~A propos de l'histoire~

Disclaimer : Non, je ne possède pas Harry Potter, son univers et ses personnages, je ne suis ni une femme, ni anglais, ni même J.K. Rowling, je ne touche pas le moindre argent, quel qu'il soit, en écrivant cette histoire.
Seuls les personnages rajoutés à l'univers sont de moi, vous les reconnaîtrez de toute façon facilement.

Canon : Tous les livres, du Tome 1 au Tome 7 et normalement toutes les informations données par JK au cours de ses interviews, ou via Pottermore (du moins, jusqu'à là date de parution du premier chapitre, le 31 août 2013). L'Enfant Maudit n'est PAS compté dans cette fic, car sorti après.

Résumé : 2017. Dix-neuf ans après la chute de Voldemort, James , fils aîné du Survivant, entre pour sa deuxième année d'étude à Poudlard l'école de sorcellerie, aux côtés de son meilleur ami Gabriel Madder. Tout deux n'aspirent qu'à mener une vie paisible à Poudlard, aux côtés de leurs amis. Encore innocents, un peu idiots peut être, leur vie bascule lorsqu'ils se retrouvent impliqués malgré eux dans un grave accident, celui du réveil des défenses de Poudlard. Incapables de prouver leur innocence, révoltés par l'injustice qui s'est abattue sur eux, les deux garçons et leurs amis décident alors de partir à la recherche de la vérité et du véritable coupable.

Trois ans plus tard, James et Gabriel courent toujours après la vérité. Alors que la situation politique devient houleuse, résultat lointain des événements de leur deuxième année, apparaît une étrange et inquiétante affaire de meurtres en série. La crainte de la montée d'un nouveau mage noir prend peu à peu place dans la population. Poudlard semble rester relativement épargnée, mais pour combien de temps ? Entre tensions grandissantes et mystères à résoudre, ce début de cinquième année s'annonce tumultueuse et l'avenir peut-être plus sombre encore.

Époque : Nouvelle génération, 19 ans plus tard

Rating du chapitre : K+


~Aide et correction~

Pour cette histoire, je dispose des avis complets de Ryu et Claes (anciennement Grenat) sur mes chapitres, qui sont des aides précieuses afin de réaliser des chapitres de qualité optimale avec leurs visions différentes mais complémentaires. La correction en revanche est assurée par Grenat seule. Merci à elles pour leur aide et pour le travail effectué.


~Résumé du chapitre précédent~

Des nouvelles des indignés parviennent par la Gazette du sorcier. Ils tiendraient une piste sur le ou les coupables de la série de meurtre qu'ils comptent révéler aux Aurors. Cela amène de nouvelles discussions à Poudlard, faisant monter la tension. Cela n'empêche cependant pas Bloom, Eliot, James et Gabriel de préparer leur opération visant à parler au Choixpeau magique, qu'ils comptent mettre en œuvre le lendemain, lors des sélections de Quidditch. Le matin même, Gabriel a une discussion avec Séléné qui le laisse perplexe.


Chapitre 20 : Haute voltige

Bloom vérifia une dernière fois sa tenue dans le miroir. Sa robe – celle des Chauve-souris de Ballycastle, puisqu'elle n'avait pas le droit de porter sa tenue de l'équipe de Gryffondor – était bien mise, les protections bien à leur place et convenablement serrées. Elle s'inquiétait toujours de sa sécurité en volant. En tant que batteuse, elle savait mieux que quiconque les dangers que pouvait comporter le Quidditch. Elle avait déjà reçu bien assez de coups et de blessures, avec et sans protections par ailleurs. Son seul problème était qu'elle devait en acheter régulièrement. Et pas à cause de sa croissance, malheureusement. Bloom avait perdu tout espoir d'à nouveau grandir. Rageant.

Décrétant que tout était parfaitement en ordre, elle enfila ses lunettes de vol sur son front, après avoir préalablement relevé ses cheveux en queue de cheval, qui restait malgré tout désespérément désordonnée. Bloom se retourna finalement vers le reste du dortoir, où les autres filles s'habillaient également.

« Ouah, ça m'a tellement manqué de te voir dans cette tenue, sourit Eulalie. Ça ne va pas à tout le monde la robe et les protections de Quidditch, mais sur toi c'est vraiment classe, Bloom.
— Merci, répondit la rouquine en ouvrant sa malle, un large sourire aux lèvres. L'avantage du sport, c'est que ça me permet de rester mince. Ça vaut bien quelques bleus.
— Quelques ? s'esclaffa Sarah. Toi, tu ne te souviens pas de ta tête l'année dernière, quand tu t'es prise ce cognard en pleine face. La moitié de ton visage était violet et totalement enflé ! Heureusement que Mrs Faucett a arrangé ça. »

Bloom haussa les épaules, répondant de façon évasive que c'était le risque du sport. Elle était trop occupée à sortir sa nouvelle batte de son étui. Elle l'avait gardée emballée spécialement pour aujourd'hui, qui serait l'occasion d'en faire son baptême.

De toutes les filles du dortoir, elle était la seule à jouer au Quidditch. Oh, cela ne voulait pas dire qu'elles détestaient ce sport, loin de là. Eulalie était une véritable fanatique, au moins autant que son frère jumeau Rigel. Gwen était aussi assez passionnée, surtout par son équipe préférée, les Catapultes de Caerphilly, alors même que de son propre aveu, elle détestait par exemple le football, elle qui était née moldue. Les autres appréciaient sans vraiment y connaître grand-chose. Au final, la seule à posséder une certaine forme d'aversion au Quidditch était justement Sarah. La jeune fille à la peau d'ébène trouvait cela beaucoup trop violent. Plus que le rugby disait-elle, ce qui avait forcé Bloom à faire des recherches, découvrant un sport qui avait l'air assez intéressant.

« On sait, on sait, le Quidditch c'est violent, yada yada, soupira Anastasia qui sortait de la salle de bain en s'essuyant les cheveux. Pourtant, tu viens voir tous les matchs et même les sélections.
— « Parce que les joueurs de Quidditch sont sexy », cita Marta avec un sourire moqueur. Sérieusement Sarah, c'est d'un cliché.
— J'y peux rien si le sport rend les garçons bien battis, se défendit la jeune fille. Par exemple, même si James n'est pas du tout mon style, on ne peut pas nier qu'il est plutôt musclé. Même Bloom a de sacrés abdominaux !
— Arrête de ne te préoccuper que de l'apparence des gens, soupira Gwendolyn, qui attachait son épingle de préfète. C'est pour ça que tu n'arrives pas à maintenir une relation stable. »

Touchée, Sarah se tut en croisant les bras, la mine contrariée.

« Tu dis ça parce que tu préfères les filles, marmonna-t-elle dans sa barbe.
— Pas forcément, tu dis toi-même que Bloom est bien fichue, sourit la préfète. Pas que je sois intéressée par toi, bien entendu, ajouta-t-elle à l'attention de la rouquine, avec un sourire entendu.
— Je sais bien, Gwen, répondit joyeusement Bloom. Tu n'as d'yeux que pour ta petite Serdaigle depuis maintenant quelques mois.
— Je l'aurai un jour ! Je l'aurai. »

Elle serra le poing en exagérant le ton, faisant éclater de rire les autres filles du dortoir. Elles partageaient la même chambre depuis maintenant quatre ans et si parfois la cohabitation pouvait être difficile – Bloom ne supportait toujours pas la manie qu'avait Marta d'éparpiller ses vêtements sales au sol – dans l'ensemble elles s'entendaient bien. Pour rien au monde elle n'aurait changé de partenaires de chambrée, pas même pour être avec James, Gabriel et Eliot. Ce n'était pas la même chose.

« C'est quand d'ailleurs que tu comptes faire ton coming-out au reste de la maison ? demanda Marta qui était occupée à lisser ses cheveux. Je veux dire, tu nous l'as avoué il y a un an maintenant, mais on a toujours interdiction de le révéler.
— C'est compliqué… Avec vous c'est différent, on dort ensemble depuis quatre ans, je vous devais bien ça. Tout le monde n'est pas ouvert à cette idée à Poudlard. Regarde Octave, il peut être assez médisant.
— Ça m'a choqué d'entendre comment il parlait de Lucas et de Vincent, à Serpentard… confirma Sarah. Lui qui est si gentil d'habitude, il est assez fermé d'esprit sur cette question. C'est triste.
— On arrivera à lui faire accepter, encouragea Eulalie. C'est parce qu'il ne les connaît pas qu'il dit ça. Il te connaît bien Gwen, il te côtoie depuis la première année, si apprendre cette nouvelle ne fait pas évoluer sa pensée, c'est qu'il n'en vaut pas la peine ! »

Les filles hochèrent la tête, alors que Gwen répondait par un sourire, quoiqu'un peu triste. Bloom cependant ne comptait pas s'attarder plus, les trois garçons étaient sûrement déjà en train de l'attendre. Elle prit son balai sous le bras ainsi que sa batte, attrapa au passage le sac dans lequel elle avait fourré ses vêtements pour se changer après la séance, avant de lancer un joyeux « à tout à l'heure » aux filles. La rouquine descendit les marches unes à unes, pour arriver jusque dans la salle commune. Enfin, pas tout à fait. Bloom s'était arrêtée sur l'avant-dernière marche afin de pouvoir observer au dessus des têtes – maudissant au passage une fois de plus sa petite taille. Après quelques secondes passées à scruter, elle repéra les têtes d'Eliot et de James, pas loin de fauteuils. Gabriel devait sûrement être assis sur l'un d'eux. Elle se faufila entre ses camarades, saluant joyeusement les personnes qui lui souhaitaient bonne chance, jusqu'à retrouver ses trois amis. James portait sa robe de l'équipe d'Angleterre qu'elle lui avait offerte en avril dernier.

« Bonjour vous trois, je suis prête ! déclara-t-elle joyeusement en se plantant devant ses amis. Il est temps d'aller manger !
— On n'attendait que toi, répondit Eliot. Tu penses bien qu'un repas sans toi ce n'est pas pareil.
— Laissez-moi juste le temps de me lever », marmonna Gabriel.

Le garçon s'étira longuement dans son fauteuil avant de s'exécuter. Bloom l'observa un peu. Il était très clair à ses yeux que Gabriel était nerveux, elle ne le connaissait que trop bien. Elle évita cependant d'en faire la remarque et suivit ses amis jusqu'à l'entrée de la salle commune.

oooOOOooo

Eliot n'avait jamais aimé le jour des sélections de Quidditch. Non, plus justement, il n'aimait pas les petits-déjeuners qui précédaient les sélections, aussi stupide cela pouvait-il paraître – et Merlin savait qu'Eliot trouvait cette pensée idiote. Voir tous ces balais qui accompagnaient leur propriétaire, tous ces gens qui parlaient d'acrobaties dans les airs avec un air d'extase sur le visage, cela suffisait à lui rappeler son vertige. Son estomac se nouait et il devait se faire violence pour réussir à avaler quelque chose. Pourtant, tout cela allait mieux quand il regardait les gens voler ou quand il assistait à un match. Eliot n'avait jamais vraiment compris pourquoi il en était ainsi. C'était bizarre.

La Grande-Salle était évidemment en pleine ébullition, extrêmement joyeuse. Les discussions et les éclats de voix allaient bon train. La une de la Gazette n'avait concerné qu'une déclaration du ministre, Percy Weasley, sans lien avec les affaires de meurtres. Tout était parfait pour cette journée. Malgré tout, Eliot, pour sa part, avait l'esprit troublé, il en avait trop à penser pour prendre part aux discussions plus ou moins superficielles de cette matinée. Il était anxieux pour être exact. Jamais ils n'avaient monté une opération aussi risquée au sein de Poudlard. L'opération d'infiltration pour essayer d'obtenir des informations par le Choixpeau magique était pourtant en marche, ils avaient tout préparé. Lui-même avait fait ses préparatifs, sans dire de quoi il retournait à ses trois amis. Il ne voulait pas les impliquer là-dedans si vraiment il devait retarder Harvey. Ils l'auraient arrêté.

Il cligna des yeux en entendant son nom, et tourna la tête vers Bloom, qui l'observait avec des yeux inquiets.

« Tu vas bien, Eliot ? Tu es bien silencieux ce matin.
— Rien de grave, juste le vertige habituel des jours de Quidditch, répondit-il avec un sourire. Tu sais bien que ça m'arrive tout le temps.
— Il faudrait vraiment trouver un moyen de soigner ça, dit James face à lui. Il n'y a pas de potion pour ça ?
— Pas la peine de me demander, je ne sais pas, répondit Gabriel, un peu sur la défensive. Ce n'est pas parce que mon père est un maître des potions que je m'y connais ! »

Eliot eut un petit rire. Les voir comme ça lui permettait de se détendre. Il préférait ça, il aimait ça. Certes, il devait souvent se battre pour les canaliser, mais pour rien au monde Eliot n'aurait voulu que ses amis soient différents. Il avala une gorgée de thé, alors que Léo se penchait vers lui.

« Tiens Eliot, toi qui es bon là-dedans, on aimerait tes pronostics pour notre équipe cette année, sourit le garçon. D'après-toi, qui va remplacer Cameron comme partenaire pour Bloom ?
— C'est un peu présomptueux de dire ça avant de voir tout le monde voler, lui répondit le garçon avec amusement.
— C'est pour ça qu'on parle de pronostics, duh ! lui répondit Rigel avec humour. Alors ?
— Oh… Eh bien, si Damon est logique, il sait que pour accompagner Bloom il va avoir besoin d'un bras puissant. Pas que tu sois douce, ma chère, ajouta Eliot.
— Je n'allais rien dire, sourit la rouquine. Continue plutôt, ça m'intéresse aussi.
— De ce que j'en sais, je verrais bien Steven Dennis, de quatrième année. Il avait participé l'année dernière mais n'a pas été retenu. Cependant, il a pas mal pris en muscle depuis et il volait déjà très bien. En plus, j'imagine qu'il s'est entraîné pour corriger son problème de précision qui l'a fait échouer avant.
— Ah, tu vois qu'Eliot est d'accord avec moi ! s'exclama Léo à l'adresse de Rigel.
— J'espère que tu as raison, Dennis est vachement sympa en plus. Ça me plairait bien de jouer avec lui. »

Eliot répondit à la jeune fille par un sourire, avant de terminer son thé. Cependant, les autres garçons n'en avaient pas fini avec lui. Ce fut Octave qui cette fois-ci intervint :

« J'ai une autre question, mais sur un autre sujet.
— Dis toujours, l'invita Eliot.
— C'est vrai ces rumeurs que disent que ton père va mettre fin à sa carrière ? »

Ah, cela avait donc commencé à fuiter. Eliot eut un petit sourire, un brin triste. Cela faisait plus de vingt ans que son père jouait au Quidditch dans le milieu professionnel, bien avant sa naissance. Toute sa vie était liée à ce sport. Cependant rien n'était éternel et il savait, depuis presque un an désormais, que son père comptait en effet raccrocher en novembre.

« C'est vrai, répondit-il. N'allez pas le répéter partout autour de vous par contre.
— Mince, je pensais que ce n'était que des conneries, fit Octave.
— Ça va faire bizarre, dit alors Gabriel. Je ne suis pas un grand féru du Quidditch, et pourtant je connaissais déjà ton père avant de te connaître. Il m'a toujours semblé être là.
— C'est l'un des plus anciens joueurs encore présent sur le circuit, informa James. Il détient le record de sélection en tant que gardien de l'équipe d'Angleterre. Ça va laisser un vide dans le championnat… Un vide aussi pour ton père, j'imagine. »

Le garçon hocha la tête comme réponse. Ce n'était pourtant pas le plus grand vide qui existait dans la vie d'Olivier Dubois, songea amèrement Eliot en baissant les yeux vers son repas. Mais ça, il ne le dirait jamais à personne.

oooOOOooo

Alors qu'ils se rendaient au stade de Quidditch, James savait qu'il devrait être en train de se concentrer sur les sélections et uniquement sur ça. C'était ce qu'il faisait d'habitude, sans aucune difficulté. Cette fois-ci cependant, c'était différent. James était tendu. Alors qu'il suivait ses camarades de Gryffondor dans la marrée d'élèves, il jeta un coup d'œil à Gabriel à côté de lui. Son meilleur ami se massait inconsciemment le bras, gardant le regard braqué droit devant lui. Heureusement, personne autour d'eux ne semblait se rendre compte de cette tension qui habitait Gabriel. En quatre ans à Poudlard, tous les quatre étaient devenus des spécialistes en mensonges et dissimulation. C'était uniquement parce que James le connaissait par cœur qu'il pouvait voir l'appréhension de son meilleur ami.

Gabriel sembla sentir son regard, puisqu'il tourna la tête vers lui. Après quelques instants, il se mit à sourire et se pencha à son oreille.

« Ne t'inquiète pas, tout ira bien pour moi, murmura Gabriel. Concentre-toi sur ta sélection, c'est le plus important pour toi.
— Je dois quand même faire en sorte de la faire durer, lui rappela James en chuchotant.
— Seulement si je ne suis pas revenu à temps. Tu ne dois pas éveiller l'attention, donc vole le plus possible, comme d'habitude. »

James allait répondre, mais fut interrompu par Octave.

« C'est quoi ces messes basses ?
— Des conseils d'un coach à son joueur, répondit Gabriel du tac au tac. Qu'est-ce que ça t'importe ? Enfin bref, bon vol James, sois aussi bon que d'habitude. On te regarde depuis les gradins ! »

Gabriel lui fit un signe de la main alors qu'ils se séparaient. James observa son ami s'éloigner dans la foule alors que lui-même suivait la file des participants à la sélection. Il avait envie de lui hurler de ne pas le faire, qu'ils trouveraient un autre moment plus propice pour réaliser cette opération. Mais c'était trop tard. Bloom lui fit un sourire compatissant.

« Tu es trop tendu… Concentre-toi sur ton vol, Gabriel sait ce qu'il a à faire. Tout ira bien. »

C'était ce que James espérait.

oooOOOooo

Gabriel prit place dans la tribune à côté d'Eliot, comme d'habitude. Tous les gradins étaient déjà remplis. La passion qu'avaient les élèves de l'école pour le Quidditch ne se démentait pas, la quasi-totalité d'entre eux étaient présents, que ce soit pour participer ou pour regarder. Il salua Scorpius qui vint s'asseoir avec eux. Albus et Rose étaient en bas à se préparer. Séléné, elle, était au château, Gabriel le savait désormais. Il ne s'était jamais fait la réflexion les années précédentes.

« On va commencer avec les Poufsouffle cette année donc, dit joyeusement Rigel, les yeux rivés dans ses jumelles. Il paraît qu'ils ont un petit prodige en deuxième année.
— Ah bon ? Il brigue quel poste ? demanda Anastasia.
— Attrapeur.
— Ce qui est le plus intéressant, c'est qu'Ariane Stanton est encore là cette année, indiqua Octave. Ça va être un beau duel. »

C'était prometteur, en effet. Gabriel devait avouer qu'il aurait aimé pouvoir y assister. Il y avait parfois des frustrations qu'on ne pouvait éviter. Les quatre capitaines s'élevèrent alors dans les airs aux côtés de Mr Busard, sous les applaudissements de l'ensemble des gradins. Ce fut le signal attendu par Gabriel, qui tourna la tête vers Eliot. Le préfet avait déjà les yeux dans les multiplettes, braquées non pas sur les quelques silhouettes qui déclaraient l'ouverture des sélections, mais sur la partie des tribunes réservée spécialement aux professeurs. Le sourire d'Eliot s'agrandit alors qu'il lui proposait les multiplettes. Gabriel s'en saisit et regarda à son tour à travers.

Après quelques secondes à scruter les places, il trouva Harvey, souriant, occupé à discuter avec un Keepood en extase, comme toujours quand on parlait de Quidditch. Gabriel baissa les jumelles magiques, les rendant à son ami, soulagé de constater qu'ils ne s'étaient pas trompés. Il lui fit un signe de tête discret, auquel Eliot répondit par un léger sourire. Il était temps de démarrer les hostilités. En quelques secondes, Eliot fit mine de réfléchir, puis lança une petite exclamation qui fit tourner les têtes des Gryffondor autour de lui.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Eliot ? demanda Rigel. Tu m'as fait peur.
— Je viens de me souvenir… marmonna-t-il, dans un superbe jeu d'acteur. Damon m'avait indiqué que les réserves de Bièraubeurre étaient proches de la fin.
— Hein ? fit Octave derrière de lui. De quoi tu parles ? Des réserves du Foyer ?
— Oui, confirma-t-il. Vu que je suis préfet, il voulait avoir mon aval pour qu'on s'approvisionne pour les sélections. Je lui avais promis de m'en occuper, mais j'ai totalement zappé.
— Tu veux dire qu'on va devoir faire une croix sur les boissons pour la fête ? s'exclama Sarah, horrifiée. Une fête n'est pas une fête sans boisson !
— Tu t'entends parler, espèce d'alcoolique ? Ce n'est pas si grave, minimisa Gwen.
— C'est pourtant ce que pense beaucoup de monde à Poudlard, nota Scorpius avec une mine ennuyée. Si jamais il n'y a pas assez de Bièraubeurre, on va en entendre parler jusqu'à Noël.»

Tout prenait parfaitement. Gabriel pouvait voir l'air embêté sur le visage de Gwen, ainsi que les rumeurs qui commençaient à se propager autour d'eux. La vérité était qu'ils avaient eux-mêmes vidé et caché le stock de Bièraubeurre pas plus tard que vendredi soir. Comme avant chaque événement lié au Quidditch, les capitaines de chaque équipe avaient vérifié les réserves hier, et Damon était effectivement venu voir Eliot, sachant parfaitement leur affinité avec les passages secrets de l'école. Tout cela avait été fomenté dans un seul but : lui donner une excuse pour s'absenter.

« Je crois bien que je vais devoir m'en occuper, intervint le jeune Madder. Personne d'autre ici ne connaît aussi bien les passages secrets de l'école que nous.
— À part peut-être les deux-F, nota Octave.
— Ce n'est peut-être pas très raisonnable, essaya de négocier Gwen.
— On ne peut pas faire une fête sans alcool, insista Marta. On n'a même pas le droit au whisky Pur Feu ou aux autres alcools forts, laisse-nous au moins ça. Pense à l'union des maisons !
— Oh, très bien… J'espère juste que tu ne vas pas te retrouver à nouveau impliqué dans une histoire pas possible en t'absentant chercher ces fichues Bièraubeurres, Gabriel. Tu l'accompagnes, Eliot ?
— Non, ce serait trop suspicieux si on y allait tous les deux, répondit le jeune Dubois. Essayons quand même de ne pas alarmer les professeurs.
— Je te promets d'être prudent, Gwen, ajouta Gabriel. Pas de détour inutile, pas d'histoire abracadabrantesque.
— Je te crois… tu as ma bénédiction, mais ne te fais pas prendre, par pitié. Je tiens à ce qu'on gagne la coupe cette année.
— N'hésite pas à aller piocher dans la cagnotte prévue pour l'achat des bouteilles, rappela Scorpius. C'est fait spécialement pour.
— Ne t'inquiète pas pour ça. »

Gabriel se sentit un peu mal en se levant et en se faufilant entre les gens alors que les Poufsouffle réalisaient un premier envol d'échauffement avant les vraies sélections. Il allait faire tout l'inverse de ce qu'il venait de promettre à la préfète, et il s'en voulait un peu. Gwen ne voulait que son bien. Cependant, il était trop tard pour reculer. Il jeta un dernier coup d'œil derrière lui avant de descendre les marches, observant les silhouettes qui volaient. Puis, il tourna le dos à tout ça et descendit jusque dans le parc.

oooOOOooo

Assise sur les bancs installés au bord du terrain, Bloom n'observait pourtant pas ses camarades de Poufsouffle s'envoler dans le stade. Son regard s'était porté sur les gradins d'en face, là où elle savait que ses amis s'installaient tout le temps. Une silhouette, qu'elle savait être celle de Gabriel, s'était levée puis s'était déplacée jusqu'à disparaître par l'entrée des escaliers. Bloom eut un petit soupir de soulagement. Gabriel et Eliot étaient parvenus à embrouiller leurs camarades. Elle tourna son attention vers James, qui continuait de fixer ces mêmes gradins d'un air tendu. Bloom fronça les sourcils avant de donner un petit coup de coude à son ami. James cligna des yeux avant de se focaliser sur elle.

« Sois plus naturel, tu vas vraiment finir par attirer l'attention.
— Désolé, marmonna le garçon.
— Tu n'es pas comme ça d'habitude, je ne t'ai jamais vu aussi inquiet, s'enquit la rouquine. De quoi as-tu peur ? On s'est entraîné toute la journée hier, il n'y a eu aucun problème.
— Je sais ça… C'est autre chose… »

Bloom haussa les sourcils, espérant que James allait partager ses troubles. Elle fut déçue quand le jeune Potter secoua la tête, gardant les mots dans sa gorge. Il leva les yeux vers les silhouettes occupées à voler pour éviter son regard, elle le savait. Elle roula des yeux, se reculant sur son banc.

Elle ne capta qu'à ce moment à l'air suspicieux qu'affichait Albus un peu plus loin, assis à côté de Rose. Cela ne dura que quelques secondes, si bien qu'elle se demanda si elle avait bien vu… Non, elle était sûre d'avoir observé les sourcils du petit frère de James froncés avant qu'il ne lève lui aussi les yeux vers le ciel. Espérant de tout cœur que tout ça ne se terminerait pas avec une nouvelle catastrophe, Bloom observa à son tour le spectacle qui prenait place au dessus de sa tête, tâchant malgré tout de se vider la tête pour les essais à venir.

oooOOOooo

Gabriel remonta à pas rapides la douce pente du parc en suivant le sentier, entendant derrière lui la clameur du stade s'éloigner petit à petit. Il ne devait pas perdre de temps, mais il ne fallait pas non plus qu'il paraisse suspect en se mettant à courir. Il y avait toujours une chance que quelqu'un puisse le voir, le suivre même, et il ne souhaitait pas attirer l'attention sur lui plus que nécessaire. Il arriva au niveau des marches de pierre irrégulières qui permettaient de remonter une partie un peu plus raide d'une pente de la vallée dans laquelle l'école était implantée. Gabriel se retourna un instant, observant les silhouettes qui virevoltaient dans les airs. Il avait de la peine à les distinguer clairement maintenant qu'il était si proche du château.

Il détacha son regard du spectacle, se focalisant sur son objectif. Il continua de suivre le sentier jusqu'à l'immense double porte qui donnait sur le hall d'entrée, grande ouverte. Il la traversa et pénétra dans l'immense salle, vide de monde, largement illuminée par les torches et par les rayons du soleil qui passaient à travers les larges fenêtres. C'était une vision rare en plein jour, il y avait toujours du passage ici en temps normal. Ce n'était cependant pas la première fois que Gabriel avait la chance de voir l'entrée du château aussi calme, mais la plupart du temps, cela arrivait de nuit.

Observant à nouveau derrière lui pour vérifier une dernière fois qu'il n'avait pas été suivi, Gabriel s'avança dans le hall, ses pas résonnant avec force. Il sursauta presque en entendant l'écho d'autres pas résonner à leur tour dans l'immense espace de la pièce. Gabriel tourna la tête vers l'escalier, apercevant qu'il n'était pas aussi seul qu'il ne l'avait cru. Il se figea.

La personne en haut des marches de l'escalier avait fait de même. Gabriel maudit sa malchance. Quelles étaient les chances que de tous les résidents de l'école, ce soit lui qu'il croise à ce moment précis. Gabriel serra le poing sur le manche de sa baguette. En face, doucement, le jeune homme se remit en marche, descendant l'escalier pour venir à la rencontre de Gabriel, ses yeux gris affichant un air sévère derrière ses lunettes. Gabriel soutenait le regard avec un air semblable, les dents serrées.

« Qu'est ce que tu fiches ici, Rory ? aboya Gabriel à l'attention de son frère.
— Ce serait plutôt à moi de te poser la question, répondit le Serdaigle. Ce sont les sélections, j'aurais pensé que tu serais allé y assister, encourager tes amis… »

Le silence fut la seule réponse que Gabriel daigna offrir à son frère. Ce dernier arriva au pied de l'escalier et s'arrêta devant Gabriel, le dominant de sa taille. En temps normal, ils faisaient tout pour s'éviter, ne pas en venir à la dispute qui finissait souvent avec les poings.

« Encore en train de préparer un mauvais coup ?
— Ça ne te regarde pas, répondit le Gryffondor. Je pensais que toi aussi tu étais aux sélections.
— Dommage pour toi, ce n'était pas le cas, informa Rory avec un petit tic nerveux. Je devais m'occuper d'un projet de potion assez délicat, ça ne pouvait pas attendre la fin des sélections. Maintenant que j'en ai terminé avec ça, je comptais cependant y aller, en effet.
— Alors je ne te retiens pas. »

Gabriel dépassa son frère, sans lui accorder un autre regard de plus. Il sentait la frustration monter en lui, une certaine inquiétude également. Il commença à grimper les marches, décidé à ne pas perdre plus de temps, espérant que cette rencontre ne lui poserait pas problème. Rory n'en avait pourtant pas fini avec lui.

« C'est comme ça que tu montres l'exemple à ta sœur ? demanda le grand frère d'un ton dur.
— Jenna n'en sait rien. Elle n'a pas à le savoir…
— Quand est-ce que tu vas apprendre ? »

De l'énervement. Gabriel se tourna, surpris, observant son frère secouer la tête, clairement agacé. Cela faisait bien des mois que son frère ne lui avait pas adressé la parole autrement que par phrases courtes, dénuées de tout sentiment. Il planta à nouveau son regard dans ses yeux gris.

« C'est ce comportement qui t'apporte des ennuis Gabriel, continua Rory, la mine inquiète. Je ne sais pas ce que tu fabriques, mais il est clair que tu n'es pas revenu au château à cette heure-ci uniquement pour aller travailler. Je te connais. Grandis un peu… Arrête ton petit jeu avant que cela ne te retombe encore dessus.
— Arrête… arrête ! s'énerva à son tour Gabriel. Tu ne sais rien. »

Il descendit les marches, faisant face à son frère, les dents serrées.

« Tu fais toujours ton monsieur je-sais-tout, mais la vérité, c'est que tu ne sais rien de moi, continua Gabriel en élevant de plus en plus la voix. Tu me reproches toujours tout ce que je fais, sans jamais te poser la question pourquoi ! Tu crois que ça me fait plaisir d'enfreindre toutes ces règles, de poser problème à mes camarades, mes amis ? Bien sûr que non…
— Alors pourquoi n'arrêtes-tu pas simplement tout ça ? demanda Rory. Pourquoi ne te contentes-tu pas simplement de rester tranquille ?
— Parce que je n'ai pas le choix ! éclata Gabriel, criant désormais. Ce n'est pas un jeu pour moi, Rory, ce n'est pas juste pour le plaisir d'enfreindre les règles… J'ai essayé de te le faire comprendre… Tout ce que tu as fait, c'est me désavouer au lieu d'essayer de m'aider aussi.
— Qu'est-ce que tu racontes… Tu délires. Tu t'entends parler ? Tu es ridicule.
— Souviens-toi d'il y a trois ans », lâcha Gabriel, amer.

Il tourna le dos à son frère, fermant les yeux, retenant son désire de le frapper. Gabriel savait que ce n'était pas la solution. Il ne savait même pas pourquoi il lui avait raconté tout ça. Tout ce qu'il venait de dire était bien plus susceptible de lui causer des ennuis que de l'aider. Le garçon maudit sa langue, maudit son impulsivité, alors qu'il grimpait à nouveau les marches, plantant Rory dans le hall. Il s'arrêta pourtant une dernière fois.

« Pour te répondre, je suis chargé d'aller acheter de la Bièraubeurre, dit-il finalement à son frère. On me l'a demandé, pour la fête. Penses-en ce que tu veux. Bonne journée… »

Il ne lança pas un regard à son frère alors qu'il se dirigeait vers les étages supérieurs du château. Il pouvait sentir son regard planté dans son dos. Il s'arrêta au premier étage, quand il fut certain que Rory ne pouvait plus le voir. Gabriel frappa alors le mur du poing, sa frustration ressortant d'un coup. Une douleur parcourut sa main, mais Gabriel n'y avait pas mis assez de force pour se blesser. Il souffla un peu, cherchant à se calmer. Il devait encore terminer ce qu'il avait à faire. Il plongea la main dans sa veste pour en sortir un vieux morceau de parchemin. Il ne fallait surtout pas qu'il fasse une autre mauvaise rencontre. Il la plaça contre le mur, et pointa sa baguette dessus.

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises », murmura-t-il en pointant sa baguette dessus.

Les traits émeraudes apparurent comme toujours, formant peu à peu la carte de l'école. Gabriel restait toujours fasciné par cette magie, peu importe le nombre de fois qu'il la voyait en œuvre. Il observa un moment les alentours, l'itinéraire qu'il allait devoir emprunter. À priori, personne ne se trouvait dans les environs. Même Rory avait quitté le hall d'entrée et se dirigeait en effet vers le stade. Une marrée de points occupait justement l'enclos de ce dernier, noyant les différents noms dans une bouillie illisible. Quelques autres points se trouvaient ça et là dans le château, mais eux ne seraient normalement pas dérangeants, trop lointains. Gabriel soupira, sentant sa colère se calmer petit à petit maintenant qu'il pouvait constater que tout allait à nouveau comme prévu par leur plan. Il ne put s'empêcher de s'attarder un peu plus sur la carte, pour finalement repérer le point annoté du nom « Séléné Winchester » en plein milieu d'un Foyer inhabituellement vide, à quelques couloirs d'ici. Elle n'avait pas menti quand elle disait qu'elle profitait du calme du château. La simple pensée de la jeune fille tranquillement installée dans la pièce, à ressentir la magie de l'école suffisait à lui redonner un peu de baume au cœur. Gabriel relava les yeux et reprit sa route, se dirigeant vers le troisième étage et la statue de la sorcière borgne.

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Malgré tous les soucis qu'il avait en tête, toutes les idées noires que James ne parvenait à réprimer, il devait avouer que le ballet qui prenait place sous ses yeux était tout bonnement fascinant. Après les essais réalisés pour son coéquipier batteur, Jonas Pucey, le capitaine des Poufsouffle, avait décide de commencer par la sélection des attrapeurs. Ariane Stanton, qu'il connaissait très bien pour l'avoir vue jouer depuis quatre ans désormais, était toujours aussi impressionnante, pas de doute. En revanche, le garçon ne s'était pas attendu à voir ce petit bougre de deuxième année — Hélios Connors lui avait-on dit suite à son interrogation — lui tenir tête et offrir un magnifique duel aérien. Même les autres candidats pour le poste s'étaient arrêtés de jouer pour se poser au sol, considérant qu'ils n'étaient pas à niveau et préférant observer également ce spectacle.

Il ne put s'empêcher de pousser une exclamation d'admiration après le magnifique piqué réalisé par les deux joueurs, qui s'étaient arrêtés à quelques dizaines de centimètres du sol seulement, quelque chose que lui-même n'osait pas faire. Leur style de vol était très agressif et c'était quelque chose qu'il ne pouvait qu'apprécier, surtout pour des attrapeurs. Albus, assis un peu plus loin avec les Serdaigle, semblait tout bonnement émerveillé.

Malgré tout, un coin de son esprit ne pouvait se détacher totalement de ce qui se passait en dehors du stade, avec Gabriel. Il se demandait comment cela se passait, s'il allait réussir sans problème à s'envoler au-dessus des toits de l'école. Mais ce n'était pas sa plus grande peur. Il gardait une crainte, évidemment, mais il avait une assez grande confiance en Gabriel, en ses capacités. Non, ce qui lui faisait déjà plus peur, c'était le tempérament de son ami. Il avait peur que tout ça ne serve à rien, que le Choixpeau refuse de leur donner la moindre indication.

Le jeune Potter n'osait imaginer quelle pourrait être la réaction de son meilleur ami. Une flamme d'espoir s'était allumée dans son regard, James en était enchanté, cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus vu Gabriel aussi enjoué, aussi espiègle. C'était presque comme s'ils étaient revenus à cette époque lointaine où tout était plus simple, où tout semblait plus brillant. Que cette flamme disparaisse d'un coup pourrait très bien dévaster son ami, qu'il savait fragile malgré tous les efforts qu'il entreprenait à le cacher. Gabriel ne méritait pas ça.

Au fond aussi, James avait également besoin de ça, même s'il n'osait pas se l'avouer. C'était le seul moyen pour eux d'avancer. L'opération ne devait pas échouer. Plus que tout, c'était cette éventualité qui terrifiait le garçon.

James retint son souffle en même temps que l'ensemble du stade quand un cognard envoyé avec force par Pucey se dirigea droit vers Stanton. L'attrapeuse cependant, loin de ralentir pour esquiver la lourde balle sous peine de se faire distancer par Connors dans la poursuite du vif, roula en dessous de son balai pour laisser filer le cognard au dessus d'elle. La foule d'élèves dans les gradins se fendit en applaudissements, alors que la jeune femme rattrapait à toute vitesse son concurrent.

« Ce n'est pas pour rien que c'est l'adversaire la plus sérieuse d'Albus, dit James en continuant de suivre la course poursuite.
— Elle est totalement givrée oui, répondit Bloom extatique. Une roulade du paresseux à cette vitesse, c'est inconscient ! J'adore cette fille ! »

Bloom avait toujours aimé les joueurs très techniques. Albus s'était aussi déjà beaucoup étendu sur l'attrapeuse des blaireaux, qui lui avait déjà occasionné une cuisante défaite il y a deux ans. James ne serait pas surpris qu'elle puisse devenir joueuse professionnelle.

Finalement, après encore quelques minutes d'une poursuite en haute voltige, Stanton donna un dernier coup d'accélération et chipa le vif d'or sous le nez de Connors d'une passe de Plumpton parfaitement exécutée [1]. Le stade éclata en un rugissement accompagné d'applaudissements, auxquels James se joignit. Les deux attrapeurs descendirent tranquillement, se serrant la main. S'il n'avait pas réussi à surpasser l'attrapeuse en titre, Connors avait gagné sa place en tant que remplaçant, et il la méritait. Ils laissèrent la place aux Serpentard. James se mit malgré tout à sourire : au moins, ce spectacle avait permis d'éloigner les soucis qu'il avait en tête, même si ce n'était que de façon temporaire.

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« Dissendium », murmura-t-il.

La statue de la sorcière borgne, dans une sorte de ronflement doux causé par le mouvement de la pierre, se décala lentement, révélant l'entrée d'un des passages secrets permettant de quitter l'école. Malgré son habitude, Gabriel ne pouvait s'empêcher d'observer ce spectacle avec une certaine satisfaction. Il leva sa baguette au-dessus de la tête, l'illuminant, alors qu'il pénétrait dans le passage, sans la moindre hésitation. Il arriva finalement dans la galerie étroite, qu'il connaissait parfaitement.

Gabriel n'était cependant pas là pour aller à Pré-au-Lard. Il se pencha vers sa gauche, tâtonnant dans le vide. Après quelque secondes, sa main se referma enfin sur quelque chose. Il se mit à sourire. Le garçon tira la cape, révélant l'Eclair de Feu IX que lui avait offert James. Gabriel eut un sourire crispé en observant le balai, son esprit un instant traversé par l'idée de tout abandonner ici. Il secoua finalement la tête et se saisit du manche de l'engin, avant de se recouvrir de la cape et quitter le passage secret. Ils avaient décidé d'entreposer tout cela ici au cas où, afin de vraiment donner l'idée que Gabriel allait à Pré-au-Lard. Bien entendu, le garçon savait grâce à la carte qu'il n'était pas suivi, mais on n'était jamais trop prudent. C'était également plus rapide que de retourner dans la salle commune.

La descente de l'escalier de marbre se fit bien plus lentement que la montée. Gabriel faisait attention à ne pas faire de bruit tout en veillant à ce que la cape le recouvre bien tout entier, lui et le balai. Il était forcé d'avancer marche après marche. Gabriel priait que l'escalier ne se mette pas en mouvement, ce qui pourrait se révéler problématique. Poudlard semblait cependant être de son côté en ce jour – le château était assez clément avec lui en règle générale, avait déjà remarqué Gabriel. Il arriva finalement au pied de l'escalier, dans le hall d'entrée de l'école, puis enfin sur les marches qui menaient au parc. Face à lui, à travers l'étoffe fine de la cape, il pouvait voir le stade au loin, en contrebas. Il ne savait pas quelle maison était en train de passer, mais aux mouvements des joueurs, minuscules, les essais concernaient cette fois les poursuiveurs et les gardiens.

Il secoua la tête. Non, ce n'était pas le moment de se distraire, il n'avait pas le temps. Il détacha son regard de ce spectacle et descendit les quelques marches pour arriver dans l'herbe et longer le mur du château. Gabriel faisait attention à ne pas aplatir trop l'herbe, ce qui l'obligeait encore une fois à marcher lentement. Il arriva finalement à l'ombre d'un bosquet d'arbres, à l'abri de tout regard depuis le sentier.

« On y est donc », murmura Gabriel en enlevant un instant la cape.

Le garçon était en sueur et son cœur bâtait la chamade. Son souffle aussi était plus intense, plus bruyant. Gabriel leva les yeux vers le ciel, observant les hautes tours qui semblaient comme percer le ciel couvert de nuages. Il ne pouvait cependant pas voir celle qui accueillait le bureau d'Harvey d'ici. Il déglutit un peu difficilement, de plus en plus mal à l'aise.

« Je ne dois pas reculer… »

Difficile de se convaincre. Gabriel devait avouer être effrayé. Cependant, il enfourcha malgré tout le balai, serrant les mains sur le manche. Il ajusta la cape, l'attachant autour de son cou, l'abattant également sur sa tête comme une capuche. Gabriel ne pouvait pas la tenir en volant, il avait besoin de ses deux mains pour se diriger. Il ferma les yeux, inspirant et expirant, se calmant intérieurement. Puis, après une bonne minute, Gabriel tapa du pied sur le sol et décolla.

Le vent commença à balayer son visage, faisant doucement flotter la cape qui ne le recouvrait plus que partiellement. Gabriel baissa les yeux, observant le sol s'éloigner petit à petit, alors qu'il dépassait la cime des arbres. Le balai réagissait docilement à sa volonté, montant à vitesse constante et douce. Il poussa un soupir de soulagement.

« Allons, ce n'était pas grand-chose », dit-il.

Il monta encore, veillant à faire en sorte de tourner le plus possible le dos au parc, et donc au stade de Quidditch. Le vent devenait de plus en plus fort, assez pour pouvoir le faire dévier de sa trajectoire s'il n'était pas prudent, mais Gabriel tenait fermement le manche du balai, déterminé à ne pas se décourager. Il était concentré sur le sommet du mur de pierre et le début du toit, son premier objectif avant de devoir virevolter entre les tours. Il était si concentré qu'il ne remarqua pas la forme qui arriva rapidement sur sa gauche et le percuta en plein tête.

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Eliot ne put s'empêcher de lancer un coup d'œil inquiet vers le château à sa gauche, au loin. À cette heure-ci, il y avait de fortes chances que Gabriel soit dans les airs, en direction de la fenêtre du bureau du directeur. Il reporta vite son attention sur les participants qui virevoltaient devant lui, les poursuiveurs de Serpentard désormais. Il espérait que personne ne détecterait son trouble, son inquiétude. Peine perdue.

« Tu n'arrêtes pas de bouger sur place Eliot, remarqua Scorpius. Tu es sûr que ça va ?
— Bien sûr, pourquoi tu me poses cette question ? »

Il tourna son regard vers le blond qui avait les sourcils froncés, l'œil suspicieux. Eliot s'efforça d'afficher un visage souriant, le plus innocent possible, maudissant la perspicacité du jeune Malefoy.

« Tu n'arrêtes pas de regarder vers le château… C'est Gabriel qui t'inquiète ?
— Un peu… La dernière fois qu'il est allé seul à Pré-au-Lard, certes avec James, l'école a fini sens dessus dessous, dit Eliot en essayant de se dépêtrer. C'est idiot, mais j'espère vraiment que ça ne va pas se reproduire.
— Hum… »

Il n'était pas convaincu, ça, Eliot pouvait le dire. Malgré tout, il n'insista pas et reporta son attention sur les essais, surtout qu'on en arrivait aux gardiens, le poste que convoitait Lily, la sœur de James. Eliot soupira discrètement, sentant une goutte de sueur couler le long de son dos. Il espérait de tout cœur que Gabriel se débrouillait bien, car il ne voulait surtout pas qu'ils aient fait tout ça pour rien. Non, plus que ça, Eliot redoutait encore plus d'avoir à intervenir et mettre son plan de distraction à exécution. James et Bloom le détesteraient pour ça.

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Le vide. Gabriel ne pouvait voir rien que le vide sous lui, effrayant. Sa respiration était saccadée, ses yeux écarquillés. Sa joue était douloureuse également. Le choc était cependant passé et Gabriel ne savait pas comment il avait fait pour ne pas lâcher le manche de l'Eclair de Feu.

Le garçon ne tenait son balai plus que par sa main droite, toujours un peu douloureuse après le coup qu'il avait donné contre le mur, et sa jambe droite, miraculeusement encore accrochée au marche pied. Rassemblant ses forces, il tira sur ses membres, pour finalement à nouveau enfourcher le balai.

« Bon sang… Ce n'est pas passé loin. »

Reprenant peu à peu son souffle, tremblant également, Gabriel observa au sol la minuscule silhouette de ce qui l'avait percuté. Un hibou gisait au sol, mal en point, des plumes éparpillées tout autour de lui. Gabriel n'arrivait cependant pas à être désolé pour le volatile. Après tout, il avait failli y passer lui aussi. Il se frotta la joue, espérant ne pas avoir de bleu. Comment allait-il pouvoir expliquer ça si c'était le cas ? Au moins il ne saignait pas. Tout en observant la vallée, Gabriel ajusta la cape d'invisibilité pour replacer la capuche sur sa tête, espérant que personne ne l'avait vu pendant cet instant de détresse.

Finalement, après une inspiration, malgré sa peur renouvelée, Gabriel recommença son ascension. Il dépassa finalement le sommet du mur extérieur de l'école, arrivant à la vision des étages les plus élevés, des toits et des tours. Gabriel ne put s'empêcher de s'arrêter un instant, saisi par ce paysage. Il se sentait privilégié de pouvoir observer le château sous cet angle. Mais il ne devait pas traîner plus que ça. Repérant la tour qui l'intéressait, Gabriel se remit en mouvement, faisant attention à ne pas se faire surprendre à nouveau. Dans un glissement lent, il s'éleva entre les hautes tours de l'école, réalisant une courbe autour de la plus haute, la tour nord, ressentant pour la première fois depuis le début de l'ascension une sorte d'apaisement.

Maintenant qu'il était lancé, il se sentait bien. L'excitation commençait à prendre le dessus sur le reste. Il en arrivait même presque à comprendre le goût de James pour le vol. Une fois dans les airs, il pouvait ressentir une sensation de liberté rare et enivrante. Seulement, un seul coup d'œil vers le sol lui rappelait pourquoi il ne se sentait bien que les deux pieds posés sur la terre ferme.

Gabriel arriva finalement au niveau de la tour abritant les quartiers du directeur puis finalement, jusqu'aux grandes fenêtres de son bureau. Gabriel fit ralentir le balai, passant en vol stationnaire devant la fenêtre qui ne faisait pas face au stade. L'intérieur du bureau d'Harvey transparaissait à travers les vitres, laissant admirer quelques uns des nombreux portraits des directeurs et directrices de Poudlard accrochés aux murs. Gabriel ne l'avait jamais vu sous cet angle. C'était étrange.

Il vérifia une dernière fois que le balai était bien stable – « Tout est dans les cuisses Gabriel ! » entendait-il Bloom lui répéter dans son esprit – avant de lâcher les mains du manche. Gabriel récupéra sa baguette de l'intérieur de sa veste, soulagé qu'elle ne soit pas tombée pendant son acrobatie précédente. En évitant tout geste brusque, le garçon se tourna vers la fenêtre et pointa la baguette sur elle.

« Alohomora. »

Aucun son ne lui répondit, aucune sensation de déclic non plus. Un moment interloqué, Gabriel réitéra le sort, de façon un peu plus ferme. Ce ne fut guère plus probant. Le garçon fronça les sourcils, bien que dans le même temps un sourire prenait place sur ses lèvres.

« Harvey protège donc également ses fenêtres contre les intrusions, murmura-t-il. Intéressant… »

Changeant de tactique, Gabriel commença à pivoter son poignet en agitant l'extrémité de sa baguette, récitant une autre formule, réservée en temps normal à leurs recherches nocturnes. Cette fois-ci, la réaction ne se fit pas attendre. Les yeux du garçon s'écarquillèrent de surprise, tandis qu'une pointe d'inquiétude commençait à naître dans son esprit. L'armature de la fenêtre s'était enveloppée d'une vive lumière.

« Autant que ça ? pesta-t-il. Mince, ce n'était pas prévu… »

Avec ses amis, ils avaient imaginé bien entendu qu'il y puisse y avoir une protection minime, même s'ils avaient estimé les chances assez faibles. Constater que la protection était non seulement présente mais également bien plus importante que prévue venait de prendre Gabriel au dépourvu. Se redressant sur son balai, Gabriel porta sa main droite au menton, en pleine réflexion. Harvey était du type bien plus prudent qu'ils ne l'avaient imaginé. Gabriel était obligé de reconnaître qu'il avait sous-estimé le directeur, il doutait pouvoir déjouer toutes ces protections en assez peu de temps pour être de retour avant la fin des sélections.

Ce n'était pas pour autant le moment de céder à la panique, se rappela Gabriel. Aucune défense n'était impénétrable, il fallait simplement réussir à trouver la faille. La question restait ben entendu de savoir s'il était capable d'exploiter cette éventuelle faille, Harvey restait après tout un sorcier bien plus puissant qu'il ne pourrait espérer l'être avant un moment. Non, il devait changer l'angle d'attaque, sa façon de penser. Il y avait forcément quelque chose que le directeur avait négligé. Comment donc ses amis réagiraient-ils face à ce problème ?

Après quelques minutes à se torturer l'esprit, une idée pointa finalement. Déglutissant un peu, une incertitude dans le regard, Gabriel réitéra son sort de détection, observant le résultat plus en détail. La fenêtre brilla à nouveau de la même lueur vive. La réaction du garçon fut cependant bien différente. Un sourire victorieux prit place sur son visage. Le garçon passa sa baguette dans sa main droite, qui la tint de façon maladroite. Il la pointa ensuite sur son bras gauche et dit :

« Lapipellem. »

Remerciant Bloom et ses bouquins de métamorphose humaine, Gabriel observa avec satisfaction la peau de son avant-bras changer d'aspect, comme recouverte d'une couche de pierre. Il le bougea, sentant la raideur de ses mouvements. C'était loin de ce que son amie aurait pu faire, mais ce serait suffisant, jugea-t-il. Il observa la fenêtre un instant, avant de reculer son bras. D'un coup, net et précis, il donna un puissant coup de poing contre l'un des carreaux de la fenêtre, qui vola en éclat sous le choc du poing durci.

« Les sorciers oublient toujours de se protéger contre les méthodes moldues », soupira Gabriel.

Il ne s'en plaignait pas dans le cas présent cependant. Après avoir annulé sa métamorphose, Gabriel passa la main à travers le carreau brisé, faisant attention à ne pas se couper. Avec un peu de contorsion, il arriva finalement à tourner la poignée et déverrouiller la fenêtre, qu'il put enfin ouvrir en grand.

Gabriel inspira profondément, sentant les battements de son cœur s'accélérer de nouveau. Le bureau d'Harvey lui était pleinement ouvert, il n'attendait que lui. Le garçon ne devait pas perdre de temps, il en avait déjà bien assez sacrifié ainsi. Avec l'habituel mélange de culpabilité et d'excitation lié à la transgression des interdits, Gabriel passa la première jambe à travers l'ouverture de la fenêtre et pénétra dans l'antre du directeur.

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Bloom était debout, applaudissant à tout rompre avec le reste du stade. Elle fixait Albus qui amorçait sa descente tout en continuant à faire le tour du stade, montrant le vif d'or à l'ensemble du stade. Comme à son habitude, le petit frère de James avait écrasé la concurrence chez les Serdaigle. Albus était l'un des meilleurs joueurs de l'école, largement plus doué que James selon Bloom.

Alors que celui qui retrouvait à nouveau son poste d'attrapeur se posait, Bloom tourna la tête vers James. La rouquine retrouva aussitôt une certaine forme d'inquiétude pour son ami. James était, comme tout le monde, occupé à applaudir la performance, évidemment. Son regard en revanche était perdu dans le vide, son visage ne reflétant pas la moindre expression. Captant un peu plus loin les sourcils froncés de Rose, qui fixait James, Bloom se sentit obligée de lui donner un coup de coude dans les côtes. James poussa une exclamation de douleur.

« Ça fait mal, se plaignit-il en se massant. Tu as fait exprès de viser pile entre les protections.
— Je te l'ai déjà dit, tu dois te concentrer sur le match, répondit Bloom à voix basse. Rose a remarqué ton attitude, ce n'est pas bon du tout. »

James fronça les sourcils et tourna aussitôt la tête vers sa cousine. Rose eut beau détourner aussitôt le regard, James capta sans mal l'intérêt qu'elle lui avait porté jusque là. Il grimaça un peu.

« Je suis désolé, murmura-t-il avec une mine d'excuse. C'est juste… C'est juste que je n'arrive pas à me concentrer sur le Quidditch. Je sais bien que je n'ai pas de raisons de m'inquiéter, mais je n'arrive pas à m'ôter de l'esprit que Gabriel est en train de risquer sa scolarité, voire sa vie, en ce moment même.
— Arrête d'imaginer le pire, tenta de le rassurer Bloom. Gabriel lui-même te l'a dit, tu dois te concentrer sur les sélections. Ce n'est pas en te faisant un sang d'encre que tu vas lui rendre service, tu sais ? »

James leva les bras au ciel, secouant la tête. Cela ne rassura pas du tout Bloom, qui sentait au contraire sa propre inquiétude monter en elle. Elle inspira aussitôt une grande bouffée d'air, éloignant aussi sec les idées noires qui commençaient à poindre dans son esprit. Décidément, c'était contagieux. Il ne fallait pas qu'elle aussi cède à la panique.

Elle leva donc à nouveau les yeux vers les essais, observant les poursuiveurs des Serdaigle réaliser leurs essais. Après eux, ce serait enfin aux Gryffondor d'entrer en lice. Il ne leur restait plus beaucoup de temps. Cela faisait maintenant plus d'une heure que les sélections avaient lieu, plus d'une heure que l'opération d'infiltration était lancée. Plus le temps passait, moins James avait été capable de se calmer. Bloom avait tout fait pour essayer de le faire, sans le moindre succès. Si elle ne parvenait pas à faire cela, au moins devait-elle garder la tête froide elle-même. C'était peut-être égoïste, mais la jeune fille ne souhaitait pas sacrifier sa place dans l'équipe. Elle avait confiance en Gabriel également. Regarder les actions de ses camarades bleu et bronze était la meilleure façon de se concentrer sur ce qu'elle devait vraiment faire. Bloom poussa une véritable exclamation en observant son équivalent de Serdaigle nouvellement sélectionné – Owen Locherin – réaliser un superbe revers de cognard. Le niveau des joueurs cette année était particulièrement élevé, et cela lui faisait plaisir. Suffisamment pour qu'elle en oublie tout inquiétude.

Elle fut presque prise par surprise quand finalement, tous les postulants pour le poste de poursuiveur à Serdaigle amorcèrent leur atterrissage. La silhouette de Damon Ulrich, leur capitaine, fut la seule qui allait à contre-courant, remontant vers le centre du terrain, retrouver Mr Busard. Les acclamations commençaient déjà à s'élever dans les gradins occupés majoritairement par les Gryffondor, prêts à découvrir les joueurs qui allaient peut-être les représenter pour l'année à venir. Détournant son regard de ce spectacle, Bloom porta à nouveau son attention sur James. Le garçon semblait subitement mal à l'aise, elle pouvait le dire sans mal. Il replaça machinalement ses lunettes sur son nez alors qu'il n'y en avait nul besoin.

« Si tu dois réussir à te calmer, c'est maintenant ou jamais…
— Je sais », s'agaça James.

La frustration pouvait se lire dans ses yeux, alors qu'il attrapait son balai, d'un geste plus brusque que d'habitude. Soupirant devant le comportement de son ami, Bloom fit cependant de même et pris son balai sous son bras, attrapant sa batte de sa main droite. Ils attendirent quelques minutes, le temps que Busard et Damon annoncent le programme pour les lions. Ils commenceraient avec les batteurs, pour continuer avec les poursuiveurs, suivis des gardiens, et termineraient avec les attrapeurs. Finalement, la voix de leur capitaine résonna dans l'enceinte du stade, invitant tous les candidats de Gryffondor à s'avancer.

Tout en prenant place pour cet exercice de vol préliminaire, une simple formalité pour elle, Bloom leva les yeux vers les gradins, là où se trouvait Eliot. Telles que les choses tournaient, elle craignait que le jeune Dubois ne soit obligé d'intervenir.

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Il y avait quelque chose qui clochait. Eliot pouvait le dire simplement en observant le vol préliminaire. James ne se mouvait pas avec la fougue et l'entrain qui le caractérisaient habituellement, son jeu était beaucoup plus fade, moins éclatant. Sa façon de voler, même, était quelconque, réalisa-t-il avec une certaine surprise, mêlée à de l'inquiétude. Là où Bloom jouait à son niveau habituel, tout en vitesse et en coudes, le vol de James n'était pas du tout celui qu'il avait en temps normal.

La plupart de ses camarades ne semblaient cependant pas avoir remarqué cela, leur entrain était intact, les drapeaux du lion flottaient toujours, les encouragements des cinquièmes années pour leurs deux amis étaient également empreints de leur habituelle frénésie joyeuse. Il n'était cependant pas dupe, s'il avait pu constater cela, il était évident pour Eliot qu'il n'était pas le seul. Un œil aussi passionné que celui de Keepood, s'il ne l'avait pas encore remarqué, le ferait bien assez tôt. Scorpius aussi était dans ce cas. Un coup d'œil en coin lui appris qu'effectivement, le jeune Malefoy avait les sourcils froncés, les yeux rivés sur les silhouettes qui virevoltaient sur le terrain. Eliot n'aimait pas ça. Du tout.

« On va enfin pouvoir constater si tes pronostics sont bons Eliot, sourit Rigel en se retournant vers lui. Tu disais donc que tu voyais bien Dennis compléter Bloom, c'est ça ?
— Oh… oui, confirma le garçon. Je crois l'avoir vu passer pendant le vol, il m'a l'air plutôt en forme, donc je maintiens mon avis. »

Eliot avait failli être pris au dépourvu. Perdu dans ses pensées, il lui avait fallu quelques instants pour comprendre la question qu'on lui posait. Sans même essayer de le regarder à nouveau, à sa gauche, Eliot pouvait sentir le regard de Scorpius braqué sur lui. Il ne laissa rien paraître et se contenta de lever ses multiplettes et de les braquer vers le terrain où les aspirant-batteurs s'alignaient. Il était drôle de constater que, même après toutes ces années Bloom, était toujours le plus petit gabarit du lot. Elle était pourtant bel et bien la seule batteuse titulaire restante, preuve s'il en était qu'être une montagne de muscles n'était pas une obligation pour jouer ce poste.

« Je me demande si Bloom va nous montrer de nouvelles techniques, dit Gwen, assise derrière lui. Je me souviens qu'elle se plaignait de ne plus réussir à faire certaines frappes de cognard l'année dernière.
— D'après ce qu'elle nous a dit, elle a travaillé sur ça durant l'été, répondit Eliot en enlevant un instant ses yeux des jumelles magiques. De toute façon, si ça continue, tout le travail sera à refaire en janvier prochain.
— C'est vrai qu'elle a pas mal pris en poitrine depuis le début de la quatrième année… » marmonna Anastasia, avec ce qui ressemblait à de la jalousie.

Eliot ne put s'empêcher de rire à cette remarque, ce qui lui valut un coup sur la tête de la part de la jolie blonde. Toujours avec un large sourire aux lèvres, Eliot regarda à nouveau à travers les multiplettes, alors que les premiers candidats s'envolaient. Les cognards furent lâchés et l'épreuve commença.

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Bloom pouvait sentir sa queue de cheval virevolter derrière elle alors que le vent fouettait doucement son visage. Après avoir observé quelques uns de ses camarades concourir pour son poste, cela avait enfin été son tour de s'élancer, accompagnée de trois autres candidats. La rouquine s'était vite élevée assez haut dans le ciel, pour pouvoir observer un peu la situation.

Les poursuiveurs de l'année précédente encore présents à Poudlard avaient repris leur poste pour cet exercice. James était parmi eux, avec Damon et les remplaçants, s'occupant à faire des passes et réaliser une sorte de match d'entraînement. Pour compléter les absences, Damon avait également fait appel à Rose, la gardienne titulaire, puisqu'on n'avait pas besoin d'elle autour des poteaux de but. Bloom les connaissait tous bien, cela lui facilitait grandement la tâche, il fallait le reconnaître. Elle devait présentement protéger l'équipe de James, Damon et Rose.

Elle n'oubliait pas cependant qu'elle n'était pas la seule en lice. Steven Dennis avait déjà pris les devants et s'était efforcé de frapper d'un coup de batte virulent dans un cognard, qui fonça droit sur James. Même s'il était en petite forme, Bloom fut soulagée de voir son ami éviter la balle, certes avec moins d'adresse que d'habitude. Décidant qu'il était temps d'intervenir, la jeune fille pencha le manche de son balai vers l'avant et plongea dans la mêlée, batte en arrière, prête à partir le cas échéant. Elle fit signe à son compagnon, un troisième année du nom de Drebins, d'aller se placer derrière les lignes adverses. Bloom savait parfaitement ce qu'elle avait à faire.

« Plonge à droite cap'taine ! » hurla la jeune fille à l'adresse de Damon.

Le jeune homme s'exécuta sans sourciller, l'habitude parlant. Cela laissa le champ libre à Bloom pour intercepter un cognard. Dans sa descente, Bloom avait pu analyser la formation d'attaque de Cerys Ernst et Samuel Griggs, assez classique mais efficace. Elle orienta le coup de sa batte pile sur leur trajectoire, et le cognard fila droit au but. L'esquive de Griggs fut aisée, sans même briser la formation. Bloom cependant garda son sourire.

Drebins avait parfaitement suivi ses indications et se trouvait à la réception. D'un coup sec qui raisonna dans l'enceinte du stade, le cognard repartit en direction des deux attaquants. Ernst alerta d'un cri son camarade, qui tourna la tête derrière lui. Dans un mouvement de panique, Griggs se trouva obligé de changer son cap dans une vrille incontrôlée, qui le força à lâcher le souaffle. Rose récupéra la balle perdue et fonça vers les buts adverses.

Bloom cependant était inquiète, elle ne voyait pas le deuxième cognard. Plissant les yeux derrière ses lunettes de protections, elle scruta le terrain quelques secondes, volant à nouveau au dessus de la mêlée. Son cœur fit un bond quand elle trouva enfin la balle. Dennis l'avait devancée et armait déjà son bras, son regard visant clairement James, trop occupé à marquer Astrée Carter de près. Bloom était bien trop loin pour espérer l'intercepter avant qu'il ne touche le poursuiveur. Son action contournant sa pensée, Bloom donna pourtant toute la puissance de son Comète 360, jaillissant comme une fusée vers son ami, les dents serrées.

« Attention James ! » hurla-t-elle à plein poumons.

Le garçon ne sembla pas l'entendre à cause du vent, sûrement aussi car il n'était pas pleinement dans le match. Le coup de Dennis partit sèchement, précis et puissant. James ne le sentait pas venir, Bloom pouvait le voir d'ici. Elle se coucha un peu plus sur son manche dans l'espoir de grappiller un peu plus de vitesse, le vent sifflant à ses oreilles. Plus par instinct que par réel plan construit, une seule solution apparaissait comme possible dans l'esprit de Bloom, une idée un peu folle. Maintenant la pleine puissance de son balai, elle fonça sur James.

« Désolée ! » hurla-t-elle.

Cette fois-ci, son ami sembla entendre. Il tourna la tête, la mine surprise. Bloom put observer le visage de James passer de l'interrogation à la pure incompréhension, mêlée à un brin de peur. Le cognard fonçait droit sur lui, trop proche pour qu'il puisse l'esquiver. Bloom également. James poussa un cri, mettant son bras devant sa tête par réflexe.

La rouquine percuta James de plein fouet, le déviant en catastrophe avec son corps de la route du cognard avec une certaine violence. Les deux joueurs perdirent un instant le contrôle de leurs balais, qui effectuèrent des soubresauts, partant chacun d'un côté. Le cognard passa entre eux, frôlant la tête de la rouquine. Bloom était sonnée et sentait son épaule endolorie par le choc. Cependant, elle tâcha de se reprendre bien vite et malgré sa vision un peu tourbillonnante, elle redressa son balai. Elle pouvait entendre les exclamations qui provenaient des gradins, surpris par cette action, assez violente il fallait l'admettre. Bloom tourna aussitôt la tête vers James, inquiète pour son ami. Il lui apparut que le garçon avait également redressé son balai, et semblait indemne, lui-même ayant tourné son regard vers elle. Il se frottait le bras, là où Bloom l'avait percuté, mais semblait indemne.

Rassurée, Bloom ne perdit pas un instant de plus et plongea dans une courbe brusque à la poursuite du cognard, levant à nouveau sa batte, ignorant la douleur perçante de son autre épaule. Dennis était peut-être très doué, mais elle pouvait le contrer avec son audace. Tout en envoyant le coupable de cette action imprudente vers les autres joueurs, Bloom sentit une certaine fierté poindre en elle : ce coup là, les batteurs des Chauves-souris ne l'auraient sûrement pas renié.

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La sélection des batteurs de Gryffondor avait laissé place à celle des poursuiveurs. Eliot avait été tout aussi impressionné, un peu effrayé même, par l'action tout à fait téméraire de Bloom. Il reconnaissait évidemment le jeu brutal de son amie, dangereux par certains points même. Il ne pouvait cependant nier son efficacité, personne ne le pouvait. Sans surprise, la rousse avait été reconduite à son poste, accompagnée, comme pronostiqué plus tôt, par Dennis. Oh, cela n'avait pas empêché Mrs Faucett de faire part de sa mauvaise humeur quand elle avait dû traiter son épaule froissée et fragilisée. Bloom y était habituée.

Eliot était cependant de plus en plus tendu. Maintenant qu'on en était aux essais des poursuiveurs, tout le monde se focalisait sur leur jeu, dont celui de James. Le garçon était à nouveau en train de voler, et le moins qu'Eliot pouvait dire c'est qu'il ne réalisait pas une bonne performance.

James perdait des balles faciles à conserver, loupait certains tirs et manquait d'attention sur son entourage. Ses camarades de Gryffondor étaient tous surpris, dubitatifs même, se jetant des regards entre eux. Eliot avait prié que ce qu'il avait observé lors du vol préliminaire n'avait été qu'une fausse impression, mais il était désormais clair pour lui que James avait la tête ailleurs et n'arrivait pas à se concentrer sur les essais. Il savait très bien ce qui se passait dans l'esprit de son ami. La panique avait pris le pas sur la concentration, James s'inquiétait du succès de leur opération. Il avait du mal à expliquer la réaction de son ami, lui qui était pourtant si habile en temps normal. Peut-être était-ce le traumatisme du jour de sélection d'il y avait trois ans qui remontait ?

Assis dans les gradins, à devoir répondre aux interrogations de ses camarades avec une mine d'étonnement, Eliot se sentait impuissant, de plus en plus inquiet également. Sans oser lui jeter un regard, il savait que Scorpius n'avait plus de suspicion maintenant, qu'il avait compris que quelque chose se tramait. Et il n'était pas le seul.

Alors que James se prenait un cognard pourtant arrivé de loin et à vitesse modérée, Eliot braqua ses multiplettes sur les gradins des professeurs, la boule au ventre. Keepood et Harvey avaient le visage fermé, les sourcils froncés. Ils chuchotaient entre eux.

« Il en met du temps à revenir Gabriel, quand même, commenta Scorpius d'une voix forte. Il ne faut pas autant de temps pour aller à Pré-au-Lard.
— Il doit faire plusieurs trajets pour ramener toutes les bouteilles, baratina Eliot en sortant l'excuse préparée en amont, toujours de plus en plus mal à l'aise. C'est normal que ça prenne du temps, n'oublie pas qu'on ne peut pas utiliser la magie en dehors de l'école.
— Ce serait bien qu'il arrive vite, dit Gwen. J'ai de plus en plus l'impression que James est troublé par son absence. »

Eliot ne put retenir sa bouche de former une légère grimace, qu'il rattrapa aussitôt. Pourquoi fallait-il que James soit en train de tout faire cafouiller ainsi ? Il avait bien entendu remarqué les coups d'œil réguliers que son ami portait à leur tribune, dès qu'il passait devant. Ce n'était pas discret, pas le moins du monde. Octave, Rigel et Léo étaient en pleine discussion, inquiets. Les filles se demandaient même si James allaient garder son poste. Scorpius enfin se faisait de plus en plus pressant, désireux d'obtenir le fin mot de cette histoire.

Ne trouvant aucune issue, sentant même la panique le prendre à son tour peu à peu, Eliot reporta ses multiplettes vers Harvey en profitant du passage des poursuiveurs dans les environs. Il sentit son cœur manquer un battement. Harvey et Keepood s'étaient levés dans la tribune des professeurs. Ils avaient compris que quelque chose se tramait, il n'y avait pas d'autre explication…

Ses bras semblèrent comme d'un seul coup dépourvus de force et retombèrent sur ses genoux. Son regard s'était figé également. Eliot sentait son souffle devenir plus difficile à prendre, comme s'il manquait d'oxygène. Il se reprit, espérant que ses camarades mettraient son attitude sur le compte de la performance de James. Maudissant leur chance, maudissant son ami, maudissant tout le monde même, Eliot serra les poings, se détestant par avance pour ce qu'il allait faire.

Il n'avait pas eu beaucoup de temps pour imaginer un plan suffisamment discret et efficace pour retenir Harvey sans se mettre en danger. Sans mettre trop en danger les autres élèves également, ajouta-t-il mentalement, de plus en plus mal à l'aise. Réaliser des explosions à distance n'était pas si compliqué que ça quand on maîtrisait les potions et les runes. Eliot cependant s'était refusé de telles extrémités, qui risquaient non pas de le faire expulser de l'école mais bien de paraître devant la justice magique. Il s'était torturé l'esprit avant qu'une histoire ne lui revienne en tête, une simple anecdote que lui avait un jour raconté son père, celle d'un cognard fou poursuivant un seul et unique joueur.

Eliot détestait cette idée. Il s'était déjà pris des coups de cognards, assez pour savoir à quel point cela pouvait être douloureux. Il répugnait l'idée de forcer un joueur à se faire poursuivre et pilonner par l'une de ces balles de torture. Il s'agissait cependant de l'idée la moins dangereuse pour le plus grand monde, suffisamment simple pour être mise en place par ailleurs. Eliot ne pouvait cependant pas cibler un joueur au hasard, et il avait imaginé cibler James – assez ironique quand on savait que la victime de l'histoire que lui avait racontée son père n'était autre qu'Harry Potter. Bloom saurait le protéger, il le savait… Mais il n'avait pas prévu l'état de James, et craignait maintenant d'exécuter son plan.

Pourtant, il n'avait pas le choix. Eliot n'aimait pas cette idée mais s'était résigné à le faire, même s'il devait mettre l'un de ses amis en danger. Il avait longuement pesé le pour et le contre des quelques solutions qu'il avait réussi à imaginer, jaugeant leur efficacité à forcer Harvey à rester dans l'enceinte du stade et le danger qu'elles représentaient. La logique froide et implacable était formelle. Eliot plongea la main dans la large poche de sa robe où se trouvait sa baguette, mal à l'aise mais décidé. L'un des deux cognards était déjà ensorcelé, il s'était infiltré dans le bureau de Busard pour réaliser le maléfice de confusion la veille. Il avait simplement utilisé un sort de retardement, pour pouvoir le déclencher quand il en avait besoin.

Alors qu'il allait lancer le sort, un mouvement d'excitation prit place autour de lui. Eliot fut un instant interloqué, sans comprendre. Il tourna la tête, inquiet qu'on puisse se rendre compte de ce qu'il allait faire. Il en oublia toute idée de continuer son sort. Ses camarades de cinquième année s'étaient levés à l'arrivée de Gabriel, qui affichait un large sourire aux lèvres malgré sa joue un peu rouge.

« Wow, pourquoi toute cette excitation ? s'amusa-t-il.
— Qu'est-ce que tu fichais, pourquoi tu as pris autant de temps ? s'énerva presque Marta.
— Désolé, s'excusa Gabriel. J'ai eu du mal à tout ramener, j'ai donc demandé à Séléné de m'aider un peu. D'où mon retard.
— Roh, mais on s'en fiche ! s'exclama Anastasia. James a des problèmes, Gabriel ! Je crois qu'il est perturbé par ton absence !
— On ne sait pas ce qui se passe, il vole vraiment mal aujourd'hui, dit Octave avec inquiétude. Si ça continue, il risque de ne pas être pris dans l'équipe. Je ne sais pas, fais quelque chose, montre-toi ! »

Eliot poussa un soupir de soulagement alors que Gabriel reculait devant ces assauts, de surprise. Reprenant contenance, le garçon grimpa alors debout sur le banc, criant de toutes se forces pour encourager James, invitant également les autres à le rejoindre. Eliot ne regarda même pas si cela fonctionna. Il jubilait intérieurement, heureux de ne pas avoir eu à recourir à son plan de secours. Ils avaient réussi.

oooOOOooo

James se rendait bien compte qu'il n'arrivait à rien. Il avait beau essayer, rien n'y faisait, il n'arrivait pas à se focaliser sur le match. Son esprit s'amusait à imaginer les pires scénarios possibles, sans lui laisser de répit. Gabriel allait se faire renvoyer et lui n'entrerait pas dans l'équipe de Quidditch. Il se rendait bien compte que tout cela n'était bien entendu que le produit de la panique. Mais rien n'y faisait, il avait totalement perdu en concentration.

Il attrapa le souaffle que lui envoyait Damon, sortant de ses pensées. Il avait failli se faire surprendre, encore. James reporta son regard sur le terrain, commençant à se diriger vers les anneaux adverses. Il n'arrivait pas à déchiffrer le jeu. Il repéra Rose, à plus basse altitude que lui, faisant un appel. Préférant éviter une erreur, James lui envoya la balle, avant de se replacer sur son aile, non loin des gradins des Gryffondor, toujours aussi bruyants. Le garçon jeta un coup d'œil vers ses amis, comme à chaque fois qu'il se trouvait dans cette zone, inquiet.

Le gradin avait retrouvé en animation, ce qui le prit un peu par surprise. Puis, il le remarqua, debout sur le banc, hurlant à pleins poumons. Rien n'aurait pu le faire sursauter plus que ça. La vision de Gabriel eut l'effet d'un électrochoc sur lui. Il était revenu ! Gabriel était là, debout parmi ses amis, ses camarades de Gryffondor, en pleine forme. James sentit son cœur faire un bond de joie.

Il ferma les yeux un instant. Leur plan avait fonctionné. Il pouvait sentir son excitation monter. Ils allaient pouvoir trouver le Cœur. Il rouvrit les yeux, serra les mains sur le manche de son Eclair de Feu X, son esprit parvenant pour la première fois de la journée à se focaliser sur le Quidditch. D'un seul coup, sa vision fut claire, le jeu lisible, ses actions à faire évidentes. James eut un sourire et plongea dans la bataille, prêt à retrouver sa place qui avait failli lui échapper.

Selon Damon, cela n'était effectivement pas passé loin. Le capitaine des Gryffondor leva sa bouteille de Bièraubeurre devant James, invitant ce dernier à trinquer. Le garçon, avec un sourire, s'exécuta avant d'avaler une gorgée du liquide alcoolisé.

Comme chaque année, l'ambiance qui régnait dans le Foyer après les sélections était joyeuse, bruyante et insouciante. Cela faisait plaisir à voir. Avec l'ambiance pesante qui s'était installée ces dernières semaines, retrouver une telle normalité, une telle joie de vivre, ne pouvait qu'accrocher un sourire au visage de James. Plus encore maintenant qu'il avait réussi à conserver sa place.

Ses amis de cinquième année avaient tenu à lui rendre hommage, après lui avoir littéralement sauté dessus sitôt qu'il était descendu au sol une fois sélectionné. Ils s'étaient inquiétés pour lui et James s'en voulait un peu pour ça. Dans le même temps, une telle attention lui réchauffait le cœur. Il leur avait promis une tournée la prochaine fois qu'ils iraient à Pré-au-Lard, pour se racheter. Il pouvait les voir trinquer, rire et discuter un peu plus loin dans la salle, heureux, insouciants. Ils lui firent d'ailleurs signe de les rejoindre.

Les discussions allaient bon train, la Bièraubeurre également. James avait été obligé, comme d'habitude, de répondre un peu à tous ceux qui venaient le féliciter, discuter un peu. Quand finalement il eut un peu de temps à lui, il se faufila entre ses camarades qui faisaient la fête, jusqu'à aller retrouver Eliot, Gabriel et Bloom assis tranquillement sur un canapé au fond de la salle. La rouquine semblait tout aussi lessivée que lui, mais était radieuse. Eliot se bougea pour laisser une place à James. Le garçon lui fit un sourire de remerciement avant de s'asseoir. Gabriel se pencha aussitôt vers lui, sa bouteille de Bièraubeurre à la main.

« Tu leur as fait une sacré frayeur, il paraît, dit le garçon avec un sourire.
— T'imagines pas à quel point, répondit Eliot en reprenant une gorgée. Même Sarah était inquiète.
— Tu n'étais pas beaucoup mieux de ce que j'en ai vu, mentionna Gabriel.
— On était tous un peu inquiets… Pas que pour toi, James, évidemment, ajouta Bloom en baissant le ton. Mais tu as vraiment remporté le pompon, mon cher, je ne t'avais jamais vu dans un tel état.
— Je crois que je vais en entendre parler jusqu'à la fin de ma scolarité, soupira James. Mon image de poursuiveur en a pris un coup… Mais bon, l'important est atteint aujourd'hui, non ? »

Bloom répondit par un éclat de rire alors qu'Eliot hochait la tête tout en vidant sa bouteille. Gabriel pour sa part souriait, fixant James avec ce regard de complicité qui était le leur. James était serein, heureux même. Plus encore en regardant la flamme danser dans le regard de son meilleur ami, plus intense qu'il ne l'avait vue depuis maintenant des années.

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Après un dernier coup d'œil au dehors, Gabriel referma la porte derrière lui, sûr qu'on ne les avait pas suivis. Après la fête, les quatre Gryffondor s'étaient vite éclipsés pour rejoindre l'un de leurs points de rendez-vous, leur presque QG, à savoir cette salle de classe vide. Le garçon pointa ensuite sa baguette sur la porte et la condamna d'un Collarporta, tandis que derrière lui James terminait d'établir leur protocole de sécurité habituel. Il se tourna vers ses amis, qui s'étaient comme d'habitude rassemblés autour d'une table. Gabriel prit possession d'une chaise et prit place dessus. Leur réunion pouvait commencer.

« D'où ça te vient au juste, ce coup sur la joue ? demanda Bloom dès lors qu'ils s'étaient assis. Je ne crois pas un mot de ton histoire de pancarte que tu n'as pas vue à Pré-au-Lard.
— C'est le souvenir de ma rencontre très intime avec un hibou, répondit Gabriel en se frottant l'endroit du choc. Il m'a fichu une sacrée frousse, j'ai bien cru que j'allais tomber du balai. »

Gabriel n'estima en revanche pas nécessaire de mentionner l'altercation qu'il avait eue avec son frère. Il ne voulait surtout pas les inquiéter et il s'agissait en plus d'un problème qui lui était personnel. Bloom hocha la tête alors qu'Eliot entrait dans le vif du sujet.

« Bon j'espère vraiment que toute cette opération va nous apprendre quelque chose, dit-il. Je trouve qu'on a quand même bien plus galéré que prévu.
— Je suis encore désolé, s'excusa James en grimaçant un peu. Je ne sais pas trop ce qu'il m'a pris.
— Ne t'en fais pas, tout est bien qui finit bien, sourit Bloom. Comment ça s'est passé de ton côté, Gabriel ? D'autres problèmes que cette collision avec ce hibou ?
— Quelques uns oui, répondit-il. Harvey est bien plus prudent qu'on ne l'imaginait. Ses fenêtres étaient protégées par tout un tas de sorts.
— Sérieusement ? »

James semblait tout aussi surpris que Gabriel l'avait été plus tôt dans la journée. Les yeux d'Eliot s'étaient un instant agrandis avant que ses sourcils ne se froncent. Il porta la main à son menton, songeur.

« Je vois… Maintenant que j'y pense, l'épée de Godric Gryffondor est conservée là-bas, marmonna-t-il. C'est un artefact unique qui peut sûrement attiser les convoitises… Pourquoi je n'y ai pas pensé ?
— On ne peut pas penser à tout, répondit James. On a été peut-être trop optimistes sur ce point, trop confiants. Comment tu as fait pour contourner les protections du coup ?
— J'ai arrêté de penser comme un sorcier et je me suis mis dans la peau d'un moldu, dit Gabriel avec un sourire. La faille était simplement qu'aucun sort de protection contre du vandalisme sans magie n'a été invoqué pour protéger les fenêtres. Le verre est d'ailleurs un assez mauvais conducteur de magie, c'était surtout l'encadrement qui en était le support.
— Oh… lâcha Bloom d'une voix excitée. Tu as fait comme dans les films moldus et tu as brisé la vitre avec ton coude pour entrer ?
— Ça ne fonctionne pas comme ça dans la vraie vie », se sentit obligé de mentionner Gabriel, avec un peu de gêne.

Tenter de briser la vitre avec son propre coude aurait eu plus de chance de lui briser les os du bras que de réussir. Cela aurait aussi été à même de le couper profondément, ce qu'il n'avait pas vraiment eu envie d'expérimenter.

« J'ai utilisé un de tes sortilèges de métamorphose pour rendre mon bras plus résistant avant de briser la vitre. C'est comme ça que j'ai pu rentrer. La suite s'est déroulée à peu près comme on l'avait prévue.
— Du coup, qu'est-ce que t'a dit le Choixpeau ? demanda James avec anxiété. J'ai cru comprendre à ton regard que tu avais du neuf.
— Tu ne crois pas si bien dire. »

Le sourire de Gabriel s'élargit un peu plus sur ses lèvres. Sa rencontre avec le Choixpeau avait été des plus intéressantes, pour sûr.

oooOOOooo

Gabriel posa le pied au sol, sentant sous ses semelles les morceaux de verre brisé. Il abaissa la capuche de la cape, respirant enfin un peu mieux maintenant qu'il y était. La pièce circulaire était telle qu'il avait pu l'observer la dernière fois, à peine un peu plus d'une semaine auparavant. La seule différence était que cette fois, son entrée se faisait derrière le bureau aux pieds en forme de serres, à l'endroit où le directeur les attendait habituellement pour renouveler le Iurare. Quelques braises étaient encore rougeoyantes dans l'âtre de la cheminée du bureau, alors que des morceaux de parchemins et autres documents recouvraient la surface de travail du directeur. Sur les murs enfin, les portraits des anciens directeurs le fixaient tous, certains avec étonnement, d'autres avec une véritable colère.

« En voilà des manières ! se plaignit un vieil homme à l'air grognon. Quelle idée t'a traversé l'esprit, mon garçon, pour penser que c'était une bonne idée de s'introduire par effraction dans ce bureau !
— C'est un scandale ! rugit un autre portrait, celui d'une vieille sorcière aux vêtements datant d'il y a au moins trois siècles. Ces élèves, de plus en plus de la racaille !
— C'est le renvoi qui t'attend, petit », menaça un troisième tableau.

Une véritable cacophonie prit place petit à petit, alors que la majeure partie des personnages peints laissaient libre court à leur humeur. Gabriel ne leur répondit pas, se contentant de s'avancer, baguette sortie. Il leva les yeux vers le tableau du vieux sorcier au nez aquilin et à la barbe argentée. Albus Dumbledore faisait partie des rares directeurs à ne pas lui reprocher son attitude, il semblait au contraire l'observer avec intérêt derrière ses lunettes en demi-lune.

« Bonjour, que viens-tu chercher ici, Gabriel ? demanda la portrait en se penchant vers lui.
— Vous vous souvenez de mon nom ? s'étonna le garçon.
— Après le nombre de fois où toi et ton ami James êtes venus ici pour renouveler votre serment de silence, l'inverse aurait été de bien mauvaise augure pour ma mémoire », répondit Dumbledore avec un ton rieur.

Les autres portraits avaient baissé leur voix pour écouter leur échange, la plupart tout du moins. Le portrait du professeur McGonagall le détaillait avec sévérité à côté du portrait de Dumbledore, tandis que de l'autre côté, celui d'un homme austère au long nez crochu et aux cheveux noirs huileux daignait tout juste lui jeter un regard en coin de ses yeux noirs. Gabriel reporta son attention sur le portrait de Dumbledore, se sentant presque apaisé de pouvoir ainsi discuter avec la représentation de celui qui avait été l'un des plus grands sorciers de tous les temps.

« Je viens chercher des réponses, répondit simplement le garçon. J'ai besoin de poser quelques questions au Choixpeau magique.
— Ah… Vous n'avez donc pas abandonné l'idée de trouver la vérité, constata paisiblement Dumbledore. C'est assez admirable je dois l'admettre, même si je ne cautionne guère cette entrée pour le moins… fracassante.
— Je vous prie de m'en excuser, monsieur. C'est le seul moyen que l'on a trouvé pour nous introduire ici sans qu'Harvey ne soit là.
— Le professeur Harvey, rectifia le professeur McGonagall.
— Qu'importe… »

Le garçon leva alors le bras gauche, mettant sa baguette à la vue de tous les directeurs de l'école.

« J'espère également que vous m'excuserez pour ce que je vais faire, ajouta-t-il avec un peu de malice. C'est également le seul moyen de m'assurer qu'Harvey n'en sache rien.
— Je comprends mon garçon. Va et suis ta voie.
— Albus ! s'exclama le portrait de l'homme au nez crochu. Ne l'encouragez pas, faites plutôt en sorte d'ôter ces sottises de la tête de Mr Madder.
— Et comment pensez-vous que nous devrions nous y prendre, Severus ? répondit calmement Dumbledore, avec un ton amusé. Nous ne somme que des portraits. »

Gabriel eut un petit rire alors qu'il se tournait vers le centre de la pièce. Les portraient avaient tous réalisé ce qui allait suivre. Certains étaient furieux, tandis que d'autres le suppliaient de ne rien faire. Gabriel ignora toutes ces demandes, et s'avança jusqu'au bureau, préparant sa magie dans sa main. Ils en avaient longuement discuté avec James, Eliot et Bloom. Ils avaient déjà testé le sort sur d'autres portraits à Poudlard, pour s'assurer que cela était bien possible. Gabriel comprenait cependant très bien la peur qui saisissait les portraits. Lui-même n'aimait pas beaucoup cette idée de forcer à l'oubli tous les directeurs de l'école, tout portrait qu'ils étaient. Il ne savait que trop bien ce que c'était que d'avoir des souvenirs volés, absents. C'était pour cela qu'il avait demandé l'autorisation à Dumbledore, afin de s'en ôter un peu la culpabilité. Gabriel inspira profondément puis déclara :

« Oubliettes ! »

Le sort explosa dans les airs, aveuglant momentanément Gabriel et les portraits du bureau. Quand finalement la lumière se dissipa, Gabriel put à nouveau ouvrir les yeux. Les portraits des différents directeurs étaient désormais assommés, sous le contrôle de son sort. Il n'aurait plus qu'à dicter ce qu'il souhaitait qu'ils oublient avant de partir – sa présence dans le bureau du directeur en ce jour – et le tour serait joué. Il avait un peu de temps avant cela, et il comptait bien l'utiliser à bon escient.

Gabriel se tourna vers le mur du fond, baissant les yeux vers la petite étagère qui trônait là. Le Choixpeau magique était posé ici de façon négligée, ressemblant tout juste à un vieux couvre-chef rapiécé tout ce qu'il y avait de plus miteux et repoussant. Gabriel s'avança, ses pas étouffés par le tapis qui recouvrait le sol du bureau, jusqu'à pouvoir se saisir du chapeau. Il l'observa quelques secondes, avec une certaine appréhension. C'était le moment de vérité. Gabriel espérait de tout cœur que le Choixpeau lui apprendrait quelque chose d'utile, que toute cette opération n'aie pas servi à rien. Le cœur battant, il se coiffa finalement de l'artefact, fermant les yeux.

« Qui vient donc… Oh… fit la petite voix encore ensommeillée du Choixpeau à son oreille. Si je m'attendais à ça… Quelque chose te tracasse, mon garçon ?
— Pas vraiment, répondit Gabriel en pensée. Je ne suis pas ici pour discuter de ma répartition, mais ça j'imagine que vous pouvez le voir dans mon esprit.
— En effet. Je peux sentir le trouble dans ta tête, tu recherches des réponses, dit le Choixpeau. Tu as eu une histoire mouvementée, je peux voir ça…
— Pouvez-vous donc m'aider ? demanda le garçon, toujours dans son esprit. Êtes-vous en mesure de m'indiquer la localisation du Cœur de Poudlard ? »

La question était posée. Gabriel, les yeux toujours fermés, sentait les battements dans sa poitrine devenir plus violents, plus rapides que jamais. Il se passa quelques secondes.

« Je peux sentir que ta volonté est forte, déclara enfin l'artefact. Et tu ne manques définitivement pas d'audace, je ne m'étais guère trompé. En revanche… je n'avais pas vu cette colère. Je peux la comprendre, mais sache qu'elle est dangereuse.
— Alors aidez-moi à m'en débarrasser, pria-t-il. Je cherche la vérité sur tout ça et trouver l'emplacement du Cœur est crucial pour y arriver.
— Je comprends bien. Je ne peux malheureusement te révéler le lieu où repose l'âme de l'école, mon garçon. »

Ce fut comme si, d'un coup, d'un un seul, on avait plongé ses entrailles dans une bassine d'eau glacée. Gabriel resta immobile quelques secondes, son esprit figé également.

« Non… non, gémit-il finalement. Ne me dites pas… ne me dites pas qu'on a fait tout ça pour rien… Même le Choixpeau ne peut pas nous aider.
— Rien ne sert de te mettre dans cet état… Je ne peux te révéler l'emplacement du Cœur de l'école, ceci est vrai. Cela ne signifie en revanche pas que je ne peux pas te venir en aide. »

Gabriel se redressa, surpris. Le Choixpeau continua.

« Je sais où se trouve le Cœur, je ne peux juste pas te révéler son emplacement, dit la petite voix. Tu n'en es pas digne.
— Qu'est-ce que je dois faire pour en être digne ? s'exclama aussitôt Gabriel, son cœur jouant décidément aux montagnes russes. Je suis prêt à tout subir.
— Ha ha ha, se moqua doucement le chapeau. En être digne requiert d'être le directeur de cette école où d'être dans sa confiance, rien que tu ne puisses faire, mon garçon. Il y a cependant un autre moyen, le seul où je peux t'apporter mon aide.
— Et quel est-il ?
— Tu dois trouver le Cœur pas toi-même. Celui qui trouve le Cœur et en ouvre l'entrée s'est montré digne de Poudlard, telle est la loi de la magie. »

Le Choixpeau se tut. Gabriel, après quelques secondes de réflexion, se sentit floué.

« Ça ne me mène à rien, s'agaça-t-il. C'est ce que nous faisons depuis maintenant trois ans, où est donc ton aide dans cela ?
— Oh, je ne te l'ai pas encore procurée. Écoute bien, mon garçon, car je ne le répéterai pas. »

Gabriel hocha la tête, se calmant un peu. C'était sa seule chance, il ne comptait pas la gâcher.

« Le plus important est parfois invisible aux sens », déclara finalement l'artefact magique

La phrase résonna dans l'esprit de Gabriel. Il s'agissait de l'indice du Choixpeau, la clé de leur succès. Il se la répéta en boucle, sentant comme une chaleur s'installer en lui. Il ouvrit les yeux, un sourire prenant place sur son visage.

« Merci, murmura-t-il. Merci pour tout.
— Ne te perds pas en chemin, mon garçon, il est encore long à parcourir.
— Je sais. Mais j'irai jusqu'au bout. »

Le chapeau laissa échapper un esclaffement de rire qui surprit le garçon.

« Vous vous moquez de moi ?
— Oh non… C'est juste… C'est juste que tu me rappelles quelqu'un, dévoila le Choixpeau avec comme une sorte de tendresse que Gabriel ne lui avait jamais entendue. Surtout, prends soin de toi. »

Il se tut définitivement. Gabriel resta interloqué alors même qu'il retirait l'objet de sa tête. Ce n'était plus qu'un vieux chapeau inerte. Cette dernière phrase… À qui faisait-il référence ? Gabriel secoua la tête et haussa les épaules. Au fond, ce n'était pas ce qui était important. Il reposa l'artefact sur le meuble et se retourna vers le bureau. Il en avait fini avec ce qu'il avait à faire ici. Il ne lui restait plus qu'à dicter l'effacement de mémoire puis à partir en réparant la vitre derrière lui, ni vu ni connu.

Gabriel pourtant se rapprocha de l'une des deux tables proches de l'entrée, là où trônait le jeu d'échec toujours inachevé. Observant le plateau, il pouvait observer que le camp noir était celui tourné vers le bureau d'Harvey, sûrement donc celui que jouait le directeur. D'un geste, il se saisit du roi de cette même couleur et, malgré ses plaintes, le coucha sur l'échiquier, ne pouvant s'empêcher de signer son méfait. Un sourire prit place sur le visage de Gabriel qui se tourna vers les larges fenêtres, en direction de sa sortie de scène.

« Échec et mat », murmura-t-il.

oooOOOooo

Sitôt qu'il eut fini de raconter ce qu'il avait appris du Choixpeau, Gabriel put voir la réflexion s'imprimer sur le visage d'Eliot.

« On a donc une piste qui avance, marmonna-t-il. Je m'attendais à mieux que ça, mais c'est toujours ça de pris.
— « Le plus important est parfois invisible aux sens », répéta Bloom. Il doit y avoir une signification cachée, il pouvait lire ton esprit. Il n'a sûrement pas choisi cet indice au hasard. »

James était silencieux. Gabriel pouvait voir sur son visage une sorte de déception. Il s'était attendu à mieux devant son air triomphant, il pouvait le dire.

« J'imagine qu'on est repartis pour des semaines de recherches, soupira-t-il.
— Non. »

La réponse de Gabriel surprit ses trois amis, qui tournèrent leur regard vers lui. Gabriel n'avait jamais dit qu'il en avait terminé. Il n'avait jamais dit qu'il n'avait pas compris l'indice. Dès lors que le Choixpeau lui avait révélé cette phrase, un déclic avait eu lieu dans l'esprit du garçon. Il savait quoi faire, le Cœur de Poudlard était plus proche que jamais.

« Tu as raison Bloom, le Choixpeau n'a pas choisi cette phrase au hasard, sourit Gabriel. Il a lu dans mon esprit que je pourrai le comprendre, qu'on avait ce qu'il fallait pour avancer.
— Tu es sûr ? s'étonna Eliot. Je ne vois pourtant pas à quoi il fait référence.
— Oh, si vous le savez, mais vous l'avez juste oublié. C'est normal, après tout vous n'en avez entendu parler qu'une seule fois. Pas moi, j'ai abordé le sujet en question pas plus tard que ce matin… À dire vrai, au cours de la discussion, j'ai pu entendre une phrase semblable à celle du Choixpeau. La clé, c'est la magie. Nous devons faire confiance à la magie, à son flux.
— Oh… murmura finalement James, ses yeux s'écarquillant alors que l'illumination se faisait dans son esprit. Les auras…
— Tout juste, confirma le garçon. Nous allons avoir besoin des talents de Séléné. »

~Fin du chapitre~

[1] La passe de Plumpton consiste à attraper le vif d'or dans sa manche, souvent suite à une brusque accélération destinée à dépasser l'attrapeur adverse.


Beaucoup de temps s'est écoulé. Pour beaucoup de raisons. Mais non, je vais continuer de poster quand même cette histoire, à mon rythme cependant, donc irrégulièrement. On peut espérer que je la termine d'ici quelques années. =v

Merci de votre lecture, n'hésitez pas à laisser un retour si l'envie vous en prend. J'en ai peu, donc je les chéris d'autant. ^^ Si jamais cela vous a plu, n'hésitez pas non plus à follow, vu mes parutions irrégulières, ça vaudra mieux. =B

À la prochaine;

Niv'