~A propos de l'histoire~

Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.

Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013)

Résumé : La paix. C'est tout ce qu'a connu cette nouvelle génération de sorciers, vingt ans de paix. Pour eux, les deux Guerres des Ténèbres ne sont que des faits Historiques lointains, qui ne sont bons qu'à être énoncés par l'inlassable professeur Binns.
James S. Potter et Gabriel Madder sont de cette génération et pensaient pouvoir vivre une vie tranquille aux côtés de leurs amis, profiter de leur jeunesse. Mais ils apprendront que même sans Mage Noir pour terroriser la population, leur vie ne sera pas forcément sans le moindre problème.

Et qui sait ? Peut-être que l'ombre plane, bien plus proche qu'ils ne peuvent se l'imaginer.

Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard

Rating du chapitre : K+


~Aide et correction~

Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Grenat sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.


Chapitre 7 : Nuances de garance

Chaque été qui passait était décidément toujours plus chaud que celui de l'année précédente. Les Londoniens, peu habitués à ce soleil de plomb, ne savaient plus où se mettre pour lui échapper. Le ciel était d'un bleu profond, sans le moindre nuage. Autant dire que peu nombreux étaient les courageux à se risquer dehors, chacun essayant plutôt de trouver un peu d'ombre à l'intérieur des maisons. La seule exception restait toutefois les jeunes enfants, qui malgré la chaleur étouffante s'aventuraient dehors avec joie. Leurs rires résonnaient dans les rues, depuis les terrains de jeu qui parsemaient ici et là les bourgades pavillonnaires, prouvant si cela était nécessaire que les vacances d'été étaient bel et bien installées.

Gabriel pour sa part avait préféré rester dans sa chambre, à l'étage du six Clockwell Street. À dire vrai, le garçon était assis nonchalamment sur une chaise, les bras posés sur le dossier de cette dernière. Son regard, un peu absent, scrutait la rue à travers les stores à moitié rabattus. Le garçon, désormais âgé de quinze ans, semblait profondément s'ennuyer. Il avait chaud, très chaud. D'un geste négligeant, il s'épongea le front, déplaçant les quelques mèches de cheveux qui lui tombaient encore devant le front. De son regard gris, il suivait distraitement le départ de la voiture des voisins. Gabriel avait gardé les même traits carrés qu'il avait déjà plus jeune. Ils étaient cependant plus harmonieux désormais, plus en accord avec sa stature maintenant plus proche de l'adulte que de l'enfant. Il avait bien grandi, pris en carrure, ses épaules étant devenues plus carrés tandis que ses bras s'étaient un peu renforcés, grâce aux duels. En un mot comme en cent, Gabriel Madder était un adolescent épanoui, en pleine forme physique.

Il soupira à nouveau. Cela trahissait non seulement son besoin de fraicheur, mais aussi et surtout son ennui profond. C'était toujours ainsi pendant les vacances d'été, la mélancolie le prenait vite et il restait là, amorphe, à attendre que le temps passe. Surtout que demain, il allait enfin retrouver ses amis et surtout James. Oh, certes pour patienter il y avait bien les quelques devoirs de vacances que leur avaient laissé les professeurs de Poudlard. Mais un simple coup d'œil vers la pile de livres et de feuilles entassées sur son bureau lui coupait toute envie de s'y plonger. À dire vrai, il n'y avait pas du tout touché depuis le début des vacances et savait que comme chaque année, la pile resterait là intacte jusqu'à la veille du départ pour l'école.

« Encore quelques heures… »

Gabriel avait hâte d'y être et c'était sûrement pour ça qu'il n'arrivait pas à faire autre chose, trop excité par cette idée. James lui avait après tout confirmé que comme l'année dernière, il l'invitait, lui et ses amis, à camper dans le jardin des Potter. Gabriel ne pouvait s'empêcher de sourire bêtement à l'idée de retrouver Bloom, James et Eliot, ses trois meilleurs amis. Et puis il y aurait aussi les amis d'Albus, qu'il connaissait bien. Scorpius, Rose et Séléné étaient loin d'être désagréables, bien au contraire ! Peut-être même cette année Lily inviterait-elle elle aussi ses amis maintenant qu'elle était entrée à Poudlard… Restait que les parties de batailles explosives jusqu'à minuit passé, ou encore les ballades dans les forêts aux alentours de Godrics Hollow comptaient parmi ses souvenirs les plus mémorables de la cohabitation estivale passée.

Mais avant tout ça, il lui fallait encore passer une journée chez lui. Entre son père qui lui grognait dessus à chaque fois qu'il le croisait et son frère avec qui les discussions se résumaient à des disputes, l'ambiance n'était pas toujours joyeuse. Depuis ce jour, en deuxième année, les rapports qu'avait entretenu Gabriel avec eux n'avaient plus jamais été les même. Si Eleonora Madder essayait tant bien que mal de concilier les partis et de continuer à maintenir une certaine entente familiale, il fallait bien avouer que moins Gabriel les voyait, mieux il se portait. Puis, à côté, il y avait Jenna, sa petite sœur. D'ailleurs, en parlant du loup…

« Gaby, Gaby ! criait une voix fluette et énergique.
— Quoi ? » fit le garçon en tournant la tête.

La porte de sa chambre s'ouvrit à la volée, dévoilant une gamine survoltée. Son regard bleu était pétillant de vie et ses cheveux blonds attachées en une longue queue de chevale sur le côté bougeait au même rythme qu'elle, c'est-à-dire à toute vitesse. Elle courut littéralement jusqu'à son grand frère, pour s'agripper à son bras, sautillant joyeusement. Gabriel en fut un peu prit au dépourvu, observant la gamine sans savoir comment trop réagir.

« Gaby, maman est d'accord pour qu'on aille voler !
— Hein ? fit le garçon sans trop comprendre. Voler ? Ici au beau milieu des moldus ?
— Mais non idiot ! s'insurgea la gamine. On prend la poudre de Cheminette pour chez grand-mère ! »

Oui, ça paraissait évident, nota Gabriel sans rien montrer de sa honte personnelle à sa sœur. Leur grand-mère paternelle, qui habitait seule à la campagne, possédait un terrain entouré d'arbres propice au vol sur balais. Si tout jeunes, Gabriel et Rory s'y étaient donnés à cœur joie, en grandissant ni l'un ni l'autre n'avaient gardé un grand attrait pour la pratique du Quidditch. Ce qui n'était pas le cas en revanche de leur jeune sœur, qui lui rappelait parfois Bloom à ce sujet. À chaque fois, le garçon ne pouvait empêcher ses lèvres de se redresser en un tendre sourire.

« Aller Gaby !
— Arrête de m'appeler comme ça, tu veux ? soupira le garçon en se levant de sa chaise. Et puis tu sais bien que je ne suis pas bon sur un balai. Va plutôt demander à Rory.
— Il est occupé sur son chaudron comme d'habitude, révéla la gamine, en piquant un fard. Et il m'a déjà envoyé te chercher avant. Vous êtes pas drôles ! Je peux même pas essayer mon balai !
— Depuis quand tu as un balai toi ?
— Maman me l'a offert pour mon anniversaire, pendant que vous étiez à Poudlard. Mais je n'ai même pas pu l'essayer. S'il te plait Gaby ! En plus Rory il a pas de balai, alors que toi si ! »

Gabriel, désormais assis sur son lit aux couvertures rouges, eu un autre sourire à cette phrase. Oui, c'était vrai qu'il avait un balai et un bon en plus. James lui avait offert son « vieux » balai l'année dernière, quand il en avait reçu un neuf à son anniversaire. Gabriel avait tout fait pour essayer de refuser, mais James avait été implacable, lui indiquant qu'il lui apprendrait en plus à voler. Ainsi il avait hérité de l'Éclair de Feu X de James, un balai haut de gamme. Il parvenait désormais à la contrôler à peu près correctement, une grande évolution comparé à ses premiers essais lamentables où il s'était littéralement écrasé dans les gradins, incapable de dompter la bête.

Jenna le fixait avec expectation. Gabriel se sentait fondre devant ces yeux emplis d'espoir. Il se leva finalement, en remettant son tee-shirt trempé de sueur en place. Avec cette chaleur, ses vêtements lui collaient tous à la peau.

« D'accord, tu as gagné, soupira-t-il dans un sourire. Mais ne te plains pas de mon niveau catastrophique, d'accord ?
— Ouais ! T'es le meilleur Gaby !
— Arrête de m'appeler comme ça… Et va te préparer, je te rejoins. »

Elle ne se le fit pas répéter deux fois et disparu en une fraction de seconde, laissant un rire joyeux se propager dans son sillage. Gabriel y fit doucement écho. Décidément Jenna serait toujours pleine de vie. Le garçon s'étira et se dirigea vers le pied de son lit, où se trouvait sa malle. Il l'ouvrit, dévoilant un fourre-tout assez désorganisé. Pourtant, Gabriel ne sembla pas en être gêné le moins du monde et extirpa en quelques seconde le précieux balais du monceaux de bric-à-brac. Sa mère avait déjà essayé de ranger ses affaires, mais le garçon s'était vivement insurgé, s'y retrouvant très bien ainsi. Tranquillement, il la referma puis se saisit de sa baguette, posée jusque là sur son bureau, pour la glisser dans sa poche de derrière.

En jetant un coup d'œil à sa chambre, Gabriel se fit la remarque qu'il faudrait peut-être qu'il pense à la ranger. La pénombre laissait voir une pièce qui était tout sauf en ordre. Quelques chaussettes sales traînaient près du lit, qui par ailleurs n'était pas fait. Son bureau, comme mentionné plus tôt, était enseveli sous la pile de grimoires et de parchemins. La seule pile à peu près ordonnée restait celle du « Mensuel des Duels », revue à laquelle le garçon était abonné depuis près de deux ans maintenant. Gabriel se saisit de l'édition posée sur le dessus, pour voir l'image de Raphaël Solal, l'un des tout meilleurs duellistes d'Europe, lui renvoyer un regard sévère.

« Si seulement Papa pouvait comprendre pourquoi j'aime les duels… »

Il lança le magasine sur son lit, se promettant de le lire le soir même. Il se dirigea finalement vers la porte et quitta son sanctuaire. Il descendit les escaliers, son balai sous le bras, pour arriver dans le hall, puis enfin le salon.

La pièce était balayée par les va-et-vient du ventilateur posé sur le bord de la fenêtre grande ouverte sur le jardin. La mère de Gabriel était assise dans l'un des fauteuils du salon, ses cheveux blonds lui collant à la tempe. Elle regardait une émission quelconque à la télévision, d'un air un peu distrait. C'était quelque chose à relever pour une famille du monde sorcier, mais la maison était entièrement moldue, afin de faciliter la vie quotidienne d'Eleonora Madder qui n'était pas une sorcière. Le salon n'avait que peu d'indices de l'appartenance magique de la majorité des membres de la famille. Les photos dans les quelques cadres accrochés aux murs étaient fixes et aucun objet saugrenu n'était visible pour le visiteur. Les seuls indices étaient le pot de fleur posée sur la cheminée, rempli de poudre de Cheminette et les petites fleurs violettes présentes sur la table basse du salon, qui semblaient être de l'ornement, mais étaient en fait une culture d'aconit domestique, une plante aux propriétés magiques utilisées dans la confection des potions. Mais aucun moldu ne pourrait jamais remarquer cela sans y être averti.

Dès lors que Gabriel posa un pied sur le tapis du salon, elle leva les yeux vers lui, avant de laisser paraître un sourire.

« Alors comme ça Jenna a réussi à atteindre ses fins avec toi ? ricana-t-elle.
— La petite peste sait se faire diaboliquement adorable quand elle le veut, répondit Gabriel. D'ailleurs, comment ça se fait qu'elle n'ait pas pu encore essayer son balai chez mamie ? Ça fait quand même trois mois que son anniversaire est passé.
— Ton père lui avait d'abord demandé d'attendre les vacances et les beaux jours… Puis après, comme tu le sais, ta grand-mère était partie en voyage et n'est rentrée que la semaine dernière.
— Toujours avec son club de couture magique hein ? »

La mère et le fils ricanèrent en songeant à cette activité qui leur semblait ridiculement désuète. C'était pourtant apparemment quelque chose de très populaire chez les sorcières de cet âge-la…

Ce moment de ricanements complices fut celui choisi par Neil Madder pour apparaître à la porte qui menait à la cave, ou plutôt son laboratoire de potions. Gabriel sentit ses muscles se tendre et il vit le regard de son père rétrécir très légèrement. Il déposa un baiser sur la joue de son épouse, puis se tourna vers lui, passant une main dans ses cheveux châtains.

« Gabriel… Tu comptes sortir faire du Quidditch ? demanda-t-il, évitant apparemment de tout de suite aborder un sujet plus fâcheux.
— Jenna veut absolument tester son nouveau balai maintenant que toutes les conditions sont réunies, répondit le garçon d'un ton neutre, pas dupe sur ce que réservait la suite de leur entretien.
— Bien, bien, ça vous fera le plus grand bien à tous les deux. »

Un moment de silence assez gênant prit place entre les deux hommes, seulement troublé par la télévision en fond sonore. Eleonora avait volontairement détourné son regard de la conversation.

« Bon… Viens-en directement à ce que tu voulais me dire, soupira Gabriel. Que ce soit fait.
— Un de mes confrères prendra part au dîner de ce soir, révéla alors Neil Madder. Je sais bien que ça ne te fait pas plaisir, mais j'aimerais que tu te comportes bien.
— Comme tu veux…
— Et ensuite… Le professeur Borage m'a rappelé dans sa dernière lettre que tu dois te reprendre un peu. Tes notes de potions étaient en baisse en fin d'année et elle s'inquiète un…
— Non, non et non ! le coupa Gabriel, s'énervant. Ce n'est pas le professeur Borage qui s'inquiète de mes notes en potions, mais toi !
— Gabriel, comprends que les potions sont une matière importante, rétorqua Neil Madder, son ton se faisant plus ferme. Vu que tu es mon fils, il est naturel qu'on attende de toi un minimum de capacité en la matière !
— Pour ce que j'en ai à faire… Il n'y a toujours que les potions qui t'intéressent ! Toujours que les potions. Mes autre notes dans les autres matières principales sont excellentes, mais non, il faut toujours que tu te plaigne de mes notes en potions !
— Bouger une baguette et marmonner deux ou trois incantations n'est pas très difficile en même temps…
— Vous êtes encore en train de vous disputer ? »

La voix de Jenna fit tourner la tête du père et du fils. La fillette, tout habillée pour le Quidditch, les fixait d'un regard à la fois attristé et agacé. Elle n'aimait jamais quand Gabriel et son père s'accrochaient. Ou quand ses deux grands frères en venaient presque aux poings. Le jeune Madder se pencha aussitôt vers elle.

« C'est rien Jenna… Allez, viens, on ne devait pas aller voler ?
— Encore une fois tu décides de fuir les reproches qui te sont fait, soupira Neil. J'ose au moins espérer, Gabriel, que tu te comporteras bien ce soir... Il en va de ma réputation.
— Ça suffit ! intervint finalement Eleonora. Vous êtes tous les deux bornés et incapables de concéder à l'autre la moindre chose.
— Eleonora, Gabriel doit…
— Je sais bien que tu aimerais que Gabriel soit à la hauteur de ta réputation, mais n'as-tu jamais envisagé que tu lui mettait trop la pression ? Ses autres notes sont globalement bonnes, et il n'est pas une catastrophe en potions pour autant.
— Qu'est ce que je te disais !
— Néanmoins Gabriel, ce n'est pas pour autant que tu ne dois pas donner ton maximum, continua sa mère. Les Buses sont importantes pour ton avenir.
— Et les potions sont une matière fondamentale, ajouta Neil, essayant de calmer sa voix. Tu avais de meilleurs notes lors des trois premières années à Poudlard.
— Peut-être, répondit le garçon avec mauvaise humeur, mais reste que même avec des A, je passe largement en cinquième année.
— Dis… on peut pas aller voler plutôt que de continuer de vous disputer ? » demanda Jenna de sa petite voix.

Gabriel faillit lui rétorquer qu'il n'avait pas fini. Mais le garçon se retint à temps et vu l'aspect intimidé qu'affichait sa sœur, cela n'aurait sûrement pas fait que du bien. Jenna ne savait pas du tout où se mettre, comme à chaque dispute, apeurée qu'on se mette à hurler sur elle. Gabriel lui tapota le haut du crâne, puis retourna son regard vers ses parents. Sa mère hocha la tête, alors que son père laissait échapper un soupir consterné, avant de tourner les tallons, signe de son assentiment.

Le garçon prit alors la main de sa sœur et l'entraîna jusqu'à l'âtre de la cheminé. Cette dernière avait été la seule exigence qu'avait demandé Neil Madder lorsque lui-même et sa femme avaient voulu s'installer seuls, une cheminée qu'il connecterait au réseau. Gabriel prit le pot contenant la poudre de Cheminette dans ses mains et le mit devant le nez de Jenna.

« À toi l'honneur p'tite princesse.
— Je ne suis pas une princesse, rétorqua Jenna, comme à chaque fois que son frère l'affublait de ce surnom. Je suis une Harpie !
— Si tu veux princesse Harpie. »

Jenna lui tira la langue, avant de se saisir d'un peu de poudre et de se mettre dans la cheminée. Elle prononça l'adresse de la maison familiale des Madder – le Touret – et disparut dans l'habituel brasier vert distinctif de la poudre de Cheminette. Gabriel allait faire de même, mais fut interrompu par sa mère.

« Sois rentré pour dix-neuf heures, s'il te plait mon chéri, dit-elle. Ton père sera furieux sinon.
— J'y penserais, répondit distraitement le garçon. « Le Touret ! » »

Il lâcha la poudre dans l'âtre et ressentit aussitôt l'habituelle sensation de tourbillonnement. Gabriel, depuis le temps, y était habitué. En revanche, il ne pouvait s'empêcher de fermer les yeux, sous peine sinon d'être pris de nausée devant les innombrables âtres qui défilaient devant son regard. Finalement, il sentit le sol sous ses pieds. Il ouvrit les yeux et fit un pas en avant, tout en s'époussetant.

Le Touret était un cottage de bonne taille, avec un étage et malgré tout un petit grenier, situé dans les landes du Devon. Gabriel aimait beaucoup cette demeure, qui se passait de générations en générations de Madder depuis déjà trois siècles. Oh, certes, elle avait déjà subi de nombreuses rénovations, mais elle gardait ce petit charme d'ancien qui plaisait tant au garçon. C'était d'ailleurs l'un des regrets qu'il avait de ne pas être l'aîné des Madder. Ce ne serait pas lui qui hériterait du Touret, mais Rory. L'intérieur était coquet, mais entièrement magique. C'était d'ailleurs pour cela que Neil ne s'y était pas installé, afin de faciliter la vie à sa femme. Et puis, ainsi, Elizabeth Madder pouvait y couler tranquillement les jours de sa vieillesse, libre d'inviter ses amies pour leurs activités de seniors.

Elle était assise à sa table, occupée à embrasser Jenna quand Gabriel était arrivée. Dès lors qu'elle le vit, elle se leva de sa chaise, ses yeux pétillants aux dessus de ses rides.

« Oh, Gabriel ! s'exclama-t-elle en venant l'embrasser sur son front. Je ne t'avais pas vu depuis longtemps !
— Un an et demi il me semble, oui, répondit le garçon.
— Comme tu as grandi… Tu ressembles de plus en plus à un homme, tu sais ? Et tes cheveux… depuis quand as-tu les cheveux courts ?
— Depuis l'année dernière », répondit fièrement Jenna à la place de Gabriel.

C'était exact. Gabriel avait décidé de se les couper plus courts au départ d'Athéna de l'école suivant ce qui avait été son dernier conseil. Selon elle et Gabriel avait pu en lire la confirmation dans le Mensuel des Duels, les cheveux trop longs et non-attachés avaient tendance à boucher la vue, gênant les mouvement du sorcier. Si bien que les cheveux courts, ou les cheveux longs attachés dans le dos étaient préconisés pour tous les adeptes des duels. Gabriel ne s'étant pas vu à avoir les cheveux très longs avait préféré revenir à une coupe dégageant son front - ou tout du moins laissait son champ de vision libre.

« Et toi mamie ? Comment c'était les Etats-Unis ?
— Fatiguant, admit la vieille femme en s'asseyant. Mais magnifique malgré tout. Leurs déserts sont vraiment des mines d'inspiration.
— Tu vas nous en faire un tableau grand-mère ? s'excita Jenna.
— Oh, oh, oh, ça se pourrait bien. »

Si le passe-temps principal d'Elizabeth était la couture, elle était aussi peintre à ses heures perdues (et Merlin savait qu'elles étaient nombreuses). Gabriel devait avouer qu'elle était douée et avait même eu la surprise de retrouver certains des tableaux de sa grand-mère à Poudlard.

Il y en avait deux qui ornaient le salon, représentant la campagne environnante. Tout petit, Gabriel se souvenait avoir passé de longs moment à observer ces tableaux s'animer, fasciné par cette magie. Ces peintures s'accordaient parfaitement au salon du Touret, avec ses poutres apparentes mais travaillées. Au goût de Gabriel, ces ornements, sculptés dans le bois, étaient magnifiques. Le mobilier mélangeait l'ancien, élégant et le neuf, plus fonctionnel. Les murs enfin étaient d'une douce couleur beige, qui contrastait avec le parquet en bois couleur miel, au motif d'arabesques. L'ambiance de l'habitation familiale des Madder avait toujours été chaleureuse. C'était en tout cas le ressenti qu'avait toujours eu Gabriel.

« Et donc c'est ça ton nouveau balai ma chérie ? demanda la vieille femme en prenant le manche dans ses mains ridées. Bel engin, ils n'en faisaient pas de comme ça quand moi j'avais ton âge.
— C'est un Nimbus 3000 ! s'exclama fièrement Jenna. Il est sorti y'a un moment, mais c'est toujours un bon balai. Celui de Gabriel est encore meilleur !
— Oh… Tu joues au Quidditch Gabriel ?
— Non, non, répondit le garçon en secouant la tête. C'est juste l'ancien balai de James. Il me l'a offert quand il en a reçu un neuf.
— C'est un Éclair de Feu X ! J'adorerais en avoir un !
— Je pourrais te le donner si tu veux Jenna.
— Non ! s'offusqua la gamine. C'est un cadeau de James ! »

Gabriel eu un petit rire. Jenna respectait tellement James. Lors de l'été dernier, Eliot était venu passer un après-midi chez eux et avait gentiment ramené ses Multiplettes dans lesquelles il avait gardé en mémoire le dernier match de leur troisième année. Jenna avait passé toute la fin de la journée à regarder le match, en poussant des cris d'excitation.

Elizabeth haussa un sourcil au mention du nom de James. Et Gabriel sut tout de suite quelle était la question qui allait suivre, faisant aussitôt disparaître le brin de bonne humeur qui avait germé en lui.

« Tu es donc toujours ami avec le fils Potter ? Ce n'est pas avec lui que tu…
— Si mamie, le coupa Gabriel, peu désireux qu'on lui rappelle cet incident. Mais c'est du passé ça. Ne t'inquiète pas, tout va bien. »

C'était du moins ce qu'il essayait de se dire, car Gabriel, au fond, ne s'était jamais vraiment remis de l'incident qui avait eu lieu trois ans auparavant. Pire, la colère était venue se rajouter à tous les autres sentiments, grandissant en lui comme un venin. Autour de lui, personne n'avait oublié, même si le château avait perdu les traces du désastre. La majorité des élèves de l'école avaient finis par les croire innocents, les autres... ils n'en parlaient pas, du moins pas à voix haute. Ou si c'était le cas, Gabriel avait appris à les ignorer mais n'avait jamais réussi en son for intérieur à passer au-delà de tout ça

Ils n'avaient d'ailleurs jamais réussi à trouver le véritable coupable. Pas la moindre piste n'avait germé en trois ans. James et lui-même avaient quasiment abandonné l'espoir de découvrir la vérité et avaient dû se résoudre a voir éternellement leurs noms apposés sur cette affaire. Malgré tous leurs efforts, il semblait qu'il n'y avait bien qu'eux présents dans le Cœur ce jour-là. La blessure ouverte par cet incident ne s'était jamais totalement refermée et aujourd'hui encore Gabriel en ressentait les conséquences. Il était lui-même une conséquence. Depuis ce jour-là, il n'avait plus jamais été le même, avait été forcé, consciemment ou inconsciemment, de changer. D'après sa grand-mère, il avait perdu de sa timidité. Selon son père, il était devenu agressif et désobéissant. Gabriel pour sa part considérait ça comme sa capacité à assumer ses choix jusqu'au bout, qu'importe les conséquences. Il n'était pas le seul à avoir changé. James était sûrement celui qui avait subi le plus profond bouleversement… Non, ce n'était pas vrai. Après tout, ses amis le savaient déjà à l'époque, James avait toujours été comme ça au fond, derrière le masque de l'héritier Potter qu'il s'était forcé à forger et à porter. Il avait abandonné cette carapace qui constituait tous les défauts qu'on avait pu lui reprocher, pour laisser ressortir le vrai James Potter, quelqu'un de profondément gentil, généreux même. On pouvait même occasionnellement le voir en proie au doute, voire même à la crainte, chose qui ne serait jamais arrivé auparavant.

Cet événement n'avait pas eu des conséquences que pour eux. La société britannique en ressentait elle aussi l'énorme contrecoup. Harvey, directeur pourtant apprécié jusque-là, avait perdu de son aura auprès de la population. Kingsley Shacklebot, le ministre, avait eu du mal à ne pas être éjecté du poste qu'il occupait depuis maintenant presque vingt ans et n'avait dû son salut qu'à la promesse qu'il ne se représenterait pas aux prochaines élections. Les sorciers de Grande-Bretagne eux-mêmes étaient devenus plus méfiants, l'ambiance de leur monde plus lourde. L'accident du Cœur de Poudlard avait marqué la fin de la période joyeuse, euphorique même, du monde de la sorcellerie anglaise. Comme sortant d'un long rêve, les sorciers avaient dû accepter que la chute de Voldemort ne signifiait pas pour autant la fin de la noirceur. Ils avaient découverts avec stupeur que sur le continent, alors qu'eux avaient vécus une période faste de leur histoire, plusieurs mages noirs s'étaient succédés, en France notamment.

Sa grand-mère ne semblait pas en avoir cependant fini avec les sujets qui fâchaient.

« Et… Dis-moi, comment ça se passe avec ton père ?
— Je n'ai pas vraiment envie d'en parler…
— Je vois… soupira Elizabeth Madder. Bon, je ne vais pas vous faire plus attendre, allez donc voler ! Faites juste attention aux éventuels promeneurs moldus qui pourraient passer pas loin.
— Promis mamie ! » s'exclama Jenna, bondissant vers la porte.

Gabriel haussa un sourcil devant l'abandon si rapide de sa grand-mère à en apprendre plus. Ça ne lui ressemblait pas, elle qui comme toutes les grand-mères, adorait les ragots. Mais il n'eut pas le temps d'en faire la remarque, étant déjà entraîné au-dehors par une Jenna toute excitée.

Le soleil du Devon était aussi chaud que celui de Londres, pensa aussitôt Gabriel quand il arriva dehors. Il fut même obligé de se couvrir les yeux afin de ne pas être aveuglé. C'était désolant de voir la lande si verte d'habitude couverte d'herbes jaunies, en manque d'eau et grillées par ce soleil qui ne quittait plus l'Angleterre.

« Gaby, Gaby ! Attrape ! »

Le garçon sursauta quand il vit arriver un vieux Souafle droit vers son visage. Par réflexe, il se couvrit la tête de ses main et la balle rebondit sur ses avant-bras, avant de tomber mollement au sol. Jenna, au loin, éclata de rire.

« T'es pas doué Gaby ! s'exclama la fillette.
— T-tu m'as eu par surprise ! » tenta de se justifier Gabriel, sentant ses joues rougir.

Il se pencha, pour ramasser la balle, usée.

« Il faut toujours être prêt au Quidditch, répondit Jenna en revenant vers lui. Aller, il est temps de voler !
— Oh ! Tu n'as rien oublié ? se souvint alors Gabriel avec un sourire malin.
— Non.
— Réfléchis bien. »

Tout en conservant son sourire malicieux, il observait sa sœur, qui lui mentait ouvertement. La petite fille pensait pouvoir réussir à le tromper, mais elle mentait bien mal et sa gêne d'être sûrement découverte se lisait sur son visage lunaire.

« Va me mettre tes protections en cuir, je ne veux pas que maman me passe un savon, dit finalement Gabriel.
— Mais… On joue même pas avec des Cognards, y'a aucun risque !
— Je sais bien, mais tu sais bien comment est maman.
— T'es pas drôle », ronchonna la gamine.

Tout en traînant des pieds, elle retourna. vers l'abri, qui contenait les vieilles affaires de Quidditch qui avaient sûrement été celles de leur père dans sa jeunesse. Il avait appris par les histoires de sa grand-mère que son père avait un peu joué au Quidditch plus jeune et était même entré dans l'équipe réserve de Serpentard. En effet, Neil Madder avait fait partie de la maison de la guivre, à la fin des années 80. En revanche, Gabriel savait aussi que son grand-père avait été pour sa part un fier Gryffondor. C'était d'ailleurs l'une des rares chose qu'il savait de ce mystérieux grand père, qui était décédé lors de la première Guerre des Ténèbres. Son père n'aimait pas en parler, de même que sa grand-mère. Aussi le garçon n'avait pas insisté.

Jenna revint finalement couverte des protections en cuir qu'il lui avait demandé d'enfiler et tendit les siennes à Gabriel, toujours cet air bougon sur le visage. Le Gryffondor lui sourit et attacha les différentes protections aux endroits où elles devaient être attachées, comme il avait pu l'apprendre plus jeune.

« C'est bon, on peut voler maintenant ? demanda Jenna avec une intonation plaintive.
— Non, il manque encore quelque chose. »

Il faillit éclater de rire en voyant le visage de sa sœur devenir rouge de colère.

« Nan, je plaisantais, ajouta-t-il rapidement, avant qu'elle n'explose. Vas-y, décolle p'tite Princesse. »

Ah ça, elle ne se le fit pas répéter put remarquer Gabriel. Sitôt qu'il lui avait donné l'autorisation, elle avait bondit dans les airs, à toute vitesse. Le garçon sourit un moment en regardant sa sœur virevolter dans le champ, s'amusant comme une petite folle. Puis, Gabriel baissa son regard, vers son propre balai. Et ce fut cette fois un profond soupir qui s'échappa de sa bouche.

« Bon, quand faut y aller… »

Il tapa du pied au sol et décolla. L'air chaud de l'été lui fouetta aussitôt le visage, faisant bouger ses cheveux. Gabriel n'avait pas le vertige et n'était pas non plus contre le vol sur balai. Mais il devait avouer ne jamais être très à son aise sur l'ancien balai de James, qui avait selon lui absorbé un peu du tempérament de vol de son ancien propriétaire. Il lui avait fallu un peu de temps avant de réussir à le maîtriser un minimum et Gabriel n'estimais toujours pas être totalement rassuré dessus. L'Eclair de Feu X était un balai qui demandait des qualités de pilote qu'il ne possédait tout simplement pas.

Mais sa sœur ne montra aucun signe de conscience du malaise qu'avait le garçon sur son balai et au contraire tournoyait désormais autour de lui.

« Tu es prêt ? lui demanda la jeune fille en plongeant pour aller récupérer la balle.
— Pas vraiment », dit Gabriel.

Manifestement, Jenna n'avait pas entendu son grand frère avec le vent qui fouettait à ses oreilles. Et ce fut à nouveau à toute vitesse, droit sur son visage, que le Souafle se dirigea vers Gabriel. Le garçon laissa passer un cri de surprise, manquant de tomber de son balai. Pourtant, il parvint à se rattraper et mieux, bloqua le Souafle dans sa main libre.

« Ah… hé hé… laissa-t-il échapper nerveusement.
— Bien joué Gaby ! Maintenant, essaye de marquer ! »

Cet appel qui semblait être une simple invitation cachait en fait une activité bien plus sournoise. Sitôt que le garçon, un peu rassuré par son coup de chance, s'était dirigé vers les anneaux de bois planté au fond du champ, Jenna s'était mis à lui foncer dessus pour lui piquer le Souafle. Gabriel faillit être désarçonné de sa monture et en tout cas lâcha la balle dans l'opération.

Jenna s'en saisit et à toute vitesse, avant que son frère réagisse, fonça vers les anneaux accrochés aux branches d'arbres qui se trouvaient dans le dos de Gabriel, avant de tirer de toutes ses forces. Sans le moindre mal, le Souafle entra dans l'anneau du centre.

« Wouhou ! s'écria-t-elle. Un à zéro pour moi ! »

Gabriel resta un moment hébété, sans trop savoir comment réagir. Bon sang, que sa sœur pouvait être effrayante sur un balai ! Il ne se sentait pas du tout rassuré et regrettait même d'avoir cédé à son caprice, priant pour retrouver bien vite la terre ferme. Comment ces fanatiques de Quidditch faisaient pour évoluer ainsi dans les airs ? Voler, ce n'était pas un problème pour Gabriel. Mais jouer au Quidditch impliquait tant de dangers… Il n'avait jamais remarqué ça quand il y avait joué plus jeune avec son frère. Et soudainement, toutes les protections qu'il avait enfilé avant de décoller lui semblaient bien plus nécessaires qu'il ne l'avait imaginé.

Puis, le choc passé, Gabriel sentit le rouge lui monter aux joues. Sa sœur n'avait que onze ans par Merlin ! Il n'allait tout de même pas la laisser gagner aussi facilement quand même, il en allait de son honneur. Aussi, oubliant un peu son appréhension première et tout le fil de pensée qu'il avait eu quelques secondes auparavant, il plongea récupérer le Souafle et fit face à Jenna.

« Attends un peu p'tite peste, je vais te montrer de quel bois je me chauffe !
— J'attends que ça », répondit Jenna avec un sourire malin.

Tout en fonçant droit sur sa sœur, Gabriel eu l'étrange sentiment de s'être fait rouler, sans réussir à saisir pourquoi.

«Ça suffit, je capitule ! »

Le garçon s'était laissé tomber dans l'herbe, le front ruisselant de sueur, épuisé. Jenna continuait pourtant de virevolter au dessus de lui, un sourire victorieux aux lèvres.

« T'es déjà fatigué Gaby ? On commençait à peine.
— Je ne suis définitivement pas fait pour le Quidditch… grimaça Gabriel. Tu as déjà gagné, pourquoi vouloir t'acharner à me détruire le peu de fierté qu'il me reste ? »

Elle cachait bien son jeu la bougresse ! Il avait cru au début qu'il pourrait rivaliser. À dire vrai, il avait même réussi à rendre but sur but, parfois à en prendre un d'avance. Son balai, meilleur que celui de sa sœur, lui avait permis jusque-là de compenser son niveau médiocre. Il n'avait pas vu que Jenna ne faisait alors que le mettre en confiance, pour mieux l'écraser ensuite. Gabriel n'avait pas compris, mais d'un seul coup, le rythme avait changé. Jenna s'était mise à devenir insaisissable, enchaînant les roulades et les feintes, pour marquer, de très nombreuses fois.

Et elle était là, toujours fraîche, alors que lui avait l'impression de cracher ses poumons. D'un seul coup, l'ombre des arbres devenaient beaucoup plus accueillant. Aussi refusa-t-il de remonter sur son balai, mais laissa malgré tout à Jenna la permission de voler plus longtemps, la surveillant depuis le sol.

« Elle pourrait bien finir dans l'équipe de Quidditch de sa future maison, fit la voix de sa grand-mère derrière Gabriel.
— Je pense que si elle va à Gryffondor, James et Bloom seront enchantés de l'accueillir dans l'équipe l'année prochaine, répondit le garçon avec un sourire tendre. Elle aime ça, voler.
— Autant que ton père et ton frère aiment les potions. Et autant sûrement que tu aimes les duels. C'est le propre des Madder, posséder une passion dévorante, dans laquelle se plonger corps et âme.
— Ce n'est pas plutôt le propre de l'homme plutôt que simplement des Madder ? fit remarquer Gabriel en tournant la tête vers sa grand-mère.
— Tu dis vrai Gabriel. Mais les Madder… possèdent malgré tout un rapport plus particulier avec leurs passions. »

Devant le regard perdu que lui adressa Gabriel, ses lèvres se retroussèrent en un doux sourire. Elle lui caressa tendrement les cheveux.

« Peut-être un jour comprendras-tu mon petit… Oh, je devrais peut-être arrêter de t'appeler comme ça, après tout tu es déjà plus grand que moi ! »

Et Gabriel éclata de rire. Il n'y avait pas à dire, Elizabeth Madder savait y faire pour lui remonter le moral. Il aimait beaucoup sa grand-mère pour ça, réussir à lui mettre un sourire sur les lèvres quelque soit les tracas qu'il avait en tête.

« La Gazette de ce matin nous rapporte que les sondages donnent le parti Progressiste vainqueur, statua Elizabeth Madder, s'installant aux côtés de son petit fils.
— C'est le parti de Percy Weasley, c'est ça ? Ceux qui succèdent aux idées de Shacklebot ?
— Oui. Malgré tout le tohu-bohu qu'on a pu voir il y a trois ans, c'est toujours les idées qui sont les plus en vogue.
— Ils profitent malgré tout du soutient de Mr Potter, c'est pas négligeable, fit remarquer Gabriel.
— Le parti Conservateur n'est pourtant pas trop mal placé quand même, tempéra la vieille femme. Le changement de tête en faveur du jeune Harper n'était pas du tout une mauvaise idée, ça leur a donné une image dynamique et plus accueillante.
— Et qu'est ce que tu penses du parti Réformiste ? »

Le petit-fils et la grand-mère se fixèrent deux secondes sans rien dire, avant d'éclater de rire de concert. Il fallait dire que peu de monde croyait dans ce parti-là, qui prônait non pas une modernisation du monde des sorcier petit à petit comme le parti Progressiste, mais une ouverture totale sur le monde des moldus. Quoi qu'on en dise, les sorciers, qu'ils soient nés dans le monde de la sorcellerie ou non, tenaient à leur indépendance vis-à-vis de la société moldue. Et puis, le parti Réformiste souffrait horriblement du manque de tête charismatique. Jason Crow était un petit vieux rabougri, qui balbutiait difficilement ses mots. Gabriel, malgré toute la sympathie qu'il pouvait avoir pour ce parti créé principalement par des nés-moldus, ne les voyait pas du tout aller bien loin dans ces élections.

« On rigole, on rigole et pourtant ils grimpent dans les sondages.
— C'est assez étonnant quand même. Ils n'avaient jamais obtenu beaucoup de voix aux dernières élections… Bon c'est vrai qu'il y a quelques années, le monde des sorciers se fichait de la politique, mais quand-même ! Ce sera sûrement leur plus gros score depuis leur création tiens ! Tu comptes voter pour eux ?
— Oh, oh oh ! se mit à rire Elizabeth Madder. Ce n'est pas bien de vouloir connaître les votes des gens Gabriel, tu sais ça ?
— C'est pas comme si je pouvais voter moi-même.
— C'est vrai, mais quand-même… Néanmoins, si tu veux vraiment savoir, mon vote restera pour le parti Progressiste.
— Papa votera sûrement pour le parti Conservateur j'imagine…
— À dire vrai, je vote aussi pour le parti Progressiste. »

Gabriel sursauta en entendant la voix de son père lui répondre et se retourna aussitôt. S'il s'était attendu à ça ! Neil Madder se trouvait face à son fils, à l'entrée du champ. Il se massait les cheveux, signe évident pour Gabriel qu'il était tendu. Il évitait même de le regarder dans les yeux. La surprise passée, Gabriel sentit la pointe d'agressivité qui venait toujours serrer son cœur quand il faisait face à son père ressurgir. Il se fit violence pour ne pas s'énerver.

« Qu'est ce que tu fiches ici ? On n'est pas en retard, dit le garçon d'une voix froide.
— Je sais, je sais, tempéra Neil Madder.
— Alors pourquoi ? Le repas n'aura lieu que dans quelques heures, et maman m'a bien indiqué que je devais être rentré pour dix-neuf heures.
— Calme-toi Gabriel, c'est moi qui ai fait venir ton père. »

Le garçon tourna un regard surpris vers sa grand-mère, alors que Jenna venait enfin de découvrir son père et les rejoignait.

« Papa ? Il est déjà l'heure de rentrer ?
— Non ma chérie, tu peux continuer de voler. Maman… tu peux la surveiller le temps que je discute avec Gabriel ?
— Évidemment Neil. Gabriel, vas-y, c'est important que vous ayez enfin cette discussion avec ton père. »

Le cœur de Gabriel avait envie de hurler, de s'énerver contre sa grand-mère qui l'avait piégé. Sa tête en revanche comprenait parfaitement pourquoi elle n'avait pu faire autrement. Gabriel se fit violence et se tut, contenant la frustration qu'il ressentait. Ainsi suivit-il son père jusqu'au salon du Touret. Dès lors, Neil Madder referma la porte, puis alla s'asseoir dans ce qui était son fauteuil, celui dans lequel il prenait toujours place à chaque fois qu'il venait au touret. Il était facile à reconnaître, avec son grand dossier et sa toile blanche. Gabriel n'avait que rarement vu soin père aussi tendu et il ne lui connaissait pas l'expression qui trônait sur son visage. Il lui fit signe de s'asseoir face à lui, de l'autre côté de la table basse. Gabriel, désormais plus perdu qu'en colère, s'exécuta, prenant place dans le canapé qui tournait le dos à l'entrée de la cuisine.

« Tiens. »

Son père venait de lui tendre quelque chose, que Gabriel reconnut comme étant une photo. Du bout des doigts, il s'en saisit. La photo montrait l'image d'un homme, assez grand, en tenue de sorcier. Mais Gabriel ne s'était pas arrêté sur ça. Non, ce qu'il avait reconnu lui était l'insigne qu'il portait sur sa poitrine, une broche en argent représentant deux baguettes croisées posées sur un bouclier. Il l'aurait reconnu entre mille. L'égide des duellistes, la plus haute distinction offerte aux pratiquants de la discipline. On ne l'offrait qu'aux personnes qui parvenaient à défaire un mage noir, ou à celles qui remportaient le tournoi annuel de Brocéliande, l'équivalent de la Coupe du Monde des Duellistes. Gabriel revint sur la tête de la personne, qui lui souriait et lui adressait des signes de main. Ses traits lui rappelaient quelque chose, sans qu'il parviennent à définir quoi.

« Gabriel, je te présente mon père, Gauvain Madder, dit finalement Neil après un moment de silence. Ton grand-père.
— Grand-père ? »

Gabriel n'avait jamais vu de photo de son grand-père et après tout en savait bien peu sur lui. Maintenant qu'il y faisait attention, oui, les traits de son visage, assez carrés comme ceux de son père ou les siens, étaient clairement ceux d'un Madder. Venait alors la constatation :

« Grand-père était un duelliste ?
— L'un des meilleurs de son époque comme tu as sûrement dû le remarquer, confirma son père, la voix un peu raide. Cette photo date de l'époque où il avait remporté le tournoi de Brocéliande, à la fin des années 60.
— Et c'est… à cause de lui que tu détestes les duels ?
— En partie, oui… après tout, ce sont les duels qui ont pris sa vie d'une certaine manière. Je n'avais que cinq ans quand il est mort
— Et… il est mort comment ?
— Face aux Mangemorts, j'imagine… Comme de nombreux duellistes, il a essayé d'aller se frotter à Vol… Tu-sais-qui, en espérant le vaincre. Tous sont tombés et peu sont ceux qui sont arrivés face à lui. Bellatrix Lestrange, Karl Hitchens, Damian Flint… Tous ces Mangemorts étaient d'excellents sorciers, largement capable de tenir tête aux grands de l'époque, même si certains sont mort pendant cette guerre. Je doute que Vol… Tu sais-qui se soit lui-même salit les mains. »

C'était quelque chose d'assez déroutant que de voir les adultes toujours buter sur le nom de Voldemort, pourtant anéanti depuis plus de vingt ans. Gabriel, cependant, ne gardait qu'en mémoire le fait que son grand-père était mort dans le souhait de protéger ceux qu'il aimait, en affrontant le mal de face. C'était, pour un duelliste, une mort plus qu'honorable que de tomber face à un mage noir. Qu'importe qu'il s'agisse d'un Mangemort ou de Voldemort lui-même.

« C'était la guerre, soupira Neil. Tous ne souhaitaient que nous libérer. Et tous, comme mon père, ne sont jamais revenus…
— Tu as donc accusé les duels d'avoir causé sa mort, c'est ça ? demanda Gabriel, semblant comprendre.
— Pas vraiment. Ou plutôt, pas encore… À cette époque j'étais jeune. Je blâmais bien plus Tu-sais-qui et ses Mangemorts, révéla-t-il. Et j'admets que j'admirais grandement mon père, ce duelliste de génie.
— Mais alors pourquoi ?
— C'est venu après, à Poudlard. Quand j'y suis entré, je n'avais qu'une idée, devenir le digne fils de mon père et m'illustrer dans les duels. »

Un rire amer transparut depuis la bouche du père de Gabriel. Avec un sourire triste, il reprit :

« Il s'est révélé que j'étais un piètre lanceur de sort, tout juste bon à avoir des A en Sortilèges ou en Défense Contre les Forces du Mal. J'ai bien essayé d'entrer dans le club de Duel… Mais autant dire que j'ai rapidement abandonné devant mon manque de talent évident. »

Gabriel avait les yeux écarquillés. Son père avait lui aussi un jour voulu devenir duelliste ? Au fond… s'il avait échoué dans cette entreprise, ce n'était peut-être pas si étonnant que ça qu'aujourd'hui il déteste tant que ça la discipline. C'était même logique, car après tout lui-même connaissait ça et fonctionnait comme ça. Lui qui s'était toujours cru opposé à son père, le Serpentard adepte des potions, trouvait là une similitude troublante.

« Comprenant que je n'y arriverais jamais, j'ai décrété que les duels étaient sans importance, continua Neil Madder. Après tout, si je n'y arrivais pas, c'était que cela n'était pas utile selon moi. Dans le même temps, j'ai découvert que j'avais un don pour les potions. Je m'y suis donc plongé corps et âme… Tout en continuant à jalouser les élèves qui eux étaient bon en duels. Peu à peu, ça s'est transformé en indifférence… puis en haine.
— Pourquoi tu me dis tout ça ? Pourquoi maintenant ?
— Ta grand-mère m'a pour ainsi dire un peu bousculé le derrière, si tu vois ce que je veux dire, sourit son père avec ce qui ressemblait à de la complicité. Elle n'a cessé de me harceler pour que je t'en parle depuis que j'ai découvert ton attrait pour les duels. Ta mère aussi. Même si je ne lui ai jamais vraiment parlé de mon père, je la soupçonne d'avoir tiré les vers du nez de ma mère, qui n'aime pourtant pas en parler non-plus. Ça lui ressemble bien tiens ! Mais moi, je n'en trouvais pas le courage, celui d'affronter mes propres démons. Contrairement à mon père, ma mère, ou encore toi Gabriel, je ne suis pas un Gryffondor. Ou plutôt, pas suffisamment… »

Le silence s'installa dans le salon. Gabriel observait son père avec un œil neuf, découvrant derrière les traits du sévère maître des potions un sorcier plus sensible qu'il ne l'avait jamais soupçonné. Il reposa son regard sur la photo, puis sur ses mains, qu'il n'arrêtait pas de triturer, en pleine réflexion. Finalement, Gabriel releva les yeux.

« Je… papa… je…
— Je sais… Ce n'est pas simplement avec ça que tu parviendras à me pardonner mon comportement vis-à-vis de ta propre passion. »

Neil Madder avait retrouvé dans ses yeux clairs la lueur vigoureuse qui était habituellement la sienne. Gabriel avait été un peu pris de court devant la compréhension de son père, de ce qu'il avait essayé de dire. Neil se redressa de son fauteuil et alla se placer devant la fenêtre, regarder la silhouette de Jenna virevolter dans les airs. Puis il tourna à nouveau la tête vers Gabriel.

« Je vais sûrement aussi avoir besoin de temps encore avant de vraiment accepter de mon côté que tu fasses tes duels… On ne change pas en un claquement de doigts une habitude prise pendant des années.
— Je me doute…
— Je te demanderais donc deux promesses. La première… promets-moi de malgré tout essayer de remonter tes notes de potion.
— Papa ! commença à s'insurger Gabriel.
— Attends, attends… Je ne te demande pas l'excellence, seulement de ne plus gâcher les facilités que tu possèdes, nous le savons tous les deux. »

Le regard de Gabriel se fit un peu gêné. Ça il aurait bien aimé que son père ne le sache pas et le laisse tranquille.

« Hum… Et la seconde ? demanda Gabriel.
— Promets-moi de devenir un sacré bon duelliste. »

Cette seconde demande fit pousser à Gabriel une véritable exclamation de surprise, en même temps que ses yeux gris s'écarquillaient. Il n'arrivait pas à y croire. Son père ne pouvait pas lui demander ça… Ce n'était pas possible ! Et pourtant, Neil Madder fixait son fils avec un sourire du coin des lèvres.

« Papa. Tu es sûr que…
— Évidemment. Si je ne peux pas t'empêcher de devenir duelliste… Alors au moins promets-moi de devenir l'un des meilleurs. Après tout, c'est dans notre sang. Les Madder sont toujours les meilleurs. »

Cette phrase résonnait encore dans l'esprit de Gabriel, des heures après la discussion, le jour après même. En se levant, le souvenir de cet entretien privilégié avec son père continuait de repasser en boucle. Il n'avait même pas vu le repas avec ce maître des potions invité passer.

Au fond, cette phrase était peut-être vantarde, valorisant bien trop leur famille pourtant modeste. Mais pour la première fois depuis des années, Gabriel se sentait comme faisant à nouveau pleinement partie des Madder.

Gabriel ouvrit la porte de sa chambre pour aller déjeuner et tomba face à son frère, qui avait la main levée pour frapper à sa porte. Gabriel put voir les sourcils de Rory se froncer et lui-même se tendit. Il avait peut-être parlé trop vite. Il restait encore le problème de son rapport conflictuel avec son grand-frère.

« Qu'est ce que tu veux ? demanda Gabriel.
— Potter est déjà arrivé, répondit Rory en se détournant. Il t'attend dans la cuisine.
— Merci… j'imagine. »

Rory n'ajouta rien et disparut dans sa chambre. Gabriel n'avait jamais vraiment compris comment lui et son frère en étaient arrivés là. Ils s'entendaient si bien autrefois… Et aujourd'hui, les discussions de ce type était les seules qu'ils pouvaient tenir sans que l'un où l'autre n'hausse la voix.

À dire vrai, il ne parvenait même pas à se souvenir du sujet de discorde initial. C'était arrivé peu après l'incident. Rory avait d'abord essayé de le couvrir, de l'aider. Puis, ils avaient commencé à se disputer. Et chacun avait renchérit, en venant à utiliser les poings et les baguettes. Les frères Madder étaient devenus célèbres à Poudlard pour leurs disputes et personne ne tentait de s'immiscer entre eux dans ces moments-là. Rory était peut-être passionné par la confection de potions, cela ne voulait pas dire qu'il était un mauvais lanceur de sorts, loin de là.

Gabriel secoua la tête et termina d'enfiler son t-shirt tout en descendant les escaliers. Il entra finalement dans la cuisine, pour retrouver, attablé aux côtés d'une Jenna aux yeux pétillants et d'une Eleonora lui faisant la conversation, un James rayonnant. Dès lors qu'il le vit, le visage de James se fendit d'un large sourire.

« Gabriel ! s'exclama le garçon. Comment vas-tu ?
— Bien James, merci ! répondit Gabriel en s'asseyant face à lui, prenant un toast. Je ne t'attendais pas si tôt.
— Je sais, je sais, rigola le garçon. Mais j'étais tellement excité que je n'ai pas pu m'empêcher de venir dès que j'en ai eu la possibilité. Maman n'en revenait pas de me voir debout à huit heures du matin au milieu des vacances d'été ! »

James n'avait définitivement pas changé, sourit Gabriel en mordant dans son toast. Derrière ses lunettes ovales, ses yeux noisette pétillaient de malice et de joie de vivre. Ses cheveux restaient toujours les mêmes, de cette détonante couleur bronze, ni roux ni brun, toujours à se dresser en épis à l'arrière de la tête. Peut-être que ses traits s'étaient faits un peu plus anguleux et son menton paradoxalement moins pointu. Mais Gabriel retrouvait toujours dans ces traits celui qui était son meilleur ami, avec cette aura particulière qui faisait qu'on avait envie de lui faire confiance. En revanche, Gabriel constata que James avait été forcé de rafraichir sa garde-robe de vêtements moldus. Les vêtements qu'il portaient avait l'air neufs et il ne les avait encore jamais vu auparavant. En soit, c'était normal, il avait quand même bien grandi. James avait opté pour un simple tee-shirt rouge sans fioritures, adapté à sa taille et un jean serré de couleur bleu marine.

« James nous racontait un peu les déboires de son oncle Percy à la course pour la place de Ministre, indiqua sa mère en lui servant son café habituel.
— C'est vrai que les élections sont à la fin de la semaine… C'est vraiment si agité que ça ?
— Oui, confirma James. À dire vrai, oncle Percy est tellement nerveux qu'il n'arrête pas de faire des gaffes chez lui.
— Ça lui ressemble bien, convint Gabriel en buvant une gorgée de son sésame noir.
— Mais papa aussi est assez tendu… Les élections font monter les tensions et ça ne lui plait pas beaucoup. »

Ça, Gabriel pouvait bien le croire. Il était passé au chemin de traverse la semaine dernière, pour aller s'acheter des plumes. Durant la demi-heure que dura sa commission, il avait pu voir plusieurs sorciers en venir aux mains après une divergence d'opinions et plusieurs partis faire de la propagande à renfort de cris, de tracts et de badges. Le parti conservateur avait même pris l'initiative de proposer un buffet gratuit.

« Oh, vraiment très bon ce bacon Mrs Madder, lança James en engloutissant sa tranche avec gourmandise. C'est bien l'un des rares trucs que Maman n'arrive pas à bien cuisiner.
— Pourtant je croyais que chez toi le bacon était délicieux.
— Quand c'est papa qui le fait, oui. Je ne sais pas où il a appris à cuisiner le petit déjeuner, mais ils sont au top ! Mais plus ça va, moins il a le temps de le faire, quand il est là. »

James était vraiment plein d'énergie aujourd'hui. Gabriel était un peu dérouté, mais savait que c'était la cause de ce jour tant attendu enfin arrivé. Ils terminèrent tranquillement leur petit déjeuner, échangeant leurs premières anecdotes de vacances, pour finalement se retrouver devant l'âtre de la cheminée, prêt au départ. Gabriel avait son sac sur l'épaule et embrassait sa mère.

« Soit sage devant Mr et Mrs Potter Gabriel.
— Promis maman, répondit le garçon, avant de se tourner vers James. Eliot et Bloom arriveront quand ?
— Eliot devrait être là pour le repas de midi, indiqua James. Bloom elle sera là au milieu d'après-midi, son père avait besoin d'elle pour une affaire quelconque. Par contre, Scorpius est déjà là et Rose arrivera dans les mêmes environs qu'Eliot.
— Et Séléné ? remarqua Gabriel. Tu n'en a pas parlé.
— Elle ne peut pas venir cette année. C'est dommage, mais bon… par contre, Lily a aussi invité Shannon, tu sais, sa meilleure amie.
— Génial, un été avec des Serpentard. »

La réponse était bien évidemment ironique, cela ne dérangeait absolument pas Gabriel. Mais il était vrai que Lily Potter avait surpris un peu tout le monde en finissant par aller dans la maison des verts et argents. Au fond, peut-être n'auraient-ils pas dû être aussi surpris. Après tout, la rouquine avait toujours eu un fort caractère et une certaine faculté à tourner tout le monde en bourrique.

À cette annonce, Albus et James s'étaient tout de suite levés pour créer un « groupe de défense de Lily Potter ». Les deux frères avaient craint que par la réputation de leur père, Lily ne soit la cible des attaques des Puristes, qui se trouvaient toujours en majorité chez les Serpentard. Aussi avaient-ils dépêchés quelques uns de leurs amis de Serpentard, Vincent Wight et Lucas Moon pour James, Jasper Harper et Arya Nott pour Albus, afin qu'ils l'aident dans la maison de la guivre. Pour ainsi dire, ce « groupe de défense » était plus devenu un « groupe de surveillance », du fait de la très bonne intégration de Lily chez les serpents. La jeune fille avait rapidement su s'entourer de son groupe d'amis chez les premières années, notamment de Shannon, avec qui elle était inséparable et les Puristes n'avaient pas tenté de s'en prendre à elle.

« Passe une bonne semaine Gaby ! dit Jenna.
— Merci p'tite princesse, répondit Gabriel en réponse au surnom honni.
— Je suis pas une princesse ! »

Gabriel et James éclatèrent de rire de façon synchrone. Puis, ils se tournèrent vers l'âtre, prêts à partir.

« Bon… à toi l'honneur Gabriel, sourit James.
— Comme tu veux. »

Le jeune Madder réajusta la lanière de son sac sur son épaule, puis prit de la poudre de Cheminette, avant de pénétrer dans la cheminée. Gabriel fit face à sa mère et sa sœur, à qui il adressa un dernier signe de main, avant de lâcher la poudre et annoncer :

« Le Septième Ciel ! »

Il ferma tranquillement les yeux, comme à son habitude, attendant le choc de l'arrivée. Il tournoya ainsi quelques instants, avant d'enfin sentir le sol sous ses pieds. Gabriel fit un pas en avant, rapidement, pour sortir de ce qu'il savait être l'âtre du salon des Potter. Il ouvrit les yeux.

Le salon du Septième Ciel n'avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois que Gabriel était venu chez James. Sitôt qu'il était sorti de la cheminée et après s'être épousseté un instant, le garçon avait pris le temps d'observer un peu cette pièce qu'il aimait beaucoup. Le salon était toujours aussi accueillant, avec ses fauteuils qu'il savait moelleux et son sofa au style élégant, mais à l'aspect pourtant tellement confortable. La dominante rouge du salon, par les tapisseries et les tentures, ne faisait que renforcer le sentiment chaleureux que renvoyait la pièce au garçon. Dans les faits, même si seule la couleur les rendait comparable, le salon des Potter lui rappelait la salle commune de Gryffondor, tant il s'en dégageait la même atmosphère douillette et accueillante. Et contrairement à chez lui, il était clair que cette propriété était sorcière, du sol jusqu'au plafond, plafond qui était peint (façon moldue) pour représenter un ciel constellé d'étoiles.

Alors qu'il observait, comme à son habitude quand il arrivait au Septième Ciel, le tableau représentant la famille Potter au complet accroché au dessus de la cheminé, il entendit le son de la porte du salon qui s'ouvrait. Gabriel, un sourire aux lèvres, se retourna pour faire face à Ginny Potter, la mère de James, radieuse.

« Bienvenue Gabriel ! C'est un plaisir de te revoir.
— Moi aussi Mrs Potter ! » s'exclama Gabriel en retour.

Ginny Potter étreignit brièvement le meilleur ami de son fils et l'embrassa sur la joue, marque d'affection un peu singulière aux yeux du garçon, qui était pourtant, selon James, hérité de sa propre mère, Molly Weasley. À en entendre Albus ou James, il semblait presque que Mrs Potter était plus affectueuse avec les amis de ses enfants qu'avec ces derniers. Gabriel devait avouer que pour sa part, il ne connaissait pas grand monde de plus adorable que Ginny Potter. Adorable, mais redoutable, car il l'avait aussi déjà vu en colère contre ses enfants et ce n'était jamais à moitié.

Il fut interrompu dans ses pensées par le son du feu qui surgissait dans la cheminée. Un instant plus tard, James en sortait, les lunettes un peu de travers et les cheveux encore plus ébouriffés qu'avant.

« Faudrait vraiment qu'on invente un système moins salissant pour les trajets, pesta James en s'époussetant.
— Tu dis ça à chaque fois, sourit Gabriel.
— Ce qui prouve bien que cela fait trop longtemps que dure le règne des cheminées poussiéreuses !
— Quand tu auras dix-sept ans, tu pourras passer ton permis de Transplanage, glissa Mrs Potter, amusée. Bref, les garçons, je vais vous laisser, j'ai le repas sur le feu et je m'en voudrais de vous le servir trop cuit.
— Je suis pressé d'y goûter, assura Gabriel. »

Mrs Potter répondit par un sourire, avant de disparaître par l'entrée du salon. Gabriel et James, enfin seuls, échangèrent un regard complice, un sourire dément sur les lèvres.

« Le meilleur moment de l'été commence enfin ! s'exclama Gabriel.
— Tu n'imagines pas à quel point j'ai attendu ce moment tout l'été, répondit James.
— Je crois qu'il peut très bien », fit une voix amusée.

Sans se départir de leur sourire, James et Gabriel tournèrent la tête vers l'entrée, où deux silhouettes étaient apparues. Une blonde, l'autre possédant les cheveux caractéristique des Potter. Gabriel leur fit un signe de la main, content de les revoir.

« Salut Albus, salut Scorpius. »

Les deux amis répondirent joyeusement, pendant que derrière eux, apparaissait les cheveux auburn de Lily. Gabriel sentit son cœur se gonfler de chaleur. Oui, c'était bien. Les vraies vacances commençaient maintenant.

~Fin du chapitre~


Surpris ? Je sais que la majorité d'entre vous ne s'attendaient pas à ça, un saut dans le temps de 3 ans. Je sais que vous vous attendiez tous en majorité à voir James, Gabriel, Eliot et Bloom entamer une enquête pour trouver le véritable coupable. Le fait est qu'ils l'ont bien entreprise, mais que ce n'est pas ce qui m'intéresse dans Sigma, vu que de toute façon, vous avez pu découvrir dans ce chapitre qu'ils ont fait chou blanc.

La suite de Sigma prendra donc place à l'époque de la cinquième année de nos héros, qui ont malgré tout changé depuis leur deuxième année. L'époque temporelle dans laquelle nous nous trouvons désormais est l'été avant la rentrée scolaire de 2020. Ce chapitre nous présente surtout ce qu'est devenu Gabriel (peut-être serez-vous surpris, peut-être serez-vous satisfaits), mais ne vous inquiétez pas, les autres arrivent dès le prochain chapitre. Il a toujours été prévu de faire une avance rapide dans le temps après l'accident du Cœur de Poudlard, après avoir fini de présenter les personnages et l'univers global. Je suis désolé pour ceux qui auraient préféré une avance linéaire dans le temps. ^^

Le prochain chapitre est déjà écrit et se nomme "Au Septième Ciel". Il gardera le point de vue de Gabriel, et vous contera les joyeuses vacances de toute leur petite bande.

Je profite cependant de cet encart pour signaler, aux curieux, que l'une de mes correctrices, Ryu, a enfin publié sa Fic sur le site. Si vous aimez l'univers des jeux Kingdom Hearts, n'hésitez pas à aller y jeter un œil, car la Fic est de très bonne qualité (vous la trouverez dans mes favoris). Mais vous n'êtes obligés de rien évidemment. ^^

Bref, revenons en à Sigma. Il me reste donc à vous remercier pour la lecture, tous autant que vous êtes ! Que vous ayez laissé un commentaire, ou que vous vous contentiez de lire sans laisser de trace, j'espère que cette histoire vous plait jusque là. J'attends évidemment vos retours par review, qu'elles soient positives ou négatives. Sachez que vos quelques messages m'encouragent à continuer, et à vouloir vous livrer le maximum de mes capacités actuelles. Sigma est un projet qui me tient à cœur, et j'espère vraiment qu'elle vous plait.

Et comme à chaque chapitre, je rappelle que oui, je réponds à toutes les reviews, y compris celles laissées par les lecteurs n'ayant pas de compte. Les réponses se trouvent dans le document accessible par mon profil. Par ailleurs, même si vous avez un compte, vous pouvez demander à ce que je laisse la réponse à votre Review également dans ce document.

Merci encore d'avoir lu, merci d'avance à ceux qui laisseront des commentaires ! Sincèrement, je vous aime du fond du cœur.

Niv'