~A propos de l'histoire~

Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.

Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013)

Résumé : Septembre 2017. Dix-neuf ans après la chute de Voldemort, James , fils aîné du Survivant, entre pour sa deuxième année d'étude à Poudlard, l'école de sorcellerie. Il fait partie de la génération qui n'a jamais connu que la paix, et aspire à mener une vie tranquille, aux côtés de ses amis. C'est également le souhait de Gabriel Madder, le meilleur ami de James. Insouciants et ignorants des réalités du monde, les deux garçons et leurs amis coulent une scolarité paisible, malgré l'orgueil écrasant de James et le manque de confiance en lui de Gabriel.

Pourtant, leur vie bascule du tout au tout lorsque tous deux se retrouvent impliqués dans un grave incident, celui du réveil des défenses de Poudlard. Incapables de se souvenir de ce qui s'est passé pendant cet événement, révoltés par l'injustice qui s'est abattue sur eux, les deux garçons et leurs amis décident alors de partir à la recherche de la vérité et du véritable coupable.

Ils n'imaginaient alors pas que tout ceci n'était que le premier acte d'une nouvelle crise, bien plus sombre et importante encore.

Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard

Rating du chapitre : K+


~Aide et correction~

Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Grenat sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.


~Personnages secondaires originaux apparaissant ou mentionnés dans ce chapitre étant déjà apparus précédemment~

-Léopold Kepler (dit Léo), Rigel Davis et Octave Halley : camarades de dortoir de James, Gabriel et Eliot. Ils sont toujours fourrés ensembles.

~Résumé du chapitre précédent

Sous demande du directeur, le professeur Crivey étudie les détraqueurs avec les cinquième années, malgré son désaccord. Harvey souhaite en effet que tous les élèves à partir de la quatrième année étudient le sortilège du Patronus, en prévision d'éventuels horizons sombres. Pour aider à concentrer des souvenirs heureux, les cinquièmes années utilisent une pensine. Après avoir découvert le souvenir le plus heureux de Bloom, James propose à ses trois amis de découvrir l'origine de sa phobie pour le feu. Gabriel, Eliot et Bloom découvrent alors que l'ancienne maison des Potter, le 12 square Grimmaurd, a été détruit par un feudeymon lancé par Yaxley, un Mangemort en fuite, le tuant au passage, ainsi que Kreattur.


Chapitre 16 : Némésis

Cher Albus (ainsi que James et Lily),

Merci pour ta lettre, je ne pensais pas en recevoir une de sitôt, tous les trois avez été assez avares en nouvelles l'année passée. J'imagine que le contexte peu réjouissant vous motive un peu à vous assurer que tout va bien du côté de vos parents.

La maison est bien calme et ordonnée maintenant que vous êtes rentrés à Poudlard. Cela me change un peu de ne plus avoir à laver vos robes de Quiddicth. Hier, Hermione a posé une journée de repos et elle en a profité pour venir prendre le thé à la maison. Elle avait grand besoin de se changer les idées et de parler. La mort de certains de ses collaborateurs au sein du parti Réformiste l'ont secouée plus qu'elle ne veut l'admettre et j'ai pu voir qu'elle ne se sent pas en sécurité. Une virée shopping n'a pas été de trop pour la dérider un peu. La mode moldue du moment est ravissante, quel dommage que nous autres sorciers continuons de nous habiller comme il y a trois cent ans. Quoi qu'il en soit, Hermione était plus souriante quand elle est partie que quand elle est venue.

Pour ma part, les choses vont bien, la saison de Quidditch reprend doucement, le travail vient donc à petit doses. Cela me laisse le temps d'aider votre grand-mère à la préparation du mariage de Teddy et Victoire. Ils viennent régulièrement nous donner quelques instructions, et semblent heureux de la manière dont les choses avancent. J'ai hâte que vous puissiez voir le résultat !

Néanmoins, venons-en à ce qui vous intéresse bande de petits fouineurs, je ne suis pas dupe ! Je vais être honnête, votre père est assez fatigué par la montagne de travail qu'il doit gérer au bureau. Les appels de cheminée des journalistes n'arrêtent pas, je crois bien devoir bloquer temporairement l'accès si je veux pouvoir être tranquille. La pire de tous reste tout de même cette garce de Skeeter. J'ai beau eu la renvoyer plusieurs fois, il a quand même fallu qu'elle ponde un torchon injurieux dans la Gazette, se basant uniquement sur ses fantasmes. Enfin, ceci mis à part, je dois admettre que je n'ai que rarement vu votre père aussi absent de la maison que ces derniers temps. Il ne revient que pour manger et dormir. Quand il dort. Je l'ai surpris plusieurs fois à se réveiller en sursaut en pleine nuit. Les mauvais souvenirs semblent refaire surface, ce qui n'est guère étonnant compte tenu du contexte. Mais vous connaissez votre père, il m'assure que tout va bien, et refuse d'en parler. Il est trop vieux pour qu'on puisse le changer désormais.

N'espérez pas par contre obtenir de nouvelles informations par son biais, il a été très clair à ce sujet. Focalisez-vous plutôt sur vos études, je n'ai pas envie de voir vos notes chuter (surtout toi Albus, je suis très fière de tes excellents résultats).

Pensez à saluer Neville et à donner notre bonjour aux autres professeurs de notre part. Tâchez également d'être sages, je n'ai encore reçu aucun hibou et j'espère que ça durera. Je vous embrasse très fort.

Votre mère, Ginny.

James releva les yeux de la lettre que lui avait transmis son frère, la mine déçue. Certes, il n'avait pas réellement espéré pouvoir apprendre énormément de nouvelles informations de la part de son père, cela aurait été le prendre pour un sombre imbécile, ce qu'il était loin d'être. Mais il n'avait pas non plus imaginé ne rien apprendre du tout, et encore moins qu'il ait compris ce qui se tramait dans l'esprit de ses fils. En clair, ce qu'ils avaient tenté était un échec total. Frustré, il se recula sur sa chaise, jetant le parchemin sur la table, le regardant s'enrouler sur lui-même. Une pointe de déception apparut sur le visage de ses trois amis, qui avaient jusque là scruté son visage pendant sa lecture.

« À ta réaction, j'imagine que ton père n'a pas laissé filtrer la moindre information, dit Gabriel en tournant la tête vers lui. Je me trompe ?
— Non, pas du tout. Il a parfaitement compris ce qu'on souhaitait obtenir… D'après ce qui est dit dans la lettre, je crois bien qu'il a réalisé qu'on en savait plus que ce qu'on devrait. Autant dire qu'on serait bien idiots de retenter la même approche à l'avenir.
— Je croyais pourtant qu'il ne vous avait pas repérés, s'étonna Bloom. Vous êtes certains de n'avoir laissé aucune trace ?
— Je ne pense pas que ce soit une question de traces, s'avança Eliot. Ce n'est qu'une théorie, mais il est possible que la mère de James ou bien encore son oncle aient mentionné à Mr Potter que Gabriel et James se sont absentés pendant la cérémonie… À partir de là, c'est assez facile de faire le lien, surtout avec ce qu'il t'a offert cet été.
— Tu pense qu'on a manqué de prudence ? s'inquiéta James.
— Puisqu'on a les informations sans avoir reçu de réel retour de bâton pour le moment, non. »

Le préfet était toutefois songeur, comme bien souvent. La main sur le menton, il semblait se repasser dans son esprit, comme une boucle sans fin, les quelques informations qu'ils possédaient sur cette affaire sans parvenir à déterminer un bout par lequel commencer. James admirait cette capacité qu'avait son ami à pouvoir se concentrer ainsi.

« Pas la peine de se torturer inutilement sur le sujet, on ne pourra pas avancer plus, lâcha Eliot en se reculant sur sa chaise. On ne ferait que perdre notre temps.
— Toujours aussi défaitiste, commenta Gabriel. Tu conseilles quoi, d'attendre les nouvelles officielles ?
— C'est pas comme si on avait vraiment le choix. C'était évident de toute façon qu'à un moment où à un autre, on ne pourrait plus avancer. Et on n'a pas intérêt à relancer le sujet, je ne suis pas certain que papa apprécie », insista le jeune Potter.

Il se sentait gêné pour de multiples raisons. La première était tout simplement qu'une approche aussi peu discrète pouvait être prise par son père comme une insulte à son intelligence. La deuxième était le doute qu'ils mettaient dans les capacités des Aurors à résoudre les affaires importantes, une seconde insulte offerte à son père. James s'en sentait mal. Il ne voulait surtout pas que son père se mette en colère contre lui pour ça. De toute façon, James était réaliste : il n'estimait tout de même pas qu'une bande d'adolescents de quinze ans comme eux puissent espérer doubler les Aurors dans leur enquête. Surtout pas quand cela avait trait à la magie noire, eux qui étaient habitués à la combattre.

« Je peux lire la lettre quand même ? demanda Bloom en prenant le parchemin. J'espère qu'il n'y a rien de trop personnel dedans.
— Vas-y, soupira James. Mais je te le dis, on ne peut rien trouver dedans. On ferait peut-être mieux de faire notre travail pour une fois.
— Parle pas de malheur, marmonna Gabriel. Je croyais qu'on était ici pour se détendre ! »

C'était originellement ce qui était prévu, oui. Les quatre amis avaient décidé de s'installer dans le foyer pour décompresser un peu, surtout après le cours de Défense Contre les Forces du Mal de la veille. Il avait été éprouvant malgré son sujet fascinant. La pièce était toujours aussi bruyante et joyeuse que d'habitude, surtout qu'une partie des troisième années avaient décidé d'organiser une belle partie de bataille explosive. Un prétexte comme un autre pour s'amuser, rire, alors que les habituelles bouteilles de Bièraubeurre se partageaient sous la cape, les quelques préfets présents – dont Eliot faisait partie – fermant les yeux sur ce manquement évident au règlement. Autant dire que l'ambiance était des plus joyeuses, malgré le ciel désespérément gris au dehors.

Sûrement James, Gabriel, Eliot et Bloom se seraient-ils joints à la bonne humeur générale si Albus n'était pas venu chercher son frère pour lui transmettre la lettre de leur mère. Le garçon n'était pas resté bien longtemps et était probablement parti rejoindre Scorpius, Rose et Séléné, pour en discuter de leur côté.

« Hum… marmonna Bloom après avoir lu à son tour la lettre. Je remarque quand même que ta mère semble un peu inquiète pour ton père.
— Maman s'inquiète toujours pour tout, dit James en lâchant cependant un petit sourire. Une vraie maman poule.
— Ton père fait souvent des cauchemars ? demanda Gabriel.
— Autrefois oui, de ce qu'on m'a dit. En même temps, quand on a passé sa jeunesse à se faire chasser par un taré qui a tué nos parents, j'imagine que quelques cauchemars n'ont rien d'étonnant.
— Bel euphémisme, oui.
— Après, il a travaillé à faire la paix avec son passé. Enfin, c'est ce que m'a dit oncle Ron, spécifia-t-il, doutant un peu de lui. J'imagine qu'il a utilisé une Pensine ou quelque chose du genre maintenant que j'y réfléchis. »

Peut-être était-ce ce que son père gardait dans cette armoire de son bureau, toujours fermée à clé. Sûrement même. C'était en tout cas ce qu'il avait imaginé après le cours de Défense Contre les Forces du Mal. Longtemps avant, James s'était demandé comment son père faisait pour avancer dans la vie avec autant de démons. Maintenant qu'il connaissait l'existence des Pensines, l'idée que son père y ait recours lui semblait plus que probable.

« Avant que quelqu'un ne me pose la question, même s'il y a une Pensine dans le bureau de mon père, ne comptez pas sur moi pour aller fouiller dedans, prévint James.
— Je ne pense pas qu'on allait t'y encourager, assura Eliot. Une Pensine, quand elle appartient à une seule personne, c'est bien trop personnel.
— J'imagine aussi qu'il ne doit pas être très agréable de plonger dans les souvenirs de quelqu'un comme ton père, marmonna Bloom.
— Du coup, on peut changer de sujet ? demanda Gabriel. Pour quelque chose dont on s'était mis d'accord qu'il était inutile de tergiverser, je trouve quand même qu'on s'y attarde beaucoup. »

James ne put s'empêcher de soupirer, sans pouvoir cependant contredire son meilleur ami. Ce n'était pas non plus comme s'ils n'avaient pas d'autre projet en cours à côté. À la mine sérieuse qui avait pris place sur le visage de Gabriel, il était évident pour le garçon qu'il avait songé à la même chose et comptait promptement aborder le sujet avec eux. Mais lui n'était pas d'humeur.

Malgré la réconciliation, malgré la reprise des recherches du Cœur, James ne parvenait pas totalement à pardonner à Gabriel d'avoir trahi la parole qu'ils avaient donnée à Harvey. Après tout, ils trahissaient déjà sa confiance en désobéissant à ses vœux en continuant la recherche du Cœur, un sentiment que James avait eu du mal à supprimer de son esprit. Il avait appris à faire taire les voix dans son esprit, qui lui soufflaient qu'il ne faisait que se mettre plus en danger. Harvey pouvait très bien revenir sur sa parole et les expulser définitivement de Poudlard si jamais il apprenait ce qu'ils étaient en train de faire. Ce qui s'était passé en début de semaine avait réveillé toutes ses peurs. James essayait de se dire que c'était du passé, qu'au fond cela ne changeait pas grand-chose. Il n'y arrivait pas. Il gardait cette amertume en lui, ce sentiment de trahison. À chaque fois que le sujet de la recherche du Cœur de Poudlard venait sur le tapis, un malaise le prenait. Cela n'allait pas changer aujourd'hui, c'était trop tôt.

« J'ai commencé des recherches sur les pièces qui se déplacent, annonça Eliot. C'était l'hypothèse qui est sortie avant-hier.
— J'imagine que tu n'as rien trouvé de probant, répondit Bloom. Tu nous l'aurais dit sinon.
— En effet, mais j'ai juste eu le temps de lire trois ou quatre livres pour le moment, donc ne perdons pas espoir.
— Je comprends pas trop ce que tu veux trouver, confia Gabriel en jouant avec ses quelques mèches. On sait déjà que de telles sales existent à Poudlard.
— Réfléchis un peu, soupira Eliot. Je veux savoir comment fonctionne la magie derrière ces salles, s'il y a des logiques possibles dans leurs déplacements. Si jamais l'hypothèse est juste, comprendre les logiques derrière les sortilèges en œuvre serait un grand avantage pour pouvoir éventuellement débusquer ce qu'on cherche.
— Oh… j'avais pas vu ça sous cet angle…
— Tu en penses quoi James, tu ne dis rien », remarqua Bloom en se tournant vers lui.

James put voir les yeux d'Eliot et Gabriel faire le même chemin que ceux de Bloom. Cela ajouta à son trouble, et il tâcha d'éviter le bleu grisâtre des iris de Gabriel, sachant parfaitement que son ami était conscient de son ressenti par rapport à leur différend.

« Euh… C'est une idée à suivre ?
— Tu n'as pas l'air convaincu, bougonna Eliot, un peu vexé.
— Je ne sais pas, avoua-t-il. Je n'y ai pas vraiment réfléchi.
— Bah… Vu nos pistes actuelles, je ne pense pas qu'on perde grand-chose à étudier cette idée, éluda Gabriel qui évitait lui aussi de regarder James. On a d'ailleurs un peu de temps devant nous, on peut commencer maintenant.
— Attends… Est-ce que j'entends bien ? s'exclama aussitôt Eliot, moqueur. Gabriel Madder qui nous propose de lui-même d'aller à la bibliothèque ?
— Oh, c'est bon, ce n'est pas comme si je proposais ça pour étudier…
— Ceci dit, on pourrait toujours avancer le travail que nous demande le professeur Deauclaire pour lundi, proposa Bloom. Ça ne devrait pas nous prendre trop de temps et en plus on en serait débarrassés.
— C'est bien parce que c'est de la métamorphose que tu dis ça toi, grommela Gabriel. J'imagine que je suis en infériorité numérique, ayez pitié de moi, oh bourreaux du travail !
— On tâchera de faire en sorte que ce soit rapide et indolore, s'amusa le préfet du groupe.
— Hum… Si vous faites ça, ne m'attendez pas, marmonna James en se levant de la table. J'ai besoin d'un peu d'air frais.
— Je t'accompagne, proposa aussitôt Gabriel en se levant à son tour.
— C'est gentil, mais j'ai besoin d'être un peu seul un moment, répondit-il. Je vous rejoindrai à la bibliothèque après, ne vous inquiétez pas. »

James attrapa sa lettre qui était restée enroulée sur elle-même jusque là pour la ranger dans la poche intérieure de sa robe, puis il repoussa sa chaise sous la table. D'un regard, il intima plus fortement Gabriel à ne pas le suivre, constatant parfaitement l'aspect à la fois ennuyé et désolé du jeune Madder, qui reprit place sur sa chaise. James adressa malgré tout un sourire à ses trois amis, avant de tourner les talons. Il se faufila jusqu'à la sortie et le couloir du premier étage, bien plus calme et tranquille que le foyer.

Machinalement, ses jambes le menèrent jusqu'au hall d'entrée, et la grande porte du château, grande ouverte sur le parc et ses étendues vertes. Le garçon jeta un regard par dessus son épaule, pour s'assurer que Gabriel n'avait pas eu la mauvaise idée de le suivre, avant de sortir du château. James s'éloigna rapidement du sentier qui menait jusqu'aux serres, ou encore au terrain de Quidditch. Il descendit la douce pente du gazon, jusqu'à arriver devant le lac et ses eaux noires, à la surface lisse. Il le contempla quelques secondes, peut-être une minute, comme s'il était fasciné par l'épaisse mer de nuages grisonnants qui se reflétait dans l'eau, tel un miroir. James se laissa finalement tomber dans l'herbe, soupirant.

Les idées qu'il avait en tête n'étaient pas très claires. Elles se bousculaient même en fait. Quelques semaines auparavant, son seul souci était simplement de chercher le Cœur, tranquillement, dans ce qui ne lui semblait bien souvent n'être rien de plus qu'un grand jeu d'exploration du château et de ses secrets, quelque chose d'amusant et d'excitant. Jamais le garçon aux cheveux cuivrés ne l'avait avoué à Gabriel, mais il avait depuis longtemps perdu l'espoir de réellement trouver l'emplacement du Cœur de Poudlard. Harvey lui-même l'avait dit lorsqu'ils avaient eu à lui faire face trois ans plus tôt, à l'infirmerie, il lui semblait difficile que des élèves découvrent son emplacement, même des septième années. Ils n'étaient pas plus malins que les autres, malgré ce qu'ils aimaient croire. Malgré l'espoir d'un jour apprendre la vérité sur cette journée fatidique, le désir d'enfin prouver qu'ils n'y étaient pour rien, il n'y croyait plus vraiment. C'était la grande différence qu'il y avait entre lui et Gabriel. Et cela lui faisait un peu… peur ? Il n'était même pas sûr de mettre le doigt sur le bon sentiment. Il avait toujours pensé que d'eux deux, il était le plus colérique, le plus rancunier. Autrefois, peut-être cela avait-il été le cas. Aujourd'hui, il se rendait compte que Gabriel ne lâcherait rien et n'abandonnerait jamais sa colère, son obsession; pas tant qu'il ne saurait pas.

Il ne s'était rendu compte de cette obsession qu'avait son meilleur ami qu'avec ce qu'il s'était passé dans le bureau d'Harvey. Leurs visions différentes, que James avait jusque là réussi à concilier car au fond elles cohabitaient sans heurts, s'étaient pour la première fois entrechoquées. Gabriel était prêt à tout pour parvenir à ses fins, jusqu'à trahir un secret qui les dépassait de loin. Certes, au fond les conséquences n'étaient pas si graves, puisqu'il ne l'avait fait que pour informer Bloom et Eliot de la nature exacte de ce qu'ils recherchaient. Mais trahir une parole était quelque chose que James ne parvenait pas à pardonner. Pas entièrement. Il s'était élevé contre ça, s'était disputé avec Gabriel. Il avait accepté de laisser tomber en partie sa colère et de se réconcilier avec son meilleur ami. Mais il ne parvenait pas à enlever de son cœur cette impression déchirante qu'il avait été trahi. Pourtant, James se rendait bien compte que c'était peut-être idiot.

S'ajoutait à tout ça les problèmes des meurtres, d'une société sorcière qui était terrifiée, craignant que cela signifie l'avènement d'un nouveau mage noir. Il en avait peur lui aussi. Son père était en première ligne si jamais tout cela amenait un nouveau cinglé au pouvoir, tout comme une bonne partie de sa famille. Cet inconnu le terrifiait et c'était sans doute pour ça qu'il avait essayé avec ses amis de résoudre ce problème, insoluble à la base faute d'éléments. Il en avait laissé son miroir dans le bureau de son père. Mais avec Gabriel, ils avaient essayé de le faire fonctionner au cours de la semaine, pour se rendre compte qu'il avait été replacé dans la chambre de James. Ils avaient naïvement espéré que son père ait uniquement cru que James ait oublié son miroir ici, et qu'il n'y avait rien de suspect. La lettre qu'il avait reçue n'avait fait que confirmer que son père n'était pas dupe, qu'ils l'avaient sûrement trop pris pour un imbécile. James s'en sentait d'autant plus honteux.

Le gris du ciel au dessus de lui ne semblait que refléter son cœur, brumeux et maussade. Il avait espéré que la verdure, l'air encore doux, auraient aidé à mettre de l'ordre dans son esprit. Il s'était trompé.

James entendit alors le bruit de l'herbe que l'on foule derrière lui, un son qui s'approchait. Il se redressa sur ses avant-bras, jetant un coup d'œil au dessus de son épaule. Il pouvait reconnaître entre mille la silhouette de l'homme qui s'approchait, immense et imposante, celle du géant Rubeus Hagrid. Malgré ses pensées sombres, James ne put s'empêcher d'adresser un sourire au Gardien des sceaux et des clés de Poudlard, à la barbe qui tirait de plus en plus vers le gris. Doucement, l'homme rejoignit James.

« Je me demandais bien qui pouvait être dehors par cette grisaille, remarqua gentiment Hagrid en se penchant vers lui. Qu'est ce que tu fais ici tout seul, James ?
— Rien, mentit le garçon.
— Tu as la même tête que ton père au même âge, quand il essayait de cacher ses problèmes. Tu es sûr que tout va bien ? »

James haussa les épaules, n'osant pas regarder celui qui était l'un des plus vieux amis de son père. Il connaissait assez mal le géant, malgré ce lien qu'il avait avec sa famille. Il l'avait toujours vu comme quelqu'un de bien trop gentil pour son propre bien, malgré son aspect effrayant. Aussi hésitait-il à tout déballer à Hagrid.

« Est-ce que vous pensez que je suis coupable de ce qu'il s'est passé il y a trois ans ? demanda soudainement James, d'une voix un peu faible.
— Tu veux parler du château qui s'est affolé ? On t'avait accusé avec le jeune Madder, c'est ça ? »

Il acquiesça, se mettant en position assise afin de mieux contempler le visage pensif du géant.

« Je pense que comme ton père, tu étais au mauvais endroit au mauvais moment James, déclara doucement le vieil homme. Un peu comme ce qui m'est arrivé aussi, il y a bien longtemps.
— Comment ça ? s'étonna James. Vous avez été victime d'une histoire semblable ? »

Hagrid prit un air un peu triste, mais continua d'adresser un sourire à James.

« C'était quand j'étais élève à Poudlard, oui, commença Hagrid. J'ai été accusé à tort, pour quelque chose que je n'avais pas commis. J'ai été renvoyé de l'école, et ma baguette à été brisée.
— Oh… je suis désolé…
— Ne t'inquiète pas, c'était il y a longtemps ! Depuis, la lumière sur l'affaire a été faite et j'ai eu le temps de faire la paix avec ces souvenirs.
— J'aimerais pouvoir faire la même chose, soupira James. Et pourtant, je ne suis pas à plaindre. Après tout, j'ai eu plus de chance que vous, je n'ai pas été renvoyé de l'école. »

Le géant eut un petit rire, puis tapota sur l'épaule de James, d'une manière qui se voulait douce mais qui fit malgré tout se tasser le garçon. Il se redressa finalement, se massant le dos, en grommelant un peu.

« C'est ça qui te tracasse ? demanda enfin Hagrid. Tu te demandes si c'est légitime que tu sois en colère à cause de ça ? »

James hocha d'abord la tête, avant de finalement la secouer.

« Je ne sais pas, avoua-t-il.
— Je suis d'avis que tu aurais besoin d'une bonne tasse de thé bien chaud. Suis-moi donc, je t'invite chez moi. »

Le géant avait tendu sa grande main vers James, un sourire aux lèvres, lui proposant de l'aider à se lever. Le garçon ne savait pas trop s'il avait vraiment envie d'en parler. La gentillesse du géant le persuada cependant d'accepter la main qu'il lui tendait. Il n'avait pas le cœur de refuser une telle invitation, il suivit donc Hagrid jusqu'à sa cabane.

« Tout doux Crochette ! » clama Hagrid en ouvrant la porte

C'était un peu inutile, puisque sitôt James était entré dans la cabane, une masse noire lui avait sauté dans les bras, manquant de le faire basculer en arrière. La dite Crochette était la grosse chienne noire de Hagrid, à l'aspect assez intimidant il fallait l'avouer. Elle flanqua un gros coup de langue sur la joue de l'adolescent, avant que le garde-chasse ne parvienne à l'écarter.

« Toujours aussi affectueuse, grimaça James en s'essuyant la joue du revers de sa manche.
— Parfois trop, marmonna le géant. Je n'ai jamais réussi à la faire tenir en place... Enfin, assieds-toi James, fait comme chez toi ! Oh, et ne fais pas attention si jamais les coussins sont un peu abîmés, j'ai eu un petit accident pendant les vacances avec un élevage de Botrucs malades. Le professeur Maraspic me les avait confiés pour les soigner, il était trop occupé entre les quelques sombrals qui ont mis bas et la montagne d'autorisations qu'il a fallu remplir pour obtenir un Sphinx pour les cours. »

James ne put s'empêcher de sourire, malgré la mention des sombrals. Hagrid parlait toujours trop. L'adolescent assura que ce n'était pas bien grave, tout en jetant un coup d'œil aux dits coussins. Leur état était en effet lamentable, avec des plumes qui sortaient par de nombreux trous. Il prit cependant place dans un des fauteuils, pendant que le géant mettait la théière sur le feu.

« Bien ! s'exclama Hagrid en s'asseyant face à James. Raconte-moi donc un peu plus en détail ce qui te tracasse.
— C'est… compliqué, soupira James. Je ne sais pas trop où j'en suis.
— Tu parlais de cette histoire de raffut des défenses de l'école tout à l'heure. Tu peux commencer par là.
— Il n'y a pas grand-chose à dire. J'ai juste parfois l'impression que c'est cet événement qui a défini toute ma vie, qui continuera à la définir. J'aimerais l'oublier, l'enterrer définitivement. Mais je ne peux pas.
— C'est un sentiment naturel, le rassura le géant. Après avoir été renvoyé, j'avais honte. Je ne me voyais plus que comme un raté, un moins que rien, comme si tout ce que j'avais accompli avant n'avait servi à rien. »

Il s'interrompit un moment, jetant un regard vers sa cheminée, où étaient posés quelques cadres photo. Il y avait celles qui représentaient une femme de très grande taille, peut-être plus grande qu'Hagrid même. D'autres montraient le garde chasse avec ses collègues de Poudlard, ou des amis. Son père était sur l'une des photos, avec son oncle Ron et sa tante Hermione. Mais c'était la dernière photo que le géant fixait, James s'en rendait compte. Le garçon pouvait reconnaître l'homme qui était représenté entre mille avec son nez aquilin et sa longue barbe blanche.

« Dumbledore est intervenu en ma faveur, continua Hagrid, avec tendresse. Un grand homme Dumbledore, un très grand homme… Il m'a pris sous son aile et il m'a tendu la main au moment où je me sentais abandonné. C'est lui qui m'a permis de rester à Poudlard. Il m'a montré que je pouvais encore faire des choses, qu'il y avait encore de l'espoir. C'est lui qui a fait de moi le vieil homme que je suis aujourd'hui. Il a fait de moi quelqu'un de fier de ce qu'il est.
— Papa dit toujours que Dumbledore faisait ressortir le meilleur des gens.
— C'était bien ce que Dumbledore essayait toujours de faire, oui. Mais tu vois James, moi aussi j'ai eu un événement dans ma vie qui a marqué une fin en soi. Qui aurait pu être ma fin définitive d'ailleurs. Plus rien n'était pareil après mon renvoi, j'en voulais à tout le monde. Dumbledore m'a appris non pas à oublier ça, mais à l'accepter. J'ai accepté ce qui m'était arrivé, et j'en ai fait ma force, ma fierté. Je ne pense pas que refouler ce qui t'es arrivé ce jour là soit bon pour toi James, que ce soit par la fuite ou la colère. Tu le reconnais toi-même, il a fait de toi ce que tu es aujourd'hui.
— Le problème, c'est qu'il n'y a pas que moi dans cette affaire, marmonna James. Il y a Gabriel, et lui ne réussira sûrement jamais à passer au dessus de ça, pas tant qu'il ne saura pas la vérité.
— Alors sois là pour lui, James. Joue pour ton ami le rôle que Dumbledore a joué pour moi, une sorte de garde-fou. »

James resta quelques instants pensif, le regard dans le vide. Les paroles de Hagrid trouvaient sens dans son esprit. Il releva la tête vers le géant, un sourire naissant sur son visage.

« Merci Hagrid, répondit gentiment James.
— Allons bon, balbutia le géant, un peu gêné. Je n'ai fait que t'écouter et te raconter mon histoire, rien d'autre. Je ne suis pas doué pour ce genre de choses. »

L'adolescent le regarda se lever, pour se tourner vers la théière qui commençait à siffler. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir une sorte de petit rire, en remarquant les gestes un peu maladroits du géant, qui ne parvenait pas à masquer son trouble. C'était peut-être pour ça que Hagrid était attachant au fond, songea James. Malgré sa stature impressionnante, il était à l'intérieur une sorte de gros nounours tout doux.

Le thé fut rapidement englouti, délicieux au goût de James. Le garçon déclina poliment les biscuits que lui proposa Hagrid, étant bien au fait de leur texture plus proche de la pierre que de quelque chose de comestible. Il ne put en revanche couper à une nouvelle offensive de Crochette, qui bava généreusement sur ses genoux. Un Récurvite plus tard, James quittait la cabane du garde-chasse, d'humeur un peu plus joyeuse que lorsqu'il y était entré. Il traversa le parc à pas rapides, ne voulant pas faire attendre plus longtemps ses amis, et surtout pas Gabriel. Hagrid avait raison, c'était peut-être Gabriel qui aujourd'hui avait besoin de son soutien, tout comme il l'avait aidé en deuxième année. Il monta les quatre étages qui le séparaient de la bibliothèque, sans faire attention aux élèves qui allaient et venaient dans le couloir.

Le silence qui accueillit James lorsqu'il pénétra dans le royaume de Mrs Suze était aussi habituel qu'impressionnant. Dans une école où les armures se baladaient dans les couloirs et qui avait comme résident permanent un esprit frappeur aussi virulent que Peeves, le calme imposé de l'antre du savoir était quelque chose d'unique. James passa devant le bureau de Mrs Suze, la bibliothécaire, sans dire mot, sentant malgré tout le regard perçant de la femme le suivre alors qu'il remontait les allées, à la recherche de ses amis. Elle n'avait jamais été très engageante, avec son long cou et ses petits yeux perçants, derrière des lunettes carrées. Cependant, elle restait d'une grande aide dès lors que l'on faisait appel à elle pour trouver un ouvrage : elle semblait connaître presque par cœur chaque livre qui avait élu domicile sur les étagères de la bibliothèque. Il trouva finalement Eliot, Bloom et Gabriel à une table située entre les étagères destinées à la métamorphose et celles qui rassemblaient les grimoires sur les créatures magique communes.

« J'ai loupé quelque chose ? murmura-t-il en prenant place à la table.
— Pas vraiment, répondit Eliot en levant le nez de Théories avancées de la magie du temps et de l'espace. À part le Transplanage et les armoires communicantes, je n'ai pas trouvé grand-chose pouvant se rapprocher de ce qu'on cherche.
— En tout cas, rien pouvant se rapporter à l'échelle d'une salle entière, ajouta Gabriel. J'ai envoyé Bloom chercher du côté du rayon consacré à l'architecture, peut-être qu'on sera plus chanceux.
— J'imagine qu'il n'y a rien dans l'Histoire de Poudlard ?
— Si vous l'aviez lu, vous sauriez parfaitement que le livre omet largement tout l'aspect caché de Poudlard, soupira le blond. Après, de façon volontaire ou non, c'est une autre question. »

James se recula sur sa chaise, adressant un air moqueur à Eliot. Il était bien le seul élève de toute l'école à se trimballer un exemplaire de l'Histoire de Poudlard dans son sac. James tourna la tête pour voir alors approcher une pile de livres, qui cachait en réalité Bloom. La rouquine dépose les lourds grimoires sur la table dans un grand bruit, ce qui leur valut un regard meurtrier de la part de Mrs Suze, la bibliothécaire. Gabriel adressa un geste d'excuse à la tenancière des lieux, alors qu'Eliot fusillait Bloom des yeux.

« Qu'est ce que c'est que tout ça ? s'agaça le jeune Dubois.
— Des livres sur les architectures magiques tiens, répliqua Bloom sur un ton d'évidence.
— Mais je ne t'ai pas demandé de ramener tout le rayonnage non plus, il y a au moins quinze livres là !
— Va donc choisir ce qui est pertinent de ce qui ne l'est pas si t'es si malin… Tous les titres se ressemblent.
— Du calme, du calme, soupira Gabriel. On va essayer de voir ce qu'on peut en tirer. James, tu m'aides ?
— Passe-moi le premier livre de la pile. »

James posa le grimoire devant lui, pouvant lire son titre : L'Histoire de l'architecture sorcière de l'antiquité à nos jours. Les sorciers n'avaient définitivement aucune imagination pour les titres, soupira-t-il. Il ouvrit l'ouvrage pour étudier un peu le sommaire et voir si quelque chose se rapportant à ce qu'ils cherchaient pouvait s'y trouver.

Les deux premiers livres furent vite mis de côté. James avait très vite remarqué qu'ils ne traitaient que de l'aspect architectural pur, et donc du style de construction et du côté artistique. Pas un seul mot sur des spécificités magiques propres aux différentes architectures. Poudlard n'était cité que pour montrer l'exemple d'une architecture aux styles variés, qui représentait bien l'avancée du style de construction sorcier. En plus de ne pas du tout convenir à ce qu'ils recherchaient, ils étaient ennuyeux à lire.

Le troisième livre qu'il prit de la pile, déjà bien entamée par Bloom et Gabriel, retint largement plus son attention. Son titre, Histoires, mythes et légendes des architectures célèbre du monde sorcier, lui avait déjà sauté à l'œil comme quelque chose de potentiellement plus intéressant, et il ne s'y était pas trompé. Les histoires devaient toujours être abordées avec un œil critique, mais contenaient également tout un fond de vérité documenté et basé sur des faits réels. La magie utilisée pour créer les différents lieux, à savoir des bâtisses en campagne médiévale, ou bien des châteaux, était étudiée et décortiquée, dans la mesure du possible. Il y avait beaucoup de théories, de tentatives d'explications et de légendes. On trouvait pêle-mêle celles des vouivres bâtisseuses, des rois gobelins et de leurs forteresses gardant leurs richesses ou encore de Dieux obscurs des anciens sorciers, qui auraient donné à ces derniers d'immenses palais imaginaires. James sauta cependant rapidement les chapitres pour arriver à un petit passage sur Poudlard. Il fut déçu. La création de l'école était entourée d'un nuage de mystère, et le livre était incapable de formuler une explication concrète. Il ne détaillait même pas les spécificités de l'école, ses salles particulières, il se contentait uniquement de citer les points d'architecture clés, comme le grand escalier de marbre ou le plafond enchanté de la Grande Salle. Frustré, James referma le livre.

« Rien de bien concluant, marmonna Eliot en regardant la pile de livres déjà lus. Pas que je m'attendais à ce qu'on trouve grand-chose rapidement remarquez.
— J'imagine qu'on devra chercher un peu plus en détail, murmura Bloom. Peut-être aussi explorer la Réserve.
— Chut, l'interrompit James. Mrs Suze nous observe depuis un petit moment. »

Les quatre Gryffondor tournèrent la tête vers la fin de la rangée, observant en effet la présence inquisitrice de la bibliothécaire, les fixant comme un chien de garde. Son visage rappelant lointainement la tête d'un berger allemand n'aidait pas à éviter une telle comparaison. Depuis qu'on les avait retrouvés à fouiner dans la réserve, Mrs Suze avait toujours mis un point d'honneur à garder une attention particulière sur eux.

« Elle m'avait pas manqué celle-là, pesta Eliot. Pas moyen de faire nos recherches tranquilles. Elle nous surveillait déjà quand on fouillait les bouquins d'enchantement avancés l'année dernière.
— Pas la peine d'attirer plus l'attention sur nous, dit Gabriel en prenant une partie des livres dans ses bras. Je vais commencer à ranger ça.
— Passe-moi l'autre pile, je vais m'en occuper », proposa Bloom en se levant.

Un peu maladroitement, la rouquine rassembla les ouvrages en une tour chancelante, qu'elle emmena avec elle dans les rayonnages voisins, suivant les pas de Gabriel. James sourit à cette vision. Si leurs recherches nocturnes ne les forçaient pas à se plonger dans les livres, sûrement que ces deux là ne seraient jamais venus de leur plein gré dans le royaume poussiéreux de Mrs Suze. Ce n'était pas faute d'efforts de la part d'Eliot, qui veillait fermement à ce qu'ils se mettent au travail, combattant ardemment la nature insouciante de ses trois amis. Si James l'acceptait de bon gré, Gabriel s'était imposé comme un adepte de la procrastination chronique et Bloom, passé la métamorphose, avait développé une véritable aversion pour les travaux imposés. Ils n'avaient que trop souvent remporté la bataille contre Eliot, fatigué de lutter seul sur ce front, une opposition que James observait avec amusement. Cependant, quand Eliot tendit la main vers l'étagère adjacente avec un grand sourire aux lèvres pour en tirer un ouvrage sur la métamorphose, il sembla clair pour le jeune Potter que cette fois-ci, ils n'y échapperaient pas. Enfin, que Gabriel n'y échapperait pas.

Comme l'avait promis le ciel gris qui avait pris place sur l'Écosse ces derniers jours, la pluie vint s'inviter pour accompagner le réveil du château. Voilà qui annonçait un dimanche maussade, soupira James alors qu'il suivait Bloom, Eliot et Gabriel dans les couloirs de l'école. La pluie battante martelait les vitres, dans un boucan incroyable qui résonnait contre les pierres des murs de l'école. Ils entamaient tout juste leur chemin habituel vers la Grande Salle quand ils croisèrent la silhouette flottante et transparente de Nick Quasi-Sans-Tête, au détour d'un couloir, qui enleva son couvre-chef pour les saluer.

« Bonjour à vous quatre, dit-il d'une voix claire. Si j'étais vous, je ne prendrais pas ce chemin pour aller vers la Grande Salle.
— Pourquoi ça, Nick ? s'étonna James. On l'utilise tous les jours depuis quatre ans.
— Peeves a piégé les armures du couloir cette nuit. Elles sautent sur quiconque se promène ici, pour les enfermer à l'intérieur.
— Ça ressemble bien à du Peeves, en effet, remarqua Eliot. Les professeurs sont au courant ?
— J'ai envoyé Andrew Horton chercher le professeur Londubat, pendant que je monte la garde ici. Le pauvre Asher Schwartz est resté enfermé dans une armure pendant une demi-heure avant qu'on vienne le libérer.
—Ah…
— Ça ne s'est pas fait sans heurts ou blessures, Steven Dennis qui est venu à son secours a subi quelques entailles superficielles. Ils sont partis à l'infirmerie.
— Je suis vraiment content des fois de savoir que Peeves nous évite, soupira Gabriel. Merci du conseil Nick !
— Mais de rien, chers amis ! »

Bloom fit un signe de remerciement au spectre, pendant que les trois garçons faisaient volte face pour se diriger vers un autre chemin, réfléchissant à celui qui serait le plus rapide. Ils n'eurent qu'à traverser quelques couloirs pour ouvrir un passage secret dans un mur, qui menait directement à l'étage inférieur. James, en tête de file, alluma sa baguette pour éclairer la pénombre du passage. En temps normal, ils le prenaient en sens inverse, lorsque Keepood ou un quelconque préfet se prenait d'envie de les poursuivre lors de l'une de leurs escapades nocturnes. L'habitude parlait donc, alors que la lueur du Lumos qu'avait invoqué James éclairait à peine là où ils mettaient leurs pieds. Ils savaient très bien que ce passage avait un creux dans lequel il était facile de se prendre les pieds ; cela leur avait déjà valu de se faire attraper par le concierge en deuxième année. James allongea machinalement le pied, évitant la chute, pour arriver jusqu'aux marches de pierres, qui menaient jusqu'à la sortie du passage, dans le socle de la grande statue de Dugald McClivert, faisant sursauter deux élèves de Serdaigle qui passaient par là.

« D'où vous venez ? s'étonna un des deux garçons, qui devait vraisemblablement être en deuxième année. C'est un passage secret ?
— Comme il en existe des dizaines dans l'école, s'amusa Gabriel en époussetant sa robe. Celui-là est très connu ceci dit.
— Je crois que presque tous les Gryffondor le connaissent, c'est un raccourci vers la salle commune, ajouta Bloom en refermant le passage derrière elle.
— Si vous voulez l'emprunter, le mot de passe à partir d'ici c'est « Quintaped », leur dit Eliot. C'est facile à retenir, c'est à cause de la mort de Dugald que le Quintaped a été créé. Attention par contre au creux après les marches, il est fourbe et c'est un coup à se tordre la cheville.
— Ouah… Merci ! »

Tout en s'éloignant, James observa par-dessus son épaules les deux Serdaigle ouvrir à leur tour le passage et s'y engouffrer, avec un air d'excitation sur le visage. Il eut un petit soupir de nostalgie, en se rappelant les premières fois que lui-même avait découvert un passage secret. Poudlard en regorgeait, et malgré tout ce temps, à chaque fois qu'ils en découvraient un nouveau – ce qui arrivait désormais très rarement – ils continuaient de ressentir cette excitation.

« Je me demande comment tu as fait pour retenir cette anecdote sur McClivert alors que tu détestes tout ce qui a trait à l'Histoire de la Magie, remarqua Gabriel alors qu'ils rejoignaient le grand escalier de marbre. Ce n'est pas ton genre, Eliot.
— Tu oublies que son histoire est liée au Quintaped, rappela le préfet. Le Quintaped est tristement célèbre pour sa férocité, et ça reste une créature qui a fasciné la plupart des naturalistes pendant des siècles.
— J'oubliais que tu adorais les créatures magiques, en effet… »

Eliot eut un petit rire, alors que James tournait la tête vers lui, perplexe.

« Ça existe vraiment les Quintapeds ? demanda-t-il. Je croyais que l'histoire entre les MacBoon et les McClivert n'était qu'une légende.
— On ne sait pas si l'histoire est vraie, mais les Quintapeds eux existent bien et font la loi sur l'île de Drear. On a été obligés de la rendre incartable après tout.
— Je ne veux jamais avoir à faire face à l'une de ces saletés », frissonna Bloom.

Ils arrivèrent rapidement dans la Grande Salle, dont le ciel enchanté faisait démonstration de la violence de l'averse qu'il y avait dehors. James se laissa tomber sur son banc, à côté de Léopold, tout en observant la table des professeurs au bout de la salle, éclairée par les bougies flottantes. La place du professeur Londubat ainsi que celle du professeur Flitwick étaient vides, ce qui indiquait qu'ils étaient très certainement partis régler la farce réalisée par Peeves. Le garçon reporta son attention vers son assiette, remarquant alors avec surprise qu'on l'avait déjà remplie pour lui.

« Comme d'habitude je suppose, s'amusa Octave face à lui.
— Merci, j'ai une faim de loup. »

Il mordit dans un toast avec plaisir, sentant son estomac grogner de contentement quand il avala la première bouchée.

« Ça fait du bien par où ça passe, dit-il.
— Le courrier ne va pas tarder, informa Rigel, assis à côté de Léo. On va avoir les résultats du match qui a opposé les Flèches aux Vagabonds hier.
— Faut encore que le match soit terminé, s'amusa Bloom. Peut-être qu'ils sont encore en train de jouer à cette heure-ci.
— Rah, non, pitié, pas de Quidditch dès le matin ! s'exclama Gabriel en posant brusquement sa tasse de café sur la table. C'est à croire que vous n'avez que ça comme sujet de conversation des fois, c'est dingue. »

James haussa les épaules.

« On peut toujours parler des cours si tu veux, ricana-t-il. Je suis certain que tu seras ravi qu'on parle du devoir de Métamorphose.
— Oh non, parle pas de ce truc, s'effondra son meilleur ami, s'aplatissant sur la table. Je vois pas à quoi ça va nous servir cet essai sur les sortilèges d'apparition. À part pour les BUSE, bien sûr.
— Vous l'avez fini ? demanda Léo. On comptait le faire tout à l'heure, et j'avoue qu'un peu d'aide ne serait pas de refus.
— Je pourrai y jeter un œil si vous voulez, dit Eliot. Mais comptez pas sur nous pour faire l'exercice à votre place.
— Comme si on vous avait déjà demandé de le faire. »

James allait donner un exemple à Léo, quand il y eut soudain un grand bruit d'ailes au-dessus de sa tête. Comme chaque matin, le ballet de centaines de hiboux s'engouffra dans la Grande Salle, accompagné de leurs liasses de lettres et autres colis. Heureusement que les sortilèges contre l'humidité existaient, sinon James n'aurait pas donné bien cher de la marchandise transportée par les volatiles. Leurs plumes brillaient à la lumière des bougies alors qu'ils tournoyaient au-dessus des tables, leurs battements d'ailes projetant de l'eau sur les élèves. L'habituel hibou livrant la Gazette du Sorcier s'arrêta devant Eliot, avant de redécoller. L'attention des cinquième années se focalisa sur le journal, avec l'inquiétude désormais quotidienne de découvrir de mauvaises nouvelles. Eliot le déplia pour le poser à plat sur la table, laissant chacun découvrir le premier gros titre :

LE CHEF DU PARTI REFORMISTE JASON CROW ASSASSINÉ

« On le voyait venir celui-là, dit sombrement Bloom. Peu à peu, les meurtres gagnaient en importance… Il ne restait plus que Crow comme réelle figure importante dans le parti Réformiste…
— Plus de doute maintenant, il y a bien un cinglé dans la nature, marmonna Octave.
— Vu les victimes, fort à parier que ce soit un opposant aux nés-moldus, ajouta Rigel. Mince… Je croyais que Crow était étroitement surveillé par les Aurors !
— Justement, ceux qui avaient été assignés à sa protection sont morts aussi », dit Eliot en relevant la tête du journal, le teint livide.

James sentit un poids descendre le long de sa gorge.

« Qui ?
— Adam Crookwell, Rebecca Scoresby et Kenneth Towler. Pas des débutants d'après l'article.
— Loin de là… souffla James d'une voix blanche. C'était… Bon sang… C'était tous des chefs de brigade ! Autant dire quelques uns des meilleurs Aurors.
— Tu veux dire que les cinglés qui ont décidé de tuer Crow sont parvenus à assassiner des Aurors d'élite ? marmonna Rigel. Ce n'est pas possible…
— Soit c'est l'œuvre d'un puissant mage noir, soit c'est un groupe nombreux et organisé. Il n'y a pas d'autre solution ! »

James tendait à être d'accord avec Léo. Les Aurors comptaient parmi l'élite des sorciers, ce n'était pas facile de les abattre.

« Attendez ce n'est pas tout, remarqua Gabriel, les sourcils froncés. Regardez juste en dessous. »

Il posa le doigt sur une autre inscription en gras, bien en valeur aussi. Ils s'étaient tellement focalisés sur l'article concernant Crow qu'ils en avaient ignoré le reste de la première page. Eliot enleva ses mains pour laisser tout le monde lire à son tour :

LE MOUVEMENT DE CONTESTATION S'ORGANISE ET REVENDIQUE

« Le mouvement de contestation ? s'interrogea Bloom. Ils veulent parler de ces sorciers nés-moldus ou partisans des nés-moldus qui étaient en colère contre les Aurors ?
— Je ne sais pas trop, avoua Eliot, lisant en vitesse l'article. C'est bizarre en fait… il n'y a aucun nom de cité, pas même de nom pour ce groupe…
— Hein ?
— Ils veulent garder l'anonymat. Regardez la photo. »

James se pencha un peu plus vers l'article, tendant le cou pour observer l'image qui l'accompagnait. Il y avait de nombreuses personnes sur cette photo, mais on ne distinguait le visage d'aucune d'entre elles, toutes étaient masquées par la capuche de leur robe. À part une seule personne, qui était vraisemblablement sur une estrade puisqu'elle dominait toute l'assemblée. Cela ne l'aidait pourtant pas, puisqu'elle semblait porter… un masque ? James ne saurait trop dire. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il était également impossible de distinguer l'identité de cette personne.

« C'est louche, lança aussitôt James. Ils ont quelque chose à se reprocher pour cacher leur identité ? Parce que là, on dirait vraiment des Mangemorts.
— D'après l'article, c'est un choix délibéré, pour éviter de se faire poursuivre ou assassiner par le ou les cinglés qui ont tué Crow, Viridian et les autres, récita Eliot. Mais je suis d'accord avec toi, c'est bizarre.
— Ça me rappelle un peu les super-héros moldus », commenta Gabriel, pensif.

James fixa le jeune Madder avec interrogation.

« C'est quoi un « super-héros » ?
— Ah… C'est vrai que la plupart des sorciers n'ont aucune notion de culture moldue, soupira Gabriel. Comment t'expliquer ça… Les moldus adorent inventer des histoires, me semble te l'avoir déjà dit ça.
— Oui, confirma James.
— Les super-héros font partis de personnages inventés dans ces histoires. Ce sont des personnages qui par un moyen ou un autre ont obtenu des pouvoirs extraordinaires, et qui décident de l'utiliser pour faire le bien autour d'eux.
— Pour les moldus, on pourrait être des super-héros donc, remarqua Bloom.
— Pas totalement. Les super-héros cherchent souvent à essayer de mener une vie normale, donc quand ils utilisent leurs pouvoirs, ils cachent leur identité en portant des masques ou des costumes.
— Pour quoi faire ? s'étonna James. Ils font de bonnes actions, donc ils ne devraient pas avoir peur de montrer leur identité. C'est stupide.
— C'est là que c'est intéressant en fait, sourit le jeune Madder. Tu vois, si les super-héros œuvrent pour le bien des autres avec leurs pouvoirs, leurs ennemis eux agissent de façon égoïste, souvent en ayant des projets pouvant nuire à des innocents. Si généralement, les super-héros sont assez forts pour lutter contre eux et les vaincre, ce n'est pas le cas de leurs proches. Que se passerait-il si jamais un de leurs ennemis décidait de s'en prendre à l'un d'eux pour blesser les héros, les forcer à abandonner ? »

Il se stoppa quelques secondes, laissant le temps de réflexion à ses amis. Jusque là, James parvenait à suivre ce que disait Gabriel mais il ne comprenait pas où il voulait en venir.

« Les super-héros, comme Spider-Man par exemple, ne veulent pas mettre en danger leurs proches, et c'est pour ça qu'ils agissent masqués, sous une identité secrète. Pour continuer sur l'exemple de Spider-Man, quand il n'est pas à lutter contre le crime il se nomme Peter Parker. L'idée, c'est que si on ne sait pas qui ils sont vraiment, on ne peut pas utiliser ceux qui leur sont cher contre eux, ou les attaquer quand ils ne sont pas masqués.
— Je crois que je comprends ce que tu veux dire, dit Eliot. Vu sous cet angle, l'idée semble moins saugrenue et est même ingénieuse.
— Ce sont en plus des personnes qui ont souvent des origines moldues, nota Bloom. Ce ne serait pas si étonnant que ce soit ces super-héros qui les aient inspirés… Je pourrai toujours poser la question au professeur Russel. »

Gabriel hocha la tête, avant de reprendre la parole.

« Si le mage noir ou le groupe responsable de ces meurtres ne sait pas qui attaquer pour faire tomber les opposants, ils s'assurent un certain degré de protection.
— Vu le contexte, ce n'est pas si idiot que ça, admit James. J'espère cependant qu'ils savent ce qu'ils font, parce que ça peut vite tourner au beau bordel, et on n'a pas besoin de ça. La situation est déjà explosive, et se n'est pas en doutant des Aurors comme ils le font qu'on va arranger les choses. Avec ce probable mage noir en liberté, le mieux serait que l'on reste soudés.
— Les Aurors sont assez sceptiques face à la formation de ce groupe, dit Rigel, qui avait été lire les autres articles sur la page suivante. Regarde James, ton père fait une allocution dans la presse pour les condamner. »

Aucun doute avec la photo, James pouvait en effet parfaitement reconnaître la silhouette de son père. Il lui trouvait un air fatigué qui collait parfaitement avec les nouvelles qu'il avait reçu de sa mère. James savait à quel point son père détestait avoir affaire à la presse, il trouvait donc ça d'autant plus inquiétant qu'il prenne l'initiative de lui-même de les contacter pour parler de la situation actuelle. Il resta silencieux. Il ne remarqua qu'à ce moment là qu'évidemment, les nouvelles du jour secouaient la Grande Salle. James leva la tête pour observer un peu les mines atterrées des élèves, ou celles plus déterminées d'autres, qui semblaient accueillir la montée de ce groupe contre les exactions du ou des sorciers responsables des meurtres avec espoir. Les professeurs, qui d'habitude essayaient de rassurer les élèves, avaient la même mine inquiète qu'eux, penchés sur les journaux. Jamais James n'aurait cru voir une telle ambiance prendre place dans la Grande Salle.

« T'es bien le fils de ton père James, il évoque les mêmes craintes que toi, remarqua Gabriel après avoir lu l'article. Il craint que tout cela ne crée du désordre et envenime la situation. Il demande leur démantèlement, par sécurité.
— Ce serait le plus sage je pense, marmonna le jeune Potter en fronçant les sourcils. Papa n'est pas du genre à s'inquiéter pour rien. Les sorciers doivent garder confiance dans les forces des Aurors.
— Le seul problème dans tout ça, c'est que la population sorcière est en colère, elle a peur, dit Eliot. Il y a une part non-négligeable qui semble avoir déjà fait preuve de sympathie pour ce groupe, estimant que les Aurors ont failli dans leur travail… Vu qu'ils suivent des idéaux justes, avec le manque de communication sur l'enquête, ils sont populaires. Au contraire des Aurors.
— Oui, le sondage du jour est formel, fit remarquer Rigel en le pointant sur la page. Après les meurtres et étant donné le manque de pistes sur l'enquête, la majeur partie des sorciers interrogés n'ont plus confiance dans les Aurors.
— Mais c'est idiot ! » s'exclama James.

Il avait frappé des mains sur la table. Il ignora les têtes qui se tournèrent vers lui, sidéré par ce qu'il entendait. Cela ressemblait de plus en plus au pire scénario possible à ses yeux… Sûrement était-ce le lien particulier qu'il avait avec les Aurors, étant donné son rêve d'en faire partie et la position de son père, qui lui dictait cela. Petit à petit, ce groupe, qui se battait certes pour une cause juste, lui devenait antipathique.

« Calme-toi, intervint Gabriel en posant sa main sur son épaule. On sait que ça te touche d'autant plus avec ton père, mais reste calme.
— Surtout que ce que je vais te lire ne va pas du tout te plaire, prévint Eliot. Ça concerne leurs revendications. Première revendication : ils considèrent que les Aurors ont échoué dans leur capacité à protéger les citoyens. Ils demandent la formation d'une armée de crise de la part du Ministère pour assurer la protection de la société.
— On n'a jamais vu ça, commenta Léo. Puis, si des Aurors d'élite sont morts pour protéger Crow, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de monde qui puisse se targuer d'être plus efficaces qu'eux…
— Le Ministère ne peut de toute façon pas répondre à cette demande, c'est impossible. Ils ne peuvent pas trouver autant d'hommes et de toute façon, c'est normalement le rôle des Aurors. On en arrive donc au deuxième point : si le ministère s'en montre incapable, ils vont former eux-mêmes un corps de protection pour protéger les sorciers, les nés-moldus et leurs partisans en priorité.
— Ça ressemble une sorte de milice », dit Bloom, la main contre le front.

James hocha la tête, craignant le pire. Son père devait être en train de s'arracher les cheveux à l'heure actuelle.

« Ce n'est pas tout, continua Eliot, en levant les yeux vers le garçon. Là on ne touchait qu'à l'aspect protection… Ils veulent aussi un agissement au niveau politique, avec des lois qui aident les nés-moldus. Ils pensent qu'ils ont été négligés par le gouvernement ces dernières années, que l'idéologie sang-pur aurait infiltré à nouveau les idéaux du ministère… C'est clairement une volonté d'imposer au gouvernement de réaliser une partie voire la totalité du programme défendu par les réformistes.
— Il y a vraiment des gens qui vont croire qu'un ministère dirigé par Percy Weasley, d'une famille de notoriété partisans des moldus, serait en réalité un ministère qui les discrimine ? s'étonna Léo.
— Ils ont des arguments, et ils savent les tourner, marmonna Eliot. Ils rappellent que Percy a été un assistant de Cornelius Fudge, lorsque le ministère refusait le retour de Voldemort. C'est triste à dire, mais la position du Ministre est assez faible.
— Ceci dit, en dehors de l'enrobage discutable de la demande, je dois avouer qu'accélérer le vote de lois aidant les nés-moldus ne serait pas une mauvaise chose, dit Gabriel.
— Ce n'est pas possible, contra Octave, songeur. J'ai un oncle, du côté de ma mère, qui est du genre très conservateur, limite pro sang-pur. Il voit déjà les avancés lentes des progressistes dans ce domaine d'un mauvais œil, alors accélérer les réformes ne ferait que rajouter des contestataires, voire se mettre en danger d'une révolte.
— Il y a une dernière revendication, fit remarquer le jeune Dubois. Je pense que c'est celle que j'aime le moins, et de très loin… »

Eliot resta silencieux quelques instants. James se préparait au pire, pris d'un mauvais pressentiment.

« Ils réclament une reconnaissance pleine et entière de toutes les exactions, de toute la discrimination qu'ont subis les nés-moldus. Ils veulent une action politique contre les sang-purs, qui sont selon eux derrière les meurtres. En un mot : ils réclament la vengeance. »

Les Gryffondor autour d'Eliot, qui jusque là l'avaient écouté avec attention, se reculèrent, réalisant peu à peu tout ce qu'impliquait cet état de pensée. James resta immobile, les yeux écarquillés, terrifié à l'idée que tout cela finisse en bain de sang. Ce fut finalement Bloom qui brisa le silence.

« La vengeance ? Le ministère les laisse dire ça ?
— Ils ne peuvent pas vraiment s'opposer à ça, marmonna Gabriel, dont le regard trahissait l'inquiétude. Je veux dire, l'Histoire est contre les sang-pur sur ce point. Et de toute façon, le groupe de contestation a une certaine popularité dans l'opinion publique, suffisamment pour qu'il ne puisse pas être inquiété sur le plan politique. J'imagine que les sang-purs se sont élevés contre… Mais avec les meurtres, avec ce qui a été dit…
— Un agissement de leur part contre eux serait comme signer qu'ils sont coupables, termina James, frustré. Même chose pour le ministère. Que ça leur plaise ou non, ils sont obligés de les tolérer, ils ne peuvent que veiller à ce que cela ne dérape pas en guérilla. »

Comment tout cela avait-il pu tourner ainsi ? La situation dans laquelle le pays sombrait petit à petit effrayait James. Trois semaines auparavant, tout semblait aller pour le mieux. En deux semaines, la paranoïa avait pris place dans les cœurs des sorciers de Grande-Bretagne, et tout ce qui avait été construit en vingt ans semblait comme s'être effondré de lui-même.

« C'est tellement bien formulé leur programme, marmonna Eliot admiratif. Le leader du parti réformiste et la personne qui s'occupait d'écrire ses élocutions ont beau avoir été assassinés, le discours qui a été prononcé est parfaitement maîtrisé.
— Qui l'a prononcé ? Ils doivent bien avoir un leader, non ?
— Il cache aussi son identité, James. C'est le type avec le masque sur la photo, dit-il. Et… je n'avais pas encore lu la toute fin de l'article, mais on a un nom. Je pense qu'il veut tout dire…
— Comment se fait-il appeler ? demanda Gabriel.
— Némésis. »

~Fin du chapitre 16~


Je suis singulièrement mauvais pour poster des chapitres de façon régulière, mais vous devez être habitué maintenant. Mais je vais vous admettre que de mon côté ça a été compliqué ces derniers temps, pendant quelques mois, sur pas mal de points, qui m'ont coupé de l'écriture pendant un long moment. Trop personnel à raconter, et ça ne concernait pas les études. Mais bref, voici malgré tout le chapitre 16. Je ne ferais aucune promesse sur la date de sortie du 17. J'essaierais de faire au mieux.

Malgré mon rythme, j'espère que vous continuez à suivre cette histoire. Merci pour la lecture, j'espère qu'elle vous aura plu. Merci d'avance également à ceux qui commenteront ou mettrons la Fic en favoris. Et bien entendu, à ceux qui l'on déjà fait. ^^

A bientôt.

Niv'