Chapitre 9 : Noir est le sang

Thomas l'avait pisté depuis son appartement. L'arme était pointée sur sa poitrine. Il pensa à Carter, à son sourire. Elle lui donnait la force. « Pour elle », se dit-il. Il prit son élan et sauta.


Arrivé sur la résidence, il n'a qu'une idée en tête, éliminer cet homme qui a fait du mal à Carter et peut encore lui en faire.

Il représente tous ces blancs qui venaient sur le camp et fournissait la mort à de pauvres paysans incultes qui se transformaient en de monstrueux assassins, aidez en cela par des gens de son peuple qui exploitaient les plus faibles.

Son instinct a repris le dessus, il est redevenu un animal chasseur. Il traque une bête et il ne s'arrêtera qu'une fois, celle-ci morte.

Il a trouvé l'appartement facilement. Il défonce la porte d'un coup de pied. Il pénètre dans le salon puis dans la cuisine. L'oiseau s'est-il envolé ? Du sang sur l'évier. Il pose un doigt dessus, puis le porte à sa bouche. Le sang est frais. Il est là, c'est une certitude.

Shane fait un sac en vitesse. Il se demande comment il va se sortir de cette merde. Il n'a pas pu récupérer son fric à la boite. Ce matin, quand il a appris que Gaucho avait disparu avec les deux tatoués, il n'en revenait pas. Les filles avaient été exfiltrées par un groupe de la mafia. Le patron avait été clair. « Si je te revoie je te mets une balle, t'es grillé. Connard, cette nana est protégée par les ritals et pas des petits. C'est fini. Tu laisses tomber et tes tableaux tu peux te les garder. »

Il essaie de soigner sa main. « Putain de soirée, rien n'a marché comme prévue. Ces miaulements qui réveillent la vieille et au lieu de faire profil bas, elle me saute dessus avec un vase et ces cons de chats qui me griffent. Heureusement que j'ai mis la main sinon elle m'explosait la tête. » Le sang coule sur l'évier. « Fais chier, ça fait mal. En plus, juste ma main droite. » Une plaie béante barre la paume de sa main.

Il retourne au salon, prend son sac

Nerveusement, il regarde par la fenêtre avant de sortir. « Merde, le black ! Il est dans les escaliers. » Il tire le rideau. Le flingue ? « Quel con, je l'ai laissé dans la caisse. » Il se planque dans la penderie. Il entend la porte qui explose. « C'est cette salope de Sally qui a dû me balancer. Je les aurais, elle et surtout cette Carter. C'est sa faute si tout a foiré. Je lui mettrai une balle un jour ou l'autre. »

« Il est dans la cuisine, c'est le moment. » Shane court comme jamais il ne l'a fait.

Thomas entend un bruit dans le salon, il se retourne, Shane est déjà sorti de l'appartement.

Il dévale les escaliers. Il le voit tourner dans le parking. Il accélère. « Il veut récupérer sa caisse. Il va avoir une surprise.»

Shane sent que Thomas est sur lui. « Il faut que j'arrive à la bagnole. Elle est là. » Il ouvre la portière. Il se tourne. « Putain, ça court trop vite les blacks. » Il plonge sous le siège conducteur sort le flingue, s'installe au volant. Les clefs, le moteur démarre, « vite ». La voiture ne peut pas avancer, elle cale. « Bordel, il m'a dégonflé les pneus. »

Il sort, il voit une silhouette, il tire. Et repart en courant.

Thomas a vu l'arme. Il se couche, la balle se perd dans les hauteurs du bâtiment.

La donne a changé. « J'aurais jamais pensé qu'il soit assez con pour laisser son flingue dans la bagnole. »

Mais Thomas a vu la direction qu'il a prise. Il récupère calmement sa voiture. Pas question de la laisser prés de celle de Shane. Il faut le prendre par surprise. Il longe l'immeuble et se dirige vers un chantier. « Le rat va vers sa perte. »

Shane essaie de réfléchir. « Je vais l'attirer dans un coin isolé. » il voit le chantier. Il sourit « De là-haut je pourrais le voir arriver. »

Thomas monte dans les étages. Il a repéré ses traces dans le sable. Il n'est pas loin.

Shane commence à souffler. Il fatigue, la nuit a été longue. Il ne le voit pas. « Putain, il doit bien être quelque part. »

Thomas l'a repéré, il va le contourner par la plateforme supérieure et quand il passera sous lui, il sera une proie facile. Son regard est attiré par un mouvement de l'autre côté de l'immeuble. Il marque un temps d'arrêt. Carter est accompagnée de deux gars qu'il ne connait pas. Ce ne sont pas des hommes de Frederico. Ce sont des jeunes, des ados « Si Shane les voit, il va les allumer »

Thomas le sait, maintenant il n'a qu'une seule solution.

Shane n'en revient pas, « putain, c'est con un nègre. Regarde-le, il vient vers moi sans arme.»

Thomas s'avance vers Shane à découvert. Il enlève sa chemise, Ses muscles luisent au soleil. Au moins celui-ci est dans son dos. Il sort de la poche de son pantalon, un bracelet où pendent de multiples breloques et le met à son poignet. Il prononce une incantation transmise oralement dans sa tribu depuis des millénaires. « Kintu, toi, le premier homme, toi notre père à tous, toi le grand guerrier invincible, donne-moi la force. Protège-moi.» Shane est à 10 mètres, il sourit.

Thomas pousse un cri de guerre, celui de ses ancêtres qui ont été les maîtres d'un royaume immense bien au-delà de l'Ouganda et non jamais été colonisés. Il allonge le pas, Il avance plus vite, il a besoin d'élan.

Shane pointe son arme. « S'il croit que son cri de chacal va m'impressionner. Putain, j'ai du mal à tenir le flingue. Je vais l'exploser quand il sera au plus près de moi. Je ne risque pas de le rater. » Mais c'est un autre cri qui le surprend, il vient de l'autre côté de l'immeuble, au-delà du vide. Ils ne sont pas seuls. « Merde. » Il tourne la tête, un court instant. « Putain, Carter »

Thomas n'hésite pas. Ses muscles se détendent, il bondit sur Shane comme un guépard sur une antilope.

Celui-ci est surpris, il appuie sur la détente. Le coup fait vibrer sa main. Il grimace

Il reçoit le corps de Thomas sur lui.

Ils roulent ensemble sur le béton.

La main droite de Shane frappe un bout de fer. La douleur lui fait lâcher l'arme qui glisse et tombe.

Ils heurtent un échafaudage qui s'écroule. Un énorme madrier tombe vers eux. Thomas dans un réflexe s'écarte. Shane voit la poutre arriver sur lui. Il est tétanisé. Celle-ci tombe à quelque centimètre de sa tête.

Ils sont séparés.

Shane en profite pour se relever et part se réfugier à l'intérieur du bâtiment.

Thomas voit Carter courir et faire tout le tour de l'immeuble.

Il s'avance, elle n'est plus qu'à quelques mètres, trois mètres, deux mètres, elle saute dans ses bras.

« Tu n'as rien ? Il a tiré, tu n'es pas blessé ? J'ai eu peur qu'il t'est touché. » Elle le couvre de baisers.

Thomas sent son corps contre le sien, il sait pourquoi il se bat.

« Carter, tu n'aurais pas dû venir. »

« Et te laisser seul affronter ce monstre. Jamais ! Nous sommes ensemble, on prend les risques ensemble. »

Thomas passe sa main sur le visage de Carter. « Mon amour, je comprends mais tu dois me faire confiance.»

Carter se souvient alors qu'elle n'est pas seule.

Crash assiste en retrait à la scène. Il voudrait pouvoir haïr Carter pour arrêter de souffrir. Mais il sait que c'est impossible.

Il est jaloux de ce type qu'il ne connait pas, qui lui vole la seule femme qu'il n'ait jamais aimée. C'est lui maintenant qui reçoit ce bonheur incroyable qu'elle est capable de donner.

Et pourtant, pour Carter, malgré tout, il est prêt encore à se sacrifier. Il ne veut que son bonheur mais cela lui fait tellement mal.

Carter se tourne vers Crash, elle lève son menton, elle voudrait être la plus douce possible mais elle n'arrive à prononcer que quelques mots « C'est Thomas », « Thomas, voici Crash. »

Les deux hommes se toisent. « Ainsi c'est lui Crash » pense-t-il. Thomas à face à lui, l'homme que Carter a profondément aimé. Il le trouve beau avec de la prestance et des yeux bleu azur qu'il n'aura jamais. Il comprend la détresse qu'il peut vivre, à sa place, Thomas aurait envie de mourir. Comment peut-elle le préférer à lui ?

Cet homme est fort, son corps est puissant, sa façon de bouger est souple et rapide. Il a vu ses cicatrices. Son passé est marqué dans sa chair. Son regard est profond comme s'il appréhendait les choses avec facilités. Et ses yeux d'amour posés sur Carter, il l'aime vraiment. Crash ne peut pas détester cet homme.

Thomas tend sa main à Crash. Celui-ci s'en empare, ils font un pacte silencieux pour Carter, rien que pour Carter.

Elle les observe craintive. Quand elle voit leurs mains s'unir, elle s'aperçoit de la chance qu'elle a d'être aimée par deux hommes comme eux.

Ben s'avance. « Bon, puisque personne ne le fait, je me présente tout seul. Benjamin et honnêtement très fort le cri et tout ça, impressionnant. Par contre, je vous rappelle que l'autre enfoiré court toujours. »

Thomas regarde vers le bâtiment, « il n'ira pas loin, la seule sortie est ici. »

Il prend Carter par les bras. « Si je te demande de redescendre, tu ne le feras pas, n'est-ce pas ? »

Carter secoue sa tête.

«Alors écoute-moi bien. Tu restes en retrait avec tes amis. Je m'occupe de Shane. Sans arme, il n'est plus dangereux pour moi. »

Crash s'avance vers lui. « Je suis militaire, dans les para. Je devrais pouvoir t'aider, non ? »

Thomas le jauge du regard. « Ok, ça marche. Benjamin avec Carter derrière nous et à distance. »

Sa main s'est remise à saigner. Le sang coule. « Putain, comment j'ai pu le louper ? Il était face à moi. Et le flingue est perdu.» La haine lui prend les tripes. Il voit une bouteille d'acétylène et tout un matériel avec un chalumeau.

« Je vais peut-être crever mais ils partiront avec moi.»

Il prépare son piège. Il n'a que peu de temps.

Ils cheminent avec prudence.

Carter voit devant elle à quelques mètres, Thomas et Crash côte à côte.

Shane sourit, « avancez mes poulets que je vous grille. »

Il allume le chalumeau.

Thomas fait un signe à Crash. Il veut qu'il contourne une cloison en passant par l'extérieur. Thomas s'enfonce dans la pièce. II voit la flamme, « shit », il hurle, « Carter, Crash à terre. »

L'explosion secoue tout l'immeuble. Des gravas recouvre Thomas. Il y a de la fumée et de la poussière.

Il regarde derrière lui, impossible de voir quoi que ce soit. Il entend une voix, Carter l'appelle, il répond, « tout va bien. Ne bougez pas. »

Il avance à travers les décombres, « Crash, Crash ! ». « Putain, il est où ? » Il ne voit pas à deux mètres.

Une main qui agrippe un rebord. Thomas se précipite. Crash est suspendu dans le vide.

« Content de te voir. » Sa main glisse, Thomas se jette à plat ventre, attrape son bras.

« Tiens bon, je te remonte. » De sa deuxième main, il arrive à accrocher la veste de Crash qui prend son bras. Il tire. Une douleur irradie son dos.

« Merde, la bouteille était quasiment vide. » Shane s'est protégé derrière un mur. Il les cherche. Il voit Thomas allongé, il comprend. « C'est mignon, il veut sauver son copain. Je vais en avoir deux pour le prix d'un.» Il s'empare d'un cutter.

« Enculé, prend ça. » Il entaille le dos de Thomas. Il se baisse, lui prend les cheveux et approche la lame de sa gorge.

Thomas sent une main qui lui soulève la tête, son dos est bloqué par un genou. Il ne peut rien faire.

Crash lui cri, « lâche-moi » mais pour Thomas c'est impossible même s'il le voulait. Nelson ne le permettrait pas. On n'abandonne pas un camarade au combat. C'était une règle sinon il ne peut plus y avoir de confiance.

Un corps lancé en pleine vitesse heurte Shane, Il sent une pointe lui pénétrer l'abdomen. Il hurle. Il tombe dans la poussière. Il se relève. Il voit l'opinel sur le sol. Elle est devant lui, par terre. Il ajuste son cutter dans sa main. « Cette fois-ci Carter. Tu es à moi. » Il se jette sur elle.

Carter ne voit que des yeux d'un fou ensanglanté. Elle met ses mains en protection.

Benjamin n'a jamais mis un coup aussi fort. La barre en bois qu'il a ramassé s'est brisée en deux sur dos de Shane. Celui-ci vacille. Il se plie puis rit comme un dément. « Pas assez grosse ta brindille. » Il tente d'attraper Carter. Une masse l'empêche de passer. Le diable est venu le prendre.

Thomas est debout devant Shane, il le saisit, le soulève au-dessus de lui. Shane les bras en croix, voit le vide l'appeler. Thomas est aveuglé par le sang de Shane qui lui coule sur le visage. Il entend les déflagrations, les appels de Nelson. Il tire, tire sur tous ce qu'il voit bouger. Les corps sont déchiquetés par les rafales de Kalach et de mitrailleuses. Pas de prisonniers. Il court, continue à tirer. Une grenade explose. Des morceaux de chairs volent dans les airs. Un tronc d'arbre, la balle a pénétré son ventre. Nelson est mort. Il cri.

Seul, immobile, aucune lumière. Il ne reste rien que l'odeur âcre de la mort.

Une main sur son torse. Une main qui le caresse. Une voix, des mots. « Thomas tu n'es pas un assassin. Pose-le. S'il te plait. Fais le pour moi. »

Une lueur, un regard qui le rassure, un sourire qui le réconforte, il lâche son fardeau et se réfugie dans les bras qui se sont ouverts.

Shane dans les décombres se met debout. « Je vous tuerais tous ! Tous ! » Il a de l'écume aux lèvres. Il transpire. Il avance vers eux. Il la voit, elle est devant lui, énorme. Son corps velu lui lance un défi, ses pattes bougent, elle court. « Non ! » Il recule précipitamment, son talon bute sur une pierre, il glisse, perd l'équilibre. Il bascule, ses bras font des moulinets inutiles. Le ciel s'éloigne. Une douleur et le noir.

Le silence s'est installé.

Benjamin est tétanisé, incrédule. Il n'a jamais vécu une telle chose.

Crash assis sur le sol, respire lentement. Ses oreilles bourdonnent. Ses jambes ont du mal à répondre. Il a eu peur, réellement, pour la première fois de sa vie.

Carter et Thomas sont à genoux. Elle le serre si fort, qu'elle a l'impression que ses muscles vont éclater.

Thomas s'est enfoui dans les cheveux de Carter. Son dos le pique. Son esprit est redevenu clair mais il est épuisé. Il approche sa bouche de son oreille. Il souffle doucement.

« Je crois que tu auras une autre cicatrice à embrasser. »

« A jamais, Thomas. » Elle déchire un morceau de sa chemise et l'appuie sur la blessure.

Il se met à rire, c'est nerveux certainement, pense Carter. Elle commence à répondre. Crash et Benjamin sont gagnés à leur tour.

« Putain, Carter, j'ai l'impression qu'avec toi, ma presque sœur, on ne s'ennuie jamais.»

Carter lui fait un clin d'œil, « c'est de famille, tu verras.» Elle voudrait se coucher et dormir.

Les quatre descendent les escaliers lentement, sans se presser. Ils voient le corps de Shane un peu plus loin. Carter détourne son regard. Le cauchemar est terminé. Ils sortent de l'immeuble.


« Ne bougez plus, à terre, les mains sur la tête. »

Des dizaines d'armes les entourent. « Police, à terre tout de suite. Vous avez entendu.»

Ils se mettent à genoux. Des hommes se précipitent les forcent à se coucher. Pendant qu'ils leurs disent leurs droits, Carter sent son bras se tordre, elle a mal, « Aie, merde faites attention. »

« Laissez la tranquille !» Thomas et Crash bousculent les cops. Le dernier sent deux mains de plus le plaquer au sol.

Thomas a réussi à se lever, « Toi, le négro, tu nous fais pas chier. » Il reçoit un énorme coup de matraque dans le ventre puis un second sur la tête. Il est sonné et s'écroule.

Carter leur cri qu'il est blessé, qu'il n'a rien fait. Elle voit sa blessure qui saigne à nouveau.

Il git au sol.

Ils sont menottés, emportés vers des voitures de police.

Ils sont sans ménagement jeté dans un fourgon. Taylor et Max sont déjà entravés à une barre.

Taylor fait un mouvement vers sa sœur. « Carter, tu vas bien ? Tu es blessée ? » Elle est totalement paniquée.

Les flics les attachent. Carter essaie de sourire. Les menottes sont très serrées. « Tout va bien Tay. »

Un officier intervient, « vous la fermez ! »

Max regarde Crash et lui fait comprendre qu'ils n'ont rien pu faire.

Le fourgon démarre.

Ils se regardent. Chacun essaie de prendre des nouvelles des autres et de se rassurer.

Carter est face à Thomas, elle avance son pied vers sa jambe qu'elle caresse.

Elle sent le regard de Crash sur elle. Elle tourne ses yeux vers lui. Elle arrête son mouvement. Elle voudrait tellement s'excuser pour le mal qu'elle lui fait.

Crash voit Carter caresser la jambe de Thomas avec son pied. Elle le regarde. Il esquisse un sourire. Il aurait préféré qu'elle ne s'en aperçoive pas. De toute façon, c'est fichu. La vie lui enlève la plus belle chose qu'il avait. Cela ne sert à sert à rien de la rendre malheureuse. Il cligne des yeux rapidement et accentue son sourire comme pour l'encourager.

Carter n'est pas dupe. Crash souffre. Mais elle sait maintenant qu'elle ne peut pas rendre heureux tout le monde.

Elle s'inquiète pour Thomas, un hématome apparait sur son front. Sa blessure semble ne plus saigner mais il est groggy.

Elle regarde l'officier de Police. « Monsieur, s'il vous plait. »

Il la toise avec un regard méprisant, « qu'est-ce que tu veux ? »

« Mon ami est blessé. Il a besoin d'un médecin. »

Il ricane. « T'inquiète pas, les négres, c'est solide. Il verra un médecin quand ça sera le moment. Et maintenant, tais-toi.»

Ils arrivent dans un commissariat. Ils sont séparés et mis dans des cellules, éloignés les uns des autres. Et l'attente commence. Carter s'agrippe aux barreaux mais elle ne voit rien et n'entend que des bruits sourds.

Elle remarque au fond de la cellule, un paillasse en béton. Elle est fatiguée. Elle s'allonge et alors revient à sa mémoire, une autre cellule. C'est si loin, une autre vie, une autre Carter. Qu'aurait été son destin, si elle n'avait pas su crocheter la serrure de ce manège. Si elle n'avait pas connu cette première cellule. Mais tout cela n'a plus d'importance, hier est effacé, ce qui compte c'est comment se sortir de tout ça.

Elle a peur. Les flics vont s'apercevoir qu'elle a fugué et refusé de répondre à l'injonction d'un juge.

Et pour la mort de Shane, ils n'en sont pas responsables, il est tombé seul mais les croiront-ils ?

Mais le plus urgent est de savoir comment va Thomas. Elle l'imagine seul, sans soins. Ils sont racistes, ils ne feront rien pour lui.

Elle se remet devant les barreaux, elle appelle en vain.


Deux hommes en uniformes viennent la chercher. Il la menotte à nouveau mais de façon moins brutale.

Ils l'entrainent dans un ascenseur puis des couloirs. Ils ouvrent une porte, elle voit inscrit dessus salle d'interrogatoire N°3.

Ils la font asseoir sur une chaise fixée au sol. Un des hommes se met devant la porte. L'autre sort. Ils ne lui ont pas adressé un mot.

Les minutes défilent. Elle n'a aucune notion de l'heure. En arrivant, ils lui ont pris le portable d'Alma.

Le flic regarde droit devant lui.

La porte s'ouvre à nouveau deux hommes en civil rentrent. L'un d'eux fait un signe au policier en uniforme de lui enlever les menottes.

Ils s'installent face à elle et posent des dossiers devant eux et trois bouteilles d'eau. Carter se frotte les poignets, prend une bouteille et boit. Elle les observe.

L'un est plutôt grand avec un costume clair. Son visage reflète la bonhomie. Il donne l'impression d'être le bon père de famille. Pourtant son expression est fermée. Il semble vouloir prendre une posture d'autorité. Le second est plus jeune, d'origine latine certainement. Habillé de façon très décontractée avec un jean, basket et un tee-shirt où l'effigie d'un lion multicolore est surmontée d'un « Santana » inscrit en rouge. Il porte une casquette des Hawks d'Atlanta. Ses yeux sont noirs et son charme indéniable.

Le plus âgé prend la parole pendant que l'autre arrange sa casquette en fixant Carter. Ce n'est pas vrai, elle est sûre qu'il lui a souri.

« Bonjour mademoiselle, Je suis le détective Brosnam et voici le détective Suarez. Sachez que cet entretien est filmé. » Il lui montre la caméra installée dans un coin du plafond. « Pouvez décliner votre identité ? »

Carter déglutit. « Je suis Carter Wilson. »

« Quel âge avez-vous ? »

« J'ai 17 ans. »

Les deux hommes se regardent. « Bien, puisque nous avons confirmation de votre identité et de votre âge. Nous allons prendre contact avec les services sociaux de protection de l'enfance pour qu'ils vous assistent. » A ces mots Carter ne peut réfréner un geste de recul. « Vous allez regagner votre cellule.»

Carter prend son regard déterminé. « Je n'ai pas besoin de l'assistance de qui que ce soit. »

Brosnam remue sur son siège. « Vous êtes mineure, vous ne pouvez pas renoncer à la protection des services sociaux. »

« Oui, je le peux et je le veux. »

«Ok, comme vous voudrez. Souhaitez-vous alors la présence d'un avocat ? » Brosnam semble satisfait.

« Non, cela n'est pas nécessaire. » Carter ne veux pas perdre de temps, elle a besoin d'information sur l'état de santé de Thomas. Le reste n'est pas important.

« Je répondrai à vos questions mais avant dites-moi comment va Thomas Sankara. Est-il soigné ?»

« Ce monsieur est proche de vous ? »

« Répondez à ma question ! »

« Mademoiselle ici c'est nous qui ... » Suarez pose sa main sur le bras de son collègue pour l'interrompre. « Thomas Sankara va bien. Un médecin lui a posé quelques points de sutures sur son dos mais à part cela, ses blessures ne sont graves. »

Carter le défi du regard et avance son torse, « même les coups de matraque. »

Il sourit. « Nos collègues des brigades d'intervention ne sont pas des tendres, ni de grands psychologues Mademoiselle Wilson. Mais croyez-moi, il va bien.»

Carter repose son dos sur le dossier de la chaise. Elle est rassurée, enfin un peu.

Brosnam reprend la main. «Bien, vous êtes interrogées dans le cadre d'une affaires pour meurtres, » avec un « s » précise-t-il, « trafic de stupéfiant, trafic d'êtres humains et vol avec violences. »

Carter à chaque mot s'enfonce un peu plus dans son siège. Ils ne peuvent pas croire qu'ils soient coupables de quoi que ce soit. Elle va devoir jouer serrer. Elle ne peut pas parler de son enlèvement sans raconter comment elles ont été sauvées avec Sally et Frederico a été très clair, « il ne s'est rien passé.»

Brosnam s'arrange sur son siège. « Commençons. Vous avez été appréhendée sur un site où le corps d'un homme mort a été retrouvé. D'après les premières constations, il a fait une chute fatale. Nos fichiers nous apprennent qu'il s'agit de Shane Rockland. Connaissiez-vous cet individu ?»

Carter acquiesce de la tête.

« Dans quelle circonstances l'avez-vous rencontré ? »

Carter fait en sorte que sa voix soit assurée. « Il est le petit neveu d'une amie. »

Brosnam regarde une fiche. « Oui, madame Barbara Scot qui a été agressée cette nuit à son domicile.» Carter le coupe. « Avez-vous des nouvelles de Barbara ? »

Les deux hommes se jettent un coup d'œil.

Carter sent qu'elle va pleurer. « S'il vous plait, comment va-t-elle ? »

« D'après nos informations, elle est toujours dans le coma. »

Carter se prend la tête, « ho, mon Dieu ! »

« Vous étiez donc au courant de son agression ? »

« Oui. »

Brosnam continue, « Nous sommes face à plusieurs affaires et curieusement dans chacune d'entre elles, vous semblez être concernée, mademoiselle Wilson. Nous avons retrouvé les tableaux dérobés dans un véhicule appartenant à Shane Rockland au sein d'une résidence, où des témoins affirment avoir vu, ce matin une jeune fille correspondant à votre profil.»

Brosnam plie son torse pour se rapprocher de Carter, « Etes-vous la complice de Shane Rockland ? » Lui assène-t-il violemment.

Carter sursaute. « Non, jamais, j'étais sûre que Shane avait agressé Barbara, c'est pour cela que je suis allée chez lui. Mais il était déjà parti. »

Brosnam se lève et vient contre elle. Carter a chaud. « Mademoiselle, si vous aviez ces certitudes pourquoi ne pas appeler la Police ? »

« Mais je n'avais aucune preuve et j'avais peur qu'il s'enfuit. »

Le détective sourit, « même quand vous avez retrouvé les tableaux ? »

Carter ne répond pas, elle sent un piège se refermer.

Il se met dans son dos. « Qui est Thomas Sankara pour vous ? Vous pouvez nous répondre maintenant.»

« C'est mon ami. »

« Vous voulez dire votre petit ami ? »

« Oui. » Carter regarde Suarez, celui-ci ne bouge pas mais la fixe intensément.

Brosnam pose sa main sur son épaule, elle tressaille. « Savez-vous que des policiers ont vu distinctement Monsieur Sankara porter à bout de bras et au-dessus de sa tête, Shane Rockland juste avant qu'il ne tombe dans le vide. »

Elle se lève d'un bond et se met face à Brosnam, « Thomas ne l'a pas jeté, au contraire, il l'a reposé au sol. Shane est tombé en reculant. » Elle devient hystérique. « Shane était un pourri. Il vendait de la drogue. Il a agressé Barbara. Il a tenté de me violer. »

Brosnam ne bouge pas, il lui dit d'une voix ferme. « Asseyez-vous mademoiselle Wilson. »

Carter obtempère. Brosnam approche son visage du sien, leurs nez auraient pu se toucher.

« Vous nous mentez mademoiselle Wilson. La vérité, c'est que vous êtes complice avec Shane et Thomas. Je vais même plus loin, vous êtes le cerveau de l'affaire. »

Il prit un dossier à la main. « Tu nous prends pour des cons, nous sommes au courant de tout ton passé, Carter Wilson ou Stevens en fonction des moments. La police d'Etat de Virginie a un dossier épais comme une encyclopédie sur tes affaires. Soi-disant victime d'un enlèvement, usage de drogue, accusé de vol, complice présumée dans une tentative d'assassinat, petite amie d'un délinquant notoire. »

Il apostrophe son compère, « elle ne manque pas d'air. » Il revient vers Carter qui ne sait plus quoi dire ou penser. « En fait, tu as réussi à endormir la vigilance de cette brave femme qu'est Barbara Scot avec l'intention de lui voler les tableaux. Tu as enrôlé ce voyou de Shane et séduit Thomas Sankara. Une fois le vol fait, Shane ne te servait plus à rien alors tu as poussé Thomas à l'éliminer et pour ce faire tu as inventé cet histoire de viol dont tu viens de nous parler. » Il se met à crier « Allez ! Avoue ! C'est toi qui à tout organiser ! »

Carter bondit à nouveau de son siège. « Non, vous êtes fou. Thomas n'a rien fait. C'est Shane, il était avec une bande de mexicain. »

Cette fois-ci Brosnam la force à se rasseoir violement, « Si tu te lèves encore une fois, je t'attache. »

Elle est épuisée. « Rester calme, il faut qu'elle reste calme. » Elle se repasse ces mots.

Brosnam la toise et déclare d'une voix ferme, « Mademoiselle Carter Wilson, je vous accuse de complicité de meurtre, de complicité d'agression, de complicité de vols. En attendant les preuves sur le trafic de drogue. »

Carter lance un regard affolé à la caméra.

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