Chapitre 2
« Le doc est appelé en passerelle. »
Zéro grommela. Allons bon, on le sollicitait déjà alors que la bataille n'était pas encore commencée. Il venait tout juste de finir de préparer son matériel pour soigner les blessés qui ne manqueraient pas d'arriver dès le début des hostilités.
Un verre de saké à la main, il entendait s'accorder un petit remontant pour se donner du courage.
Grrr, il détestait être dérangé quand il s'apprêtait à boire (ce qui chez le docteur revenait plus souvent que de coutume). Résigné, il prit le temps d'avaler son verre d'une traite, prit sa mallette de soins d'urgence et quitta l'infirmerie suivi d'une unité médic.
Il valait mieux pour le capitaine qu'on ne l'ait pas dérangé pour rien !
A son arrivée sur la passerelle, il jeta un regard circulaire, cherchant qui pouvait bien avoir besoin de ses services. Il ne remarqua rien d'anormal. Alors ses yeux se fixèrent sur le capitaine, debout à la barre, les traits tirés. Évidemment, il fallait que ce fut lui. Fidèle à son habitude, il souffrait en silence.
Quand le doc fut arrivé à son niveau, le pirate, sans lâcher la barre, le gratifia d'un hochement de tête. Puis, laconique, il prononça ces quelques mots : « Épaule gauche. Tir de blaster ».
Le médecin se mit alors au travail, sous les coups d'œil furtifs et inquiets de l'équipage. Il dégrafa la cape, découpa le tissu autour de la plaie et inspecta soigneusement la blessure. Le tir avait traversé l'épaule de part en part, transperçant l'omoplate. Le saignement était modéré. Malgré tout, à en croire la quantité de sang imbibée dans le tissu, il était grand temps d'agir. Une intervention chirurgicale aurait été nécessaire mais il doutait que ce fut le bon moment.
Il sortit de sa mallette une seringue XStat, cylindre volumineux rempli d'éponges hémostatiques spécialement étudié pour traiter les plaies étroites et profondes sur le champ de bataille. Il interrogea du regard le capitaine qui lui fit signe de continuer. Alors il enfonça l'engin droit dans la plaie, ce qui provoqua chez son patient un puissant grognement de douleur.
Le doc poussa rapidement sur le piston, libérant les petites éponges d'environ un centimètre de diamètre qui étaient chargées d'absorber le sang et d'obstruer la plaie.
Il renouvela l'opération une nouvelle fois sur l'arrière de l'épaule, sentant la seringue racler contre l'os lorsqu'elle traversa l'omoplate. Cette fois, le choc força le capitaine à mettre un genou en terre, geste qui imprima à l'Arcadia une légère embardée.
Bon sang. On le sent passer !
Yattaran, voyant son supérieur en difficulté, se précipita pour prendre la relève mais déjà Harlock se remettait debout et redressait la barre. Il tremblait légèrement mais semblait à nouveau en pleine possession de ses moyens.
Zéro banda proprement l'épaule du capitaine. Il vérifia au passage que les éponges, rapidement gorgées de sang, avaient suffisamment gonflé pour comprimer les vaisseaux sectionnés et stopper l'hémorragie tout en libérant coagulants, antiseptiques et morphine directement à l'intérieur de la plaie. Il faudrait attendre une accalmie pour des soins plus poussés.
En lui-même, le doc remercia le professeur Oyama qui, devant la désastreuse propension à se blesser de son intrépide ami, avait eu l'idée de cette invention géniale. Sans elle, il n'aurait eu d'autre solution que d'exercer une pression manuelle à l'intérieur même de la plaie. Ce traitement était tellement invasif qu'il ne pouvait être appliqué qu'à condition d'avoir enlevé au préalable l'arme du patient pour éviter tout risque de représailles.
Il regarda fixement le cosmodragon et le sabre laser qui pendaient à la ceinture de son supérieur et frissonna en pensant à ce que le capitaine aurait été capable de lui faire dans une telle situation...
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Un choc violent ébranla soudain le vaisseau cependant que le croiseur sylvidre qu'ils venaient d'éperonner explosait autour d'eux. La lumière anormalement vive qui en résulta les aveugla un instant. Une sirène d'alarme se déclencha dans les coursives.
Un instant plus tard, Machi, le chef machiniste, faisait son rapport :
« Bouclier avant endommagé à 20%, légère surchauffe du moteur principal, début d'incendie dans le hangar de maintenance.
- Mettez en route les moteurs auxiliaires pour soulager la propulsion principale, branchez les générateurs de secours pour renforcer les boucliers et verrouillez les sas hermétiques du hangar le temps que l'incendie s'étouffe. Et maintenant, on fonce dans le tas ! »
Rien de bien inquiétant. On y est presque.
Dès qu'ils se furent un peu éloignés, ils constatèrent que non pas un mais au moins cinq vaisseaux avaient été détruits par une déflagration en chaîne, victimes de leur trop grande promiscuité au sein de l'escadrille.
Devant eux une frégate, témoin du carnage et sur la trajectoire directe de l'Arcadia, tentait vainement une manœuvre d'évitement mais les moteurs à ondes gravitationnelles compressées inventés par Tochiro ne lui en laissèrent pas le temps. L'énorme Jolly Roger qui ornait la proue du vaisseau pirate percuta sa victime de plein fouet, la pulvérisant, et Harlock put enfin parvenir à l'emplacement stratégique qu'il avait repéré : en plein cœur de l'armada, par l'arrière tribord.
Cette tactique pouvait paraître inconsciente pour un œil non averti mais le capitaine, s'il était réputé pour ses manœuvres téméraires, n'en était pas moins un brillant stratège : de cette position, son artillerie serait en mesure de provoquer un maximum de dégâts alors que les tirs qu'ils subiraient avaient toutes les chances de toucher d'autres vaisseaux ennemis.
Le capitaine interpella son premier lieutenant : « Yattaran, le système d'armement est-il prêt ?
- Affirmatif capitaine, toutes tourelles opérationnelles, batteries laser parées, missiles plasma longue portée chargés. On va les arroser proprement, pas vrai les gars ?»
Un chorus de hurlements enthousiastes répondit dans l'intercom.
