~A propos de l'histoire~

Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.

Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013)

Résumé : 19 ans après la chute de Voldemort, le fils aîné de Harry coule des jours paisibles à Poudlard en compagnie de ses amis. Mais quand sa petite vie tranquille fut chamboulée, James S. Potter était loin de se douter que des temps obscurs allaient alors planer sur le monde de la sorcellerie britannique. Quand l'ombre renaît, elle vient parfois de l'intérieur.

Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard

Rating du chapitre : K+


~Aide et correction~

Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Grenat sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.


Chapitre 3 : Cri du cœur

Gabriel maudissait Keepood. La fatigue qu'il ressentait en ouvrant les yeux n'était pas vraiment quelque chose d'agréable. Tout ça parce qu'ils avaient dû courir un peu partout dans le château pour tenter d'échapper au nouveau surveillant, qui était bien plus redoutable que ce vieux gâteux de Rusard, même aidé de Miss Teigne Jr. Et pourtant, ils avaient la Carte du Maraudeur désormais ! Gabriel n'aurait jamais pensé dire ça un jour, mais il regrettait le vieux concierge. Ronchonnant, il se frotta les yeux pour tenter de dissiper le flou qui lui troublait la vision. Peine perdue, il lui faudrait sûrement encore une bonne dizaine de minutes avant d'être pleinement réveillé. Il tenta de jeter un coup d'œil à son réveil. La sonnerie n'avait pas encore retenti, il restait encore quinze minutes. Gabriel grogna de plus belle. Mais pourquoi diable s'était-il réveillé avant la sonnerie de son réveil ? D'un geste rageur, il désactiva l'alarme, puis prit son courage à deux mains et souleva la couette rouge qui le gardait bien au chaud.

Lentement, avec des gestes malhabiles, il s'habilla, sentant peu à peu son organisme se réveiller. Quand il eut ajusté sa robe, le garçon se permit de s'asseoir sur son lit, pour observer un peu le dortoir. Personne d'autre n'était encore réveillé. Il pouvait entendre le ronflement paisible de Stan. Dans le lit le plus proche, James dormait comme un bienheureux, la bouche grande ouverte et les cheveux plus en bataille que jamais. Eliot avait disparu sous ses draps, seul le sommet de son crâne dépassait. Gabriel remerciait Merlin qu'aucun de ses camarades de dortoir ne soit un gros ronfleur. Quoi qu'il arrivait que Léo les empêche de dormir paisiblement quand ce dernier était très fatigué. Mais c'était rare.

Décidant que regarder les autres dormir était définitivement bien ennuyeux et surtout parce que c'était tout de même trop tentant, Gabriel se saisit alors de son réveil et pointa sa baguette dessus pour en augmenter le volume d'un simple Sonorus. Puis, après s'être bouché les oreilles, il mit la sonnerie de son réveil en route, stridente, tonitruante et insupportable.

James sursauta aussitôt, bondissant littéralement dans son lit et manqua presque de tomber au sol. Ses yeux myopes lançaient des regards tout autour de lui, tentant de comprendre ce qu'il se passait. Eliot, derrière lui, se redressa un instant dans son lit pour voir ce qu'il se passait, puis voyant le manège de Gabriel, mit son oreiller par-dessus la tête. En revanche à l'autre bout de la pièce, Léo et Rigel avaient tous deux bondi hors de leur lit, en même temps, pour se cogner l'un contre l'autre. Dans le lit à côté, Octave poussa un profond grognement de mécontentement, sa main ne cessant de frapper le sommet de son réveil sans qu'il ne comprenne que la sonnerie ne venait pas de ce dernier. Stan enfin, après avoir bondi hors de son lit totalement apeuré, s'était vite repris devant l'air hilare de Gabriel et avait saisi son coussin pour le lui lancer à la tête. Le seul ennui, ce fut que James se mit sur la trajectoire du projectile alors qu'il se saisissait de ses lunettes et ce fut donc lui qui le reçut en pleine face, alors qu'il n'avait rien demandé. Devant ce spectacle, Gabriel se tordit un peu plus de rire, se tenant les côtes.

« Madder ! rugit enfin James, débarrassé du coussin de Stan. T'es un homme mort ! »

Alors que le jeune Potter lui bondissait dessus, Gabriel roula sur son lit, pour finir de l'autre côté et tomber sur celui d'Eliot ainsi que sur son propriétaire. Eliot se redressa aussitôt, le souffle coupé. Gabriel se dépêcha de se relever et tout en continuant de rire comme une baleine, se précipita hors du dortoir, évitant au passage un autre coussin et ignorant les jurons que lui lançait son meilleur ami. Il croisa en chemin quelques élèves qui soupirèrent de dépit, habitués à cette scène, que ce soit James ou Gabriel qui en soit l'auteur.

Alors qu'il descendait les escaliers vers la salle commune, Gabriel se reprit un peu, essuyant ses larmes de rire. James et Eliot allaient sûrement essayer de se venger dans la journée, il allait devoir faire attention. Peut-être même que les autres garçons tenteraient de lui faire aussi sa fête. Il ne s'inquiétait pas pour autant. Il y était habitué et il savait que ses amis ne lui feraient pas la tête bien longtemps.

La salle commune était peu remplie, ce qui n'était pas si étonnant à une heure aussi matinale. Deux élèves de première années scrutaient avec anxiété le tableau d'affichage, discutant avec appréhension des cours. Sûrement des nés-moldus, sourit Gabriel. La scène était typique. Mais eux au moins avaient eu le week-end pour visiter le château et prendre leurs premières marques, là où lui avait été directement lancé dans le bain des cours de Poudlard l'année dernière. Il tourna alors la tête vers le feu et distingua sur le canapé la silhouette frêle de Séléné Winchester. Il haussa un sourcil. C'était bien la première fois que la jeune aveugle était seule et non accompagnée. C'était quelque chose qu'il fallait reconnaître aux premières année, ils s'étaient occupés avec sérieux de la jeune fille et l'avaient entourée pendant tout le week-end. Il hésita un instant, mal à l'aise, puis décida de se lancer et s'avança vers elle. Alors même qu'il était à encore à quelques mètres d'elle, la jeune fille tourna la tête vers lui, gardant toujours ses yeux fermés, mais indiquant aussi qu'elle l'avait entendu. Il s'arrêta, sentant son trouble grandir. Il ne savait pas du tout comment s'y prendre avec une personne aveugle. Malgré ce qu'il avait pu déjà expérimenter face à ce handicap.

« Euh… grimaça Gabriel, mal à l'aise.
— Tu… Tu voulais me parler ? »

Dire qu'il était décontenancé était un euphémisme. La jeune fille avait parlé d'une voix douce et à présent essayait même d'afficher un petit sourire timide à son attention. Gabriel avait peine à croire qu'elle parvienne à savoir qu'il venait vers elle. Il reprit un peu contenance et prit place sur la banquette rouge, à côté d'elle, fixant ses mains.

« Je m'appelle Gabriel, dit-il enfin après un moment de silence. Gabriel…
— Madder, acheva la jeune fille, prenant un peu d'assurance. Oui, j'ai entendu parler de toi… Le meilleur ami de James Potter si je me souviens bien. On dit de vous deux que vous avez la grosse tête et que vous êtes d'insupportables gamins.
— Je… On dit ça ? s'étonna Gabriel, oubliant son trouble. Pourtant tout le monde nous apprécie.
— Oh, non, pas tout le monde. Tu sais, les gens disent beaucoup de choses derrière le dos des autres. Il suffit de savoir tendre l'oreille et écouter. »

Gabriel hocha la tête. Oui, elle devait très sûrement savoir écouter. Il avait déjà lu et entendu dire que lorsqu'on perdait un sens, les autres prenaient le relais, devenant plus développés pour compenser ce manque. Sûrement son ouïe était-elle particulièrement fine. À dire vrai, il n'en doutait pas le moins du monde.

« Je ne savais pas, murmura-t-il enfin. Tu vois, je… »

Il s'arrêta aussitôt, se maudissant. « Tu vois ». Typiquement le genre de chose à ne pas dire devant quelqu'un qui justement ne peut pas voir ! Il put voir la jeune fille détourner son regard, un peu embarrassée. Du tact Gabriel, du tact bon sang !

« Qu'est ce que tu fiches avec elle, Madder ? »

L'interrompant dans sa moralisation interne, Gabriel releva la tête, pour découvrir Rose Weasley, la cousine de James. Ses yeux bleus lui lançaient un regard suspicieux.

« Rien ! s'exclama-t-il aussitôt. Je ne faisais que… essayer de discuter. »

Séléné ne répondit pas, gardant la tête baissée vers ses genoux. Le garçon soupira et se leva du canapé, sous le regard un peu perdu de Rose qui ne comprenait pas trop ce qu'il se passait.

« Désolé, je vais vous laisser. »

Sans rien ajouter de plus, il se dirigea vers le portrait de la grosse dame à grandes enjambées. Qu'est-ce qui lui avait pris d'aller lui parler ? Il savait pourtant que ce n'était pas une bonne idée, en plus de lui réveiller de mauvais souvenirs. Heureusement que personne ne se trouvait encore dans les couloirs du château à cette heure-ci, il n'aurait pas aimé que quelqu'un puisse observer tout le malaise qui devait se lire sur son visage.

« Allez… reprends-toi, c'est le début des cours aujourd'hui, se dit-il tout haut. Tu n'as quand même pas envie que James te fasse remarquer quelle tête d'enterrement tu tires, hein Gabriel ? »

Se calmant peu à peu, il remarqua à peine que ses pas l'avaient mené dans le grand hall, juste devant la double porte menant à la Grande Salle. Quand il y pénétra, il put constater qu'effectivement, il faisait partie des premiers arrivés. Mais de ses amis, il ne l'était pas. Il remarqua en effet la crinière rousse de Bloom à la table des Gryffondor. Gabriel vint se poser en face d'elle, l'observant tremper ses tartines dans un bol de lait.

« Salut Gabriel. James n'est pas avec toi ? Eliot non plus ?
— Je me suis réveillé avant eux, répondit le jeune garçon en se saisissant d'un toast.
— Ah, c'était ça le boucan qu'on a entendu depuis la salle commune ? s'amusa Bloom. Je me disais bien que c'était soit vous, soit les Deux-F. »

Soit eux, soit Fred et Frank ? Oui, il devait avouer qu'il n'y avait bien qu'eux qui pouvaient offrir un tel réveil en fanfare. Tout en offrant un sourire en réponse à Bloom, Gabriel se servit alors une tasse de café – noir avec un léger nuage de lait – qui fit grimacer la rouquine.

« Je ne comprendrai jamais comment tu fais pour aimer cette mixture, grommela-t-elle en le voyant prendre une gorgée.
— Et pourquoi pas ?
— On est en Grande-Bretagne, on boit du thé. Et puis même, le café, y a que les vieux qui en boivent.
— Eh bien en ce cas, je ne suis ni jeune, ni Anglais, sourit Gabriel.
— Dis plutôt que t'es bizarre, soupira Bloom, levant les yeux au ciel. Gabriel Madder, le seul type de douze ans de toute l'Angleterre qui aime le café ! »

Le garçon ne répondit que par un sourire ironique, avant d'ingurgiter une nouvelle gorgée. Ou tout du moins essaya, car ce fut en ce même instant qu'on lui donna une grande claque dans le dos, lui faisant recracher tout le liquide noir et brûlant sur ses mains et sur la table. Apparut alors dans son champ de vision le visage triomphant d'un James Potter en mode vengeance.

« Un partout ! ricana le jeune Potter.
— Je. Te. Déteste. »

Alors que son ami répondait par un éclat de rire, Gabriel, avec un soupir, observa le désastre. Il était chanceux que pas une seule goûte de café ne soit tombée en dehors de la table, ou bien aurait-il sûrement eu une désagréable sensation de brûlure à l'entre-jambe. Ce qui n'était pas le cas de ses mains, désormais rouges et collantes. La surprise de ce coup par derrière des plus fourbes passée, quelques rires se firent entendre autour d'eux. Bloom pour sa part lui lança un regard compatissant, laissant James s'installer à côté d'elle.

« T'aurais au moins l'amabilité de m'aider à nettoyer ça ? demanda Gabriel d'une voix ennuyée.
Evanesco. »

Alors que tout le liquide s'évaporait, Gabriel tourna un regard de remerciement à Eliot qui venait à son tour d'arriver. Le garçon lui fit un sourire, avant de s'asseoir avec lui à table, rangeant sa baguette dans sa poche.

« Pas drôle, Eliot, soupira James. T'aurais pu le laisser se dépêtrer encore une ou deux minutes.
— Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse, fit remarquer Eliot. Je suis pas certain que Gabriel aurait apprécié d'ailleurs.
— Il n'a…
— C'est bon, intervint l'intéressé. On oublie ça et on passe joyeusement à autre chose. »

Gabriel sentait venir la dispute avec James et il n'avait absolument pas envie qu'il lui fasse la tête dès le premier jour de l'année scolaire. Il n'aimait pas se disputer avec lui tout court d'ailleurs. James avait été son premier ami sorcier et c'était grâce à lui qu'il avait pu connaître tant de monde ! Il se souvenait encore de leur rencontre dans le Poudlard Express.

Gabriel s'était installé dans un compartiment vide, apeuré à l'idée de quitter ses parents pour la première fois. Il avait toujours vécu dans la banlieue moldue de Londres. Et bien que son père soit sorcier, sa mère était une moldue, qui avait tenu à ce qu'il grandisse parmi ces derniers, afin de lui apprendre la tolérance envers ceux qui composaient la très grande majorité de la population mondiale. Mais Gabriel ne s'était jamais fait d'ami sorcier et ce jour là, ce fait lui avait pesé lourdement sur l'estomac. Par la fenêtre du train, il regardait avec envie les autres de son âge rire ensemble. Il n'osait pas aller les voir. Oui, il avait peur. Trop lâche, sûrement. Et puis le train était parti. Et il était toujours seul.

Une dizaine de minutes après le départ du train, la porte s'était ouverte. Il était apparu, un petit binoclard aux cheveux couleur bronze et un immense sourire vissé sur le visage. Il lui avait simplement demandé s'il pouvait s'asseoir ici et s'était installé. Plus tard, Gabriel avait appris que James n'était pas du tout rassuré en lui demandant ça et que son sourire n'avait été là que pour cacher sa gêne. Ses cousins lui avaient en effet conseillé de partir à la rencontre de gens de son âge, ce qui l'avait un peu effrayé, lui qui n'avait jamais grandi qu'entouré d'eux. Mais ainsi lui et James s'étaient connus. Si au départ c'était le silence qui avait surtout rempli le compartiment brinquebalant, ils avaient fini par se parler. Et petit à petit, les deux garçons s'étaient détendus et avaient commencé à rire ensemble.

Les discussions avaient abordé tellement de choses. En une journée, les deux garçons avaient commencé à se connaître et échangé quelques secrets. À ce moment là, Gabriel espérait tellement se retrouver dans la même maison que James. Il était certain qu'il terminerait à Gryffondor et il avait donc pris la décision de tout faire pour y aller. Le Choixpeau avait été dans son sens et bien qu'il lui ait indiqué que Serpentard lui aurait sûrement bien convenu aussi, il l'avait laissé rejoindre les lions, où il avait par la suite pu connaître Eliot et Bloom. Ou plutôt, James avait été vers eux et lui l'avait suivi. Gabriel ne s'ouvrait que grâce à son ami. Le garçon l'avouait sans peine, il n'était jamais à l'aise avec les autres.

« Voilà les hiboux ! » s'exclama alors Bloom, faisant sortir Gabriel de ses songes.

L'habituel ballet aérien débuta en effet, dans un tourbillon de plumes. Dans le même temps, les emplois du temps furent distribués. Gabriel ne daigna même pas jeter un coup d'œil au sien, fixant Eliot et Bloom qui étaient déjà plongés dans les horaires.

« On commence donc par Potions, éluda Eliot en mâchant son toast. Premier cours en douceur.
— Oui. En plus, on va pouvoir dormir ensuite, fit remarquer Bloom.
— Histoire de la Magie ? demanda Gabriel.
— Tu veux que ce soit quoi d'autre ? ricana James.
— Je me demande bien quand c'est qu'il remplaceront ce vieux fantôme par un vrai prof, soupira alors Frank qui vint s'asseoir à côté d'eux. »

Les quatre seconde années répondirent par un sourire de bienvenue au nouvel arrivant, qui leur fit un petit clin d'œil.

« Tiens, j'ai vu que tu t'étais déjà inscrit à l'Association des Duellistes, Gabriel.
— J'avais demandé à Athéna de me réinscrire à la fin de l'année dernière, oui », confirma le garçon, en rougissant un peu.

Il pouvait clairement voir les ricanements qu'essayaient de retenir Bloom, Eliot et James. Mais il n'en avait que faire. Après tout, il était tellement mauvais pour cacher son béguin pour Athéna Branford que même elle l'avait remarqué. La sixième année avait été compréhensive, gentille, tout en lui faisant comprendre qu'elle ne pouvait répondre positivement à ses attentes. Gabriel ne l'avait pas mal pris. Mais il ne pouvait pas supprimer ses sentiments comme ça aussi facilement, il lui faudrait du temps.

« Tu lui cours toujours après ? ajouta le farceur avec un sourire entendu.
— Non ! C'est juste qu'au final, je m'y plais bien. »

Oui, si l'année dernière le jeune Gabriel Madder avait rejoint l'Association des Duellistes, c'était bien pour essayer de se rapprocher d'Athéna Branford, pour laquelle son cœur s'était mis à battre en cours d'année. C'était sûrement le premier truc vraiment courageux – inconscient, corrigea-t-il pour lui-même – qu'il avait fait. Et puis, finalement, malgré le fait qu'il était le plus jeune participant, il avait trouvé sa place et appréciait apprendre à se battre comme un véritable sorcier.

Un véritable sorcier. Alors qu'il pensait ça, le jeune garçon sentit son cœur se serrer un peu. Ce n'était pas l'opinion de son père, qu'un sorcier se reconnaissait à son utilisation aguerrie d'une baguette. Oh, Neil Madder aimait son second fils, vraiment, il était un père aimant malgré son apparente sévérité. Mais Neil Madder était aussi et surtout un maître des potions renommé, qui avait ces dernières en unique et importante règle de conduite. « Un véritable sorcier ne s'épuise pas avec des moulinets de baguette ridicules, répétait-il souvent. Le vrai sorcier est celui qui sait garder son calme et qui est aussi habile de son esprit que de sa magie. » Il ajoutait bien souvent que peu nombreux étaient les sorciers adultes capables de réaliser les potions les plus simples, qu'ils avaient pourtant étudiées à Poudlard. Mais Gabriel lui, n'avait jamais eu les potions en plus haute estime que ça. Et il avait appris à aimer les duels, cet exercice que son père détestait. Il n'avait pas osé lui dire qu'il participait à l'Association des Duellistes, de peur de le voir le regarder d'un bien mauvais œil. Et Gabriel ne voulait pas décevoir son père.

« Bon, c'est pas tout, mais il faut qu'on passe chercher nos livres de potions avant de descendre aux cachots, reprit Eliot.
— Bon cours à toi, Frank !
— La même, les jeunots ! »

Prenant une dernière tranche de brioche, les quatre amis se levèrent de table. Une vingtaine de minutes après, ils se retrouvaient devant leur chaudron, dans la salle des potions, prêts à démarrer leur premier cours de l'année. En quelques minutes, la salle se remplit, laissant les Serpentard rejoindre leurs camarades Gryffondor. Gabriel, assis à côté de James, salua d'un sourire Lucas Moon et Vincent Wight, qui prirent place devant eux. S'ils ne s'entendaient pas avec tous les Serpentard, ces deux là étaient bel et bien de ceux qu'ils pouvaient compter dans leurs amis. James s'informa rapidement de comment s'étaient passées leurs vacances et si Vincent allait rejoindre l'équipe de Quidditch de Serpentard, avant qu'il ne soit interrompu par l'arrivée du professeur Borage.

« Bonjour à tous ! s'exclama-t-elle d'un ton joyeux. Vos vacances se sont bien passées ? »

Les élèves répondirent en majorité par une réponse enjouée à la question de la jolie sorcière. Cela ne faisait que quelques années qu'elle enseignait les potions et elle était relativement jeune, à peine la trentaine d'années. À la suite du départ du professeur Slughorn, c'était elle qui l'avait remplacé dans ses deux fonctions, car elle était aussi la directrice des Serpentard. Tous les élèves (surtout masculins) s'accordaient à dire qu'elle était très jolie avec ses boucles blondes et ses yeux noirs brillants. Elle portait certes toujours des robes plutôt formelles dans le cadre de sa matière, mais elle savait rester élégante et mettre en valeur ce qui devait l'être. Cela ne l'empêchait d'ailleurs pas d'être une excellente enseignante, qui savait intéresser les élèves aux arcanes obscures de la confection des potions.

Elle fit rapidement l'appel, se permettant un sourire à Gabriel quand elle appela son nom. Le garçon s'en sentait toujours mal à l'aise. Le professeur Borage avait en admiration les travaux de son père… Mais lui était tout juste un étudiant qui parvenait à se hisser dans le bon, au contraire de Rory, son frère, qui était parmi les meilleurs de son année dans la matière. Le professeur Borage referma la porte des cachots, puis décida de partir pour des révisions de l'année dernière pour démarrer en douceur le premier cours. Aussi les Gryffondor et les Serpentard se livrèrent une lutte féroce pour obtenir le plus de points pour leur maison.

Un jeu auquel ni James, ni Bloom ne prenaient part, trouvant cela ennuyeux. Gabriel, pour sa part, se contentait d'écouter sans participer, affichant pour faire bonne mesure son air le plus ennuyé. Seul Eliot essayait de participer, lançant parfois un regard lourd de reproche à James et Bloom qui avaient entamé sous la table une partie de pendu.

Bloom tentait de deviner « Lycanthropie » quand enfin la fin du cours arriva. Chacun prit ses affaires, puis ils se dirigèrent vers la sortie.

« Allez, maintenant dodo ! s'exclama James en s'étirant.
— Histoire de la magie ? lança la voie amusée de Lucas.
— Dans le mille, Moon, répondit Gabriel en un sourire.
— Bonne chance à vous, nous on a du temps libre avant le repas », répondit-il avec un clin d'œil.

Saluant les Gryffondor, le Serpentard rejoignit Vincent et tous deux se dirigèrent alors vers la grande salle en discutant joyeusement. D'un pas peu motivé, toute la troupe des Gryffondor de deuxième année montèrent les escaliers, jusqu'à la tant redoutée salle d'histoire de la magie où le professeur Binns les attendait.

« Bonne nuit… murmura Bloom en posant sa tête sur ses bras.
— C'est à ton tour de noter le cours, Gabriel, soupira Eliot de contentement.
— Je sais, je sais », répondit Gabriel en sortant ses affaires.

James lui fit un petit sourire et d'un regard lui fit comprendre qu'il allait tenter de lui tenir compagnie tant qu'il le pourrait. Gabriel répondit par un hochement de tête, qui laissait pourtant ressortir toute sa sollicitude. En regardant autour d'eux, pendant que le professeur Binns commençait son cours, on pouvait voir que chaque petit groupe interne à Gryffondor avait élaboré sa petite technique pour noter ce cours. Certains avaient opté pour une plume à papote, qui notait pendant qu'ils dormaient ou passaient le cours à tout autre chose. D'autres se relayaient pendant le cours, partageant leurs efforts. Enfin, les derniers optaient pour la même technique que la leur, à savoir une personne notait le cours, qui changeait à chaque fois selon un roulement précis.

Tel un zombie, Gabriel notait inlassablement les explications brumeuses que débitait le fantôme de sa voix monotone, sans vraiment comprendre ce qu'il entendait, à part quelques bribes. James n'avait pas tenu longtemps et essayait à grand peine de ne pas s'endormir, glissant parfois sur sa main, pour se reprendre au dernier moment, les lunettes de travers. À dire vrai, Gabriel lui-même eut un ou deux moments où son nez piqua dangereusement vers la feuille, mais il parvint à chaque fois à se reprendre et continuer sa tâche. Même si sur son parchemin, ces moments là se remarquaient par l'irruption subite de gribouillis informes allant allègrement rendre visite à la ligne du haut ou du bas.

« Qu'est ce que tu as écrit là ? essaya de déchiffrer Eliot, les yeux plissés.
— Chais pas, bailla Gabriel, alors qu'ils sortaient de la salle de cours. Faudra comparer avec les notes des autres. »

Eliot lui rendit ses notes avec un sourire de compassion. À leur tête, n'importe quel étudiant de Poudlard pouvait déterminer de quel cours ils venaient. La plus impressionnante à ce niveau était Bloom, qui avait la même tête que si elle s'était levée de son lit cinq minutes plus tôt, à savoir des yeux vitreux et une chevelure partant un peu dans tous les sens.

Ils arrivèrent finalement dans la grande salle, où se rassemblaient tous les élèves. James fit un signe à ses amis, avant de se diriger vers la table des Serdaigle, où Gabriel pouvait en effet distinguer la chevelure noire de jais de Al'.

« Tu crois qu'il va le prévenir du danger de somnolence provoqué par les cours de Binns ? demanda Bloom de sa voix encore pâteuse.
— C'est possible qu'il en glisse un mot j'imagine, sourit Gabriel en prenant place à la table des Gryffondor. Mais j'ai plus l'impression qu'il essaye de faire son travail de grand frère.
— Ou d'essayer de le convaincre de ne plus fréquenter un certain blond », mentionna Eliot en tournant son regard vers la droite.

Gabriel le suivit, pour découvrir un peu plus loin, discutant avec Rose, Séléné et un obscur première année, Scorpius Malefoy. Oui… Peut-être. Sûrement en fait, corrigea-t-il quand il capta le regard antipathique que lança James à Scorpius, tout en parlant à son frère. Gabriel ne put s'empêcher de soupirer. James était tout de même parfois peu enclin à accepter les différences, sans même qu'il ne s'en rende compte. Le regard agacé que renvoyait Albus à son frère semblait indiquer que lui aussi avait ce sentiment.

« Pfff… je m'ennuie, commenta Bloom.
— Et tu nous dis ça comme ça, sans raison ? fit remarquer Eliot avant d'engloutir une part de tarte.
— Ne te plains pas, dès la semaine prochaine les profs vont nous donner une tonne de travail.
— Avec nos cervelles, on les fera en moins de deux ! sourit Bloom. Et puis, c'est pas le sujet. C'est pas le manque de boulot le problème, mais on dirait que vous êtes grognons en ce moment.
— Y a des raisons en même temps. »

C'était James qui avait dit ça, d'un ton un peu hargneux. Il venait de revenir de sa discussion avec son frère et à sa tête, Gabriel pouvait dire que ça ne s'était pas passé comme il l'avait espéré. Aucun d'eux trois ne tenta d'aborder le sujet. C'était la promesse d'avoir un James en colère pour le reste de la journée.

Ce qui ne manqua d'ailleurs pas. Malgré toute la bonne humeur du professeur Flitwick, ravi de les retrouver pour cette année, l'humeur de James ne s'améliora pas d'un iota. Au point où il ne se concentra même pas sur la révision des sorts de première année que proposait le petit sorcier, si bien qu'il mit le feu, sans trop savoir comment, à la plume qu'il était censé faire léviter.

« Concentration, Mr Potter ! indiqua le professeur Flitwick tout en éteignant la plume. Il n'est jamais bon de pratiquer la magie avec des idées parasites en tête.
— Désolé… professeur.
— Venez donc me voir à la fin du cours, qu'on discute un peu de tout ça », ajouta-t-il de sa petite voix flûtée.

James pesta tout en regardant Flitwick s'éloigner d'eux afin de s'occuper d'un autre groupe. Gabriel lui donna une petite tape dans le dos, avec un sourire encourageant.

« Hey, je pense pas qu'il va te donner une retenue hein.
— Je sais, répondit James un peu sec.
— Puis même si tu finis en colle, c'est pas comme si tes parents n'étaient pas habitués », ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Avec satisfaction, le jeune Madder put voir un léger et furtif sourire prendre brièvement place sur les lèvres de son meilleur ami. James se saisit alors à nouveau de sa baguette et recommença le Wingardium Leviosa demandé par le professeur Flitwick, qui cette fois fonctionna à merveille. La fin du cours arriva bien vite et alors que Gabriel ramassait ses affaires dans son sac, il put voir James se diriger vers le professeur. Gabriel sortit de la salle et retrouva Bloom et Eliot, avec qui ils attendirent le retour de James.

« Alors ? demanda Eliot quand James sortit de la salle.
— J'ai juste un petit travail en plus à faire, indiqua le garçon avec un sourire. Mais tu connais Flitwick, c'est juste pour être sûr que j'ai bien compris.
— Donc expliquer pourquoi tu as loupé ton sort ?
— Oui. Enfin, il m'a aussi dit de faire attention et qu'il voulait éviter, si possible, d'avoir à envoyer à nouveau des lettres à mes parents.
— Le truc habituel quoi », conclut Gabriel.

L'habitude. C'était bien ce qui semblait avoir repris cours dans leur vie à Poudlard. Les quelques jours qui suivirent ce premier ressemblèrent bien vite à ceux qu'ils avaient eu en première année. Le professeur de métamorphose, le professeur Deauclaire, avait tenu à vite les remettre dans le bain et le premier cours avait ainsi déjà commencé à aborder de nouveaux sujets. Bloom, qui avait la métamorphose comme matière préférée, en avait été ravie. En revanche, Gabriel n'avait pour sa part pas du tout été enchanté de se retrouver à nouveau sous la coupe du professeur Noctius qui leur enseignait l'astronomie. Déjà parce que cela les privait d'une soirée de libre à pouvoir vaquer à leurs occupations et ensuite parce que l'observation du ciel l'ennuyait profondément. Mais dans l'ensemble, ils devaient avouer que cette reprise des cours était plutôt joyeuse.

Cela dura jusqu'au deuxième cours de défense contre les forces du mal, qui eut lieu le vendredi matin. Les élèves de deuxième année de Gryffondor étaient déjà présents sur place, bavardant tranquillement en attendant le début du cours. Gabriel, assis sur l'un des pupitres, s'était laissé entraîner dans la discussion sur le Quidditch que James avait entamée avec Bloom. Les deux fanatiques de balais parlaient des sélections qui allaient avoir lieu le lendemain et lui y allait de son commentaire novice, ici et là. Eliot les écoutait distraitement, jetant parfois des coups d'œil vers l'entrée de la salle au cas où. Dès lors que la silhouette, un peu petite pour un homme, du professeur Crivey apparut dans l'embrasure de la porte, Gabriel haussa un sourcil. Le sorcier était suivi d'une malle, qu'il faisait léviter tranquillement derrière lui à l'aide de sa baguette. Avec un sourire pour la classe, le professeur Crivey déposa doucement la malle devant son bureau, à la vue de tous. James, assis derrière Gabriel et Bloom, tapa sur l'épaule du jeune Madder.

« Il a l'air de bonne humeur.
— Le sujet doit sûrement beaucoup l'intéresser », répondit Gabriel sentant la curiosité monter en lui.

Le professeur prit le temps de s'installer, effaçant le tableau encore recouvert d'écrits à la craie du précédent cours, puis de faire l'appel, ce qui faisait frémir le garçon d'impatience. Quand enfin il replia le rouleau de parchemin, ses yeux marrons pétillèrent derrière ses mèches couleur châtain. Oui, c'était bien signe que le sujet d'aujourd'hui était l'un des préférés de leur professeur. Une vague d'impatience semblait s'être emparée des élèves.

« Bien ! dit-il d'une voix joyeuse. Je vois que j'ai attisé votre curiosité. Levez-vous, sortez vos baguettes, aujourd'hui sera un cours pratique ! »

Des exclamations de joie se firent entendre, de la part des Gryffondor et des Poufsouffle, qui partageaient ce cours avec eux. Ce genre de cours n'avait été que trop rare pendant leur première année et Merlin savait qu'ils adoraient ça. Gabriel prit son sac pour le poser au fond de la classe, pendant que le professeur Crivey, d'un coup de baguette, mettait tous les pupitres contre les murs de la salle, créant un espace plus que conséquent au centre de la pièce. Bloom avait les joues rouges d'excitation, James ne pouvait se dépareiller de son sourire et même Eliot ne parvenait à cacher tout son intérêt.

« Nous allons étudier quoi, monsieur ? interrogea Gabriella Halley, une Poufsouffle.
— Les Epouvantards », répondit le professeur en donnant un coup sur la malle qui eut un soubresaut.

Quelques élèves eurent un sursaut de surprise à ce mouvement inattendu et Gabriel dut avouer qu'il avait senti son cœur manquer un battement. Mais il se reprit. Les Epouvantards ? Son sourire s'élargit. Évidemment qu'il savait ce qu'étaient les Epouvantards. Et à dire vrai, il était curieux de lui faire face, ne pouvant réussir à trouver quelque chose qui lui faisait vraiment peur. Il jeta un coup d'œil à James, mais remarqua alors, avec surprise, que ce dernier s'était tendu. Fait totalement inhabituel, le jeune Potter leva alors la main pour poser une question, chose qu'il ne faisait jamais.

« Mr Potter ?
— Professeur… je croyais… je veux dire, mon père m'avait dit qu'il n'avait étudié les Epouvantards qu'en troisième année, dit James d'une voix un peu hésitante. Pourquoi nous les montrer maintenant ?
— Allons Mr Potter, n'êtes vous pas curieux d'étudier ces fascinantes créatures ? s'étonna le professeur. Mais pour répondre à votre question, le programme a bien changé depuis l'époque de votre père et les Epouvantards font partie du programme de deuxième année.
— Ils sont dans nos livres, indiqua Eliot, les sourcils froncés tout en regardant James.
— Il est vrai cependant, reprit le professeur Crivey en jouant avec sa baguette, qu'en temps normal, nous n'étudions ces créatures qu'en fin d'année. Mais voyez-vous, Mr Keepood a eu la chance de trouver ce spécimen il y a quelques jours, une occasion en or pour vous en parler. »

Il s'interrompit, s'asseyant sur son bureau, pour mieux leur faire face. D'après ce que lui avait dit Rory, Gabriel savait que le professeur Crivey avait toujours été comme cela, joyeux en toutes circonstances et toujours avec cette flamme dans les yeux quand il parlait de sa matière qu'il aimait énormément. Mais entre Gabriel et Bloom, le visage de James s'était lui pour sa part assombri. Son meilleur ami se demandait bien si c'était parce qu'il avait peur justement de voir sa peur, ce qui l'étonnait tout de même. James n'avait jamais semblé n'avoir peur de rien.

« Bon, qui peut me dire ce qu'est un Epouvantard ? Mr DaFirenze ?
— C'est un monstre qui montre de quoi on a peur, répondit le Poufsouffle un peu hésitant.
— Ça manque un peu de précision, dit le professeur Crivey avec un sourire indulgent. Quelqu'un pour nous en dire plus ?
— Il prend la forme de ce qui nous fait le plus peur ! s'exclama joyeusement Bloom, sans attendre qu'on l'interroge. Il sera différent pour chacun d'entre nous !
— Bien répondu Miss Finnigan, accorda Crivey sans s'offusquer de son intervention sans lever la main. En effet, l'Epouvantard est une créature polymorphe – ça veut dire qui peut changer de forme à volonté – prenant l'apparence de notre peur la plus intime. Par ailleurs, personne ne peut déterminer à quoi ressemble un Epouvantard sous sa forme d'origine, quand il est seul. Un Epouvantard en action ne sera cependant toujours qu'une copie de notre peur originale, une copie plus ou moins proche selon l'expérience du sorcier avec cette peur. Par conséquent, un Epouvantard ne peut vraiment blesser physiquement parlant.
— Mais alors pourquoi on l'étudie ? » interrogea Naomi Williams.

Le professeur Crivey eu un petit rire.

« En voilà une bonne question, indiqua le professeur. Et bien, si un Epouvantard ne peut pas tuer, il met les sorcier face à une grande épreuve, nous mettant face à nos peurs. Et la peur est une arme dangereuse, qui peut vous faire perdre vos moyens. Néanmoins la vraie réponse est que les Epouvantards se nourrissent de nos peurs, pour devenir plus forts, plus réels… Et nous faire, s'il le peuvent, mourir de peur. »

Le professeur Crivey avait fini sa phrase dans un murmure se voulant volontairement malsain. Quelques élèves échangèrent des regards peu rassurés. Gabriel pour sa part était pressé d'y faire face. Finalement, Crivey se leva de son bureau et vint se mettre à côté de la malle, jouant toujours avec sa baguette.

« Ceci étant dit, qui peut me dire comment on se débarrasse d'un Epouvantard ? Mr Maxwell par exemple ?
— Euh… Ma sœur m'a déjà dit un truc dessus… Les Epouvantards… n'aiment pas le rire, oui voilà !
— Oui oui oui! C'est tout à fait vrai, pour vaincre un Epouvantard, il faut rire. Ce sont des créatures qui n'aiment pas le rire et qui fuient si jamais nous rions d'elle et qui peuvent même disparaître.
— Mais monsieur, demanda alors Gwendolyn Murrey, comment rire si l'Epouvantard a pris forme de notre plus grande peur ?
— Encore une bonne question. Quelqu'un a la réponse ? Oui Mr Madder ?
— Le sortilège du Riddikulus, répondit Gabriel en baissant la main. Il force l'Epouvantard à changer de forme.
— Et bien, je vois que je n'ai rien à vous apprendre, déclara le professeur les yeux plus pétillants que jamais. Sachez cependant que l'apparence, c'est vous qui la déterminez, il est donc important d'imaginer quelque chose de drôle. Plus grande est votre imagination, mieux ce sera.
— Professeur ? intervint Rigel. J'ai une question. Comment l'Epouvantard fait quand il y a plusieurs personnes en même temps ?
— Vous venez de mettre le doigt sur sa faiblesse, Mr Kepler. En effet, que se passe-t-il ? Des idées ?
— Il essaye de trouver une forme qui fait peur à tout le monde ? proposa Sue Lowell.
— Mais c'est pas possible ! rétorqua aussitôt Stan. Il y aura toujours forcément quelqu'un qui n'aura pas peur d'une chose dont les autres ont peur. »

Gabriel fronça les sourcils. Il n'y avait jamais pensé. Un Epouvantard pouvait il faire peur à deux personnes en même temps ? Eliot semblait lui aussi plongé dans cette pensée, sans parvenir à en déterminer la réponse. James, resté silencieux jusque là, ouvrit alors la bouche et prit la parole :

« Ils essayent, mais c'est rare qu'ils y arrivent, dit-il. Mon père m'a dit qu'il avait entendu parler d'un cas où un Epouvantard avait essayé de faire peur à deux personnes en même temps. Il s'était transformé en demi-limace, ajouta-t-il avec un léger sourire.
— Et je pense que vous pouvez croire Harry Potter, convint le professeur. Bien, bien, tout ça m'a l'air excellent ! Il est désormais temps de vraiment faire notre cours pratique. Vous allez tous, à tour de rôle, passer devant l'Epouvantard et l'affronter.
— Mais… Ça veut dire que tout le monde va savoir… notre peur ? fit Elizabeth Jordan d'une voix timide, rougissant.
— Qu'il essaye, j'ai peur de rien ! s'exclama à nouveau Bloom.
— Nous allons voir ça tout de suite Miss Finnigan ! Venez ouvrir le bal.
— Wouhou ! » fit-elle en levant les bras au dessus de sa tête.

Tout le monde se mit à rire devant son enthousiasme. Toute excitée à l'idée de voir ce que l'Epouvantard allait pouvoir prendre comme forme devant elle, Bloom s'avança jusque devant la malle et le professeur, qui expliqua alors en détail comment fonctionnait le sortilège du Riddikulus. Gabriel et Eliot échangèrent un regard entendu.

« Tu paries sur quoi ? murmura Eliot.
— Une grosse araignée velue, répondit le jeune Madder.
— Elle n'a pas peur des araignées.
— Oui, mais c'est une fille.
— Toutes les filles n'ont pas peur des araignées. Non, moi je pense plutôt qu'elle a peur qu'on lui interdise le Quidditch.
— Les gars, c'est pas drôle », intervint James.

A nouveau, Gabriel et Eliot se regardèrent. Oui, finalement, peut-être que James avait vraiment peur… Et cela voulait dire qu'il connaissait sa peur. Gabriel ne savait pas trop quoi dire à ce sujet. James ne lui avait jamais rien dit dessus. Ils reportèrent leur attention vers Bloom et Crivey. Le professeur s'était penché vers la malle.

« Tu es prête ? A trois. Un, deux… Trois ! »

La malle fut ouverte… Et personne ne vit rien en sortir. Gabriel eut de la peine à cacher sa surprise. Elle n'avait vraiment peur de rien ? Bloom, avec un sourire de conquérante, s'avança vers la malle, pour regarder à l'intérieur. Elle sauta alors en arrière, poussant un véritable cri de terreur et faisant basculer la malle vers eux. Ils purent alors voir ce qu'elle avait vu. Dans la malle se trouvait un cadavre, que Gabriel reconnut comme étant le père de Bloom, Seamus Finnigan. Plusieurs élèvent lâchèrent des exclamations dégoûtées. Quelques rires cependant se firent entendre.

« C'est… c'est pas drôle ! s'écria Bloom, entre l'hystérie et la terreur.
— Miss Finnigan, la formule ! rappela le professeur Crivey.
Ri… Riddikulus ! »

Dans un craquement sonore, l'Epouvantard changea de forme. Gabriel sentit son cœur se serrer. A la place du cadavre du père de Bloom, c'était désormais quelqu'un de bien plus familier qui se trouvait ainsi mort. Les cheveux couleur bronze ne trompaient pas et James lui-même était devenu livide en contemplant l'Epouvantard qui avait pris sa forme, au détail prêt qu'il était mort. Bloom s'étrangla de plus belle et les rires avaient aussitôt cessé.

« Pas assez de conviction Miss Finnigan. Pourtant votre imagination est fertile il me semble. Pensez à quelque chose de drôle !
— Je… je…
— Allez Bloom, t'es pas Miss-Bonne-Humeur pour rien ! » s'écria Eliot.

La rousse tourna alors son regard vers ses amis. Eliot leva le pouce vers elle et James hocha doucement la tête. Gabriel se contenta d'un sourire. Ses joues reprirent alors des couleurs et ses yeux se firent plus déterminés. Elle se concentra un instant, fermant les yeux.

« Riddikulus ! »

A nouveau, un craquement sonore se fit entendre. Mais cette fois, James apparut en pleine forme, si ce n'était qu'il avait les cheveux teints en rose et des oreilles de lapin lui sortant du dessus de la tête. Dans un éclat de rire, Gabriel reconnut la tête qu'avait eu son meilleur ami l'année dernière, le premier avril quand Frank et Fred avaient décidé de s'en prendre à toute l'école. Tout le monde s'en rappelait et l'hilarité gagna les élèves. Même James ne put s'empêcher de rire. Bloom se dérida aussi, sous l'œil satisfait du professeur Crivey.

« Parfait Miss Finnigan. Allez, au suivant ! »

Dans une ambiance où se mêlaient curiosité, appréhension mais aussi bonne humeur, chacun se succéda, pour affronter des peurs diverses et variées. Eliot par exemple s'était retrouvé avec une crevasse sous les pieds, sûrement pour symboliser son vertige. Il n'avait pas paniqué et avec un sang-froid étonnant, le jeune garçon avait changé l'Epouvantard-crevasse en une piscine remplie de chocolat. Quelques élèves passèrent, pour qu'enfin vienne le tour de Gabriel.

Le garçon s'avança avec une légère appréhension. Mais au fond, il était curieux de savoir quelle était sa plus grande peur. Ses amis lui lancèrent un regard d'encouragement et le professeur Crivey avait un sourire confiant. Finalement, il fit face à l'Epouvantard, qui dans un craquement, changea de forme.

Et aussitôt, Gabriel sut. Aussitôt, il sentit son corps devenir de plomb et la panique l'envahir. Comment avait-il pu ne pas penser à ça ? Comment avait-il pu oublier momentanément qu'il avait bien une peur dévorante en lui ? Peut-être parce qu'il en avait honte. Peut-être parce qu'elle paraissait idiote.

Tout autour de lui avait disparu. Ne laissant que le noir, profond, d'encre. Gabriel ne savait pas du tout ce qui se passait et comment cela était possible. Les sons des autres élèves lui parvenaient à peine, comme étouffés, lointains. Son souffle s'accélérant sous l'effet du malaise grandissant, Gabriel avait l'impression d'être passé dans un autre monde, sans le moindre fond, un gouffre où il devait faire face à sa peur. Le noir. Voilà ce qui le terrifiait, cet inconnu qui lui ouvrait les bras. Il avait envie de hurler et de se rouler en boule, pour espérer que cela passe. Mais il était terrifié, tétanisé, incapable même de faire cet acte de pure lâcheté. Incapable aussi de faire face à cette peur enfantine, presque honteuse pour lui. Mais il ne voulait pas perdre à nouveau la vue, oh non !

C'était bel et bien de là que venait cette peur, celle de ne rien voir. Gabriel avait déjà perdu la vue. Momentanément. Pendant plus de deux mois, il avait été comme aveugle. Tout ça parce qu'il avait eu la mauvaise idée, à six ans, d'aller jouer dans le laboratoire de travail de son père. Il avait été stupide et la curiosité de ce breuvage qui mijotait dans le grand chaudron l'avait interpellé. Une belle potion de couleur rouge, que Gabriel connaissait. C'était une potion qui améliorait l'acuité visuelle sur laquelle son père travaillait. Le petit garçon avait été terriblement curieux. Quel goût ça avait ? Et comment ça améliorait la vision ? Son sens du danger n'était pas encore développé. Aussi décida-t-il, inconscient qu'il était, de la goûter. Mais cette potion là n'était qu'un prototype. Et ainsi, il avait perdu la vue. Son père avait été furieux. Et terriblement inquiet. D'après Rory, il avait passé par la suite ses journées à essayer de trouver un antidote. Il y était parvenu, mais Gabriel restait traumatisé par cette expérience. Terrifié par ce noir qu'il avait été obligé de connaître. Et l'idée de redevenir aveugle.

Et c'était là ce qu'il se passait. Dans ce noir complet, il retrouvait ses souvenirs d'enfance, qui le hantaient. Il avait l'impression que des monstres inconnus rôdaient autour de lui. Il mit ses mains sur sa tête, la secouant. Non ! Il ne pouvait pas. Il n'y arriverait pas !

Et finalement, une voix lui parvint enfin.

« Mr Madder, reprenez-vous ! cria le professeur Crivey.
— Je… J'essaye… » balbutia-t-il de sa voix faible, incertain que l'enseignant l'ait entendu.

Il essayait de se calmer. C'était difficile… Mais il le devait ! Oui, ce n'était qu'un Epouvantard. Ce n'était pas réel, il pouvait toujours voir… Gabriel ne put réprimer un frissonnement, mais se reprit. Il se concentra. Comment faire pour rendre ridicule la peur du noir ? Pour qu'il la trouve drôle ? L'inconnu lui faisait peur…

Mais il pouvait bien le faire rire, non, cet inconnu ?

« Riddikulus ! »

Dès lors qu'il eut lancé le sort, il fallut attendre une ou deux secondes. Puis une première voix s'éleva, la même que James. Un James qui riait. Une autre voix, celle de Bloom, qui criait à James d'arrêter de la chatouiller et que si elle parvenait à l'attraper dans le noir, elle le tuerait. Venait celle d'Eliot, sarcastique, se moquant de ses amis. Puis d'autres sons, des gens qui se cognaient contre les murs, où disputaient des batailles d'oreiller. Les odeurs aussi, celle d'une bombabouse au loin et les cris des filles qui fuyaient et de Fred et Frank qui riaient. Gabriel se mit à rire, imaginant tous ces bons moments. Et l'Epouvantard le laissa se retirer, le laissant retrouver sa vue, pour retourner un instant dans la malle, sous l'impulsion du professeur Crivey. Celui-ci souriait largement.

« Bien joué Mr Madder, félicita le professeur Crivey. Bonne idée de vous servir des autres sens pour tourner cela en ridicule. C'est à vous Mr Potter. »

Gabriel revint vers ses amis, son cœur retrouvant son rythme normal. Mais James ne bougeait pas. Il restait désespérément derrière les autres, qui pourtant le fixaient. Il était pâle et se tenait le bras.

« Mr Potter ? répéta Crivey, surprit.
— Je sais ce qui va arriver monsieur, dit enfin James, le regard fuyant. Je...
— T'as peur Potter ? ricana alors David Morane, un Poufssouffle.
— Je vais m'en occuper tout de suite », acheva le jeune Potter.

Gabriel tenta de rattraper le bras de James, sans succès. Il avait vu dans le regard de James la colère prendre place. Pourtant, il avait été sur le point de refuser de passer. Et Gabriel le voyait, James tremblait. Oh oui, il tremblait de peur. Il était inquiet. C'était la fierté là qui le poussait à faire face à l'Epouvantard. James n'en avait aucune envie, mais il le faisait pour ne pas salir l'image que toute l'école se faisait de lui.

James se mit face à la malle et sortit sa baguette. Même de là où il se trouvait, Gabriel pouvait voir cette dernière trembler. Des murmures se faisaient entendre parmi les élèves Tout le monde se demandait de quoi James Potter pouvait bien avoir peur. Gabriel, même s'il savait qu'il n'y avait rien à craindre, ne put s'empêcher de mettre la main sur sa propre baguette. Eliot avait les dents serrées, le regard fixé sur James. Et Bloom en avait même perdu sa bonne humeur.

« Vous êtes prêt ?
— O…Oui professeur.
— Très bien… Allons y ! »

La malle fut ouverte. Et tout le monde hurla de terreur par ce qui en sortit. Gabriel avait les yeux écarquillés, un peu terrifié. Un véritable brasier s'échappait de la malle, un feu immense et malsain. Un feu vivant, composé de têtes d'animaux féroces, de langues de dragons. C'était effrayant.

James, qui faisait face à l'Epouvantard, tremblait de terreur, toujours plus fort, tentant de pointer sa baguette sur le brasier qui lentement l'enveloppait. Mais il n'y arrivait pas. Aucun son ne voulait sortir de sa bouche. Gabriel pouvait le voir, il était tétanisé, incapable d'agir, incapable de surmonter sa peur. James craqua. Ses jambes lâchèrent sous son poids et il tomba à genoux, lâchant sa baguette en tenant son bras gauche. Il semblait presque sangloter. Personne n'osa réagir, avant que le professeur ne se reprenne et intervienne avec hâte.

« PAR ICI ! » hurla le professeur Crivey en se mettant devant James.

Il y eut un craquement sonore et l'Epouvantard changea de forme. Une silhouette, celle d'un jeune homme, ressemblant étrangement au professeur Crivey. Mais ils n'eurent guère le temps de plus voir, car le professeur renvoyait l'Epouvantard dans sa malle d'un Riddikulus.

Aussitôt, Gabriel se précipita vers James, toujours agenouillé sur le plancher de la classe. Il ne fut pas le seul. Eliot et Bloom s'étaient précipités avec lui, pour aller entourer leur ami. James frissonnait et ses dents étaient plus crispées que jamais. Jamais Gabriel ne l'avait vu ainsi. Il jurait qu'il se retenait de pleurer. Plus que tout, il voulait comprendre comment son ami avait pu se mettre dans cet état et comment il avait vu ce truc.

« C'était quoi ça ? demanda-t-il finalement. James ! C'est ça qui t'as fait cette brûlure au bras ? »

Le garçon tenta de relever la manche de son meilleur ami, pour observer la dite brûlure, mais James le stoppa aussitôt, dégageant vivement son bras et lui lança un regard à la fois furieux et apeuré. Gabriel sentit son cœur se serrer. Oui, c'était ça… Ce feu là… C'était ce feu-là qui avait fait cette brûlure sur le bras de James. Jusqu'à maintenant, il avait toujours refusé d'en parler, d'en expliquer l'origine. Eliot, Bloom et lui avaient appris à ne plus faire attention à ça. Mais aujourd'hui, tout s'expliquait. Les autres élèves, derrière eux, se remettaient doucement de la vision de ce terrifiant brasier.

« James, reprit Eliot, où as-tu vu… ce truc ?
— Laissez-le respirer ! intervint alors Crivey un brin énervé, qui avait enfin fini de fermer la malle. Déguerpissez ! Le cours est terminé ! »

Bloom tenta de protester, mais devant le regard du professeur, elle retint ses paroles dans sa gorge. Gabriel était choqué. Il n'avait jamais vu le professeur aussi furieux. Alors que les autres élèves poussaient des soupirs déçus, mêlés à des murmures d'incompréhension, Gabriel, Eliot et Bloom se redressèrent, pour faire face à leur professeur. Crivey aida James à se relever, puis leur indiqua :

« Vous trois, je sais que c'est votre ami… Mais je dois lui parler seul à seul.
— Mais…
— Pas de mais, Mr Dubois ! rétorqua Crivey, la voix ferme.
— Qu'est ce que c'était ? demanda Gabriel, ignorant la remarque qui s'adressait de toute évidence à eux trois.
— Quelque chose qui ne vous regarde pas Mr Madder. Sortez de cette salle de classe avant que je ne vous mette en retenue ! »

Gabriel ouvrit la bouche, mais fut stoppé par la main de Bloom sur son épaule, avant qu'elle ne secoue la tête. Gabriel soupira, puis lança un dernier regard à James. Il fixait le sol, un peu groggy, sûrement le contrecoup de son face à face contre sa peur. Gabriel se retourna et partit prendre ses affaires, partagé entre la fureur envers son professeur et l'inquiétude qu'il ressentait pour James. Peut-être aussi la colère que son meilleur ami ne lui ait jamais parlé de ça. Rageur, il mit son sac sur ses épaules et quitta la salle sans même attendre Eliot et Bloom.

Pourquoi James ne lui avait jamais rien dit ? Et qu'est ce que c'était ce feu ? Ce n'était pas un feu normal, c'était certain ! La réaction de Crivey en disait long sur ce sujet. Ce feu était bien plus que ça, sûrement quelque chose de très maléfique. Mais alors… où diable James avait-il vu ce truc… non, pas vu… Comment s'était il retrouvé aux prises avec ce truc ! Jusque là, il s'était souvent demandé comment James avait eu sa brûlure au bras. Après tout, avec la magie, une brûlure se soignait en deux coups de baguette par n'importe quel Médicomage.

James avait peur de ce feu. Tellement peur qu'il était tétanisé devant. Quand il y réfléchissait, c'était au final pas si étonnant… Même devant le feu normal, James n'était pas rassuré. Jamais il ne l'avait vu prendre les places les plus proches de la cheminé. Et que dire de quand Flitwick leur avait appris le sortilège d'Incendio ? James avait été le plus lent de tous à l'apprendre. À l'époque, Gabriel avait pensé, comme Bloom et Eliot, qu'il faisait juste un blocage sur ce sort précis… mais en fait, sûrement avait-il peur de faire du feu avec sa baguette.

« Ouais… Mais je peux pas trop lui en vouloir », soupira le garçon.

Maintenant qu'il y réfléchissait avec un peu de recul, au calme, il fallait avouer que le fait que James ne leur ait jamais rien dit n'était pas si étonnant. Lui-même, Gabriel, n'avait jamais révélé aux autres sa mauvaise expérience et la peur qui en était née. Il n'avait même pas pu l'aborder avec une véritable aveugle, capable de comprendre ce qu'il avait ressenti. James semblait avoir vécu un traumatisme… Et il se demandait si c'était lié au fait qu'il voyait les sombrals… Au vu de la dangerosité de ce feu maléfique, sûrement. Maintenant que la colère retombait, Gabriel se rendait compte que dans l'histoire, c'était lui qui avait été stupide. La peur pour son meilleur ami, la curiosité de savoir ce qu'il se passait, l'avaient mené à peut-être blesser James…

Il s'arrêta alors de marcher. Gabriel ne remarqua qu'à ce moment là que ses pas l'avaient mené, par réflexe, devant la grosse dame, qui le regardait d'un air surpris.

« Allons, on n'est pas en cours ?
— Suspendu. Cœur de Lion.
— J'espère pour vous que c'est vrai, soupira le tableau en pivotant. Vous semblez collectionner les ennuis vous et l'aîné des Potter. »

Gabriel ne répondit rien et pénétra dans la salle commune. Il avait besoin de réfléchir un peu. Soupirant, il jeta son sac dans un fauteuil, sous le regard courroucé de certains élèves plus âgés plongés dans leurs devoirs et il s'enfonça dans un autre, fixant le feu de cheminée. Le prochain cours n'était qu'après manger… Et il était certain que James allait se retrouver pour au moins une partie de la journée à l'infirmerie, sous les soins de Mrs Faucett. Gabriel, enfin, savait que d'ici ce soir, cette histoire aurait fait le tour de l'école. Et James serait sûrement harcelé par certains pour qu'il réponde à leurs questions.

Il releva la tête en voyant Bloom et Eliot entrer dans la salle commune, essoufflés. Quelques regards surpris accueillirent cette entrée peu courante. Gabriel hocha la tête à leur regard interrogateur. Ils vinrent s'installer face à lui, reprenant leur souffle.

« Tu vas vite quand t'es en colère, murmura Eliot. Puis j'avoue ne pas trop avoir suivi quels passages secrets tu as pris.
— Désolé…
— Tu t'inquiètes pour James, hein ? fit Bloom. On s'inquiète tous pour lui. Mais ça ira je crois…
— C'était quoi ce truc ? Tu as une idée, Gabriel ?
— De la magie noire, sûrement. Je ne sais pas trop, soupira-t-il. Je crois qu'il n'y aura que James qui pourra nous répondre. Et je ne suis pas certain qu'il voudra le faire. »

Un silence suivit cette assertion. Eliot, d'un regard, fit comprendre alors aux autres son idée. Faire leurs propres recherches. Sûrement cela demanderait d'infiltrer la réserve, mais ce n'était après tout pas la première fois qu'ils faisaient ce genre de choses. Avec plus ou moins de succès.

La suite leur donna raison. En Botanique l'après-midi, James était bien revenu, mais était resté muet et avait fait mine de ne pas entendre leurs questions. Aucun des trois n'avaient insisté. Au contraire de la majorité de l'école. Dès lors que fut venue l'heure du repas et qu'ils se furent installés, les questions des curieux de tous bords fusèrent autour d'eux. James dut sûrement faire preuve de son plus grand sang froid pour ne rien répondre. En voyant la main de son ami trembler sur sa fourchette, Gabriel intervint alors et renvoya aussi sec tous les curieux.

Ils laissèrent alors place à deux autre visiteurs, plus imposants et que le garçon ne pouvait pas virer aussi facilement.

« Hey ! fit Viridian d'un signe de la main.
— Bonsoir vous quatre, dit Victoire d'un ton qui se voulait sympathique.
— Victoire, Viridian ? Qu'est ce que vous nous voulez ? demanda Gabriel surpris.
— On voulait parler à James. Seuls à seuls.
— Si c'est à propos du cours de Défense Contre les Forces du Mal, ce n'est…
— Laisse Gabriel, soupira James en se levant de la table. Je vous suis. »

Sans comprendre, les trois amis regardèrent James quitter la salle derrière les Préfets-en-Chef. Gabriel devait avouer être vexé que James soit disposé à leur dire quelque chose qu'il refusait de leur révéler à eux, ses amis !

Lorsqu'il revint les retrouver dans la salle commune, cependant, son humeur était encore plus sombre. Gabriel, comprenant que ce n'était pas le moment, décida avec l'appui d'Eliot de n'envoyer que Bloom à sa rencontre, afin qu'elle lui change les idées avec les sélections de Quidditch qui auraient lieu le lendemain. S'il y avait bien une personne capable de remonter le moral des gens en un instant, c'était bien elle. Eliot et Gabriel, faisant jusque là croire de plancher sur leurs notes d'Histoire de la Magie dans un coin de la salle commune, soupirèrent de façon rassurée quand ils virent du coin de l'œil James finalement rire à l'une des histoires sans queue ni tête de Bloom. James irait bien demain. Il devait aller bien, pour être enfin pris dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor.

Le garçon décida d'aller se coucher tôt, ne parvenant pas à se débarrasser de ses pensées, incapable d'accomplir le moindre travail. Et lorsque le sommeil vint l'embrasser, il fut peuplé de flammes qui l'entouraient, lui et son meilleur ami.

~Fin du chapitre~


Voilà pour ce troisième chapitre. Comme ceux qui on lu le premier chapitre à sa sortie ont pût l'observer, je n'ai pas tenu mon délai de base. Comme quoi… A noter aussi que j'ai coupé mes premiers chapitres en deux, car ça faisait quand même très long d'une traite, surtout l'ex chapitre 3 (désormais les chapitres 5 et 6).

Bref, ce chapitre nous montre le deuxième point de vue de la fiction et donc la vision de l'univers par le deuxième héros, Gabriel Madder. La Fic alternera donc les points de vue entre les deux protagonistes, même si d'autres point de vue seront sûrement utilisés dans le cadre de l'histoire. Cependant, les deux points de vue principaux seront ceux de James et de Gabriel. Par ailleurs, le changement ne suivra pas forcément un rythme régulier et il est tout à fait possible que les points de vue changent au milieu d'un chapitre.

J'espère que cette lecture aura été agréable. Bien entendu, les reviews sont appréciées et attendues, donc n'hésitez pas à laisser un petit commentaire, ça fait toujours plaisir. Vous pouvez aussi dire les choses qui ne vont pas, si jamais vous en voyez, je suis ouvert à ce niveau là. Sachez enfin que même si vous ne possédez pas de compte , vos reviews sont acceptées. Je réponds à ces dernières par le biais d'un Google documents, dont le lien se trouve sur mon profil, donc n'hésitez pas.

Le prochain chapitre s'intitulera "Case Blanche" et il gardera le point de vue de Gabriel.

Merci encore d'avoir lu et bonne journée à vous.

Niv'