Chapitre 8 : Le courage de vivre
Carter se vida d'un coup de toute son énergie. Un piège, elle était piégée.
Une lumière aveuglante, elle plissa les yeux, devant elle le mexicain ricanait.
Elle était tétanisée. La peur l'empêchait de bouger et de parler.
« Bonsoir mademoiselle. Savez-vous que la violation de domicile est sanctionnée par la loi ? »
Il se tourna vers une ombre. « Je te l'avais dit, Shane, cette gamine a du courage. Mais elle est inconsciente.»
Shane ne souriait pas, il était très pale. « On pouvait faire autrement. »
Le mexicain s'avança vers Shane. « Non, elle en sait trop. Elle est venue seule. Il faudra que tu t'assures que ses copains se tiendront tranquille. »
« Pas de souci. Ils sont terrorisés, ce sont des gamins. »
Il prit Shane par le cou. « Je l'espère pour toi. Tu as assez fait de conneries comme ça. »
Carter essaya de se relever.
Il fit un geste rapide et la saisit par les cheveux.
« Il ne fallait pas être aussi curieuse. »
Carter cria de douleur, « lâche-moi, connard ». Des larmes lui coulaient sur le visage. Elle tentât de le frapper mais il la gifla d'un revers de sa main libre. La chevalière s'imprimât sur sa joue.
Il la libéra et elle s'effondra comme un pantin dont les fils ont été coupés. Elle avait le gout du sang dans sa bouche.
« On te surveille depuis ta baraque. On n'a même pas eu à intervenir. Tu es venue à nous toute seule.»
« Appelle les gars ! »
Shane sortit et revint avec deux types massifs, totalement tatoués sur leurs visages et leurs bras. Ils portaient à leur ceinture deux énormes flingues.
Le mexicain leur fit un signe. Les gars s'emparèrent de Carter et lui attachèrent les mains et les jambes avec des liens en plastique. Ils lui prirent son téléphone et le brisèrent sur le mur en béton.
Carter arriva à regarder le mexicain dans les yeux. « Qu'allez-vous nous faire ? Salaud! »
Il découvrit ses dents comme le ferai un loup face à une brebis.
« Ne t'inquiète pas, ma chérie. » Il s'accroupit près d'elle. Il se rapprochât de sa bouche. Son haleine était rance. « Mon patron est un homme d'affaire. Toi et ta copine valaient du pognon. On ne vous fera pas de mal, que du plaisir. Des tas de gars paieront très cher pour avoir ton petit cul. »
Il passa sa main sous sa jupe. « J'aime ton caractère. C'est dommage, tu aurais pu être une de mes femmes.»
Carter sentit sa peau rugueuse sur ses cuisses, elle essaya de lui cracher dessus mais elle n'avait plus de salive.
Elle se débattit. « Jamais ! Je ne me laisserai jamais faire. »
« Aujourd'hui, mais dans quelques jours tu seras prête. Nous sommes très doués pour ça. »
Il porta un doigt à ses narines qu'il humât avec une délectation non feinte. « Regarde, tu mouilles déjà. » Cela le fit rire.
Carter se rendit compte alors que sa culotte et sa jupe étaient trempées. Elle se sentit humiliée et sans défense.
Il se releva et s'adressa aux deux types. « Vous les surveillez. Il y a trop de monde pour les sortir. On le fera au petit matin. On ira au motel. »
Carter hurla à Shane. « Tu es un pourri mais crois-moi, je t'aurai. »
Shane se mit devant Carter. Il la dominait totalement. Il était au-dessus d'elle. Elle ne voyait plus que ses jambes interminables. Elle crut un moment qu'il allait lever son pied et l'écraser comme l'araignée. Il pencha la tête. « Carter, c'est fini. Ils vont te droguer, tous te passer dessus et à la fin, tu feras tout ce qu'ils te demanderont.»
Le mexicain l'appela. « Shane, bouge-toi. N'oublie pas que tu as du boulot ce soir. »
Shane lança un dernier sourire à Carter et sortit.
La porte se referma. Le noir devint total, seule la lumière jaune de la ruelle éclairait le plafond.
Carter se tortillait mais les liens étaient trop serrés et plus elle bougeait, plus ils lui entaillaient la peau.
Elle était terrifiée. Il fallait réfléchir, mais elle n'y arrivait pas. Son esprit était complétement vide.
Des pleurs, ce n'était pas elle. Elle avait oublié Sally. Elle fit un effort et arriva à se tourner vers elle, en roulant sur le dos.
« Sally, calme-toi. Tu n'as rien ?» Sally ne répondait pas, elle continuait à pleurer. « Ecoute moi, je sais que nous allons sortir d'ici, crois-moi. Il faut garder espoir, sinon on est foutue. » Sally ne bougeait pas. Carter haussa la voix. « Sally, il faut que tu sois avec moi ! »
Sally enfin, osa la regarder. « Carter, je suis désolé, ils ont pris mon portable et ont envoyé le texto.»
Carter voulut rassurer Sally et lui sourit. L'intérieur de sa joue lui faisait mal.
« Je ne t'en veux pas. C'est ma faute, je suis stupide, j'aurais dû me méfier. »
« Tu es venu pour me sauver malgré ce que je t'ai dit aujourd'hui. Je ne me doutais pas que je comptais autant pour toi. Merci Carter.»
« Je savais que tu ne le pensais pas. Et tu es mon amie.»
Sally s'agita. « Mon dieu, qu'est-ce qu'on va devenir. J'ai tellement peur. Je sais de quoi ils sont capables. »
Carter essaya de se rapprocher de Sally en se trainant vers elle. « Sally, ils t'ont fait du mal ? »
Sally se remit à pleurer. « Je l'aimais. Je l'ai cru. Jamais personne ne s'était occupé de moi comme lui. Je ne voulais pas le décevoir alors j'ai accepté de faire …. Carter, j'ai tellement honte. Il y avait des hommes et des femmes. C'était dégoutant. Des mineures aussi. J'ai voulu arrêter alors Gaucho, celui qui t'as frappé, m'a dit qu'ils avaient des dvd très sympas de moi et que le campus les aimerait. J'ai été obligée de le faire avec son patron et avec lui. » Les larmes inondaient son visage, « Shane était là, il me tenait les mains en me disant qu'il m'aimait. C'est une ordure. Et maintenant, ils vont nous envoyer je ne sais où. On ne s'en sortira jamais. Mais je ne veux pas mourir.»
Carter ne voulait surtout pas lui montrer sa panique. « Sally, il faut se soutenir. Viens, contre moi. » Elles se collèrent l'une à l'autre.
Sally lui dit à l'oreille, « pour Shirley, je ne l'ai compris qu'après, quand nous l'avons ramenée chez elle. Mais j'avais trop peur de faire quoi que soit. »
« Ne t'inquiète pas, je te jure qu'on trouvera une solution. »
Les heures défilèrent, régulièrement un des gars passait la tête par la porte. Il ne disait rien.
Carter entendait la musique assourdie et parfois des bruits de pas. Elle avait vite compris que crier ne servirait à rien, si ce n'est à les énerver. Il fallait rester calme et attendre le bon moment.
La musique s'était arrêtée. Le jour commençait à peine à poindre.
La porte s'ouvrit à nouveau. Carter sentit deux mains la saisir sans ménagement, la mettre debout, lui couper les liens de ses jambes et la porter.
D'un coup un sac en toile lui recouvrit la tête, elle cria, « non ! ». Les mains la poussaient, elle se cogna à une barre, peut-être une chaise. La douleur irradia son genou droit.
Elle entendit une porte s'ouvrir. Elle sentit un air frais sur sa peau.
Les mains la soulevèrent et la jetèrent sur une tôle. Une camionnette. Elle s'affola, « où les amenaient-ils ? » Un corps vint s'écraser sur elle, Sally.
Le véhicule démarra. Couchée, elle ressentait toutes les vibrations de la route. Elle avait terriblement soif.
Le temps lui sembla interminable. « Ils ne vont pas nous amener au Mexique. » Elle essayait de bouger, ses poignets lui faisaient mal.
Elle reçue un coup de pied dans les côtes. « Arrête de gigoter ! »
Le véhicule s'arrêta. La portière coulissa. Elle entendit parler espagnol.
Les mains la soulevèrent à nouveau. Elle marcha quelques mètres et compris qu'elle était entrée dans une pièce.
Elle restait debout sans bouger. Les mains lui arrachèrent le sac en toile. Elle distingua une lueur. Puis les éléments devinrent plus précis. Les deux gars tatoués étaient là avec le mexicain. Un grand lit occupait la pièce, c'était certainement la chambre du motel. Sally était à côté d'elle, totalement pétrifiée.
Carter vit un des hommes s'approcher d'elle. Il lui coupa ses liens. Elle devait en profiter. Elle courut vers la porte mais il fut plus prompt, il l'empoigna et l'envoya sur le lit.
« Comme mademoiselle est déjà en position, nous allons commencer par elle. »
Carter paniqua complètement. Les deux gorilles la tenaient sur le lit par les bras et les jambes. Elle se débattait, lança toutes les forces qu'ils lui restaient dans une lutte sans espoir. Elle commença à sentir des larmes sur ses joues. Le mexicain rit, « je vais te calmer. » Il sortit une trousse de la poche intérieure de son costume qu'il posa sur la table de nuit. Il enleva sa veste doucement et la plia en deux sur une chaise. Un holster battait le flan de sa poitrine. Il ouvrit la trousse et y prit une seringue. « Avec ça tu seras toute gentille. Juste ce qu'il faut pour te tenir tranquille et que tu puisses quand même profiter de nous. »
Sally s'effondra sur le tapis élimé. Carter vit l'aiguille s'avancer vers le creux de son coude. Elle ne pouvait pas bouger. Son souffle s'accéléra. Son visage se décomposa, elle éclata en sanglots. Son corps se mit à trembler. L'aiguille était là, la pointe lui touchait la peau, elle ferma les yeux, elle hurla, « Thomas !»
Un bruit énorme, une porte s'écrase. Des cris, des voix, « Bouge pas, putain, bouge pas. » Une détonation.
Une main la tire. Une main noire. « Carter, on y va.» Thomas la saisi par les épaules et la taille. Il la soulève comme une poupée de chiffon. Elle voit Frederico une arme au poing qui soutient Sally. Trois autres hommes, armés, braquent les tatoués qui sont à genoux. Un corps est au sol. Du sang sur sa poitrine. Le mexicain. Ses yeux fixent le plafond. Seule la chevalière en or jette encore un éclat.
Ils sortent en courant, deux autres hommes sont devant la chambre avec des Uzi. Thomas l'engouffre dans une voiture. Il la prend contre lui. « C'est fini Carter, c'est fini. Tu es en sécurité. »
Frederico dépose Sally à côté d'eux, passe devant et dit au chauffeur, « Andiamo.»
La voiture démarre en trombe.
Cela a duré moins d'une minute.
Carter ne réalise pas encore. Elle se serre contre Thomas. Elle prend la main de Sally. Celle-ci a les yeux totalement vides. Elles tremblent.
Elle regarde Frederico qui s'est tourné, Carter ne lui connait pas ce visage fermé et dur.
« Putain Carter, t'es un vrai numéro.» Il esquisse un sourire.
« Comment avez-vous su ? » Sa voie est cassée.
« Ce n'est pas le moment. Plus tard. » Frederico a repris son expression fermée. Sa main reste sur son arme.
Elle sent un baiser sur ses cheveux. Elle se laisse aller contre Thomas. Elle s'approche de sa bouche. Thomas pénètre son regard. Il a des yeux noirs profonds et sombres « J'ai eu tellement peur de te perdre. » Elle n'arrive pas à contrôler ses lèvres. Il voit les tremblements. Il l'embrasse délicatement puis plus intensément pour atténuer ce choc qu'elle ressent.
La voiture rentra dans un parking. Elle s'arrêta près d'un autre véhicule. « On descend ici », dit Frederico.
Il serra la main du chauffeur, « Grazie per tutti ! ». Le gars fit un signe de la tête. « Con piacere. »
Ils montèrent dans l'autre voiture. Frederico conduisait. Il se détendit. « Allez, on rentre a casa. »
Carter a besoin de comprendre. « Vous pouvez m'expliquer maintenant ?»
Frederico bougea sur son siège. « Carter, la prochaine fois que je te demande de te tenir à carreau, tu devras m'écouter. Tu as eu beaucoup de chance aujourd'hui et Sally aussi. »
« Frederico, ces hommes, ce sont des amis à toi ? »
« Disons que je les connais suffisamment pour solliciter ce genre de service. Ils sont bien renseignés et ont les moyens d'agir. Et sur le coup, vous aviez toi et eux les mêmes intérêts.»
« Mais comment avez-vous su qu'ils nous avaient enlevées ?»
Frederico poursuivit. « Je leur ai demandé des infos sur le Shane et la boite. Et puis Thomas m'a appelé cette nuit en me disant qu'il était arrivé plus tôt et que personne ne t'avait vu à la maison, or moi, je t'avais vu rentrer. La voiture de Sally n'était plus là. L'intuition et la chance, on l'a retrouvé près de la boite. J'ai appelé mes amis. Nous avons surveillé les sorties et au moment où on voulait intervenir, on vous a vu monter dans la camionnette, on vous a suivie. La suite tu la connais. »
« Le mexicain est mort, n'est-ce pas ? Et c'est toi qui a … » Elle ne finit pas sa phrase.
Frederico ne remua pas un cil. « Ne t'en fait pas pour ça.»
« Que va-t-il arriver aux deux autres types ? »
Frederico éclata de rire. « Tu es extraordinaire, ces deux gars t'ont enlevée. Ils étaient prêts à te droguer, à te violer, à te vendre et toi tu t'inquiètes pour eux. » Il redevint sérieux. « Carter, je suis désolé mais il y a des questions dont il vaut mieux ne pas connaître les réponses. »
Il la regarda dans le rétroviseur. « Carter, cette nuit et ce matin, il ne s'est rien passé. Tu entends, rien.»
Carter baissa la tête. Elle s'accrochait au polo de Thomas. « Frederico, merci pour ce que tu as fait pour Sally et moi. Je suis désolé de vous avoir entrainé dans cette histoire. J'ai fait prendre des risques à beaucoup de gens. J'ai été inconsciente et stupide. Mais j'avais peur d'arriver trop tard pour Sally. Ils m'ont piégé avec un texto.» Elle regarda Thomas. Celui-ci était resté silencieux. Pendant tout ce temps, il lui avait seulement caressé le dos. Il fixait le siège devant lui « Excuse-moi, Thomas. »
Il la serra contre lui. « Ne t'excuse pas, tu as été la Carter que j'aime, courageuse et déterminée. Sans toi, Sally ne serait plus avec nous. Mais la prochaine fois, envoie moi un message.»
Frederico sursauta. « Si tu permets, Thomas, je préfèrerai qu'il n'y ait pas de prochaine fois. »
Carter ferme ses yeux.
Thomas serre sa mâchoire. Le sang fait battre ses tempes.
Sally s'est endormie depuis bien longtemps.
Ils étaient tous dans le salon. L'anxiété qui existait dans la pièce aurait pu être coupée au couteau.
Les visages étaient blêmes. Vannina et Shirley collées l'une à l'autre, ne savaient plus quoi faire de leurs doigts rongés jusqu'au sang. Alma tenait les mains de Nike et Indy. Ils se surprirent à prier.
Ils entendirent une voiture s'arrêter devant la maison.
Thomas et Carter aidèrent Sally à sortir. Carter fit un signe à Thomas. « Je peux marcher, prend Sally.»
Il la souleva et la porta dans ses bras. Il s'arrêta sur le perron et lui parla doucement.
Frederico s'approcha de Carter. Il regardait Thomas. « Ce mec a un sacré courage, je ne sais d'où il vient mais il n'a peur de rien. C'est lui qui est rentré le premier dans la chambre et sans arme. Il n'en a pas voulu. » Il se pencha vers Carter. «Il tient à toi plus qu'à sa propre vie. Mais tu vois, c'est son calme qui m'a le plus impressionné. Respect. » Il lui prit les épaules. « Carter, il faut essayer de dormir. Et ne reste pas seule. Tu vas avoir besoin de quelqu'un près de toi aujourd'hui. Quoique de ce côté-là, je ne m'inquiète pas. »
Une voiture passa dans la rue, Carter sursauta, « Regarde-moi, tu ne crains plus rien. Tu es protégée et tes amis également. Le signe est très clair pour tous les voyous d'Atlanta et même au-delà. »
Il lui pinça la joue et lui fit un énorme bisou. « Bien, j'y vais. Moi aussi, j'ai besoin de dormir et de retrouver Sofia. »
Carter ne put que lui dire, « merci Frederico »
Il sourit. «Thomas a raison. Toi aussi, tu as un sacré courage. »
La porte s'ouvrit doucement. Quand ils virent Thomas qui portait Sally. Ce fut une explosion de joie. Ils se précipitèrent vers eux, chacun voulant les attraper et les toucher. Non, ce n'était pas un rêve.
« Mais où est Carter ? » et pendant un infime instant l'angoisse les repris. Puis ce fut un cri. Carter fut ensevelie sous les accolades, les baisers et exclamations.
Alma la première imposa le calme, « c'est bon, il faut les laisser respirer. Vous allez les étouffer et cela n'aura servi à rien de les sauver. »
« Je vais porter Sally jusqu'à sa chambre. » dit Thomas. « Je crois qu'elle a vraiment besoin de se reposer. »
Carter se laissa tomber sur le divan qui en soupira d'aise.
Alma lui demanda, « tu ne veux pas aller dans ta chambre ? »
Carter répondit, « non, pas tout de suite même si j'ai besoin d'une douche en urgence. »
Ils se mirent tous autour d'elle en silence. Ils attendaient qu'elle parle. « Ecoutez, nous allons bien. Frederico et Thomas nous ont retrouvées, c'est l'essentiel. Pour le reste, je préfère oublier. Ok ? Par contre, j'ai très soif. »
Shirley se leva d'un bond, « je vais chercher de l'eau. »
« Et moi, je vais te faire un thé, d'accord. J'en fais pour tout le monde.» Sans attendre de réponse, Vannina se précipita dans la cuisine sur les pas de Shirley puis se retourna, « au fait, j'ai changé tes draps. Ton lit est tout propre. Je t'ai mis de la lavande de ma Provence. »
Carter sourit, « merci Vannina, merci à vous tous.»
Nike se gratta la tête, il chercha l'aide d'Indy du regard. Celui-ci l'encouragea d'un geste de la main. « Allez vas-y ! »
Nike respira un grand coup, « Carter, je voudrais que tu me pardonnes pour ma connerie et surtout …. ma lâcheté.»
« Nike, tu avais peur. C'est naturel. Ces mecs étaient vraiment dangereux mais maintenant on est en sécurité. » Carter ouvrit ses bras. « Viens.» Nike se blottit contre elle.
Vannina ramena une grande théière, des biscuits et trois énormes tablettes de chocolats.
Thomas vint les rejoindre. Carter se poussa et posa sa tête sur son épaule.
Sa tasse à la main, elle se sentit d'un coup épuisée. « Je crois que j'ai besoin de m'allonger. » La tête lui tournait.
Thomas l'aida à monter les escaliers. « Il faut que j'aille aux toilettes. » Thomas lui ouvrit la porte de la salle de bains et allait ressortir, Carter le retint. « Non, je préfère que tu restes avec moi. Tu voudrais bien me faire couler un bain.»
Thomas frottait son corps avec une éponge et faisait glisser de l'eau très chaude sur ses cheveux. Carter assise dans la baignoire, se sentait fébrile, une angoisse qui venait du plus profond de son âme la saisit. Elle se mit à greloter. Elle n'arrivait plus à se contrôler. Elle éclata en sanglots.
Thomas continuait à la caresser. Il embrassait sa peau tout en lui fredonnant une chanson dans une langue douce et mélodieuse.
Il attrapa une énorme serviette, l'enveloppa dedans et la souleva. Elle ressemblait à petite fille entre les bras musclés de Thomas. Carter s'accrochait à lui. Il la porta jusqu'à leur lit.
Il la déposa dans sur des draps bleus très doux qui embaumait la pièce d'une odeur fleurie et ensoleillée. Elle la reconnue, l'odeur du châle.
Carter croyait que ces tremblements ne cesseraient jamais. Thomas remonta les draps sur elle puis il s'allongea à ses côtés. L'éléphant était sur le coussin, elle le saisit et se mit en boule contre la poitrine de Thomas.
C'est à ce moment qu'elle s'en rendit compte, sa mère lui manquait énormément.
Carter dormait. Elle s'était apaisée. Sa respiration était devenue régulière. Thomas lui caressait les cheveux. Il avait soif et sa colère ne lui était pas totalement passée. Il n'avait pas sommeil. Il avait besoin de bouger. Il l'embrassa puis se leva. Il referma la porte avec précaution.
Le salon était vide. Il imagina que chacun était dans une chambre.
Arrivé dans la cuisine, il se versa un grand verre d'eau. Il avait réussi à sauver Carter. Il avait eu si peur que le destin à nouveau lui enlève l'être qu'il aimait le plus au monde. Mais cette fois-ci la fatalité avait changé de camps.
Il entendit frapper à la porte.
Il trouva devant lui le professeur Fairbanks. Il semblait très fatigué. Alors qu'il l'avait toujours vu en costume de gentlemen-farmers, le professeur portait un jean informe avec un tee-shirt froissé.
« Thomas, je suis heureux de te voir. »
« Que se passe-t-il professeur ? Vous semblez perturbé. Vous allez bien ? » Douglas ne répondit pas. Son regard était nerveux. « Mais entrez. Vous voulez boire quelque chose ?»
« Non merci Thomas. Carter est là ? »
Thomas était embêté. « Oui, mais elle dort. Elle a été malade cette nuit. Pourquoi ? »
Il vit le professeur chanceler, Il lui prit le bras, « venez, asseyez-vous. » Il l'emmena dans le salon et lui offrit un fauteuil.
« Il s'est passé quelque de grave Professeur ? »
« Oui, Thomas. Mais ne réveille pas Carter.» Ses yeux se mouillèrent. « Thomas, Barbara a été agressée chez elle, cette nuit. Elle est à l'hôpital dans le coma. » Il s'écroula. « Mon dieu, les médecins ne veulent pas se prononcer. Elle va mourir. »
Thomas pris Douglas par les épaules, « Calmez-vous, elle est toujours vivante. Barbara est une femme forte. Que s'est-il passé ? »
« Les tableaux, c'était pour les tableaux. Sa femme de ménage l'a retrouvée ce matin dans son salon, elle baignait dans son sang. Elle a écrit Shane avec ce sang.» Il éclata en sanglots. Il respira un grand coup, sorti un mouchoir et s'essuya les yeux. « Je ne peux pas rester, je dois retourner à l'hôpital. Elle est à Emory. Annonce le à Carter mais avec précaution. Elle aime tellement Barbara que cela va lui briser le cœur. »
Thomas se retourna, Alma, Vannina et Shirley étaient descendues dans le salon. Elles étaient blanches comme un linceul.
Thomas raccompagna Douglas à sa voiture. En revenant, il prit sa décision. Il devait le faire.
Il monta dans la chambre de Sally. Il en ressortit une minute plus tard.
Il redescendit au salon et demanda aux filles de veiller sur Carter pendant son absence.
Il sortit de la maison, monta dans sa voiture et démarra. Son regard était redevenu noir.
Carter ouvrit les yeux brusquement comme si un mauvais présage venait de la frapper. Le soleil jouait avec les rideaux de la chambre mais elle ne voyait que les ombres qui se formaient sur le mur. Elle envoya sa main derrière elle mais elle ne rencontra que le vide.
Elle se retourna.
Thomas avait disparu. Elle ne vit qu'Alma assise sur la chaise de son bureau un livre à la main qui lui souriait.
« Tu te sens mieux ? »
Elle ne dit qu'une chose, « où est Thomas ? »
Alma perçut le regard affolé de Carter. « Il est juste sorti un moment. Il m'a demandé de veiller sur toi. Il va revenir très vite. »
Carter sauta du lit. « Non, il ne m'aurait pas laissé seule. Il y autre chose. » Elle passa très vite une culotte et un tee-shirt. Elle se planta devant Alma. « Dis-moi, que se passe-t-il ? »
Alma ne pouvait mentir, elle baissa les yeux. « Barbara a été agressée chez elle. Elle est à l'hôpital. » Devant le visage totalement effrayé de Carter elle rajouta très vite, «Elle va bien. Enfin, elle est dans le coma mais pour l'instant ça va.»
Carter s'assit sur son lit, « mon dieu, mais pourquoi ? » Elle leva les yeux vers Alma.
« Je crois que c'est pour les tableaux …. On soupçonne Shane.»
A ces mots, tout s'éclaira pour Carter. « Shane ! »
Cela lui apparut comme une évidence, sa passion pour la peinture, le salaud.
« Mais pourquoi Thomas était-il sorti ? … Non, ce n'est pas possible. »
Elle se précipita dans la chambre de Sally. Alma n'eut pas le temps de la retenir.
Elle la trouva allongée avec Shirley et Vannina assises sur le lit qui lui parlaient.
Elle se jeta sur elle et lui pris les bras, « Sally, est-ce que Thomas t'as demandé quelque chose ? »
Sally tenta d'esquiver en demandant de l'aide des yeux à Vannina et Shirley.
Vannina réagit, « qu'est-ce qui se passe, ne la secoue pas comme ça. »
Carter était hors d'elle, « tu ne comprends pas, Thomas est peut-être en danger. Sally est-ce que Thomas t'as demandé où il pouvait trouver Shane ? »
Sally était désemparé, elle avoua, « oui, quand nous étions sur le perron. » Elle prie la main de Carter. « J'ai refusé de parler mais il est revenu tout à l'heure. Il m'a dit que nous ne serions pas en sécurité tant que Shane serait libre. Alors je lui ai expliqué où il avait un appartement. »
« Il y a combien de temps que Thomas est parti ? » Elle regarda les filles.
Alma répondit doucement, « 10 minutes environ. »
« Sally donne-moi l'adresse, vite ?»
Sally s'exécuta sans dire un mot.
Carter courut à sa chambre, s'habilla de ce qu'elle trouva et dévala l'escalier.
Alma l'arrêta en bas des marches. « Carter où tu vas encore, la nuit ne t'a pas suffi ? »
Carter ne se contrôlait plus. « Thomas est en danger et tu veux que je reste sans rien faire. »
« Mais tu n'as pas de voiture.»
« Je m'en fous, je prendrai le bus ou j'irai en courant. Donne-moi ton téléphone.»
Alma s'exécuta. Devant la détermination de Carter, elle n'osa plus rien dire.
Carter l'écarta de sa main et alla vers la porte.
Elle l'ouvrit, face à elle un grand blond aux cheveux ras fut autant surpris qu'elle.
Elle s'exclama, « Crash.»
Elle sentit le sang s'enfuir de son corps. Il semblait encore plus grand. Ses épaules avaient pris du volume. Il la regardait sans pouvoir parler, il fit un geste de la main.
Carter vit la main se rapprocher de son visage, elle recula instinctivement. Elle regretta tout de suite ce mouvement, les yeux de Crash devinrent si tristes. Jamais elle n'oubliera ce regard.
Elle passa ses doigts dans ses cheveux, elle était exaspérée. Ce n'était pas le moment.
Crash s'écarta et derrière lui, elle découvrit la voiture de ses parents garées juste devant la maison. « Non, pas les parents, pas maintenant. » Pendant un court instant, cette crainte l'envahit mais elle découvrit Taylor qui s'accrochait à Max avec un autre garçon, elle reconnut Benjamin.
« C'est pas vrai ! » dit-elle.
Elle lança ses bras en l'air et les laissa retomber de lassitude. « Qu'est-ce que vous faites ici ? » Elle commença à marcher le long du perron.
Maximilien s'approcha. « Carter, on se doutait que nous risquions de ne pas être accueilli à bras ouvert mais on espérait un peu plus de compréhension.»
Taylor le rejoint. « Tu as disparu. On a eu en tout et pour tout, quelques lignes jetées sur un bout de papier et un texto qui date de presque deux mois. On s'inquiétait mais visiblement, on te gêne.»
Crash pour sa part restait silencieux, son instinct le lui conseillait.
« Ce n'est pas ça. Ou plutôt,... shit ! » Elle regarda Taylor, « ce n'est pas le bon moment. »
Puis elle pensa à la voiture. Ses yeux s'éclairèrent.
« Ok, vous voulez me voir alors suivez-moi. Qui a les clefs de la caisse? »
« Moi. » répondit Crash. Il les sortit de la poche de son jean.
Carter tendit la main et les lui prit. Elle se précipita et s'installa au volant. « Bougez-vous ! »
La dernière portière n'était pas fermée qu'elle démarrait déjà.
Elle sortit l'adresse et la tendit à Crash assis à côté d'elle. « Entre là dans le GPS, je connais la direction mais pas l'endroit précis. »
Carter roulait vite, très vite. « A cette allure, on va pas tarder à se faire gauler par les cops. » La voix de la sagesse avait de nouveau parlée.
Carter regarda Max dans le rétro. « Tu ne changes pas ! Mais tu as raison.» Elle leva le pied de mauvaise grâce.
Elle tourna son regard vers Taylor. « Comment vont maman et papa ? Et Grant ?»
Taylor gardait son expression fermée. «A-t-on avis ? Ils s'inquiètent. Mais finalement on a compris que tout allait bien pour toi. »
Carter fixait la route et ne comprenait pas l'allusion de sa sœur. « Pourquoi tu dis cela ? Comment m'avez-vous retrouvée ? »
« C'est Grant sur YouTube. »
« Quoi sur YouTube ? »
« Il t'as vue sur le site d'un concert. Tu dansais sur les épaules d'un gars. Tu avais l'air de t'éclater. Ensuite on a cherché des Carter Wilson dans le coin et on en a trouvé une qui travaillait dans une bibliothèque universitaire à Atlanta. Mais on ne savait pas en venant que c'était toi. Finalement, tu t'es bien débrouillée.» La voix de Taylor exprimait la contrariété.
« TomorrowWorld, c'est pas vrai !» pensa Carter. « Ecoute Taylor, si tu es juste venue pour me reprocher mon départ, ce n'est pas la peine d'avoir fait la route. J'ai d'autres soucis pour le moment. » Sa voix était sèche.
Elle regarda l'heure sur la montre du véhicule, déjà presque 30 minutes que Thomas était partie. Et cette circulation qui la ralentissait. Et Barbara, comment allait Barbara ?
Max posa sa main sur celle de Taylor. Il voulait lui rappeler leurs conversations. Pourquoi, ils étaient venus jusqu'à Atlanta et ce qu'ils avaient compris de l'attitude de Carter.
Taylor baissa les yeux, une nouvelle fois, elle s'était laissé emporter par son égoïsme. Elle connaissait pourtant tous les efforts que Carter avait fait pour contenir la blessure qu'elle supportait depuis son retour dans sa famille.
« Excuse-moi. Je sais que pour toi, partir a dû être très dur. »
« Merci de t'en être aperçue, Tay. » Carter essaya de lui sourire à travers le rétro. « Je suis désolé de vous avoir fait cela. Mais c'était la seule solution pour m'en sortir. »
Elle regarda Benjamin. « Et lui, il fait quoi avec vous ? Alors, tu es vraiment mon frère ?»
« Il peut avancer plus vite, celui-là » marmonna-t-elle après un conducteur hésitant.
Benjamin rigola. « Je n'en sais rien et personne jamais ne le saura. »
Carter marqua sa surprise. « Comment ? Je ne comprends pas.»
« C'est facile. Pour confirmer les déclarations de Lori, il fallait faire un test de paternité et j'ai refusé le prélèvement. Je suis mineur mais émancipé, du coup on ne pouvait pas me contraindre. La constitution protège les citoyens. »
« Mais alors le procès ? »
« Il a été suspendu puisque le principal témoin avait disparu.» dit Taylor avec une pointe de malice. « Et l'attitude non coopérative d'un autre témoin n'a pas aidé à sa poursuite. » rajouta Max en claquant la cuisse de Ben.
« Par contre, la juge est furax de ta disparition. Mais bon, comme tu n'es pas une dangereuse terroriste, le FBI n'a pas utilisé tous ses moyens pour te rechercher. » Maintenant Taylor riait franchement.
Carter s'adressa à Ben, « et toi, tu ne voulais pas savoir ? » Elle n'arrivait pas à se joindre à l'hilarité de sa sœur.
« Pourquoi faire? Je n'ai jamais eu de père, ni de mère d'ailleurs. J'ai toujours vécu en foyer. Sans vouloir te gêner, Lori t'a toujours préférée. Moi, je ne la voyais que deux fois par an et encore. Lori voulait m'utiliser alors je l'ai prise à son propre jeu. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de famille que l'on a le droit d'en détruire une où il y a de l'amour. Franchement, tes parents sont super, ils m'aident beaucoup. »
« Je suis vraiment désolé, Ben.» Carter se disait que Lori avait gâché bien des vies. « Et où est-elle maintenant ? »
« Toujours à l'hôpital, le juge devrait rendre une décision d'ici la fin du mois.» répondit Taylor.
Carter essayait de faire bonne figure mais son angoisse était de plus en plus forte.
« Tu as dit que tu avais des soucis, de quoi voulais-tu parler ? » Crash l'observait depuis le départ, il la connaissait. Carter n'était pas bien.
Sa voix, cette voix, comment allait-elle pouvoir lui parler ? Sa présence si proche. Elle n'était pas prête à affronter la vérité. Pourtant, son cœur la connaissait. Elle souffla.
« Un ami a des ennuis. Je dois le retrouver. J'espère qu'il sera à cette adresse.»
« Quels genres d'ennuis ? » Crash en fait s'inquiétait pour Carter et il n'avait qu'une envie c'était de l'embrasser. Mais sa réaction devant la maison lui faisait comprendre que les choses avaient changé. D'ailleurs même en étant à côté de lui, elle n'avait eu aucun geste tendre.
Carter le regarda, « Crash, s'il te plait, je ne veux pas que tu t'en mêle. »
Oui, elle avait changé. Son regard était plus pénétrant, sa voix plus ferme. Son ton était encore plus direct. Son corps était droit, ses gestes précis. Elle donnait l'impression qu'elle était déterminée comme si elle savait où elle allait et pourquoi.
Crash n'avait plus devant lui une adolescente mais une femme.
Il ne montrera pas, mais son cœur saignait. Il était sûr d'avoir perdu Carter.
Le GPS indiqua le point d'arrivée à 100 mètres. Carter engagea la voiture sur le parking d'une résidence où on pouvait louer un appartement au mois, en liquide et sans questions.
Elle chercha à repérer la voiture de Thomas mais elle ne la vit pas. Elle était mal.
Elle stationna le 4x4 devant un escalier extérieur.
Les appartements étaient disposés tout autour du parking soit en rez-de-chaussée, soit sur deux étages avec une coursive qui faisait tout le tour du bâtiment.
Elle regarda le numéro de l'appart et sortit. Crash fit de même. « Non, Crash. Reste ici, ce ne sont pas tes affaires. » Carter pensait qu'après tous ses ennuis judiciaires, il valait mieux qu'il reste à l'écart de cette histoire. Crash l'interpréta comme une preuve de plus de la distance que Carter voulait mettre entre eux deux.
Elle regarda les autres, « je n'en ai pas pour longtemps. S'ils vous plait.»
Max lui répondit d'un laconique, « comme tu veux. » Mais aucun d'entre eux ne comprenait l'attitude de Carter.
Ils la regardèrent partir, où était passé la joie et la gentillesse de Carter ?
Elle s'engagea dans l'escalier. Il était au premier mais où ? Appartement 66F.
En fait, des couloirs emmenaient vers d'autres bâtiments, et d'autres coursives. C'était un vrai labyrinthe.
Carter s'énervait. Elle allait d'un couloir à un autre. D'un palier à un autre car derrière le premier immeuble, il y a avait d'autres étages. Tout se mélangeait dans sa tête. Et personne pour la renseigner. Ce lieu était froid, vide, sans âme. Il lui semblait qu'elle évoluait dans un immense tombeau.
Elle commençait à paniquer. Elle stoppa sa course. Repris sa respiration. « Sois calme, Carter. Réfléchis. Alors comment c'est organisé, ici c'est G et tout à l'heure j'ai vu E donc F est entre les deux. »
Elle rebroussa chemin. D'un coup, elle vit 26F de l'autre côté d'un couloir. « Yes, j'y suis presque. »
Elle pressa son pas, 34, 42, 56. Son cœur s'accéléra. 60, 62, 64. Elle était devant le 66F. Une fenêtre donnait sur la coursive mais des rideaux tirés empêchaient de regarder à l'intérieur.
Ce qu'elle vit ensuite ne la rassura pas. La porte était ouverte et visiblement fracturée.
Elle respira à fond pour se donner du courage et la poussa doucement.
Celle-ci donnait sur un studio où un canapé-lit était ouvert. Des draps sales et froissés le recouvraient. Elle vit également un petit bureau où une lampe était renversée et une commode style préfabriqué par cher, avec tous ses tiroirs ouverts.
Carter ne put réprimer un haut le cœur en pensant que Shane vivait ici.
Le vent qui passait par les joints usés de la fenêtre faisait une musique lugubre au grès de son souffle. Une plainte lourde occupait l'espace, c'était le seul bruit que l'on pouvait entendre.
Carter hésita avant de poser un premier pied sur la moquette tachée. Puis elle ouvrit totalement la porte. Elle resta sur le seuil. Sur le sol, des vêtements trainaient. Des revues à moitié déchirées étaient abandonnées sous le lit.
Elle osa faire quelques pas. Une armoire murale n'offrait plus que des cintres en fil de fer tordu.
Elle remarqua à sa gauche, une salle de bain où trainait une serviette avec une pub Coca-Cola et une image du siège d'Atlanta. Il restait dans la douche un savon fondu.
Elle entra dans la cuisine qui se situait dans l'enfilade de la chambre. De la vaisselle sale se trouvait toujours sur une petite table contre un mur blanc où la peinture s'écaillait. Dans l'évier, elle vit des bouteilles de bières et … elle mit une main devant sa bouche. Du sang avait coulé de l'évier sur le carrelage. Une trace rouge barrait le réfrigérateur. « Thomas, non, mon Dieu, non ! »
Le soleil frappait la fenêtre et la porte ouverte du studio. Elle vit une ombre se constituer sous ses pieds. Dans le reflet de l'inox du frigo, elle aperçut des cheveux blonds. Elle déglutit. Sans hésiter, elle s'empara d'un petit opinel sur la table et se retourna violemment. Elle lança sa main au hasard à hauteur de visage.
« Carter, c'est moi ! »
Crash évita d'extrême justesse la lame qui lui effleura la joue. La chance voulut qu'elle soit trop courte. Il avait une expression d'effroi.
« Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu es devenu folle. Que fais-tu dans un endroit pareil ? »
Carter tenait toujours le couteau. Son regard était déterminé, elle dévisageait Crash, elle tremblait.
Quand elle fut totalement sûre que c'était bien Crash qui se trouvait devant elle, elle baissa son bras, referma le couteau et le rangea dans la poche arrière de son pantalon.
« Je t'avais demandé de ne pas me suivre. »
« Ecoute, tu n'es pas ton état normal. C'est quoi cet appart ? »
Carter sourit. « Au contraire Crash, je n'ai jamais été aussi normale. Je sais parfaitement ce que j'ai à faire. Ne restons pas ici, il faut retrouver Thomas.»
« Mais qui est ce Thomas ? »
Carter se retourna, « je t'expliquerai. Mais ce n'est pas le moment.»
Elle avait décidé de ne pas céder à la panique. Si elle voulait retrouver Thomas elle aurait besoin de toutes ses facultés. Rien ne disait que ce sang soit le sien. Il n'avait pas l'air frais.
Elle descendit jusqu'à la voiture. Crash était sur ses talons.
Elle se remit au volant. Elle regarda ses amis. «Je sais que tout cela doit vous paraître fou. Mais c'est important. J'ai un ami qui est peut-être en danger de mort. Je ne sais pas où il est mais il faut que je le retrouve. »
Elle démarra, fit le tour du parking. D'un coup, caché derrière un petit mur elle repéra la voiture de Shane. Elle pila et vit que la portière était ouverte.
Elle sauta de son siège et courut vers la BM.
Les autres n'eurent pas le temps de réagir.
Max regarda Crash. « Mais que s'est-il passé là-haut ? Elle fait quoi ?»
Crash ne voulut pas inquiéter ses amis. «Rien, elle était dans un appartement dévasté dont le locataire a dû partir en vitesse. Mais il n'y avait personne. » Il ne parla pas du couteau.
Elle s'approcha de la voiture. Une couverture recouvrait des objets sur le siège arrière. Elle la souleva et vit des tableaux de Barbara. Elle ouvrit le coffre, d'autres tableaux y étaient entassés.
Elle était sûre que Shane n'était pas loin. « Mais pourquoi, essayait de le capturer ? C'était une folie. Pourquoi ne pas appeler la police ? » Elle se rendit à l'évidence. « Pour la protéger, elle. Une nouvelle fois, des personnes qu'elle aimait, étaient en danger à cause d'elle. »
Elle retourna dans la voiture.
Taylor n'en pouvait plus. « Carter pitié dis-nous quelque chose. Dans quoi tu t'es embarquée ? »
Carter démarra et allait prendre l'avenue. D'un coup, Crash appuya sur la pédale de frein. Le 4x4 stoppa brusquement.
« Carter, si tu veux qu'on t'aide, tu dois nous expliquer. »
Carter posa ses bras sur le volant, elle plissa ses yeux. « Ok, nous recherchons Thomas. Il est africain, pas très grand et baraqué. Il a une impala beige. Il cherche un homme, Shane, qui a à peu près le même physique que toi Crash. Shane est un voyou très dangereux. Cette nuit, il a agressé une dame âgée pour lui voler ses tableaux. » Carter sentit ses yeux se mouiller. « Cette dame est une amie très chère. » Elle regarda Taylor, « c'est elle qui m'a hébergée quand je suis arrivée à Atlanta. Elle est dans le coma à l'hôpital. Thomas essaie de me protéger, il a peur que Shane s'en prenne à moi pour se venger. »
Taylor avait un air effrayé. Max n'en croyait pas ses oreilles, il voulut intervenir mais Crash le devança.
« Il doit beaucoup tenir à toi pour risquer sa vie. » Il fixait Carter avec beaucoup d'intensité.
Elle était mal à l'aise, « Oui, il tient beaucoup à moi, Crash. » Son regard ne cilla pas. « Et moi aussi, je tiens à lui. » Elle respira, sa voix se fit moins ferme. « Je suis désolé.» Elle avança sa main mais cette fois-ci c'est Crash qui se recula. « J'aurais préféré que tu l'apprennes autrement. »
Le silence s'était installé dans l'habitacle. Taylor se rapprocha de Max. Ils comprirent alors que jamais plus les choses ne seraient comme avant.
Un coup de klaxon les fit sursauter. Un conducteur était impatient de sortir du parking.
Carter s'engagea sur l'avenue. « J'ai retrouvé les tableaux dans la voiture de Shane, je suis sûre qu'il n'est pas loin s'il est à pied. Mais où peut-il se cacher ? »
Elle roulait doucement et chacun scrutait le moindre coin et recoin de cette avenue morne et déserte où des garages succédaient à des immeubles et des shoppings aux enseignes délabrées.
Elle fit le tour de la résidence. Un chantier s'étendait un peu plus loin. Carter l'atteignit mais toujours aucunes traces de Thomas. « Comment le retrouver ? Il peut être n'importe où, » pensa-t-elle.
Benjamin demanda sur un ton neutre, « l'impala beige, elle n'a pas un aigle sur la vitre arrière. »
Carter cria, « oui, tu l'as vu ?»
« Recule !» Ils découvrirent sur le devant d'une enfilade de baraques de chantier, la voiture de Thomas. Un grillage protégeait le lieu.
Carter jeta la caisse à côté.
Elle prit son portable et nerveusement lui envoya un message. « Je suis sur le chantier avec des amis, où es-tu ? »
Elle regarda le groupe, « Ne me suivez pas. Ce type est peut-être armé.»
Crash très sérieusement lui dit, « tu crois qu'on va te laisser aller dans ce trou toute seule. »
Ben renchérit, « je ne vais pas abandonner ma peut-être sœur alors que je viens juste de la retrouver. »
Carter bougea sa tête comme pour dire Ok et merci. « Max, Tay, par contre restez ici. » Elle s'avança vers sa sœur. « Je ne serai pas tranquille si tu venais avec nous. Et puis si vous comprenez qu'il y a un problème vous pourrez toujours appeler du secours. »
Taylor se précipita dans les bras de Carter. « Fais attention à toi, je t'aime. Je suis désolé, mon caractère me pousse à dire des choses que je regrette après. »
Carter la serra très fort. « Taylor, je sais que pour vous aussi ces deux mois ont été difficile, plus que pour moi, certainement. »
Max serra les mains de Crash et Ben. Il vint vers Carter et l'embrassa sur la joue. Il avait son expression de gros Saint Bernard qui le rendait si attachant. Il lui susurra. « Tu es vraiment obligé d'y aller ? »
Carter pinça ses lèvres, ses yeux s'allumèrent. « Si c'était Taylor, tu ferais quoi ? »
Max avait compris. «Alors prend soin de toi. J'ai encore besoin de mon amie.»
Carter lui sourit. « Promis. » Elle lui rendit son baiser.
Ils trouvèrent facilement un passage où le grillage avait été forcé et Ils s'éloignèrent tous les trois vers les bâtiments en construction.
Un chantier ressemble souvent à un immense champ de bataille. On y trouve des éléments disparates qui, à priori, n'ont aucun lien entre eux. Des morceaux de bois et des tiges de fer sur le sol qui semblent avoir perdu leurs utilités mais qui empêchent la progression. Des grands sacs d'où des sables colorés s'écoulent pour créer des mélanges de couleurs improbables qui aveugleront au premier souffle d'air. Des engins de chantier sagement stationnés en rang d'oignons qui sont comme de gros insectes prêt à sortir de leurs hibernations pour creuser, griffer, pincer, couper, défoncer. Des grues ressemblant à des tours de défense, prêtes à résister aux assauts que des chevaliers félons pourraient lancer. Tout cela pour protéger des pans de murs incomplets et des dalles non terminées qui sont pour un chantier aussi précieux qu'un palais des mille et une nuits.
Les trois s'avançaient prudemment, ils cherchaient des yeux un signe de vie.
L'immeuble faisait un immense cercle avec une grande cour intérieure.
Il semblait y avoir plusieurs bâtiments, chacun relié par des plateformes qui faisaient le tour de tout l'édifice.
Pas tous les bâtiments n'en étaient au même point d'avancement. Et les niveaux différaient d'un à l'autre. De nombreux piliers s'envolaient vers le ciel sans savoir reçu le moindre support. Des échafaudages encadraient certaines parties de l'édifice. Des plateformes n'étaient réalisées que partiellement. Cela ressemblait au squelette d'un immense animal fantasmagorique dans les entrailles duquel ils devaient plonger.
Carter vérifia l'écran de son téléphone. Aucun nouveau message ne s'y était affiché.
Son inquiétude était à son comble. Mais elle essayait de se raisonner. « Thomas a l'habitude des combats. Il sait se battre, certainement mieux que Shane et que n'importe qui. Mieux que Crash même. Mais si Shane est armé, aussi fort soit-il, Thomas ne peut pas arrêter les balles. » L'angoisse revint encore plus intense.
Ils commencèrent à monter dans les étages. « Nous verrons mieux d'en haut. » dit Crash.
Arrivé au sixième niveau, ils arrivèrent sur une plateforme qui donnait sur le vide. Ils entendirent un rugissement. Celui d'un fauve. A l'opposé de leur position, ils virent deux hommes sur la plateforme qui se faisaient face. Le premier était torse nu sa peau d'ébène semblait bruler. Il commença à courir vers le second qui le visait avec une arme, il allait tirer.
Carter cria de terreur. L'homme qui tenait l'arme tourna la tête un très court instant, l'autre en profita pour sauter sur lui. Une détonation retentit.
