Chapitre 12 : Never look back.
Thomas coupa le contact. Taylor, Ben et Max étaient déjà descendus de leur voiture. Carter restait immobile, elle regardait cette porte qu'elle avait franchie, il y a plus de deux mois. Comme la perception du temps peut-être bizarre. Deux mois, c'est le temps des vacances, il lui avait toujours paru trop court. Pourtant aujourd'hui, ces deux mois semblaient avoir duré un temps infini. Deux mois pour reconstruire sa vie, comme une éternité.
Elle était partie dans la nuit, elle revenait en plein jour. Elle trouva l'image parlante.
Elisabeth et Grant étaient sortis, ils s'avançaient sur l'allée en pierre. Elle ouvrit la portière et s'élança vers eux.
Sentir la chaleur et l'affection de sa mère n'est-ce pas pour un enfant le plus beau des cadeaux. Carter plongea sa tête dans ses cheveux. Son parfum lui avait manqué.
Elisabeth s'était promis de ne pas pleurer. Son objectif ne fut pas totalement atteint.
Grant la serrait très fort. Elle ouvrit les yeux et s'aperçut d'une chose. « Dis-moi, tu n'aurais pas un peu grandi, toi ? »
Grant la dépassait maintenant de plusieurs centimètres. Elle fit la moue. « Bien, je suis définitivement la plus petite de la famille. »
Grant rétorqua. « Mais pas la moins importante. » En continuant à la tenir.
Thomas attendait à quelques pas. Il était heureux pour Carter. Il voyait une famille et cela le réjouissait. Elle se retourna, alla le chercher, le prit par la main et devant sa mère et Grant, elle dit simplement. « Voici Thomas, il partage ma vie. »
Elisabeth l'enlaça et lui chuchota, « merci pour elle. » Thomas sentit une complicité immédiate, comme si Elisabeth connaissait certaines choses. Il avait oublié que la mère de Carter était Lieutenant de Police, obtenir des informations était une seconde nature chez elle.
Grant lui serra la main tout en le dévisageant. Il n'aimait pas forcement les changements.
Carter s'attendait à trouver toute la famille à l'intérieur de la maison.
Elle fut surprise, ni grand-mère, ni grand-père, même son père n'était pas là.
Elisabeth le comprit. « On a préféré que ton arrivée soit calme. Enfin, nous avons pensé que c'était mieux. » Carter ne put réprimer un sourire. « Ça change. »
Elisabeth lui posa la main sur l'épaule, et sur un ton amusée, lui dit, « mais ne t'inquiète pas, ce soir tout le monde sera réuni. Ta grand-mère a réservé dans un restaurant. »
« Je me disais aussi. Et papa ? »
« Il nous rejoindra là-bas. »
Carter ne fit aucune remarque.
Elle regardât sa mère, bien sûr elle était heureuse mais elle la trouvait lasse, fatiguée.
Thomas avait les valises à la main. « Pose-les.» Carter l'entraina dans les escaliers. « Viens, je te montre ma chambre. »
Elle arrêta son élan devant la porte. Elle revit sa main sur la poignée qui la refermait en essayant de ne pas la faire grincer. Elle hésita. Elle finit par ouvrir et ce sont alors des centaines d'images qui la submergèrent. Comme si elles avaient été comprimées dans cette pièce et qu'une valve avait lâché. Des rires, des baisers, des pleurs, des cris, des silhouettes claires, des fantômes plus sombres mais Carter s'aperçut qu'elles n'étaient pas agressives. Elles n'étaient que des ombres, des souvenirs plus ou moins précis qui reprirent sans effort, ni violence, leur place dans sa mémoire et finalement il ne resta que le plaisir de retrouver sa chambre d'adolescente.
Par contre, une image réelle était restée sur sa commode. Elle se souvint parfaitement que ce soir-là, elle avait décidé de ne pas la prendre pour ne pas ajouter de la mélancolie, pour rester forte et ne pas renoncer. Crash était donc restait seul dans cette pièce. Elle voulut rapidement retourner la photo. Elle entendit la voix de Thomas, qui lui dit doucement, « Carter, tu n'as pas à vouloir cacher ce qui a fait ta vie avant nous. En tout cas pas pour moi. » Il prit délicatement le cadre. « C'est un homme bien. J'aurais apprécié être son ami. »
« Mais c'était avant Thomas. » Elle le saisit. « Ce n'est pas contre lui, c'est pour nous. » Elle ouvrit le tiroir de la commode et le mit dedans.
Il attrapa Carter par la taille et regarda autour de lui. « Tu as une très jolie chambre. Elle te ressemble, beaucoup d'objet d'amitiés et de la chaleur humaine. Mais il lui manque quelque chose. »
Carter ne comprenait pas. « Il manque quoi ? »
Il s'avança vers les enceintes posées sur le bureau, sortit son téléphone et le brancha sur elles. « De la musique ! Écoute, c'est Oumou Sangaré. »
Ils s'allongèrent sur le lit. La mélopée de la chanteuse malienne emplit la pièce. Elle investit le couloir, descendit les escaliers, s'écoula dans le salon. Et résonna dans la maison, la voix de l'Afrique chantant l'espoir des femmes et leur amour. Ils fermèrent leurs yeux.
Elisabeth passa devant la chambre, la porte était restée ouverte, elle ne put s'empêcher de regarder. Elle vit un fin visage d'ivoire, apaisé, posé contre un calme visage d'ébène au dessin régulier.
Elisabeth les trouva beau.
Thomas ressentit le regard bienveillant de la mère de Carter. Il n'ouvrit pas les yeux. Il comprenait d'où venait l'humanité de la femme qu'il aimait.
Sa grand-mère l'avait placé d'autorité à côté d'elle. Elle n'arrêtait pas de lui prendre la main. Au début du repas, elle avait évalué Thomas et décidé que c'était un garçon très bien mais Carter ne savait plus si c'était avant ou après que Joan ait appris qu'il était professeur assistant à l'université.
Son père était face à elle. Son regard était bienveillant. Elle le trouvait changé. Certes, il n'avait jamais était très bavard mais elle le trouvait particulièrement silencieux. Il observait sans vraiment prendre part aux conversations. Il faut dire que pour cela, sa grand-mère et Taylor se chargeaient de mettre l'ambiance. Non, il semblait, elle chercha le mot, serein.
Carter repris l'évocation de sa vie à Atlanta que Taylor complétait, si bien, qu'à la fin, c'est elle qui racontait et Carter qui se contentait de confirmer par des mots puis par des gestes.
Ils venaient de commander les desserts. David se leva en prétextant le besoin de s'aérer. Carter attendit quelques secondes puis le suivit. Une main la happa au passage. Buddy l'attira contre lui. Il ne lui dit rien, juste un grand sourire. Elle se pencha vers lui. « Je t'aime grand-père. » Elle se rendit compte qu'il était le seul de la famille à ne lui avoir jamais rien demandé. C'est peut-être pour cela que quand elle l'embrassa, elle ressentit encore une fois la chaleur de son amour et un sentiment de plénitude.
Il fumait une cigarette appuyé à une barrière. « Tu fumes, maintenant ? » Il se tourna en souriant, il avait toujours ce sourire lumineux. « Ca me détend. La pipe ferait plus écrivain et professeur, mais la cigarette c'est plus pratique et ça fait plus jeune. » Ils rirent ensemble.
« Donne-moi en une ! » « Tu fumes aussi ? » Elle plissa les lèvres. « Ces derniers temps je ne me suis pas posée ce type de questions. »
Il alluma une seconde cigarette qu'il glissa entre les doigts de sa fille.
Ils regardaient devant eux, vers quelques lumières qui vacillaient dans la nuit. Le chant de grillons les accompagnait.
« J'ai vraiment déconné, n'est-ce pas Carter ? Je suis sincèrement désolé, pour vous. »
Elle aspira une goulée. « Oui, tu as déconné. Tu les as accumulés. »
« Je ne savais pas comment m'en sortir. » Il eut un léger rictus, amer. « J'avais peur de tout briser. Vois-tu ma faute c'est de ne pas avoir tout dit dès le premier jour où tu as disparu. Mais je ne voulais pas admettre qu'il y avait un lien entre ton enlèvement et Lori. J'ai fini par m'en persuader. » Il écrasa sa cigarette. « J'avais la trouille, et cela m'a totalement inhibé.»
Carter l'écoutait sans laisser paraître la moindre réaction.
« J'étais comme ces joueurs qui croient toujours qu'ils vont se refaire. A chaque fois qu'un mensonge était dévoilé, je pensais que c'était le dernier, que les autres ne ressortiraient pas.» Il marqua une pause. « Ta mère n'a pas supporté le mensonge de trop.»
Carter se mit devant son père. « Ce que te reproche maman, ce ne sont pas tes mensonges, c'est que tu ne lui as pas fait confiance. Papa, tu n'as pas eu confiance en son amour pour toi. »
David baissa la tête. «Tu as raison. En plus, je la vois souffrir et ce n'est pas juste. Mais aujourd'hui, je ne dissimule plus rien. »
Carter sourit, désolée. « Comment le savoir ? Comment veux-tu qu'elle le sache ? Moi, j'en suis persuadée mais je ne suis pas ta femme. L'amour ne peut vivre qu'avec de la confiance, tu le sais papa. Et c'est long à reconstruire. »
Elle prit son père dans ses bras, un instant puis le fixa de ses yeux noirs qui reflétait sa volonté.
« Laisse du temps au temps. Continue à être présent pour elle, pour nous et peu à peu, elle arrivera à surmonter sa peur d'être blessée à nouveau. Parce qu'il y a une chose certaine, elle t'aime. Tout ce qu'elle a fait, n'avait qu'une seule raison éviter de souffrir pour continuer à vivre.»
David était subjugué par l'empathie de sa fille, par son attitude aimante.
« Tay, m'a dit que tu vivais avec Ben. Et que tu t'occupais d'eux. C'est bien. »
« J'ai loué un appartement. Il n'est pas très grand mais il y a une chambre pour Ben. Je ne pouvais pas le laisser repartir tout seul. C'est vraiment un brave garçon. »
« Je sais papa, je m'en suis rendu compte »
« Et j'ai une chambre pour Grant aussi. Comme ça quand il veut venir, il se sent chez lui. Ils s'entendent bien avec Ben. »
Il eut un geste de dépit. « Tu vois, Carter, le plus bizarre, c'est que je me sens … apaisé. Je vais t'avouer une chose, personne ne le sait. J'écris un roman et qui n'a rien à voir avec nous. Et devine, mon agent a trouvé les premières pages excellentes. »
Carter le regarda. « Je crois comprendre, tu te sens libre. »
Il lui prit les mains. « Comme toi. Je l'ai remarqué à ton regard, à ton comportement. Tu es libérée Carter. »
« Oui, papa. Enfin, presque. Il me reste une chose importante à faire. »
« Lori ? Je sais. Mais après tout ira mieux. Tu as les armes. Je suis heureux pour toi. Je t'aime. »
« Je t'aime.» Ils s'enlacèrent longuement. Carter avait un père.
« Bon, on va les manger ces desserts, » lui dit-il en reniflant.
Carter s'essuya les yeux et lui fit oui de la tête.
La cigarette finit de se consumer dans le sable du cendrier. Elle jeta un dernier feu comme la fin d'un combat.
Carter sortait de la douche. Elle avait bien dormi. Elle était heureuse d'avoir retrouvé son lit. Il était confortable. Elle le ferait bien suivre en Géorgie, si elle pouvait.
Elle s'enveloppa dans une grande serviette. Elle la serra un peu mais pas trop, on ne sait jamais. Elle pouvait glisser juste sous les yeux de Thomas ou alors s'il avait envie de l'enlever, qu'il puisse le faire facilement. Elle eut chaud tout à coup. Elle se regarda dans le miroir. Elle se faisait rougir toute seule.
Un léger sourire s'esquissa sur son visage. Ses yeux brillaient.
Elle entendit des voix qui venaient de la chambre. Il lui sembla reconnaître cet accent. Elle fit coulisser la porte et vit assise sur le lit, Bird qui riait et parlait avec Thomas.
Dès qu'elle la vit, Bird lui sauta au cou, un peu brusquement. « Carter, bitch, tu m'as manquée. »
Bien entendu la serviette glissa.
Bird fut confuse, « ho, excuse-moi ! »
Thomas devant le spectacle regretta immédiatement la présence de Bird.
Carter se jura, à partir de cet instant, de refuser de voir ses amis en sortant d'une douche.
Bird se baissa précipitamment pour ramasser la serviette, Carter aussi et leur tête se heurtèrent.
Bird se retrouva sur les fesses. Carter réussi à récupérer la serviette qu'elle mit sur elle en vrac. Elle sentait déjà venir la bosse. Elles se regardèrent et éclatèrent de rire.
« Je ne suis pas sûre que tu m'aies vraiment manquée, » dit Carter en se frottant le front.
« Tant pis pour toi, il ne fallait pas revenir, » répondit Bird en se relevant péniblement.
« Toujours tes problèmes de pompes, » ricana Carter en lui tendant une main tout en tenant la serviette de l'autre.
« Pourtant ces talons sont un peu moins haut. »
« De combien de centimètres ? Un, deux, ... trois ? » Souris Carter
« Je sais pas, ouais, deux. »
Carter secoua la tête. « Je vois.» Elle réussit à mettre Bird debout.
« Bon, je me change vite et je reviens. » Elle ramassa les fringues qu'elle avait préparées sur la commode et repartit vers la salle de bains … en reculant. Et là, elle aperçut très nettement l'expression moqueuse quoique très intéressée de Thomas, qui appuyé sur un coussin n'avait pas perdue une seule miette du festin qui lui avait été offert si généreusement. Elle lui tira la langue, tout en remontant juste un peu la serviette sur sa cuisse en lui lançant un regard provocateur.
Une fois habillée, elle put enfin s'asseoir sur son lit dans sa position favorite et discuter avec son amie. Thomas s'éclipsa, prétextant une chose à dire à Max qui, Carter le savait, n'était pas là puisqu'il travaillait. Elle apprécia la discrétion de son amour.
Bird, elle aussi, voulait tout savoir. Carter recommença son histoire dans un résumé assez rapide somme toute. Elle se dit qu'elle aurait dû le dicter et l'imprimer. Même si elle comprenait la curiosité de ses amis.
« Et toi, Bird, comment vas-tu ? La situation s'est-elle stabilisée ? » Sans le dire, c'était une allusion à la relation entre Bird et ses parents.
« Tout à fait, tellement stabilisée que je ne vis plus chez moi. »
« Quoi, tu as quitté ton logement ? Mais tu vis où? » Carter compris qu'elle n'était pas la seule à avoir chamboulé sa vie pendant cet été.
« Un gentil garçon m'héberge. »
Carter fronça les sourcils. « Un gentil garçon ? C'est quoi cette histoire Bird ?»
Bird se mit à rire. « C'est pas ce que tu crois. En fait, je vis chez Gabe. »
« Gabe, c'est cool. Mais comment, enfin, je veux dire … ?»
« Je me suis disputé avec ma mère, ce fut assez violent. Moi aussi j'ai fait mon sac. » Elle continuait à rire mais c'était maintenant pour exorciser sa douleur. « Je ne savais pas où aller, Gabe m'a donné les clefs de son appart. A l'époque, il vivait chez Mason. Puis, un jour il m'a rejoint.»
Carter prit la main de Bird. « Ca n'a pas dû être facile. »
« Tu es bien placé pour le savoir. Disons que cela m'a permis de me prendre en charge et d'arrêter de pleurer sur mon sort de pauvre petite fille riche. Mais maintenant j'ai des projets. » Elle eut un sourire énigmatique que Carter releva.
Elle plissa des yeux. « Quels projets ? » Elle se méfiait un peu des idées parfois farfelues de Bird.
Celle-ci ouvrit très grands ses yeux. « Tu croyais te débarrasser de moi, raté. Je me suis inscrit dans une école d'art et devine où ? »
« Ne me dit pas que c'est à Atlanta ? C'est ça ? »
«Non, pas tout à fait, mais pas si loin, à Savannah. » Elle avait une expression très malicieuse. « Ils ont une école très réputée. Ma prof m'a fait un super dossier, j'ai envoyé quelques tableaux et j'ai décroché une bourse. » Elle poussa Carter. « Alors, heureuse, tu auras ta Bird encore dans les pattes. »
Carter l'a pris dans ses bras. « C'est vraiment génial, Bird. » Elle pensa qu'elle devrait lui faire rencontrer Barbara.
« Et ce n'est pas tout. » Elle devint plus sérieuse, plus rêveuse aussi. « J'ai demandé à Madison de me rejoindre. Les coups de fils ou Skype, cela ne suffit pas. Tu sais, je n'aurais … » elle respira, « … jamais cru qu'une personne puisse à ce point me manquer. »
« Et elle va le faire ? Elle va venir ? »
« Je ne sais pas. Je crois qu'elle a peur d'une relation, disons plus établie. Pourtant, je suis sûre au fond de moi qu'elle va accepter. » Elle fit un petit geste. « On verra. »
« Tu le sais comme moi, Madison, sous ses airs bravaches, est quelqu'un de fragile. Elle n'a jamais eu vraiment de chance avec ses amours, ni dans sa vie d'ailleurs. Mais avec toi, je l'ai vu heureuse. Elle viendra. »
« Tu lui en veux toujours pour, enfin, … de ce qui s'est passé avec Lori ? »
« Non, Bird, j'ai dépassé tout cela. Je sais pourquoi elle a agi comme cela. Lori est une manipulatrice et si on lui fait confiance, on plonge. Madison n'était pas assez solide, j'en sais quelque chose. »
Carter, elle aussi, était redevenue sérieuse. « Et Gabe comment va-t-il ? Parfois, je pense à la mort de son père. C'est horrible ce qu'il vit. Il venait à peine de terminer le deuil de sa mère. »
« Il se remet doucement. Lui aussi a des projets. Je crois qu'il va s'engager dans la police et faire une école. Pas forcement, ici. »
« Il n'est pas venu avec toi ? »
« Non, c'est encore difficile de venir dans cette maison. De voir ta mère, surtout. Il ne lui en veut plus mais il préfère mettre de la distance. »
« C'est normal, je le comprends. Cette liaison entre son père et ma mère, il la craignait. Finalement, il avait raison. Kyle s'est sacrifié pour sauver Elisabeth. »
« Par contre, il aimerait te voir. Il m'a demandé de t'embrasser. J'ai pensé que nous pourrions sortir tous ensemble un de ces soirs. » Elle prit un air mystérieux. « J'ai un plan comme au bon vieux temps. »
« Même si tout le monde ne sera pas là. »
Carter réagit. « Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
Bird s'aperçut de sa bourde. « Excuse-moi, je voulais parler d'Offy. Il a disparu. Même Gabe n'a plus de nouvelles. Je crois que l'histoire avec ta sœur l'a fait souffrir plus qu'il ne voulait l'avouer. »
Carter fixa Bird dans les yeux. « Elle ne l'a pas fait exprès. Elle est amoureuse et c'est plus fort qu'elle. Elle sait qu'elle fait son malheur mais elle est impuissante. Elle ne peut plus lui donner ce qu'il attend.»
Bird pris dans ses mains le visage triste, si triste de Carter. Elle lui rangea une mèche de cheveu. «Je n'ai discuté avec lui que quelques minutes mais Thomas semble être un garçon extraordinaire. »
« Il l'est Bird, crois-moi. Il est même plus que ça pour moi. »
Elles restèrent un long moment allongées sur le lit l'une contre l'autre.
La voix d'Elisabeth retentit du bas des escaliers. « Vous n'avez pas faim les filles ? Et rassurez-vous c'est Taylor qui a préparé le repas ! »
« Avec l'aide de Thomas ! » Criât Taylor.
Assis autour de la table de la cuisine, personne vraiment ne parlait comme si chacun voulait profiter de ce moment de sérénité où ils étaient ensemble, enfin réunis.
Alors qu'ils commençaient à débarrasser la table, Elisabeth pris Carter à l'écart et l'emmena dans le salon.
Elle l'a fit asseoir et se mit près d'elle. « Carter, je ne veux pas t'embêter avec ça. Mais tu dois aller voir la juge. Il y a toujours l'injonction et il ne faut pas laisser les choses trainer. Si elle apprend que tu es revenue, elle pourrait demander une contrainte par corps. Si tu veux, je peux me charger de la contacter. »
Carter sourit, elle mit sa main sur celle de sa mère. « Merci maman, mais ce n'est pas la peine. »
Elisabeth la regarda soucieuse. « Mais, il faut le faire. »
« Maman, c'est fait. J'ai contacté la juge. »
« Mais quand ? Je ne comprends pas. »
« Je l'ai appelé d'Atlanta avant de venir ici. Nous avons longuement discuté. J'ai rendez-vous avec elle demain matin. »
« Pourquoi tu ne m'a rien dit ? »
« J'attendais le bon moment. Et puis, maman, cela me concerne moi. C'est entre Lori et moi. Vous avez trop souffert à cause de cette femme, c'est à moi de m'en occuper. J'ai toujours était l'objet dans cette histoire. Celui que l'on voulait s'approprier, chacun pensant le faire pour mon bien ou pour son égoïsme personnel. Disons que je deviens le sujet. Ce n'est pas dirigé contre vous au contraire mais si je veux m'en sortir définitivement, il faut que je sois acteur et non spectateur. Demain si tu veux m'accompagner, tu peux le faire. Mais je serai seule dans le bureau du juge, quoiqu'il arrive, d'accord.»
Elisabeth était sans voix mais elle comprenait sa fille. Elle comprenait surtout qu'elle n'était définitivement plus une enfant. Elles se tenaient toujours deux de leur main alors elle posa la seconde sur celle de Carter qui fit de même. « Je suis avec toi quoique tu décides, Carter. »
« Je sais maman, je sais maintenant que c'est ce que tu penses depuis toujours même si cela a pu te faire du mal. »
Dans le couloir Carter attendait que la juge l'appelle dans son bureau. Elisabeth était à ses côtés. Elle appréciait sa présence car malgré tout, ce qu'elle avait à faire était pénible. Mais elle s'y était préparée.
David était assis en face. Il avait tenu à venir. Elisabeth et lui s'étaient embrassés mais depuis, ils évitaient de se regarder.
Elle avait demandé à Taylor et Grant de rester à l'écart. Ils avaient suffisamment soufferts entre ces murs. Il y avait quelques semaines, elle-même était ici totalement bouleversée, mais aujourd'hui elle se sentait forte. Tout à l'heure, en sortant, elle était sûre qu'elle serait apaisée. Ses mains tremblaient.
La porte s'ouvrit. Une dame un peu forte, d'un certain âge apparut. Elle s'adressât à Carter. « Carter Wilson, madame la juge vous attend. »
Carter se leva, elle regarda sa mère et lui sourit. « Enfin, » se dit-elle. « C'est le moment. »
La juge, assise derrière des piles de papiers, avait une expression sévère. Les yeux dans un dossier elle ne lui jeta qu'un rapide regard. « Bien ! Je suis heureuse de voir que vous avez su trouver le chemin de ce tribunal. »
Elle entendait le cliquetis du clavier de l'ordinateur de la greffière.
« Oui, votre honneur. »
La juge referma le dossier posa ses coudes sur le bureau et croisa ses mains. Cette fois-ci elle regarda Carter dans les yeux.
« Mademoiselle Wilson, la conversation, assez longue, je dois le dire, que nous avons eu au téléphone m'a convaincu de ne pas vous poursuivre pour obstruction volontaire à une procès et absence à une convocation régulière, puis à une injonction d'un juge. »
« Merci, votre honneur. »
« Bien ! Je ne vais pas reprendre tout ce que nous nous sommes dit. Par ailleurs, j'ai reçu votre courrier et je l'ai consigné dans le dossier. Je dois d'ailleurs vous dire que celui-ci est très bien rédigé et très précis. Je vous félicite même si certains termes ou expression ne peuvent pas être qualifiés de juridique. »
« Je comprends, j'ai fait de mon mieux votre honneur. »
« Ce dossier traine depuis trop longtemps et la justice n'a pas de temps à perdre. » Elle la fixa à nouveau, « Vous lui en avez fait perdre beaucoup Mademoiselle Wilson. J'ai donc décidé de ne pas réunir à nouveau une audience publique qui de toute façon reporterait ce procès à plusieurs mois. Nous allons régler ce diffèrent aujourd'hui dans ce bureau. Ma greffière m'a dit que vous parents étaient dans le couloir, c'est très bien cela évitera une nouvelle convocation. Bien ! Mais dans ce dossier vous n'êtes pas seule en cause. Vous n'avez pas souhaité qu'un avocat vous assiste mais je vous avertis, ce n'est pas le cas de la partie demanderesse. Comme je vous l'ai dit, je vais procéder à une confrontation entre vous et le demandeur. Puis ensuite je demanderai à vos parents de nous rejoindre et je rendrai ma décision. Vous aurez ensuite deux mois pour la contester.
« Bien ! Greffière faites entrer madame Stevens. »
La juge attendit que la greffière soit sorti, elle chuchota à Carter, « ça va aller. »
Carter n'osait plus bouger. Ce moment, elle l'avait imaginé depuis des semaines dans son esprit. Elle en avait répété chaque mot, revu chaque posture, chaque expression. Et Il était là, maintenant. Elle régula sa respiration, elle imaginât qu'un projecteur l'éclairait. La représentation de sa vie pouvait commencer.
Elle le savait, elle était derrière elle. Elle n'avait pas besoin de la voir ou de l'entendre. Son instinct le lui disait. Elle sentit une nausée l'envahir.
Elle ferma les yeux, inspira, expira, puis les rouvrit. Elle était prête. Elle tourna la tête.
Lori s'assit sur le fauteuil à côté d'elle. L'avocat était en retrait.
Elle lui lança un sourire triste voire désespérée. Carter ne laissa passer aucune expression mais elle sentit tout son corps intérieur trembler. Lori fit un mouvement pour s'approche d'elle et lui prendre les mains. Elle l'effleura et s'exclama, « mon bébé ». Carter ne bougea pas. Elle resta calme. Son cœur allait exploser. C'est le juge qui intervint.
« Maître, pouvez-vous demander à votre cliente de s'abstenir de ce type de manifestation ? Et je ne le répèterai pas.»
L'avocat se leva. « Votre honneur, il faut comprendre madame Stevens, sa fille avait disparue depuis plus de 2 mois. Elle était très inquiète. Je dois aussi vous demander de consigner dans le dossier que l'attitude de mademoiselle Wilson n'a pas permis à ma cliente de se défendre et d'obtenir la libération que la justice lui doit. C'est une obstruction volontaire à la procédure et cela prouve que les personnes qui en ont la charge ne savent pas s'occuper d'elle. De plus une audience publique avec un jury, nous aurait permis de nous défendre et de prouver les mensonges de Mademoiselle Wilson. »
Carter ne brocha pas, par contre la juge oui. « Maitre, nous ne sommes pas en audience publique mais dans mon bureau, épargnez-nous donc vos effets de manche. Votre cliente, elle-même à choisie la confrontation plutôt que le jury, alors ne revenez pas là-dessus. Quant à l'obstruction, je vous ai fait part de ma position, le sujet est clos. »
Elle continua. « Bien ! Nous sommes réunis pour mettre un terme définitif à ce procès. Nous avons lors des audiences entendu le point de vue du demandeur madame Lori Stevens. Nous avons également les mémoires en défense de madame et monsieur Wilson. La cour aimerait entendre, les arguments de la principale intéressée. J'ai versé au dossier un courrier que celle-ci a fait parvenir au tribunal il y a quelque jour et que nous avons communiqué à votre client, maître. »
L'avocat l'interrompit. « Justement à ce propos nous avons des observations à faire sur certains points … »
La juge le coupa. « Maître, vous ferez vos observations après les déclarations de Mademoiselle Wilson. Je crois qu'il est temps de l'écouter. Alors s'il vous plait, taisez-vous ! » Le ton du juge était sans appel. L'avocat s'enfonça dans son siège et ne bougea plus.
Depuis le début de l'audience Lori n'avait pas quitté Carter des yeux. Elle semblait la supplier.
Carter écoutait l'avocat, une fois de plus, une personne voulait parler de son avenir, de sa vie comme si elle n'était pas là. Au fond d'elle, elle remercia la juge de ses interventions. Elle avait beaucoup hésité avant de l'appeler, elle avait la trouille. Mais une fois au téléphone, elle trouva une femme ouverte et très humaine. Elle lui expliqua les obligations que étaient le siennes lors d'un procès. En particulier de traiter toute les parties de la même façon surtout en audiences publiques. Carter comprit alors pourquoi elle apparaissait si fermée. Lori avait des droits et son rôle était de les faire respecter mais elle devait aussi faire respecter ceux de Carter.
Carter s'était confiée. Elle voulait la convaincre. Au-delà du récit, elle ouvrit son cœur. Elle lui parla de ses déchirures. Elle lui fit part de ses réflexions sur Lori, Elisabeth, David. Sur ces vies qui se brisaient à cause de mensonges et de dissimulations. Sur ces enfants pris en otages par des détresses, des frustrations, des névroses qui n'étaient pas les leurs.
La juge l'écoutât et à la fin de l'entretien lui demanda de lui écrire tout cela et elle lui dit, « surtout, ne t'inquiète pas, si la justice est parfois aveugle elle n'est jamais sourde. »
La juge fit un signe à Carter. « Bien ! Si tu le souhaites, tu peux t'exprimer. »
« Merci votre honneur. »
Carter regarda Lori dans les yeux.
« Il y a quelques semaines tu as intenté une action pour faire reconnaitre par ce tribunal ton droit à obtenir ma garde et éventuellement celle de ma sœur Taylor. Tu as dit que tu avais été ma mère pendant 13 ans et que le fait que nous soyons issues de tes ovules te donnait ce droit. Et que par ailleurs tu voulais revenir sur ce don, arguant de tes relations à l'époque avec David, notre père.
Et bien vois-tu, dans mon cas, tu as raison, tu es ma mère. Tu l'as été pendant 13 ans, pendant les années les plus importantes de la vie d'un enfant. Tu m'as aimé à ta façon certes mais cet amour je l'ai reçu comme étant vrai et sincère. Et cela, quoique je fasse, restera à jamais dans mon cœur. Tu es associée à chaque image de cette période de ma vie. » Le visage de Lori s'éclairait.
« Mais un enfant grandi et son amour évolue aussi. L'amour se construit et s'entretien et toi tu l'as détruit. Tu as détruit la plus belle chose de ma vie. Tu as détruit les rêves d'une petite fille qui croyait que sa maman était une fée. Tu as menti. C'est la pire des choses pour un enfant. Mais tu t'es menti également à toi-même, car je ne suis plus un bébé maman, j'ai 17 ans. Dans tes fantasmes tu as cru que je resterai un enfant et qu'ainsi je ne saurais jamais que tu vivais dans une illusion. Et pour moi, le rêve s'est transformé en cauchemar. »
« Tu as tout fait pour que je ne grandisse pas mais c'est inévitable un enfant grandi un jour ou l'autre. Regarde, tu demandes la garde d'un enfant qui dans quelques mois sera majeur. Pourquoi ? Pour faire encore un plus souffrir cet enfant que tu dis tant aimer ? Pour te venger de ceux dont tu crois qu'ils ont volé ta vie ? Ou tout simplement pour obtenir ta libération, mais alors tout cela n'aurait rien avoir avec l'amour que tu dis me porter.»
« Mais il n'y pas que cette petite fille que tu as détruit. Tu as voulu détruire Taylor, mon père, ma mère, mes amis, Max, Madison, tous ces gens qui me sont proches et même Benjamin. Et pour quels résultats, tu es seule dans une cellule d'hôpital. Demain lorsque tu sortiras, car je souhaite que tu sois libre le plus vite possible, personne ne sera là pour venir te chercher, personne. Parce que malgré nos blessures, moi et tous les autres, nous nous reconstruisons et nous continuons à vivre. »
« Je vais avoir 18 ans dans moins de trois mois. Je suis inscrite dans une université. J'ai un ami que j'aime. Je travaille. J'ai ma vie et toi quelle vie as-tu ? » Carter put enfin sourire. « Vois-tu lors de ma fuite, j'ai rencontré une dame très âgée. Elle m'a aidé, soutenue et m'as permis de comprendre bien des choses. Et bien cette femme qui n'est pas de ma famille de sang et aujourd'hui une mère pour moi alors que toi tu ne le seras jamais plus. Tu n'es plus ma mère Lori. Il ne tient qu'à toi d'essayer de retrouver une place auprès de moi. Mais cela te sera difficile, il te faudra du temps et beaucoup d'efforts car tu as fait du mal à des gens que j'aime. Pour celui que tu m'as fait, je te pardonne. En fait, au fond de moi, je ne suis jamais arrivée à te haïr. »
« Sache que quelle que soit la décision de madame le juge aujourd'hui, elle ne me touchera pas car ma vie est ailleurs maintenant et loin de toi mais c'est normal les enfants finissent toujours par quitter leurs parents. »
Elle regarda la juge.
« Voyez-vous votre honneur j'ai appris une chose ces dernières semaines. On peut aimer à la folie une personne et un jour voir ce sentiment disparaitre comme s'il n'avait jamais existé. Cela fait peur. On ne comprend pas pourquoi, on se bat pour le faire revivre, on se sent coupable, on pense être un monstre et c'est peut-être vrai, mais quelle que soit la raison, quel que soit vos efforts, le résultat ne change pas, l'amour à disparu. Cela vous déchire mais vous n'y pouvez plus rien. »
« Je vous remercie de m'avoir donné la possibilité de parler. »
Carter ferma un instant ses yeux, c'était fini. Elle l'a fait. Elle serra ses mains pour arrêter les tremblements.
Lori n'avait pas fait un mouvement pendant toute l'intervention de Carter mais son sourire s'était effacé.
La juge reprit son air sévère. Elle ouvrit le dossier.
Elle s'adressa à la greffière. « Bien ! Introduisez madame et monsieur Wilson. »
Elisabeth et David pénétrèrent presque timidement dans la pièce, ils ne regardèrent pas Lori.
Carter leur sourit, pour les encourager. Ils s'assirent derrière elle. Elle sentit la nausée revenir.
La juge reprit la parole. « Avant que je ne prononce mon jugement, est ce que les parties souhaitent s'exprimer une dernière fois ? » Elle ajouta, « de façon concise, s'il vous plait. »
Les parents de Carter déclinèrent d'un geste de la main. Elisabeth ne put s'empêcher de dire. « La seule chose que nous souhaitons c'est que nos enfants puissent retrouver leur sérénité. Ce procès les a énormément perturbés. »
La juge regarda Lori et son avocat. Celui-ci se leva. « Ma cliente souhaiterait faire une déclaration. »
La juge invita Lori à parler. Elle fixait toujours Carter mais son regard suppliant s'était durci.
« Tu me rejettes alors que je t'ai aimée, éduquée pendant toute ton enfance. Je me suis occupé de toi pendant treize années en sacrifiant ma vie. Treize années où nous avons été heureuses. Tu me dis que je t'ai menti mais je l'ai fait pour te protéger car je connais leurs pouvoirs de nuisance. La preuve, il n'a suffi que de quelques semaines avec eux pour retourner ton esprit. Ai-je été la seule à mentir ? Le premier mensonge n'est-ce pas elle, » elle désigna Elisabeth, « qui l'a fabriqué en essayant de vous faire passer pour ses filles, pendant que son mari me promettait l'amour éternel. »
Carter s'accrochait à son siège
Elle respira profondément. Son regard commençait à se perdre. « J'étais jeune, j'avais besoin d'argent. Ils vous ont acheté. Et quand je me suis aperçu de mon erreur, il était trop tard. Mais lui, il savait.» Son doigt pointé désignait David. « Il m'a trahie. Alors oui, je t'ai enlevé et j'ai recommencé parce que tu es ma fille, parce que tu es à moi, pas à elle, à moi. » Elle se précipita sur Carter les bras ouverts.
Carter recula brusquement et fit tomber son fauteuil. David se leva très vite et s'interposa. Le Juge tapa du plat de sa main sur son bureau. « Maître, maitrisait votre cliente où je la fais évacuer de ce bureau. » Ce dernier attrapa Lori par un bras en lui demandant de se calmer et de s'asseoir.
Entre temps, la greffière avait fait renter un garde. Celui-ci très vite se mit devant Lori et la força à reprendre sa place.
Carter hurla, tremblante, en serrant les poings. « Non, je ne suis pas à toi. Je suis à personne, ni à toi, ni à Elisabeth, à personne. Je suis libre. Tu entends libre de ma vie, de mes choix. Plus jamais je ne serai dépendante de quelqu'un. »
David remit le fauteuil à sa place. Il sourit à Carter. Elle reçut ce sourire comme un baume sur une plaie. Il atténua un peu sa douleur.
La juge attendit que le calme soit totalement revenu.
Lori était devenue amorphe.
«Bien, j'espère que nous allons pouvoir poursuivre sereinement. Voici la décision du tribunal. A la lumière des dernières déclarations de mademoiselle Wilson, au vu de son dossier d'inscription dans une faculté, de la bourse qu'elle a obtenue, des deux contrats de travail qu'elle a pu produire et de son contrat de location qui prouve un domicile. Ces éléments prouvant sa capacité à subvenir seule à ses besoins et donc sans avoir à me prononcer sur le fond du dossier, je déclare l'émancipation légale de Mademoiselle Carter Wilson. De fait cette émancipation met un terme à toutes les requêtes du demandeur puisqu'une autorité parentale ne peut être déclarée rétroactivement. Et si je peux permettre, et je le peux puisque je suis le juge, à vos querelles d'adultes. Quant à la demande de libération anticipée, j'ai pris note de votre souhait mademoiselle Wilson, je laisse le soin au juge pénal de se prononcer.»
Elle regarda Carter. « Mademoiselle Wilson vous voilà majeure. Vous êtes donc à partir de cet instant responsable de tous vos actes. Faites donc attention. » Et elle lui sourit.
Carter pris sa respiration, son regard se troubla un instant, c'était vraiment fini. Elle pouvait choisir ses parents non par le droit mais juste par amour. Elle était libre maintenant, tout de suite.
Elle tendit sa main à Elisabeth. Elles s'effleurèrent les doigts.
Lori n'avait toujours pas bougé.
C'est son avocat qui intervint.
« Nous allons contester cette décision. »
«Libre à vous, » lui répondit la juge. « Vous avez deux mois pour le faire mais le temps que le tribunal statue à nouveau, mademoiselle Wilson sera majeure et de fait la demande n'aura plus lieu d'être. »
« Mais ce sont nos droits que vous bafoués, madame. »
La juge s'emportât, elle le fusilla du regard. « Non ! Ce sont les droits d'un enfant que je protège et si cela avait été fait plus tôt nous ne serions pas dans ce bureau. Et appelez-moi, votre honneur.»
Lori posa la main sur le bras de son avocat pour le faire taire.
Elle regarda Carter, son visage ne reflétait aucune expression. «Je te souhaite de connaître le bonheur, Carter. »
Carter la défia du regard. « Lori, le bonheur, je le connais déjà. Je suis heureuse.»
Lori ne réagit pas, elle restât collée à sa chaise.
Spontanément, Carter tendit sa main au juge qui la saisit.
« Merci, votre honneur. »
« Le procès est fini, vous pouvez m'appeler madame. Bonne chance Carter mais je ne m'inquiète pas. Vous irez loin dans votre vie. »
Carter sortit de la pièce. Ce n'est qu'après qu'elle s'aperçut qu'elle n'avait pas regardé Lori en partant.
Sur le parvis du tribunal, trois personnes anxieuses attendaient.
Quand elles virent les expressions de joie d'Elisabeth et David, elles n'eurent pas besoin d'explications.
Taylor et Grant s'avancèrent, ouvrirent leurs bras, face à eux, Carter arborait un immense sourire. Elle le savait ce dernier était un peu contraint. Il fallait faire face.
Ils se réunirent tous les trois.
« Je crois que vous allez devoir encore me supporter comme sœur pendant très longtemps. » Leur dit Carter.
« C'est tout ce qu'on demande. » Répondit Grant
« C'est vraiment terminé ? » Demanda Taylor.
Carter la prit par le cou. « Oui, cette fois-ci, c'est terminé. »
David et Elisabeth regardaient leurs enfants. Pour la première fois depuis 14 ans, ils n'avaient aucune crainte pour eux. Leurs regards se croisèrent juste un instant.
Carter tendit sa main au hasard, derrière Taylor, à l'aveugle. Elle sentit une peau douce lui enserrer les doigts. Thomas était là. Les tremblements reprirent. Elle la retira.
