200 mètres mais t'es sûre que ça va ? » Il lui prend le bras.

Elle rugit, se dégage et repart en trainant les pieds.

Elle entend une fille dire, « laisse tomber, elle est stone. »

Elle est devant sa tente, trempée. Elle à froid.

Elle rentre sans faire de bruit. Elle se déshabille, cherche désespérément son sac. Il lui faut des affaires sèches. Le polo de Thomas, elle l'enfile. Son odeur, sa douceur. Elle se couche dans le duvet, se coule contre Thomas. Elle grelotte. Tout son corps est une douleur.

Il ouvre les yeux. « Mon amour, pourquoi tu trembles? Pourquoi tes cheveux sont mouillés ? »

Elle essaie de sourire. « C'est rien, je suis allé prendre une douche. Serre-moi contre toi. »

Elle est enveloppée par un corps chaud et aimant.

« Au petit matin ? Il fait trop froid. Tu aurais dû m'attendre. »

« Oui, promis, la prochaine fois, je t'attendrai.»

Thomas lui embrasse la joue et referme ses yeux.

Carter se mord les lèvres pour ne pas pleurer, pour ne pas hurler.


Les cauchemars sont revenus. Dans une voiture, Lori l'attache, Crash conduit et rit. « Tu ne nous échapperas plus. » Elle tourne la tête, Shane est à côté et tape dans la main de Lori.

Elisabeth porte la robe du juge. « Elle nous a trop fait de mal. Ce n'est pas la peine de la rechercher. »

Grant déchire sa photo, Taylor et Max brulent ses vêtements. Ils s'embrassent et ferment la porte de leur chambre.

Carter est dans la rue. La maison s'éloigne. Elle n'arrive pas à la rattraper. Elle disparait dans une grotte. Lorie vient vers elle. Elle ne peut pas s'enfuir. Shane la maintient et la pousse sur le sol. Lorie se jette sur elle pour la noyer. Elle lui verse sur la figure des seaux de liquide visqueux. Elle étouffe.

Une main est posée sur son front.

« Carter, calme-toi mon amour. Ce n'est rien. C'est juste de la fièvre. »

Thomas est au-dessus d'elle. Il tient un cachet et une petite bouteille d'eau.

Il la soulève doucement, « tiens, avale ce cachet, tu iras mieux après. Tu as dû prendre froid en en te douchant ce matin»

Carter remue, « non, je ne veux pas. »

Thomas la prend contre lui. « Bien sûr, ce n'est pas urgent mais Alma pense qu'il faut le faire. N'est-ce pas Alma ? »

Alma est de l'autre côté du duvet, Carter la voit, elle a un regard rassurant.

Elle ouvre la bouche. Thomas dépose le cachet sur sa langue et verse un peu d'eau.

Elle avale ce cachet et s'accroche à Thomas.

Il s'allonge près d'elle. « Tu peux te rendormir. »

« J'ai peur, Thomas, peur de fermer les yeux.»

« Alors, on reste comme ça. On profite d'être ensemble, tous les deux. »

Alma sort de la tente en leur faisant un petit signe. Carter essaie de comprendre ce qui lui arrive. Une angoisse l'étreint sans qu'elle puisse l'expliquer.

Elle se voit à la douche puis revenir poser sa serviette sur la tente. Ensuite, elle se promène dans la forêt. Il lui semble voir Shane. Mais l'a-t-elle rêvé ? Et pourquoi était-elle mouillée comme cela ?

Un tambour frappe dans son cerveau. Elle se recroqueville, Thomas se love contre elle.

Combien de temps sont-ils restés sans bouger ? Carter entend au loin les sons des concerts qui ont repris.

« Veux-tu rentrer à la maison ? » Thomas continue à la serrer contre lui.

Carter le regarde, ses yeux sont plus clairs.

« Non, pourquoi ? Ça va aller. Tu as raison j'ai dû prendre froid. Je vais mieux déjà. »

« Tu as faim ? Quelque chose te ferait envie ? »

Carter se tourne contre lui et se pend à son cou. « Non, j'ai tout ce qu'il me faut. » Elle dépose un baiser sur ses lèvres. « Mais toi, tu dois avoir faim. Je suis sûre que tu n'as rien mangé ce matin. »

Elle se lève, « Viens, on sort. Je vais vite te trouver un sandwich sinon tu vas dépérir. »

Elle passe un jean. Lorsque qu'elle se retrouve en équilibre sur une jambe, elle sent bien qu'elle vacille, mais elle ne veut rien montrer à Thomas.

Celui-ci l'observe à la dérobée. Il n'est pas dupe mais il fait comme si tout était redevenu normal.

Elle enfile un tee-shirt où un drapeau anglais déchiré est barré par deux mots : The Clash. Il la voit si mince. Il sera toujours étonné qu'un corps aussi frêle puisse avoir une telle volonté.

En sortant de la tente, Carter plisse des yeux, le soleil l'agresse. A nouveau son regard se trouble. Elle visse une casquette des Eagles d'Emory sur sa tête en faisant ressortir une queue de cheval sur le derrière, elle chausse une grosse paire de lunette de soleil et s'avance hardiment.

« S'il te plait, j'ai besoin d'aller aux toilettes. »

Elle hésite et lui demande, « tu restes derrière la porte.»

Thomas lui prend la main, « je ne bouge pas. »


La foule est déjà compacte vers les buvettes, cela a beau être le milieu de l'après-midi, elles ne désemplissent pas.

Thomas trouve une petite table à l'ombre, « Assis toi. Je reviens. »

« Thomas, s'il te plait, je ne veux rien. Je n'ai vraiment pas faim. »

Il sourit, ses dents banches semblent dire à Carter, « tu peux toujours parler. »

Elle regarde passer des gars et des filles qui rient et se poussent les uns les autres.

Elle n'arrive pas à imaginer qu'une partie de sa vie se soit effacée sans qu'elle sache pourquoi.

Elle a inspecté son corps dans les toilettes. Son vagin ne lui fait pas mal. Aucunes traces visibles n'apparaissent. Elle s'en doutait mais elle a eu peur tout de même. Par contre sa main droite et son poignet la lancent. Ses phalanges ont éraflées.

Elle voit Thomas qui revient, il tient un plateau où trône un énorme cheeseburger accompagné d'une grande portion de frites et de deux Sprite. A côté, elle remarque un petit pot tout blanc avec de la crème qui forme un cône torsadé et pointu.

Thomas dépose le plateau. Il prend le petit pot et le tend à Carter. « Je t'ai pris un yaourt glacé. J'y ai rajouté des petits ours. » Il est heureux de son cadeau.

Carter voit ces petits ours de toutes les couleurs. Les bras levés, ils semblent lui faire un signe amical comme celui d'un vieux copain qu'on a perdu de vu et dont on n'a plus de nouvelles depuis très longtemps.

Elle fond en larmes. Thomas est désemparé. « Carter, j'ai besoin de comprendre. Pourquoi un simple yaourt te met dans cet état ? Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ce matin ? »

Carter se prend la tête dans les mains puis se frotte les yeux et regarde Thomas. Elle serre les lèvres puis prend sa respiration, « ce yaourt il vient de loin, tu sais. » Une boule lui bloque l'estomac. Elle lui doit la vérité.

Elle se lance. « J'ai fui ma famille et la justice parce qu'elle devait décider laquelle de mes deux mères devaient avoir ma garde. »

Thomas fait des yeux ronds, « tu as deux mères, comme est-ce possible ? »

« Celle qui est ma vrai mère a fait appel à un don d'ovocytes pour nous avoir ma sœur jumelle et moi. »

Thomas la coupa, « tu as une sœur jumelle ! »

Carter sourit. « Oui, mais elle est blonde et elle est super. » Elle continua. « La femme qui a fait le don m'a kidnappée à trois ans et pendant 13 ans je l'ai considérée comme ma mère et aimée comme telle. »

Carter sentit la main de Thomas de poser sur la sienne. « Le FBI m'a retrouvée et renvoyée dans ma famille. Au début, je voulais m'enfuir et rejoindre ma kidnappeuse. Puis j'ai peu à peu compris leur amour et j'ai décidé de rester. Mais l'autre voulait me récupérer à tout prix et elle m'a enlevée une seconde fois. Finalement, elle a été arrêtée et internée en hôpital psy. Elle a poursuivi son harcèlement et demander à la justice de trancher sur ma garde. Tu comprends, si elle a gain de cause, plus de kidnapping et plus d'hôpital.»

Elle cherche le regard de Thomas pour pouvoir poursuivre. « J'étais fatiguée Thomas de devoir lutter contre mes sentiments, contre les juges, les avocats. Il y a eu tellement de mensonges et de trahisons de la part de gens que j'aime, de ma famille, de mes amis. Et pour finir mon père qui a eu à l'époque de ma naissance, une liaison avec cette femme dont serait issu un frère qui débarque à l'audience. »

Carter est amère, « c'en était trop. La nuit même j'ai pris un aller simple pour la première destination. »

Thomas l'écoute avec compassion sans rien demander.

Mais elle doit tout dire, être honnête jusqu'au bout. «Thomas, il y a un homme dans ma vie. Il s'appelle Crash. Il m'a plu au premier regard. » Elle se met à parler plus vite, « C'était un voyou, mais il était seul comme moi. Nous avons traversé des moments très difficiles. Nous nous sommes soutenus. J'ai fugué avec lui. Sans le vouloir, il a tiré sur mon meilleur ami. Je l'ai rejeté puis je l'ai retrouvé. Sans lui j'aurais sombré. Il est allé en prison. Mais les choses se sont arrangées. Il a changé. Il est dans l'armée maintenant. »

Carter fixe Thomas qui ne bouge pas. « Je croyais l'aimer. » Elle se reprend, «non, je l'aimais ! Mais je t'ai rencontré et mes sentiments pour toi sont si forts que j'ai l'ai trahie. Thomas le plus terrible c'est que je ne regrette pas de l'avoir fait parce que ... Je t'aime. » Elle se tait. Elle attend un signe.

Thomas avance sa chaise vers Carter. De son pouce, il essuie les larmes de ses joues. « Carter, tu es la femme la plus honnête que je connaisse. Je t'aime moi aussi tu le sais mais c'est à toi de décider de ta vie et à personne d'autre, quel que soit les sentiments que ces personnes te portent, tu comprends. Moi, y compris. C'est difficile mais si tu ne le fais pas, toute ta vie tu seras tirailler par tes remords. Comment rendre tout le monde heureux, je ne sais pas si c'est possible. Mais ceux qui t'aiment le comprendront, moi le premier. »

Il prit une cuillère de yaourt qui commençait à devenir liquide et le proposa à Carter, « si tu aimes le yaourt, n'hésite pas ». Il déposa un nounours dessus.

Elle lui sourit, « tu es formidable » et avala la bouchée.

Ils trouvèrent l'équipe devant une scène. Ils se précipitèrent tous vers Carter. Alma lui demanda si elle allait mieux, Sally la pris dans ses bras, Vannina et Shirley l'embrassèrent avec effusion. Indy et Nike poussaient de petits cris. Carter ensevelit sous ses amis. C'est vrai, elle allait mieux.

Une voix glaça son sang.

Shane s'avança avec son éternel sourire. « Je suis heureux que tu ailles mieux. Tu nous as fait peur.»

Carter le fusilla du regard. Elle ne savait pourquoi mais sa présence la révulsait encore plus que d'habitude. Elle avait cette image de Shane dans la forêt puis dans la grotte. Certes, il était dans le rêve avec Lori mais cela lui semblait si réel.

Elle ne lui répondit pas. Elle s'adressa au groupe, « bon, on est là pour s'éclater non ? Alors qu'est-ce qu'on attend ? »

Vannina sauta en l'air « et ce soir qui va mettre le feu, devinez ? Le seul, l'unique, David Guetta. »

Carter la prit par le cou et elles sautèrent ensemble sous les hurlements des autres.

Les deux jours suivant ne furent que dance, music and fun.

Le retour se révéla très dur. Après avoir dormi quasiment 24h d'affilée, reprendre le travail à la B.U fut terrible.