Chapitre 4
Pas le temps d'enfiler les tenues de combat, les femmes végétales avaient déjà forcé les sas extérieurs et investi la place. Ces fichues sorcières étaient diablement rapides. Les pirates se placèrent stratégiquement dans les replis des portes qui s'égrainaient le long de la coursive mais il s'agissait d'abris très sommaires qui offraient une piètre protection.
Furieux, Harlock ne s'encombra pas d'une telle précaution et se jeta dans la mêlée comme un forcené, son cosmodragon et son sabre laser à la main. Partout autour de lui, victimes de sa rage meurtrière, les Sylvidres agonisantes étaient la proie des flammes. Le capitaine semblait invincible. Galvanisés par son exemple, les pirates abandonnèrent également leurs abris et le combat se transforma en un corps à corps sauvage.
L'équipage de l'Arcadia était certes en infériorité numérique mais leur armement était plus puissant que les blasters des femmes aliens et les combattants étaient surtout plus déterminés. Si déterminés qu'ils ne semblaient pas ressentir la douleur : malgré leurs nombreuses blessures, ils continuaient à se battre avec vaillance. C'est qu'ils attaquaient avec la rage du dernier espoir.
Harlock semblait auréolé d'une aura divine qui lui tenait lieu de bouclier. Il taillait, tranchait, tirait, réduisant en cendres ses ennemies.
Sa perception du temps devenait diffuse. Il avait l'impression de se battre depuis des heures alors que sa raison lui soufflait qu'il n'avait pas dû s'écouler plus de quelques dizaines de minutes depuis le début de l'engagement. Les redoutables guerrières ne cessaient d'affluer. Tant qu'ils ne seraient pas passés en hyperespace, il en viendrait des dizaines et des dizaines d'autres. Il n'avait pas le choix, il fallait tenir. Personne ne lui prendrait son vaisseau, personne ne toucherait à Tochiro. Ni à Kei.
Une voix féminine sortit soudain de son bracelet de communication :
« Capitaine, ça y est ! J'ai réussi à isoler l'onde électromagnétique qui parasite notre système de navigation. L'ordinateur vient de finir de décoder l'algorithme de cryptage pour produire le contre-champ. Les procédures automatisées de saut warp seront complètes dans moins d'une minute. Je vous rejoins !
- NON ! »
Distrait par la voix de Kei, le pirate relâcha un instant sa vigilance. Ce fut la fin de son état de grâce.
Il eut tout juste le temps de voir une des Sylvidres se dresser soudain devant lui, son arme visant sa poitrine.
Il était trop tard pour riposter. Il était perdu.
Au moment où elle tira, il fut projeté en arrière.
Il eut le temps d'entendre le bruit d'une formidable explosion avant que sa tête ne heurte violemment la cloison. Il tomba à terre, sonné. Ses oreilles bourdonnaient.
Il concentra toute sa volonté pour ne pas sombrer dans l'inconscience.
0-0-0-0-0-0-0-0
« HARLOCK ! »
Depuis l'arrière du cockpit du spacewolf, Miimé avait senti la terrible douleur qui avait envahi l'esprit du pirate. Ce qu'elle redoutait depuis le moment où ils s'étaient séparés venait finalement de se produire : il était grièvement blessé. Et elle n'était pas là pour l'aider.
Désespérée, elle se concentra comme jamais et tenta de toucher l'esprit du capitaine malgré la distance qui les séparait maintenant.
« Harlock, Harlock, je t'en prie. Écoute ma voix. Ne cède pas. Tu dois vivre. Tu me l'as promis. Harlock, réveille-toi. »
Un instant elle crut réussir puis le contact fut brutalement interrompu, comme s'il s'était soudain éloigné d'elle.
Harlock...
Elle serra un peu plus fort l'enfant qu'elle tenait entre ses bras, enfouit son visage dans la chevelure bleue pour y cacher ses larmes.
