~A propos de l'histoire~
Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.
Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013)
Résumé : Septembre 2017. Dix-neuf ans après la chute de Voldemort, James , fils aîné du Survivant, entre pour sa deuxième année d'étude à Poudlard, l'école de sorcellerie. Il fait partie de la génération qui n'a jamais connu que la paix, et aspire à mener une vie tranquille, aux côtés de ses amis. C'est également le souhait de Gabriel Madder, le meilleur ami de James. Insouciants et ignorants des réalités du monde, les deux garçons et leurs amis coulent une scolarité paisible, malgré l'orgueil écrasant de James et le manque de confiance en lui de Gabriel.
Pourtant, leur vie bascule du tout au tout lorsque tous deux se retrouvent impliqués dans un grave incident, celui du réveil des défenses de Poudlard. Incapables de se souvenir de ce qui s'est passé pendant cet événement, révoltés par l'injustice qui s'est abattue sur eux, les deux garçons et leurs amis décident alors de partir à la recherche de la vérité et du véritable coupable.
Ils n'imaginaient alors pas que tout ceci n'était que le premier acte d'une nouvelle crise, bien plus sombre et importante encore.
Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard
Rating du chapitre : K+
~Aide et correction~
Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Grenat sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.
~Personnages secondaires originaux apparaissant ou mentionnés dans ce chapitre étant déjà apparus précédemment~
-Athéna Branford : Ex-Poufsouffle, et aspirante Auror. Redoutable duelliste.
-Arya Nott : 4ème année de Serpentard. C'est une amie d'Albus, qui a veillé sur Lily. Albus et James l'ont croisé pendant la réception de Percy (chapitre 10).
-Jasper Harper : 4ème année de Serpentard. C'est un ami d'Albus, qui a veillé sur Lily.
-Henry Pendigton : Sorcier ayant été retrouvé assassiné avec la Marque des Ténèbres flottant au-dessus de son habitation (chapitre 12).
-Liam Viridian : Ex-Serpentard, ex-Préfet-en-Chef, et ancien étudiant en Droit Magique. Il a été retrouvé assassiné avec sa famille, meurtre signé par la Marque des Ténèbres (chapitre 10).
-Virgile Bones : Auror, porté disparu depuis environ deux semaines. On a retrouvé sa baguette brisée dans la maison des Viridian (chapitre 11).
~Résumé du chapitre précédent~
Malgré la joie d'être de retour à Poudlard, les malheurs du monde extérieurs se rappellent à la mémoire des élèves de Poudlard, avec un nouveau meurtre attaché à la Marque. Qu'importe, la reprise des cours se fait plutôt joyeuse pour James, Gabriel, Eliot et Bloom. Mais cette joie est de courte durée, quand James et Gabriel sont demandés par Harvey pour renouveler le Iurare. Gabriel parvient à tromper ce dernier pour dévoiler à Bloom et Eliot le fait qu'ils ont été découverts dans le Cœur de Poudlard trois ans auparavant, provoquant la colère de James, résultant en une dispute. Gabriel fini par abandonner ses amis, furieux.
~Note de Niva~
On m'avait demandé de mettre des résumés pour les personnages c'est fait. ^^ J'ai en prime mis un résumé du chapitre précédent, ça peut toujours être utile.
Bref... La suite donc. Je tiens à vous présenter mes excuses pour le délai impardonnable entre ce chapitre et le précédent. Je ne vous sortirais pas de raisons ou autres excuses, elles n'ont pas d'importance, et le fait est que j'ai eu bien plus de mal que prévu à écrire ce chapitre. Dans tous les cas, j'espère que vous me pardonnerez pour cela.
Je vous souhaite donc une bonne lecture.
Chapitre 13 : Le regard de l'aigle
Alors que la majorité des élèves se trouvait déjà dans la Grande Salle pour le repas, Albus put voir quelqu'un entrer par la grande porte, et se diriger vers la table des Gryffondor en toute hâte. Il fronça les sourcils, en voyant Gabriel venir ainsi seul, sans son frère, Bloom ou Eliot. Son visage était fermé, tiré même. Il connaissait suffisamment le meilleur ami de James pour pouvoir déterminer cela.. Cela fut confirmé, quelques minutes plus tard, avec l'arrivée de James, Bloom et Eliot. Aucun doute possible, le visage de son grand frère, qui se voulait neutre, masquait une colère bouillonnante. Quant à Eliot et Bloom, ces deux derniers avaient un air un peu perdu. Albus soupira, tout en reposant sa part de tarte à la mélasse – son dessert préféré – dans son assiette.
À côté de lui, le regard de Jolyne Chau se fit surpris. Albus comprenait bien, il était assez rare qu'il fasse démonstration d'un semblant d'agacement devant les autres. Du regard, elle l'interrogea, sans un seul mot. Albus répondit d'un petit coup de tête vers la table des Gryffondor, sachant que cela suffirait pour que son amie comprenne. La jeune fille tourna en effet son regard vers la table, furetant parmi les lions à la recherche soit du groupe de Scorpius, Séléné et Rose, soit de celui de James, Gabriel, Eliot et Bloom. Après quelques secondes à scruter la longue table, elle fixa son regard sur les quatre cinquième années, la compréhension prenant place sur son visage.
« C'est rare qu'ils soient en froid ces deux-là, dit-elle en replaçant une mèche de cheveux noirs derrière son oreille. Tu sais ce qu'il se passe ?
— Non. Scorpius m'a bien dit tout à l'heure que Gabriel semblait un peu de mauvaise humeur, mais il ne m'a parlé d'aucune dispute, répondit Albus. Donc aux dernières nouvelles, qui datent d'à peine trente minutes, tout allait bien.
— Et tu n'as pas d'idée de ce qui aurait pu se passer depuis ?
— Les connaissant, un truc stupide. Ils sont tellement proches tous les deux qu'il ne peut y avoir que des broutilles pour qu'ils se fâchent. »
Il ponctua sa phrase d'un petite sourire qu'il voulait rassurant.
« Je suis sûr que d'ici quelques heures, ils seront déjà passés à autre chose, ajouta-t-il. Ils ne peuvent pas se passer l'un de l'autre.
— Al' ! se mit à rire la jeune asiatique. Tu t'écoutes parler des fois ? »
Cet éclat de rire fit tourner la tête de leurs autres camarades de Serdaigle, qui se détournèrent un instant de leur repas et de leurs discussions. Albus soupira un peu, songeant que décidément, Jolyne avait bien du mal à être discrète. Surtout pour une Serdaigle. Parfois, il ne pouvait s'empêcher de songer que le Choixpeau s'était trompé de maison, et aurait peut-être mieux fait de l'envoyer à Gryffondor. Mais il se ravisa ensuite, en pensant à l'aspect très introverti de son amie.
Il était cependant troublé. Le garçon devait avouer ne pas avoir compris où voulait en venir son amie, ce qu'il n'aimait pas vraiment admettre. S'il y avait une chose qu'Albus détestait, c'était bien de ne pas comprendre quelque chose. Il tâcha cependant de masquer sa frustration naissante, tout en sachant qu'en face Jolyne en était sûrement consciente. Le garçon demanda :
« Qu'est ce que tu entends par là ?
— Tel que tu le dis, on pourrait croire qu'ils sont amoureux l'un de l'autre », railla Jolyne.
Albus remercia Merlin à ce moment précis qu'il ne soit pas en train de boire, car il était sûr qu'il aurait sûrement tout recraché sinon. Matt McKellen en face de lui avait beau être un garçon sympathique et compréhensif, il n'était pas sûr que cela lui aurait plu. En revanche, il ne put éviter la surprise, et même l'incrédulité faire irruption sur son visage, alors que ses camarades éclataient de rire autour d'eux.
« Potter et Madder sont gays ? demanda Catherine Richards, toute excitée.
— Va pas t'imaginer des truc ! intervint tout de suite Albus, reprenant contenance. Manquerait plus que ça, des rumeurs débiles.
— Bah, ils ont droit s'ils ont envie, dit Mary-Elizabeth Parker.
— Gabriel est encore et toujours amoureux d'Athéna Branford, c'est de notoriété publique, répondit calmement le jeune Potter. Mon frère, je ne crois pas qu'il ait quelqu'un en vue par contre.
— Donc si ça se trouve, il est bien amoureux de Gabriel ! s'excita à nouveau Catherine.
— Faudra vraiment qu'on m'explique pourquoi ça vous excite autant l'idée de voir deux mecs sortir ensemble, soupira alors Matt. Madder est le meilleur ami de Potter, rien de plus, Cathy. C'est comme si tu disais que je voulais être en couple avec Stanley, sous prétexte qu'on est meilleurs potes !
— Oui, et c'était juste une réaction sur une formulation maladroite de notre Bubus, calma Jolyne. Je ne veux pas être à l'origine d'une fausse rumeur.
— Surtout qu'il est très clair que c'est totalement invraisemblable, acheva Stanley Cykes. D'ailleurs, pourquoi vous discutiez du frère d'Albus et de ses amis au juste ?
— Te suffit de regarder leurs têtes pour comprendre. »
Albus observa la tête de ses camarades se tourner d'un homme vers la table des Gryffondor, avec une sorte de sourire tendre sur les lèvres.
« Quelle bande de commères, quand même… s'amusa-t-il.
— Poudlard n'est rempli que de commères faut dire, ajouta Jolyne. Tu sais ce qu'on dit, quand quelque chose est secret à Poudlard, tout le monde est au courant.
— Pas faux. Même si je suis certain que mon frère et ses amis ont quelques secrets non dévoilés sous le coude.
—Hum… C'est vrai qu'ils sont assez secrets parfois. C'est sûrement pour ça qu'ils attirent assez l'attention sur eux.
— Des fois, j'aimerais savoir un peu ce qu'il se passe entre eux », murmura Albus, plus pour lui-même que pour Jolyne.
Le mystère qui planait autour de son frère et de Gabriel à propos des événements d'il y a trois ans tournait parfois à l'obsession pour Albus. James n'en parlait jamais à la maison. S'il avait pu en parler. Al' avait vite compris qu'il avait été mis sous silence, ce qui était frustrant. Pas le moindre détail ne filtrait, et James faisait de toute façon généralement assez attention quand on s'approchait du sujet, en plus de se fermer sur lui-même. Le poids des souvenirs pesait toujours très lourd, malgré ce qu'il pouvait prétendre.
Albus releva les yeux, pour constater que les conversations avaient repris autour de lui. Leur curiosité rassasiée, ses camarades de Serdaigle étaient retournés à leurs sujets de discussion du moment. Comme la majeure partie des élèves de l'école, la chose qui revenait le plus était les meurtres qui avaient eu lieu ces derniers jours. Les tons se faisaient excités, craintifs, ou juste songeurs. Cela ne laissait personne indifférent. Albus lui-même était assez interpellé par cette histoire. Dire le contraire aurait été bien présomptueux de sa part. Selon lui, ça ne présageait rien de bon.
Le garçon reprit sa part de tarte à la main, pour l'engloutir d'une bouchée. Puis, Albus baissa les yeux vers sa montre pour regarder l'heure, avant de tourner la tête vers Jolyne.
« On reprend d'ici dix minutes… On a quel cours après manger déjà ?
— Histoire de la Magie, pour bien digérer, ricana la jeune fille.
— Je ne relèverais pas, Jolyne, dit Albus en roulant des yeux. Tu connais très bien mon avis sur la question.
— Tu es surtout l'un des seuls à aimer l'Histoire de la Magie, Al' ! Et ça fait maintenant trois ans que je me demande bien comment tu fais. »
Albus haussa les épaules. Il aimait réellement l'Histoire de la Magie, et tout ce qu'elle pouvait lui apporter. Plus qu'une compréhension du passé, Albus était convaincu qu'elle pouvait lui apporter des idées importantes pour le présent et des clés pour l'avenir. De ce qu'il savait, les Moldus partageaient plutôt cette idée. Au fond, c'était étonnant que les sorciers, pour leur part, ne soient pas vraiment attachés à leur Histoire, en tout cas en Grande-Bretagne. La faute était cependant facilement imputable à la personne – ou non-personne, Albus ne savait pas vraiment comment le qualifier – du professeur Binns. Même lui qui était passionné par le passé du monde de la sorcellerie trouvait que le fantôme était un professeur plus que médiocre, qui ne donnait aucune envie d'apprendre sa matière, pourtant fort intéressante. Cela le désolait.
Mais ce n'était pas pour parler du cours d'Histoire de la Magie qu'Albus s'était adressé à Jolyne.
« J'ai juste le temps d'aller voir Scorpius, Rose et Séléné, dit le garçon en se levant du banc. Possible qu'ils aient eu des bribes d'informations sur ce qui aurait déclenché la dispute.
— Si tu veux mon avis, je ne pense pas que ce soit le cas.
— Tu dois avoir raison. Mais je ne perds rien à aller les voir.
— Tu as surtout un prétexte parfait pour les retrouver quelques minutes, sourit doucement Jolyne. Je te garderai ta place habituelle en classe. Mais ne sois pas en retard, tu sais très bien que j'ai besoin de toi pour avoir une petite chance de suivre le cours.
— Ai-je déjà manqué de ponctualité ? rétorqua Albus avec un sourire ironique. Enfin, c'est promis. »
Il fit un petit signe de la main, puis se dirigea vers la table des Gryffondor, sans qu'un seul regard surpris ne se tourne vers lui. Depuis le temps, tout Poudlard s'était habitué à le voir faire ce trajet, ou que ses amis le fassent en sens inverse. Il remonta la longue table jusqu'à environ son milieu, pour retrouver, à leur place habituelle, Scorpius, Rose et Séléné. Il prit place sur le banc, saluant au passage les autres Gryffondor aux alentours.
« Je me demandais quand c'est que tu allais venir, s'amusa Scorpius.
— Je suis si prévisible que ça ?
— Voyons Al', avec la gueule que tire ton frère, c'était évident que tu allais venir essayer de nous grappiller des informations, ricana Rose.
— Mais je ne pense pas qu'on puisse dire grand chose à ce sujet, reprit Scorpius.
— Oh, moi je peux dire qu'en tout cas, ça semble assez sérieux, intervint Séléné, en tournant la tête vers Albus. La magie de James, et surtout celle de Gabriel, sont assez agitées.
— Tu peux dire ça comme ça, malgré tout le monde présent dans la Grande Salle ?
— À dire vrai, c'est surtout Gabriel qui m'a interpellé en rentrant dans la salle. Quand il est énervé, ça se sent facilement. Même pas besoin d'être aussi habitué que moi à sentir la magie. »
Oui, Albus comprenait ce que voulait dire Séléné par là. Le meilleur ami de son frère avait cette faculté étonnante de laisser sentir ses sentiments autour de lui quand ils étaient vraiment forts. Depuis le temps, il avait défini cela comme une sorte « d'aura » de magie, et avait constaté cela autour de plusieurs sorciers. Certains septième ou sixième années parvenaient également à faire cela, et pas uniquement pour des sentiments extrêmes. De même, la grande majorité de leurs professeurs pouvait maîtriser leur aura. C'était ainsi qu'il expliquait par exemple la sévérité et la maîtrise étonnante que parvenait à imprimer le professeur Dauclaire dans sa classe. Enfin, l'exemple le plus probant, restait quand même celui de son propre père. Fidèle à sa réputation d'être l'un des plus grands sorciers des temps contemporains, Harry Potter avait une pleine maîtrise de sa magie. Albus avait constaté que son père aimait teinter son aura d'une certaine douceur.
Mais cette histoire de sentir la magie, il n'y aurait jamais réellement fait attention si Séléné n'avait pas été là. Privée de sa vue, la jeune fille avait naturellement développé ses autres sens. En tant que sorcière, elle était donc également capable de sentir la magie autour d'elle, comme chaque sorcier, et avait, du fait de son handicap, plus développé cette faculté que la majeure partie de la population. Cela ne remplaçait guère son sens manquant, loin de là. Mais cela lui donnait, couplé à ses sens restants, une meilleure idée de ce qu'il se passait autour d'elle. Albus, Scorpius et Rose, peu à peu, apprenaient eux aussi à développer leur « ressenti » de la magie. Le garçon ne savait pas trop comment décrire cela. Ce n'était pas une chaleur, ni même une sorte de courant d'air, et encore moins quelque chose de visuel. Non, c'était plus comme une sorte de présence, un peu intangible, et assez difficile à vraiment décrypter.
« Donc forcément, vu que Gabriel était furax, j'ai ensuite essayé de me concentrer sur la magie de ton frère, reprit la jeune fille, la tête posée sur sa main. Il était tout aussi en colère que lui.
— Et donc ils n'ont rien voulu dire ? demanda Albus. Même Bloom et Eliot ?
— Tu sais comment ils sont, soupira Rose, levant les mains de dépit. Plus secrets qu'eux à Poudlard, y'a pas.
— Je pense que tu aurais plus de chances que nous pour la récolte d'informations d'ailleurs, ajouta le jeune Malefoy. James est ton frère après tout, il se livrerait sûrement plus facilement à toi qu'à nous.
— Faudra que je vois ça ce soir. Après, les connaissant, y'a des chances qu'ils se soient réconciliés d'ici là.
— Oui, c'est toujours comme ça. Pire que des filles.
— Hey, tu sais ce qu'elles te disent les filles, Scorpio ? lança la rouquine en donnant un coup de coude.
— De toute façon, au pire, on doit toujours aborder plus sérieusement le sujet « meurtres » avec eux, dit alors Séléné sans faire attention aux deux autres. Ils ont forcément à nous apprendre.
— Suffit de les inviter à nous rejoindre au foyer, remarqua le cadet des Potter. Ils refusent jamais… Enfin, ça implique que les deux zigotos se soient réconciliés d'ici là.
— Je vais m'occuper de ça, assura la châtaine avec un sourire malin. Puis, on peut toujours faire donnant/donnant sur les informations. Après tout, nous aussi on a quelques pistes à partager ! »
Albus hocha la tête, avec un sourire entendu. À côté, Scorpius et Rose continuaient de se chamailler, comme ils avaient l'habitude de le faire. Ce n'était jamais méchant. Et Albus trouvait parfois ça désespérant de gaminerie, tout en ayant au fond du cœur un certain attendrissement envers ses deux amis. Certains voyaient cela comme une marque d'amour vache entre eux, et que cela cachait donc quelque chose de plus fort que de l'amitié. Albus lui savait qu'il n'en était rien. Et puis, même s'ils se supportaient à peu près désormais, le père de Scorpius et celui de Rose feraient sûrement une crise cardiaque à une telle nouvelle. Ce qui en réalité, en un sens, donnait presque à Albus l'envie qu'ils se mettent ensemble, juste pour observer en riant la panique chez les Weasley et chez les Malefoy.
« Vous avez quel cours maintenant ? demanda-t-il.
— Aucun, on a une heure de libre ! s'exclama joyeusement Scorpius. Après, on te retrouve pour les Sortilèges. Tu as quoi toi ?
— Histoire de la Magie.
— Tchh… Je sais que t'aimes bien cette matière, mais moi ça ne m'a pas du tout manqué, frissonna Rose.
— Qu'est ce que dirait ta mère en entendant de telles paroles, railla Séléné.
— Que je suis bien la fille de mon père tiens ! rit en retour la rouquine. Enfin, c'est ce qu'elle aurait dit l'année dernière en tout cas.
— Ah non, ne te remets pas à déprimer ! prévint aussitôt le blond. On en a déjà assez parlé.
— Aux dernières nouvelles en plus, ça allait mieux, non ? tenta de la rassurer Albus.
— Oui… Mais j'ai quand même un mauvais pressentiment. Désolée de vous embêter avec ça. »
Pour faire bonne mesure sûrement, Rose afficha un sourire sur son visage à l'adresse d'Albus et Scorpius. Le Serdaigle n'était pas dupe du tout, et il savait que son meilleur ami non plus. Derrière ses lunettes, ses grands yeux bleus laissaient parfaitement transparaître toute son inquiétude.
« Bon, je dois me dépêcher, sinon je vais être en retard, déclara Albus après un regard à sa montre. On se retrouve tout à l'heure.
— Bon cours à toi, ricana Séléné. Oh, et passe le bonjour de notre part à Jolyne !
— Tu lui demanderas d'ailleurs si elle aimerait se joindre à nous après les cours, ajouta Scorpius.
— Si tu veux, mais j'en doute. Enfin… je file ! »
Albus fit un signe à Scorpius et Rose, avant de faire une légère pression sur le bras de Séléné. Il ramassa son sac, puis remonta la Grande Salle jusqu'à la porte à grandes enjambées. Il croisa alors le chemin de Keepood, le concierge, qu'il salua d'un signe de tête alors qu'il allait sûrement prendre son repas. L'homme lui répondit d'un large sourire bienveillant, qu'il avait la plupart du temps. Mais Albus ne traîna pas, et commença à monter les marches du grand escalier de marbre avec empressement. Il n'avait pas à aller très loin, la salle de classe d'Histoire de la Magie se trouvant au premier étage, mais Albus ne voulait pas louper le début du cours. Il n'aimait pas du tout être en retard. Puis, s'il loupait le début du cours, il savait également qu'il aurait le plus grand mal à trouver des notes correctes pour rattraper ce qui aurait été dit.
« Comme promis, j'ai gardé ta place, sourit Jolyne en voyant entrer Albus.
— Je n'en doutais pas. »
La jeune fille se pencha pour enlever son sac de la chaise, pour qu'Albus puisse s'asseoir. Le professeur Binns n'était pas encore arrivé, ce qui était une bonne chose. Albus prit le temps de s'installer, sortant ses affaires sur la table. Il était bien l'un des rares à être aussi précautionneux. Malgré la réputation de grosses têtes que pouvaient avoir les Serdaigle, la plupart de ses camarades ne prenaient que très peu de notes pendant ces cours, et s'occupaient à bien d'autres choses. Un coup d'œil à droite lui apprit par exemple que Hortense Larue, comme à son habitude, planchait sur un dessin. À côté d'elle, Artémis Jones l'observait avec attention, sans surprise encore. Il fallait avouer que Hortense avait un très bon coup de crayon, qui continuait d'impressionner Albus. Le garçon tendit le cou pour voir le dessin, et se mit à sourire. Apparemment, la discussion qu'ils avaient eu à table semblait avoir fait travailler l'imagination de la petite blondinette, puisque le cadet des Potter put reconnaître, malgré l'esquisse rapide, les traits de son propre frère, ainsi que le début de ceux de Gabriel. Et aux expressions qu'ils affichaient sur leurs visages, il n'y avait aucun doute quant à ce qu'allait représenter le dessin final.
« C'est Catherine qui t'a demandé de lui dessiner ça ? demanda Albus.
— Oui et non, répondit distraitement Hortense sans lever les yeux de son dessin, ni s'arrêter. J'avoue que je trouve ça intéressant à dessiner, un couple. Même s'il est fictif.
— Tu n'iras pas répéter ça à ton frère, Al', s'inquiéta Artémis.
— Tant que ça ne tourne pas dans l'école, je ne vois pas de raisons de le faire.
— Justement, c'est Catherine la cliente de ce dessin, rappela Jolyne. Tu connais la discrétion de cette dernière.
— Bah… Justement, si elle manque de discrétion, ça arrivera forcément aux oreilles du frère de Al', dit Icare River en se retournant sur sa chaise. Là, je ne donnerais pas cher de sa peau à Catherine.
— Oui, Potter, Madder, Dubois et Finnigan savent très bien se débrouiller pour faire la vendetta, se rappela Matt. Je pense qu'on se souvient tous du différend qui les a opposés au groupe de Mercer et Grayson.
— Oh… J'aimerais presque que Catherine aille diffuser ça juste pour voir les représailles, s'extasia Jolyne.
— En même temps, tu n'as jamais beaucoup apprécié Catherine », souffla Albus.
Il jeta un coup d'œil en arrière, vers sa camarade de Serdaigle. Catherine ne semblait pas du tout avoir remarqué qu'on parlait d'elle, et s'occupait à discuter avec passion d'un sujet quelconque, qui de toute façon n'intéressait pas le garçon. En face, Erina Pryde l'écoutait avec attention. Ou ennui. C'était toujours difficile de le deviner, son expression était la même pour les deux possibilités.
« Tu as même plutôt tendance à ne pas apprécier la compagnie de grand monde, ajouta-t-il avec un sourire en coin.
— Mieux vaut être seule que mal accompagnée, tu connais le dicton, rétorqua Jolyne, pas le moins du monde blessée. Estimes-toi heureux que tu fasses partie de mes rares élus.
— J'en suis honoré, crois-moi, ironisa Albus. J'imagine donc que tu refuseras encore l'invitation de Scorpius à nous rejoindre après les cours ?
— Il m'a invitée ?
— Il m'a demandé de te passer l'invitation.
— Je ne sais pas, éluda-t-elle. J'ai pas envie de déranger, je ne me sentirais pas à ma place. Ce sont tes amis, pas les miens…
— S'ils te le proposent, c'est que ça ne les dérange pas… Puis, c'est surtout que l'on va essayer de voir si mon frère et ses amis ont réussi à avoir plus d'informations sur le meurtre des Viridian. »
Jolyne ouvrit la bouche pour répondre, mais n'eut pas le temps de le faire. La silhouette nacrée du professeur Binns était apparue depuis le tableau. Autour d'eux, leurs camarades se mirent alors à leur place et les conversations s'arrêtèrent. Jolyne haussa les épaules à côté d'Albus, avant de sortir sa plume et ses rouleaux de parchemin. Le garçon secoua la tête, mais décida de ne rien dire. Il savait très bien que Jolyne n'était pas vraiment ce qu'on pouvait appeler une personne sociable. Si elle parlait relativement bien avec les Serdaigles de leur année, cela avait pris du temps. Les relations restaient assez neutres, et elle ne s'ouvrait guère qu'à lui, ou bien à Arya Nott et Jasper Haper, qui étaient à Serpentard. Quand Albus allait avec Scorpius, Rose et Séléné, il savait qu'elle allait les rejoindre. C'était un peu étrange quand il y pensait. En quatre ans, Jolyne n'avait jamais vraiment fait connaissance avec ses amis de Gryffondor. Pour sa part en revanche, il était bel et bien devenu ami avec ceux de Jolyne. Arya et Jasper avaient notamment veillé au bien être de Lily, l'année dernière.
Albus ne fut pas vraiment surpris quand le professeur Binns déclara que cette année, ils allaient reprendre à partir du moment où ils s'étaient arrêtés l'année dernière, à savoir le schisme définitif entre le monde magique et le monde moldu. Cela commencerait évidemment avec l'étude des circonstances ayant mené au Code International du secret magique, en 1692.
« Je me demande comment c'était quand même, quand le monde de la magie était encore en lien étroit avec celui des Moldus, murmura Jolyne.
— Je pourrais bien te conseiller quelques ouvrages si ça t'intéresse vraiment, répondit Albus en terminant de noter le titre du cours sur son parchemin.
— Hum… Tu pourras toujours me filer ça, je verrai bien ce que j'en ferais. »
Le garçon hocha la tête, avant de reporter son attention sur le corps immatériel de Binns, qui avait déjà commencé à débiter son cours de son habituelle voix monocorde. S'il y avait une chose qu'Albus pouvait reconnaître à Binns, c'était bien qu'il connaissait parfaitement l'Histoire de la Magie, au point de faire son cours entier sans notes. Le garçon avait bien pris le temps, dans le doute, de vérifier les informations que leur transmettait le professeur. Il devait l'admettre, il n'y avait pas une seule erreur, seulement des simplifications, ce qui était assez normal.
Il nota tranquillement les faits racontés sans vraiment décrocher, profitant des quelques pauses que faisait parfois Binns pour observer les notes de Jolyne à côté de lui, afin de s'assurer qu'elle ne faisait pas d'erreurs en recopiant ses propres notes. Il savait très bien qu'au fond c'était un peu son problème à elle, et qu'il pourrait très bien la laisser se débrouiller toute seule. Scorpius lui-même disait qu'il était trop gentil bien souvent, et que les autres en profitaient. Il s'en fichait un peu.
« Tu es sûr de ce que tu as noté là ? murmura Jolyne en pointant l'extrémité de sa plume sur le parchemin d'Albus.
— Pourquoi tu me demandes ça ? dit Albus en gardant les sourcils froncés.
— Ben, tu as noté que « les puissantes familles sorcières avaient bien souvent des liens forts avec la noblesse moldue ». Tu vois les familles Puristes s'accoquiner avec les Moldus toi ?
— Avant le Code International du secret, oui. Ils ont retourné leur veste à ce moment-là, et évitent forcément d'y faire trop référence. Et comme personne ne fait vraiment attention aux cours d'Histoire de la Magie, et que c'est juste cité rapidement, peu de monde est vraiment au courant.
— Tu te rends compte que c'est une arme puissante contre les Puristes ce type d'information ?
— La mauvaise foi est une arme encore plus puissante, s'amusa Albus.
— Tu peux quand même attaquer les fondements de leurs croyances ! insista Jolyne. Tu peux prouver par A+B que les puissantes familles de sorciers ont longtemps été en contact avec les Moldus.
— Chut. »
Albus avait gardé un œil sur le professeur Binns pendant toute la conversation qu'il avait eu avec Jolyne, et avait distinctement vu le fantôme s'interrompre et tourner son regard vers eux. La jeune fille leva les yeux vers le professeur, et se mit à rougir de honte, avant de plonger sa tête sur son parchemin. Le fantôme ne dit rien, et reprit tranquillement son cours, comme s'il ne s'était rien passé. Personne ne releva d'ailleurs cette pause du professeur. Le fait que la moitié de la classe était occupé à totalement autre chose que de noter le cours expliquait facilement ce fait.
La fin du cours fut aussi monotone que d'habitude, Albus se contentant de noter sans que Jolyne ne vienne à nouveau l'interrompre. Le garçon s'en était un peu amusé. Il était toujours drôle de constater à quel point l'asiatique avait parfois un côté petite fille, quand elle se faisait prendre à faire quelque chose qu'il ne fallait pas. Il reboucha son encrier, alors que le fantôme traversait à nouveau le tableau pour sortir de la salle de classe.
Les Serdaigle prirent alors la direction du troisième étage, jusqu'au couloir des sortilèges, où comme son nom l'indiquait, se trouvait la salle de classe du professeur Flitwick. Quand ils y entrèrent, ils y retrouvèrent les Gryffondor, arrivés ici avant eux, et déjà assis à leurs places. Scorpius fit un signe à Albus, l'invitant à les rejoindre. Le garçon fit un petit signe à Jolyne, qui hocha la tête. Il alla donc retrouver le blond à sa table, qui se trouvait juste derrière celle occupée par Rose et Séléné.
« J'ai pensé à toi pendant le cours d'Histoire de la Magie, s'amusa le brun. Enfin, à ta famille plutôt.
— Qu'est ce que la « noble et respectable » famille des Malefoy est venue faire pendant le cours d'Histoire de la Magie ? s'étonna Scorpius.
— Ce n'était pas ta famille en particulier, mais les familles de sang pur, corrigea Al'. Le cours reprend sur le Code International du secret magique.
— Oh, non, ne va pas me refaire ce cours que je n'ai d'ailleurs pas encore fait ! se plaignit-il en laissant tomber sa tête sur le bureau. Je vais déjà le supporter une fois, pas la peine de commencer le travail de torture.
— Tu sous-entends que je suis ennuyeux ?
— L'Histoire de la Magie est ennuyeuse, nuance ! »
Albus haussa les épaules, sans répondre. La tête du professeur Flitwick était apparue derrière le bureau. Le sorcier commença à faire l'appel, toujours avec sa bonne humeur communicative.
Le cours porta sur les sortilèges d'attraction. Comme d'habitude, quand ils commençaient à étudier un nouveau domaine, le cours était théorique, et ils passèrent donc toute l'heure à griffonner sur leurs parchemins, tout en posant des questions au petit professeur, qui ne tarissait jamais d'anecdotes ou d'histoires pour illustrer son propos. Albus roula des yeux quand il entendit le petit sorcier raconter une histoire qu'il n'avait déjà que trop entendue, par de nombreuses bouches, celle du sortilège d'attraction utilisé par son père lors du tournoi des Trois Sorciers. Comme d'habitude, il ignora les regards qui se tournèrent vers lui. Depuis le temps, il y était habitué, bien que cela n'était guère agréable.
Les dernières minutes, à la fin du cours, furent consacrées aux démonstrations par le professeur, d'abord sur de petits objets, comme ils le feraient pour les prochains cours, puis peu à peu sur des choses de plus en plus impressionnantes. Une bonne partie de la salle de classe se mit à applaudir quand le professeur Flitwick, d'un seul coup de baguette, fit venir à lui la lourde armoire d'acajou adossée au fond de la classe, et qui contenait tout un tas de lourds grimoires. Albus et Scorpius eux ne purent s'empêcher de rire devant la différence de taille entre le petit homme et le meuble qu'il avait fait venir à lui.
Seule Séléné restait sans réelle réaction, sinon un petit soupir. Rose faisait pourtant de son mieux pour lui décrire ce qu'il se passait devant eux, mais cela ne remplaçait bien évidemment pas le spectacle réel. Plus loin même que juste le spectacle, cela amenait parfois pour la jeune aveugle un certain problème de compréhension des sortilèges qui lui étaient demandés. Il était déjà arrivé que le professeur Flitwick la prenne à part une soirée pour prendre le temps de s'occuper plus personnellement de Séléné. Il en était de même pour la Métamorphose ou la Défense Contre les Forces du Mal, de ce qu'Albus en savait. Séléné y mettait du cœur, mais s'en renfrognait toujours un peu, vexée.
« Fin des cours ! s'exclama joyeusement l'héritier Malefoy.
— On n'est que le premier jour, et tu en as déjà assez ? railla Rose.
— Je préfère le temps libre aux cours, répondit simplement le blond sans perdre de son sourire.
— Puis, on va enfin pouvoir discuter un peu de l'affaire Viridian, intervint Séléné.
— Vous avez réussi à réconcilier mon frère et Gabriel ?
— On en a juste parlé à Eliot et Bloom, répondit la châtaine. Ils avaient l'air intéressés, mais nous ont bien fait savoir qu'il était possible que James et Gabriel ne soient pas là.
— Ce qui nous arrange pas, mon frère est le fouineur-en-chef du groupe, marmonna Al'.
— Eliot et Bloom devraient en savoir assez pour en discuter avec nous, relativisa Scorpius.
— Pour qu'on leur tire les vers du nez plutôt, corrigea Séléné avec un sourire malin. Eliot est peut-être futé, il parle quand même trop.
— Des fois, je me dis que le Choixpeau aurait dû te mettre à Serpentard », frissonna Rose.
Les quatre amis rigolèrent tout en descendant l'escalier de marbre. Depuis ces trois ans qu'ils se connaissaient, Albus avait pu constater à quel point parfois les qualités attribuées à une maison ou une autre pouvaient se retrouver en chacun d'eux. Scorpius, derrière son côté tête brûlée et insouciant, assez commun des Gryffondor, avait un coté plus posé et sérieux, presque mélancolique, qu'il ne révélait que lorsqu'il se sentait en sécurité avec les personnes autour de lui. Séléné était un feu brûlant, dans tous ses bons et ses mauvais côtés. Elle était piquante, colérique, mais également chaleureuse et attentionnée envers les personnes qu'elle aimait. Aux yeux d'Albus, Séléné était l'une de celles qui représentait le mieux le peu de différences entre Gryffondor et Serpentard, les deux faces d'une même pièce. Rose enfin balançait la fierté involontaire qu'elle avait avec un véritable tempérament protecteur, profondément attachée à chacun de ses amis. Quant à lui… Albus n'aimait pas se décrire. Il n'estimait pas avoir assez de recul sur lui-même pour être juste.
« J'imagine qu'on saura s'ils ont réussi à calmer nos deux lionceaux une fois qu'on sera au Foyer, sourit Scorpius. Envie de parier ?
— À force de te voir toujours demander des paris, je vais vraiment finir par croire que ta famille manque d'argent, railla Rose.
— Et regardez qui dit ça… Je rappelle qu'il n'y a encore pas si longtemps, Weasley était un synonyme pour pauvre.
— Et maintenant on est la famille à la tête de la moitié du ministère, tu le prends pas trop mal ?
— Moi ça va, mon père en revanche… »
Il fit une grimace qui voulait tout dire, et qui fit rire Albus, sourire victorieusement Rose, et amusa Séléné, par le petit soupir qui l'accompagnait. Ils arrivèrent au couloir est du premier étage, qui donnait sur le Foyer. Le flot des élèves qui allaient et venaient ici était assez important. Les quatre amis ignorèrent la plupart d'entre eux, jusqu'à arriver sur la double porte qui marquait l'entrée de la fameuse salle commune à toutes les maisons.
L'atmosphère de cette pièce particulière était la préférée d'Albus. Quelle que soit l'heure du jour, on trouvait toujours des élèves pour s'y retrouver, discuter, rire, ou travailler. Elle était spacieuse, éclairée par de nombreuses fenêtres sur le mur du fond, ainsi qu'une cheminée, construite il y avait de ça cinq ou six ans d'après ce que Teddy avait dit au garçon. Les meubles, à l'origine récupérés ici et là dans Poudlard, étaient désormais intimement liés à la salle. On trouvait dans un coin, près du feu surtout, des fauteuils moelleux, un ou deux canapés, ainsi qu'une table basse, souvent occupée par une quelconque partie d'échecs ou de bataille explosive, comme c'était actuellement le cas. De l'autre côté de la pièce, on trouvait des tables et des chaises, qui étaient apparemment issues des quatre salles communes. Les murs et les sols de l'ensemble de la pièce enfin étaient recouverts de tapis et de tapisseries, qui coloraient joyeusement le lieu, et lui donnait cet air douillet qui plaisait tant aux élèves de Poudlard.
La salle était assez remplie, chose normale étant donné l'heure, celle de la fin des cours. Aucun des quatre amis n'y fit vraiment attention, habitués à ce joyeux capharnaüm. Albus avait directement tourné la tête vers l'un des coins de la pièce, là où ils avaient l'habitude de se retrouver. Il se sentit un peu soulagé, découvrant aux côtés d'Eliot et de Bloom les silhouettes familières de son frère et de Gabriel. S'ils étaient tout les deux à cette même table, cela signifiait qu'ils s'étaient réconciliés un minimum. Albus, un sourire aux lèvres, s'avança vers la table, évitant les quelques élèves qui discutaient sur le chemin en s'excusant du dérangement. Bloom fut la première à l'apercevoir, et lui fit un signe de la main, accompagné d'une mine qui se voulait réjouie. La tête des trois autres cinquième années se tournèrent alors vers eux, alors qu'Albus, Scorpius et Séléné arrivaient à leur niveau.
« Content de voir que vous vous êtes réconciliés, annonça d'emblée Scorpius en prenant place à table. On s'inquiétait un peu.
— On n'a pas encore fini de tirer totalement notre différend au clair, précisa James, le ton un peu incertain.
— On va laisser un peu de temps avant de décider ce qu'on va en faire, confirma Gabriel. Pas la peine d'ailleurs d'essayer d'en savoir plus.
— J'imagine que vous nous en parlerez quand tout ça sera réglé », sourit Rose.
Albus fut surpris de voir son frère et ses trois amis échanger un regard, dont il ne parvenait pas vraiment à saisir la signification. Ce ne fut que pendant une ou deux secondes, avant qu'ils ne reprennent un visage plus avenant. Eliot se pencha vers la table, s'avançant un peu vers eux, avec un petit sourire.
« Bon, pas la peine de tourner autour du pot, on s'est réunis ici pour discuter un peu de ce qu'il se passe au dehors, dit le Préfet.
— Le meurtre de Viridian, celui de Pendigton, et la Marque des Ténèbres qui lie tout ça, oui, résuma Albus. Un beau programme si vous voulez mon avis. »
L'expression des uns et des autres autour de la table se firent plus ou moins sérieuses. On se regardait, on se jaugeait, essayant de voir qui serait le plus à même de lâcher en premier une information à l'autre. C'était le jeu habituel qu'ils avaient. Leur but était de récupérer les informations que détenaient les autres en essayant en contrepartie d'en dévoiler le moins possible.
« Je propose que l'on commence par résumer les faits connus de tous, avança prudemment Bloom.
— Pourquoi pas, approuva Rose.
— Je commence si ça ne dérange personne, dit alors Gabriel, son regard balayant l'ensemble de la tablée. Donc, tout a commencé avec le meurtre de Liam, ainsi que de ses parents, il y a environ une semaine. Leur maison était surplombée par la Marque des Ténèbres, le symbole utilisé par les Mangemorts et Voldemort, ce qui a interpellé la population.
— Leur mort, d'après les informations que les Aurors ont accepté de donner à la presse, est due à un Avada Kedavra, continua Scorpius. Rien d'autre n'a été révélé pour le moment, l'enquête est toujours en cours. On ignore si la cible était Liam ou sa mère pour le moment, mais on peut écarter son père, qui était Moldu.
— Mais à première vue, les Viridian n'avaient pas d'ennemis. Ou tout du moins, pas d'ennemis pouvant aller jusqu'à vouloir les tuer, corrigea Bloom.
— Je crois que c'est tout ce qu'on a concernant les faits et les faits seuls sur le meurtre des Viridian, conclut Séléné. Ils ont été enterrés, et les Aurors n'ont apparemment rien trouvé de probant pour commencer à établir une piste définie. On aurait pu penser que c'était un cas isolé, et que la Marque n'était là que pour faire peur, mais il y a donc eu, hier, le meurtre de Pendigton.
— On n'avait jamais entendu parler de lui avant sa mort, confia Eliot. Et vous ?
— Même chose, inconnu au bataillon, répondit Albus, en secouant la tête. On ne peut pas vraiment donc explorer un peu les similitudes possibles et probables entre lui et les Viridian.
— Je peux peut-être vous venir en aide en ce cas. »
Avant même qu'Albus n'ait réellement eu le temps de comprendre, on installa une chaise entre Rose et Eliot. Tous les regards de la tablée se tournèrent vers la nouvelle arrivante, qui répondit d'un large sourire, un brin carnassier, bien reconnaissable. Les sourcils des uns se haussèrent de surprise, ceux des autres se froncèrent, suspicieux. Albus lui-même hésitait entre ces deux sentiments. Mais Arya Nott semblait n'avoir que faire de ces réactions, se contentant de prendre place avec un air légèrement provocateur. Son regard vert pétillait de malice – et d'avidité sûrement – derrière les quelques mèches folles qui retombaient devant son visage, tout en légères boucles. Albus savait pourtant que derrière cet aspect sûre d'elle, conquérante même, il se cachait une personnalité généreuse et douce Ce que son frère pour sa part ignorait.
« Ça va finir par devenir une habitude que tu espionnes nos conversations, Nott, soupira James, un brin agacé.
— La dernière fois, c'était une conversation que tu avais avec toi-même ? railla la jeune fille. Désolée de t'avoir interrompu.
— Ça ne répond pas à ma question… Tu nous espionnes ?
— Je viens juste d'arriver, assura Arya. Ne vous en faites pas pour votre conversation top secrète, et vos informations exclusives !
— Tu sais même pas de quoi on parle, défia Gabriel.
— Je crois plutôt qu'elle sait très bien de quoi on parle, intervint Albus, sortant de ses songes. Jolyne était avec toi et Jasper, n'est-ce pas ? Et vous connaissant, vous avez voulu savoir un peu ce que je faisais avec Scorpius et les autres.
— Et lorsque j'ai appris que vous alliez parler des affaires de meurtres récentes, je n'ai pas résisté à l'envie de m'inviter, confirma la Serpentard. Pour une fois qu'une conversation entre Gryffondor est intéressante !
— Ça te ressemble bien, oui, sourit Séléné. Et tu disais donc pouvoir nous éclairer sur Pendigton ?
— On n'a jamais donné notre accord à ce qu'elle participe à cette discussion, objecta Bloom, mal à l'aise. Ce n'est pas contre toi Nott, je précise…
— Non je comprends bien. Mais le fait est que vous avez besoin des informations que je détiens, donc j'imagine que je peux rester là en échange.
— Un conseil, n'essayez même pas de vouloir la faire partir, s'amusa Scorpius. Quand Arya veut quelque chose, elle l'obtient toujours.
— J'étais justement en train de me dire ça, ricana Eliot. Moi, si elle donne des informations utiles, je ne suis pas contre. James, Gabriel, Bloom ? »
Eliot avait tourné la tête vers ses amis, attendant leur réaction. Albus pouvait presque distinguer le raisonnement se faire dans l'esprit de son frère, avec un certain amusement, discernant un peu l'agacement que la jeune Nott provoquait chez lui par son arrivée subite, et son attitude un peu déstabilisante. En revanche, le visage de Gabriel restait impénétrable. Seuls ses yeux, braqués sur le visage de la Serpentard, laissaient transparaître une sorte de sévérité. De toute évidence il sondait Arya, pour juger si elle était digne de confiance ou non. Bloom enfin avait rapidement haussé les épaules, signifiant que cela lui était égal. Albus retourna son attention sur James, qui venait de se reculer sur son dossier, ce qui était, il le savait, le signe qu'il était arrivé à une conclusion.
« J'imagine que c'est un marché équitable, trancha James. Gabriel, tu en penses ?
— Tu comptes répéter ça à quelqu'un ?
— À Jasper, répondit simplement Arya. Il serait venu si Jolyne n'avait pas été aussi intimidée à l'idée de se retrouver avec tant de monde qu'elle ne connaît pas ou peu.
— Vous avez tranché ça au pierre-papier-ciseaux ? s'amusa Rose.
— Comme d'habitude ! Et comme d'habitude, j'ai gagné, Jasper est mauvais à ça.
— Je n'aime pas trop l'idée que tu ailles répéter ce qu'on pourra relever, avoua Gabriel, la moue mitigée.
— Vous faites sonner ça comme si c'était un secret national, railla la Serpentard. Qu'est ce que vous avez à perdre ? J'ai des informations qui vous seront utiles, et vous en avez qui m'intéressent. On échange nos informations, tout le monde est content, rien de plus simple !
— C'est vraiment très froid parfois la logique des Serpentard, dit Eliot, songeur. Sur la théorie, oui, c'est très simple, mais comprends qu'il n'y a rien qui nous assure que tu ne répéteras ça qu'à Jasper, ou bien que Jasper ne répétera pas ça lui-même. Moins il y a de monde à garder un secret, mieux il est gardé.
— Vous voulez quoi ? Que je fasse un serment inviolable, un rituel pour m'empêcher de parler ? » s'exaspéra Arya.
Albus se retrouva surpris en constatant les émotions qui passèrent alors sur le visage de Gabriel, et sur celui de James. Les deux garçons se montrèrent étrangement surpris, voire même… horrifiés. Oui, c'était le mot. Albus ne comprenait pas vraiment pourquoi. Les deux amis échangèrent un regard, avant de hocher la tête.
« Non, non, c'est bon, dit finalement Gabriel, la voix un peu plus faible que d'habitude. Va pour le deal.
— Enfin raisonnables à ce que je vois ! »
Arya semblait vraiment satisfaite, ce qui semblait singulièrement agacer Gabriel en face. Albus pour sa part tourna la tête vers Scorpius, qui lui répondit d'un léger hochement de tête. Le changement d'avis aussi soudain de Gabriel l'avait tout aussi surpris que lui. James non plus ne semblait pas forcément jouer cartes sur tables. Albus avait déjà constaté de tels comportements chez les deux garçons, parfois. La plupart du temps, ces comportements n'avaient, comme ici, aucun sens apparent avec le contexte. Avec ses amis, ils avaient fini par déterminer que cela avait sûrement un lien avec le mystère qui entourait les deux garçons concernant l'accident du réveil, mais rien de plus. Alors qu'Albus pouvait habituellement lire en son frère comme dans un livre ouvert, dès lors que l'on s'approchait de tout cela, il devenait aussi trouble que l'eau du lac de Poudlard un jour de pluie.
« Du coup, j'imagine que je peux maintenant parler de ce fameux Pendigton.
— Trois secondes, intervint Bloom.
— Qu'est ce qu'il se passe ? demanda Séléné, fronçant les sourcils.
— Je n'ai pas trop envie qu'on vienne encore fouiner, répondit la rouquine en sortant sa baguette. Assurdiato !
— Mince ! s'exclama Gabriel en se frappant le front. On a pourtant l'habitude de le faire ! Pourquoi on n'y a pas pensé plus tôt ?
— Le tapage de la salle est souvent suffisant pour couvrir une conversation, répondit Rose en réajustant ses lunettes. Puis, dites vous qu'au moins, cela nous aura permis de faire venir Arya et ses informations sur Pendigton.
— Tu peux reprendre, Arya, encourage Albus.
— Personne d'autre ne compte me couper ? Bien… »
Elle prit une inspiration, avant de commencer.
« Vous voulez donc en savoir un peu plus sur ce fameux Henry Pendigton, dit-elle en se penchant un peu plus sur la table. On peut déjà commencer par ce qui a été dit dans la Gazette, à savoir qu'il s'agissait d'un supporter des Réformistes, comme l'étaient les Viridian. Ou en tout cas Liam.
— Il avait un rôle particulier dans le parti, où il était juste partisan de leurs idées ? interrogea Scorpius.
— Il ne faisait pas officiellement parti des rangs des Réformistes, mais partageait leurs idées. C'était un sorcier né-moldu, dans une famille plutôt fortunée d'ailleurs. Avec les lois facilitant les échanges entre les deux mondes, il a pu utiliser sa fortune familiale pour monter ses affaires dans notre monde, et ma foi, ça marchait mieux que bien.
— Donc c'était une sorte de chef d'atelier ? demanda James, songeur.
— Pas vraiment, répondit Arya. Il investissait, il commerçait… Il a peut-être fait l'acquisition de quelques ateliers ici et là, mais je n'en sais pas grand chose de plus. C'est vraiment compliqué, et ça ne m'intéresse pas vraiment. Son rôle, c'était surtout de faire transiter de l'argent, et de faire des affaires avec Gringotts. Il faisait un excellent intermédiaire entre les commerçants et les gobelins d'ailleurs, c'est comme ça qu'il s'est fait connaître.
— Ton père faisait appel à ses services j'imagine, commenta Séléné. Il me semble que tu nous avais déjà dit qu'il s'occupait de toute la branche de l'édition au niveau du commerce.
— Oui, et c'est comme ça que j'ai connu le type. Enfin bref, ce n'est pas ce qui est important. Ce qui nous intéresse, c'est qu'il possédait une fortune à dépenser. Et donc, en tant que supporter des idées Réformistes, il investissait régulièrement de l'argent dans le parti, afin de leur venir en aide. Il paraît que c'était parfois frauduleux, mais les Aurors n'ont jamais réussi à le prouver. Mais le fait est que c'est lui qui a réuni la majorité des fonds qui ont été utilisés pour la campagne de Crow. Papa a passé une partie de l'été à ronchonner sur ça, vu qu'il est partisan des Progressistes. C'était un peu comme si son argent servait au financement du parti.
— C'est de notoriété publique ça, que Pendigton finançait les Réformistes ? demanda Rose.
— Vu que les politiques doivent justifier leur budget, pour prouver qu'il n'y a pas eu fraude, j'imagine que oui, argua Eliot. De ce que je sais, ta mère, qui dirige le Département de la Justice Magique, a insisté pour que des lois de transparence soient mises en œuvre. Ca avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque.
— Tu t'intéresses à ça toi ? s'étonna en retour la rouquine. Urgh… Dès que ma mère commence à aborder les lois, j'ai toujours l'impression que ma tête va exploser.
— Ce que je sais, c'est que Pendigton agaçait beaucoup de juristes à cause de ses magouilles, reprit Arya. Papa disait qu'il avait toujours une longueur d'avance, avec ses techniques issues du milieu moldu. Donc…
— Oui, je vois où tu veux en venir, confirma Gabriel. Il était ouvertement lié au parti Réformiste, ce qui est déjà vu d'un mauvais œil par les Conservateurs, et à plus forte proportion aux partisans de l'idéologie sang-pur. L'utilisation de techniques moldues, sa fortune issue de ce monde, et ses magouilles permanentes n'arrangeaient pas grand chose…
— Beaucoup de raisons de vouloir le tuer, en effet », acheva Albus, songeur.
Mais pas pour autant de véritable lien apparent avec les Viridian, autre que le parti Réformiste. Frustrant. En face d'eux, ni Bloom, ni James, ni Gabriel, ni Eliot ne semblaient non plus satisfait par tout ça. Il soupira, comprenant que c'était maintenant leur tour.
« J'imagine que c'est à nous d'intervenir, dit Séléné, comme si elle avait lu les pensées d'Albus. On a des éléments intéressants à avancer, et qui je pense devraient vous intéresser.
— Est-ce que ça permettrait de faire un lien entre Pendigton et les Viridian ? demanda Bloom. Car pour le moment, on ne peut pas dire grand chose .
— Je ne pense pas, avança Scorpius. Enfin bref, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'on s'est posé une question, qui peut sembler idiote, mais qui amène tout de même quelques problèmes : qui a lancé la Marque des Ténèbres ?
— Le tueur peut-être ? railla Arya.
— Et donc, qui pourrait potentiellement être le tueur ? reprit Scorpius, sans perdre son sourire. Car voyez vous, en s'intéressant à la marque, on peut déjà établir un problème, très simple, mais qui amène donc à pouvoir déjà émettre des hypothèses.
— En effet, la question est la suivante : comment le tueur a-t-il pu connaître la formule de la Marque des Ténèbres ? » déclara tranquillement Séléné.
Albus eut un large sourire en voyant l'expression surprise, puis songeuse, et enfin perplexe des quatre cinquième années et d'Arya.
« C'est vrai que maintenant que vous le dites, c'est une excellente question, marmonna James. La dernière fois que la marque est apparue, c'était il y a plus de dix ans… Et tous les Mangemorts, susceptibles de connaître la formule, sont soit morts, soit emprisonnés.
— Pas tout à fait, coupa Eliot, les sourcils froncés. Il y a quelques rares exceptions, comme ton grand-père, Scorpius.
— On y a pensé en effet, confirma Scorpius. J'aurais bien été poser directement les questions à mon grand-père, mais comme vous savez… »
Il se tut, son visage se fermant quelques instants. Personne ne vint l'interrompre, respectant son silence. Tous autant qu'ils étaient savaient le rapport plus que compliqué qu'avait Scorpius avec son grand-père, qui l'avait pratiquement renié pour être allé à Gryffondor. Tout du moins, c'était ce que Scorpius prétendait, car Albus savait que cela allait plus loin. Son meilleur ami ne disait rien sur le sujet, mais il le connaissait trop pour ne pas comprendre. Plus qu'une histoire de maisons, c'était toutes les croyances de Scorpius, contraires à celles de Lucius Malefoy, qui amenait l'incompréhension entre le grand-père et son petit-fils. Et Scorpius en souffrait, malgré tout.
« C'était donc l'une des possibilités que l'on a envisagé, le fait qu'on puisse interroger les rares Mangemorts relaxés, ou bien l'entourage des Mangemorts décédés ou emprisonnés, dit Rose. Il n'y a aucun doute qu'ils aient connaissance de la formule. Ce serait également possible que ce soit l'une de ces personnes l'auteur de ces meurtres. C'est une solution en tout cas.
— Mais dans le même temps, on ne s'est pas focalisés que sur ça, dit Albus, croisant les bras. On n'a pas pu s'empêcher de penser que la Marque des Ténèbres était une signature trop à même de mener les soupçons vers eux, ce qui n'est pas franchement une bonne idée. Les Mangemorts se sont dans le passé montrés plus intelligents que ça. Donc on en est venus à chercher dans une autre direction, voir s'il y avait une autre manière de connaître la formule de la Marque.
— Donc si tu le mentionnes, c'est qu'il y a bien un autre moyen, sourit Gabriel.
— Oui. Là, on ne peut que féliciter Rose, d'ailleurs ! dit Séléné.
— L'idée est venue de toi et Albus, répondit en retour la rouquine. Enfin bref, vu que la piste des proches des Mangemorts n'était pas totalement satisfaisante, on s'est dit qu'il faudrait aussi vérifier du côté des Mangemorts emprisonnés.
— C'est complètement tordu, marmonna Arya. Même pour nous les Serpentard.
— Mais on s'est dit que justement, si toutes les options abordées sont impossibles, alors la dernière option, aussi improbable puisse-t-elle être, doit forcément être la vérité, répondit Scorpius. Même si dans notre cas, c'est en partant de l'hypothèse qu'on ne pouvait pas obtenir le nom de la formule par les proches des anciens Mangemorts. Ou bien, autre option, mais qu'on a évidemment vite écarté, quelques personnes non-Mangemorts ayant pu entendre la formule à un moment ou un autre de leur vie, comme votre père à vous deux, James et Al'. Mais ça ne concernait généralement que les plus grands opposants à Voldemort.
— Enfin, le fait est qu'on est allés voir du côté des Mangemorts emprisonnés, voir ce qu'ils pouvaient nous révéler, énonça Albus. Et donc on a eu ici l'idée, sortie de je ne sais où, que si eux ne pouvaient évidemment pas révéler directement ce qu'ils savaient, les documents de leur jugement pouvaient eux nous renseigner dessus. Après tout, chaque séance de tribunal est enregistrée, et gardée précieusement dans les archives.
— Donc à partir de là, il fallait établir si oui ou non la formule de la Marque des Ténèbres apparaît dans les rapports de jugement, dit Séléné. Pour ça, Rose a été fouiller les affaires de sa mère, sans qu'elle ne s'en rende compte.
— Ce n'était pas très dur en même temps, elle était assez occupée par l'aide à apporter aux Aurors. Enfin, bref, on a donc notre réponse : oui, la formule apparaît dans les rapports.
— Donc ça signifie que quiconque possède un accès à ces derniers peut prendre connaissance de la formule, dit Bloom. Ca fait du monde ?
— En théorie, tout le monde a accès aux archives, en tout cas pour les affaires classées depuis un moment, répondit Scorpius. On a posé la question à la mère de Rose pour savoir ça. Les noms de tous ceux qui consultent les archives, ainsi que les archives consultées, sont conservés au ministère.
— Ça paraît trop simple, marmonna James. Je doute que les Aurors n'y aient pas pensé. Ils auraient forcément un suspect si c'était le cas.
— En effet, dit Albus. Il y a un hic : tout juriste possède un accès illimité aux archives, sans avoir besoin de préciser ce qu'il consulte. Idem pour les Aurors. Et si ce n'était que ça… Il est tout à fait possible de s'infiltrer dans les archives pour consulter ça sans laisser son nom. De ce qu'on a compris, ce n'est pas un service très bien gardé.
— Mais il faut déjà être capable de savoir qu'on peut obtenir la formule par ici, acheva Séléné. Donc en se demandant d'où vient la formule, on en vient à pouvoir soupçonner les rangs des Aurors, les juristes, et l'entourage des anciens Mangemorts. Ça réduit déjà les soupçons. »
Il y eut un hochement de tête de la part des autres, qui intégraient ces informations. Albus espérait maintenant que son frère et ses amis allaient pouvoir livrer aussi leurs informations. Mais lorsqu'Eliot ouvrit la bouche, ce ne fut pas pour entamer le récit de ce qu'ils avaient découvert.
« Franchement, plus on en apprend, et plus on dirait que ce sont les partisans de l'idéologie sang pur les coupables, marmonna-t-il. Mais en même temps, tout paraît tellement évident que ça cache, selon moi, forcément un piège.
— Faudrait déjà qu'on puisse mettre en lien avec ce que vous savez, intervint Séléné. On a pour l'instant tenu notre parole, à vous de le faire.
— J'espère que a vaut le coup, dit Arya.
— On a de quoi dire, répondit Gabriel, qui faisait visiblement attention aux mots qu'il utilisait. On peut déjà commencer par dire exactement comment on a découvert ce qu'on a découvert. »
Albus regarda Gabriel tourner la tête autour d'eux, pour s'assurer sûrement que personne ne les écoutait, malgré l'Assurdiato. Il fit alors un petit signe à James, qui prit la parole.
« Lors de l'enterrement des Viridian, on a constaté que papa s'était absenté, pour discuter avec Richard Harvey, son second, dit James. Ils se sont mis à l'écart de la foule pour ça. Harvey était venu pour lui donner les dernières informations.
— Oh… C'est pour ça qu'on vous a perdus quelques instants, remarqua Rose. Je me disais bien que cette excuse de l'envie d'aller aux toilettes était bidon…
— Vous avez réussi à espionner leur conversation ? demanda Albus en fronçant les sourcils. Papa a pourtant l'habitude de les protéger des oreilles indiscrètes.
— Ne pose pas de questions, et nous ne te dirons pas de mensonges, répondit en retour James, citant une phrase que leur oncle George avait l'habitude de dire. Comment nous avons fait ça n'est pas important, ce qui importe, c'est ce qu'on a appris.
— À savoir les directions, les différentes pistes envisagées par les Aurors, commença à résumer Bloom. Ils ne se focalisent pas sur une seule piste, car comme nous avons tendance aussi à le faire, ils considèrent que l'apparition de la Marque des Ténèbres porte trop facilement l'attention sur les Puristes. Trop simple.
— La Marque serait, selon cette hypothèse, plus là pour faire peur à la population, ce qui est réussi, il faut l'avouer, continua Eliot. Ils n'écartent pas la piste sang pur, mais ils étudient aussi une autre piste.
— Le parti Réformiste lui-même, c'est ça ? dit Arya.
— Tout juste, confirma Eliot.
— Ça n'a pas de sens, marmonna Scorpius. Ils étaient liés à ce parti, et la Marque des Ténèbres est un symbole anti-nés moldus.
— Non, ça en a, contesta Séléné. Je vois où ils veulent en venir… Il me semble que Liam était en froid avec Crow, en tout cas, c'est ce que j'ai entendu dire. Et Liam, tout comme Pendigton d'ailleurs, n'est pas une figure très importante des Réformistes.
— Crow était en effet une cible plus logique, dit Gabriel. Cependant, c'est l'une des directions qu'ils suivaient avant le meurtre de Pendigton, qui a peut-être remis les choses en cause. Après tout, Pendigton finançait la campagne de Crow, donc c'est que lui s'entendait avec lui.
— Voilà. Après, il y a d'autres pistes qu'ils étudient, mais elles sont moins importantes, reprit James. A part une autre piste, qui est l'autre information importante que nous avons. »
Il avait pris un air sérieux, qui faisait toujours doucement sourire Albus. Dans le même temps cependant, il était curieux de connaître cette nouvelle information.
« La baguette de Liam n'a pas été retrouvée sur lui, révéla-t-il. Celle de sa mère en revanche était sur son corps. Et surtout… une autre baguette a été trouvée sur les lieux du crime, brisée.
— Et à qui appartient-elle ? demanda Rose.
— Virgile Bones, répondit Bloom. Un Auror, qui a disparu de la circulation depuis deux semaines environ maintenant.
— Ce serait lui le tueur ? s'interrogea Scorpius.
— Non, pas forcément, contra Eliot. Ils estiment que c'est une possibilité, une piste qu'ils suivent sérieusement, mais ils ont du mal à y croire. Après tout, c'est un Auror confirmé, qu'il ait laissé une telle preuve sur les lieux du crime, s'il est coupable, ça paraît un peu gros.
— J'en conclus donc que Papa et Hayter sont plus à imaginer que cette baguette a été laissée là intentionnellement pour laisser penser que c'est lui, résuma Albus. Ce qui voudrait aussi dire…
— Que Bones serait mort, conclut sombrement Arya.
— Dans tous les cas cependant, il leur faut retrouver Bones, dit Gabriel. S'il est vivant, alors il est sûrement coupable, et dans ce cas, l'affaire est résolue. S'il est mort, alors peut-être pourra-t-on en apprendre un peu plus sur ce qu'on pourra retrouver sur lui.
— Mais… Justement, j'y pense ! Bones est un Auror, donc il a accès aux archives ! s'exclama Rose. Il pouvait connaître le sortilège pour faire apparaître la Marque.
— Et Pendigton a souvent eu affaire aux Aurors et à la Justice, ajouta Arya. Ca pourrait déjà être un lien.
— Mais ça ne nous dit pas pourquoi il aurait attaqué les Viridian, rappela Séléné. On commence à avoir beaucoup d'éléments, mais pour l'instant, on ne peut pas vraiment partir sur une piste plus qu'une autre… »
Les quatre cinquième années hochèrent la tête à la remarque de la jeune aveugle, d'accord avec elle. Albus était également de l'avis de son amie. Et ça le frustrait. D'un côté ils s'approchaient toujours de la vérité, il le sentait. Et de l'autre, plus ils en apprenaient, et plus tout cela devenait compliqué, tordu même. Alors qu'il pensait qu'ils allaient pouvoir avancer dans leur enquête, les quelques informations obtenues n'avaient pas ouvert de porte.
« J'imagine qu'on ne peut rien dire de plus, conclut finalement Scorpius. On n'a plus qu'a espérer que les Aurors soient plus efficaces que nous.
— Aucun doute là-dessus, soupira Bloom. Ils ont plus de moyens.
— J'espère surtout qu'ils trouveront le coupable avant qu'il n'y ait plus de meurtres, dit Rose. On dirait vraiment qu'on marche vers la guerre, et ça ne me plait pas du tout… »
La conversation sur ce sujet fut close avec cette phrase. D'un seul regard, tous se mirent d'accord pour en rester là, et ne plus en parler. Bloom agita tranquillement sa baguette, arrêtant l'Assurdiato. Arya brisa finalement le silence, se tournant vers James avec un large sourire, tandis que le Gryffondor se raidissait devant cette expression, sentant la menace arriver.
« Sinon Potter, est-ce que tu as commencé à soigner ta schizophrénie latente ? »
Machinalement, les jambes d'Albus montaient les marches en colimaçon, suivant le trajet qu'il faisait tous les jours. Il tourna la tête derrière lui, voyant que Jolyne le suivait. Ils arrivèrent enfin au sommet de l'escalier, devant l'entrée de la salle commune de Serdaigle. Albus se sentit un peu soulagé en constatant que personne n'était bloqué devant la porte sans poignée. Il avait horreur de répondre aux questions de la tête d'aigle devant plein de monde. Il attendit que son amie soit à ses côtés, avant de lever la main pour frapper à l'aide du heurtoir. Comme d'habitude, le bec de l'oiseau s'ouvrit, pour poser sa question de sa voix douce.
« En avoir trop amène l'ennui, pourtant, lorsqu'on le consume, nous mourons. Que suis-je ?
— Hum… Elle ne m'a pas l'air très dure celle là, commenta Jolyne.
— Comme chaque début d'année, répondit Albus en souriant. Poudlard laisse le temps aux première années de s'habituer. A toi l'honneur.
— Bien, bien. La réponse est le temps.
— Tâchez de bien l'utiliser », conseilla la voix de l'aigle.
La porte s'ouvrit, les laissant pénétrer dans la salle commune. Albus était déjà allé dans la salle commune de Gryffondor, et pouvait donc parfaitement comparer les deux. Sans vouloir être méchant envers ses amis, le garçon préférait cependant sa propre salle commune, bien plus spacieuse et aérée que toute autre pièce du château. La vue par exemple que l'on pouvait observer depuis les fenêtres était fabuleuse. Il adorait observer un peu les montagnes environnantes chaque matin, après qu'il se soit réveillé. Il appréciait aussi l'ambiance calme qui se dégageait de la salle, avec sa dominante bleue, à même de calmer les esprits, et les étoiles au plafond, qui n'étaient pas sans rappeler la Grande Salle, bien que celles-ci soient peintes. La salle était toujours assez calme, sauf après un match de Quidditch victorieux.
Présentement, seuls quelques élèves étaient encore présents, tous plongés dans leurs livres, ou bien occupés à discuter d'un quelconque sujet d'étude ou d'expérience. Cependant, alors que la plupart des élèves prenaient généralement place dans les fauteuils les plus proches de la cheminé, Albus lui se dirigea vers le coin opposé, près d'une grande fenêtre donnant vue sur le lac de Poudlard. Tout comme James, il avait une certaine appréhension du feu, certes moins prononcée, mais tout de même assez forte pour qu'il puisse considérer ça comme une phobie. Jolyne vint s'asseoir en face de lui, posant son regard sur l'eau lisse du lac, qui reflétait les derniers rayons orangés du soleil.
« Désolée d'avoir mêlé Arya à tes affaires, déclara finalement la jeune asiatique. Mais tu sais comment ils sont.
— Ce n'est pas grave, répondit Albus. D'une certaine manière, ça nous a aidés. Enfin, je crois…
— Ton frère et Gabriel se sont réconciliés ?
— C'est ce qu'il semblerait, oui. Ils ont sûrement encore quelques petits trucs à régler entre eux, mais c'est leur problème. Enfin… Oh, j'oubliais. »
Le garçon se pencha vers son sac, posé à côté de lui, pour en sortir un rouleau de parchemin et une plume.
« C'est à mon tour d'envoyer une lettre à nos parents, se justifia Albus. Ca tombe bien, j'ai quelques questions à poser à papa.
— Vous êtes vraiment intéressés par tout ça, hein ?
— Inquiet serait un mot plus juste… Je m'inquiète pour mon père, ma mère, ma famille… Ils ont quasiment tous des responsabilités dans notre monde. Si une guerre doit éclater, ils seront en première ligne… »
Albus baissa la tête, les yeux fixant le vide. Le simple fait d'exprimer ses pensées, qui parasitaient un coin de son esprit sans qu'il ne puisse les supprimer, lui faisait réaliser à quel point il s'inquiétait de tout ça. Toute la journée, il s'efforçait de ne pas y penser, d'afficher la bonne humeur pour laquelle il était connu. Ce n'était pas si dur. Mais dès lors qu'il se retrouvait seul, tous ses doutes revenaient, plus forts que la veille. La confiance en lui qu'il semblait arborer n'était qu'une façade, qu'il ne laissait que difficilement tomber, pas devant les autres.
« J'ai peur, avoua-t-il, plus pour lui que pour Jolyne.
— Allons, tout n'est pas si grave. Avec ton père sur l'affaire, aucune chance que le coupable de ces meurtres puisse s'en sortir, pseudo-mage noir ou non ! C'est le plus puissant sorcier du monde !
— Gabriel te reprendrait sur ça, s'amusa Albus, avant de retrouver de son spleen. Je sais bien que mon père et les Aurors feront tout pour éviter ça… Mais je ne peux m'empêcher de songer au pire. Ces meurtres qui commencent à s'empiler, la terreur qui s'installe… Il y a tant d'exemples de mauvais sorciers ayant débuté leur règne de terreur ainsi dans l'Histoire…
— Arrête de te faire autant de souci ! dit Jolyne d'une voix ferme. Ce n'est pas à toi de te soucier de ça, tu n'as que 14 ans. Ton père ne voudrait pas que tu t'inquiètes. L'important, c'est de réussir nos études, et de profiter de la paix que nos parents nous ont offert. C'est ça qu'ils veulent. »
Jolyne appuya ces mots d'un sourire. Albus n'avait jamais réussi à comprendre pourquoi ce sourire avait cette faculté, étrange, de le rassurer lorsqu'il doutait de lui. La seule chose qu'il pouvait faire, c'était répondre par un sourire, qu'il voulait sincère, mais qu'il savait toujours trop faible par rapport à ce qu'espérait son amie. Elle en soupirait toujours en riant doucement.
« Merci…
— Il n'y a pas de quoi ! Bon, tu veux que je t'aide à écrire cette lettre ? »
Devant le sourire de Jolyne, Albus ne se trouva pas le cœur à refuser, et l'invita à s'asseoir sur l'accoudoir, voir ce qu'il allait écrire.
~Fin du chapitre~
Nouveau point de vue ! Albus rejoint donc James et Gabriel en tant que point de vue pour conter les évènements de Sigma. Je vous avouerais que ce n'était pas prévu du tout à la base, mais le personnage s'est mieux développé que ce que j'avais imaginé, et présentait par ailleurs un point de vue que j'estimais intéressant. Il interviendra moins souvent que James et Gabriel, mais continuera malgré tout de prendre quelques chapitres ou portions de chapitre, pour donner un regard différent de celui de son frère et du meilleur ami de son frère.
Ce chapitre donc vous a tranquillement posé un peu tout ce qu'on peut savoir, pour le moment, sur les meurtres liés à la Marque des Ténèbres. Le prochain chapitre lui va relancer une autre intrigue, mais également, enfin, donner une réponse à une question déjà posée. Gabriel sera le point de vue de ce chapitre. ^^
Il ne me reste plus qu'à vous remercier pour cette lecture. J'apprécie toujours autant vos retours, et compte continuer à vous partager cette histoire. Je remercie également les personnes qui suivent la fiction, ou l'ont mise dans leurs favoris. Ce sont vos messages qui me donnent le courage de continuer quand j'ai une baisse de forme. Merci beaucoup.
À la prochaine fois !
Niv'
