Chapitre 7 : Sombre et sale.

Carter ce jour-là ne travaillait pas. La chaleur était toujours aussi étouffante. Elle était seule dans la maison et elle avait décidé de nettoyer la cuisine qui en avait bien besoin. Thomas était parti la veille pour aller voir son père à New-York. Il lui avait demandé de l'accompagner mais en riant, elle lui avait dit que c'était un peu tôt pour rencontrer sa famille. Il l'avait compris et lui avait promis de revenir au plus vite. Il lui manquait beaucoup. «Demain. Il sera là, demain. »

Elle pensa à ses nuits agitées. Elle ne rêvait plus du procès mais par contre, elle se voyait toujours dans une grotte avec Shane qui lui souriait. Au début, Lori était présente mais rapidement, elle ne vit plus que lui. Il essayait de l'embrasser. Il se couchait sur elle. Elle se réveillait le matin en croyant qu'elle se noyait dans de l'eau glacée.

Elle entendit frapper à la porte d'entrée. Elle secoua la tête pour chasser ces images. L'expérience aidant, elle passa sa chemise et vérifia son short.

Shirley était devant elle, visiblement elle avait pleuré.

Immédiatement, elle lui demanda si Shane et Sally étaient à la maison.

« Non, il ne sont pas là. Mais pourquoi les cherches-tu ? »

« Pour rien Carter mais tu ne saurais pas où ils sont, par hasard, Shane surtout. »

S'il y a bien une chose que Carter ne voulait pas savoir c'est où se trouvait Shane. Elle était suffisamment mal à l'aise quand elle le savait dans la chambre de Sally.

« Non, mais rentre 5 minutes. Je vais faire un café, tu veux. »

Shirley se laissa faire et s'assit sur le divan.

Carter fit rapidement deux expresso avec une machine que lui avait donnée Frederico. Il lui avait dit, « ma, le thé c'est bien, mais le café c'est encore mieux surtout quand il est stretto. Goutte tu verras. » Et c'est vrai, son café était parfumé, excellent, très fort mais excellent.

Elle apporta une tasse à Shirley et s'assit à côté d'elle.

« Bien, raconte-moi, pourquoi tu es dans cet état ? »

« Mais je vais bien, je t'assure. » Elle tenta un sourire qui se perdit dans un rictus.

« Ecoute Shirley, tu as pleuré, tu trembles et tu as l'air totalement angoissée. Pour quelqu'un qui va bien, cela fait beaucoup. »

Shirley s'avachit sur elle-même. « J'ai fait une connerie. »

Carter la regarda se tordre les doigts. « Oui, laquelle ? »

« C'est Vannina. » Et Shirley ouvrit son cœur à Carter. « Je l'aime depuis le premier jour où je l'ai rencontrée. Elle est vive, intelligente, elle est jolie avec du tempérament. »

Elle regarda Carter. « Elle ne me calcule même pas. Je ne suis qu'une amie pour elle. Pourtant le week-end dernier au festival, j'ai cru que c'était possible. Son australien était rentré chez lui pour l'été. Elle s'était laissée embrasser. C'est sûr l'exta nous avait un peu libérée. Du coup, je ne sais pas ce qui m'a pris. On était chez nous, on était bien. On rigolait sur mon lit. J'ai voulu aller plus loin et elle m'a rejetée. Elle m'a dit des choses horribles. Qu'elle refusait de me revoir parce qu'elle ne voulait pas que je me branle en pensant à elle. Elle s'enferme dans sa chambre. Elle veut quitter l'appart. Je ne sais plus quoi faire. Carter, je suis paumé. Je ne veux pas perdre son amitié. »

Carter lui prit les mains. « Elle est troublée, c'est normal. Il faut lui laisser du temps. Elle comprendra que tu veux rester son amie sans ambiguïté. Laisse lui faire son chemin. Je pourrais lui parler si tu veux.»

« Tu le ferais ? »

« Bien sûr. C'est ce qu'on fait entre amie, non ? Et puis, je le ferai aussi pour Vannina car je sais que tu comptes beaucoup pour elle, malgré tout ce qu'elle peut penser aujourd'hui. »

« Peut-être qu'elle t'écoutera. » Un sourire forcé apparut sur son visage, « Vannina ne se livre pas beaucoup et elle ne se lie pas facilement. Tout le monde pense qu'elle est arrogante mais en fait c'est juste qu'elle a peur d'être déçue. Elle t'apprécie parce qu'elle dit que tu es comme elle, une combattante. Vannina a une volonté d'acier. Elle n'avait pas 17 ans quand elle a débarqué aux States et à Emory. Elle était seule et cela ne l'a jamais inquiétée. Et moi, j'ai tout fait foiré comme une conne mais … c'est après que j'ai fait n'importe quoi.» Shirley se mit à pleurer.

« Pourquoi tu dis ça ? » Carter fixa Shirley. « Qu'est-ce-qui s'est passé ?

Shirley bassa les yeux. « Carter, je crois que j'ai vraiment déconné. Tu ne me jugeras pas quoique je te dise, s'il te plait ? »

« Non, bien sûr que non. » En voyant la réaction de Shirley, Carter craignait le pire. Mais elle ne s'attendait pas à ce qu'elle s'apprêtait à lui révéler.

« J'étais très mal, Carter. J'ai appelé Shane pour qu'il m'aide.» Sa respiration s'accentua.

Carter commença à se raidir. « Pour qu'il t'aide comment ? Avec du produit, c'est ça ? »

Shirley commençait à transpirer. Elle fit oui de la tête.

La voix de Carter se fit plus douce. Elle passa sa main dans les cheveux de Shirley comme pour la calmer, comme pour l'encourager.

« Et depuis longtemps, je présume ? » Shirley haussa les épaules comme pour dire depuis toujours mais quelle importance.

« Mais ce n'est pas ça le problème. » L'angoisse, la peur de Shirley devenait palpable. « Sally et lui m'ont proposé de sortir pour me changer les idées. Nous sommes allés dans la boite que fréquente Shane. Nous avons eu droit au carré VIP. Il y avait des types parfois assez âgés et des filles. Certaines très jeunes. L'alcool circulait, la coke aussi. Shane m'a présenté à des gars sympas qu'il disait être ses amis. On a dansé, rigolé puis ils m'ont proposé d'aller dans des salons plus privés pour être tranquille et pouvoir se défoncer. Je leur ai dit qu'on pouvait regarder mais pas toucher. Ils n'étaient pas collants, au contraire certains étaient mignons. »

« Je ne me suis pas méfiée, Shane et Sally étaient avec moi. Je commençais à être stone mais je gardais le contrôle. Puis d'un coup tout s'est mis à tourner. »

Carter ne voulait rien laisser paraître mais sa terreur augmentait avec la progression du récit de Shirley.

« J'ai senti des mains sur moi, je me suis débattue mais j'avais mes bras bloqués. J'ai entendu des voix qui me disaient d'être gentille puis ce fut le trou noir. »

Shirley commença à paniquer, « Carter, je ne sais pas ce qu'ils m'ont fait. Je ne me souviens de rien. Je me suis réveillé ce matin dans mon lit. C'est pour ça que je veux voir Shane. » Elle éclata en sanglots. «J'avais du sang sur mes cuisses. Des odeurs sur ma peau que je ne connais pas. Je me sens sale. Carter, tout mon corps me fait mal.» Ses yeux la suppliaient. « J'ai mal au plus profond de moi. »

Carter la serrât contre elle. Elle venait de comprendre qu'elle-même n'avait pas rêvé du matin dans la forêt. La grotte était bien réelle. La haine s'empara d'elle. Shane voulait détruire ses amis. Elle pensait à Sally prise dans les griffes de ce salaud.

Elle devait arrêter tout ça.

« Shirley, tu vas rester ici, dans ma chambre. Je vais appeler Alma, elle pourra nous conseiller un médecin. »

Shirley se recula, « non, je ne veux pas. Ça va passer. »

« Rien ne passera Shirley. Tu as besoin d'être examinée par un docteur et d'être soignée. »

« Je ne veux pas Carter. J'ai peur. »

« Tu as peur de quoi, de savoir ? » Shirley avait un regard perdu.

Carter la pris contre elle, « Shirley, mon amour, je suis désolé, tu as été … », elle baissa à nouveau le ton de sa voix, « tu as été violée. Il faut le faire constater et t'aider. Je vais appeler Vannina pour qu'elle soit près de toi. »

Shirley s'effondra à nouveau. «Mon dieu, elle va croire que je suis une salope. Que je l'ai cherché. »

Carter la regarda dans les yeux, « Vannina est ton amie, comme Alma, comme moi. Écoute-moi, tu n'as rien cherché. Tu n'es pas responsable. Et personne, jamais, ne pensera cela. Nous t'aimons et nous te soutiendront. Vannina sera la première, je le sais. Tu n'es pas seule Shirley. » Carter lui prit la main, « viens avec moi. »

Elle l'emmena dans sa chambre. Après cette confession, Shirley semblait avoir perdu toute force, toute volonté. Monter les escaliers fut long et difficile. Elle l'assit sur son lit.

« Shirley, écoute-moi ! Dans cette chambre, tu ne crains rien. Je reviens, » Shirley fit un mouvement pour la retenir. « Je suis dans le couloir. Juste derrière la porte.» Carter lui sourit, elle s'agenouilla. « Je ne t'abandonnerai pas, ok !, Jamais. Allonge-toi, tu seras mieux. » Shirley se mit en boule. Elle se saisi de l'éléphant en peluche de Carter et le mit contre son ventre. Celle-ci se souvint qu'elle avait adopté la même position, ce matin-là sous la tente mais elle avait eu la chance d'avoir Thomas près d'elle.

Elle referma la porte doucement. Elle était persuadée qu'il valait mieux que Shirley n'entendent pas ce qu'elle allait dire. Elle appela Alma. Elle est vraiment super, elle n'a pas besoin de beaucoup de mots. « Ok, Carter, j'appelle mon copain tout de suite. Il est interne, il l'auscultera dès ce matin.»

Carter exprime sa surprise, « tu as un copain interne ? Mais tu ne l'as jamais montré ! »

« J'aime la discrétion, Carter. De ce côté-là, je ne tire pas de ma mère. J'arrive au plus vite. »

La voix de Vannina était mal assurée, elle ne laissa pas le temps à Carter de s'expliquer, elle parlait très vite. « Tu m'appelles pour Shirley. Je sais, j'ai été très dure avec elle. Mais en fait, j'ai été choquée, tu comprends, je m'y attendais pas. Je ne suis pas gay Carter. C'est mon amie mais je ne me vois pas en train de la baiser. Et puis même, en admettant que j'essaie, je me connais le premier mec un peu mignon avec des pectoraux et des tattoo, je vais plonger et elle souffrira. Pourtant je m'en veux de ma réaction, je l'aime très fort. Tu crois qu'elle me pardonnera ? »

Carter compris qu'elle ne devait pas être directe. « Ecoute, Shirley a un problème. Je t'appelle pour cela. Je pense qu'elle a besoin de toi. »

Vannina réagit immédiatement, « un problème, où est-elle ? J'arrive. C'est grave ? « Carter sentit son inquiétude, Vannina n'était peut-être pas gay mais Shirley était sans aucun doute son amie.

Alors Carter lui expliqua la déchirure de sa vie que venait de subir Shirley. Elle entendit les pleurs de Vannina même si celle-ci ne voulut rien laisser apparaître. Moins d'un quart plus tard, elle caressait les cheveux de Shirley et les embrassait en lui disant qu'elle serait toujours là pour elle.

Carter expliqua à Vannina qu'Alma et un médecin allaient arriver. Puis elle les laissa, elle avait un troisième coup de fil à passer et celui-là était le plus compliqué.

Finalement, il ne le fut pas car Sally était sur messagerie. Carter fut brève, « Sally rappelle moi c'est très urgent et très important. »

Carter avait également besoin de conseils pour pouvoir parler à Shirley et l'aider. Bien sûr la seule personne à laquelle elle pensa était Barbara. Elle l'appela pour être sûre de la trouver chez elle sans rien lui dévoiler.

Son téléphone s'alluma, un texto, « Je t'aime. Tu me manques. Thomas.» Son visage s'éclaira. Elle envoya le plus gros cœur qu'elle pouvait.


Le bus la laissa au même arrêt où elle était descendue la première fois avec son sauveteur. Car Barbara l'avait bel et bien sauvé. En refaisant le chemin qui la menait vers cette maison blanche, elle se dit qu'elle avait fait le bon choix. Barbara lui avait permis de le comprendre. Elle savait maintenant où elle voulait mener sa vie et comment. Quel que soit le résultat de sa demande de bourse, elle pourra retourner vers sa famille. Elle était sûre de trouver auprès d'elle le soutien dont elle avait besoin. Et si sa demande est refusée, elle repassera les tests et elle la refera l'année prochaine.

Mais pour l'instant elle avait un compte à régler avec un salopard et aider une amie à ne pas sombrer.

En arrivant, elle remarqua un type qui sortait de l'allée qui séparait la maison de Barbara de celle de ses voisins. Il était plutôt de type mexicain, grand et très mince. Habillé avec un costume élégant, il portait une grosse chevalière en or à son annuaire. Il dévisagea Carter lorsqu'il la croisa. Sa face taillée au couteau était grêlée de petits trous et son regard froid la transperça. Carter sentit sa peau se tendre, un frisson la parcourut. Il se dirigea vers une limousine noire garée plus loin.

Elle n'osa pas se retourner mais elle savait que la voiture était toujours là. Bien que les clés de la maison soient dans son sac, elle préféra sonner.

Barbara vint lui ouvrir très vite et l'embrassa très fort. « Ma puce, je suis contente de te voir, entre. »

En voyant son visage radieux, Carter fut rassurée et déjà moins anxieuse. Mais cela ne dura que le temps de se rendre au salon.

Shane trônait dans le canapé avec à côté de lui, une Sally les mains sur les genoux qui baissa la tête en voyant les yeux de Carter qui commençait à devenir d'un noir profond. Elle leur jeta un regard où se mélangeaient le défi et le dégout. Shane était trop intelligent pour ne pas comprendre mais il arborait toujours ce sourire douceâtre que Carter aurait bien aimé effacer d'un coup de poing voire d'une barre de fer dans sa belle gueule. Mais elle n'eut pas le temps d'esquisser le moindre geste.

Barbara la prit par le bras et l'entraina vers un des fauteuils. « Je suis comblée, aujourd'hui, de vos visites à tous les trois.» Elle assit Carter face à Shane et Sally et lui mit une tasse de thé dans les mains. Elle s'installa dans celui qu'elle avait placé juste à côté de son petit neveu. « Shane est venu m'annoncer une excellente nouvelle mais peut-être la connais-tu, Carter ? » Carter s'empêcha de répondre que de Shane rien d'excellent ne pouvait arriver. Barbara riait, « je vois que je suis la première à le savoir, c'est flatteur. »

Elle se tourna vers Sally, « tu permets ? » Cette dernière fit oui sans rien dire et s'enfonça un peu plus dans son siège. « Sally et Shane vont se fiancer. »

Carter poussa un non que Barbara pris pour de la surprise. « Bien sûr que si. Shane a tenu à me l'annoncer personnellement. »

Shane s'empara de la main de Sally, « je comprends que tu sois surprise Carter mais Sally et moi, nous nous aimons alors pourquoi attendre. N'est-ce pas chérie ? »

Sally regarda Carter de biais, « oui, c'est vrai nous nous aimons » et elle embrassa Shane.

Barbara semblait aux anges. « Et par ailleurs, il m'avait caché qu'il connaissait très bien la peinture moderne. »

Shane la joua modeste, « Non, pas autant que vous mais c'est vrai que j'aime l'art. J'ai même envisagé de faire des études aux beaux-arts mais pour un enfant pauvre le commerce est une valeur plus sûre. »

Carter sentait qu'elle allait étouffer.

Barbara continua, « il s'inquiète même du système de sécurité de mes tableaux.» Elle lui posa sa main sur son genou, « tu es gentil mais comme tu l'as vu ils sont bien protégés. Les assurances m'ont assez ennuyée avec ça. »

Shane acquiesça, « c'est vrai, je suis rassuré. »

Carter n'en pouvait plus, elle se leva, « Si ça ne vous dérange pas, j'aimerai vous enlever Sally quelques minutes, j'aimerai lui parler. Viens avec moi Sally. » Son ton était sec.

Cette dernière jeta un œil peureux à Shane mais avant qu'il ne dise quelque chose Barbara intervint, « mais oui, c'est normal, deux amies aussi proches. Après une telle annonce, vous avez des tas de choses à vous dire entre filles. Laissons les Shane et parlons peinture. »

Pour une fois, le sourire de Shane se crispa un tout petit peu, « Bien sûr tu as raison Barbara, elles ont plein de choses à se dire.»

Carter poussa presque Sally vers la sortie et l'emmena dans le jardin, sous le chêne, derrière la maison.

Carter sentait Sally nerveuse. Elle se planta devant elle. « Sally, tu joues quel jeu ? C'est quoi cette histoire de fiançailles ? Mais avant tout que s'est-il passé hier soir avec Shirley ?»

Sally joua la surprise, « Il ne s'est rien passé hier soir. Shirley était avec nous. On s'est amusé, c'est tout. » Elle fuyait le regard de Carter.

« Vous vous êtes amusés. » La colère de Carter montait. « Sally, hier soir, Shirley a été violée. Tu entends, violée. Et pendant ce temps où étiez-vous, Shane et toi ? »

Sally se raidit, « Non, ce n'est pas vrai. C'est elle, elle était défoncée et a commencé à allumer les mecs ensuite, elle a voulu rester avec eux. Shane et moi, nous étions dans un autre salon. Elle n'a pas voulu venir avec nous. »

« Comment tu as pu faire ça. Ton amie est défoncée et tu la laisse seule avec des gars que tu ne connais pas. »

« Les types sont des amis à Shane. Ils sont cools. Ils ne l'ont obligé à rien » La voix de Sally se perdait dans les aigues. Mais celle de Carter devenait de plus en plus sombre et dure.

« Comment tu peux dire ça. Ils étaient combien ? Tu aurais envie toi de te faire sauter par plusieurs gars à la suite. » Carter attrapa Sally par les bras, « Combien ? Réponds ! »

Sally commença à pleurer, « je ne sais pas, je n'y étais pas. »

« Mais tu étais où ? Merde. » Carter eut d'un coup un soupçon, « c'est à toi que Shirley a dit qu'elle ne voulait pas venir ou est-ce à Shane ? »

Sally s'écroula, « c'est à Shane, j'étais déjà avec un autre groupe.»

« Un autre groupe, mais tu faisais quoi ? » Carter craignait le pire.

Sally se dégagea, « on partouzait, Shane et moi, on adore ça. Ça te pose un problème ? » Sally devenait hystérique

« Tu veux dire que tu baisais avec d'autres mecs ? »

« Oui, c'est ça et je m'éclate.» Elle voulait défier Carter du regard mais dans ses yeux, celle-ci sentit toute sa détresse.

« Mon Dieu, Sally » Sa voix s'adoucit d'un coup, elle voulut la prendre dans ses bras mais une main lui broya l'épaule, elle ne put retenir un cri de douleur.

Elle se retourna violemment mais les doigts de cette main pénétraient profondément dans sa chair.

Elle vit le mexicain devant elle, son visage était sans expression, froid et vide, sa voix sans émotion.

«Mademoiselle, vous importunez mon amie et vos questions la gênent. Je vous demande d'arrêter. »

« Lâche-moi, salopard. »

« Bien sûr, excusez-moi. »

Sa main retomba mais ses yeux étaient rivés sur ceux de Carter. Elle n'avait plus aucune sensation dans l'épaule comme si elle était morte.

Shane arriva tranquillement, « Alors Carter, tu cherches quoi ? » Il regarda Sally, « je crois chérie, que ton amis est jalouse. Elle ne supporte pas l'annonce de nos fiançailles, elle aurait préféré que je la choisisse.» Shane l'enlaça.

Carter n'en croyait pas ses oreilles, « Quoi ? Mais tu délires complétement, moi jalouse.»

Sally porta son torse en avant, « oui, Shane a raison. Tu ne supportes pas que quelqu'un te résiste. Tout le monde doit être à tes ordres. Shane m'a raconté comment tu l'as attiré dans ta chambre à moitié à poil. »

Tout cela était insupportable pour Carter, elle décida de tout dire à Sally. « C'est faux, au contraire Shane a tenté de me violer lors du concert. Il m'a refilé certainement la même drogue qu'il a donnée hier à Shirley. » Elle le défia du regard, « mais tu n'en sortiras pas comme ça. »

Sally éructa, « C'est parce qu'il n'a pas voulu d'une gamine de 17 ans que tu inventes tout ça. Tu me dégoutes. C'est toi qui fantasme sur lui. Shane m'aime et nous allons nous marier.»

Shane pris la main de Sally, « Chérie, ça ne sert à rien de discuter, retourne à la voiture. »

Il fit un signe au mexicain qui raccompagna fermement Sally. Elle jeta un dernier regard à Carter mais celle-ci était incapable de dire si c'était pour l'insulter ou l'appeler à l'aide.

Shane perdit son sourire, ses dents étaient celle d'un carnassier. Carter eut un léger mouvement de crainte quand il s'approcha à quelques centimètres de son oreille.

« Tu nous emmerdes. Tu ne sais pas où tu mets les pieds. Je sais tout sur toi, Carter Wilson ou dois-je dire Carter Stevens. Je suis sûr qu'un juge de Virginie serait très heureux de te retrouver. Et puis dois-je parler à Thomas d'un certain jeune délinquant avec lequel tu as passé du très bon temps et de la balle qu'il a logé dans la poitrine de ton meilleur ami. Ou alors de ta mère, enfin celle qui en hôpital psy, sacrés gênes.»

Le sang de Carter ne fit qu'un tour, elle lança sa main vers la figure de ce connard mais Shane fut plus prompt et bloqua son poignet qu'il serrât très fort avec un plaisir évident.

« Pas deux fois mon amour. Tu m'as déjà séché dans la grotte, ton genoux m'a forcé à 48h d'abstinence. C'est dommage, je t'aurais bien sautée et après tu aurais été à moi comme toute celle que j'ai baisé. »

Son regard devint dur, Carter avait mal, elle avait peur. « Si tu t'occupes encore de nos affaires, tu le regretteras amèrement, crois-moi. Et tu ne seras pas la seule. N'oublie pas que tu as une famille et ce n'est pas un petit flic comme ta mère qui pourra vous protéger. »

La voix de Barbara retentit, « mais où êtes-vous ? » Elle apparut au coin de la maison.

Shane repris son sourire, « Ici, Barbara, je disais au-revoir à Carter », il lui baisa la main. « A bientôt Carter, et fais bien attention à toi. »

Il embrassa Barbara et alla s'engouffrer dans la voiture noire qui démarra en faisant crisser ses pneus.

Carter était sous le choc. Elle tremblait. Elle avait du mal à reprendre ses esprits. Elle suivit Barbara dans la maison. Shane connaissait tout son passé. Visiblement lui et les gars avec qui il magouillait étaient dangereux. Il menaçait sa famille. Merde, comment avait-il fait pour tout savoir ?

Elle pensait à Sally. Elle était prise au piège de Shane et Carter savait qu'elle en avait conscience.

Barbara sentit le trouble de Carter. Elle prit la grande boite de chocolat et une bouteille avec deux petits verres. Elle posa le tout sur la table, face à Carter assise ou plutôt engloutie par un fauteuil. Elle avait renoncé au canapé, l'odeur de Shane flottait encore dans la pièce.

Barbara versa un liquide brun dans les verres, « c'est de la Cachaca Ypioca du Brésil. De l'alcool de canne à sucre avec du malt. Ça fait tout passer. »

Carter pris le verre et le vida d'un trait. La chaleur de l'alcool, qui brula sa langue et coula dans sa gorge, lui fit du bien.

Une fois de plus le regard bienveillant de Barbara l'enveloppa. « Tu voulais me parler ma puce, je t'écoute. »

Elle ne devait pas oublier pourquoi elle était venue. Elle décida de se battre, elle ne voyait que cette issue, sinon elle serait à la merci de cet enculé.

Carter parla de Shirley sans faire allusion bien entendu à Shane. Elle ne voulait pas rendre Barbara malheureuse et surtout la mêler à toute cette histoire.

« Barbara, que dois-je faire ? Shirley a certainement besoins de parler mais je ne sais pas comment m'y prendre. »

« Tu as fait ce qu'il fallait Carter. Tu as été persuasive. Elle s'est confié c'est un premier pas primordial. Et crois-moi, cela est très compliqué, pour une femme violée d'accepter de voir un médecin. »

Barbara se leva, « suis-moi dans mon bureau.»

Elle sortit d'une pochette une carte de visite. « Ceci sont les coordonnées d'une fondation qui aide les femmes et les hommes d'ailleurs, violentés. Le personnel est très efficace. Ils ont d'excellents psychologues. » Elle rit, « c'est normal, certains ont été mes élèves. Shirley peut y aller en toute confiance. Ils sauront prendre le temps et l'accompagner. Et si elle veut déposer plainte, leurs avocats sont très forts. »

Elle regarda Carter. « Tu dois prendre du recul face à ce drame. Je te sens très impliquée. Il y avait beaucoup d'affect dans ton récit. C'est ton amie et cela est normal mais Carter il n'y a rien de vécu par toi-même dans tout cela ?»

Carter se mordit les lèvres. « Non rien je te rassure. Mais j'ai une amie en Virginie qui a subi également un viol. Elle ne m'en a jamais parlé directement mais elle est peintre et j'ai vu ses dessins ils étaient horribles. Toute son angoisse et sa souffrance se reportaient dans ses tableaux. »

« Carter, on ne se soigne pas d'un viol, on l'intègre dans sa vie et ensuite on traite ses peurs par des moyens détournés pour poursuivre notre existence. Il faut montrer à tes amies qu'elles ne sont pas seules et que vous les soutenez sans aucun jugement. Dans le cas de ton amie Shirley ce qui est difficile c'est qu'elle ne sait pas ce qui s'est passé du coup son imagination va lui apporter toute sortes d'images ignobles. C'est sur ce point qu'il faut travailler.»

Sur le pas de la porte, Barbara caressa la joue de Carter, « J'ai connu beaucoup d'enfants tous étaient uniques et fascinants car c'est le propre d'un enfant. Vois-tu, la vie ne m'a pas permis d'être mère, et à vrai dire je ne l'ai jamais souhaité mais j'aurais été fière que tu sois ma fille. Tes mères ont énormément de chance, Carter et c'est pour cela qu'elles tiennent autant à toi. Alors certes, elles le font avec maladresse et pour une avec violence mais elles t'aiment car tu es la personne la plus admirable que je connaisse.» Elle l'embrassa, « et en plus, tu es courageuse et forte.»


Carter marchait dans la rue, elle pensait aux paroles de Barbara. Courage et force, il lui en faudra pour affronter Shane. Elle saisit son portable et envoya un texto à Nike et Indy. Le rdv à la cafet était sans échappatoire.

Installée dans un coin, un peu à l'écart, Carter tenait sa tasse nerveusement mais avec détermination.

Elle vit rentrer Indy suivi presque immédiatement de Nike. Elle leur fit un signe.

Ils s'assirent en soufflant. « Putain, y a quoi de si urgent ? » demanda Indy.

« C'est vrai, les zombies sont parmi nous ou quoi ? » rigola Nike.

Mais le regard de Carter lui effaça son hilarité.

« C'est sérieux. Je vais vous poser une question et j'attends de vous une franchise totale. »

« Tu me fous la trouille.» Nike essayait de lire dans ses pensées. « Tiens, tu bois du café, maintenant. »

« Arrête de faire le con, » lui dit Indy et il fit un signe de la tête pour montrer qu'il attendait la question.

« Est-ce que vous trafiquez avec Shane ? »

Indy la regarda avec de grands yeux surprit. « On trafique rien avec Shane. Il nous deale un peu de shit et parois des amphet comme lors du concert mais rien de plus. Il est cool, ses prix sont très corrects. On ne t'en a jamais parlé parce qu'on sait que tu n'es pas chaude pour ça. Mais c'est tout.»

Il se tourna vers Nike, pour le prendre à témoin. « N'est-ce pas Nike ? Pourquoi tu nous demandes ça ? » Nike sortit une cigarette. Indy la lui prit des mains, « et mec, tu fais quoi, si on te voit avec une clope ici, on va te virer à coup de pieds au cul. »

Carter fixa Nike, « c'est sûr pour toi aussi, Nike. Aucun trafic avec Shane. Et vous n'avez rien remarqué de bizarre ? C'est très important, Nike. » Elle ne le quittait pas des yeux.

Celui-ci triturait son paquet. Indy le connaissait bien, il le sentait mal à l'aise.

« Nike, y a une embrouille avec Shane ? »

Nike regarda la salle. Il était blanc.

« Et Nike, réponds moi. Tu ne fais pas le con ? » Nike n'ouvrait pas la bouche. « Ho, c'est ton pote qui te parles. » Indy le secoua.

Cela le fit réagir, « Lâchez-moi, bordel. Je ne fais rien avec Shane. »

Indy commençait à s'énerver, « t'es sûr de ça ? » D'un coup il serra son poing et frappa la table, « Je suis con. Avec quel fric tu as pu t'acheter tes nouvelles fringues et tes fameuses pompes pour courir ? »

Nike le défia du regard, « je te l'ai dit, j'ai eu un plan. »

« Un plan, tu te fous de moi, tu deale, c'est ça ? Mais t'es malade. » Indy était hors de lui.

Nike gonfla sa poitrine et leva la tête vers Indy. « T'es pas ma mère. »

Carter regardait ses deux amis commencer à se déchirer.

Elle attrapa la main de Nike. Ce dernier fut surpris mais il vit une Carter très déterminées. D'une voix calme, elle lui dit, « Nike, il faut que je sache. C'est beaucoup plus grave que tu ne le penses. Il s'agit de Sally. Elle est en danger. S'il te plait, dis-moi ce que tu sais.»

Nike poussa un soupir. « Vous faites chier. J'avais besoin de fric. J'étais sec pour le loyer et surtout je dois payer la fac. Mes parents m'emmerdent pour m'envoyer du pognon et je ne trouvais pas de job. Shane m'a proposé de m'aider. J'ai fait quelques livraisons pour lui et puis après des mecs m'ont forcé à en faire plus. Ça paye bien et de toute façon, je n'ai plus trop le choix. Ces types, ils ne rigolent pas. Carter, ils sont dangereux. Ce sont des latinos, un cartel mexicain. Ne t'en mêle pas. »

Indy prit Nike par l'épaule, « mec, on va pas te laisser tomber. Il faut aller voir les flics. »

Nike se dégagea, « Tu débloques. Tu veux crever. Tu ne regardes pas les infos. Ces cartels, ils te découpent en morceaux. Et puis, avec quelles preuves ? C'est moi qui vais aller en taule.»

Carter réfléchissait, aucune solution ne lui venez à l'esprit. « Mais Sally est dans leurs pattes. Il faut la sortir de là. On ne peut pas la laisser comme ça. Shane l'oblige à faire des choses ignobles. »

Nike baissa les yeux, « je suis désolé Carter mais je ne peux rien faire. J'ai la trouille tu saisi, la trouille. »

Indy avait son regard perdu. Ils se sentaient totalement impuissants.

Carter jeta un œil à son portable. « Merde, c'est déjà 18h, je vais être en retard. » Elle avait oublié qu'elle bossait au resto de Frederico, le soir même.

Elle quitta précipitamment ses deux amis. Rien n'était réglé, mais au moins Indy était auprès de Nike.

Elle devait passer chez elle pour se changer.

Elle rentra doucement dans sa chambre, Vannina était couchée près de Shirley. Shirley dormait et Vannina la veillait. Elle récupéra une jupe, un chemisier blanc et une paire de soulier. Elle fit un signe à Vannina pour lui demander de sortir.

« Comment va Shirley ? Qu'a dit le copain d'Alma ? »

Vannina haussa les épaules. « Il lui a donné des calmants pour l'aider à dormir. Elle avait peur des cauchemars. Le toubib aurait préféré l'amener à l'hôpital mais elle a refusé. » Des larmes apparurent dans les yeux de Vannina, « Carter, elle a des bleus sur tout le corps. Et son …,» elle n'osait pas le dire, elle fit un effort sur elle-même, «son sexe est meurtrie, elle a des lésions partout, Carter, c'est horrible. Mais le docteur l'a soigné. Il a dit que rien n'était irrémédiable et qu'avec le temps ses blessures disparaitraient. Mais comment pourra-t-elle oublier tout ça ?»

Carter sortit la carte de la fondation et la confia à Vannina. « Je n'en ai parlé qu'à Barbara, à part elle et nous, personne n'est au courant. » Vannina se blottit contre elle, «merci, pour tout ce que tu fais. » son regard devint dur. « Je sais pas comment mais ces salauds doivent payer. »

En partant, Carter vit Alma qui rentrait. Elle portait un sac de médicaments. Elle sourit à Carter.

« Ça va aller, Vannina et moi, on s'occupe de Shirley. Va bosser, car si tu ne payes pas ton loyer. On te fout dehors. » Et elle lui fit une grosse bise.


Elle arriva très en retard au restaurant. Elle avait envoyé un message mais cela n'excusez rien. Frederico l'accueillit avec bienveillance. « Tu ne m'avais pas habitué à ça. Dépêche-toi, la soirée va être difficile.»

Et elle le fut. Carter se trompait dans les commandes, confondait les tables. Elle cassa un nombre incalculable de verres et fit même tomber un plat en cuisine. Son sourire avait disparue, elle répondait mécaniquement aux clients. Sa nervosité était visible. Elle ne pensait qu'à une chose comment aider Sally. Elle était sûre que celle-ci ne pensait pas ce qu'elle lui avait dit. De toute façon, elle était sous l'emprise de Shane. Il fallait qu'elle trouve une solution coute que coute.

Rien de ce qui se passait dans son restaurant n'échappait à Frederico. Il observait Carter, il comprenait que quelque chose la contrariait.

Alors qu'il ne restait que deux tables encore occupées, il attrapa Carter. « Viens t'asseoir avec moi. »

Carter lui fit remarquer qu'il fallait débarrasser puis ensuite monter le service pour le lendemain, il sourit, « laisse faire les autres, tu as assez fait de casse pour ce soir. »

Carter se retrouva dans une alcôve devant Frederico, un petit verre de grappa à la main.

« Je suis désolé. Tu la retiendras sur mon salaire. » Carter était fatiguée.

« Oui, c'est ce que je devrais faire. Ce soir, tu as été la pire serveuse que j'ai vue à l'œuvre depuis longtemps. » Il la regarda dans les yeux. « D'un autre côté, tu es aussi la meilleure serveuse que je connaisse donc j'en conclu que tu as un souci et comme je suis ton ami, j'espère que tu vas m'en parler. »

Carter appréciait le geste de Frederico mais elle ne voulait pas l'embêter avec ses problèmes. «Ce n'est rien. J'ai une amie qui a des ennuis du coup, ça me prend la tête plus que cela ne devrait. Mais tu es gentil de t'inquiéter pour moi. » Elle avait peur.

Frederico la scrutait, « en matière d'ennui, je suis champion du monde, je les connais tous. Quel est son genre d'ennui ? »

« Non, je ne veux pas te faire perdre ton temps avec ça. » Carter sentait son angoisse monter.

Frederico vit les larmes dans les yeux de Carter. « Merde, Carter. Parle-moi. C'est grave ? » Il lui prit la main et Carter se laissa aller. Elle était désemparée.

Elle lui raconta, Shane, Sally, la drogue et son sentiment d'impuissance.

Imperceptiblement le regard de Frederico changeait au fil du récit de Carter.

Quand elle eut terminée, il la toisa, « Carter, tu vas me promettre une chose. Tu vas rester à l'écart de tout cela. Je vais me renseigner et essayer de trouver une solution mais surtout n'essaie pas de faire quoi que ce soit. Ne prend aucun risque. »

Carter le regardait incrédule, « mais que peux-tu faire ?»

Frederico mit son doigt sur sa bouche, « ça ma fille, c'est mon problème. Tu n'as pas à le savoir. Fais-moi confiance c'est tout. Ok ? »

« Ok, Frederico»

« Sois prudente. Ta copine n'est pas encore perdue. Allez viens je te ramène chez toi. Ce sera mieux que le bus.»

Frederico attendit que Carter rentre dans sa maison. Quand il vit la porte se refermer, il regarda sa montre. Il s'arrêta à une station-service, acheta un téléphone prépayé et composa un numéro. La personne qui décrocha ne dit aucun mot. Frederico guère plus. « Sono io. Arrivo. » Il récupéra la puce, la cassa en deux. Il supprima le numéro et jeta le téléphone dans la bouche d'égout. Il démarra et sa voiture disparut dans la nuit.

Carter était dans le salon. Elle se sentait rassurée d'avoir parlé à Frederico. Elle lui faisait confiance.

Son phone vibra. Le message la fit frémir. « Suis à la boite. Aide-moi. Enfermée dans une pièce. 2eme fenêtre ruelle. Fais vite. »

Elle trouva sur le bureau de Sally les clefs de sa voiture. Elle monta dans la Toyota sans réfléchir, elle devait sauver Sally et n'avait pas le temps de prévenir qui que ce soit. De toute façon, Thomas n'était pas là et les autres avaient peur.

Elle passa devant la boite. Elle vit deux hommes devant qui filtraient les entrées. Elle décida de se garer un peu plus loin dans la rue. La voiture dans le sens du départ. Elle laissa son sac et ne prit que son téléphone. Elle le mit sur silencieux et sortit de la voiture. Être discrète, ne pas se faire repérer, elle essayait de respirer calmement. Elle pensa à Thomas, demain tout sera mieux. Il la serrera dans ses bras. Elle s'approcha et attendit que les videurs soient occupés pour se faufiler.

La ruelle était éclairée par une mauvaise lampe jaune qui accentuait son ambiance glauque et malsaine.

Elle contourna prudemment les immondices qui jonchaient le sol. Une odeur âcre saturait l'atmosphère. Il faisait chaud, elle commença à transpirer.

Carter repèrera la deuxième fenêtre, elle était trop haute pour qu'elle puisse voir quelque chose. Elle repéra des containers poubelles au fond de cette ruelle qui était en fait une impasse. Un frisson la parcourut, si quelqu'un arrivait elle était prise au piège. Il fallait faire vite. Elle s'empara d'un des containers et le tira vers la fenêtre. Il roulait mal et grinçait. « Moins de bruit,» pensa-t-elle.

Elle entendit une voix. Elle se cacha très vite. Un homme s'avançait vers elle. Elle en vit un autre qui restait à l'entrée de la ruelle. Son cœur battait très fort, trop fort, il allait dépasser le container et la voir, c'était certain. Non, il se cala face à la poubelle, descendit sa braguette et se mit à pisser.

Il cria à son copain, « Hé, Charly, elles sont bonnes les gamines ici. Putain quelles salopes. Ça n'a pas 18 ans et ça sucent comme des pros. »

L'urine coulait sous le container, Carter sentit la nausée la prendre.

« Ouais, je te l'avait dit », l'autre gars se rapprocha. « Et celle d'hier soir, elle était canon. Complètement défoncée l'étudiante. Quel cul !»

« Charly, tu sais quoi ? »

« Non, mec. »

« J'aime les conventions de notre putain d'entreprise.»

Il remonta son froc et ils partirent en riant à gorge déployée.

Carter vit leurs visages dans la lumière jaune, elle se promit de ne jamais les oublier.

Elle eut un haut le cœur et elle vomit.

Elle s'essuyât la bouche d'un revers de la main et poussa le container sous la fenêtre.

Elle monta dessus et regarda à travers la vitre.

Sally était allongée, dans le noir, sur le sol d'une sorte de débarras. Elle frappa au carreau. Sally releva la tête, ses yeux étaient terrifiés.

Elle lui sourit pour la rassurer et lui fit signe de venir lui ouvrir la fenêtre. Sally s'agitât, elle essaya de se lever, mais elle n'y arriva pas. Elle était attachée.

Carter n'hésita pas, elle poussa fortement sur la fenêtre. Celle-ci s'ouvrit, trop facilement pensa-t-elle subitement. Une main puissante lui attrapa le bras et la tira à l'intérieur. Elle s'écrasa par terre.