~A propos de l'histoire~
Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.
Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013)
Résumé : 2017. Dix-neuf ans après la chute de Voldemort, James , fils aîné du Survivant, entre pour sa deuxième année d'étude à Poudlard l'école de sorcellerie, aux côtés de son meilleur ami Gabriel Madder. Tout deux n'aspirent qu'à mener une vie paisible à Poudlard, aux côtés de leurs amis. Encore innocents, un peu idiots peut être, leur vie bascule lorsqu'ils se retrouvent impliqués malgré eux dans un grave accident, celui du réveil des défenses de Poudlard. Incapables de prouver leur innocence, révoltés par l'injustice qui s'est abattue sur eux, les deux garçons et leurs amis décident alors de partir à la recherche de la vérité et du véritable coupable.
Trois ans plus tard, James et Gabriel courent toujours après la vérité. Alors que la situation politique devient houleuse, résultat lointain des événements de leur deuxième année, apparaît une étrange et inquiétante affaire de meurtres en série. La crainte de la montée d'un nouveau mage noir prend peu à peu place dans la population. Poudlard semble rester relativement épargnée, mais pour combien de temps ? Entre tensions grandissantes et mystères à résoudre, ce début de cinquième année s'annonce tumultueuse et l'avenir peut-être plus sombre encore.
Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard
Rating du chapitre : K+
~Aide et correction~
Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Grenat sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.
~Résumé du chapitre précédent
Avec l'absence de nouveaux meurtres, les choses semblent se calmer un petit peu pour le moment, malgré l'émergence des Indignés. Le cours d'études des magies, du professeur Jäger, prend pour sujet la magie noire, ce qui surprend autant que fascine les élèves. Dans le même temps, Gabriel apprend que Matthew Pilgrim, le président de l'Association des duellistes, veut faire de lui son successeur. C'est un peu stressé qu'il se rend à la première séance de l'année, où il réalise un duel de démonstration pour les nouveaux arrivants, prouvant ses capacités pour l'exercice.
~Notes de Niva~
Vous avez ce chapitre in extremis. Je pars en effet ce soir, pour deux semaines, sans accès à un PC. X) Je m'excuse donc pour l'absence du récapitulatif des personnages. J'espère qu'il vous plaira, il s'agit pour l'instant de l'un de mes préféré. ^^
Chapitre 18 : À pas de loup
« Je n'ai rien trouvé non plus, annonça James. J'imagine qu'on peut aussi rayer ce passage de notre liste. »
Eliot hocha doucement la tête, ouvrant son calepin. Il se rapprocha de Bloom qui éclairait la pierre poussiéreuse du passage secret avec sa baguette afin d'y voir quelque chose. James les observa quelques instants avant de tourner son regard vers Gabriel, qui était resté bien silencieux jusque-là. Devant l'attention qu'il lui portait, son ami laissa échapper un profond soupir.
« C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, marmonna le garçon. Il doit bien y avoir un moyen de trouver la fichue entrée du… de là-bas ! »
Gabriel serra les dents, portant machinalement la main à la gorge. James lui adressa un regard compatissant, il pouvait comprendre la frustration de son ami. Lui aussi avait parfois l'impression que tout cela ne servait à rien. Il s'adossa contre le mur, ignorant les toiles d'araignée, et sortit la vieille carte du maraudeur de sa poche. Dans la pénombre du passage secret éclairée à la lumière seule de la baguette de Bloom, il avait de la peine à distinguer les fines lignes vertes qui s'entremêlaient sur le parchemin.
« Je crois que c'était le dernier passage secret du sixième étage, dit-il.
— À notre connaissance, oui, confirma Eliot en relevant la tête du carnet. Les suivants dans la liste sont ceux du cinquième étage.
— On n'a trouvé qu'un seul nouveau passage cette fois, dit Bloom. J'ai tellement espéré que ce serait la bonne quand on l'a découvert !
— Et moi donc, soupira Gabriel. Mais non, juste un couloir qui menait à une stupide salle où on marchait au plafond.
— Oh, avoue que c'était amusant quand même.
— Hum… J'admets, Bloom, j'admets. J'aurais juste préféré que ce soit le… ce qu'on cherche. »
Nouvelle grimace. James lui adressa un regard un peu inquiet, mais Gabriel éluda l'interrogation muette d'un signe de la main.
« Tu devrais quand même faire attention, ça peut finir par t'abîmer la gorge, s'enquit Eliot. Le but du sort est de te dissuader d'en parler normalement, pas de te faire mal toutes les cinq minutes. Je vais finir par croire que tu es masochiste et que tu aimes souffrir.
— Discutes-en avec Harvey, rétorqua Gabriel avec une certaine pointe d'agressivité.
— Du calme… intervint James. Cette discussion ne nous mènera à rien. Il est assez tard, je pense qu'on ferait bien de rentrer au dortoir pour cette nuit. La prochaine fois, on commencera par la salle aux pendules, ça devrait faire un bon point de départ je pense.
— Il me semble que c'est assez éloigné des rondes habituelles des préfets, oui, confirma Eliot. La seule inconnue sera Keepood. »
Bloom hocha la tête, montrant son accord, alors que Gabriel se contenta de hausser les épaules. C'était décidé, ils avaient leur plan pour la suite. James baissa à nouveau les yeux vers la carte, cherchant l'endroit où se trouvait Keepood, puis les préfets. À vue d'œil, ils étaient assez loin de la sortie du passage secret, mais il valait mieux qu'ils prennent leurs précautions. Il fit signe à Gabriel d'ouvrir le passage pendant qu'il dépliait la cape d'invisibilité et que Bloom éteignait l'extrémité de sa baguette d'un Nox. Alors que le mur coulissait dans un léger bruit, le garçon se recouvrit de l'étoffe et invita ses trois amis à le rejoindre, avant qu'ils ne se mettent en route. Eliot lança doucement un sortilège d'émousse-pas pour les fondre dans le silence de la nuit. James crut voir Gabriel porter sa baguette vers sa tête tout en marmonnant, mais il était trop occupé à vérifier que la voie était libre pour en être sûr.
À pas lents, les quatre Gryffondor commencèrent leur chemin vers la salle commune, ignorant les ronflements des portraits, seul bruit qui brisait le profond calme nocturne. Il faisait plutôt sombre, la faute à un ciel nuageux qui obstruait les rayons de la lune. Malgré tout, James parvenait à distinguer son chemin et guidait les trois autres collés à lui.
« Attention ! » chuchota précipitamment Gabriel.
James sursauta presque à l'interjection de son meilleur ami, se stoppant net dans son mouvement. Il avait senti son meilleur ami tirer sur sa manche alors qu'il allait les entraîner dans une intersection. Il tourna la tête vers Gabriel, l'interrogeant d'un coup d'œil. Malgré l'obscurité, il pouvait distinguer les sourcils froncés du garçon qui, toujours sous la cape, pointa leur droite du doigt. James tourna la tête vers cette direction. Il crut d'abord qu'il n'y avait rien, malgré ses sens en alerte. Seuls les souffles de Bloom, Eliot et Gabriel lui parvenaient aux oreilles. Puis, de façon presque imperceptible, il distingua enfin du mouvement, une silhouette humaine.
Avec la pénombre, pas moyen de vérifier l'identité de la personne sur la carte du Maraudeur. James sentait son rythme cardiaque s'accélérer. Keepood était pourtant censé être au deuxième étage, aucune chance qu'en si peu de temps il ait gravi quatre étages, même avec les passages secrets. Il ressentait une certaine appréhension, qu'il savait partagée de ses amis. Ils ne purent qu'attendre quelques secondes, immobiles, que l'ombre se rapproche doucement, un temps qui leur parut infiniment long. Lorsqu'enfin James put distinguer l'identité de la personne, il fronça les sourcils. Le professeur Deauclaire, car c'était elle, marchait dans le couloir à pas lents, la baguette le long du corps.
« Qu'est-ce qu'elle fiche ici à une telle heure ? » souffla Bloom à leur oreille.
James faillit la maudire. Le professeur Deauclaire avait levé sa baguette d'un seul coup, l'illuminant d'un Lumos. Elle avait sûrement entendu le murmure de la rouquine. Les quatre Gryffondor eurent un mouvement de recul alors que la lumière les aveuglait. James retint de justesse un juron, fermant les yeux. Ils se bousculèrent un peu, mais le jeune Potter tint fermement la cape en place. Le bruit qu'ils firent avec cette réaction, malgré le sort d'émousse-pas, fit se tendre un peu plus le professeur Deauclaire, qui pointa la baguette droit vers l'endroit où ils se trouvaient.
« Qui va-là ? demanda-t-elle de sa voix sévère. Montrez-vous. »
Dans ses rêves. James jeta un coup d'œil a ses amis et constata qu'Eliot avait mis la main contre son ventre, une légère grimace sur le visage. Sûrement en reculant avaient-ils donné un coup à leur ami, qui avait réussi malgré tout à rester silencieux. Ils restèrent le plus immobile possible, retenant leur souffle. Les yeux noirs de la sorcière étaient tels des fentes, scrutant les alentours à leur recherche. Pourtant, James en était assez surpris pour le noter, ce n'était pas la dureté habituelle qui pouvait se lire sur son visage, mais une expression qu'il ne lui avait jamais vue. Il se déroula quelques secondes, pendant lesquelles la sorcière scruta les environs, s'avançant lentement mais sûrement vers eux.
Finalement, elle s'arrêta à trois pas d'eux. James espérait qu'elle ne pouvait pas entendre le son de son cœur qui tambourinait contre sa poitrine. Pendant un instant, une éternité pour les quatre Gryffondor, le professeur Deauclaire resta immobile, scrutant devant elle, là où ils se trouvaient. Finalement, elle baissa sa baguette.
« Peut-être un portrait ou un chat… » murmura la sorcière.
Juste avant que la lumière du Lumos ne disparaisse, James put voir un éclair de soulagement dans son regard. Il ne sut vraiment s'il l'avait rêvé ou non. Avant qu'il ne puisse vraiment y songer plus que ça, le professeur Deauclaire avait repris son chemin, passant juste devant eux, avant de s'enfoncer dans le sombre couloir.
« J'ai cru que mon cœur allait s'arrêter ! » haleta Bloom
Le portrait de la grosse dame se referma derrière eux alors que la jeune fille se laissait glisser contre la tapisserie. Ils avaient réussi à retourner sans encombre dans la salle commune, ne rencontrant personne d'autre. À cette heure avancée de la nuit, la pièce était évidemment vide de monde. Seul le feu, qui crépitait doucement dans l'âtre, donnait un semblant de vie.
« Je n'étais pas très fier non plus, avoua Gabriel en tendant la cape qu'il avait pliée à James. Elle nous a vraiment eus par surprise. Ça va Eliot ?
— Je vais bien, répondit le garçon qui continuait à se masser le ventre. Plus de peur que de mal, c'est surtout mon ego qui a été blessé.
— Si tu trouves encore le moyen de plaisanter, c'est que ça va, répondit James. Je crois que ça va nous servir de leçon… Même avec la cape, on doit rester prudent.
— Comment tu as fait pour la voir, Gabriel ?, demanda Bloom qui releva la tête. Moi j'y voyais rien !
— Sortilège de vision, répondit simplement le garçon. Il permet de voir un peu mieux dans le noir, même si je suis loin de le maîtriser. C'était suffisant pour la voir arriver ceci dit. »
Oh, c'était donc ça qu'il avait fait quand ils avaient quitté le passage secret. James se promit de lui piquer la formule plus tard tout en se demandant où Gabriel l'avait apprise. Il y avait cependant plus urgent.
« Qu'est-ce qu'elle fichait là ?, demanda-t-il en croisant les bras. Je n'ai jamais vu de professeur patrouiller passé minuit.
— Même, d'après le planning qu'Eliot nous a donné, celui des rondes distribué aux préfets, ce n'est pas une journée où le professeur Deauclaire peut faire ses rondes, répondit Bloom.
— Attendez… Assurdiato ! »
Gabriel avait pointé sa baguette vers les dortoirs. Il l'abaissa et se retourna vers eux, s'appuyant contre le dossier du fauteuil le plus proche.
« Voilà… donc nous disions ?
— Que c'était étrange qu'elle soit dans les couloirs aujourd'hui et à cette heure-ci, répondit James. J'avoue que je n'avais pas fait attention à elle sur la carte, d'ailleurs.
— Ce n'est pas ce qui m'a perturbé le plus, intervint Eliot. Même si c'est bizarre, c'est déjà arrivé avant qu'un professeur fasse une ronde un soir où il n'a pas à le faire.
— Qu'est ce que tu as trouvé de bizarre alors ? l'interrogea Bloom.
— Vous n'avez vraiment rien remarqué ? »
James, Gabriel et Bloom échangèrent un regard avant de secouer la tête. Eliot leva les yeux aux ciel.
« Il n'y a donc que moi ici qui sait utiliser son sens de l'observation ?
— Exprime-toi au lieu de perdre du temps, s'agaça un peu James.
— Le son. Elle ne faisait pas de bruit en marchant, on ne l'a pas du tout entendue venir.
— Oh… maintenant que tu le dis, marmonna Gabriel. Tu crois qu'elle utilise aussi un sortilège d'émousse-pas ?
— C'est ce que je pense oui, confirma Eliot. Ou un sort de la même famille, mais ça n'a pas beaucoup d'importance. Elle avait également sa baguette de sortie.
— J'avais noté ça, dit James, la main sur le menton. Ça me travaillait un peu. Surtout avec son expression. C'était comme si elle était inquiète.
— Ça fait pas mal d'éléments assez étranges, résuma Bloom. Dit comme ça, elle agissait comme quelqu'un qui ne voulait pas être vue. Mais c'est stupide, elle se dirigeait clairement vers ses appartements !
— Hein ? Ses appartements ?, s'étonna Gabriel. Tu sais où ils se trouvent ?
— L'entrée se trouve derrière le portrait d'Artemisia Lufkin, je l'ai déjà vue en sortir l'année dernière. C'est à deux couloirs de là où on s'est fait surprendre.
— À priori donc, elle retournait chez elle, répéta Eliot. Hum… la question n'est donc pas de savoir ce qu'elle faisait, mais plutôt ce qu'elle a fait avant.
— Eh bien… On dirait qu'il se passe des choses étranges à Poudlard. Je crois qu'on vient d'ajouter un nouveau mystère à notre longue liste d'affaires à résoudre », acheva James.
Ils s'étaient quelque peu détournés des affaires de meurtres à l'extérieur. Depuis le début de la semaine, aucune nouvelle mort n'avait été signalée et les nouvelles étaient redevenues plus tranquilles. Les journaux se contentaient juste de parfois récapituler tout ce qui était déjà connu. James, Eliot, Bloom et Gabriel s'étaient à nouveau concentrés sur l'exploration du château, à la recherche du Cœur. En trois jours et deux expéditions nocturnes, ils avaient plutôt bien avancé dans leur ratissage des passages secrets. La seule ombre au tableau était qu'ils n'avaient toujours pas la moindre idée d'où pouvait se trouver l'entrée menant au Cœur. Parfois James se demandait bien comment en deuxième année ils avaient pu la débusquer, que ce soit de leur propre chef ou juste en suivant quelqu'un.
C'était quelque chose qu'ils avaient vite déterminé, à savoir que l'accès au Cœur devait se trouver dans un endroit qu'ils connaissaient, ou au moins quelque part de visible sur la carte du Maraudeur. Les derniers souvenirs que lui et Gabriel avaient, avant que leur mémoire ne fasse un bond dans l'infirmerie, étaient qu'ils avaient sorti la carte du Maraudeur pour aller chercher des Bièraubeurres à Pré-au-Lard. Peut-être l'entrée était-elle apparue sur la carte, au moment où le coupable l'avait ouverte, ce qui avait fatalement accaparé leur attention. Mais James ne savait pas du tout si la carte pouvait réellement montrer l'entrée, puisqu'il doutait que les Maraudeurs ne l'aient jamais trouvée. L'autre option était qu'ils avaient pu voir le nom du coupable marcher à travers un mur sur la carte, là où se trouvait l'entrée vers le Cœur. Dans tous les cas, cela devait sûrement se trouver dans un endroit plus ou moins isolé pour attirer leur regard, ce qui les avait fait écarter les alentours du Foyer, au deuxième étage. Il y avait aussi la possibilité – que ni James, ni Gabriel n'appréciait – que le coupable soit quelqu'un qu'ils connaissent, ce qui aurait expliqué qu'ils aient été attirés par ce nom. Dans tous les cas, la chance qu'ils aient trouvé l'entrée par eux-mêmes était très mince, déjà parce qu'ils ne parvenaient pas à la localiser après trois ans de recherches, mais ensuite et surtout car ils n'auraient jamais activé les défenses du château. C'était leur mystère numéro un, celui qui primait sur tout le reste.
Oh, ils avaient résolu d'autres mystères. Ils avaient par exemple dû courir après un kitsune farceur lors de leur troisième année, qui s'amusait à faire peur aux élèves et à commettre différents vols en se faisant passer pour différentes créatures magiques. Leurs connaissances du château, de ses pièges et passages secrets, leur avait été de la plus grande utilité pour le coincer, malgré ses illusions. L'expertise en créatures magiques d'Eliot n'avait pas non plus été de trop. Le coupable de cette affaire s'était révélé être Hagrid, qui n'avait rien trouvé de mieux que d'en faire venir un du Japon de manière clandestine. Le géant n'avait pas réussi à le garder sous contrôle et il s'était enfui de sa cabane. Le professeur Harvey en avait été furieux et le géant en avait subi les foudres. Eux quatre, pour leur part, avaient reçu d'un côté une vingtaine de points pour Gryffondor pour avoir fait arrêter les méfaits, mais de l'autre côté reçu une semaine de retenue pour leurs balades nocturne à la poursuite du yokai[1]. Pour James, cela avait clairement valu le coup.
Mais présentement, malgré ce nouveau mystère autour de Deauclaire, James ne parvenait pas à penser à autre chose que le Cœur. Allongé dans son lit, il se demandait quand même où tout ça allait les mener. Qu'allaient-ils faire quand ils trouveraient l'accès au cœur ? Une part de lui craignait de ne pas trouver de réponses. Une autre lui faisait craindre au contraire l'éventuelle vérité qu'ils pourraient y trouver. Cela ne tiendrait qu'à lui, peut-être aurait-il décidé d'abandonner. Mais Gabriel… James tourna la tête vers le lit de son ami, paisiblement endormi depuis maintenant une bonne trentaine de minutes, ignorant le souci qu'il se faisait pour lui. Oui, c'était Gabriel le problème. La recherche du Cœur, l'espoir d'y trouver quelque chose qui les innocenterait canalisait sa colère. Parfois, James se demandait où était passé le garçon timide et profondément innocent qu'avait été son meilleur ami quand il l'avait rencontré. Au fond, il espérait presque qu'ils ne trouvent jamais le Cœur, pour garder cet objectif qui permettait à son ami de garder un certain équilibre.
« Non, ce n'est pas la solution », murmura en un souffle James, reportant son regard myope sur la toile au dessus de son lit.
Il leur faudrait faire face à la vérité un jour ou l'autre, c'était le seul moyen qu'ils avaient de faire la paix avec leur passé. La colère de Gabriel ne pourrait pas être canalisée indéfiniment, elle continuait à grandir en son ami comme un venin. Lui-même devait parvenir à s'extirper de ce passé qui l'enfermait et l'empêchait d'évoluer. Trouver le Cœur représentait une marche en ce sens, peut-être un début de réponse et de rédemption pour eux. Seulement devaient-ils le trouver. James sentit une pointe de frustration, malgré le poids de plus en plus important de la fatigue sur son esprit. Il leur manquait quelque chose, un élément qui leur permettrait de facilement trouver le Cœur. Il en était convaincu. Sûrement une idée toute bête. La question, se murmura-t-il alors que le sommeil renfermait petit à petit son emprise sur son esprit, c'était de parvenir à deviner ce que c'était. Le reste se perdit dans le royaume de Morphée.
« Debout marmotte, sinon on va être en retard. »
James répondit d'un grognement endormi avant de se tourner dans son lit, s'enroulant un peu plus dans ses draps. Il entendit à peine le soupir de Gabriel. En revanche, il sentit parfaitement la morsure glacée du jet d'eau qu'il reçut, le faisant bondir dans son lit. D'un seul coup tout à fait éveillé, James aurait voulu partager sa façon de penser à ce traître qui se faisait appeler « meilleur ami ». Mais Gabriel avait déjà déguerpi, ne laissant dans son sillage que le chapelet d'injures profanées par James. Il ronchonna un peu plus, attrapant ses lunettes sur sa table de chevet pour y voir plus clair. Personne d'autre ne se trouvait dans la pièce, il était bel et bien le dernier réveillé. James piqua un fard, alors que ses cheveux humides continuaient de goûter abondamment sur ses draps et ses épaules. Il y avait des jours comme ça où tout démarrait mal, le faisant hésiter à se lever, de crainte que cela empire. Cependant, jugeant que manquer les cours ne ferait que lui apporter plus d'ennuis, James se saisit de sa baguette.
« Evanesco. »
Voilà qui réglait le problème de l'eau. James se pencha vers sa malle pour s'habiller, continuant de ronchonner sur son meilleur ami, se demandant comment il allait bien pouvoir se venger. Il porta le regard à son réveil et retint une nouvelle injure. Il avait en effet largement dépassé l'heure habituelle du lever et s'il ne se dépêchait pas, il ne lui resterait pas beaucoup de temps pour manger. Il enfila en toute hâte sa robe en se dirigeant vers la sortie du dortoir, tenant la lanière de son sac à bout de bras. Il trébucha alors sur quelque chose et faillit tomber à plat. Il retrouva de justesse l'équilibre. James pesta, et se retourna vers le coupable. Deux grands yeux ambres le fixèrent, faisant d'un seul coup disparaître sa colère pour laisser place à de la surprise.
« Qu'est-ce que tu fiches ici, toi ? »
Zion, le chat de Lily, avait retrouvé le chemin de son dortoir et le fixait d'un air réprobateur, les poils un peu hérissés.
« Oh, et puis mince, je n'ai pas le temps pour ça, se rappela James. Toi tu restes là, je te ramène à Lily ce soir ! »
Il courut presque dans les couloirs, pour finalement arriver à la Grande Salle un peu essoufflé. Quand il y entra, il remarqua que la salle semblait plus agitée que d'habitude. Il remonta la longue table des Gryffondor jusqu'à retrouver ses amis et fronça les sourcils en constatant que tout le monde était penché au-dessus de la Gazette du Sorcier.
« Qu'est ce qu'il se passe pour que tout le monde s'énerve comme ça ?, demanda-t-il en s'asseyant. Pas un nouveau meurtre, j'espère.
— Non, heureusement, répondit Eliot en lui tendant le journal. Il y a eu des nouvelles déclarations publiques des Indignés et de ce Némésis.
— Hum… Qu'est-ce qu'ils disent ces zigotos ?
— Ils précisent leurs idées et ce qu'ils comptent faire, dit Bloom. Ils ont aussi officiellement adopté le surnom « d'Indignés » qui leur a été donné.
— À noter aussi qu'ils se sont montrés encore une fois très critiques sur le ministère et les Aurors », dit Gabriel.
James hocha la tête tout en parcourant l'article, mordant en même temps dans sa tranche de bacon. Les idées étaient les mêmes que celles évoquées depuis une semaine, seulement les mesures se faisaient plus précises. Némésis prenait le temps d'expliquer tout cela avec, James devait lui reconnaître, une certaine diplomatie et un ton rassurant. Certes, les piques envers le pouvoir et les autorités étaient toujours présentes, mais le personnage savait parler de façon à ce qu'on aie envie de le suivre. James remonta plus haut sur la page, vers la photo qui représentait le chef de ce mouvement. Le masque qu'il portait ne laissait pas le moindre indice sur son identité, se montrant à la fois simple et élégant en façade. Il portait une longue cape blanche aux reliures dorées, recouvrant sa tenue, dans les mêmes tons. Son apparence laissait transpirer une certaine élégance, voire même du raffinement, sans qu'on ne puisse non plus déterminer si c'était un homme ou une femme. L'article faisait mention que la voix de Némésis était par ailleurs clairement altérée par un sortilège.
« Je reste toujours très sceptique sur cette idée de brigades de protection, dit James en relevant les yeux du journal. Si les Aurors n'ont rien pu faire pour empêcher les meurtres, je doute que des civils soient en mesure d'y mettre un terme.
—Je sais bien, dit Eliot. Mais il faut tout de même leur reconnaître leur envie de bien faire, d'essayer de stopper cette chaîne macabre. Laisse-leur le bénéfice du doute.
— Tant qu'ils ne deviennent pas une sorte d'armée révolutionnaire, j'imagine que je peux faire ça… Mais ne me demande pas d'approuver. »
Avec tout ce qui se passait en ce moment, ils n'avaient pas besoin d'y ajouter une instabilité politique en plus. James n'aimait pas ces Indignés. Il savait très bien au fond de lui que c'était peut-être stupide, après tout leur cause était juste. Mais la critique des Aurors, de son père, lui laissait un goût amer dans la bouche. Il n'aimait pas non plus qu'ils masquent leur identité. Quoi qu'en dise Gabriel, avec ses histoires de super-héros à l'identité masquée, cela lui rappelait bien plus les Mangemorts qu'autre chose.
« Ne sois pas si négatif, dit Bloom. Ils ne font rien de mal, ils veulent juste aider.
— Je pense que c'est bien qu'il y ait des gens qui se lèvent contre l'injustice, intervint alors Octave. J'ai envie de faire confiance à ces Indignés, ils peuvent peut-être faire quelque chose.
— Là où les Aurors n'arrivent à rien ? pointa à nouveau James. J'ai du mal à y croire.
— Il y a sûrement des Aurors parmi eux, fit remarquer Anastasia. On ne connaît pas leur identité, c'est tout à fait possible, pour ne pas dire probable. Ils comptent établir des groupes de protection pour les personnes sensibles et avec leur nombre, ils peuvent très bien avoir une supériorité numérique sur le tueur. »
Il n'aurait jamais pensé avoir à débattre de ce sujet avec ses camarades de Gryffondor. James était ouvertement sceptique, critique même, tout comme Gabriel ou Gwen par exemple. À contrario, il pouvait voir qu'Octave ou Anastasia, entre autres, semblaient plutôt optimistes et défendaient les Indignés. À en croire les discussions et les débats dans la Grande Salle, ils n'étaient pas les seuls à être partagés sur le sujet. C'était peut-être à la table des Serpentard que tout cela était le plus tendu. Les Puristes, plus nombreux dans cette maison que dans les trois autres, étaient forcément en cause dans cette tension exacerbée. Si la majorité d'entre eux se tenait à l'écart, cela n'empêchait pas quelques uns de s'opposer avec force et véhémence. James nota malgré tout que le groupe de Mercer se tenait à carreau, ce qui le surprenait un peu. Il aurait juré que ces trois abrutis de Puristes auraient sauté sur l'occasion.
« Manquerait plus que cela détruise la bonne entente qui s'est installée entre les maisons, marmonna-t-il.
— C'est le risque le plus immédiat je pense, confirma Eliot. Après, ça reste pour l'instant limité, les avis restent partagés au sein de chaque maison.
— On n'avait quand même pas besoin de ça à Poudlard… »
Il se tut, entendant des exclamations et des voix s'élever un peu plus loin sur la table des Gryffondor. Les cinquième années avaient stoppé leur débat pour savoir si les Indignés étaient une bonne chose ou non, leur attention se portant désormais sur cette agitation nouvelle. James se leva du banc, tendant le cou pour essayer de déterminer ce qu'il se passait. Il n'était pas le seul, puisqu'un nombre non négligeable de Poufsouffle à la table voisine s'intéressait eux-aussi à toute cette activité.
James constata vite que cela venait de leurs condisciples de quatrième année, il pouvait aisément voir la chevelure blonde très reconnaissable de Scorpius s'agiter. Il plissa les yeux, avant de remarquer une tête qu'il ne s'attendait pas à voir ici.
« Oh, Alma est revenue ! s'exclama-t-il. C'est pour ça.
— Vraiment ? s'étonna Gabriel. En voilà une bonne nouvelle ! J'espère qu'elle va mieux malgré ce qu'il s'est passé.
— Venez, on va lui souhaiter un bon retour à Poudlard », proposa Bloom en enjambant le banc.
Cela allait ajouter à l'agitation ambiante, mais James ne s'en préoccupait pas vraiment. Il suivit Eliot, remontant la table, jusqu'à arriver au niveau des quatrième années, de fort bonne humeur. Alma affichait elle aussi un sourire, pas aussi éclatant qu'autrefois, mais tout de même de bon augure.
« Contente de te revoir, Alma ! annonça Bloom avec un ton enjoué. J'espère que tout ira bien malgré tout ce qui t'es tombé dessus. C'est vraiment injuste !
— Merci tout le monde… je ne mentirai pas, c'est dur encore, mais ça va mieux. Mes parents n'auraient pas voulu que je reste triste.
— On va veiller à ce que tu gardes le sourire, assura Rose en posant sa main sur son épaule. Pas vrai, Scorpio ?
— Tu peux compter sur moi, ma chère. Sourire garanti ou remboursé. En nature, bien entendu », ajouta le blond avec un clin d'œil malicieux.
Les Gryffondor éclatèrent de rire, un mouvement de bon humeur qui emporta même celui d'Alma. Elle se calma cependant et tourna son regard vers James. Son visage se fit moins souriant, plus sérieux, ce qui surprit un instant le garçon.
« J'espère que ton père attrapera le salaud qui a fait ça, James, dit-elle d'une voix ferme. C'est le rôle des Aurors, mes parents croyaient en eux.
— Il fera tout son possible, assura James, un peu mal à l'aise. On espère tous que ça va vite s'arrêter.
— Puis, même s'ils n'y arrivent pas, il y a les Indignés maintenant sur l'affaire, lança Steven Dennis, un quatrième année. Ça va aller mieux.
— Ils sont venus me rendre visite après… après l'enterrement.
— Ah bon ? s'étonna Séléné. Comment ils sont en vrai, ils se sont démasqués ? Pas que cela change quelque chose pour moi, cela dit, ajouta-t-elle avec un petit sourire.
— Non, ils sont restés dans l'anonymat, répondit Alma, songeuse mais elle aussi souriante. Némésis lui-même s'est déplacé. Il m'a fait un peu peur au début mais c'est quelqu'un de charmant, en fait. J'ai confiance en eux, ce sont vraiment des gens biens, quoi qu'on en dise. »
Sa foi en eux était sincère, James pouvait le voir. Il n'émit pas l'objection qui lui taraudait l'esprit et n'insista pas pour obtenir d'autres informations. Malgré le sourire qu'elle affichait, il pouvait sentir à quel point Alma était encore fragile. Cela lui faisait réaliser que ces Indignés pouvaient, au bout du compte, représenter une véritable lueur d'espoir pour certaines personnes, un angle de vue qu'il n'avait jamais envisagé jusque-là. Alors que la jeune fille répondait aux marques d'affection de ses camarades, James se surprit, pour la première fois depuis le début de la semaine, à sincèrement vouloir être en tort à propos des Indignés.
L'atmosphère se rafraîchissait. Ce fut la constatation que James fit quand ils descendirent les marches de l'entrée du château pour entamer le sentier qui menait au cours de soins aux créatures magiques. Malgré le soleil qui perçait ça et là dans le ciel, entre les nuages épais, il ne put réprimer un frisson. Il suivait Gabriel et Eliot qui discutaient sur les botrucs dont ils allaient probablement devoir s'occuper encore aujourd'hui. Bloom pour sa part ne suivait pas le cours de soins, elle était donc restée au château. D'après ce qu'elle leur avait dit, elle comptait aller à la bibliothèque continuer leurs recherches pour le Cœur de Poudlard.
« C'était une très mauvaise idée de le secouer comme tu l'avais fait en même temps, Gabriel, dit Eliot. Les botrucs ne sont pas agressifs, s'ils s'agitent un peu, il suffit de les attraper par l'écorce à l'arrière de leur tête et ils ne peuvent rien te faire. Et si vraiment tu ne sais pas t'y prendre, il reste les œufs de cloporte.
— Je ne l'avais pas fait exprès, se justifia le garçon. J'avais la tête ailleurs.
— Vraiment ailleurs alors. Je n'aurais jamais pensé voir un botruc mordre quelqu'un de toute ma vie.
— Oh, ferme-la… Cette fois, tout va bien se passer, tu vas voir.
— On attend que ça Gabriel », glissa tranquillement James.
Le jeune Madder leur tira la langue et accéléra le rythme, le nez en l'air. James et Eliot échangèrent un regard amusé. Ils le suivirent en hâtant à leur tour le pas, descendant les vieilles marches de pierres lissées par le temps qui ornaient ci et là le sentier. Ils arrivèrent aux alentours des enclos qui servaient au cours où les attendait le professeur Maraspic. Son sourire était radieux, comme toujours, ce qui lui donnait un air sympathique malgré ses traits coupés à la serpe et son crâne dégarni où se battaient encore en duel deux-trois épis blonds, à l'aspect proche du fétu de paille.
Ils attendirent quelques minutes que tout le monde arrive. Greyson, Mercer et Gamp furent les derniers arrivés. Mercer avait un air clairement ennuyé sur le visage et Greyson semblait de plutôt mauvaise humeur. Gamp en revanche gardait son inexpressivité habituelle. James, Gabriel et Eliot les ignorèrent.
« Bien, aujourd'hui nous en avons terminé avec les botrucs, aboya le professeur de sa voix forte. C'était, je pense, une bonne remise en jambe pour ce qui nous attend cette année et vous en aviez bien besoin. »
Il arrêta son regard sur Gabriel, ce qui déclencha les rires des autres élèves, plus ou moins bienveillants. Les joues de Gabriel s'empourprèrent, alors que le professeur leur demandait de le suivre. James fit une petite tape dans le dos de son ami alors qu'ils se mettaient en route. Cela lui valut un regard réprobateur de son ami, qui ne fit qu'élargir son sourire. Le professeur Maraspic les mena jusqu'à l'enclos le plus proche de l'orée de la forêt interdite. Il siffla et de l'ombre des arbres surgit alors une véritable meute de chiens, assez petits, à l'air joueur. Ils aboyèrent joyeusement dans une grande cacophonie qui déclencha de nouveaux rires parmi les élèves. Le professeur Maraspic se pencha pour gratouiller doucement la tête des chiens les plus proches, qui ne réclamaient visiblement que ça. Il se redressa finalement et se tourna vers eux.
« Voici notre nouveau sujet d'étude, annonça le professeur. Est-ce que quelqu'un peut me dire de quoi il s'agit ? »
James baissa les yeux vers les chiens qui s'accrochaient à la clôture de l'enclos pour mieux observer tous les élèves qui étaient rassemblés. Il était assez surpris. À ses yeux, ils étaient tous semblables à une sorte de gros fox-terrier tout ce qu'il y avait de plus banal. En tout cas, ils n'avaient pas l'air agressifs pour un sou, bien au contraire. Mais comme toujours en magie, l'apparence était trompeuse. Ces chiots – en tout cas James avait l'impression qu'ils devaient être des chiots – étaient forcément des créatures magiques. Cela lui rappelait quelque peu les fléreurs qu'il était parfois difficile de discerner des chats. Sortant de ses songes, James tourna la tête vers Eliot et constata, sans surprise, que son ami avait la main levée, de même que quelques autres.
« Ce sont des croups, dit-il quand le professeur de soins lui donna la parole. Ils sont semblables à des chiens mais on les reconnaît à leur queue fourchue et à leurs habitudes alimentaires pour le moins… variées.
— Une très bonne première analyse, sourit Maraspic. J'accorde cinq points à Gryffondor. »
Des croups ? James en avait déjà entendu parler, maintenant qu'il y pensait, par son père. Il en avait déjà été fait mention dans des affaires que les Aurors avaient eues à traiter, mais James ne parvenait pas à se souvenir pourquoi. Il reporta son attention sur les chiots, qui couraient dans tous les sens. Maintenant qu'il y faisait attention, l'extrémité de leur queue était en effet fourchue, ça sautait même aux yeux. À les voir ainsi, il avait du mal à croire qu'ils puissent être impliqués dans des affaires remontant jusqu'aux Aurors.
«Ces spécimens sont encore très jeunes, cela facilite grandement leur identification, reprit le professeur Maraspic. Quand ils sont plus vieux, la loi oblige tout propriétaire de croup à pratiquer une ablation de leur queue pour éviter d'attirer l'attention.
— Qu'est ce qui les différencie d'un chien au juste ? interrogea Lucia Assertio de Serdaigle. Dubois a parlé d'un appétit vorace, mais il n'y a pas que ça.
— Leur appétit est plus que vorace, Miss Assertio, les croups sont connus pour manger absolument de tout, de la chaussette oubliée sous un lit à un gnome entier. Ils sont très appréciés par les éboueurs, le saviez-vous ? Mais ce n'est pas la seule chose, des idées ? Oui, Mr Greyson ?
— Ils sont aussi connus pour être très fidèles envers les sorciers, répondit le Serpentard. Ce sont des animaux de compagnie idéaux pour nous. C'est loin d'être la même chose pour les moldus, en revanche. »
Un sourire moqueur avait pris place sur son visage allongé, alors qu'il passait une main dans ses cheveux noirs. James prit quelques secondes pour réfléchir, avant de réaliser ce qu'avait voulu dire Greyson. Ces chiens étaient agressifs envers les moldus ? Voilà qui expliquait pourquoi son père avait déjà eu affaire à eux. Cela expliquait aussi l'attitude du Serpentard, qui crispa d'un coup James. Mais il n'avait pas fini :
« Peut-être qu'on devrait les utiliser pour voir s'ils détectent des faux sorciers à Poudlard, ajouta-t-il ostensiblement.
— Qu'est ce que tu racontes, Greyson ! s'énerva aussitôt Gabriel en bondissant devant le Serpentard. T'as un problème ?
— Pas la peine de l'agresser, Madder, intervint Mercer. C'était juste de l'humour noir.
— Du calme ! intervint le professeur Maraspic. Nous sommes ici pour étudier les créatures magiques, pas pour régler vos différends. Mr Madder, veuillez vous calmer. »
James serrait les poings, mais il savait que ça ne servait à rien d'intervenir. Il pouvait voir dans le regard marron de Greyson qu'il n'attendait que ça, qu'ils réagissent. James tira sur la manche de Gabriel, qui continuait de fixer le Serpentard d'un air mauvais, les dents serrées. Puis, il se détourna, lentement, pestant dans sa barbe contre ces « abrutis de Puristes ». En face, Gamp, le plus tranquille des trois, posa sa main sur l'épaule de son ami, l'intimant lui aussi de se calmer. Greyson sembla vouloir lui répondre avec mauvaise humeur, mais il se calma devant la fermeté des yeux noirs de son ami. Le professeur de soins les observait avec soulagement.
« Quant à vous, Mr Greyson, veuillez garder vos commentaires pour vous, ce ne sont pas des choses qui se disent.
— Bien, professeur, répondit Greyson, qui avait perdu son sourire.
— Où en étions-nous déjà ? Ah oui. Nous disons donc que les croups sont dangereux pour les moldus… »
Le professeur Maraspic passa les quelques minutes qui suivirent à leur présenter les croups, en leur présentant un portrait pour le moins complet. Ils furent finalement invités à entrer dans l'enclos.
« Vous êtes sûr qu'il n'y a aucun danger pour un né-moldu ?, demanda Daniel Cera, mal à l'aise.
— Absolument certain, les croups sentent la magie, répondit Maraspic. Ils ne vous feront absolument rien. »
Le Poufsouffle ne semblait pas vraiment convaincu. Greyson avait retrouvé son sourire moqueur, qui avait le don d'agacer James. Il fut un peu surpris de voir Mercer lui donner un coup dans les côtes, lui faisant par la même occasion perdre son rictus. Cera, après quelques instants d'hésitation, entra dans l'enclos avec les autres. Les croups bondirent littéralement sur eux, les accueillant à grands coups de langue, la queue frétillante. James faillit tomber en arrière, surpris par la force de ces chiots qui ne payaient pas de mine. Mais le professeur de soins avait raison, ils se montraient très affectueux envers eux, qu'importe leur origine. Voilà qui allait au moins rabattre le caquet de Greyson pour le reste du cours. Il gratouilla la tête du croup qui lui demandait des caresses, se sentant malgré tout un peu mal. Il aurait été un moldu, le chiot n'aurait guère hésité à l'attaquer, sans se poser de question.
Après ce premier contact, le professeur Maraspic expliqua leur exercice du jour. Les croups étaient susceptibles d'avoir la fourrure infestée de Cisburines, des parasites qui s'attaquent aux créatures magiques. Pour les garder en bonne santé, chaque groupe devait prendre soin de son croup en vérifiant son pelage et procéder au traitement contre les parasites si besoin il y avait. Après avoir pris le temps de leur montrer les sortilèges qui pourraient leur être utiles et donné des informations élémentaires au soin des chiots, chaque groupe se mit au travail.
« Ça leur vient d'où au juste, cette agressivité envers les moldus ?, demanda Gabriel en maintenant les pattes du croup immobiles. Tu sais ça, Eliot ?
— C'est le résultat d'une sélection dans la race, répondit Eliot sans détourner les yeux du pelage qu'il examinait.
— Qu'est-ce que tu entends par là ?, s'étonna James.
— Il y a longtemps, les croups n'étaient pas aussi agressifs envers les moldus. Mais les Puristes s'en sont mêlés après la mise en vigueur du secret magique. Ils ont fait des sélections dans les élevages, cherchant les spécimens les plus agressifs envers les personnes dénuées de pouvoirs magique, et petit à petit c'est devenu un trait commun à tous les croups. Après, ils ont toujours été méfiants envers les moldus, le trait a juste été exacerbé. »
Ainsi donc les croups eux-mêmes étaient des victimes de cette haine des moldus. James ne pouvait s'empêcher de se sentir désolé pour ce chiot qui était paisiblement allongé dans l'herbe, se laissant docilement examiner par Eliot. Vu comme ça, il avait véritablement du mal à croire qu'il s'agissait d'une créature si dangereuse pour quelqu'un qui n'était pas un sorcier. C'était juste triste.
Le diagnostique de santé des croups se révéla un peu plus compliqué que ce que James avait imaginé. Si la créature s'était montrée docile pour tout ce qui concernait son pelage – vierge de toute Cisburine, Merlin merci – la vérification de la gueule du croup se révéla bien plus complexe. Leur chiot avait d'abord avalé le thermomètre qu'ils lui avaient mis dans la gueule en à peine quatre bouchées. Eliot lui-même s'était laissé surprendre, trompé par la docilité de l'animal. Ils avaient ensuite failli se faire croquer un doigt ou deux dans leur tentative de lui garder la gueule ouverte. Ils ne devaient leur salut qu'aux gants en cuir de dragon qu'Eliot les avait forcés à porter. À en voir la trace profonde laissée par les dents du croup dans l'épaisse matière, James lui en était vraiment reconnaissant.
Eliot avait alors pris les choses en main. Utilisant ce que lui avait appris l'oncle de James, Charlie, il avait cherché à utiliser des sorts sédatifs sur le croup. L'animal s'était alors révélé particulièrement résistant à la magie, ce qui avait fait doucement rire le professeur Maraspic qui passait alors les voir. Eliot avait finalement utilisé un sortilège utilisé habituellement sur les dragons pour que finalement le croup se détende et s'endorme.
Aucun incident n'était venu troubler la fin du cours. Le professeur Maraspic passa voir tous les groupes à la fin de l'exercice et accorda quelques points à chacune des maisons devant le travail effectué. Enfin, il leur accorda le droit de prendre congé.
« Trouvé quelque chose neuf ?, apostropha James en distinguant Bloom qui descendait le sentier à leur rencontre.
— Rien de rien », répondit-elle avec une petite moue déçue.
Elle arriva jusqu'à eux avant de continuer, baissant un peu le ton.
« J'ai épluché quatre bouquins d'anthropomagie, dit-elle. Mais il n'y avait pas la moindre mention de…
— Chut ! » l'arrêta précipitamment Gabriel.
James ne comprit pas tout de suite avant de remarquer que l'attention de son ami n'était pas focalisée sur la rouquine, mais sur leur gauche. Il tourna la tête. À quelques pas d'eux se trouvaient Mercer, Gamp et Grayson, qui s'étaient immobilisés, le regard tourné vers eux. James fronça les sourcils, mettant instinctivement la main à sa taille, prêt à dégainer sa baguette. En face, il put voir les trois Serpentard faire de même.
« Vous aimez décidément laisser traîner vos oreilles, hein ? aboya James.
— On ne faisait que passer pour rentrer au château, répondit Gamp de sa voix calme. On a juste capté quelques bribes de votre conversation sans le vouloir.
— C'est ce que vous dites ça, rétorqua Gabriel. Il n'y a rien qui nous le prouve, vous cherchez toujours les ennuis.
— Ici, c'est vous qui nous avez agressés en premier, dit Mercer. On n'avait pas l'intention de vous provoquer. »
Il voulait bien croire ça. Cependant, c'était eux qui avaient entamé les hostilité en cherchant à savoir de quoi ils parlaient. Ce n'était pas la première fois qu'ils les surprenaient à les espionner comme ça. Greyson, Mercer et Gamp avaient la fâcheuse tendance à se préoccuper des affaires qui ne les regardaient pas, surtout les leurs, d'ailleurs. La simple vision des cheveux bruns impeccablement peignés de Mercer ou des boucles cendrées de Gamp suffisaient à les faire promptement stopper toute discussion sensible.
« Vous oubliez ce qui s'est passé dans le cours, renchérit Gabriel.
— C'était une simple boutade !, s'énerva Greyson. Mon humour n'est peut être pas à ton goût Madder, mais en tout cas ça ne te visait pas personnellement.
— C'était totalement insultant pour les nés-moldus !
— Du calme Gabriel !, intervint Eliot d'une voix ferme. Ce n'est pas le moment… »
L'intervention d'Eliot surprit autant James que Gabriel. Cependant, un rapide coup d'œil autour d'eux lui fit rapidement comprendre pourquoi. Trop absorbés par leur querelle avec Mercer, Greyson et Gamp, ils n'avaient pas remarqué qu'un certain nombre de personnes s'étaient attroupés autour d'eux, curieux de voir le résultat de cet affrontement. James reconnut quelques uns de ses camarades de cinquième année, en pleines messes basses, sûrement à parier. Leurs altercations avec les trois Puristes étaient assez fréquentes. Il y avait cependant d'autres têtes, sûrement des élèves en pause qui passaient par là. Il n'y avait pas encore de professeur, mais il ne faisait aucun doute qu'avec un tel rassemblement, ce n'était qu'une question de temps. Greyson semblait s'être fait la même réflexion puisqu'il rangea sa baguette, la mâchoire serrée.
« On réglera ça un autre jour, Madder, siffla-t-il en replaçant ses mèches de cheveux noirs en dehors de son champ de vision. Ce n'est pas parce que tu es un petit prodige des duels que tu dois te sentir le droit d'attaquer tout le monde.
— Tu délires, Greyson…
— Arrêtez avec ça !, s'exclama Bloom. Je ne sais pas de quoi vous parlez, mais ça n'en vaut pas la peine.
— Écoute-la Madder, elle a raison, dit Gamp. Ça vaut aussi pour toi, Ludwig. »
Greyson voulut répondre, mais Mercer lui intima d'un regard de ne pas continuer. Cela rappelait presque à James ce qu'il faisait parfois avec Gabriel. Il tourna enfin la tête vers eux, un air un peu dédaigneux sur le visage, ses yeux caramel s'arrêtant sur James et Gabriel.
« Tenez-vous tranquille, leur dit Mercer. Dubois et Finnigan ne seront pas toujours là pour vous sauver la mise. Allez, Algol, Ludwig, on s'en va. »
Les trois Serpentard fendirent la foule et se dirigèrent vers le château, laissant les quatre Gryffondor. James les observa quelques instants, avant de tourner son attention vers la foule. D'un signe de tête, il indiqua que le spectacle était terminé. En quelques instants, le regroupement se sépara, les laissant seuls sur le sentier qui menait au château.
« Un véritable plaisir cette discussion entre gentlemen, ironisa Eliot. On devrait remettre ça plus souvent.
— Tu es fatigant, tu sais ? s'agaça Gabriel.
— C'était quoi cette histoire de dispute en cours ?, s'inquiéta Bloom, les sourcils froncés. J'espère que vous ne vous êtes pas pris une retenue.
— Pas grand-chose, juste une parole déplacée de Greyson, répondit James en balayant le sujet d'un geste de la main. Pas de quoi se prendre une sanction.
— Oh, ça aurait pu. Je ne sais pas ce que tu as en ce moment Gabriel, mais je te trouve bien énervé. »
Gabriel répondit d'un simple grognement alors qu'ils se remettaient en route. James ne dit rien, mais il devait avouer qu'Eliot marquait un point.
L'incident fut malgré tout vite oublié. Ils se dirigèrent vers la salle de leur prochain cours, celui de métamorphose. Dès lors qu'il fut assis en classe, James passa une bonne partie du cours à observer le professeur Deauclaire avec la plus grande attention. Il ne remarqua pas de différence par rapport à d'habitude. James en était un peu frustré. Avec cette étrange rencontre la nuit dernière, il avait cru que leur professeur de métamorphose aurait montré des signes étranges, preuve que quelque chose de louche se tramait. De dépit, il prit en note le cours théorique du jour, se jurant qu'ils trouveraient malgré tout le fin mot de cette histoire.
Leur après-midi, en revanche, était libre. Ils en profitèrent pour se débarrasser de leurs devoirs, malgré les plaintes de Bloom et Gabriel. Eliot avait été inflexible et les avait traînés à la bibliothèque, aidé par un James désireux d'ensuite se plonger dans ces fameux livres d'anthropomagie. Frustrés par leur manque d'avancée, ils s'étaient concentrés cette fois sur la notion même de cœur de magie, maintenant que Bloom et Eliot savaient quoi chercher. James et Gabriel avaient déjà songé auparavant faire des recherches sur le sujet, mais ils n'avaient pas pu, évidemment, le dire à leurs amis. Ils n'avaient rien trouvé du peu qu'ils avaient essayé, les poussant à très vite abandonner. Désormais, ils pourraient être plus efficaces, surtout qu'Eliot avait déjà entendu, de façon rapide, parler du principe de cœur de magie dans ses cours d'étude des runes. C'étaient ainsi qu'ils avaient pu s'orienter sur les livres d'anthropomagie, qui étudiaient le rapport entre l'humain et la magie. Le cœur de magie était un élément qui composait toute entité douée de pouvoirs magique, vivante ou inerte, leur avait dit Harvey, trois ans auparavant. Il était donc logique, pour démarrer, de s'intéresser à sa manifestation chez un sorcier.
Leurs résultats étaient mitigés, bien loin de ce que James et Gabriel avaient espéré. Après quelques recherches infructueuses, ils finirent malgré tout par trouver des informations sur les cœurs de magie, mais toujours sous une conception très abstraite, pour ne pas dire purement théorique. Le seul élément un tant soit peu nouveau qui s'était ajouté à leurs connaissances actuelles était que c'était bel et bien quelque chose de fixe, à l'origine de toute la magie animant une entité ou un lieu. Rien qui puisse l'aider à le localiser.
Finalement, il se découragea et lorsque Gabriel annonça qu'il devait se rendre à sa session de duels, James n'eut guère l'envie de se replonger dans les livres. Alors que son ami avait pris congé depuis à peine dix minutes, il s'étira longuement avant de se lever de sa chaise.
« Je crois que je vais aller me changer les idées au Foyer, marmonna-t-il. Vous venez ?
— Je pense encore feuilleter deux ou trois autres livres, répondit Eliot, sans même lever les yeux. Je sens qu'on approche du but.
— Si tu le dis… Bloom ?
— Je passe aussi, répondit la rouquine, la main contre la tempe. J'ai un mal de crâne et je doute qu'aller au Foyer n'améliore ça.
— Ça va ?
— Je pense oui… je vais aller m'allonger un peu, espérer que ça passe. Si d'ici le repas ça ne s'est pas amélioré, j'irai voir Faucett à l'infirmerie. »
Elle se leva elle aussi. Maintenant que James y faisait attention, c'était vrai que la jeune fille était un peu pâle et s'était montrée inhabituellement calme pendant leurs recherches. Il fit un signe de la main à Eliot et accompagna Bloom jusqu'à la sortie de la bibliothèque, adressant un signe de tête à Mrs Suze qui les fixait de son habituel air inquisiteur. Il se sépara de son amie à la sortie, cette dernière se dirigeant vers les étages supérieurs alors que James descendait. Il espérait sincèrement que Bloom allait aller mieux, il préférait de loin quand elle était capable de diffuser la bonne humeur autour d'elle.
En approchant des couloirs qui menaient jusqu'au Foyer, James pouvait déjà entendre, de façon étouffée, la cacophonie qui régnait dans ce dernier. Quelques élèves en revenaient, discutant joyeusement entre eux. Le Gryffondor arriva jusqu'à l'entrée. La pièce était, comme à son habitude, remplie de monde. Les rires et les discussions emplissaient tout l'espace. James prit le temps d'observer un instant la salle, cherchant des yeux des têtes connues avec qui s'installer. Il repéra finalement les épis de jais caractéristiques de son frère à côté des éclatant cheveux blonds de Scorpius. Difficile de les rater, malgré le chaos ambiant qui régnait autour d'eux. Ils étaient tranquillement assis à une table, avec Rose et Séléné, évidemment, mais également deux invités, en la personne d'Arya Nott et Jasper Harper. James se faufila jusqu'à eux, en veillant à ne pas de prendre un coup dans les lunettes dans ce désordre monstre. Sitôt qu'il l'aperçut, Albus lui fit un grand signe de la main.
« Tu es en vadrouille, James ? cria-t-il pour couvrir le bruit ambiant. Où sont les autres ?
— Il me semble que Gabriel avait une séance de duels ce soir, dit Séléné songeuse. Par contre, ça n'explique pas l'absence de Bloom et Eliot.
— Eliot est plongé dans ses révisions, répondit James en arrivant jusqu'à la table. Quant à Bloom, elle est montée se reposer, mal de crâne.
— Je vois. Du coup, tu viens squatter auprès de tes quatrième années favoris ?, s'amusa Scorpius.
— Exactement. Ça vous dérange ?
— Non, pas du tout, sourit Albus. Assieds-toi. »
Scorpius enleva son sac du seul siège non-occupé autour de la table. James s'y installa, remerciant le jeune Malefoy. Il se tourna ensuite vers les deux Serpentard assis à sa gauche, leur faisant un signe de la main. Ils y répondirent d'un hochement de tête accompagné d'un sourire, quoiqu'un peu moqueur.
« Ça vous arrive donc de ne pas toujours être fourrés ensemble avec Madder, Dubois et Finnigan ? plaisanta Harper. C'est bien la première fois que je vois ça depuis que je suis à Poudlard.
— Heureux de dépasser tes expectations, Harper, répondit James. Ce n'est pas souvent que j'ai l'occasion de te parler après tout.
— Ah, mais que veux-tu… Ce n'est pas souvent que l'élite des Serpentard prend un peu de son temps pour discuter avec le bas de la plèbe Gryffondor.
— Je te conseille de ne pas répondre sinon à minuit tu y es encore, conseilla Rose en voyant James ouvrir la bouche. Tu as encore beaucoup à apprendre sur Jasper.
— C'est la définition même de la langue de vipère, confirma Scorpius. Mais ça ne l'empêche pas d'être un type bien. Je crois. »
Alors que Scorpius terminait sa phrase d'un sourire amusé, Harper baissait doucement la tête en signe de révérence, comme s'il était fier d'être qualifié de « langue de vipère ». James trouva plus sûr de ne pas renchérir, suivant les conseils de sa cousine. Si elle lui disait ça, c'est sûrement parce qu'il était pire qu'Eliot au jeu des sarcasmes.
« Hum… J'espère que je n'ai pas interrompu de discussion importante en m'imposant comme ça.
— Ça dépend si tu considères que parler des Indignés, comme les trois quarts de l'école, est important, dit Albus. En fait, on était en train de s'informer auprès de Jasper et Arya sur l'ambiance qui règne au sein de la salle commune des Serpentard.
— Surtout concernant les Puristes. Et autant être claire, l'ambiance n'est pas au beau fixe, informa Nott en anticipant la question de James. Une partie des Puristes est montée sur ses chevaux de bataille.
— Il me semblait bien qu'ils s'étaient offusqués pendant le repas, marmonna James.
— Si ce n'était que ça, grogna Harper. Ils étaient calmes dans la Grande Salle. Par contre, à l'abri de la salle commune, ils sont en lutte ouverte contre tout partisan des Indignés. Ils terrorisent les plus jeunes, du coup les préfets sont obligés d'intervenir.
— Avec plus ou moins de succès, précisa Nott. Moins que plus pour le moment.
— Je pensais que les Puristes se faisaient plutôt discrets normalement, remarqua Rose en rajustant ses lunettes. En tout cas, c'est ce que vous nous avez toujours dit.
— « Normalement », c'est le mot oui. Mais la situation est justement loin d'être normale. Les Puristes se sentent attaqués par les accusations des Indignés. Par ailleurs, une partie des traditionnalistes voit d'un très mauvais œil cet affaire. Ils ont peur que cette affaire accélère l'ouverture au monde moldu et que cela détruise la culture des sorciers. »
James haussa les sourcils, surpris. Jusque là, il ne s'était jamais vraiment posé de question sur la logique derrière les idées des Puristes ou des traditionnalistes. Il les avait toujours trouvées stupides et infondées. Mais tel que le présentait Harper, il pouvait comprendre la façon de penser de ces personnes. Cela ne changeait bien entendu pas l'opinion qu'il avait d'eux.
« La salle commune va devenir invivable, soupira Nott en passant la main dans ses boucles marron. On ne peut pas vraiment cacher que Serpentard est la maison la plus conservatrice, du coup les tensions sont plus importantes chez nous qu'ailleurs.
— Bah, ça nous donne une bonne raison d'envoyer balader ces crétins de Puristes, ricana Harper.
— Allons bon Jasper, que dirait ton père ?, railla Scorpius.
— Son père ?, s'étonna James. Attends… Harper… Tu es le fils de Ludger Harper, le chef du parti Conservateur ?
— Ce n'est pas comme s'il existait trente-six Harper dans le monde de la magie, se moqua le Serpentard. Mais pour te répondre, oui, mon père dirige la branche traditionnaliste de la politique. D'ailleurs, je pense qu'il doit lui aussi maudire la branche Puriste du parti actuellement, aucun doute qu'ils vont tenter d'imposer leur direction sur l'orientation du programme.
— Si jamais ça devient invivable, j'imagine que vous pourrez toujours venir chercher refuge dans les autres maisons, se moqua Rose.
— Plutôt supporter les Puristes que de me rabaisser à accepter l'aide des Gryffondor, railla Nott. Je ne dis pas non pour des quartiers chez les Serdaigle en revanche. Poufsouffle, passe encore. Mais Gryffondor… Jamais !
— Et moi qui croyait que la guerre entre Gryffondor et Serpentard était de l'histoire ancienne, s'amusa Albus.
— On a notre fierté.
— Hum… Je ne pensais pas que c'était aussi tendu chez vous quand même, reprit James.
— A l'extérieur, c'est tous pour Serpentard oui, dit Harper. Mais à l'intérieur, on est bien plus proches du chacun pour soi. Cependant, ce serait être très manichéen de penser que de telles oppositions n'existent que chez nous.
— Oui, confirma Nott. Il y a des Puristes et des conservateurs dans toutes les maisons. Seulement, ils sont bien plus marginaux, donc plus discrets.
— J'imagine que si cette affaire s'aggrave, les tensions vont elles aussi s'intensifier, dit Séléné. Que ce soit chez les Serpentard ou dans les autres maisons. »
C'était une idée des plus déplaisantes aux yeux de James. Il ne pouvait lui donner tort, il avait pu constater rien que ce matin l'étendue du spectre d'idées différentes qui entourait les Indignés. Si le meurtrier n'était pas vite appréhendé, il n'y avait pas de raison que tout ceci se calme.
« Oh, j'y pense Potter, s'exclama alors Nott. On a entendu dire dans la salle commune avec Jasper que vous vous êtes accrochés avec Greyson, Gamp et Mercer.
— Ne me dis pas que tu t'es pris une retenue James, dit Albus en fronçant les sourcils. Maman ne va pas être contente.
— Il n'y a pas eu de sorts échangés, répondit le garçon, agacé. Ne t'inquiète pas pour moi Al', on n'a rien fait qui puisse nous valoir une sanction. J'imagine que Mercer doit raconter partout que c'est de notre faute ?
— C'est son refrain habituel, rit Harper. Si tout va mal, c'est « la faute à Potter ».
— Tu n'imagines pas à quel point c'est une blague chez nous.
— Je crois que j'aurais préféré ne pas savoir, soupira James. J'aimerais juste que lui et ses amis nous laissent en paix. De toute façon, ils doivent sûrement faire partie des Puristes qui font la terreur dans votre salle commune, avec un peu de chance ils vont nous lâcher la grappe.
— À dire vrai, non, révéla Nott à la surprise de James. De façon très surprenante, ils se trouvent dans la frange des discrets sur cette affaire, même dans la salle commune.
— Vraiment ?, s'étonna Rose. Ils sont pourtant toujours à critiquer les nés-moldus.
— Greyson surtout, grogna Scorpius. Mais il ne me semble pas avoir entendu d'affaire les concernant avant aujourd'hui, du coup ils se sont sûrement calmés.
— Eux, se calmer ? Ils doivent sûrement préparer quelque chose, siffla James. Vous ne pourriez pas essayer de savoir…
— Pas question d'espionner d'autres Serpentard pour ton compte, Potter. Même Mercer et compagnie. Je ne les porte peut-être pas dans mon cœur, ils restent malgré tout des membres de ma maison.
— On a un peu mieux à faire aussi, ajouta Jasper.
— Ne cherche pas à les faire changer d'avis, James, c'est impossible, avisa tranquillement Albus devant l'expression de son frère. C'est peut-être mieux pour toi. »Ha
Il n'aimait pas recevoir une fin de non-recevoir comme ça. Il pouvait voir le sourire moqueur de son frère, qui était bien gentil comparé aux visages ironiques des deux Serpentard. James croisa les bras, la moue boudeuse, se jurant qu'il trouverait ce que manigançaient ses pires ennemis.
Avant le repas, James remonta jusqu'à la salle commune de Gryffondor. Il s'était souvenu qu'une sale bête était venue lui rendre visite ce matin et qu'il lui avait promis qu'il la ramènerait à sa propriétaire légitime. Le chaton s'était installé comme un roi sur son lit, le recouvrant de poils.
« Tu es envahissant, tu sais ça ? » soupira James.
Le chaton lui répondit d'un miaulement, se frottant doucement contre le garçon alors qu'il le tenait dans ses bras. James roula des yeux. Pourquoi donc ce chat semblait-il autant l'aimer ? Il devait comprendre qu'il n'était pas son maître. Il descendit tout en bas, jusqu'à la Grande Salle, et se dirigea directement vers la table des Serpentard.
« Je l'ai encore retrouvé chez Gryffondor, dit James en posant Zion sur les genoux de sa sœur. Fais attention à lui.
— Il est toujours en vadrouille répondit Lily avec une moue contrite. Mais je me demande vraiment comment il a fait pour aller jusqu'à la salle commune de Gryffondor depuis les cachots. Deux fois.
— Tu ne peux pas l'enfermer dans ton dortoir ?
— Ça ne va pas ?, s'offusqua aussitôt Shannon assise à côté de Lily. Un chat a besoin d'espace, il devient fou quand il est enfermé.
— Et voilà la maniaque des chats de retour, soupira Ignis, l'autre ami de Lily.
— Comment ça se passe pour vous ?, J'ai entendu dire que l'ambiance était tendue, dit James en baissant le ton.
— Il suffit d'éviter la salle commune et tout va bien, répondit Ignis en haussant les épaules. Et quand on doit y être, il suffit de les ignorer. Tant qu'on les excite pas, ils ne viennent pas nous embêter.
— On sera prudents, James, assura Lily devant le regard inquiet de son frère. Si jamais on a des problèmes, on va chercher Arya et Jasper. Merci d'avoir ramené Zion, sinon. »
James leur adressa un dernier sourire, avant de se détourner de la table, sentant dans son dos quelques regards de personnes ne le portant pas dans leur cœur. Ils ne lui disaient rien, car ils savaient que sa sœur était dans leur maison. James était pourtant tout à fait conscient que c'était parfois la seule chose qui permettait à ces personnes de le tolérer. Il retourna à la table de Gryffondor, où il retrouva ses trois amis.
« Tu vas mieux Bloom ?, demanda-il en prenant place.
— Encore un peu fatiguée, mais ça ira, merci, répondit-elle. Si vous faites une sortie ce soir, ne comptez pas sur moi. Il faut que je sois en forme pour les sélections de samedi.
— On restera au dortoir, la rassura Gabriel. J'ai aussi besoin d'un peu de repos, la séance de duels m'a épuisé.
— On ne serait pas sorti ce soir de toute façon, annonça Eliot en baissant le ton. J'attendais que tu reviennes, James.
— Qu'est-ce qu'il y a, tu as trouvé quelque chose en terminant tes recherches ? » demanda James.
Il avait senti son cœur s'accélérer. Il pouvait aussi voir le regard de Gabriel s'illuminer, alors que Bloom avait les yeux ronds. Eliot cependant leur fit signe de se calmer.
« Non, pas d'élément décisif, tempéra-t-il. Mais j'ai eu une idée. Je vous en parle quand on sera un peu plus au calme.
— Pour… »
Gabriel se tut. Alors qu'il allait poser la question, Scorpius, Rose et Séléné vinrent s'asseoir à côté d'eux en les saluant d'un large sourire.
« Alors, encore en train de comploter ?, plaisanta Scorpius.
— Et tu n'es pas convié, Malefoy, répondit Eliot avec un air entendu.
— J'imagine qu'on saura bien assez tôt ce que vous préparez, dit Rose. J'espère juste que ça n'implique pas des points en moins pour Gryffondor.
— Oh, mais qui en a quelque chose à faire des points ?, soupira Bloom. C'est juste un système pour encourager les élèves à faire le plus de lèche possible.
— Sûr que lorsqu'on fait perdre plus de points que le reste des Gryffondor, on ne voit ça que sous un œil négatif.
— Sois pas mauvaise langue, Rose, sourit James. Elle n'a pas tort, mais bon, c'est toujours un plaisir d'écraser les autres maisons.
— On compte sur toi pour le Quidditch, James, rappela Scorpius. C'est de ta faute si on n'a pas gagné le tournoi l'année dernière, avec tes retenues. »
James haussa les épaules. Il ne niait pas qu'il avait une part à jouer dans cette défaite, mais il savait aussi qu'il n'était pas le seul. Même en son absence, l'équipe de Gryffondor était redoutable et James était loin de se penser indispensable.
« Il paraît que tu vas remplacer Gladstone aux commentaires, Scorpius, remarqua Bloom. C'est vrai ?
— Oui, Busard et Londubat ont donné leur accord, sourit le jeune Malefoy.
— Tu arrives toujours très bien à décrire les matchs, Scorpio, je suis sûre que tu seras génial, lui dit Séléné. Sinon Gabriel, comment se passent les duels ? Anastasia n'a pas tari d'éloges sur ta personne depuis lundi soir. Pas comme si on n'était pas déjà au courant, Prince des Duels.
— Pas ce surnom, s'il te plait, Séléné. » répondit Gabriel, les joues rosissant.
Séléné eut un rictus moqueur, insistant sur le fait que parvenir à tenir tête aux septième année était quand même signe qu'il était un véritable petit prodige, ce qui avait le don d'agacer Gabriel. James observa la scène amusé, mordant dans sa pomme de terre.
Ils se retrouvèrent finalement après le repas dans une salle de classe vide, l'une de celles qu'ils utilisaient pour ce genre de discussion. Eliot s'assura de lancer l'habituel Assurdiato – James se faisait parfois la remarque qu'ils n'avaient jamais lancé autant de fois le même sort que celui là. Il se tourna ensuite vers ses amis, croisant les bras.
« Bon… Qu'est ce que tu avais à nous dire ?, demanda Gabriel, assis à l'envers sur une chaise, la tête posée sur le dossier.
— J'ai continué les recherches. Je n'ai pas trouvé grand-chose d'intéressant, je dois l'avouer.
— Tu nous l'avais déjà dit, oui, dit Bloom. Et la suite ?
— Il y a un passage dans le dernier bouquin que j'ai lu qui m'a fait penser à quelque chose, répondit Eliot, s'adossant contre le mur. Ça portait sur la persistance du cœur de magie sur une création, même après la mort du sorcier l'ayant créée.
— Et qu'est ce que ça apporte cette information ?, l'interrogea James, assis sur une table.
— Cela implique que le Cœur de Poudlard est toujours alimenté par la magie des fondateurs à l'heure actuelle. »
Ce n'était que ça ? James se retint de soupirer de dépit. Aux paroles d'Eliot, il avait cru qu'il leur avait trouvé un indice important, ou en tout cas quelque chose qui amenait de nouveaux éléments. Ce qu'il lui disait là ne le surprenait pas, il ne s'était pas posé la question jusque là, mais c'était logique. Si Poudlard était encore debout aujourd'hui, c'était bien parce que le Cœur de Magie avait continué de fonctionner depuis mille ans.
« Et ?, insista Gabriel, avec un brin de lassitude. C'est évident ça.
— Vous ne cherchez jamais plus loin que le bout de votre nez ?, s'agaça Eliot. Justement ce n'est pas évident, un Cœur de Magie aurait très bien pu nécessiter un rechargement à la mort de son créateur, avec une nouvelle personne pour l'entretenir. Comme par exemple le directeur de Poudlard.
— Je ne vois toujours pas où tu veux en venir, soupira James.
— J'admets que je suis sceptique aussi, ajouta Bloom.
— Je suis le seul type intelligent de cette bande, sortez moi de là… »
Eliot était clairement ennuyé par l'attitude de ses trois amis. Si James pouvait comprendre ça, il estimait aussi qu'il ne pouvait que s'en prendre à lui-même à jouer ainsi aux devinettes.
« Le fait que le Cœur de Poudlard soit encore à l'heure actuelle lié aux fondateurs a une importance qui peut être capitale pour nous. Lorsque j'ai lu ça, j'ai alors pensé qu'il y avait un autre exemple de magie créée par les fondateurs que nous connaissons, et lui peut nous mener jusqu'au Cœur.
— Hein ? Je comprends ta logique là, mais j'avoue que je ne vois pas du tout où tu veux en venir, dit Gabriel en se redressant.
— Quel autre exemple ?, demanda James, les sourcils froncés.
— Celui d'un fondateur en particulier, Gryffondor. Mais si ce n'était qu'un objet inerte, ce serait inintéressant. Non, ce qui est intéressant, c'est qu'il est doué de conscience et qu'il était là aux débuts de l'école, nul doute qu'il sait où se trouve le Cœur et qu'il peut nous le dire. »
Il se tut, laissant ses trois amis suspendus à ses lèvres. Avec un sourire, satisfait finalement de son effet, Eliot révéla ce qu'il avait en tête :
« J'ai pensé qu'on pourrait demander de l'aide au Choixpeau magique. »
~Fin chapitre 18~
[1] Yokai : Mot japonais désignant les monstres et démons de leur folklore. Yokai veut littéralement dire « monstre bizarre ». Le kitsune en fait partie.
Voilà pour ce chapitre 18. Il est un peu dense, il se passe pas mal de choses, donc j'espère que je ne vous ai pas perdu.
Merci encore pour votre lecture, et merci d'avance à ceux qui commenteront. ^^ Je vous en suis très reconnaissant.
A la prochaine !
Niv'
