Chapitre 6
« Où est-il, bon sang ? Où est-il ? »
Sa blouse blanche tâchée du sang des pirates qu'il avait déjà sommairement secourus, le doc se hâtait à la recherche d'Harlock.
Dès que l'ordinateur central avait déverrouillé la porte qui le maintenait prisonnier, Zéro avait découvert avec horreur l'étendue du carnage. Il s'était lui-même occupé des blessés les plus graves, prenant des mesures qui leur permettraient de patienter puis avait laissé Miss Masu et Briggs prendre la relève. Ce dernier était un ancien infirmier militaire récemment enrôlé, il pouvait s'occuper des blessés les plus légers.
Quant à lui, il devait absolument trouver le capitaine : les traces de sang frais qui maculaient le sol et les cloisons formaient une piste facile à suivre.
Bon sang, il doit être dans un sale état. J'arrive, tenez bon.
Il s'arrêta brutalement au niveau du sas d'accès, embrassant la passerelle d'un regard circulaire. Pas de danger visible. Il s'aventura un peu plus loin.
Et merde !
Il venait de distinguer les deux pirates à terre. Il se précipita pour les secourir.
Avec l'expérience d'un homme rompu de longue date aux champs de bataille, son cerveau évacua toute trace d'émotion pour se concentrer sur l'évaluation purement diagnostique de ses patients :
État de choc hypovolémique avec hypotension artérielle. Altération de l'état de conscience. Risque de défaillance myocardique. Déficience respiratoire. Remplissage vasculaire immédiat requis pour assurer la survie et optimiser la fonction circulatoire puis hémostase chirurgicale des lésions hémorragiques.
Perfusions, tampons compressifs, garrot, les gestes médicaux s'enchaînaient avec une précision quasi mécanique. Il s'agissait d'une course contre la mort et la partie promettait d'être serrée.
0-0-0-0-0-0-0-0
Harlock sentit qu'on le retournait sur le dos. Dans un état de semi-conscience, il entendait des cris plaintifs et des gémissements. Il ouvrit les yeux, cherchant l'origine de ce bruit et réalisa avec stupeur qu'il en était lui-même l'auteur.
Les mains expertes du doc s'affairaient sur son corps, le déshabillaient, localisaient les blessures, évaluaient la gravité de son état. Une perfusion avait déjà été placée au creux de son bras droit pour compenser la perte de sang et tenter de rétablir un remplissage artériel suffisant.
Malgré la délicatesse que le praticien mettait dans chacun de ses gestes, chaque soin qu'il lui prodiguait envoyait de nouvelles ondes de douleur à travers son corps meurtri. Au moins, cela contribuait à le maintenir conscient. Sa respiration était sifflante et laborieuse, il avait l'impression d'étouffer.
Avec effort, il parvint à articuler : « Kei ?
- Ne parlez pas capitaine, gardez vos forces. Miss Kei a une méchante plaie à la tête. Elle souffre visiblement d'un traumatisme crânien sévère et est toujours inconsciente. Sa vie ne semble pas en danger dans l'immédiat, ce qui n'est pas votre cas. »
Pas en danger dans l'immédiat.
Harlock soupira de soulagement et chercha la jeune femme du regard. Elle était allongée non loin de lui, l'air paisible et toujours aussi belle. Si elle n'avait eu la chevelure teintée de sang, on aurait pu croire qu'elle dormait.
Sans quitter la navigatrice du regard, il interrogea Zéro d'une voix vide, comme si la réponse était dénuée d'intérêt : « Diagnostic ? »
Pour tout autre que le capitaine, le doc aurait atténué la gravité du tableau afin de ne pas inquiéter le blessé mais Harlock n'était pas un patient ordinaire. Il exigeait toujours la vérité, aussi dure à entendre soit-elle.
« J'ai dû garrotter votre bras gauche, l'os est en miettes et l'hémorragie trop importante. Si je ne peux opérer rapidement, il sera perdu. Pour le shrapnel, les éclats limitent le saignement. Mieux vaut ne pas toucher dans l'immédiat. L'épaule est stable. La plaie à la cuisse ne présente pas de danger. La blessure à la poitrine est la plus inquiétante. L'épanchement sanguin au niveau du poumon nécessite une ligature immédiate et un drainage ou vous risquez de mourir étouffé. »
Harlock serra les dents pour ne pas crier lorsque le doc enserra le bras brisé dans une attelle. Par ailleurs, il avait suffisamment d'expérience en terme de blessures pour savoir que la pose du garrot allait rapidement provoquer des élancements cuisants qui ne feraient qu'empirer.
Le souffle court et les traits crispés, il demanda encore : « Pronostic... de... survie ?
- Le pronostic vital est engagé. Je dois absolument stopper ces hémorragies mais la plupart du matériel médical a été détruit. Votre seule chance est de tenir jusqu'à l'îlot de l'ombre morte où je pourrai vous opérer. En attendant, je vais devoir ligaturer et cautériser vos plaies avec du matériel de fortune. J'aimerais pouvoir vous endormir mais je n'ai plus d'anesthésiques : anéantis lors de l'incendie. J'ai bien peur que l'injection des derniers analgésiques que j'ai réussi à sauver ne suffisent pas mais ça devrait tout de même vous soulager un peu. »
Ils furent interrompus par l'arrivée de Carter, jeune ingénieur électronique talentueux, toute nouvelle recrue et l'un des rares pirates à avoir réchappé indemne de la bataille.
« Vous avez réussi à faire ce que je vous avais demandé ?
- Oui, Doc. J'ai pris le générateur de l'un des robots de maintenance que j'ai transformé pour qu'il délivre un courant à haute fréquence. Où est-ce que je le pose ?
- Derrière moi, ce sera parfait. Ma pince à clamper servira d'électrode. Placez-vous à la tête du capitaine et maintenez-le fermement, une main sur le torse et l'autre sur la hanche. »
Harlock sembla accorder quelque intérêt à cet échange de paroles. « Vous voulez m'électrocuter ?
- Ce n'est pas le moment de plaisanter, capitaine !
Je vais ligaturer les vaisseaux sanguins sectionnés puis cautériser les bords de la plaie. L'électrocoagulation est sans danger. Le courant en haute fréquence va juste délivrer une forte chaleur qui va carboniser les cellules que je toucherai avec l'électrode et stopper l'hémorragie. Bien sûr, ça va chauffer un peu...
Carter, je compte sur vous. Capitaine, il faut absolument que vous restiez immobile. »
Chauffer un peu, quel euphémisme..., pensa Harlock qui, plus par surprise que par réelle douleur, ne put s'empêcher de bondir au contact du métal. Ce geste malheureux entraîna un mouvement de toux qu'il ne parvenait pas à contrôler.
« Dieu du ciel, ne bougez pas ! », rugit Zéro.
Facile à dire. Son poumon était rempli de sang, il avait l'impression de se noyer. Dans un réflexe de survie, il se jeta sur le côté pour recracher le liquide qui l'étouffait. La souffrance fut si aiguë et soudaine qu'il en oublia un instant de respirer, puis ses muscles se relâchèrent d'un coup et il retomba dans les bras de Carter, inerte.
D'une voix douce mais d'où sourdait l'impatience, le doc s'adressa à son aide :
« Carter, remettez-le en place. »
Choqué, secoué de sanglots, le jeune pirate ne semblait pas réagir. Il tenait toujours dans ses bras son capitaine qui semblait aussi inanimé qu'une poupée de chiffons.
« Allons, courage mon garçon, j'ai besoin de votre aide. »
A ces mots, Carter se secoua et finit par s'exécuter. Avec d'infinies précautions, il retourna soigneusement son supérieur et replaça ses mains pour le bloquer au sol.
Zéro reprit alors méthodiquement son travail, ligaturant d'abord les vaisseaux les plus importants en les pinçant et en laissant la chaleur agir puis, par petites touches rapides, il cautérisa les tissus alentour. Si l'hémorragie n'était pas tout à fait stoppée, elle était au moins en grande partie jugulée.
Quand la plaie à la poitrine fut traitée, il déposa un drain puis il s'attaqua aux nombreuses autres blessures qui recouvraient le corps d'Harlock. Il n'y avait plus un bruit, plus un mouvement hormis les gestes méthodiques du doc. Son patient montrait à nouveau quelques signes de conscience mais était encore trop hébété pour se débattre, ce qui simplifiait son travail dans l'immédiat.
La tension était palpable et le silence oppressant.
0-0-0-0-0-0-0-0
Harlock se tenait maintenant immobile. Il lui semblait que cela faisait des heures que le docteur s'acharnait à martyriser son corps meurtri. Pourtant, la douleur semblait plus lointaine. Il lui était plus facile d'y résister.
Peut-être s'était-il habitué ? Plus vraisemblablement, il s'affaiblissait.
Seul son bras gauche continuait de se manifester avec insistance : il était le siège de vagues de douleur de plus en plus intenses et fréquentes. Cela devenait insupportable.
Il suait à grosses gouttes mais il avait terriblement froid au plus profond de son être.
0-0-0-0-0-0-0-0
Enfin ce fut fini. Zéro était fourbu.
Libéré de sa tâche, son jeune assistant s'éloigna alors de toute urgence et vomit bruyamment dans un coin. Le docteur le regarda avec compassion. Cette bataille avait été son baptême du feu et pour une première expérience, la jeune recrue avait été gâtée.
Mieux valait l'abrutir de travail pour lui éviter de trop penser :
« Carter, dites à Miss Masu de me rejoindre pour qu'elle puisse surveiller les deux blessés. Qu'elle amène autant de couvertures qu'elle peut en porter. Puis restez auprès de Briggs et donnez-lui un coup de main. »
Le jeune homme acquiesça et s'élança au pas de course.
Dès qu'il fut parti, Zéro se remit au travail. Il pansa du mieux qu'il le put le corps du blessé, attardant son regard sur le membre garrotté : les chairs situées en aval étaient déjà fortement tuméfiées et violacées et le bras gonflé, signes évidents d'une thrombose.
Le médecin soupira, résigné. Rien que de très prévisible.
Il jeta un coup d'œil à l'écran au-dessus de sa tête et regarda le temps de route restant jusqu'à leur sortie d'hyperespace. Cinq heures et sept minutes.
Il n'était pas du tout sûr que le capitaine survive aussi longtemps (il était déjà miraculeux qu'il ait tenu jusque là) mais ce n'était plus de son ressort. Il avait fait tout ce qui était humainement possible. Il ne restait plus qu'à espérer.
Alors il se redressa péniblement, passa le revers de sa main sur son front ruisselant et chassa la torpeur qui menaçait de l'envahir d'un vigoureux mouvement de tête.
Il subissait le contre-coup du stress et de la tension de ces dernières heures mais il était hors de question qu'il se relâche. Une multitude d'autres patients attendait encore ses soins.
Un bruit de course accompagné d'un chapelet de menaces éveilla à nouveau sa vigilance.
« Fichu chat, comment peux-tu songer à voler de la nourriture dans un moment pareil ? Tu devrais avoir honte. Docteur, quand allez-vous apprendre à cette bête poilue à se comporter de manière civilisée ? Je ne le supporte plus ! »
La vision de la vieille femme courant avec son éternel couteau à la main, entièrement ensevelie sous une montagne de couvertures qui la faisait trébucher, était une apparition si inopinée en ces heures troublées que Zéro éclata d'un rire tonitruant.
Certes, il s'agissait essentiellement d'une réaction nerveuse due au stress mais il était tout de même reconnaissant du divertissement offert. Sacrée bonne femme, capable de détendre les situations les plus tendues avec une innocence à peine feinte (elle abusait de ce talent, bien sûr, mais c'était toujours à bon escient). L'Arcadia pouvait être fière de la voir figurer sur son rôle d'équipage.
Reprenant une attitude professionnelle : « Miss Masu ? »
Surpris par l'absence de réponse, il leva son regard vers la cuisinière : elle était comme pétrifiée en face des deux blessés, l'air horrifié.
Zéro comprenait sans peine ce qu'elle pouvait ressentir en voyant les deux jeunes gens d'habitude si pleins de vie gésir maintenant à ses pieds. Le capitaine était le plus impressionnant : sa pâleur et sa rigidité étaient celles d'un mort.
Il toucha délicatement l'épaule de la femme :
« Miss Masu, je vous confie la surveillance du capitaine et de Miss Kei. Veillez à ce qu'ils ne se refroidissent pas. Prévenez-moi si vous voyez la moindre évolution de leur état. »
A ces mots, la vieille femme sembla reprendre ses esprits. Avec l'aide du docteur, elle se hâta de couvrir les blessés et de les installer aussi confortablement que possible. Symboliquement, elle recouvrit Harlock de sa cape noire qu'elle avait retrouvée au pied du fauteuil de commandement.
Au moment où Zéro rassemblait ses affaires pour se rendre auprès des autres blessés, il lança à son assistante :
« Miss Masu, le capitaine aura de meilleures chances de survie s'il reste conscient. Alors pour l'aider à lutter contre l'évanouissement et la douleur, il serait bon que vous le sollicitiez en lui parlant jusqu'à notre arrivée à la base. Notre temps de vol restant est maintenant de quatre heures et... (il jeta un coup d'œil à l'écran principal) cinquante-sept minutes. »
Puis, soucieux de détendre autant que faire se peut l'atmosphère lourde qui régnait sur la passerelle, il ajouta d'un ton volontairement taquin :
« Bavarde comme vous l'êtes, parler aussi longtemps ne devrait pas être une tâche insurmontable, n'est-ce pas ? »
Un projectile non identifié passa au-dessus de sa tête. L'image mentale d'un couteau lui traversa l'esprit.
« Fichu docteur, toujours à se moquer des bonnes gens ! Rassurez-vous, je ne suis plus de prime jeunesse. L'histoire de ma vie devrait largement suffire. Et si nécessaire, je passerai aux recettes de cuisine !
- Je vous ai demandé de le tenir éveillé, pas de l'assommer avec votre verbiage inintéressant.
- Partez vite avant que je ne me fâche vraiment ! »
Sous leurs airs bravaches, les deux protagonistes n'en menaient pas large. Se chamailler était une habitude qu'ils avaient prise pour se soutenir et se donner du courage dans les moments de trouble. Ils savaient pouvoir compter l'un sur l'autre et, en cet instant, c'était la seule certitude à laquelle ils pouvaient se raccrocher.
Zéro s'approcha une dernière fois du blessé, s'agenouilla pour lui enserrer délicatement la main.
« Tenez bon capitaine. Courage. »
Aucune réaction.
Il n'était pas sûr que le pirate l'ait entendu mais il n'avait pu se résoudre à partir sans lui dire au revoir, en priant intérieurement pour que ce ne fut un adieu.
0-0-0-0-0-0-0-0
On en était au clafoutis à la cerise et il était toujours vivant.
Il avait tenu à peu près stoïquement jusqu'au premier mariage de Miss Masu. A partir de ce moment, il avait commencé à s'agiter et à geindre sporadiquement.
Quand elle en était arrivée à son troisième divorce, la douleur térébrante dans son bras était devenue intenable, au-delà de ce qu'il croyait possible d'exister. Et pourtant, il était un expert en blessures en tous genres.
C'est que le garrot, en comprimant les nerfs et en provoquant un gonflement majeur du bras, avait rendu la zone excessivement sensible, au point qu'il ne pouvait supporter d'être effleuré ou simplement couvert d'un drap. La pression exercée par l'attelle était tout bonnement insupportable.
A tout instant, il avait l'impression de recevoir des décharges électriques surpuissantes qui se répandaient dans son corps. Il sentait son cœur battre à tout rompre. Il n'avait qu'une envie, obsédante : celle d'arracher à coups d'ongles et de dents ce membre qui le torturait et qui était de toute façon certainement condamné.
La voix de son chaperon, en lui offrant une distraction sur laquelle fixer son attention, le retenait tout juste de se débattre comme un forcené et de céder à cette pulsion bestiale auto-destructrice.
0-0-0-0-0-0-0-0
Alerté par la vieille femme que le capitaine s'agitait, Zéro était revenu juste au moment où elle attaquait les recettes de cuisine. Il avait été plutôt agréablement surpris de trouver son patient dans un état plus ou moins stable. Critique, certes, mais stable.
A l'exception du bras (pour lequel il ne pouvait absolument rien faire dans l'immédiat si ce n'est desserrer l'attelle) et d'une tachycardie sévère provoquée par la souffrance intense, le bilan n'avait pas empiré, ce qui était une satisfaction en soi. Il n'aurait pas parié dessus !
Si le cœur continuait à tenir bon, il avait maintenant bon espoir de le sauver.
0-0-0-0-0-0-0-0
Harlock avait reconnu la voix grave du médecin et avait senti une main épaisse se glisser dans la sienne (le doc tentait ainsi de lui offrir un peu de réconfort mais voulait surtout empêcher un geste malheureux, prêt à le maintenir s'il tentait de se débattre).
Le capitaine étreignait cette main avec le peu de forces qu'il lui restait mais il ne pouvait cependant retenir des gémissements misérables lorsqu'une décharge plus virulente que les autres envahissait son système nerveux et l'emmenait au paroxysme de la douleur. Son corps se cambrait alors, tendu comme un arc, le temps que cesse l'attaque. Chacun de ces spasmes l'affaiblissait un peu plus. Pourtant, la souffrance l'aidait à rester conscient et à garder un peu de lucidité.
Il vaudrait néanmoins mieux pour lui que l'Arcadia arrive à destination avant que Miss Masu n'atteigne la recette du Zaalouk (ou que lui-même finisse par briser la main du doc : il avait senti quelques craquements sinistres).
En temps normal, il aimait beaucoup le caviar d'aubergine préparé par la cuisinière de l'Arcadia mais il ne garantissait plus rien si le débit monocorde de la vieille femme, qui était en quelque sorte devenu sa ligne de vie, devait s'interrompre.
0-0-0-0-0-0-0-0
Vacherin à la vanille caramélisé.
En tendant l'oreille, il distinguait nettement le chuintement caractéristique des suspenseurs à air comprimé d'un brancard gravitationnel. Ils étaient donc arrivés. Il n'avait pas senti la sortie d'hyperespace ni la manœuvre d'approche sur l'îlot de l'ombre morte, ce qui était tout à fait exceptionnel de sa part.
Habituellement, c'était comme si l'Arcadia et son capitaine étaient en communion permanente : Harlock était capable de ressentir le moindre changement de vitesse ou de trajectoire, la moindre modification dans la course du vaisseau, même dans son sommeil. Malgré ses efforts pour rester conscient, il avait dû finir par perdre connaissance. Rien d'étonnant à cela.
Il se força à ouvrir son œil unique. Un brancard était effectivement posé à ses côtés. A peu de distance, il aperçut Kei, déjà chargée sur un deuxième. Un robot médical provenant de l'unité médicale de la base spatiale les accompagnait. Une lueur d'espoir traversa l'esprit du pirate.
Morphine.
Le mot s'étrangla dans un gargouillis avant de pouvoir franchir la barrière de ses lèvres mais son bras droit tendu et légèrement soulevé était un geste suffisamment éloquent : une offrande à la seringue que le doc tenait dans ses mains.
Harlock avait une réelle aversion pour les médicaments, quels qu'ils soient, mais dans la situation présente, il lui semblait qu'il ne pourrait en recevoir trop. En cet instant, une overdose serait la bienvenue.
Il ne sentit pas l'aiguille pénétrer sous sa peau mais une vague intense de bien-être se répandit bientôt en lui.
Il avait chaud. C'était comme s'il avait laissé son corps à terre et que son esprit s'élevait en flottant, libéré de cette enveloppe charnelle qui lui faisait office de salle de torture. Il ferma les yeux et, sous le regard compatissant du doc et de Miss Masu, poussa un soupir indécent.
Enfin...
