~A propos de l'histoire~
Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.
Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013)
Résumé : Septembre 2017. Dix-neuf ans après la chute de Voldemort, James , fils aîné du Survivant, entre pour sa deuxième année d'étude à Poudlard, l'école de sorcellerie. Il fait partie de la génération qui n'a jamais connu que la paix, et aspire à mener une vie tranquille, aux côtés de ses amis. C'est également le souhait de Gabriel Madder, le meilleur ami de James. Insouciants et ignorants des réalités du monde, les deux garçons et leurs amis coulent une scolarité paisible, malgré l'orgueil écrasant de James et le manque de confiance en lui de Gabriel.
Pourtant, leur vie bascule du tout au tout lorsque tous deux se retrouvent impliqués dans un grave incident, celui du réveil des défenses de Poudlard. Incapables de se souvenir de ce qui s'est passé pendant cet événement, révoltés par l'injustice qui s'est abattue sur eux, les deux garçons et leurs amis décident alors de partir à la recherche de la vérité et du véritable coupable.
Ils n'imaginaient alors pas que tout ceci n'était que le premier acte d'une nouvelle crise, bien plus sombre et importante encore.
Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard
Rating du chapitre : T
~Aide et correction~
Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Grenat sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.
~Personnages secondaires originaux apparaissant ou mentionnés dans ce chapitre étant déjà apparus précédemment~
-Shannon Nielson : Meilleur amie de Lily Potter, une espiègle Serpentard.
~Résumé du chapitre précédent
James, Gabriel, Eliot et Bloom n'ont pas abandonné l'idée de trouver le Cœur de Poudlard. Les quatre amis passent une nuit de plus à tenter de retrouver son entrée, sans succès encore une fois. Le lendemain, au repas, la nouvelle d'un nouveau meurtre parvient par la Gazette du sorcier, meurtre qui touche pour la première fois un proche d'un élève de l'école. Les choses semblent s'assombrir de plus en plus, alors que le directeur fait de son mieux pour rassurer ses étudiants.
~Note de Niva~
Petite note pour signaler que c'est le premier chapitre que je rate en T. Je ne pense pas qu'il y ait grand chose de bien violent, mais par précaution, je préfère le mettre. Ne vous attendez pas à des hectolitres de sang. X)
Chapitre 15 : Fenêtre sur l'autre
Les discussions qui animèrent le temps d'attente dans la salle de classe étaient peu animées. C'était quelque chose d'inhabituel. Cela allait de paire avec le retard du professeur Crivey, qui n'apparaissait toujours pas à la porte de la salle, alors que le cours aurait dû commencer depuis maintenant au moins dix bonnes minutes. Malgré tout, Octave, assis derrière Bloom, James, Eliot et Gabriel, faisait de son mieux pour détendre un peu l'atmosphère, en racontant la dernière histoire qu'il avait glané dans les couloirs. Elle concernait une soi-disant altercation qui aurait eu lieu entre la sœur de James et un groupe de Poufsouffle de deuxième année, durant la nuit. La seule chose tangible était que ces Poufsouffle avaient été retrouvés dans les couloirs en pleine nuit par Keepood, clamant que Lily Potter et ses amis les avaient piégés. Évidemment, ni Lily, ni Shannon, ni même Ignis Caldwell, l'autre meilleur ami de Lily, n'avaient laissé trace d'une quelconque balade nocturne. Gabriel était certain que c'était là la raison pour laquelle Lily avait eu besoin de la cape d'invisibilité la nuit dernière, ce qui parvint à lui arracher un petit sourire.
« Un peu de silence s'il vous plait », dit Crivey d'une voix ferme en refermant la porte derrière lui.
Elle claqua dans ses gonds, faisant sursauter les cinquième années. La réaction ne se fit pas attendre et les élèves s'exécutèrent en hâte, reprenant leur place. James et Gabriel échangèrent cependant un regard, surpris par l'air sévère voire fermé qu'arborait, une fois n'était pas coutume, le professeur de défense contre les force du mal ordinairement si joyeux. Les murmures qui s'élevèrent alors que Crivey prenait place à son bureau leur indiquèrent qu'ils n'étaient pas les seuls à s'en être rendus compte. Un seul regard fit taire ces derniers.
« Avant de commencer ce premier cours de l'année, dit Crivey, il me semble important d'aborder un sujet sensible. Vous n'êtes pas sans savoir qu'en juin prochain, vous aurez à passer vos Buses, qui sont des examens très importants pour votre vie future. Ce sont eux qui décideront de la poursuite de vos projets de carrière ou non. Je ne vous cacherais pas que j'ai été assez déçu d'une partie d'entre vous concernant vos résultats aux examens de fin de quatrième année. Une mention « acceptable » n'est pas suffisante à mon humble avis pour pouvoir continuer à étudier la défense contre les forces du mal, tout du moins pas dans de bonnes conditions. Une mention « effort exceptionnel » est plus que recommandée si vous souhaitez continuer ma matière pour vos Aspics, je vous encourage donc à multiplier vos efforts et votre travail dans ce but. »
Il appuya son regard sur l'ensemble de la salle, s'assurant que son message était bien passé. Puis, il contourna son bureau, sans perdre son air sérieux le moins du monde. Pas un mot ne vint réagir à cette tirade, pourtant assez sévère. Les paroles résonnaient encore dans les murs de pierre de la salle de classe. Les Gryffondor et les Poufsouffle se contentèrent de garder leur regard braqué vers l'enseignant.
« Ceci dit, nous allons pouvoir commencer notre cours, déclara le professeur, en se tournant vers le fond de la salle. Ouvrez vos livres, page 255. »
Gabriel se pencha vers son sac, en même temps que la plupart des élèves. Puis, il tourna les pages, jusqu'à arriver à celle voulue. L'illustration d'une silhouette noire encagoulée l'accueillit alors, un humanoïde a l'aspect singulièrement sinistre. Les Détraqueurs. Gabriel n'avait toujours eu qu'une vague idée de ce qu'étaient ces créatures, et il se doutait que nombre de ses camarades étaient dans le même cas que lui. La seule exception était sûrement James, confronté par le biais de son père depuis le plus jeune âge aux milieux les plus sombres et les plus effrayants de la magie. Le jeune Potter, après avoir lu le sujet du cours sur son livre, se recula sur sa chaise et resta silencieux, les bras croisés, le visage fermé.
« Parmi toutes les créatures qui existent dans le monde de la magie, les Détraqueurs comptent parmi les plus sombres, dit le professeur Crivey en se plaçant à côté du tableau. Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi ? Oui Miss Parkinson ?
— Les Détraqueurs nous font revivre nos pires souvenirs, répondit la Poufsouffle. Il se nourrissent de notre joie pour ne laisser que les souvenirs malheureux.
— C'est une bonne réponse, dit l'enseignant en hochant la tête, mais en gardant son air sombre. Les Détraqueurs sont en effet des créatures capables de sentir nos émotions, et qui s'en nourrissent. La joie est bien évidemment leur préférée. Ils vident l'air qui les entoure de tout bonheur, pour ne laisser plus qu'un froid intense qui emplit nos entrailles. Ils seraient presque comme une manifestation physique de la peur.
— Mais… il n'y a pas de Détraqueurs en Grande-Bretagne, non ? demanda Octave.
— Il y en a peu, le Ministère les a chassé du pays, les forçant à se replier sur le continent où dans les îles autour de la Grande-Bretagne. Mais ils étaient encore présents en nombre jusqu'à très récemment. J'imagine que vous avez déjà entendu parler d'Azkaban ? »
La plupart des élèves hochèrent la tête. Évidemment qu'ils avaient entendu parler de la prison d'Azkaban. Nombre de parents sorciers menaçaient leurs enfants désobéissants à l'aide de ce lieu. Gabriel, comme tout jeune sorcier d'Angleterre, savait parfaitement qu'il s'agissait de la seule prison sorcière du pays, qui comptait parmi ses résidents quelques uns des individus les plus sordides de leur monde. Les Mangemorts parvenaient encore aujourd'hui à terrifier les enfants.
« Sachez qu'il y a encore un peu plus de dix ans, les gardiens d'Azkaban n'étaient autre que des Détraqueurs eux-mêmes. Les détenus devenaient souvent fous et perdaient toute volonté de s'échapper, prisonniers dans la profonde spirale du désespoir.
— C'est horrible, marmonna Gwen, la main devant la bouche.
— Pourquoi les a-t-on enlevé de la prison ? demanda pour sa part Jason Wald. Euh, je veux dire… Oui c'est inhumain, je suis d'accord, et je pense que c'est une bonne chose pour les prisonniers qu'ils ne soient plus à Azkaban, mais… Ils ont été utilisés, et vous nous dites qu'ils se sont révélés efficaces pour éviter toute évasion… Donc, d'un point de vue pragmatique, s'en séparer n'est pas forcément une bonne idée.
— Une bonne question Mr Wald, accorda Crivey, fermant les yeux. La réponse à cette question rend cependant la décision évidente. Plusieurs cas d'évasions ont eu lieu il y a un peu plus de vingt ans maintenant, les premières en trois siècles, remettant quelque peu en question l'efficacité des Détraqueurs à garder les détenus. Mais ce qui a fait basculer la balance, c'est leur ralliement aux cotés de Voldemort. »
L'information laissa la salle silencieuse. Gabriel tourna son regard vers James, qui fixait leur professeur d'un regard perçant, sans la moindre surprise. Évidemment qu'il savait tout ça. Même si son père tâchait de la garder loin de tout ça, il avait été obligé de lui expliquer certaines choses, pour le rassurer un peu, autant qu'il était possible. James surprit cependant Gabriel en levant la main pour prendre la parole, ce qui était un peu inhabituel.
« Monsieur… Si les meurtres qui ont lieu en dehors de l'école sont lié à un mage-noir, ne serait-il pas possible que les Détraqueurs s'allient avec lui ?
— C'est tout à fait probable, répondit le professeur, sans détour. Après tout, plus rien ne les lie désormais au Ministère de la magie, et nous les avons privé de source constante d'âmes pour se nourrir.
— Se nourrir d'âmes ? releva Bloom. Vous aviez dit qu'ils se nourrissaient de nos souvenirs.
— C'est exact, mais les Détraqueurs, ultimement, se nourrissent également d'âmes. Voyez-vous leur cagoule ? »
Gabriel baissa les yeux vers la gravure du livre, observant l'étoffe fantomatique qui laissait sortir deux bras couverts de cloques. La cagoule qui recouvrait ce qui était la tête des Détraqueurs n'avait aucun orifice, que ce soit pour de quelconques yeux ou bien pour leur bouche. Malgré lui, il ressentit un frisson en réalisant les capacités de la créature.
« Sous cette cagoule se trouve une bouche, termina le professeur Crivey. C'est par elle qu'ils aspirent les âmes, dans ce qui ressemble à un baiser. C'est leur dernière et plus terrifiante arme, que l'on surnomme « le baiser du Détraqueur ». »
Le silence qui régna dans la salle était tout à fait inhabituel. Ils avaient beau avoir étudié quelques unes des créatures les plus dangereuses du monde sorcier, jamais l'une d'entre elle n'avait eu un impact aussi fort sur eux que les Détraqueurs.
« Notre monde possède de bien sombres aspects, et les Détraqueurs font partie de ces derniers… Le plus effrayant reste qu'en plus de toutes ces caractéristiques dignes de nos pires cauchemars, il nous est impossible de les tuer, murmura l'enseignant, tout en étant parfaitement audible de tous. Ils apparaissent, se multiplient, et parfois disparaissent, sans que nous ne puissions avoir d'emprise sur eux. Ils sont la parfaite représentation du mal.
— Il doit exister un moyen de se défendre non ? » interrogea Eulalie, mal à l'aise.
Le jeune Madder su tout de suite qu'il y avait quelque chose d'étrange. Pendant quelques instants, le professeur Crivey resta silencieux, fixant le bois de l'estrade où il se trouvait, les yeux plissés, la mâchoire serrée. Les élèves murmurèrent entre eux, surpris. Gabriel tourna la tête vers ses amis, croisant les sourcils froncés d'Eliot, James et Bloom. La classe resta cependant plutôt silencieuse, avant que le professeur n'ouvre la bouche, au bout d'une dizaine de secondes.
« Il existe un moyen, oui, lâcha-t-il d'une voix courroucée. Il existe un sortilège et un seul capable de nous protéger face aux Détraqueurs. Et je suis certain qu'il y a au moins une personne parmi vous qui le connaît. »
Crivey s'avança légèrement, avant de poser son regard sur James. Gabriel le vit retenir son souffle, impressionné par l'intensité avec laquelle le professeur le regardait. Tous les regards des autres élèves s'étaient tournés vers James. Le garçon inspira pour répondre, malgré le malaise qu'il laissait entrevoir.
« Le sortilège du Patronus, murmura James.
— Exactement. Le sortilège du Patronus. J'ai parlé des Détraqueurs comme la parfaite représentation du mal et du désespoir juste avant. Le Patronus est son opposée, la manifestation de la magie la plus lumineuse et la plus emplie d'espoir qui soit. Il révèle ce qu'il y a de meilleur en nous, et agit comme un bouclier entre nous et les pouvoirs des Détraqueurs. C'est un sortilège très personnel, qui lorsqu'il est lancé de façon complète prend une forme corporelle correspondant à un animal, qui sera différent pour chacun d'entre nous. C'est, à mes yeux, la plus belle magie qui existe. »
La fin de la tirade s'était achevé dans un souffle, qui avait captivé les élèves. Crivey n'avait pas perdu son humeur sévère loin de là. Pourtant, la manière dont il parlait du Patronus manifestait le profond respect qu'avait le professeur pour le sort. Gabriel en était presque émerveillé, et devait avouer être impatient d'apprendre à le lancer. Il déchanta dès lors que le professeur continua son monologue.
« C'est un sortilège qui est bien évidemment extrêmement compliqué à maîtriser, reprit alors l'enseignant, d'une voix ferme. La majorité des sorciers adultes sont incapables d'en conjurer un, ou bien ne parviennent-t-ils qu'à en conjurer des incomplets, qui sont bien moins puissants qu'un Patronus corporel. Les Aurors sont cependant sommés de le maîtriser pour prendre fonction, tenez-le vous pour dit.
— Il n'y a pas d'autre moyen de défense ? demanda Stan, la mine déçue.
— Aucun.
— Donc si jamais on venait à rencontrer un Détraqueur, nous sommes foutus, c'est ça ? » interrogea Harry Blunt.
Nouveau moment de silence. La mine de Crivey se ferma un peu plus, ce qui étonnait de plus en plus les élèves.
« Le professeur Harvey m'a demandé de vous entraîner à utiliser le sortilège du Patronus, déclara sèchement le professeur. Il m'a demandé de le faire pour tous les élèves de l'école à partir de la quatrième année.
— Quoi ?
— Vous nous disiez qu'il s'agissait pourtant d'un sortilège très difficile ! s'exclama Sue Lowell.
— C'est ce que j'ai dit, et je le maintiens, Miss Lowell. Vous êtes trop jeunes pour réussir à lancer un Patronus, pas assez préparés ! Mais le directeur n'a pas voulu céder. Vous n'êtes que trop au courant des événements qui courent à l'extérieur de l'école. Je l'ai dit, notre monde est sombre, parfois cruel, et notre but à Poudlard est de vous y préparer.
— Vous voulez dire qu'il y a des Détraqueurs en Grande-Bretagne ? s'alarma Alice Londubat.
— Non, mais leur retour est tout à fait possible, si le pire venait à arriver, répondit Crivey. Harvey veut vous préparer au pire, en vous demandant l'impossible. Mais il ne comprend pas… Tout le monde n'est pas Harry Potter, et nous ne sommes plus à la même époque… La place des élèves n'est pas sur les champs de bataille ! »
Les paroles du professeurs résonnèrent quelques instant contre les pierres des murs de la salle. Crivey ferma les yeux et se frotta le visage, l'aspect fatigué. Il s'appuya contre le bureau, et poussa un profond soupir. Gabriel lui trouva un air fatigué, à le voir ainsi, assis seul devant eux, dans la relative pénombre de la salle de classe, créée par les épais nuages gris qui masquaient le soleil, et diminuaient la luminosité des rayons que laissaient entrer les fenêtres.
« Je suis désolé de m'emporter comme ça, dit-il alors d'une voix où avait disparu la colère. Le professeur Harvey m'a demandé de vous apprendre à faire un Patronus, et je vais malgré tout lui obéir. Mr Potter… Connaissez-vous la formule du sortilège ?
— Spero Patronum, monsieur, répondit le jeune Potter, sans cligner des yeux.
— Exactement. Cependant, il faut savoir que la formule seule ne vous aidera en rien. Le Patronus requiert quelque chose de plus puissant derrière, dans laquelle il tirera la source de son pouvoir. Quelqu'un à une idée de ce que ça peut être ?
— Le courage ? proposa Bloom.
— L'amour ?
— La puissance magique peut-être ? dit Daniel Cera.
— Non, rien de tout ça. Réfléchissez, qu'est ce qui peut être la source du pouvoir permettant de contrer les Détraqueurs ? »
James lui-même ne leva pas la main. Gabriel échangea un regard avec lui, découvrant l'interrogation dans les yeux de son meilleur ami. Il haussa les épaules, incapable d'en dire plus. Les murmures parcoururent alors la salle, sous le regard du professeur Crivey, silencieux. Le regard de James, Bloom et Gabriel se tournèrent vers Eliot, qui gardait la main sur le menton, signe de profonde réflexion. Aucune réponse n'émergea, seuls les messes-basses flottaient dans l'atmosphère de la salle de classe.
Quelques coups donnés à la porte se firent entendre, faisant tourner la tête des élèves, et brisant la réflexion dans laquelle ils s'étaient enfoncés. Crivey annonça d'une voix forte à la personne d'entrer. La porte s'ouvrit, laissant apparaître le concierge de l'école, Julian Keepood. Le concierge avait sa baguette levée, faisant doucement léviter devant lui une grande malle, qui lui arrivait sûrement à la taille.
« Le professeur Harvey m'a demandé de vous apporter ceci Dennis, déclara le concierge avec sourire. Il m'a aussi indiqué qu'il faudrait en prendre le plus grand soin.
— J'y compte bien, assura l'enseignant. Merci Julian. »
Keepood hocha la tête, gardant son sourire tout en déposant la malle à côté du bureau. Puis, il tourna son regard vers les élèves, et leur fit un clin d'œil complice, qui fit rire quelques élèves. Malgré son poste, et malgré toutes les nuits passées à l'éviter, Gabriel appréciait Keepood. Et il n'était pas le seul. Après le vieux Rusard qui détestait tout le monde dans l'école, l'arrivée d'un concierge aussi jeune et ouvert d'esprit avait radicalement changé l'état d'esprit des élèves. Le garçon le regarda remonter les différentes tables, ses cheveux, longs et attachés dans le dos, bondissants derrière lui au rythme de sa marche. Il leur souhaita une bonne journée, avant de refermer la porte et quitter la salle.
« De quoi s'agit-il monsieur ? demanda alors Sarah en désignant de la tête la lourde malle.
— Vous le saurez bientôt, les rassura le professeur Crivey. Personne n'a d'idée sur la source de pouvoir du Patronus ?
— Je pensais… Au bonheur », proposa Eliot, peu sûr de lui.
Un sourire naquit sur les lèvres du professeur, le premier depuis le début du cours. C'était un faible sourire, mais il tranchait singulièrement avec la vitrine d'expressions qu'avait proposé Crivey jusque-là. Il se redressa, leur faisant à nouveau face de toute sa stature.
« On peut dire que c'est la bonne réponse malgré la nature abstraite de votre proposition Mr Dubois, accorda l'homme. La réponse exacte sont les souvenirs heureux que nous possédons. Voyez-vous le problème ? Se raccrocher à nos moments les plus heureux alors que les Détraqueurs les aspirent est quelque chose de très difficile. La maîtrise du Patronus demande non seulement une très grande maîtrise magique, mais également une forte volonté.
— N'importe quel souvenir heureux peut faire l'affaire ? demanda Gabriel, curieux.
— Dans la théorie, oui Mr Madder. Dans la pratique, même avec un souvenir très heureux il est compliqué de créer un Patronus, plus encore si nous sommes face à un Détraqueur. C'est un sort qui met à l'épreuve le sorcier de façon intense.
— Je commence à comprendre ce que vous disiez quand vous avez dit nous penser trop jeune pour le créer », déclara alors Phillip MacMillan, un peu abattu.
Crivey accorda un autre sourire à cette remarque. Gabriel ne lui donnait pas totalement tort. Tel que le décrivait leur professeur, créer un Patronus semblait être un exercice très difficile.
« Est-ce que vous êtes capables d'en faire un ? demanda Naomi Williams.
— Oui, répondit Crivey. Cependant, je ne vous le montrerai qu'une fois que nous aurons réalisé la première étape de notre apprentissage. Je compte organiser cela comme un projet s'étalant sur l'année, aussi ce cours sera le seul cours que nous consacrerons exclusivement au Patronus et aux Détraqueurs. Nous prendrons cependant régulièrement cinq minutes à la fin des cours pour observer votre progression. »
Il posa un moment se silence, pour vérifier que tout le monde avait compris ce qu'il venait de dire.
« Bien… ceci étant clarifié, nous allons donc pouvoir commencer. J'ai conscience qu'il s'agit d'un exercice très difficile, je vous l'ai déjà dit, et je ne vous en voudrais pas si vous ne parvenez pas à le maîtriser. Mais pour débuter, nous allons travailler à trouver un souvenir heureux, et pour vous aider, j'ai demandé au professeur Harvey de me fournir ceci. »
D'un geste de sa baguette, il ouvrit le couvercle de la male dans un grand bruit qui fit sursauter les filles assises au premier rang. Crivey se tourna vers la malle, et pointa sa baguette à l'intérieur, réalisant un sortilège de lévitation. Il en sortit alors, lentement, ce qui ressemblait à une bassine de pierre ancienne. Il la posa sur le bureau, la laissant à la vue de tous. Gabriel tendit le cou pour tenter de voir un peu ce qu'elle pouvait contenir. À sa grande surprise, la bassine était totalement pleine, d'une étrange substance blanche et métallique à la fois, dont il ne parvenait pas à déterminer la nature. Liquide ? Gazeux ? Sa surface continuellement agitée et presque immatérielle lui faisant cependant penser qu'il s'agissait de quelque chose de plus magique encore que les potions.
« Qu'est ce que c'est ? demanda Léo.
— Une Pensine, répondit simplement Crivey. C'est un objet permettant de collecter les souvenirs, pour les revivre, ou bien les faire vivre à quelqu'un d'autre.
— Vous voulez dire que ce qu'il y a là-dedans, ce sont des souvenirs ? s'étonna Rigel.
— Non, cette Pensine a été vidée de tout souvenir pour les besoin du cours. Ce sont vos souvenirs que nous allons étudier, afin de trouver le meilleur possible pour invoquer un Patronus.
— Vous voulez dire que tout le monde va voir nos souvenirs ? » s'inquiéta Alice Londubat.
Le professeur Crivey eu un petit rire, qui détendit un peu la salle, un peu mal à l'aise à l'idée que chacun puisse voir ses souvenirs. Le professeur pointa sa baguette à l'intérieur de la malle, pour sortir une seconde Pensine, puis une autre, et ainsi de suite. Le bureau du professeur, pourtant assez large, se retrouva recouvert par les sept Pensines que contenait la malle.
« Nous allons procéder par groupes, rassura Crivey. De préférence, mettez vous avec vos amis. Ou a défaut, avec les personnes avec qui vous ressentirez le moins de gêne à l'idée de montrer des souvenirs. J'ai bien conscience qu'ils sont souvent personnels, et qu'on aime peu les montrer.
— Et comment fait-on pour extraire nos souvenirs ?
— Je vais vous montrer ça dès que les groupes seront constitué, Mr Maxwell. Allez, faites-moi ça rapidement ! Entre trois et cinq personnes, pas plus. »
Les élèves ne se firent pas prier, et se rapprochèrent autour d'une seule et même table. Pour Gabriel, Bloom, Eliot et James, ce fut vite fait. Ils attendirent quelques instants avant que le professeur Crivey ne dépose sur leur table l'une des Pensines, avant de passer au groupe suivant. Maintenant qu'il pouvait la voir de plus près, Gabriel devait avouer être assez fasciné par l'objet, qui était finement ouvragé et couvert de symboles qui ressemblaient à des runes. Eliot, le seul d'entre eux qui faisait de l'étude des runes, s'était penché vers ces dernière d'un air intéressé.
Les quatre Gryffondor tournèrent la tête vers le professeur une fois qu'il eut fini de distribuer les Pensines. Avec patience, il expliqua comment faire pour extraire les souvenirs et les insérer dans la Pensine, puis également comment les supprimer. Le filament argenté qui s'échappa de sa tempe pendant l'exemple intrigua les élèves, se demandant quel souvenir le professeur avait-il pu sortir. Mais le professeur ne l'extirpa pas totalement, et se contenta de le laisser s'évaporer, indiquant au passage qu'il ne s'agissait que d'une copie d'un souvenir et que ce dernier se trouvait toujours dans sa mémoire.
« Je veux qu'à la fin du cours chacun d'entre vous se soit fixé sur un souvenir, annonça le professeur. Sachez qu'à part si vous me le demandez, je n'entrerais pas dans vos souvenirs, donc je vous fait confiance. »
Les chuchotement commencèrent dès lors à emplir la salle. Gabriel se tourna vers ses amis, le regard interrogateur.
« Bon, qui veut commencer ? demanda-t-il.
— Heu… Je sais pas trop, marmonna Eliot. C'est plus facile à dire qu'à faire, de trouver un souvenir heureux précis.
— Tu as des choses à nous cacher ? ricana James.
— Tout le monde à des choses à cacher, répondit-il. Mais c'est pas le problème, c'est vraiment que je suis pris au dépourvu là… Et que c'est quand même assez gênant.
— Je trouve aussi, confirma Gabriel. Montrer directement des souvenirs personnels, c'est autre chose que de les raconter.
— Bah, si personne ne se désiste, je veux bien commencer, sourit Bloom. J'ai une bonne idée pour démarrer. »
Avec un sourire, elle pointa sa baguette sur sa tempe, pour en retirer le filament argenté que représentait son souvenir. Doucement, elle le dirigea vers la surface de la Pensine, qui absorba le filament. Des images brouillées commencèrent alors à se former dans l'étrange bassine de pierre. Ce fut comme si d'un coup, la Pensine était devenue une fenêtre sur une autre pièce, que le jeune Madder reconnut comme étant un couloir ensoleillé du château. Un des couloirs de l'aile est du rez-de-chaussée, précisa-t-il en reconnaissant les piliers qui donnaient sur l'une des cours intérieures de l'école.
Gabriel échangea un regard avec James, retrouvant dans ce dernier le même trouble que lui-même ressentait à l'idée de faire irruption dans les souvenirs de leur amie. Les autres groupes semblaient partager cette impression, puisque peu nombreux étaient les élèves à avoir penché la tête dans leur Pensine.
« Allez, ne soyez pas timide, encouragea la jeune fille. En plus, vous êtes dans ce souvenirs.
— Vraiment ? s'étonna Eliot.
— Allons, vous êtes mes meilleurs amis, c'est évident qu'une partie de mes meilleurs souvenirs soient liés à vous. »
Les trois garçons hochèrent finalement la tête. Gabriel prit une inspiration, puis plongea finalement la tête dans la bassine, avec toujours malgré tout une légère appréhension, liée à l'inconnu que représentait l'exploration des souvenirs.
D'un coup un seul, ce fut comme si le sol basculait brutalement sous ses pieds. Les perspectives changèrent d'échelle d'un seul bond et Gabriel se sentit tomber en avant dans le souvenir. Il retint un hurlement, avant de se retrouver debout dans le couloir qu'il avait aperçu dans la Pensine, manquant de lui faire perdre l'équilibre. Il resta un moment interloqué, impressionné par la réplique exacte du château qui se présentait devant lui. Tout avait l'air si réel ! Pas seulement visuellement, il avait véritablement l'impression d'être dans ce couloir du château, par les odeurs et les sons des élèves qui se trouvaient dans le souvenir. Il tourna alors la tête, apercevant James, Bloom et Eliot à côté de lui, tout aussi impressionnés qu'il pouvait lui-même l'être.
Il fixa finalement son regard devant lui et entrouvrit la bouche de surprise. Une minuscule Bloom était assise sur le muret de pierre, entre deux pilier. Elle devait à peine avoir onze ans. Le plus étonnant était qu'elle n'avait pas l'une des expressions qu'arborait habituellement leur amie. Non, son visage était fermé, presque triste même. La fillette gardait les yeux rivés sur un livre, que le garçon reconnu comme étant Le Quidditch à travers les âges, se faisant minuscule. Les autres élèves qui passaient dans le couloir l'ignoraient totalement et il en étaient de même de ceux qui avaient pris place à l'intérieur de la cour, riant et discutant à tout rompre. Gabriel pouvait pourtant reconnaître d'autres visages familiers parmi ces élèves, plus jeunes eux aussi. Il en était un peu désarçonné.
« Tu es toute seule ? s'étonna James. Pourquoi tu es toute seule ?
— On est au tout début de notre première année, c'est ça ? remarqua Eliot.
— La deuxième semaine, oui, confirma la rouquine. Le onze septembre précisément, je m'en souviens encore. »
Vu le soleil éclatant dans le ciel, Gabriel voulait bien la croire. Les personnes du souvenir qui déambulaient ne les voyaient pas, ce qui n'était guère étonnant. Mais le garçon restait surpris de voir son amie ainsi seule. Ses souvenirs lui jouaient des tours et il ne se souvenait pas avoir un jour vu Bloom aussi solitaire que ça.
« On n'est pas avec toi ? demanda le garçon, fixant son regard vers la Bloom du souvenir.
— Justement », s'amusa la Bloom âgée de quinze ans.
Comme pour répondre aux interrogations du garçon, il vit apparaître au coin du couloir trois silhouettes. Et ce fut probablement l'une des choses les plus étrange que le garçon n'aie jamais vécu. À quelques mètres de la Bloom de onze ans venaient d'arriver les versions d'époque de James, Eliot et lui-même. Les trois jeunes garçons étaient occupés à rire, insouciants. C'était avant, songea Gabriel avec un pincement au cœur. Il pouvait voir la désinvolture de James, qui jouait son rôle d'héritier Potter. Il remarquait l'aspect bienveillant tout juste naissant en Eliot, encore fragile. Il pouvait enfin sentir sa propre timidité derrière son rire, cette timidité qui serait piétinée un an après cette scène. Il avait les cheveux aussi longs à l'époque ? Mais comment faisait-il pour y voir quelque chose !
Curieux, il s'approcha du trio, sans même faire attention aux autres élèves du souvenir, qui le traversèrent allègrement, comme s'il était un spectre. Il arriva finalement à portée d'oreilles, pour entendre ce dont ils discutaient.
« … du cours de Vol sur Balai ! C'est demain, vous vous rendez compte ! s'exclamait James, de sa voix énergique et excitée. Je suis sûr que tu vas être excellent sur un balai Eliot, ton père est un joueur fabuleux.
— Je te l'ai dit James, j'ai le vertige, répondit le jeune Eliot, qui était alors le plus petit d'entre eux. Je ne peux pas être bon sur un balai…
— C'est ce que tu dis, mais je suis sûr que tu me fais marcher.
— Eliot n'a pas l'air de plaisanter », avança timidement le Gabriel âgé de onze ans.
Le jeune Madder ne put s'empêcher de rire doucement en voyant la moue boudeuse de James. Il avait oublié à quel point son meilleur ami détestait avoir tort à cette époque. Les trois garçons cependant discutaient avec une insouciance qui faisait naître une certaine mélancolie dans le cœur de Gabriel.
« J'arriverai jamais à comprendre comment vous faites pour ne pas aimer le Quidditch, soupira le James orgueilleux de onze ans.
— Tout le monde a ses défauts », ironisa Eliot, de sa voix aigüe.
Eliot, à côté de lui, s'amusa devant cette réaction.
« Et quatre ans après, ça reste toujours notre plus gros défaut aux yeux de notre ami chevelu, s'amusa-t-il.
— Au moins, il y a des choses qui ne changent pas, sourit James. Aujourd'hui, cependant, je peux comprendre que vous n'aimiez pas le Quidditch, si ça peut vous rassurer… »
Ils éclatèrent de rire, alors que tranquillement, les trois garçons du souvenir s'approchaient de la timide Bloom, continuant de discuter de banalités, de choses sans importance. Bloom les incitait à les suivre, un sourire aux lèvres en continuant d'écouter les paroles de l'insouciante petite bande.
À la surprise de Gabriel, le James du souvenir s'arrêta alors, ce qui surpris tout autant le Gabriel du souvenir, de même que le Eliot de onze ans.
« Qu'est ce qui t'arrive James ? demanda Eliot.
— Cette fille, elle est à Gryffondor, non ? demanda le jeune garçon en pointant du doigt la rouquine assise sur le muret.
— Je crois, oui… Pourquoi ?
— Ben… Elle est toujours toute seule depuis le début de l'année, répondit-il en tournant le regard vers Eliot et Gabriel. Je ne crois pas l'avoir vu discuter avec quelqu'un jusqu'à maintenant.
— Elle est peut-être timide, proposa Gabriel. Un peu comme moi, si tu n'étais pas venu dans mon compartiment dans le train.
— Ou bien elle veut être tranquille.
— Mais… c'est triste ! s'insurgea James. Ce n'est pas drôle d'être toujours tout seul. »
Un sourire attendrit naquit sur les lèvres de Bloom, observant la version miniature de son ami. Gabriel pouvait le comprendre. Malgré tout le masque d'orgueil qu'avait James à cette époque, il arrivait des moments, comme celui-ci, où sa nature profonde faisait surface, une profonde gentillesse. James détestait l'injustice, c'était un fait. Il n'avait guère changé.
« En plus, elle aime le Quidditch, remarqua le jeune Potter.
— Qu'est ce qui te fait dire ça ? » s'interrogea Gabriel en replaçant ses cheveux en dehors de son champ de vision.
Le James de onze ans ne répondit pas, et sans prévenir ses deux camarades, il traversa l'espace qui le séparait de la rouquine dans le couloir, un air avenant sur le visage.
« Salut », dit il d'une voix joyeuse à l'adresse de la rouquine.
Ils purent distinctement voir Bloom sursauter, avant qu'elle ne lève son regard vers James, un regard empli de surprise, cachant sa bouche derrière son livre. À onze ans, la fillette qu'avait été son amie était adorable, Gabriel s'en rendait compte. Elle resta quelques secondes sans réaction, juste assez longtemps pour que Eliot et Gabriel rejoignent James.
« B…bonjour, marmonna-t-elle.
— Je m'appelle James, James Potter, annonça le garçon sans perdre son sourire. Eux ce sont Eliot Dubois et Gabriel Madder. Et toi, comment tu t'appelles ?
— Bloom Finnigan, murmura la jeune fille.
— Me semble que mon père connaît quelqu'un qui s'appelle Finnigan… Bah. J'ai vu que tu aimais les Chauves-souris de Ballycastle.
— Hein ? »
Le jeune garçon pointa alors le badge accroché sur le sac de la rouquine, posé contre le muret. Gabriel eu un petit rire, puisque Bloom avait toujours ce même badge accroché sur son sac aujourd'hui. Plus rayé qu'à l'époque, c'était vrai. En soit, il ne sautait pas spécialement aux yeux, et pourtant, James l'avait remarqué en un seul coup d'œil.
« Tu es fan de Quidditch ? demanda le James âgé de onze ans.
— J'adore ça, admit Bloom, en affichant un premier sourire aux trois garçons. J'adorerai devenir joueuse professionnelle quand je serai grande.
— Faudra que je te présente mon père alors, sourit Eliot.
— Qu'est ce que tu fais toute seule ? » interrogea Gabriel.
Maintenant qu'il pouvait s'observer, Gabriel se sentit un peu gêné en voyant à quel point il observait Bloom sous toutes les coutures. C'était tellement impoli. Ses yeux, emplis de curiosité, allaient et venaient, pour finalement s'arrêter sur le livre.
« Le Quidditch à travers les âges… C'est la première fois que tu le lis ?
— Tu plaisantes ? s'exclama aussitôt la jeune fille. J'ai du le lire au mois dix fois, ça fait partie de mes livres préférés !
— Oh… d'accord… Et pour ma question ? Qu'est ce que tu fais toute seule, tu n'as pas d'amis ? »
Petit moment de silence, qui paraissait un peu gênant aux yeux du jeune homme. Mais à côté de lui, il pouvait observer le sourire attendri de Bloom, qui pour sa part semblait vraiment apprécier tout particulièrement ce souvenir.
« J'ai… je n'ai pas envie de déranger les gens, répondit timidement la petite Bloom.
— Qu'est ce qui te dit que tu les embêterais ? s'étonna James. Viens avec nous !
— Entre Gryffondor, il faut bien se serrer les coudes, confirma Eliot.
— Vous êtes sûr que je ne vous dérange pas ?
— Évidemment, sinon on ne te proposerait pas de nous rejoindre, sourit Gabriel. Plus on est de fous, plus on rit ! »
Le sourire qui s'afficha sur le visage de la petite rouquine âgée de onze à ce moment là était sûrement le plus éclatant que Gabriel lui avait jamais vu. Ce sourire débordait de joie, et fut ce qui fit définitivement comprendre à Gabriel pourquoi ce souvenir était aussi cher à la jeune fille. Il ne l'avait pas remarqué à l'époque évidemment. À côté d'Eliot, James et Bloom, ils regardèrent s'éloigner les trois jeunes garçon, accompagné de la jeune fille, quatre première années qui ignoraient encore à ce moment à quel point leur amitié deviendrait forte.
Les images devant lui s'assombrirent alors, l'environnement autour de lui devenant de plus en plus sombre. Il se sentit tiré en arrière, aspiré dans les airs, puis finalement, il sentit à nouveau sous ses pieds un sol solide et tangible, alors que la salle de classe de Défense Contre les Forces du Mal apparaissait à nouveau dans son champ de vision. Eliot, Bloom et James étaient eux aussi de retour, un peu haletants.
« Le jour où nous sommes devenus amis, dit simplement Eliot. Tu considères ça comme l'un de tes souvenirs les plus heureux Bloom ?
— Oui, confirma la jeune fille souriante.
— Je ne pensais pas qu'on comptait autant pour toi, marmonna James, les joues un peu rouges.
— Ce n'est pas ça ! s'amusa Bloom. Vous savez, avant Poudlard, je n'ai jamais vraiment eu d'amis…
— Comment ça se fait ? s'étonna Gabriel, tout en faisant attention à ce que personne n'écoute. Il me semble pourtant t'avoir déjà entendu dire que tu avais été à l'école avec les moldus.
— C'est le cas. Mais quand je suis venue en Irlande, après le déménagement depuis le manoir familial de ma mère, en Écosse, j'avais déjà six ans… Malheureusement pour moi, j'ai eu une manifestation magique dès les premier jours dans ma nouvelle école. Une manifestation assez impressionnante d'ailleurs.
— Qu'est ce qui s'est passé ? demanda Eliot.
— J'ai mis le feu eux cheveux d'une fille qui se moquait des miens, répondit la rouquine. Elle a eu de la chance de s'en sortir sans séquelles maintenant que j'y pense.
— J'imagine, frissonna James, rien qu'à songer à la scène, sa main allant instinctivement couvrir son bras.
— Du coup, les professeurs étaient furieux, j'ai eu le droit à une belle réprimande de la part de mes parents, et les autres élèves se sont mis à m'éviter moi et ma « bizarrerie ». L'absence d'une autre famille sorcière à moins d'une trentaine de kilomètres a achevé de me laisser dans ma solitude, et du coup, quand je suis arrivée à Poudlard, je n'osais pas vraiment aller vers les autres… C'est stupide je sais.
— C'est compréhensible, rassura Gabriel.
— Voilà pourquoi ce souvenir m'est aussi cher, sourit Bloom. C'est vous qui m'avez sorti de cette solitude, et m'avez permis de m'ouvrir. Sans vous, peut-être serais-je encore cette petite fille timide seule dans son coin. »
Eliot ricana que des fois, elle aurait bien besoin de redevenir cette fille-là, ce qui lui valu un coup de coude accompagné d'un rire de Bloom. Réaliser l'importance que mettait Bloom dans leur amitié avait réchauffé le cœur de Gabriel. Sans vraiment le réaliser, il s'était mis à sourire, se tournant vers James. Il fut surpris en constatant qu'il affichait une mine soucieuse. Mais avant même qu'il ne puisse demander à son meilleur ami ce qui se passait, le professeur Crivey arriva devant leur table.
« Alors, comment ça se déroule ici ?
— Bloom nous a montré un souvenir, répondit Eliot, souriant tout en se frottant le coude. D'après ce qu'on a pu voir, ça devrait être pas trop mal.
— Pas besoin d'aide donc ? s'assura le professeur.
— Non, c'est bon ! s'exclama la jeune fille, les joues un peu rouges. Je sais que ça suffira…
— Allons, pas besoin de se sentir gênée comme ça, rit Crivey. Je vous l'ai dit, je n'irais pas regarder vos souvenirs sans votre autorisation. En revanche, serait-il possible de savoir ce qu'est ce souvenir Miss Finnigan ?
— Euh… Le jour où… où James, Gabriel et Eliot sont devenus mes amis… »
Gabriel réprima un rire en voyant le visage de Bloom virer dans des teintes plus foncées que ses propres cheveux. Elle se faisait toute petite devant le professeur, gênée à l'idée de révéler tout ça. Mais l'enseignant se contenta d'hocher la tête, d'un air bienveillant.
« Je pense en effet que ça ne devrait pas être trop mal… Réfléchissez malgré tout, au cas où, à un autre souvenir Miss Finnigan.
— Oui monsieur. »
Gabriel regarda le professeur s'éloigner, allant du côté des filles de Gryffondor. Puis, il se tourna à nouveau vers James, fronçant les sourcils.
« Qu'est ce qui se passe ? lui demanda Gabriel.
— Oh… Je sais que c'est stupide, mais l'histoire du feu aux cheveux de cette fille m'a rappelé… »
Il se tût, incapable d'en parler, les lèvres pincées. Gabriel, tout comme Bloom et Eliot, n'était pas surpris de cette réaction. C'était toujours la même dès lors qu'on s'approchait de sa peur du feu, surtout son origine. Même après quelques années James n'était pas parvenu à leur en parler. Sûrement une part de lui ne voulait pas le partager, tandis que l'autre l'en rendait incapable.
« On n'est pas là pour se rappeler de mauvais souvenirs, dit Eliot, d'un ton moqueur. Trouve nous plutôt un souvenir heureux à explorer.
— Un souvenir… »
James écarquilla les yeux, ayant comme une illumination.
« Je peux vous montrer mes souvenirs, réalisa-t-il. Je peux vous montrer ce qui s'est passé.
— Hein ? s'étonna Gabriel.
— Si je n'arrive pas à le dire, je peux vous le montrer ! Avec la Pensine.
— Euh… Tu es sûr que c'est une bonne idée ? s'inquiéta Bloom. Je veux dire, ça va t'obliger à revivre ça…
— Je suis sûr, oui, affirma le jeune Potter, avec détermination. Je crois aussi que j'ai besoin de m'y confronter directement, de façon externe… Vous serez avec moi de toute façon si jamais ça tournait mal.
— Faut juste que le professeur Crivey ne remarque pas ce que l'on va faire, marmonna Eliot en vérifiant la position de l'enseignant. Je ne suis pas certain qu'il apprécie plus que ça qu'on utilise les Pensines pour autre chose que son cours. »
James hocha la tête, et pointa sa baguette contre sa tempe. Alors qu'il se concentrait sur son souvenir, il grimaça un peu. Finalement, un filament argenté, le souvenir, émergea de son esprit. Sans attendre, il le déposa dans la Pensine. La surface se brouilla à nouveau, et le souvenir de Bloom laissa place à de nouvelles images, un nouveau lieu que Gabriel ne connaissait pas. Ce n'était définitivement pas à Poudlard, ni même au Septième Ciel. Il adressa un regard interrogatif en direction de James, qui lui indiqua d'un geste de la main qu'il expliquerait ça dans le souvenir.
Comprenant qu'il n'avait pas trop le choix, et ressentant malgré tout une certaine appréhension par rapport à ce qui allait se passer, Gabriel plongea la tête dans la Pensine. La pièce bascula aussitôt, et il se sentit à nouveau aspiré par un tourbillon furieux. Il chuta quelques instants avant qu'enfin il ne se retrouve dans le lieu qu'il avait aperçu avant de pénétrer dans le souvenir.
Il se trouvait debout dans une pièce aux proportions étranges, à cause de la hauteur du plafond surtout. Devant lui se trouvait un divan, où il put reconnaître, lui faisant dos, les cheveux de la mère de James, mais également, dépassant à peine du dossier, une touffe de cheveux couleur bronze, qu'il associa aussitôt à James. Gabriel tourna un peu sur lui-même, observant la pièce plus en détails. Elle était recouverte de tapisseries à dominante rouge, comme cela était le cas dans le salon du Septième Ciel. À bien y regarder, l'analogie avec ce dernier ne s'arrêtait pas là. Il se trouvait clairement dans ce qui était également un salon, le mobilier comme l'atmosphère le hurlait à quiconque.
« Où sommes-nous ? demanda Bloom, à côté de Gabriel.
— Le 12 Square Grimmaurd, répondit James, s'avançant devant eux. Ma famille habitait ici avant le Septième Ciel. »
Bien qu'il ne les regardait pas, Gabriel pu intercepter, dans le peu de visage qu'il leur laissait entrevoir, le sourire triste de James. Il leur fit alors seulement signe de se focaliser sur le centre du salon, où se trouvait Ginny Potter, ce qui semblait être un James âgé de quatre ou cinq ans, mais également, Gabriel le remarquait maintenant qu'il avait contourné le divan, un Albus tout aussi jeune, qui avait sur ses genoux une Lily âgée d'un an tout au plus.
Les deux aînés avaient la tête tournée vers leur mère, avec un air d'émerveillement. Et Gabriel comprenait pourquoi. D'un voix douce que le jeune Madder lui avait peu entendu, la mère de son meilleur ami prenait son temps pour leur raconter une histoire, un livre ouvert sur ses genoux. La toute jeune Lily s'était pour sa part endormie.
« Oh… L'histoire qu'elle raconte, ce ne serait pas celle de Jonas le monteur de dragons ? remarqua Eliot.
— Il me semble », répondit Gabriel un peu mal à l'aise.
Il n'avait pas oublié ce qu'était censé être ce souvenir, et ne pouvait donc pas s'empêcher de se sentir mal à l'aise à l'idée que tout pouvait basculer à chaque instant. James observait la scène avec le visage fermé.
Gabriel sursauta presque quand un petit être, semblable à un lutin fripé, fit irruption dans le salon. Il connaissait évidemment ce qu'étaient les elfes de maisons, considérant le nombre de fois qu'ils étaient allé se restaurer dans les cuisines lors d'escapades. Mais les Potter, au Septième Ciel, n'avaient pas d'elfe de maison. Ce dernier portait une serviette blanche en guise de pagne, son seul habit en dehors du médaillon doré qui sautillait contre sa poitrine au rythme de sa marche. Il tenait entre ses mains un plateau sur lequel se trouvaient trois tasses, qu'il posa sur la petite table, à côté de la baguette de la mère de James.
« Le repas sera prêt dans un instant, madame Ginny, dit l'elfe d'une vois grave. Kreattur vous a préparé des boissons chaudes pour patienter.
— Ce n'était pas nécessaire Kreattur, assura la mère de James.
— Cela faisait plaisir à Kreattur, assura l'elfe. Du thé vert pour madame Ginny, son préféré. Pour les jeunes maîtres James et Albus, Kreattur a préparé du chocolat chaud.
—Merci Kreattur ! s'exclama joyeusement le très jeune James en se penchant vers la table. T'es le meilleur ! »
L'elfe s'inclina doucement en réponse, l'air digne.
« Kreattur sera dans la cuisine si madame Ginny le recherche. »
Sans autre mot, l'elfe sortit de la pièce, laissant la mère de James et ses enfants à nouveau seuls, désormais à siroter leurs boissons.
« Qu'est ce qui lui est arrivé ? demanda Bloom. Il n'est pas au Septième Ciel, non ?
— Non, on n'a pas d'elfe de maison au Septième Ciel, confirma James. Kreattur est resté au Square Grimmaurd. »
À nouveau, son ton était lourd, loin de celui qu'il utilisait habituellement. Gabriel pouvait le voir distinctement éviter leurs regards, préférant le fixer sur ce qui était autour de lui, la mâchoire serrée.
« D'ici quelques instants seulement, dit-il alors d'une voix rauque. Dans quelques instants ça va commencer… »
Gabriel entrouvrit la bouche, prêt à demander ce qui allait se passer, mais il se retint, sachant pertinemment qu'il ne recevrait aucune réponse. Il serra les poings, frustré, et se tourna vers Mrs Potter occupée à parler doucement avec ses deux garçons, tout en buvant leur boisson. Une situation tout à fait normale qui allait être brisée d'un instant à l'autre selon James, qui avait déjà vécu cette scène dix ans auparavant.
Il y eu un bruit lourd, celui de la porte qui s'ouvrait d'un coup. Les quatre visiteurs du souvenir se tournèrent vers elle, dans le même mouvement que les habitants du Square Grimmaurd. Gabriel écarquilla les yeux.
L'homme qui se trouvait à l'entrée du salon avait un air décharné, ses cheveux longs et emmêlés lui tombant sur les épaules. Il était vêtu d'une robe de sorcier noire, trop grande pour lui. Il avait la peau blanchâtre de ceux qui n'avaient pas vu le soleil depuis longtemps et les yeux brillants, d'un éclat glacé et fou qui suffisait à faire comprendre à Gabriel qu'il n'était pas là pour une visite de courtoisie. Son visage aussi était tiré par la haine, sa peau terriblement tendue sur ce qui ne semblaient être que les os tellement il était mince L'homme pointait déjà sa baguette devant lui, ce qui donna envie au garçon de se saisir de sa baguette dans sa poche, par pur réflexe, avant qu'il ne se souvienne, presque aussitôt, que cela ne servait à rien.
« Expelliarmus ! »
La baguette de Mrs Potter sauta des mains de sa propriétaire, qui avait lâché sa tasse pour s'en saisir. Elle vola jusqu'à la main de l'homme, qui s'en empara avec un rictus mauvais. Les deux garçons sur le divan, eux, ne réagirent pas tout de suite. Albus et James fixaient l'homme les yeux écarquillés, sans savoir comment réagir.
Ce ne fut pas le cas de leur mère. Séparée de sa baguette, elle ne s'avoua pas vaincue et bondit sur l'homme, tentant l'effet de surprise. Mais le sorcier fut assez réactif pour la repousser d'un coup de baguette, la faisant voler à travers la pièce, pour finir sa course contre le mur. Le choc fit tomber quelques objets des étagères fixées sur ce dernier, ce qui réveilla Lily, jusque là restée endormie, et déclencha également ses pleurs.
« Maman ! s'écria James.
— Ne bouge pas le marmot ! Incarcerem ! »
Le James de cinq ans qui s'était précipité vers sa mère s'écroula au sol, le corps ligoté par des cordes. Albus eu un gémissement de terreur, se tassant un peu plus dans le divan, alors qu'au fond de la pièce, contre le mur, Mrs Potter tentait de se remettre sur pieds. Les quatre Gryffondor regardèrent l'homme s'avancer vers James, au sol, se débattant, criant, pleurant. D'un coup de pied, il renversa la table basse, avant de se saisir de James par les cheveux, le regardant droit dans les yeux. Les tremblements de James, terrifié, fit ricaner le sorcier, qui pointa sa baguette sur son front.
« C'est par toi que je vais commencer, gamin, dit-il de sa voix rauque.
— Ne touche pas à mon fils ! » rugit Ginny, en parvenant à se remettre sur ses jambes.
Avec la dextérité de la joueuse de Quidditch qu'elle fut, la mère de James fonça vers l'homme, les poings serrés. Encore une fois, il la renvoya contre le mur, plus violemment que précédemment. L'homme lâcha alors James, détournant son attention vers Ginny, contre le mur, grimaçant de douleur, incapable de se relever. Il s'avança vers elle, la dominant de toute sa stature.
« Aussi téméraire que Potter, ricana l'homme. Je ne suis pas surpris qu'il t'ai épousé.
— Qu'as-tu à gagner en faisant ça, Yaxley ? cracha Ginny, allongée sur le sol. Ton maître est mort, il ne reviendra pas ! »
L'homme, apparemment nommé Yaxley, fixa intensément la femme, sa baguette pointée sur elle. Toute trace de sourire avait disparu de son visage, remplacé par un rictus d'agacement, et un regard de pure haine.
« Nous avons tout perdu… J'ai passé plus de dix ans à Azkaban à cause de ton fichu mari… Aujourd'hui, je vais lui faire perdre ce qu'il a de plus cher au monde… Si c'est la seule chose que je peux faire contre lui, je le ferai… »
La folie se lisait dans sa voix, cette folie des gens qui n'avaient plus rien à perdre. Le jeune James hurla en voyant le sorcier lever sa baguette, prêt à lancer un sort. Gabriel lui-même se tendit, alors même qu'il savait que la mère de James s'en tirerait indemne.
« Endoloris! »
La mère de James poussa un véritable hurlement de douleur, son corps secoué de spasmes, les membres raides. Bloom poussa un cri devant cette scène, les mains devant la bouche, tandis que James, pour sa part avait détourné le regard, incapable de regarder la scène. Cela dura quelques secondes, bien trop longues aux yeux de Gabriel. Enfin, Yaxley releva sa baguette, et les hurlements de Ginny s'interrompirent. Elle se recroquevilla sur elle-même, gémissant, mais plantant son regard dans celui de son agresseur.
« Tu… Tu ne t'en sortira jamais, haleta-t-elle. C'est… inutile. Il ne reviendra pas… Les Mangemorts sont du passé.
— Tu n'en as pas eu assez ? Endoloris ! »
Gabriel n'avait jamais assisté à l'utilisation d'un sortilège impardonnable auparavant. Cela lui avait toujours paru être un concept lointain, des maléfices interdits dont il ne serait jamais témoin. La découverte du souvenir de son meilleur ami lui mettait une grosse boule dans le ventre. James, depuis son plus jeune âge, connaissait ces sortilèges, en avait déjà été témoin. Dès son plus jeune âge il avait été confronté à quelques unes des magies les plus noires du monde. Gabriel se sentait impuissant et ridicule. Lui qui s'était tant plaint de son père trouvait ses soucis passés tellement dérisoires devant cette scène. Il serrait les poings, révolté devant la mère de James, l'une des femmes les plus adorable qu'il ait rencontré, se faire torturer ainsi. Son cœur bouillonnait d'injustice. Il aurait presque voulu pouvoir lancer lui-même un sortilège impardonnable contre ce criminel.
À nouveau les cris de Ginny se turent. La femme rousse pleurait de douleur, recroquevillée sur elle-même. Elle ne manquait pourtant pas de volonté, le jeune Madder le savait.
« Avant d'en finir avec toi, je vais m'occuper de tes enfants, marmonna Yaxley à l'oreille de la sorcière. Je vais les faire souffrir, les tuer sous tes yeux… Je veux voir le désespoir dans tes yeux… je veux te voir me supplier de te tuer… »
La détresse pu se lire sur le visage et le regard de Mrs Potter. Elle ne pouvait que regarder l'ancien Mangemort se tourner vers ses enfants, terrifiés, en pleurs, sans pouvoir parvenir à se redresser. Eliot, Gabriel, James et Bloom regardèrent le sorcier s'avancer doucement vers Albus, recroquevillé dans le divan, tout tremblant, Lily, allongée sur ses genoux, pleurant à plein poumons, et James, immobilisé au sol par les lourdes cordes du sort qu'avait lancé plus tôt Yaxley.
« Ne touche pas à mes enfants, gémit Ginny, les larmes aux yeux. Tout sauf eux…
— Par lequel vais-je commencer ? La plus petite ? L'aîné ? Le pétochard ? marmonna Yaxley, ignorant les plaintes de la mère de James.
— Pitié… PITIÉ ! »
Les cris de Mrs Potter étaient déchirants. Et pourtant cet homme… non… ce monstre ignorait les revendications de cette mère désespérée. Le souffle de James à côté d'eux s'était fait bruyant, ses yeux humides, amenant Eliot à le prendre dans ses bras. Mais il continuait de fixer la scène, d'observer le Mangemort s'approcher de son lui plus jeune. Yaxley s'était penché vers le James âgé de cinq ans.
« On commencera par toi… Tu es aussi stupidement téméraire que ton idiot de père.
— Mon père n'est pas un idiot ! hurla le jeune James. Il vous retrouvera, et il vous tuera ! C'est le plus grand sorcier du monde, vous ne pouvez rien contre lui ! »
Bien sûr. À cinq ans, on ne comprend pas ce qu'est la mort. Si James était terrifié, ce n'était pas parce qu'il imaginait l'éventualité de mourir, mais parce que sa mère se battait, et qu'elle pleurait. L'impertinence de l'enfance, mêlé à la témérité naturelle que possédait le meilleur ami de Gabriel avait formulé cette réponse au mage noir qui lui faisait face, quelque chose que peu d'adultes auraient eu le cran de dire.
Yaxley éclata de rire. Voir ce garçon de cinq ans lui tenir tête était sûrement un peu surréaliste. Ridicule, aussi. Le sorcier appuya le bout de sa baguette contre le front de James, se calmant petit à petit, retrouvant son sérieux.
« Ton père ? Quand il arrivera, vous serez tous morts ! Alors les Mangemorts tiendront une revanche sur celui qui les a fait chuter, aussi faible puisse-t-elle être !
— Je t'en supplie Yaxley, épargne-les ! Prends ma vie s'il le faut !
— Je l'ai dit, je vais tous vous tuer ! rugit le sorcier à l'attention de la mère du garçon. Je ne ferais pas la même erreur que mon Maître… Ce n'est pas contre toi gamin… »
Il recula doucement sa baguette, prêt à lancer son sort. Déjà un éclat vert apparaissait au bout de sa baguette, un éclat que Gabriel n'avait jamais vu, mais dont il devinait aisément ce qu'elle signifiait, lui donnant froid dans le dos. Il avait envie de hurler, de s'interposer, tout en sachant pertinemment que tout allait bien se finir.
« Expelliarmus ! »
Au moment où Yaxley avait ouvert la bouche pour lancer son sort, une autre voix s'était élevée. La baguette du sorcier sauta de ses mains, alors qu'il tournait la tête, d'un seul geste, vers l'entrée de la pièce. Le père de James se tenait dans l'encadrement de la pièce, essoufflé, la baguette pointée sur le Mangemort. Son visage montrait du soulagement, celui d'être arrivé à temps. Gabriel lui-même souffla devant l'arrivée de Mr Potter, alors même qu'il savait très bien que James s'en était sortit.
Yaxley ne perdit pas de temps et bondit en arrière, alors que le directeur du bureau des Aurors s'avançait dans la pièce, menaçant.
« Potter ! s'exclama l'ex-Mangemort. Je pensais…
— Que je ne serais pas mis au courant de ton attaque ici ? coupa Harry. Dommage pour toi, Kreattur, mon elfe de maison avait reçu pour consigne stricte de me contacter si jamais du grabuge arrivait ici. »
L'elfe apparu derrière l'encadrement de la porte, ses yeux globuleux fixé sur Yaxley, qui continuait de reculer vers le coin opposé à l'entrée de la pièce. Harry détourna un instant les yeux vers Albus et Lily, puis vers James, avant de les poser sur Ginny. Gabriel pu voir dans les yeux vert du père de James le soulagement. Il lâcha un soupir.
« C'était une erreur de venir ici ce soir, Yaxley… dit Harry d'un ton calme. Tu ne peux pas transplaner à l'intérieur de cette maison.
— Mais tu es venu seul, répliqua le sorcier. Et quand tes hommes arriveront, ils te trouveront mort.
— Allons, pense-tu vraiment t'en sortir sans baguette ? »
D'un seul geste de baguette, l'Auror annula le sort qui immobilisait James, avant de la retourner en direction de Yaxley, qui n'avait guère eu le temps de réagir.
« James, va aider ta mère s'il te plait, demanda Harry. Je vais m'occuper du méchant monsieur.
— Tu vas le battre, hein papa !
— Bien sûr James, bien sûr… »
La voix de Harry était calme, ne laissant pas montrer le doute et la tension qui devait sûrement s'agiter en lui. Gabriel devait avouer en être impressionné.
« Que vas-tu me faire, Potter, me renvoyer à Azkaban ? s'amusa Yaxley. Je m'en échapperai, encore.
— Nous verrons cela, Yaxley.
— Tu ne cherche quand même pas à me tuer, non ? Voyons, tu ne t'abaisserai pas à une telle atrocité, n'est-ce-pas ? »
Harry ne répondit pas. Il continuait d'avancer vers le Mangemort, qui était à sa merci. Il ne s'arrêta qu'à quelques pas, le jaugeant du regard.
« Que comptais-tu faire cette nuit, Yaxley ? demanda finalement Harry. Tu n'avais rien à gagner en t'évadant d'Azkaban… Tom est mort il y a plus de dix ans maintenant.
— Ne salis pas son nom comme ça ! s'énerva le sorcier, perdant son calme. Il était un bien plus grand sorcier que tu ne le seras jamais !
— Je ne nie pas qu'il ait été plus puissant que moi. Pourtant, il est bien mort.
— La ferme ! Je vais te montrer Potter… Je vais venger le seigneur des Ténèbres ! »
Le père de James eu tout juste le temps d'esquiver le coup de genoux que voulu lui assener l'ex-Mangemort, d'un bond en arrière. Il n'eut pas le temps de pointer sa baguette sur Yaxley. Pas assez vite tout du moins. Le sorcier avait déjà dans sa main une autre baguette. Gabriel la reconnut comme étant celle de la mère de James, qu'il avait désarmé tout à l'heure. La folie se lisait dans ses yeux.
«Expelliarmus ! cria Harry.
— Igniserit ! » contra Yaxley.
Le sort de Harry, bien que lancé avant, ne parvint pas à stopper le sort de Yaxley. Lorsque la baguette du sorcier vola, ce fut en projetant une langue de feu sur le sol et les murs du salon du 12 Square Grimmaurd. Et lorsqu'elle parvint dans la main de l'Auror, stoppant son sort, il était déjà trop tard.
Sous les yeux des voyageurs du souvenir tout comme des acteurs de ce dernier, un feu terrible commença à se propager. Les flammes du brasier étaient anormalement grandes et carbonisaient tout ce qu'elles touchaient en quelques secondes. À l'autre bout de la pièce, James poussa un hurlement terrifié, alors qu'il aidait sa mère à se relever. Albus, dont seul le haut de la tête dépassait du dossier du divan, poussa un gémissement de peur. Harry enfin recula de quelques pas, abasourdi et horrifié.
« Le feu purgera les sorcier hérétiques ! hurla Yaxley, dans un rire fou. Toi et ta famille mourrez tous, Potter ! »
Les flammes enveloppèrent l'homme, lui léchant le corps, alors qu'il éclatait d'un rire hystérique. Le père de James se détourna de ce regard, se tournant vers sa famille, qui observait le spectacle terrifié.
« Sortez-vite ! hurla-t-il. Kreattur, aide les enfants, aide Albus et Lily ! James, surtout, reste près de moi !
— Harry... murmura Ginny.
— On ne peut pas le stopper, coupa Harry, devinant la question de sa femme. C'est un Feudeymon ! Aller… »
Il s'était précipité auprès d'elle, et la soutint pour l'aider à marcher. Il tourna ensuite son regard vers James, qui observait les flammes terrorisé, ainsi que la silhouette de Yaxley, dont le rire s'était transformé en hurlement de douleur, se débattre dans ce qui seraient ses derniers moments de vie. Le fils aîné des Potter avait les yeux écarquillés d'horreur. Mais les flammes déjà se rapprochaient.
« James, dépêche-toi ! lui hurla son père. Cours ! »
Le jeune garçon, malgré sa terreur, se mit en marche, suivant son frère dans les couloirs, tentant d'ignorer la fumée épaisse que provoquait le puissant brasier, ainsi que les flammes qui se propageaient rapidement, beaucoup trop rapidement aux yeux de Gabriel. Ce n'était pas du tout un feu naturel. Il suivit comme d'un seul corps, avec Bloom, Eliot et James, la famille Potter qui fuyait son salon. Kreattur portait la jeune Lily entre ses bras, entraînant Albus derrière lui. Les flammes sur leur talons les poursuivaient, comme doté de vie, cherchant à tout prix à les tuer. Ils s'approchaient de ce qui semblait être l'entrée, quand…
« L'entrée est bloquée, monsieur Harry, déclara l'elfe en tête de file. Les flammes nous encerclent ! »
Jamais Gabriel n'aurait pensé entendre le père de James pousser un juron sonore. Et pourtant… La chaleur devenait difficilement soutenable, Gabriel pouvait aisément le deviner, et ils n'avaient pas de temps à perdre. Harry aussi en était conscient et tout en toussant à cause de la fumée, il évalua très vite la situation, avant de prendre une décision.
« La cuisine Kreattur ! Vite ! On doit utiliser la cheminée ! »
D'un coup de pied, le directeur des Aurors ouvrit la porte à leur droite qui y menait, et laissa Kreattur s'y engouffrer avec Lily et Albus. Puis, il y fit entrer James, en pleurs, avant de s'y engouffrer lui-même, alors que le feu se rapprochait, prenant des formes de créatures oppressantes. Il ferma la porte derrière-lui, espérant que cela le ralentirait un peu.
« James, tu vas bien ? s'inquiéta Eliot.
— Je… »
Dans la pièce où ils avaient suivi la famille de leur ami, le garçon était tombé à genoux, tremblant, les larmes aux yeux même. Gabriel ne put que s'accroupir à côté de lui, observant la suite du souvenir inquiet, redoutant ce qui pourrait se passer.
Kreattur, à l'autre bout de la pièce, s'était saisit de la poudre de Cheminette et avait l'avait déjà jetée dans la cheminée. Le feu vert avait pris place dans l'âtre, rassurant comparé à celui qui déjà s'engouffrait dans la pièce, brûlant la porte et les murs.
« Ginny, passe la première avec Lily ! s'exclama Harry, en prenant sa fille pour la mettre entre les bras de sa mère. Vite ! Chez tes parents !
— Très bien… le… Le Terrier ! »
Elle disparut dans les flammes vertes, alors que le Feudeymon commençait à ronger la table de la cuisine.
« Papa ! hurla James, les yeux embués de larmes.
— On va y arriver ! Albus !
— Le… Le… Terrier… » marmonna Albus, aussi terrifié que son frère.
Cette fois-ci, le petit garçon de quatre ans disparut dans les flammes vertes à son tour. Derrière Harry, Kreattur et James, les flammes se rapprochaient dangereusement, presque à les engloutir. Le père s'était à nouveau tourné vers l'âtre, s'activant à réactiver les flammes, tenant son fils le plus proche possible de lui.
« Ça va être ton tour James, cria son père. On va s'en sortir.
— PapaaAAAARGH ! »
James s'était mis à crier, ce qui poussa son père à se retourner d'un homme vers son fils. Une gerbe du Feudeymon était parvenu à s'agripper à une manche du pull-over de James, l'enflammant de façon vive.
« JAMES ! » hurla Harry, perdant le peu de sang froid qui lui restait.
Le père voulu se pencher vers son fils, pour tenter de lui arracher son pull qui s'enflammait, mais fut interrompu par Kreattur. L'elfe de maison, en à peine cinq secondes, avait grimpé au-dessus de la cheminé pour se saisir d'un des couteaux de cuisine, et d'un coup de main expert, il s'en servit pour déchirer le pull de James. Puis, l'elfe le jeta aux flammes, qui désormais les encerclait au plus près, sans leur laisser autre porte de sortie que la cheminée.
« Monsieur Harry et maître James devez partir tout de suite ! hurla l'Elfe, en protégeant les deux Potter du feu. Vite ! Kreattur va essayer de vous protéger… »
L'elfe ne pouvait pas faire grand-chose de plus que de mettre son corps devant le feu, qui déjà commençait à lécher sa serviette. James pleurait, de peur, de douleur, se tenant le bras fumant et rougissant, la peau brûlée, fondue à certains endroits. Harry lui le tenait dans ses bras, contre lui, observant l'elfe incrédule, sans réellement savoir comment réagir le temps de quelques fractions de secondes. Puis, il hocha la tête, la mine grave, pénétrant d'un bond en arrière dans l'âtre de la cheminée et dans le feu vert émeraude. Kreattur, qui pourtant se faisait engloutir par les flammes, tourna la tête vers les deux Potter, avec un sorte de sourire aux lèvres, comme apaisé.
« Kreattur a été fier de servir monsieur Harry…
— … Le Terrier », prononça finalement le père de James les dents serrées, fermant les yeux.
La silhouette des deux Potter disparu alors, ne laissant derrière eux que le hurlement de James, appelant l'elfe de maison, dont la silhouette vacillante disparut dans les flammes, carbonisée par le feu démoniaque.
Comme à la fin du souvenir de Bloom, Gabriel se sentit aspirer en arrière, et quelques secondes plus tard, il se trouvait à nouveau dans la salle de cours de défense contre les forces du mal. Son cœur avait à peine ralenti, et il savait qu'il devait toujours avoir les yeux écarquillé par les horreurs qu'il venait de voir. En tout cas, Eliot et Bloom avaient cette mine. Sans savoir quoi dire, les trois Gryffondor tournèrent la tête vers James, qui inspirait et expirait profondément, appuyé contre la table. Il se redressa finalement, pour pousser un soupir, et lancer un regard vers eux, à la fois triste et soulagé.
« Voilà pourquoi j'ai peur du feu… murmura-t-il, faisant attention à ce que le professeur Crivey soit loin. Et voilà aussi pourquoi je vois les Sombrals… »
~Fin du chapitre~
Depuis le temps que je l'avais promis, voilà enfin la réponse à la phobie de James. Vous avez aussi la raison de l'existence du Septième Ciel. Et quelques autres choses, mais bon, pas besoin de me paraphraser. Le prochain chapitre viendra quand il viendra, je ne mettrais pas de date, que je ne tiendrais de tout façon sûrement pas. =( On va retourner dans la tête de James, et l'histoire va continuer d'avancer à son rythme, un peu lent peut-être. Mais je vais avoir quelques petites choses qui vont m'occuper dans les semaines à venir, donc pas certain que cela vienne en mars. Je ferais mon possible bien entendu.
Merci d'avoir lu, merci à ceux qui commenterons, et ceux qui choisiront de suivre l'histoire ou de la mettre en favoris. ^^ J'espère que ça vous aura plus, c'est tout ce que je souhaite.
See ya'.
Niv'
