Chapitre 13 : Tomorrow
Carter avait demandé à sa mère que rien ne soit organisé après l'audience. Pour elle, ce n'était pas une victoire. Il n'y avait rien à fêter, tout juste la fin de son enfance et elle n'avait pas envie de s'en réjouir.
Elle était morose et sans ressort. Après le repas, elle décida de sortir et marcher seule dans la rue. Elle sentit Thomas dépité quand elle refusa qu'il l'accompagne.
Elle pensait à sa mère. Elisabeth avait lu son courrier joint au dossier. Elle lui avait dit simplement, « il faut savoir pardonner pour être libéré, pour pouvoir vivre demain. » Elisabeth n'avait pas répondu.
Mais, elle se mentait, ce n'est pas sa mère qui l'inquiétait, c'était elle. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait depuis la fin de ce procès. Elle avait retiré sa main trop vite quand elle avait senti les doigts de Thomas enserrer les siens. Pourquoi ?
Elle croyait qu'elle serait heureuse, épanouie or une sorte de vertige l'avait saisie. Cette nausée, ces tremblements identiques à ceux d'une fièvre. Comme si son esprit se vidait de ses anciennes angoisses et se remplissait d'autres sensations inconnues. Elle ne dépendait plus de la folie malsaine de Lori. Non, … elle ne dépendait plus de personne. Elle était, … là, maintenant, vraiment libre ?
Sa vie était devant elle. Tout était possible. Elle se souvint de ce que lui avait dit Barbara, « il aurait fallu choisir et moi, j'étais du style à tout vouloir.» Elle aussi, elle voulait tout. Il n'existait plus de contraintes, plus de barrières, elle pouvait faire ses choix, … seule. Elle pouvait décider de son existence. Elle avait peur de ses décisions.
En rentrant, elle vit à travers la fenêtre du salon, ce que pouvait être une soirée tranquille et familiale. Benjamin et Max les avaient rejoints. Elle voyait les rirent fuser. Benjamin était un vrai pitre, Max n'était pas en reste. Thomas, dans un fauteuil, avait l'air absent. La musique envahissait la maison. Taylor se mit à danser sur une mélodie du Velvet Underground, la voix envoutante de Lou Reed chantait « Sweet Jane ».
Elle resta un moment, indécise, à les observer. Elle regarda derrière elle la rue, qui dans la nuit s'enfuyait.
Puis un air qui venait d'un temps révolu sortit des enceintes, « I think, i like it ». Ils se mirent tous à sauter. Un frisson parcouru Carter, la nuit l'appelait, la peur la reprit. Elle ouvrit la porte et rejoignit ses amis.
Il était déjà tard. Carter remontait les escaliers, Thomas s'accrochait à elle. Elle vit que la chambre de Grant était encore éclairée. Elle embrassa Thomas. « Je te rejoints. » Il lui sourit faiblement et avant qu'il ne la quitte, elle l'attrapa par la manche de sa chemise, et lui dit doucement, « ne t'endors pas tout de suite. »
« Oui, je t'attends. » Il réagit et releva son torse. « Je vais mettre des allumettes sous mes paupières. Je ne risque pas de rater une seule nuit avec toi. » Et il lui envoya un baiser.
Carter toqua deux fois. Elle entendit un « ouais » de lassitude.
Quand elle passa la porte, elle vit Grant, affalé sur son lit. Il se redressa aussitôt, surpris.
« Hey, Armadillo ! » dit-elle avec un petit geste.
« Hey, Elephant ! »
Carter, voyant qu'il ne disait rien, s'approcha. « Je peux ? » dit-elle en désignant le bord du lit.
« Heu, oui, bien sûr. » Il referma le capot de son ordi et le posa à côté de lui.
« Excuse-moi, je croyais que c'était maman qui venait me demander de me coucher. »
Carter sourit. « Et ça t'agace ? »
Grant fit un geste d'impuissance. « Oui, un peu. »
« Elle est souvent sur ton dos ? »
« Disons qu'elle est très présente. » Grant se mit en tailleur. Il ne regardait pas Carter. « Tu le sais, je ne suis pas habitué à ce que qu'on se préoccupe de moi. » Un silence s'installa.
Carter se mordit ses lèvres. « Tu m'en veux beaucoup ? »
Il leva les yeux. « Non, pas à toi en particulier. Je crois que j'en veux à tout le monde. Tu es partie sans un mot enfin je veux dire un vrai mot et ensuite plus rien. Taylor ne dors plus ici, elle est toujours chez Max. Et puis, … » Il n'arriva pas à finir.
« Papa et maman, » l'aida Carter.
Il fixait un point imaginaire sur le sol. « Le bureau de papa est toujours fermé. Ni elle, ni moi n'osons y rentrer. Je me cache ici. Je l'entends déambuler dans la maison sans savoir quoi faire. Elle rentre dans vos chambres à Taylor et toi. Elle y reste un moment puis ressort. Elle s'assoit dans le salon, essaie de lire puis rejette le livre. »
Il soupira. « C'est le silence le plus dur. Du coup, je sors de plus en plus souvent et elle est de plus en plus seule. Quand je vais chez papa, je sens qu'il brule de me demander de ses nouvelles. Il le fait de façon détourné. » Il regarda Carter. « Je m'en veux à moi aussi parce que je suis bien chez lui. Il y a Ben, on déconne ensemble. Et puis papa parle avec moi comme jamais il ne l'avait fait. »
Carter prit sa main. « Il faut leur laisser du temps. Maman a vécu des choses très dures ces derniers mois, Lori, Papa, Kyle et … moi. Elle a besoin retrouver son équilibre. Ils doivent reconstruire une relation, c'est compliqué. Tu te retrouves seul face à eux deux et pour toi, c'est difficile, je le comprends. Mais tu ne dois pas culpabiliser. Tu n'es pas responsable de cette situation, c'est eux et uniquement eux. »
Grant triturait le câble de l'ordi. « Il y a autre chose ? Tu peux me parler, tu le sais. »
Sa voix se fit plus hésitante. Elle le vit au bord des larmes. « J'ai l'impression que Tay et toi, vous m'abandonnez. » Avant que Carter ne réagisse, il ajoutât très vite. « Je sais que ce n'est pas ça, que c'est normal que vous partiez mais je n'arrive pas à m'enlever ce sentiment. »
Son dos se voutait de plus en plus. « Taylor en Californie avec Max qui va la suivre. Et toi, … » Il accéléra le débit de ses paroles, «… quand je t'ai vue sur la vidéo, j'étais tellement soulagé. Et, … je t'ai vu rire sur les épaules de ce type. » Il se leva du lit, il explosa. « Oui, je t'en veux parce que tu étais heureuse et que moi j'étais mort d'inquiétude. Je croyais ne jamais te revoir. J'avais lu des articles sur les enfants fugueurs. Je t'imaginais dans la rue, j'étais terrifié, … je ne sais pas, ils parlent de prostitution, de drogue, de viol, de mort. Et toi, … tu dansais … » Il essuya d'un revers de main les larmes qui dévastaient son visage.
Une chambre de motel, l'image s'imposa à son esprit. Carter fit un effort pour la chasser.
Elle s'avança doucement. « Je suis désolé, je suis la seule fautive mais je n'ai pas trouvé d'autres solutions que de partir. Et je ne pouvais pas en parler. De toute façon, je n'ai pas réfléchie, tu comprends. C'était vital pour moi. » Elle ouvrit ses bras. « S'il te plait. »
Grant se réfugia contre la poitrine de Carter. « Je sais tout ça. J'ai détesté tout le monde car nous n'avions pas su t'aider. Moi le premier, je n'avais pas su te retenir. J'aurais voulu fuir avec toi. Quand ils sont partis pour Atlanta, personne n'a pensé à me demander si je voulais venir. »
Il se dégagea, Il serrait ses poings. « J'enrageais de ne pas pouvoir être avec toi. J'étais jaloux de Crash, je suis jaloux de ce Thomas. Mais je suis trop petit pour te protéger. Eux ils sont grands et forts.»
Il la fixa intensément, sûr de lui. « Je t'aime Carter. »
Il se rendit compte de la portée de ses paroles. Il perdit de sa contenance. Il balbutia, « Non, enfin, pas d'amour, …. ce que je veux dire … » Il fit une grimace. Il s'assit sur la chaise de son bureau. Sa voix se fit plus douce, résignée. « Dès que je t'ai vu dans le salon, le premier jour, je t'ai aimée. Je sais que je n'ai pas le droit mais tu es la seule qui ne m'ait jamais considéré comme un gamin pire, comme un enfant. »
Il baissa les yeux. « Excuse-moi, j'aurais dû dire que je t'aime comme un frère. Mais tu es si importante pour moi. » Il releva la tête. « Je ne voulais pas te choquer.»
Carter comprenait la confusion des sentiments de Grant. Il était un ado solitaire, intelligent et plein de questions. Bien sûr, elle était sa sœur mais une sœur inconnue de 16 ans qui débarquait dans la vie d'un garçon de 12. Il luttait pour ne pas s'avouer un amour interdit, il avait tellement peur, lui aussi.
Carter se mit à genoux, elle avait son visage juste en dessous du sien. Elle le regardait avec toute sa tendresse. « Grant, tu ne dois pas avoir honte de ce que tu ressens, jamais. Tu ne m'as pas choquée. Pour moi aussi tu es important. Et ce que tu viens de me dire me rend heureuse. Il faut que tu saches, l'amour prend toute sorte de forme. Et on peut partager un amour de multiples façons. Il faut juste être à l'écoute de ce que l'autre ressent pour ne pas faire fausse route et ne pas briser la relation.» Elle lui saisit les mains. « Je t'aime moi aussi, très fort. »
Grant la dévisageai. « Thomas, tu l'aimes très fort aussi ? »
Carter fit oui de la tête.
«Tu l'aime plus que Crash ? »
Carter se dit que Grant était bien la seule personne à avoir le courage de lui poser cette question. Même elle, avait eu du mal à se la poser.
Mais elle voulait être franche, surtout avec lui. « Comment te faire comprendre, Grant. J'ai aimé Crash comme une adolescente, j'aime Thomas comme une femme, enfin, je crois. »
« C'est vrai vous faîtes plus sérieux tous les deux, plus adultes. Avec Crash, c'était plus fun. »
Grant réfléchit un instant. « Je crois comprendre, avec Thomas tu vois ton avenir, c'était plus difficile avec Crash. »
Carter sourit. « C'est ça oui, tu as raison, je vois mon avenir et puis il y a d'autres petites choses mais de celles-là, nous en parlerons plus tard. Quand tu auras un peu plus d'expérience. »
A nouveau la peur la saisit, elle soupira, se leva et alla vers le lit. Elle s'assit. Grant la suivait des yeux. « Les sentiments, c'est souvent compliqué. Non ! C'est toujours compliqué. J'aime Thomas mais il y a tant de rencontres à faire, tant de choses qui peuvent surprendre. J'ai envie de vivre et … .
Grant l'écoutait avec son air sérieux, « … et tu as peur d'être prisonnière ? »
« Oui, prisonnière, surtout de mes sentiments. Je les trouve confus. Je fais énormément de mal à Crash et je ne veux pas en faire à Thomas, ni à vous. Je voudrais trouver un équilibre entre l'amour que je lui porte, l'amour que je vous porte et … ma soif de liberté. J'ai peur qu'elle m'entraîne trop loin mais je ne veux pas d'un avenir déjà écrit.»
Grant vint près d'elle. « Moi, je suis avec toi, nous sommes tous avec toi, et lui s'il t'aime, il le comprendra. Il te soutiendra et t'aidera à être toi-même. En tout cas c'est ce que moi je ferai. Je voudrais que la femme que j'aime soit libre et heureuse de l'être. »
Carter se mit contre son épaule. « Tu es extraordinaire.»
Elle l'embrassa. « Merci, t'es définitivement un mec chouette, Monsieur Wilson. »
Grant rougit un peu. Le temps se suspendit pendant quelques secondes pour réunir le frère et la sœur.
Carter prit un air malicieux. « D'ailleurs, il me semble que tu ne m'a pas tout dis, la dernière fois sur Skype. Tu n'aurais pas une petite copine par hasard. »
Grant sourit embarrassé et détourna son regard. Carter continua. « Allez dis-moi !»
Il commença à gratter un coin de la couette. « Je sais pas trop. On se voit, on révise, on se balade. On parle, tu vois. »
« Et ? » Carter le remuait gentiment.
« Des fois, on se tient la main. »
« Elle est dans ton bahut ? »
« Ouais, mais pas dans la même classe. » Et Grant se confia. « On s'est rencontré à la bibliothèque. On avait besoin du même bouquin pour un exposé, du coup on s'est entraidé. Après, on a continué à travailler ensemble.»
Un sourire éclaira son visage. « Tu sais, elle est gentille et jolie. En tout cas, je la trouve jolie. Tu veux la voir ? » Il ouvrit son portable. Carter vit une jeune fille aux cheveux châtain clair avec de grands yeux vert-brun, un regard profond, deux adorables fossettes et un petit sourire finalement assez coquin.
« Elle a l'air très sympa et c'est vrai, elle est très jolie. »
« Et elle est très intelligente, plus que moi. »
«Et bien, Armadillo, je crois que tu es accroché. Je suis heureuse pour toi. »
Grant haussa les épaules et mit le téléphone à côté de lui. « Le problème c'est que je ne sais pas si je l'aime vraiment tu vois. Si je vais pouvoir l'embrasser. C'est compliqué dans ma tête. » Son regard s'était à nouveau posé sur Carter.
« Armadillo, avant de te poser cette question, demande-toi si tu es bien avec elle. Si tu es content quand tu la vois. Est-ce que les balades, les révisons avec elle, te font plaisir ? Si oui, fais le lui comprendre, dis le lui, et ensuite tu verras ce qui se passe. Si c'est pareil pour elle, et je suis sûre que c'est le cas, les choses se feront naturellement. Crois-moi. »
Grant hocha la tête. « Ok, tu as raison. Je le ferai. Merci Elephant. Je peux toujours t'appeler Elephant? »
Carter le saisit dans ses bras. « Toute ta vie, Grant. »
Il hésita. « Tu ne m'en veux vraiment pas pour tout à l'heure. Ce que je t'ai dit. Tu n'es pas fâchée.» Ses yeux l'imploraient.
Carter était émue. « Non Grant. Tu m'as fait une très belle déclaration d'amour. » Elle lui sourit. « Tu sais parler aux femmes. Je serai toujours près de toi, » elle lui toucha le cœur, « et tu seras toujours ici », elle toucha le sien.
Elle le serra très fort.
En rentrant dans sa chambre, elle pensait toujours à Grant, à sa sensibilité. En lui parlant de la sorte, en s'ouvrant à elle, il lui avait fait un superbe cadeau. Elle l'aimait profondément et respectait l'homme qu'il devenait. Face à lui, elle était arrivée à exprimer ce qu'elle ressentait. Il l'avait écouté sans la juger, et elle se rendit compte qu'il était la seule personne avec Barbara à qui elle pouvait se confier aussi spontanément.
Elle se déshabilla et se coucha près de Thomas.
Celui-ci s'approcha d'elle et commença à la caresser. Elle lui prit la main et lui dit gentiment, « Pas ce soir, s'il te plait. Ce soir je voudrais juste être dans tes bras et te tenir la main.»
Assise sur une couverture dans le jardin, elle attendait encore qu'un nouveau jour se lève. Le soleil était paresseux ce matin. Il n'était pas pressé. Elle frôla la rosée qui perlait sur les brins d'herbe. Elle s'appuya sur ses coudes puis finalement, elle laissa sa tête se poser au sol. Elle avait mal dormi. Ses rêves étaient peuplés de routes interminables, de sacs à dos qui pesaient trop lourds. Les images de la boîte étaient revenues, chambres sordides, tatouages, chevalière en or qui jetait trop d'éclats. Et puis tout ce sang, Shane qui tombe dans le vide. Elle sentit monter les larmes. A-t-elle eu tort de revenir ? Fairfax n'est, peut-être pas une ville pour elle. Elle retrouvait ici toutes les déchirures qu'elle avait quittées deux mois auparavant. Rien n'avait changé. Lori était encore là devant ses parents et donc devant elle. Et elle était encore une fois face à un amour qu'elle avait, elle devait se l'avouer, du mal à gérer. Thomas avait remplacé Crash qui avait remplacé Max, c'est tout.
Elle prit son téléphone mais elle n'appellera pas Barbara. « Non ! La solution est en moi. Je dois savoir ce que je veux. Je peux le faire. » Les premiers rayons apparaissaient. Elle s'enveloppa dans la couverture et regarda le soleil dans les yeux.
Thomas, le visage contre la vitre de la fenêtre, l'observait. Elle était loin, loin de lui. Elle s'était levée doucement, sans faire de bruit. La nuit avait juste un peu blanchie. Elle n'avait eu aucun geste et il n'avait pas bougé. Un chemisier trainait sur une chaise. Il s'en empara et plongea dans son odeur. Il l'aimait.
Grant impatient cria du bas de l'escalier, « alors vous êtes prêtes ? »
Taylor finissait de lisser les cheveux de Carter. « Finalement c'est comme ça que je te préfère. »
Carter rit. « Oui, les cheveux bien sages. »
Taylor haussa les épaules. « Non, pourquoi tu dis ça ? Je trouve que cela fait mieux ressortir ton visage, c'est tout. »
Les twins s'admiraient dans le miroir de la salle de bains. « Nous sommes très jolies, » commenta Taylor. Elle réajusta la bretelle de son soutien-gorge.
Carter se mit de profil. « On peut même dire des petits canons avec ces jupes courtes. Un haut bien échancré et nos deux mecs ne vont pas s'en remettre. »
Elles se mirent à rire.
« C'est bon de t'avoir comme sœur, » dit Carter en se passant la crème hydratante sur son visage.
Taylor remua la tête, tout en se brossant les cheveux. « Oui, malgré ce que j'ai dit un soir, c'est génial d'avoir une jumelle. »
« Il va falloir s'organiser, toi en Californie, moi à Atlanta. Y a combien de décalage horaire ? 3h non ?» Demanda Carter.
« Oui, c'est ça. Faudra caler nos connexions. Mais bon, le soir ça devrait aller. » Répondit Taylor en étalant le fond de teint.
« Et pour ton appart, t'as trouvé une solution ? » Carter déposait une légère couche de poudre sur ses joues.
« On a une chambre sur le campus, en attendant de trouver quelque chose d'un peu plus sympa. Et puis quand Max aura trouvé du travail, ce sera plus simple. Il a déjà des contacts.» Elle ferma un œil pour mettre son fard à paupière.
Elle regarda, de son œil libre, Carter dans la glace. « C'est comment de vivre seule, sans rendre de compte ? Je veux dire, c'est pas trop angoissant.»
Carter fit la moue en soulignant ses yeux d'un très fin eye-liner. « D'un côté, c'est génial de n'avoir aucune heure pour rentrer, d'un autre, il n'y a personne pour s'occuper de tes fringues sales et surtout les ranger une fois propre. »
Taylor fit une grimace, le mascara à la main. « Et le repassage ? »
Carter eut un signe d'impuissance. « Oublie.»
Taylor soupira. « Ce doit être, ça le prix de la Liberté. » Ses cils s'allongeaient.
Carter se tourna vers Taylor, le gloss à la main. « Tay, tu te languis de partir ? »
« Oui, j'ai hâte de découvrir ma nouvelle vie, la fac, être avec Max comme un vrai couple. Mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir coupable de laisser notre famille dans cet état. » Elle reposa un rouge à lèvres discret.
« Mais quelle solutions avons-nous ? Rester ici, nous sacrifier, pour être malheureuse et rajouter de la tristesse. J'ai appris une chose, Tay, il y a des décisions que l'on ne peut pas prendre pour l'autre. Nos parents ont fait un choix, il leur appartient. » Elle prit un petit air malicieux. « Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas intervenir. » Elle délaça un peu plus, le haut de son bustier noir.
Taylor sourit en dégrafant son chemisier blanc en dentelle d'un bouton supplémentaire. « J'aime quand tu as cette expression. Allez explique-moi !»
En descendant l'escalier, les twins avaient le regard des amazones conquérantes et des talons très effilés.
Max et Thomas sentirent un frisson leur traverser le corps.
Bird s'était surpassée, l'organisation de la party était parfaite. Elle avait réussi en une semaine à obtenir l'autorisation d'utiliser les jardins du country club et leur cuisinier. Il est vrai, avec l'entregent de Joan très heureuse de mettre un peu d'ambiance dans « cet antre de vieux » dit-elle. A décider le meilleur DJ de la région de prendre les platines, à faire jouer deux jeunes groupes rock très prometteurs, et tout ça sans débourser un sou car elle trouva des sponsors. Avoir ou pas une invitation à la soirée devint la préoccupation essentielle de tous les jeunes voire moins jeunes de la ville.
Bird assise à une table un peu en retrait était fière du résultat. La musique était d'enfer. La sono laissait s'enfuir dans les airs le remix de « let's go home » de Carousel. Elle se pencha à l'oreille de Carter. « Alors, tu aimes ? »
Carter mis sa main en forme de portevoix. « Tu es géniale ! »
Elle regardait Thomas et Gabe, accoudés au comptoir du bar qui attendaient leurs commandes. Ce dernier l'avait embrassée longuement. Elle aussi était très heureuse de le revoir.
Côte à côte, ils discutaient tous les deux depuis quasiment le début de la soirée. Dès qu'ils s'étaient salués, elle avait senti que le courant était passé. Elle se demandait si le fait d'être orphelins, les avait intuitivement rapprochés. En tout cas, l'attitude de Thomas était pleine de sollicitude et Gabe l'écoutait avec beaucoup d'attention. Elle voyait naître une amitié.
Elle s'amusa en voyant Ben apprendre des pas de danse à Grant. Elles avaient insisté pour qu'il puisse venir, et finalement sa mère, convaincue que Grant avait droit lui aussi à cette soirée avec ses sœurs, avait cédé. Grant était rayonnant.
Bird toucha la cuisse de Taylor. « Où est passé Max ? »
Taylor fit un petit geste évasif. « Il revient. »
Bird perplexe, envoya un signe d'incompréhension à Carter. Celle-ci ajouta, « juste une course qu'il devait faire, mais il n'en a pas pour longtemps. » Elle sourit. « D'ailleurs, il est déjà revenu. »
Bird regarda dans la direction que lui montrait Carter. Elle se leva d'un bond, poussa un cri et courut prendre dans ses bras une superbe jeune fille.
Taylor tapa dans la main de Carter avec un « yeah » sonore.
Elles se levèrent et allèrent près du couple qui s'embrassait avec fougue.
Madison se détacha de Bird et s'approcha de Carter, ses yeux étaient un peu humide, elle lui sourit et Carter ouvrit ses bras.
Madison s'y précipita. « Merci de m'avoir appelée. »
Carter la serra. « C'est ce que font les amis, non ? »
« Je ne savais pas si tu l'étais encore.»
« Je le suis.»
Bird se rapprocha, colla sa tête sur celles de Carter et Madison. « Carter, on t'a déjà dit que tu étais magique ? »
Carter fit plisser sa bouche, avec un regard plein de sous-entendu. « Disons que quand on est heureux, on a envie que les autres le soient aussi. Et puis, je suis pas toute seule.» Max riait. « Le bus avait de l'avance. »
Elles récupérèrent tous les garçons, « on boira plus tard ! » et retournèrent danser.
C'est Taylor qui en a eu l'idée. « Venez, on va faire un tour à la fête foraine. »
Les manèges tournaient dans des jets de lumières colorées. Leurs musiques saturaient l'air. Les cris venaient de tous les côtés. Le groupe marchait en riant, parlant fort, se tenant par les mains ou les épaules.
Il était là, au milieu de la place, le carrousel, le roi des attractions, celui auquel on revient toujours quel que soit son âge car il est le lien avec son enfance.
Qui n'a pas de souvenirs, de la sirène du camion de pompier, du cheval hennissant qui vous monte si haut, du tigre rugissant, de la voiture de course au klaxon puissant et surtout de celle que l'on craignait mais qui vous attirait si fort. Cette soucoupe qui tournait, tournait si vite que n'aviez plus de repère, tout devenait flou, votre esprit était mis sens dessus dessous. Vous entriez dans un autre monde qui n'était plus votre vie.
Carter reste immobile, et si tout recommençait, et si ce manège était hanté, s'il avait un pouvoir maléfique, celui de chambouler son existence une nouvelle fois. Thomas déjà sur un lion ne comprends pas. Max lui tend la main. Son regard lui dit, « viens, n'est pas peur. »
Elle monte prudemment. Elle met le pied à l'intérieur, s'appuie sur une barre, s'assoit doucement. Max se met près d'elle, elle s'accroche à lui. Le manège démarre, ses doigts se crispent. La soucoupe commence à tourner. Tout se confond, les gens, les couleurs, les sons. Elle fixe le visage de Max. Elle a confiance en lui. Il a toujours était là. C'est son ami. Elle se laisse aller, ses cheveux flottent devant ses yeux. Max lui sourit, elle lève les bras, se colle contre lui et crie, « Merci ! »
Le manège tourne, tourne, puis le tourbillon se calme comme un torrent qui devient rivière et doucement s'arrête. Elle saute du marchepied, elle attrape Max. « Viens ». Ils partent en courant. Thomas reste seul, immobile, contrarié. Il regarde Taylor. Elle lui sourit pour le rassurer. « C'est Carter et Max. C'est son ami, vraiment son ami.» Il est jaloux pour la première fois de sa vie.
Ils marchent dans une allée à l'écart de la fête. Elle lui tient le bras.
« Alors, vous rentrez sur Atlanta après-demain ? »
« Oui, il faut que je reprenne le boulot à la BU. J'ai déjà eu du mal à avoir cette semaine. Et toi, la Californie ?»
« Ca va me changer. Mais je suivrai Taylor au bout du monde. »
Carter le regarde. « Tu as eu des nouvelles de Crash ? Vous vous êtes parlés ?»
Il comprend pourquoi ils se sont isolés. « On s'envoie des messages. »
« Et alors ?»
« Il s'est porté volontaire pour partir à l'étranger à la fin de ses classes. »
Elle soupire. « Tu sais ce qui est terrible ? C'est que l'amour ne peut pas se partager. Il vous prend tout et il ne laisse rien pour les autres. »
Max ne répond pas. Il sait qu'elle a raison. Il sait aussi qu'elle a besoin de parler, il attend. Max a un sixième sens quand il s'agit de Carter.
Elle serre son bras. « Que ce serait-il passé si on n'était pas monté sur ce manège ? Tu te l'es demandé ? »
Max s'arrête et se met face à Carter. La lumière crue d'un réverbère les éclaire. « Je ne sais pas, on aurait continué à faire que nous faisions, pendant très longtemps, je pense. »
Carter sourit. « Oui, certainement … » Elle s'interrompit, « Tu ne m'as jamais laissé tomber. Tu t'es toujours inquiété pour moi.»
« Avant que je ne rencontre Taylor, tu étais la meilleure chose qui me soit arrivée. Tu étais plus qu'une amie. Tu es toujours plus qu'une amie. » Il lui enlève une poussière imaginaire sur son front.
« Pour moi aussi. » Elle l'embrasse sur la joue et se pose quelques instants contre sa poitrine.
« Carter, si tu me disais ce qui t'inquiète. » Il le dit doucement avec tendresse.
Carter serre les lèvres. Ses yeux noirs se lèvent vers Max. « J'ai peur. »
Il ne comprend pas. « De quoi, Carter ? Tout est terminé. Tu as réussi à te défaire de Lori. Tu as un avenir. Qu'est ce qui t'inquiète ? »
« Rien, … tout, … moi. Depuis la fin de l'audience, j'ai une sensation étrange, comme si je risquai de me perdre. Je me suis débarrassée de Lori et maintenant j'ai l'impression d'un grand vide devant moi. Je croyais savoir ce que je voulais et là je ne suis plus sûre de rien.»
« De quoi tu parles ? De ta vie à Atlanta, de tes études, de nous peut-être ? »
Carter leva les bras. « Ca m'énerve d'être comme ça. J'ai l'impression qu'une angoisse a chassé une autre angoisse. L'autre soir, je vous regardais par la fenêtre du salon, vous aviez l'air tous heureux et moi, j'étais dehors comme si je n'étais plus avec vous. J'avais la même sensation que la nuit de mon départ. Envie de prendre la rue et d'aller n'importe où mais ailleurs. » Elle regarda Max. « Je ne veux pas que les choix de ma vie me rendent prisonnière, me rendent à nouveaux dépendante de quelque chose ou de quelqu'un, tu comprends. Je vais plonger dans l'inconnue et je crois que j'ai la trouille, pas de sauter mais de rater, mes études, Taylor, Grant, mes parents, Thomas. Que mes décisions fassent du mal encore. Comme elles en ont fait à Crash. Et pourtant je veux être libre de choisir ma vie. »
Max se passa la main dans les cheveux. « Ecoute Carter, moi je suis un mec plutôt simple. Je crois que tout ça c'est toi qui te le crée. Cette peur de décevoir ou de blesser, elle n'existe que dans ta tête. Regarde, tu m'as encore parlé de Crash. Pourquoi ? Tu as fait un choix qui s'est imposé à toi. Crash le sait, il a compris. Il souffre mais il s'en remettra. Alors accepte ce choix, comme tu dois accepter toutes les décisions que tu prendras dans ta vie. Carter fait toi confiance. Regarde autour de toi, le bonheur que tu donnes. C'est en restant Carter, une Carter libre que tu réussiras. Tu n'es prisonnière de rien si tu le décides.»
Max prit Carter contre lui. Sous ce réverbère, dans l'ombre portée que faisaient leurs corps, se dessinait à nouveau un ours qui protégeait une poupée.
Ils reprirent leur marche. Ils virent au détour d'une baraque, Taylor et Thomas. Ils leurs firent de grands signes.
Il était très tard ou très tôt, au choix. Ils venaient de ramener Bird et Gabe chez eux et ils rentraient doucement vers la maison.
Carter s'étira. « Je suis crevée. Mais la soirée a été super. Bird est douée pour les fêtes. » Max lui avait fait du bien.
Thomas posa sa main sur le genou de Carter. « Oui elle l'est. Tu es heureuse ? »
« Oui, Thomas, je le suis. » Il avait repris le volant des deux mains, Carter sentit qu'il hésitait à parler.
Cela lui rappela le premier soir dans cette voiture. Elle le laissa venir.
Thomas se demandait s'il faisait bien de parler maintenant mais il devait le faire. Il en avait besoin.
« Carter, j'aimerai te poser une question. »
Elle sourit, elle commençait à bien le connaître. « Bien sûr, je t'écoute. »
« Voilà, je crois que nous sommes très amoureux l'un de l'autre, non ? »
« Oui, je le crois aussi. »
« J'ai pensé, enfin, on est tout le temps ensemble et moi, je ne suis heureux que si je te sens près de moi. Je ne sais pas si c'est pareil pour toi ? »
« Moi aussi, je ne suis heureuse que près de toi, Thomas. Mais où veux-tu en venir ? » Elle craignait ses hésitations.
Il plongea. « Voilà, après notre conversation dans la voiture en venant ici, j'ai réfléchie. J'avais préparé tout un discours pour te demander de vivre avec moi. En fait, j'en ai très envie. C'est vrai, je veux partager ma vie avec toi. » Il la regarda. « Et l'appartement est assez grand pour nous deux. » Il la vit se crisper, il sourit, il avait sa confirmation. « Mais je ne vais pas le faire. Je pense que tu n'es pas prête à l'accepter. Depuis deux jours, je t'observe et je vois bien que cette entrevue au tribunal t'a bouleversé. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais tu n'es plus tout à fait la même. »
Il attendit la réaction de Carter. Au fond de lui, Il aurait voulu qu'elle lui saute au cou en pleurant comme elle l'avait déjà fait, en lui disant qu'il se trompait, mais elle ne le fit pas.
Carter resta interdite quelques instants, sans savoir comment réagir, elle sentit sa détresse. « Thomas, tu veux bien t'arrêter s'il te plait.»
Thomas stoppa la voiture le long du trottoir.
Carter se tourna vers lui en glissant une jambe sous ses fesses.
« Thomas, je t'aime, Je t'aime profondément. Et cette demande que tu ne me fais pas, me rend très heureuse. »
Il la regarda.
« Je suis une femme comblée avec toi. »
Ses yeux étaient tristes.
« Tu me donnes du plaisir, tu prends soin de moi, tu m'as sauvé la vie. Tu es doux, intelligent et tu m'adores. Comme moi je t'adore. C'est vrai, je me suis posé beaucoup de question depuis le tribunal et même avant. Sur mes désirs, ma vie. Sur ce que je souhaite. Aujourd'hui, ce soir, je ne peux pas te faire une promesse dont j'ignore si demain je pourrais la tenir. Vivre avec toi, serait nous donner un espoir trop grand. Thomas, je ne veux pas te mentir mais je ne veux pas te perdre, car si c'était le cas cela me ferait énormément de mal. Je sais que tu voudrais autre chose et j'ai beaucoup de chance que ce soit avec moi. Mais je n'ai pas encore 18 ans et tout va trop vite dans ma vie, j'ai besoin de respirer, de m'ouvrir, de découvrir. J'aimerai le faire avec toi mais je n'ai pas envie d'un salon où l'on s'assoit, tu comprends. »
Thomas esquissa un timide sourire. « Je le comprends Carter. Tu as besoin de liberté. C'est normal. Je voulais aller trop vite.»
Elle se mit contre lui et lui murmura, « Je suis amoureuse de vous monsieur Sankara.»
Il pensa que l'amour n'était pas forcément une prison.
Quand ils se couchèrent, Carter se mit dans le dos de Thomas. Il n'osa pas faire un geste. Elle comprenait sa peine. Il n'essaya pas de l'aimer. C'est elle qui vint, c'est elle qui l'aima.
Taylor était anxieuse, Grant commençait à paniquer, Carter au fond d'elle elle, n'était pas rassurée mais elle se forçait à adopter une attitude calme et responsable, une couverture dans les bras. Elle essayait de chasser de son esprit Thomas qui était parti avec Max pour les laisser seuls avec leur mère. Elle l'avait senti malheureux. Elle ne savait pas s'il lui en voulait ou pas. Il n'avait pas décroché un mot de tout le petit déjeuner.
« Ecoutez si on veut agir, il faut le faire maintenant. Je pars demain et toi, Taylor dans moins de 15 jours. On a tout préparé, on peut plus s'arrêter. »
Taylor posa le panier à provision dans le coffre. « Mais si ça se passe mal. Je ne sais pas, si maman refuse de le voir. Ou si Papa s'énerve. Cela va empirer la situation. On s'occupe de choses qui ne nous regardent pas. Toi-même tu l'as dit, c'est leur choix. »
Grant surenchérit. « Maman est déjà mal, cela peut accroitre son malaise. »
Carter respira un grand coup, et balança la couverture sur le panier. « La situation ne peut pas être pire. Papa sous ses airs sereins n'attend qu'une chose, un signe et maman plonge un peu plus de jour en jour. Cette nuit, elle n'a quasiment pas dormi. Même grand-mère commence à s'inquiéter. On ne peut pas laisser la situation comme ça. On a un plan, on s'y tient.»
Grant dit d'une petite voix. « Et si papa ne vient pas. »
Carter pointa son doigt sur lui. « Homme de peu de foi. Tu ne fais pas confiance à Ben, il va être déçu.»
Taylor fit un geste. « Taisez-vous, elle arrive. »
Elisabeth s'avançait vers eux en souriant. Cette idée de pique-nique entre eux quatre était sympa. Elle n'était pas dupe, ils voulaient lui changer les idées et ils avaient raison. Ils étaient gentils. Par la fenêtre, elle les avait vus discuter. Carter semblait leur expliquer quelque chose. Taylor et Grant l'écoutaient. C'était bien qu'elle soit là, elle était le ciment de la famille. Une ombre passa devant ses yeux. Existait-il encore une famille Wilson ?
Carter étala la couverture sur l'herbe, en contre-bas d'un pré couvert de petites fleurs bleues. La rivière faisait une large boucle où l'eau venait mourir au pied de saules qui offraient leur protection du soleil.
Le panier en osier et la glacière pour l'instant restaient sagement fermées attendant que tous les invités arrivent.
Elisabeth allongée, observait les feuilles qui bougeaient au gré du vent et laissaient passer par intermittence des rayons dorés qui l'aveuglaient.
Carter reçut le message sur son portable. Elle leva le pouce.
Taylor vint s'asseoir près de sa mère, imitée par Carter et Grant
Carter se lança. « Maman, on aimerait te parler. »
David marchait auprès de son fils. C'était la première fois que ce dernier lui proposait une sortie, comment dire, bucolique. Ben était plutôt du genre citadin, style « asphalt jungle ». Mais il le voyait évoluer et il sentait que sa colère peu à peu se transformait en une volonté de réussir sa vie.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Rien David, juste un message pour un pote. »
Elisabeth se releva et s'appuya sur un coude. Elle se disait bien que ce pique-nique n'était pas si innocent.
« Maman, on voudrait te dire, que nous t'aimons. Et que tu es la meilleure mère qu'un enfant puisse rêver. »
« Merci Carter, merci à vous trois. » Elle était émue.
Carter chercha l'aide du regard de Taylor et Grant qui arrachaient nerveusement l'herbe autour d'eux. « Et justement parce que nous t'aimons, on ne peut pas te laisser comme cela aussi malheureuse. Alors aujourd'hui, on a voulus tous nous réunir.»
Carter se tourna vers le haut du pré.
Le sentier amena David au bord d'un champ. Il découvrit à ses pieds la rivière qui serpentait, de magnifiques saules et … Elisabeth avec les enfants. Ben vint à sa hauteur. « David, qu'est-ce que tu risques ? Juste des crampes à manger assis en tailleur. »
David opina de la tête, s'essuya le front, « putain ! » et commença à descendre.
Elisabeth suivit le regard de Carter et vit David s'approcher.
Elle fronça les sourcils. Son regard devint bleu acier. Carter rajouta assez vite. « Il n'était pas au courant, non plus. »
David était debout à quelques mètres à peine. Il n'osait plus bouger.
Carter continua. « On ne vous demande rien, on ne veut rien vous imposer. On veut juste passer un moment tous ensemble et que vous acceptiez de vous regarder.»
Elisabeth se mit à genoux. Elle lança un regard à Carter, mais il devint doux, presque un remerciement. « Puisque tout le monde est là, on pourrait commencer à manger. J'ai faim. »
Autour de la nappe que Grant avait posée, la famille Wilson se recomposa. Peu à peu, les rires revinrent. Carter et Taylor remarquèrent les coups d'œil que se jetaient leurs parents. A deux, trois reprises leurs regards se croisèrent. Il faudra du temps, mais elles étaient sûres en voyant rire leur mère que ce temps les rapprocherait.
Carter avait posé se tête sur les cuisses de Taylor. Grant avait la sienne sur le ventre de Carter. Ils firent un signe à Ben de venir les rejoindre.
« Ils sont où ? » Demanda Carter.
« Au bord de l'eau, je crois qu'ils se parlent, » répondit Ben.
La luminosité lui faisait plisser les yeux, Carter se tourna. « Tu en penses quoi Ben ? »
« Pour moi, je leur laisse 15 jours pour un rendez-vous dans un bar, 1 mois pour un resto et dans 3 mois, je prends ta chambre Carter. »
Elle rit. « Si tu sa raison, je te la laisse volontiers. J'irai dormir dans le salon.»
Grant réagit. « Non, j'irai moi dans le salon. »
« Pourquoi, tu veux aller dans le salon ? » Demanda Taylor.
« Plus facile de sortir sans se faire remarquer.»
Taylor essaya de le taper. « Non, mais ça va pas ! Tu n'as que 13 ans. Carter tu ne dis rien ?»
Carter sourit et caressa la tête de Grant. « Non, je ne dirais jamais rien à mon Armadillo préféré. »
Grant poussa un grognement de plaisir. « Merci, Elephant. »
Elle sentit son portable vibrer, Carter ouvrit la messagerie, elle fronça les yeux. « Je n'arrive pas à lire avec la lumière. » Elle se leva, forçant Grant à s'écarter, s'immobilisa et resta silencieuse.
Taylor se souleva inquiète. « Qu'est-ce qu'il y a ? … Carter … répond moi. »
Elle regarda Carter qui avait l'air absente.
« Carter tout va bien ? »
Elle finit par répondre. « Ce n'est rien, Thomas et Max nous rejoignent » Sur l'écran était aussi écrit, « je suis amoureux de vous mademoiselle Wilson.» Elle referma l'écran. Un sourire illumina son visage.
Epilogue :
L'avion filait dans la nuit. L'hôtesse de l'air en passant, vérifiait que les passagers n'avaient besoin de rien. Le silence s'était installé. Elle vit la jeune fille tenir la main de la dame âgée à côté d'elle. Elle les trouva très belles toutes les deux.
« Tout va bien ? »
Carter leva les yeux. « Oui, merci »
« C'est votre grand-mère ? »
« C'est mon amie et … ma grand-tante aussi. »
Elle regarda Barbara et réajusta sa couverture. Celle-ci s'était endormie.
L'écran un peu plus loin, donnait leur position. Elles seraient à Paris au petit matin.
Dans le filet du siège, face à elle, une revue donnait tous les détails sur le musée Soulages.
Elle allongeât ses jambes. Elle égrenait les symboles accrochés au bracelet que lui avait offert Thomas, à l'aéroport : le courage, la détermination, l'amitié, la beauté, le don de soi, l'amour, … Elle pensa à une vieille chanson de sa vie.
« Tu es allé en haut et en bas, »
« Tu es allé bien bas. »
« Tu l'as fait, tu as réussi »
« Vagabond, c'est toi »
« Pretending to not feel alone. »
Elle n'était pas seule, elle s'était retrouvée. Elle était libre et sa vie était à l'endroit.
Pour l'instant ….
Losing Carter
