~A propos de l'histoire~

Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.

Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013)

Résumé : La paix. C'est tout ce qu'a connu cette nouvelle génération de sorciers, vingt ans de paix. Pour eux, les deux Guerres des Ténèbres ne sont que des faits Historiques lointains, qui ne sont bons qu'à être énoncés par l'inlassable professeur Binns.
James S. Potter et Gabriel Madder sont de cette génération et pensaient pouvoir vivre une vie tranquille aux côtés de leurs amis, profiter de leur jeunesse. Mais ils apprendront que même sans Mage Noir pour terroriser la population, leur vie ne sera pas forcément sans le moindre problème.

Et qui sait ? Peut-être que l'ombre plane, bien plus proche qu'ils ne peuvent se l'imaginer.

Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard

Rating du chapitre : K+


~Aide et correction~

Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Grenat sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.


Chapitre 6 : Le regard des autres

James était terrifié à l'idée de faire face à ses camarades de Gryffondor. Il avait peur de pouvoir lire dans leurs yeux de la répugnance, ou même un éclat accusateur. À ses côtés, il voyait le corps tendu de Gabriel, qui trahissait son propre trouble. Mais il le fallait et ils posèrent leurs pieds sur les tapis rouges de la pièce.

La salle commune de Gryffondor était encore peuplée de quelques élèves malgré l'heure plus que tardive. Aucune des têtes n'affichait le moindre sourire. Et comment pourraient-ils le faire ? La salle commune, bien qu'elle ne soit pas sujette à une destruction particulière, n'avait jamais été aussi lugubre et désordonnée qu'aujourd'hui, songea James. Personne n'avait pris la peine, sûrement par manque de volonté, de remettre les livres dans leurs étagères. Et dans l'âtre, le feu était peut-être moins vif que d'habitude, rendant la salle plus sombre.

Les premiers regards se tournèrent vers eux. James et Gabriel restèrent immobiles. Ils n'osaient pas avancer. Ils avaient peur de découvrir la réaction des autres élèves, de se faire rejeter… Josh MacEnroe, un cinquième année, les fixait déjà avec une expression indéfinissable, à mi-chemin entre la peur et l'incompréhension.

« Alors c'est vous qui avez foutu ce bordel ? bredouilla-t-il.
— Non ! dit instinctivement James.
— Pourtant on dit qu'on vous a retrouvés à l'endroit d'où sont parties les vagues de magie. »

Se levant d'un fauteuil duquel ils n'avaient vu jusque là que le dossier, James et Gabriel découvrirent la chevelure rousse de Fred. Le garçon avait l'air fatigué et perdu. James le regarda s'approcher sans savoir s'il était soulagé de voir quelqu'un de sa famille, ou s'il était terrifié de découvrir sa réaction, de voir le dégoût dans ses yeux. Frank était là aussi. Peut-être moins fatigué, le regard un peu plus réquisitoire.

Définitivement, l'histoire de leur supposée culpabilité avait fait le tour du château. Seul le lieu où ils avaient été retrouvés semblait avoir été caché à la connaissance des autres élèves. Le malaise que James ressentait s'amplifia, alors qu'il réalisait toute les conséquences de ce fait. Le regard de Frank, terriblement accusateur, ne faisait qu'accroître sa sensation de culpabilité.

Fred reprit la parole :

« C'est vrai ?
— C'est ce que les professeurs disent, répondit Gabriel en s'appuyant contre une table, tout en cherchant – James le savait – comment formuler sa phrase sans pouvoir parler du Cœur. On ne peut pas vraiment confirmer, soupira-t-il.
— Comment ça vous ne pouvez pas confirmer ? s'exclama Frank. Vous êtes responsables, oui ou non ?
— Calme toi Frank, dit Fred en attrapant le bras de son meilleur ami. Laisse-les s'expliquer.
— Désolé…
— On… on n'a aucun souvenir de ça. Pas le moindre, répondit James en fixant ses doigts. Rien du tout…
— Comment c'est possible ça ?
— On… »

James ne réalisa qu'à ce moment là que même cette information était bloquée, ne pouvant monter jusqu'à sa bouche. Sa gorge le brûlait et il lâcha une grimace de douleur, qui fit hausser les sourcils de Fred.

« Pas possible de le dire, termina le garçon, haletant un peu. On n'en a aucun souvenir, c'est tout.
— Comme s'ils avaient été… effacés ?
— Oui Fred », termina le meilleur ami de James.

Le roux était perplexe, mais hocha la tête. Frank, lui, serrait les poings et James devinait qu'il contenait sa colère. Et ça lui faisait mal de voir Frank, avec qui il s'entendait pourtant très bien, dans un tel état. Le fils du professeur Londubat marmonna qu'il allait se coucher et traversa la salle pour disparaître dans l'escalier menant aux dortoirs.

« Désolé… Il vous en veut beaucoup, confia-t-il.
— Pourquoi ça ?
— Tu connais sa sœur ? Alice, qui est à Poufsouffle, dans votre année. Elle a été blessée pendant l'incident. »

James sentit son cœur manquer un battement. Harvey ne s'était pas étendu sur le sujet, mais effectivement, il avait été mentionné que des élèves avaient été blessés lors de la réaction de Poudlard. Il n'y avait pas vraiment réfléchi, sûrement car cela avait été trop abstrait jusque là. Et puis le seul exemple qu'il avait vu, la main de Viridian, ne l'avait pas vraiment alerté non plus. Il esquissa dans son esprit les traits lunaires du visage d'Alice et frissonna à l'idée qu'il lui soit arrivé quelque chose. Peut-être même par sa faute.

Gabriel, à côté de James, fixait ses mains, comme s'il avait blessé Alice lui-même avec ces dernières. James put voir Fred baisser les yeux.

« J'avoue que je ne sais pas quoi en penser, murmura-t-il. D'un côté, j'ai envie de vous croire innocents. Je vous connais, je sais que vous n'êtes pas méchants derrière vos aspects parfois égoïstes et immatures. Et de l'autre, il y a tant de choses contre vous… Tant de choses qui hurlent que c'est bien vous qui avez fait cela. Vous-même ne pouvez pas me donner une preuve que ce n'est pas vous… Dominique s'inquiétait de ne pas vous voir revenir. Je crois qu'il est l'un des plus en colère contre vous.
— On est…
— Ça ne sert à rien… Je n'ai pas besoin que vous vous excusiez pour quoi que ce soit, sourit Fred, faiblement néanmoins. Et je ne suis pas certain que ceux qui vous croient coupables soient prêts à vous pardonner juste après un simple « désolé ». »

Il se tut alors.

« Les gens nous en veulent tant que ça ? demanda James, de façon un peu puérile.
— Ça dépend. Et je crois que tout le monde est encore trop sous le choc pour réaliser… Mais je pense… je pense que oui, beaucoup vont vous en vouloir. Je ne peux moi-même pas savoir si je ne vais pas non plus vous en vouloir après y avoir réfléchi de façon plus posée.
— Alors ils avaient raison… les gens ne m'aiment pas… »

James avait dit ça d'un ton plus amer qu'il ne l'avait voulu. Mais il venait de réaliser que les personnes qui étaient dans la salle commune en dehors d'eux les fixaient tous d'un regard accusateur. Et ça le révoltait. Il reconnaissait des personnes qui venaient lui parler de façon sympathique habituellement, qui faisaient même croire d'être de ses amis. Découvrir qui étaient ses vrais amis… Réaliser que Keepood disait vrai était douloureux. Et cette idée dans son esprit qui ne voulait pas se taire, qui lui soufflait qu'il était responsable de tout ça. James serra le poing.

« Je vais me coucher, dit-il avec une subite mauvaise humeur.
— James, attends.
— Laisse-moi tranquille, Gabriel ! »

Il avait hurlé sur son meilleur ami et ne daigna même pas lui jeter un regard. Il s'avança à pas décidé vers les escaliers, ruminant sa colère. Tout le monde voulait faire de lui un paria ? Très bien ! James n'en avait que faire. Il n'avait pas besoin d'eux, il leur montrerait que de Potter, il n'avait pas que le nom. Rageur, il entra sans ménagement dans le dortoir, faisant claquer la porte contre les pierres du château.

Quatre regards se tournèrent vers lui. Octave, Stanislas, Rigel et Léopold étaient tous dans le dortoir, assis sur les lits des deux derniers. James venait visiblement de les interrompre en pleine discussion. La surprise de ses comparses laissa rapidement place à divers sentiments. Octave s'était fait minuscule, semblant presque avoir peur du garçon. Rigel et Léo, pour leur part, avaient dans les yeux le trouble distinctif des personnes qui ne parvenaient pas à savoir si elles lui en voulaient, ou si elles le pensaient innocent. Quant à Stan…

Stan, lui, lui décrocha un regard noir.

« Potter ! cracha-t-il.
— Qu'est ce qu'il y a ? répondit le garçon, toujours avec mauvaise humeur. Je te dérange ? »

Le blond se leva d'un bond pour faire face au châtain, avant que les autres n'aient pu l'empêcher. À présent, James pouvait lire son dégoût sur son visage. Mais il décida de l'ignorer, remarquant l'absence d'une personne.

« Où est Eliot ? demanda James.
— Dubois ? Oh, il est parti se cacher ! Il est en colère Potter, très en colère, répondit Stan avec un sourire mauvais. Finnigan aussi d'ailleurs.
— Stan, arrête ! s'exclama Octave.
— La ferme Halley ! Tu ne vois pas que je parle avec l'idiot de service ?
— Pourquoi tu lui en veux autant, Stan ? demanda Rigel. Je ne comprends pas…
— Tu n'es pas le mieux placé pour parler, Rigel ! N'étais-tu pas celui qui se plaignait de l'égocentrisme de ce cher Potter et de son toutou de Madder ?
— Répète un peu pour voir ? »

James avait plaqué Stan contre l'un des piliers du lit à baldaquin le plus proche, les yeux lançant des éclairs. Il avait du mal à reconnaître là le sympathique garçon avec qui il avait pourtant partagé son dortoir sans le moindre heurt pendant près d'un an. Mais Stan lui lança un sourire carnassier.

« Oh, Potter n'est pas content ? Il n'aime pas que je lui dise la vérité ?
— Eliot et Bloom ne seraient jamais en colère contre moi pour ça ! rugit James. Jamais ! Bien entendu qu'ils me croiront innocent !
— Tu es sûr de toi, Potter ? »

Le sourire de Franz le rendait malade. James avait le sang qui lui battait contre les tempes et la colère parlait pour lui. Sans vraiment s'en rendre compte, il referma son poing et contracta les muscles de son bras, serrant la mâchoire.

« Espèce de… fulmina James en commençant à armer son poing.
— NON ! »

James sentit quelqu'un le tirer en arrière, de toute ses forces, puis lui emprisonner les bras derrière le dos. En tournant la tête, rageur, il reconnut le regard gris de Gabriel, à mi-chemin entre la peur et la colère. James essaya de se débattre, pour s'extirper de la prise de son meilleur ami et pouvoir enfin fracasser l'énervante petite tête parfaite de Stanislas. Mais il avait beau faire, le jeune Madder tenait bon.

Stan n'en menait plus très large. Il observait James de façon terrifiée, sans pour autant se départir de son expression de dégoût.

« R-regardez-le ! s'exclama-t-il en pointant un doigt tremblant devant lui. Si maintenant vous ne croyez-pas qu'il a voulu détruire Poudlard !
— RETIRE TOUT DE SUITE ÇA ! rugit James, en réussissant presque à sortir de l'étreinte de Gabriel.
— Où est Eliot ? demanda Gabriel sans parvenir à se faire entendre.
— Tu veux me frapper Potter ? Ça ne t'as pas suffi de mettre Poudlard à feu et à sang ? »

James poussa un cri de rage, donnant même des coups à Gabriel pour se dégager. Comment son meilleur ami pouvait-il le laisser se faire insulter ainsi ? Mais plus que ça, James se sentait désespéré. La rage alimentait sa peur d'être, au fond, réellement responsable de la ruine de Poudlard. James voulait se débarrasser de cette peur. Et en cet instant, le seul exutoire qu'il avait sous la main était de faire payer à Stanislas.

Mais Gabriel ne lâchait pas.

« Où est Eliot ? répéta Gabriel la voix forte. Octave ?
— Je… je ne sais pas, bredouilla le garçon.
— Il se cache ! répéta Franz. Je l'ai déjà dit à Potter.
— C'est sûrement faux ! intervint Rigel. C'est vrai qu'Eliot était en colère , mais ce n'est pas son genre ! »

Eliot en colère ? James se sentit se figer un instant, le froid glaçant ses entrailles. Gabriel en profita alors pour le tirer de toutes ses forces hors du dortoir et le força à descendre les escalier jusque dans la salle commune. Dès lors qu'il eut terminé, il lâcha enfin James. Le jeune Potter, reprenant ses esprits, fixa le visage de son meilleur ami un instant, incrédule. Puis, la rage remontant en flèche en lui, il frappa violemment Gabriel en plein visage.

« À QUOI TU JOUES ? » hurla James, ignorant les quelques élèves qui restaient encore dans la salle commune.

Les regards des élèves autour d'eux étaient horrifiés devant ce spectacle. Gabriel, la tête baissée, se tenant la joue, titubait un peu, sûrement sonné par le coup qu'il venait de recevoir. James soufflait bruyamment, regardant celui qui prétendait être son meilleur ami avec colère. Finalement, Gabriel retrouva ses esprit et avant même de répondre à James se tourna vers ses comparses Gryffondor.

« Dégagez ! dit-il d'un ton furieux. C'est pas vos affaires ! »

James ne comprit pas pourquoi ils l'écoutèrent. Et à dire vrai, il s'en fichait. Tout ce qu'il voulait, c'était que Gabriel s'explique. Le dernier élève, Josh McEnroe, disparut enfin dans les escaliers des dortoirs, les laissant seuls face à face.

« À quoi je joue donc ? reprit le jeune Madder une fois la salle commune vide, sans pour autant perdre sa colère. Tu ne comprends pas ?
— Je comprends que tu es contre moi ! rugit James, le regard accusateur. Tu l'as entendu m'insulter et nous accuser ! Comment peux-tu prendre son parti !
— Je ne prends pas son parti !
— ALORS POURQUOI M'AS-TU EMPÊCHÉ DE LUI FAIRE RAVALER SES MENSONGES !
— CE N'EST PAS LA SOLUTION ! rugit en retour Gabriel, plus fort encore que James avait hurlé. Tu veux te faire exclure ? Tu veux vraiment gâcher notre chance ? Je ne te laisserai pas nous faire renvoyer, car si tu trinques, je trinque aussi !
— Alors comme ça tu ne penses qu'à sauver ta peau, cracha James.
— Je veux sauver notre peau à tous les deux ! Tu ne comprends pas ça ? Il n'y a pas que toi qui est dans la mouise James, on est dans la même galère au cas où tu ne l'aurais pas remarqué ! Alors si tu veux te défouler, continue de me frapper si vraiment ça te soulage, mais ne va pas nous attirer plus d'ennuis ! »

James fixa les yeux gris de Gabriel comme s'il les voyait pour la première fois, clignant les siens de surprise. Rarement il avait vu son meilleur ami en colère contre lui, ni même se rebeller contre les autres. Rarement aussi il avait vu autant de souffrance dans ces yeux là. Et il ne réalisa qu'à ce moment là l'air exténué de Gabriel, l'aspect rougi et bouffi de ses paupières, voire même la trace des larmes qui avaient coulé sur ses joues, encore plus visible sur celle rendue rouge par son coup de poing. Ce ne fut que maintenant que James comprit que Gabriel souffrait autant que lui, que lui aussi était dépassé par tout ça et encaissait comme il le pouvait.

Et pourtant, jusque là, pas une seule fois le garçon ne s'était plaint de son sort. Non, Gabriel n'avait fait que s'inquiéter pour lui, s'assurer que lui, James Potter, allait bien. Et James, pour la première fois de sa vie, réalisa à quel point il était stupide et égoïste.

Toute sa colère retomba aussitôt. Il était incapable de s'énerver à nouveau envers la seule personne qui essayait encore de l'aider. Il se sentait coupable même de l'avoir frappé, de s'être laissé aveuglé par la colère.

« Je… pardon, murmura-t-il enfin.
— On est dans la même galère, répéta Gabriel. Toi et moi. »

James n'osait plus lever les yeux vers ceux de son meilleur ami, trop honteux. Pourquoi n'avait-il pas réalisé plus tôt la souffrance de celui qui partageait son sort ? Trop focalisé sur lui-même, il s'était cru abandonné de tous. Il serra les poings, retenant une fois de plus ces maudites larmes qui voulaient couler le long de ses joues.

Il ne devait pas pleurer. James s'était toujours mis comme mot d'ordre d'être fort et de ne jamais laisser transparaître sa souffrance. Les larmes… elles trahissaient son malaise. Il ne fallait pas.

Le jeune Potter prit finalement son meilleur ami dans ses bras et le serra de toutes ses forces, pour lui faire comprendre qu'il avait compris qu'il était là pour lui et que lui aussi serait là pour l'aider, qu'il pourrait compter sur lui comme il le pouvait depuis qu'ils se connaissaient. Il sentit son meilleur ami, lentement, entourer ses épaules de ses propres bras. Oui, ils étaient désormais seuls au monde. Mais au moins, ils savaient qu'ils étaient deux pour affronter tout ça.

James et Gabriel, après cette explication, étaient restés encore quelques minutes à parler, assis sur le sofa. La question de savoir où était Eliot posait problème au jeune Potter et même Gabriel ne trouvait d'explication. Finalement, ils étaient remontés dans le dortoir, pour se coucher. James se fit violence pour ignorer Stan qui semblait vouloir dire quelque chose, mais le regard courroucé combiné de Rigel et Léo, les deux meilleur amis, parvint à le retenir. Il disparut derrière les tentures de son lit, pour ne plus réapparaître.

Aucun des trois derniers résidents, cependant, n'osa leur demander quoi que ce soit sur les événements de la veille, d'essayer de savoir s'ils étaient coupables ou non. Alors qu'il enlevait sa robe, James pouvait voir le regard un peu effrayé d'Octave et ceux perdus de Rigel et Léopold. Et alors qu'il se couchait, James notait mentalement qu'il n'y avait toujours pas trace d'Eliot. Il tenta de rester éveillé, assis sur son lit, pour guetter le retour de son ami et pouvoir discuter avec lui. Gabriel, sur son lit, semblait avoir fait de même. Mais la fatigue mentale accumulée par toutes ces révélations fut trop forte et James, sans s'en rendre compte, ferma les paupières et s'endormit profondément.

Ce fut en sursaut que James se réveilla. Le corps en sueur, il tentait de reprendre son souffle. Un cauchemar, ce n'était qu'un cauchemar… Et pourtant, il avait rêvé de tout Poudlard qui l'accusait, rêvé de voir ses amis se détourner un a un… Des silhouettes sans visages n'avaient cessé de lui répéter qu'il avait détruit Poudlard… Et c'était les flammes d'un terrible Feudeymon lancé par son père qui l'avaient éveillé. Frissonnant, il caressa la brûlure de son bras, qui le picotait à chaque fois qu'il pensait à cela.

Reprenant ses esprit, James jeta un coup d'œil au lit d'Eliot. Le garçon était dedans, profondément endormi. James se maudit lui-même, ayant loupé l'occasion de lui parler. Il doutait que réveiller Eliot soit la meilleure des manières de tenter de discuter avec lui. Non, ça ne ferait que le rendre de mauvaise humeur. Surtout à cette heure-ci, nota-t-il en apercevant le cadran de son réveil. Il resta un instant immobile, songeur, avant de remarquer que quelque chose manquait. Ou plutôt quelqu'un. Le lit de Gabriel était vide.

James devina sans mal que son ami était sûrement déjà réveillé lui aussi. Peut-être que le garçon avait aussi été en proie à des cauchemars ? Sentant qu'il ne pourrait trouver le sommeil pour les quelques trois quarts d'heures de sommeil qui auraient dû lui rester en temps normal, James se dirigea finalement sous la douche, pour enfin s'habiller, rassembler ses affaires pour les cours et descendre les escaliers menant à la salle commune.

Les rayons du jour traversaient les carreaux des fenêtres de la pièce, l'illuminant d'une douce chaleur, renforcée par les couleurs vives qui étaient distinctives de leur maison. Gabriel était assis dans un fauteuil, les jambes contre la poitrine. Il avait de grandes cernes sous les yeux, qui laissaient imaginer à James qu'il n'avait que très peu dormi dans la nuit. Sa joue était un peu gonflée, mais par chance n'arborait pas d'hématome. Mais ce ne fut pas ce qui attira le plus son attention. Non, ce qui attira son attention fut la seconde personne qui se trouvait dans la salle commune, assise dans un sofa. James reconnut les cheveux châtains clairs peu soignés de l'aveugle qui avait été répartie au début d'année – et dont il avait par ailleurs oublié le nom. Gabriel tourna à ce moment là la tête vers lui.

« Oh, t'es déjà réveillé ? fit Gabriel la voix fatigué.
— Oui… Ça fait longtemps que t'es là ? dit-il en s'avançant jusqu'aux fauteuils et s'asseoir dans l'un d'entre eux. Et… elle ?
— Je viens juste d'arriver, dit la jeune fille d'une voix douce, dans un murmure.
— Et… ça ne te dérange pas d'être avec nous ? tenta James. Nous, les deux idiots qui avons failli détruire Poudlard.
— Je voulais vous le demander directement, sourit la jeune fille en gardant sa tête tournée vers lui, tout en gardant ses yeux inexorablement clos. Et vous ne m'avez pas l'air coupables.
— C'est rare qu'on trouve des gens pensant ça tiens, murmura Gabriel, amer. Qu'est ce qui te fait dire ça ? »

James put voir un air contrarié s'installer sur la jeune fille et la moue typique qu'avait une personne quand elle essayait d'expliquer quelque chose sans réussir à trouver ses mots.

« Je ne sais pas trop…
— Séléné ! Qu'est ce que tu fiches avec eux ? »

La voix de Rose fit sursauter James. La jeune fille venait d'arriver dans la salle commune et dans une tornade de cheveux roux foncés, fondit sur eux. James n'osa pas lever les yeux vers elle, craignant de découvrir un regard qui ne serait que trop déçu. Rose après tout lui avait déjà reproché beaucoup de choses avant même cette histoire.

« Je voulais juste leur parler un peu, répondit la dénommée Séléné, la voix se voulant ferme.
— Parler avec ces deux idiots finis ? C'est un coup à te mettre les gens à dos !
— Heureux de l'apprendre, Rose, ironisa James, sentant malgré tout son cœur se serrer à nouveau.
— Ça te pendait au nez James, donc que tu sois coupable ou non, je m'en fiche, tu n'as reçu que ce que tu méritais ! » dit-elle.

Puis, Rose tourna la tête vers Séléné et lui tendit la main.

« Allez Séléné, viens !
— Mais…
— Va, fit alors Gabriel. Mieux vaut qu'on ne te pose pas de problèmes. »

Si elle avait pu leur lancer un regard désolé, sûrement l'aurait elle fait. Mais encouragée par Gabriel et pressée par Rose, la jeune fille finit par suivre celle qui devait désormais être une amie pour elle. Rose lança un regard dur aux deux garçons, ce qui continua de faire culpabiliser James. Il soupira.

« Encore une sale journée qui s'annonce, hein ?
— Je crains que toutes les journées à venir ne soient de mauvaises journées », répondit Gabriel avec un sourire triste.

Les deux garçons ne dirent rien pendant quelques instants, avant de soupirer de concert. James n'avait pas du tout envie de se confronter au reste de l'école et il savait que Gabriel partageait le même sentiment. Les premières réactions auxquelles ils avaient eu à faire face étaient nuancées, mais dans l'ensemble plutôt négatives, il fallait l'avouer. Découvrir l'opinion de Poudlard à leur égard était une nouvelle épreuve à laquelle ils allaient devoir faire face. Et surtout, au fond de lui, James avait peur de la réaction d'Al'. Son frère l'avait toujours regardé avec des yeux montrant de l'admiration, ou de l'amusement. Il ne savait pas s'il supporterait découvrir de la déception dans le regard vert – si semblable à celui de son père – d'Albus.

Quand ils entrèrent dans la grande salle, sans avoir croisé personne, ils constatèrent avec soulagement que la très grande majorité des élèves étaient encore absents. À dire vrai, leur entrée fut même discrète, les quelques personnes déjà présentes (quelques Serdaigle, deux garçons de Poufsouffle, Rose, ce crétin de Malefoy et Séléné, ainsi qu'une Serpentard de première année dont il se fichait éperdument) étant soit trop occupées à manger, soit plongées dans ce qui était probablement des révisions – dès la première semaine, certains ne perdaient pas de temps. James et Gabriel prirent place au bout de la table, derrière le trio de première année, espérant ainsi éviter de trop attirer l'attention sur eux. Les quelques professeurs déjà présents les avaient fixés tout le long de leur cheminement dans la salle, ce qui était un peu intimidant.

« Harvey nous surveille, murmura Gabriel en se penchant discrètement vers James.
— Le contraire serait étonnant… répondit James, sombre.
— Si on m'avait dit que ma seconde année à Poudlard s'annoncerait aussi mal… »

James eut un petit sourire ironique, tout en plantant les dents dans un toast couvert de marmelade. C'était plus un sourire de façade à dire vrai. Le garçon se sentait vide, inutile même. Alors qu'il pensait avoir enfin acquis le droit de jouer au Quidditch et de se faire plaisir tout en impressionnant les autres, il avait fallu qu'on lui interdise de voler. Malgré les paroles de son père, James ne pouvait qu'en être frustré et désespéré. Comment allait-il survivre sans voler ? C'était sa manière de se défouler. Déjà l'année dernière, à chaque fois que ses nerfs s'étaient tendus, c'était par des sessions de vol solitaire le soir qu'il avait fait relâcher la pression, pour ne pas exploser. Il soupira. Tout ça s'annonçait de plus en plus mal au fur et à mesure qu'il y pensait.

Le garçon tourna la tête vers le reste de la salle. Peu à peu elle se remplissait et il pouvait commencer à voir les élèves des autres maisons les pointer du doigt en chuchotant. James se détourna, évitant de voir si ces regards étaient plus réprobateurs ou perdus et regarda Gabriel boire son café habituel, toujours avec ce léger dégoût latent. Comment faisait-il pour aimer ça ? Il avait bien essayé, voyant que son meilleur ami adorait vraiment cette boisson, mais rien à faire, même avec du sucre et du lait, James trouvait ça infect. C'était bien trop amer ! Gabriel lui fit un sourire amusé, montrant qu'il avait compris le fil de pensée de son ami.

« Gabriel ! »

Les deux garçons sursautèrent à cet appel, ayant jusque là tenté d'oublier le monde autour d'eux. James vit clairement Gabriel se figer et devenir livide. Et il comprenait pourquoi. Lui aussi avait reconnu la voix qui venait de l'interpeller. Le châtain reposa sa tasse et tenta – lamentablement – de ne pas montrer l'appréhension qu'il ressentait, avant de se retourner vers son interlocutrice. Athéna Branford.

Elle avait vraiment sa tête des mauvais jours, remarqua James. Ses jolis yeux bleus, habituellement bienveillants, foudroyaient Gabriel. Oui, la Poufsouffle de sixième année était impressionnante en cet instant précis. En tant que représentante de l'Association des Duellistes et unanimement la meilleur à cette exercice parmi tous les élèves de Poudlard, il était peu étonnant qu'elle possède un caractère des plus affirmés. James se doutait bien qu'en plus de ses longs cheveux blond vénitien, c'était sûrement cette force mentale qui avait fasciné, voire impressionné Gabriel, au point qu'il en tombe amoureux. Mais présentement, le Gryffondor semblait avoir perdu tout son courage devant la pas-si-passive-que-ça Poufsouffle.

«Athéna…
— J'ose espérer que tu as des explications… C'est vrai ce qu'on dit ? Que toi et ton idiot de meilleur ami êtes responsables de ce qui s'est passé ce week-end ? demanda-t-elle.
— Je… On… On ne sait pas… »

Les yeux bleus de la Poufsouffle s'écarquillèrent de surprise, avant d'observer les deux garçons d'un regard dur et réquisitoire. Gabriel baissa les yeux.

« C'est tout ce que vous avez pour votre défense ?
— Ce n'est pas nous, murmura Gabriel, sans grande conviction. Je te le jure, Athéna…
— Alors prouve le moi, je n'attends que ça, Gabriel.
— Ce n'est pas si simple, Branford, intervint James. Si on pouvait le prouver tu penses bien qu'on l'aurait fait.
— Je ne t'ai pas adressé la parole, Potter ! répondit la jeune femme d'un ton sec. Que toi tu sois coupable ne m'étonnerait pas… Mais je doute que Gabriel…
— Si James est coupable, alors je le suis aussi. »

Le jeune Madder s'était levé, faisant face à Athéna, surprise.

« Tu ne sais pas ce qui s'est passé Athéna ! Tu ne connais pas James, tu ne te bases que sur les on-dit !
— Alors tu… tu avoues ta culpabilité ? »

Autour d'eux, toutes les têtes étaient tournées en leur direction, écoutant ce qui allait en ressortir avec attention. La Poufsouffle, les mains sur les hanches, observait les deux garçons de son regard le plus dur, suffisant en temps normal pour faire craquer Gabriel. Mais à la surprise de James, il soutint le regard sans broncher, même s'il captait le malaise de son meilleur ami à sa mâchoire un peu tremblante.

« On te l'a déjà dit, déclara finalement le garçon. On ne sait pas. Je te le jure, Athéna…
— Tu me déçois beaucoup, Gabriel… Je pensais que tu étais juste un garçon gentil et un peu timide… Mais il semblerait que cet idiot ait déteint sur toi.
— Cet idiot est mon meilleur ami, rétorqua Gabriel, d'une voix glaciale.
— Alors change de meilleur ami, Madder. »

Sur ces mots elle détourna le regard, puis prit la direction de sa table, les laissant seuls. Gabriel resta un moment immobile, fixant la jeune fille en tremblant un peu. James, sentant venir la suite, se tourna vers les gens autour d'eux et lança :

« C'est bon, le spectacle est terminé ! »

Pourquoi les chose semblaient toujours aller de mal en pis ? Gabriel tomba sur le banc, visiblement sans forces. Pourtant, tout le monde continuait de les fixer. Le garçon ne pouvait ignorer tous ces regards. Il serra les dents et les poings, tremblant de rage. Évidemment que James entendait les murmures, ces murmures qui disaient qu'ils étaient des menteurs, des lâches… Évidemment qu'il entendait les critiques, comme quoi il n'était qu'un prétentieux indigne du nom de Potter. Et pourtant, malgré tout, d'autres voix, bien moins nombreuses celles-là, s'élevaient, disant que, quand même, tout ça tournait à l'acharnement. James tourna les yeux vers le reste de la table de Gryffondor, pour voir où étaient Bloom et Eliot. Tous deux, comme il l'imaginait, les regardaient. Eliot croisa son regard, sans s'en détourner. Pourtant, il ne bougeait pas, n'esquissa pas le moindre mouvement pour le rejoindre. Et James ne parvenait pas à déterminer s'il lui en voulait ou on. Quant à Bloom, elle tenta de se lever, mais fut aussitôt retenue par Eliot, qui secoua la tête. James ne sut vraiment pourquoi il avait fait ça, mais le fait fut que Bloom se rassit sur le banc. James soupira de dépit. Il aurait tellement aimé pouvoir leur parler…

Il tourna finalement la tête, pour voir s'avancer dans l'allée la silhouette de son frère. Albus. James resta interdit. Non… Pas Albus. Comment allait-il réagir ? Comment allait-il prendre le fait que lui, son modèle, n'était pas si parfait que ça ? Ces questions ne trouvèrent pas réponses, qu'Albus se trouvait déjà devant lui. Il leva ses yeux verts vers lui, des yeux emplis de questions, de souffrance aussi et d'incompréhension.

« Papa m'a dit pour tes punitions… Tu ne rentreras pas à la maison pour Noël, hein ?
— Ce n'est pas ce qui te contrarie, répondit James, la voix blanche. On le sait tous les deux.
— Mais je ne sais pas comment te demander ça, répondit Albus, dans un murmure. Et je ne sais pas si je dois te croire…
— Toi aussi… toi aussi tu me… détestes ? »

James n'avait pu retenir la question, puérile. C'était presque une supplique qu'il adressait à son frère. Albus resta un moment silencieux, laissant les rumeurs courir autour de lui. Il posa son regard sur Gabriel qui avait sa tête entre les mains, les épaules secouées de soubresauts. Puis il le fit revenir sur James, toujours debout. James fixait son frère en attente d'une réponse, d'une lueur d'espoir. Finalement, le Serdaigle ouvrit la bouche.

« Non, répondit il. Mais il me faudra du temps pour t'apprécier à nouveau comme avant… Je ne sais pas trop ce que je dois faire ou croire… Je ne sais pas si je dois te croire innocent, ou écouter ceux qui te disent coupable. Alors, j'ai décidé de ne pas chercher à trancher.
— Merci Al'… C'est tout ce que j'avais besoin d 'entendre. »

Le Gryffondor se laissa tomber sur son banc, soupirant à la fois de tristesse et de bonheur. Albus… son frère ne le détestait pas… Il l'avait déçu, ça il avait pu le lire sur le visage de son frère. Et après tout, cela n'aurait pas pu être autrement. Il leur faudrait du temps, mais au moins redeviendraient-ils à nouveau complices un jour… James ferma les yeux, puis les rouvrit, avant de tourner son regard vers son meilleur ami.

Le garçon fixait sa tasse de café d'un regard vide, que James ne lui connaissait pas. Gabriel, pourtant, sembla sentir le regard de James et tourna la tête vers lui. Il hocha la tête à la question muette de James, le rassurant sur son état. Le pire était sans doute passé, maintenant il leur faudrait juste tenir toute la journée. Et recommencer ça jour après jour. C'était ce que pensait James quand les hiboux débarquèrent.

L'enveloppe rouge. Il l'avait oubliée. James sentit son sang se glacer. La beuglante de sa mère, Ginny Potter. Du bout des doigts, James se saisit de l'enveloppe que lui tendait la chouette Lucia, tremblant plus que jamais. Gabriel, en face, écarquilla les yeux, horrifié. Et autour d'eux, des ricanements se firent entendre, moqueurs.

« HEY ! POTTER A RECU UNE BEUGLANTE !
— Mr Franz ! interpella le professeur Dauclaire. Cinq points en moins pour Gryffondor ! Veuillez donc arrêter d'importuner votre camarade. »

James à dire vrai n'en avait que faire. Tout ce qu'il savait, c'est qu'à chaque fois qu'il pensait avoir atteint le fond, quelque chose d'autre venait l'enfoncer. Fermant les yeux, résigné, il ouvrit l'enveloppe.

« JAMES SIRIUS POTTER ! rugit la voix de Ginny Potter. JAMAIS, OH NON, JAMAIS JE N'AI EU AUSSI HONTE DE MA VIE ! TE RENDS-TU COMPTE A QUEL POINT CE QUE TU AS FAIT EST GRAVE ? »

Dans son état, il comprit à peine ce que disait la voix furieuse magiquement amplifiée de sa mère. Et elle aurait pu dire n'importe quoi, qu'il n'aurait jamais ressenti un tel froid intérieur, une telle détresse. Les mots ne le blessaient pas. C'était le ton, tous les sentiments que laissait transparaître sa mère dans sa voix qui faisaient mal. Les griefs étaient nombreux et chaque nouvelle phrase avait l'effet d'une gifle. Finalement, la lettre se termina et la beuglante se détruisit d'elle-même, laissant la grande salle plus silencieuse que jamais.

Cette fois ci, ce fut Gabriel qui prit les choses en main pour James. Profitant de ce moment d'hébétude générale, avant que les rires et les moqueries de ceux qui avaient décidé qu'ils étaient coupables ne fusent à nouveau, il se leva, contourna la table et aida son ami amorphe à se lever à son tour. Alors qu'ils remontaient la salle, James, sans vraiment réaliser, put voir les visages de certains rire d'eux. Il put voir d'autres prendre leur défense, comme Vincent Wight qui lançait un regard noir à un autre garçon de Serpentard, peut être Mercer ou Gamp ? Mais James n'arrivait pas à réagir. C'en était trop. Il sentait que Gabriel l'aidait. Il entendait les voix. Mais il ne savait pas ce qu'elles disaient.

Tout ce qu'il sut, c'est que Gabriel l'avait transporté jusqu'en salle de potions, là où aurait lieu leur premier cours de la journée.

« Merci, murmura-t-il quand il eut enfin reprit ses esprits.
— On peut compter l'un sur l'autre, non ? Tu aurais fait la même chose pour moi. »

James n'arrivait même pas à être triste. Même s'il l'avait voulu, cette fois, ces fichues larmes n'auraient pu couler. Il était las. Fatigué de tout ça. Et pourtant… Ce n'était que le premier jour.

Cette première journée de cours avec leur nouveau statut de paria fut éprouvante. Partout où ils allaient, les murmures les suivaient, accompagnés des regards froids et accusateurs. Il y avait ceux aussi qui fuyaient à leur approche, trop effrayés ou choqués par l'incident dont on les rendait responsables. Une bonne partie des élèves de Poudlard ne savait que trop penser et se contentait de les ignorer, sans leur adresser un quelconque regard haineux, ni pour autant leur faire un sourire. Seule une poignée d'élèves montraient leur soutien, mais ils étaient discrets et évitaient de l'afficher devant les autres. Lors des cours, cependant, certains démontrèrent sans mal qu'ils leur en voulaient, en leur envoyant diverses boulettes de papier, ou en les bousculant. Mais ni James ni Gabriel ne s'énervaient, incapables de vraiment le faire. James ne parvint même pas à se sentir furieux quand en cours de Sortilèges quelqu'un – ils soupçonnèrent aussitôt Franz, qui pour une raison inconnue s'était mis à les haïr depuis l'incident du Cœur – leur colora les cheveux en bleu, ce qui fut bien évidemment réparé en un clin d'œil par le professeur Flitwick. À dire vrai et il n'aurait jamais pensé dire ça un jour, il avait attendu sa retenue qui avait comme un parfum de délivrance. Keepood avait raison. Leur punition était bien fade comparée à celles que leur réservaient les élèves.

Le dernier cours de la journée était celui de métamorphose, avec le professeur Deauclaire. Et ce fut indéniablement le cours le moins pénible de la journée. Le professeur Deauclaire était intraitable sur le moindre débordement, qui finissait toujours par une heure de retenue. Et personne n'avait envie de se retrouver en retenue avec eux… James, alors que le cours se déroulait, s'intéressant à l'exercice oh combien intéressant de la transformation d'un bouton en scarabée, se surprit à songer qu'il aimait bien le professeur Deauclaire. Avec ses boucles noires et son sourire engageant, la sorcière était plutôt jolie pour une quarantenaire. Aussi James avait été surpris d'apprendre qu'elle n'était pas mariée. Il avait aussi appris par ses cousines, Molly et Lucie, qu'elle avait été la petite amie de son oncle Percy au temps où ils allaient à l'école. Il comprenait pourquoi. La sorcière était stricte, mais bienveillante, encourageant toujours les élèves à se surpasser et donner le meilleur d'eux même. Oui, définitivement, James aimait le cours de Métamorphose et le fait qu'il s'agisse de son premier cours « au calme » depuis le début de la journée ne lui donnait qu'une saveur encore plus douce.

Il tourna la tête vers Bloom, assise à côté d'Eliot quelques tables plus loin. Elle n'avait bien évidemment pas remarqué ce regard, étant trop concentrée à essayer de faire le plus gros scarabée possible, ayant quasiment réussi le sort depuis les premiers instants du cours. Elle aussi adorait le cours de Métamorphose… James soupira. Il souffrait de ne pouvoir leur parler comme avant, à elle et Eliot. Il avait pu les voir essayer de venir au cours de la journée, pour leur parler. Mais à chaque fois, ils s'étaient stoppés avant d'arriver jusqu'à eux. Il releva ses lunettes et regarda son propre scarabée sur sa table. Il était encore un peu raide et inerte, mais il avait malgré tout réussi à lui faire perdre toute ressemblance avec le bouton qu'il était originalement. À côté de lui, Gabriel, comme à son habitude, l'avait exaspéré en réussissant sa métamorphose après seulement quelques essais. C'était quelque chose auquel personne ne faisait plus attention depuis un moment. Gabriel, pour peu qu'il comprenait la théorie derrière les sorts, n'avait que peu de mal à réaliser les sortilèges demandés.

« Très joli scarabée, Miss Finnigan, cinq points pour Gryffondor, accorda le professeur Deauclaire à la fin du cours. Vous avez vraiment un talent fabuleux pour les métamorphoses.
— Merci professeur ! répondit une Bloom rayonnante.
— Je vois aussi que Mr Madder s'est plutôt bien débrouillé. »

Elle prit le scarabée dans sa main et l'étudia un moment. Puis elle le reposa avec un sourire et continua son observation. Elle offrit à James un sourire d'encouragement, indiquant qu'avec un peu de pratique, son scarabée serait parfait.

« Bien… La seule chose que je vous demanderai pour le cours de mercredi sera de vous exercer à ce sortilège. Sachez que je ne tolérerai aucune personne incapable de reproduire cette métamorphose.
— Oh, non… entendit-on soupirer Marta qui était affreusement mauvaise en métamorphose.
— Je vous souhaite donc une bonne soirée à tous ! Mr Potter, Mr Madder, restez donc ici pour votre retenue, comme convenu. »

Les deux garçons hochèrent la tête. Gabriel, avec un coup de coude, montra le regard furtif que leur lança Bloom alors qu'elle sortait accompagnée d'Eliot. Le garçon était déçu, frustré même, de louper une occasion de lui parler à cause de la retenue. Il eut aussi grand peine à ignorer le ricanement de Stanislas, qui décidément semblait leur en vouloir encore plus que les autres ! Eulalie, enfin, fut la dernière à sortir, non sans un regard d'encouragement.

Ils se retrouvèrent seuls dans la salle de métamorphose, avec le professeur Deauclaire. La sorcière griffonna encore un instant quelque chose dans un carnet, avant de faire racler sa chaise au sol et se lever. Elle prit les petites liasses de parchemin sur son bureau, puis descendit de l'estrade et avança jusqu'à leur pupitre. Elle leur fit un petit sourire.

« Je me suis dit que quitte à ce que vous soyez punis, autant que cela soit utile pour vos études, déclara la sorcière en posant les documents devant eux. Nos retenues ensemble consisteront en des révisions du programme de première année.
— Et … On doit faire tout ça pour ce soir ? s'inquiéta James en jetant un coup d'œil sur les parchemins noirs de questions diverses.
— Non, seulement le plus que vous pouvez. Vous avez le droit de vous aider entre vous et si vous souhaitez que je vous rafraîchisse la mémoire sur une notion, n'hésitez pas à me déranger. »

Le professeur retourna alors à son bureau, laissant les deux garçons face à leurs révisions. James put voir soupirer Gabriel, qui cependant n'avait pu réprimer un sourire. Le jeune Potter comprit aussitôt à quoi il pensait et ne put retenir un pouffement de rire, qui était cependant un brin douloureux. Oui… Qu'est ce que Bloom aurait adoré être là. Eliot aussi sûrement, le garçon adorait les faire réviser, chose que Gabriel et Bloom avaient souvent en horreur. Il reposa ses yeux sur les feuilles de parchemin et commença à lire l'énoncé de la première question, qui questionnait les principes de base de la métamorphose. James sourit, puis se saisit de sa plume qu'il trempa dans son encrier.

Pendant une vingtaine de minutes, les deux garçons complétèrent leurs révisions en discutant parfois d'une précision ou d'une autre, à laquelle le professeur Deauclaire venait souvent apporter réponse. La sorcière, comme à son habitude, était bienveillante et avait même laissé tomber son masque de sévérité. James la soupçonnait de faire cela pour rendre leur tâche obligatoire la moins pénible possible. Et peut-être, aussi, essayer de compenser avec l'horreur qu'ils vivaient le reste du temps parmi les autres élèves.

James répondait à une question sur le principe d'équivalence, quand un bruit sourd se fit entendre, le faisant sursauter. Il pesta en voyant le grand trait d'encre qui barrait maintenant sa feuille, se demandant bien qui avait pu faire ce truc et à quoi c'était dû. Il échangea un regard avec Gabriel, qui fronçait les sourcils, ne sachant visiblement pas non plus ce qui se passait. Le professeur Deauclaire s'était levée, son visage ayant repris son aspect sévère. Un second bruit sourd se fit entendre, venant très clairement de l'étage juste au dessus, à la vue du lustre en ferraille qui se balançait. À la grande surprise des deux garçons, leur professeur lança un juron.

« Encore un coup de Weasley et Londubat-fils je parie, soupira-t-elle. Restez-ici ! »

Comme s'ils allaient s'enfuir et donc signer leur acte de renvoi… James regarda le professeur disparaître en fermant la porte de la salle, sans vraiment savoir quoi en penser. Décidément, tout devenait de plus en plus étrange à Poudlard. Sa vie avait été chamboulée du tout au tout et alors même que cela ne faisait qu'un peu plus d'une journée qu'ils étaient dans cette situation, il avait l'impression que son ancienne vie avait eu lieu une éternité auparavant.

« Comment on va faire pour tenir, murmura Gabriel qui semblait s'être fait la même réflexion.
— Je ne sais pas… C'est dur… »

Le plus dur restait d'être séparés de Bloom et Eliot. Si contrairement à ce qu'il avait cru au départ, Bloom et Eliot semblaient avoir besoin de plus de temps pour réfléchir, James ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Peur qu'ils les rejettent. Le fait qu'ils aient stoppé plusieurs fois leurs approche ne faisait que grandir son appréhension.

La porte de la salle de cours s'ouvrit alors. Mais ce ne fut pas pour autant le retour du professeur Deauclaire. James sentit con cœur manquer un battement dès lors qu'il reconnut les deux nouveaux arrivants.

Refermant la porte derrière eux, Bloom et Eliot venaient de les rejoindre. Le blond lança un sort sur la porte, pendant que la rouquine tournait son regard bleu vers eux. Gabriel s'était levé d'un bond, les yeux écarquillés. James était aussi stupéfait que lui. Il n'arrivait pas à y croire. Eliot releva enfin la tête, puis tourna la tête vers eux.

« Yo ! lança-t-il avec un signe de la main.
— Bloom… Eliot… balbutia James en se levant à son tour, pour s'approcher d'eux. Qu'est ce que vous fichez ici ?
— On… on voulait savoir, dit alors Bloom en baissant la tête. Vous demander directement à vous deux ce qui s'est passé, loin des autres… »

À bien y regarder tous les deux n'essayaient pas de venir vers eux. Eliot avait les bras croisés et gardait les sourcils froncés, attendant les paroles des deux garçons. Bloom faisait aller son regard de l'un à l'autre, avec espoir et appréhension. Et ni James, ni Gabriel n'osèrent ajouter quelque chose. L'ambiance était tendue. Finalement, ce fut le jeune Madder qui ouvrit la bouche.

« C'était vous le bruit, dit il sur un ton qui n'exprimait plus aucune surprise.
— Fred et Frank, rectifia Eliot. Ils ont accepté de faire diversion pour qu'on vous parle loin des autres. Selon eux, nous avons… une demie-heure tranquille. Je crois qu'ils vous pensent innocents.
— Pourquoi ne pas être venus avant ? s'exclama James, sans se rendre compte de son ton agressif.
— Ce n'est pas si facile, James, répondit Bloom. Tout le monde a eu les yeux braqués sur nous aujourd'hui, nous demandant ce que l'on pensait de cette histoire, de vous deux… On ne voulait pas que notre discussion se fasse en public.
— Et puis même… J'avoue que j'étais en colère contre vous … C'est pour ça que je suis allé m'isoler un peu, loin des autres à faire le point. À dire vrai, j'ai été chercher ton père, James, pour savoir. Et après réflexion… Je n'arrive pas à imaginer que vous ayez été assez stupides pour faire quelque chose de si terrible. Et encore moins de vous faire prendre comme ça. »

Il s'interrompit un moment, laissant tomber son masque de reproches. James sentit son cœur se mettre à battre plus vite et une flamme s'allumer en lui. Bloom leur fit un sourire. Gabriel à côté de lui sembla reprendre des couleurs. Leurs amis… leurs amis ne les croyaient pas coupables ! Et ils venaient pour savoir ce qui s'était vraiment passé…

« Alors ? demanda Eliot en décroisant les bras. Qu'est ce qui s'est passé ?
— C'est… ça le problème, lâcha James, baissant le regard. On ne sait pas.
— Comment ça ? demanda Bloom
— Aucun souvenir, répondit Gabriel. Rien, le trou noir. Un instant on se dirigeait vers Pré-au-Lard pour les Bierraubeures, comme vous le savez… La seconde d'après, on se réveillait à l'infirmerie, après une journée inconscients, accusés d'avoir failli détruire Poudlard.
— Vous voulez dire que vous ne vous souvenez de rien du tout ?
— C'est exactement ça, Eliot. Les professeurs ont bien une idée de comment c'est arrivé… Mais rien n'est certain.
— Tout ce qu'on sait, reprit Gabriel, c'est qu'on nous a retrouvés à… à l'endroit où ça s'est passé, gisants au sol, inconscients. C'est pour ça qu'ils semblent si certains que c'est nous. Et qu'on a été accusés de tout ça. Nous sommes les seuls suspects et donc les coupables par défaut.»

Ce bref résumé laissa un moment de silence. Eliot se mit à marcher de long en large devant le tableau noir, plongé dans ses pensées, la main contre le menton. Bloom tournait une mèche de ses cheveux roux entre les doigts, elle aussi songeuse. Eliot avait les sourcils froncés.

« Pourquoi tout ce secret sur cet endroit au juste ? Ou même sur la manière dont vos souvenirs ont été effacés. Les professeurs refusent d'y répondre aussi, alors on espérait que…
— Pas possible de le dire, répondit James en luttant contre la brûlure qu'il ressentait dans sa gorge.
— Sortilège, parvint tout juste à articuler Gabriel.
— Oh… c'est donc si important que ça ?
— T'as pas idée… »

Eliot secoua la tête, comprenant qu'il ne pourrait pas en apprendre plus. Ça le frustrait, James le voyait. Aussi se reporta-t-il a nouveau sur le problème.

« C'est trop facile… reprit Eliot. Tout semble trop bien coller tout en étant rempli de trous pour que ce soit ça…
— Et justement, il y a votre mémoire disparue, mentionna Bloom en tournant le regard vers lui. Et la vérité est là, dans ce moment de mémoire qui a été effacée. Si ça se trouve, c'est le vrai coupable qui vous a effacé la mémoire avec un sortilège d'Oubliettes.
— Mais alors d'où viendrait la magie de Poudlard qui nous a imbibés ? fit remarquer Gabriel. J'aimerais que vous ayez raison, mais il manque définitivement quelque chose. Un truc qu'on n'arrive pas à voir et qui pourtant expliquerait tout.
— Reste que c'est trop simple ! Vous retrouver comme des fleurs prêtes à être cueillies ? C'est comme si quelqu'un vous avait délibérément laissés là.
— Donc retour à la case départ : on ne sait rien », soupira James.

Eliot ne put que hocher la tête, contrarié.

« Je n'arrive pas à y croire quand même, reprit le jeune Dubois. J'ai du mal à imaginer que vous soyez accusés sans réelle preuve.
— Il leur fallait un coupable, répondit James. Et on était les seuls sous la mains. Ils n'avaient pas le choix, que ça nous plaise ou non. Il leur fallait un coupable , que ce soit pour le conseil d'administration de Poudlard, ou pour la population. Vous nous croyez ?
— Pourquoi on ne vous croirait pas ? rétorqua Bloom sur un ton d'évidence. Je sais bien que vous ne nous mentiriez pas sur un sujet pareil !
— Puis, comme si vous pouviez réussir à nous cacher quelque chose, ricana Eliot. Je lis en vous comme un livre ouvert. »

L'idée qu'ils les croyaient innocents avait déjà été une bouffée d'air frais pour James. Mais les entendre dire distinctement ? Il cligna des yeux, sans vraiment y croire. Tellement de choses s'étaient déroulées ces dernières heures, tenant du cauchemar… Apercevoir ainsi l'ombre d'un rêve semblait si irréel !

Pourtant, face à lui, il pouvait observer les sourires sincères de Bloom et Eliot. Leurs regards redevenus complices, emplis de cette affection qu'ils avaient toujours quand ils étaient ensembles. Gabriel à côté de lui n'avait pu retenir quelques larmes.

« On est avec vous, continua Bloom. Qu'importe ce qu'en disent les autres !
— On a bien vu à quel point c'était dur pour vous… mais maintenant, on sera là.
— Merci… murmura James. Merci. »

Jamais il ne s'était senti aussi ému. Il regardait ses trois amis comme s'il les découvrait pour la première fois. Bloom, rayonnante, véritable flamme de bonheur. Eliot, droit et protecteur… Et Gabriel, son meilleur ami, sûrement la personne qui le comprenait le mieux sur Terre. Qu'importe que le reste du monde lui tourne le dos. Tant qu'il était avec eux, il se sentait la force de surmonter tout ça. Un sourire prit place sur son visage.

« James… murmura alors Bloom, brisant le silence. Tu… tu pleures ?

Le garçon cligna des yeux, fixant la jeune fille sans réussir à vraiment comprendre. Puis il porta sa main droite à son œil. En la retirant, il put voir ce qui semblait être bel et bien des larmes sur son doigt. Elles coulaient sur ses joues et James ne l'avait même pas remarqué. Chacun de ses trois amis l'observaient un peu interdits, stupéfaits de découvrir, pour la première fois, les larmes de James Potter.

Le garçon se sentit honteux. Il les avait laissées couler… Il voulut porter ses mains à sa tête. Mais son bras fut stoppé par la main de Gabriel.

« Non, je…
— T'as le droit de pleurer James… Personne n'est infaillible.
— Et on est là, souffla Eliot en se rapprochant. Tu n'es pas seul.
— On ne te laissera pas tomber… » termina Bloom.

Le garçon passa son regard embué de l'un à l'autre. Bloom tentait d'afficher un sourire, dans un essai qui ressemblait en fait bien plus à une grimace. Eliot avait une expression indescriptible, à mi-chemin entre la surprise et la peine. Quant à Gabriel, le garçon avait la respiration irrégulière, typique des personnes qui essayaient de retenir leurs propres larmes sans y parvenir. James les regardait avec un étrange sentiment dans le cœur, une affection énorme et sans bornes. Ils étaient là, sans se moquer de lui et de sa faiblesse. Et il comprit enfin.

Il craqua. Ce fut comme si toutes les larmes qu'il avait contenu jusqu'à aujourd'hui sortaient d'un seul coup sur ses joues, sans pouvoir s'arrêter, dans un torrent bruyant et humide. Tous les sentiments contradictoires qu'il ressentait remontaient en lui, formant une explosion indescriptible et incompréhensible. Oui, James pleurait. Il n'essayait pas de cacher ses larmes, ou de les retenir. Et il n'aurait jamais pu le faire. Ce n'était peut être pas très beau à voir, avec son nez qui coulait aussi abondement, mais il sanglotait comme un bébé, incapable de voir à travers les larmes et la buée sur ses lunettes. Il ne parvenait pas à reprendre son souffle et ne voyait plus qu'un amas de couleurs dans son champ de vision. Il pouvait ressentir autour de lui le mouvement de ses amis qui se rapprochaient.

James venait enfin de comprendre qu'il n'était pas seul. Que oui, lui aussi n'était pas parfait, que lui aussi avait le droit de flancher, de craquer même ! Mais désormais, il savait que si cela arriverait, il avait ses amis pour le soutenir et l'aider à avancer. De façon inconsciente, il tomba dans les bras de Gabriel, Bloom et Eliot, ses jambes refusant de le soutenir plus longtemps. Et ses sanglots redoublèrent de force. Sa souffrance trouva enfin écho dans sa bouche, dans une plainte secouée de sursauts. Mais ses trois amis le tenaient. Ils ne le laisseraient pas tomber, jamais. Il hurla sa peine, toute sa souffrance, cette frustration accumulée. Et sa voix se brisa.

« On prouvera notre innocence…murmura Gabriel la voix tremblante. On trouvera le vrai coupable…
— On le fera tous ensemble, continua Bloom, qui lui caressait doucement les cheveux
— On le jure », acheva Eliot.

James pourtant, tout en entendant ces paroles, ne pouvait s'arrêter de pleurer. Il se sentait si coupable… Il n'avait jamais été le meilleur des amis. Il avait même été le pire des imbéciles. Il lui faudrait changer, il le savait… Mais comment pouvait-il se racheter auprès d'eux ? Comment réussir à briser le masque d'orgueil qu'il s'était créé et qui s'était fondu sur son visage ? Inconsciemment, il les serra plus fort qu'il ne l'avait jamais fait, sentant leurs bras le soutenir, pour ne pas le lâcher, jamais. Et il murmura :

« Je suis désolé… je suis désolé… »

~Fin du chapitre~


~Edit du 20 Janvier 2014~

Je le dit ici aussi pour les lecteurs qui n'auraient pas encore vu ça : suite à des remarques très justes dans les review d'un problème lié à certains éléments scénaristiques, j'ai révisé le chapitre 5, qui a donc été modifié pour que tout fonctionne mieux. Le scénario global est tout à fait inchangé, si ce n'est que je me suis débrouillé pour que tout soit plus cohérent et réaliste. Donc si jamais vous avez connu la version précédente, n'hésitez pas à aller relire si le cœur vous en dit.


En retard, je sais, toujours en retard. C'est une malédiction à laquelle je ne parviens pas à échapper, c'est horrible. J'espère que pour les quelques lecteurs qui suivent cette histoire, l'attente n'aura pas été trop longue... Mais entre les fêtes de Noël et les Partiels, j'étais occupé. Sans compter quelques autres trucs, mais bref, on s'en fiche de ma vie. ^^

Voilà donc le chapitre 6, qui je l'espère vous aura à nouveau apporté quelques éléments que vous aurez appréciés. Je sais que la fin est clichée, mais je pense que ça doit encore bien s'intégrer et cette scène était nécessaire pour la suite, afin de bien appuyer sur certains points. Ce chapitre a connu près de quatre versions, du fait d'un certain problème lié à mon but de poser le scénario. Disons que j'avais sacrifié les personnages sur l'autel du scénario, ce que m'a reproché vivement Ryu. Après quelques autres versions, c'est quand même bien corrigé, assez pour qu'elle soit satisfaite. Et Grenat pour sa part me déteste pour toutes les fautes que j'ai pu laisser dans la version que je lui ai envoyé pour la correction. Paraitrait que j'ai du sang Allemand à cause de toutes les majuscules que je fous partout (c'est un méchant tic que je dois tenter de supprimer...)

Dans tous les cas, j'ose espérer que le temps que je vous aurais fait passer avec ce chapitre vous a été agréable. La seule façon pour moi de le savoir, c'est que vous lecteurs me laissiez une petite review, détaillée ou concise, positive, ou totalement incendiaire. Je ne mange personne et je pense être assez ouvert d'esprit pour accepter les critiques, les relevés de fautes (on n'est jamais parfait, pas même nos correcteurs), ou juste discuter de points obscurs. Et à nouveau, je fais mention du fait que je réponds bien aux reviews dites "anonymes", c'est à dire les commentaires laissés par les gens n'ayant pas de compte sur le site. Le lien des réponses se trouve dans la bio de mon profil, accessible en cliquant sur mon pseudo.

Encore merci à vous d'avoir lu et un second merci à ceux qui me laisseront u commentaire, ce qui donne toujours de la motivation. Bonne journée/soirée à vous !

Niv'