Voici enfin les souvenirs :) Merci encore à tous pour vos encouragements, vos compliments, pour me suivre aussi assidûment (notamment Drayy, sans compte ffnet !). C'est en très grande partie grâce à vous que cette fic a pu aller aussi loin et qu'elle continue de m'inspirer :)

Un conseil : préparez vos mouchoirs ! J'ai failli verser une larme en écrivant ce chapitre.


Chapitre 25 : Les souvenirs d'une blague

Lorsque le premier souvenir termina de se mettre en place, Harry ne reconnut pas où il se trouvait. Mais il supposait que ce devait être proche de là où vivaient les Evans. En effet, Lily et Pétunia, toutes deux semblant avoir à peine dix ans, se tenaient l'une en face de l'autre, sous un grand arbre. Lily tenait une fleur dans sa paume et la fit éclore sous le regard de sa sœur qui fronça les sourcils. D'un geste brusque, la tante d'Harry réduisit la fleur en miettes.

— Lily ! Tu es un monstre ! Je vais le dire à Maman !

Severus sortit du grand creux de l'arbre à ce moment-là, et Pétunia partit en courant vers la maison. Avec un petit sourire, Severus cueillit une brindille d'herbe avant de la faire s'envoler, tel un oiseau, vers Lily. Cette dernière lui sourit en attrapant ce qui ressemblait à un papillon dans sa main.

— Ne t'inquiète pas, dit Lily. Elle est simplement jalouse. Comment tu t'appelles ?

— Severus.

— Moi, c'est Lily. Je suis contente de rencontrer quelqu'un comme moi.

— Tes parents sont des moldus ?

— Des quoi ?

— Des gens sans pouvoir magique.

— Oh ! Oui. Je suis la seule dans la famille. Mes parents en sont très fiers. Mais ma sœur me déteste depuis qu'elle l'a découvert.

— Ta sœur est bête. On peut être amis, si tu veux. Ma mère est une sorcière, mais mon père est un moldu. Et il ne m'aime pas non plus.

— J'en serais très heureuse !

Un sourire aux lèvres, les deux enfants se serrèrent la main. C'est ainsi que débuta l'amitié entre Severus Snape et Lily Evans.

Le souvenir se brouilla pour en laisser un nouveau apparaître. C'était toujours le même arbre, mais le jour déclinait et les deux enfants avaient grandi. Ils étaient allongés sur le dos, l'un à côté de l'autre, leurs doigts se touchant presque. Harry en déduisit que, s'ils n'étaient pas encore à Poudlard, cela n'allait pas tarder. Et les paroles du garçon le lui confirmèrent.

— Lily ? Nous serons toujours amis, demain, après notre entrée à Poudlard ?

— Bien sûr ! Pourquoi ne serions-nous plus amis ?

— Parce que tu es belle, intelligente et gentille. Tout le monde voudra être ami avec toi.

— N'importe quoi, répondit la rousse en riant. Tu dis ça comme si tu étais moche, bête et méchant, et que personne ne pourrait jamais vouloir être ami avec toi.

— C'est le cas. Ça a toujours été ainsi. Tu es ma seule amie, Lily.

— Tu te trompes. Je suis sûre que tu te feras plein d'amis et que tu seras un grand sorcier.

Après ses paroles, la jeune fille tourna la tête vers son ami avec un sourire et lui demanda :

— Sev', tu veux bien le refaire ? J'adore quand tu fais ça.

Pour toute réponse, une petite rafale de vent souffla et une partie des feuilles de l'arbre s'envolèrent, comme une nuée d'oiseaux. Lily se mit à rire, visiblement heureuse du tour de Severus.

Le brouillard se leva encore et un nouveau décor s'installa. C'était la Grande Salle, lors de la répartition. Lily venait d'être assignée à Gryffondor. Elle fit un sourire à Severus en passant devant lui et alla s'installer à la table des rouges et or, à côté de James, se présentant chacun à l'autre et se serrant la main.

Puis, le décor changea. Harry reconnut le parc de Poudlard, mais aussi le souvenir. C'était celui qu'il avait vu lors de sa cinquième année quand il avait retourné un legilimens contre son professeur, alors qu'il lui apprenait l'occlumencie. Il vit à nouveau son père humilier Snape, et son parrain rire de la scène à gorge déployée. Mais cette fois, il put voir la fin. Alors que son père avait soulevé Severus de terre et l'avait retourné pour le mettre tête en bas, Lily arriva.

— James ! Arrête ça immédiatement ! Laisse-le !

— Enfin, Lily ! On ne fait rien de méchant, se défendit James.

— Et c'est tellement drôle, renchérit Sirius.

— Cesse tes gamineries tout de suite. Ou tu peux être sûr de ne pas me voir pendant au moins une semaine.

Sous la menace, James perdit instantanément son sourire et abaissa sa baguette, laissant tomber Snape. Littéralement. Tout le monde partit, sauf la jeune Evans qui aida son ami à se relever et à rassembler ses affaires qui avaient été éparpillées.

— Ne fais pas attention à eux, ils sont simplement immatures. Ça leur passera.

— Cela fait cinq ans que tu me dis ça. Ils sont bêtes, ça ne leur passera pas. Qu'est-ce que tu leur trouves, pour rester avec des imbéciles pareils ?

— Surveille ton langage, s'il te plait ! Ce sont aussi mes amis.

Un nouveau brouillard fit apparaître le souvenir suivant. Severus et James étaient dans les toilettes désertes.

— Tu l'aimes ? demanda le Gryffondor.

Il n'obtint aucune réponse. Pourtant, il reprit comme si ça avait été le cas :

— Si tu l'aimes vraiment, laisse-la tranquille. On sait tous les deux que tu ne pourras jamais l'avoir. Alors, laisse-la faire sa vie. Elle sera bien mieux sans toi.

Suite à cette discussion, Severus déambula dans les couloirs de l'école. Les paroles de James semblaient l'avoir grandement perturbé. On aurait presque pu le confondre avec un fantôme de Poudlard. Puis, il se retrouva face à Lily et semblait avoir pris sa décision.

— Nous devrions cesser cette comédie.

— De quoi tu parles, Sev' ?

— De notre pseudo amitié. Je suis un Serpentard et tu es une Gryffondor. Nous sommes incompatibles. Et nous ne vivons pas dans le même monde. Il suffit de voir tes fréquentations pour s'en rendre compte.

Snape commença à partir, mais il s'arrêta quand la voix de la jeune femme s'éleva dans le silence.

— Sev' ! Je ne sais pas pourquoi tu me dis ça. Mais je suis persuadée que tu n'en penses pas réellement un mot. Et sache que j'ai toujours été sincère avec toi.

— Je sais.

Et, sans se retourner, il continua d'avancer jusqu'à arriver dans son dortoir désert. Là, il s'autorisa à laisser échapper une larme. À cet instant, Harry comprit pourquoi son professeur avait tant haï son père.

Le souvenir changea encore. Severus et Lily étaient dans une rue déserte et mal éclairée.

— Severus, je t'en prie. Je sais que tu t'es allié à Tu-Sais-Qui et que tu es devenu un Mangemort. Mais je t'en supplie, au nom de notre amitié passée, réponds-moi. Est-ce qu'il est au courant pour la prophétie ? Est-ce qu'il sait pour mon fils ? Dumbledore est persuadé qu'il s'agit d'Harry et qu'il est en danger. Aide-moi, Severus, pitié.

Après un silence qui sembla interminable, l'homme se décida enfin à répondre.

— Il connaît l'existence de la prophétie, mais pas les détails. Néanmoins, Dumbledore a raison. Ton fils n'est pas en sécurité, et il ne le sera jamais. Le Seigneur des Ténèbres est en train de chercher à connaître le contenu de la prophétie, et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il n'y parvienne. Vous devrez vivre cachés.

Alors que le Mangemort allait partir, une main le retint.

— Sev', j'ignore pourquoi tu as voulu couper les ponts avec moi. Mais je n'ai jamais cessé de te voir comme un ami, pour ma part. Je t'ai toujours fait confiance, et je continuerai à le faire, peu importe ce que tu es devenu. Sache que je ne te tournerai jamais le dos, malgré tes fréquentations.

Cette dernière phrase était clairement une pique quant à la façon dont l'homme s'était éloigné d'elle quelques années plus tôt. Il se dégagea de la prise sur son bras et commença à s'éloigner tandis que Lily continuait.

— Je t'en prie ! S'il m'arrive quelque chose, prends soin d'Harry ! Il est toute ma vie ! Et tu es le seul en qui j'ai assez confiance pour confier ma vie !

Severus s'arrêta un instant, comme hésitant. Puis, il tourna légèrement la tête vers son amie d'enfance et lui répondit tout bas :

— Je ne peux rien te promettre, Lily.

Le souvenir s'estompa pour laisser la place à un autre. Harry y découvrit un Severus encore plus pâle que d'habitude, qui semblait choqué. Le lieu lui paraissait familier, mais il ne se rappelait pas y avoir déjà été. Il suivit l'homme dans le couloir, et son cœur commença à s'affoler quand il comprit ce qu'il allait voir. La porte du fond était ouverte et laissait voir des débris par terre. Quand il y entra enfin, il fut aussi choqué que son professeur. Sa mère gisait là, les yeux ouverts. Il sut que tout ceci lui était familier parce qu'il y avait assisté. Le bébé qu'il était alors pleurait.

Snape laissa échapper un cri désespéré avant de s'effondrer sur le sol et de prendre la seule femme qu'il avait jamais aimé dans ses bras, la berçant comme si cela pouvait apaiser son âme. En voyant l'homme pleurer ainsi, exprimer une telle douleur et tant de souffrance, Harry ne put retenir ses larmes de couler à leur tour. Il l'avait toujours vu comme un homme froid et sans cœur. Il comprenait aujourd'hui qu'il s'était trompé. Son professeur ne faisait que se protéger. Comme lui-même avait tenté de repousser ses amis à plusieurs reprises, prétextant que c'était pour les protéger, alors qu'il souhaitait surtout se protéger lui-même de la douleur de les perdre.

Après un temps qui sembla interminable, Severus se calma, reposa le corps sans vie au sol et lui ferma les yeux avant de remettre quelques mèches de cheveux en place. Puis, il se releva et se tourna vers l'enfant qui pleurait toujours. Il posa sa main sur le côté de la tête du bambin, couvrant sa joue, son oreille et sa tempe, et les pleurs cessèrent, comme si Harry, du haut de son unique année, savait que ce moment était important.

— Lily, tu as donné ta vie pour le protéger. Je te promets de tout faire pour le protéger à mon tour à partir d'aujourd'hui. Je n'ai pas su te protéger, alors je donnerai ma propre vie pour qu'il puisse garder la sienne. Et j'espère alors que tu me pardonneras ma lâcheté.

Une dernière larme coula sur l'une des joues blafardes et le Mangemort partit.

Le décor changea. Pour la dernière fois si Harry avait bien compté. Severus faisait face à Dumbledore. Ils semblaient être sur une falaise.

— Êtes-vous vraiment sûr de vouloir faire ça, Severus ?

— Oui.

— Vous savez que vous avez tous les risques de vous faire tuer.

— Je sais.

— Les gens vous détesterons. Ils vous verront comme un être horrible, sans cœur et indigne de confiance.

— Cela m'est égal.

— Si Vous-Savez-Qui revient et pense que vous êtes mon espion, vous serez torturé.

— J'en ai bien conscience.

— Vous semblez effectivement décidé. Vous faites donc tout cela pour elle. Une femme qui ne vous a jamais aimé. J'ignore ce qu'il y a exactement dans l'Après, Severus. Mais vos sentiments n'ont plus d'importance pour elle, si tant est qu'ils en aient eu un jour. Et vous ne pourrez plus changer d'avis une fois que vous serez devenu mon espion.

— Albus, cessez de me dire des choses que je sais déjà. J'ai dit que je le ferais et je m'y tiendrai. J'ai fait la promesse à Lily de protéger son fils. Alors, je le ferai jusqu'à mon dernier souffle. Peu importe les conséquences.

— Très bien. Dans ce cas, vous avez toute ma confiance, Severus. Je mettrai tout en œuvre pour vous couvrir au mieux. Mais vous serez seul dans la majorité des cas. Je vous souhaite bon courage, mon ami.

Ce dernier souvenir s'estompa à son tour, et Harry se sentit revenir à la réalité. Il sortit sa tête de la pensine et resta un moment à la fixer. Ne le voyant toujours pas réagir, Severus commença à s'inquiéter et l'appela :

— Harry ?

Le jeune homme délaissa la bassine enchantée de son regard pour le poser sur son professeur. Ce dernier se sentit envahi de panique en voyant des larmes couler sur les joues du Gryffondor. Qu'avait-il fait ? Était-ce une erreur d'avoir montré ces souvenirs au garçon ? Il n'avait pas pensé que ça pourrait être trop dur pour lui de voir cela. Il se leva alors et se précipita à ses côtés, le prenant par les épaules. Angoissé à l'idée d'avoir peut-être blessé son calice, il demanda d'une voix tendue :

— Harry, que t'arrive-t-il ? Ça va ? Parle-moi ! Dis-moi comment je peux t'aider.

Le susnommé cligna des yeux. Puis fit la dernière chose à laquelle s'attendait le maître des potions. Il enroula ses bras autour de son cou et posa sa tête sur son épaule, créant ainsi leur première étreinte à l'initiative consciente du Survivant. Il ne fallut que quelques secondes d'hésitation avant que Severus ne lui rende son étreinte. Cette situation pouvait très bien ne plus se représenter de sitôt. Autant en profiter un peu, n'est-ce pas ? Ne manquait plus qu'un petit coup de croc dans cette nuque offerte pour parfaire tout ça. Mais ce n'était pas le moment.

Au bout de quelques minutes, la curiosité et son instinct de vampire l'emportèrent. C'est que les larmes d'un calice étaient difficiles à supporter pour son vampire.

— Harry, pourquoi pleures-tu ? demanda-t-il en le repoussant légèrement pour le regarder.

— Ce n'est rien. J'ai seulement… Je n'aurais jamais cru que tu avais vécu des choses si difficiles. Je suis désolé de tout ce que tu as subi à cause de moi et de mes parents.

— Tu n'y es pour rien. Tu n'as pas à t'excuser.

— Si, je veux m'excuser. Je ne me rendais pas compte de tout ce que tu avais fait pour que je puisse être là, en vie, aujourd'hui. Et je te promets de faire des efforts pour rendre notre cohabitation meilleure. Notamment en étant peut-être un peu moins borné.

— Cela signifie-t-il que tu vas dormir avec nous ce soir ? demanda l'ancien Mangemort avec un petit sourire espiègle.

Le Gryffondor hésita, ses joues le brûlant un peu à cause de la rougeur qui commençait à s'y installer. Il n'était pas sûr d'être prêt pour ça.

— Je ne sais pas. On verra le moment venu. Je… J'ai besoin de temps. Pour m'habituer à… À cette proximité.

— Prends le temps dont tu auras besoin. Je ne te forcerai à rien.

Le plus âgé allait se relever, mais une main tirant sur sa manche l'arrêta. Il regarda le Survivant, interrogateur.

— Merci, dit Harry. Pour ces souvenirs et pour ta patience.

Et comme pour appuyer ses paroles, comme un écho au rêve de la veille et surprenant à nouveau le Serpentard, le Gryffondor se rapprocha jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent. C'était toujours un baiser chaste, mais c'était à nouveau une initiative venant totalement du jeune homme, et sans attente en retour. Si Severus avait su qu'il lui suffisait de montrer ses souvenirs au garçon pour que celui-ci fasse un pas aussi grand vers lui, il l'aurait fait bien plus tôt.


Pas trop déprimés, j'espère ? Je pense que la fin rend le tout un peu plus doux quand même :) Prochain chapitre, un personnage qu'on ne voit pas beaucoup revient sur le devant de la scène ! ;) Devinerez-vous lequel ?

Le prochain chapitre sera, comme prévu, la semaine prochaine, soit le 3 février. Et j'ai terminé les chapitres pour publier comme prévu en février (en comptant qu'il n'y aura pas de chapitre le 10, mais la publication du deuxième cadeau pour le concours, celui pour Kahori) Il ne devrait donc pas y avoir d'autres changements de programme pour février :)