Chapitre 11
Lorsque son pager avait bippé, le doc avait accouru toutes affaires cessantes : le capitaine n'était pas le genre de patient à le déranger pour des broutilles.
Dès qu'il eut franchi la porte de la chambre, il découvrit le pirate à terre, plié en deux. Il se tenait le ventre et était visiblement en proie à une vive douleur. L'hypothèse la plus logique était une hémorragie interne due à l'une de ses blessures à l'abdomen qui se serait aggravée.
Il se préparait déjà à emmener le pirate en urgence au bloc quand il découvrit un emballage argenté qui traînait à proximité. Un emballage de tablette de chocolat...
« Non ! Capitaine, dites-moi que ce n'est pas vrai ! Vous n'avez quand même pas osé faire ça ? » demanda-t-il d'une voix qui laissait transparaître son évident soulagement.
Puis sans attendre de réponse, il éclata d'un rire nerveux, prolongé, qui secoua toute sa personne durant de longues minutes. Il semblait qu'il ne s'arrêterait jamais jusqu'à ce qu'enfin, suffoquant, il ne finisse par se calmer.
Ce comportement, inapproprié à un homme de sa fonction, était pour le moins inhabituel chez le médecin de l'Arcadia dont la patience et la forte empathie lui avaient toujours valu le respect unanime de l'équipage. Visiblement, le surmenage et le stress accumulé ces derniers jours avaient eu raison de ses sentiments les plus charitables.
Furieux, Harlock le pressa d'une voix hachée, entre deux spasmes :
« Osé faire quoi ? Grouillez-vous bon sang, je sais pas ce que j'ai mais ça fait un mal de chien. »
Zéro retrouva un semblant de sérieux, sans réussir toutefois à dissimuler totalement l'amusement que lui procurait l'ironie de cette situation.
« Une crise de foie.
- Quoi ?
- Vous avez une crise de foie.
- Vous vous foutez de moi ? J'ai rien mangé !
- Et les deux carrés de chocolat qui manquent à la tablette ? »
Les bras croisés, le doc toisait d'un air supérieur son patient qui tentait de protester mais fut interrompu dans son élan par un nouveau hoquet.
Puis il reprit d'un ton suffisant et moralisateur :
« Vous avez conscience que je m'escrime à vous faire manger depuis des jours, sans succès ? E voilà que vous vous bâfrez de chocolat dès que j'ai le dos tourné ? Vous méritez largement ce qui vous arrive et j'ai bien envie de vous laisser vous débrouiller tout seul !
- Deux carrés ! Seulement deux carrés ! plaida le pirate.
- Deux carrés sur un estomac fragilisé qui supporte à peine un bouillon de poule. Vous n'êtes pas sans savoir que le chocolat est l'un des aliments les plus difficiles à digérer ? Décidément, vous agissez comme un vrai gosse. Va falloir vous décider à mûrir un jour, capitaine !
- Bordel, Doc ! D'abord vous râlez parce que je mange pas assez et maintenant parce que je mange pas ce qu'il faut. Tout ça, c'est des conneries. Filez-moi quelque chose ou partez mais arrêtez de me servir des reproches ! »
Les suppliques du malade finirent par éveiller chez le médecin un soupçon de culpabilité qui le ramena à des sentiments plus professionnels. Vu l'état de son patient, vomir était certainement contre-indiqué. Il sortit donc une seringue et injecta des antispasmodiques qui firent rapidement effet.
Après avoir aidé le pirate épuisé à regagner son lit, le doc ramassa la tablette qui traînait encore à terre.
« Chocolat noir pétillant, 85% de cacao, aux éclats de framboise », lut-il d'un œil appréciateur.
Profitant de l'aubaine, Zéro enfourna discrètement un carré.
Les mots permettaient difficilement de décrire la complexité et la richesse des émotions qui l'assaillirent.
D'abord croquant sous la dent, le chocolat libéra rapidement au contact de la salive une explosion de pépites qui affolèrent les papilles du doc et lui procurèrent une sensation étrange tout à fait nouvelle et inattendue. Puis, lorsque l'effet de pétillement se fut atténué, il acheva de fondre sous la langue avec une onctueuse suavité. Enfin, l'amertume du cacao se révéla pleinement, mêlée au goût plus sucré mais subtil de la framboise. Une tuerie.
Le médecin poussa un soupir de contentement qui frisait l'indécence. Qui aurait pu penser qu'un simple morceau de chocolat puisse procurer un plaisir si... (il chercha le mot juste) sensuel ?
Le geste du capitaine trouvait soudain grâce à ses yeux : qui pouvait résister à une telle tentation ?
Il contempla avec nostalgie l'objet de sa convoitise, trouvant (à juste titre) qu'il avait un fort goût de reviens-y. Surtout si l'on considérait que l'habillage brillant en papier aluminisé, la légèreté des bulles pétillantes et la touche de framboise se marieraient à merveille avec les bouteilles de champagne qu'il avait secrètement acquises lors de leur dernière escale.
Ce dernier argument eut raison de ses scrupules. Pris d'une idée subite, il se dirigea nonchalamment vers la table sur laquelle se trouvait le reliquat du cadeau de Mayu.
« Par mesure de précaution, je confisque votre stock de chocolat. Pour vous éviter de succomber à nouveau à la tentation. »
A ces mots, l'œil d'Harlock s'alluma un instant mais il était trop mal en point pour pouvoir protester efficacement.
« Et soyez assuré que c'est pour votre bien ! » ajouta le médecin la bouche pleine avant de quitter la chambre.
0-0-0-0-0-0-0-0
« Combien de temps avant que que nous ne soyons à nouveau opérationnels ?
- D'après le dernier compte-rendu de ton premier lieutenant, il y en a encore pour au moins trois semaines de travail.
- C'est trop.
Hors de question que cette fausse rumeur continue à colporter l'annonce de ma mort et de la destruction de l'Arcadia. Les Sylvidres reprendraient leurs activités de plus belle, sans parler des bandits en tous genres qui s'empresseraient de développer leurs trafics sans peur de représailles.
Vu le rapport alarmant que tu viens de me faire sur la situation géopolitique, il faut que les réparations soient terminées au plus vite. 15 jours au maximum. Après, nous ferons une sortie. Coûte que coûte.
- Mmm. C'est peut-être possible. Je sais que Yattaran est un génie dans son domaine et qu'il est capable de faire des miracles pour l'Arcadia. Mais tu oublies un peu vite que c'est toi qui ne seras pas sur pieds.
- J'en fais mon affaire. J'ai mon idée. »
Emeraldas secoua la tête pour exprimer son scepticisme mais s'abstint de tout commentaire. Harlock avait à présent retrouvé suffisamment de forces pour reprendre les rênes. Libre à lui de décider.
Elle se leva et quitta les appartements du pirate pour transmettre ses ordres.
0-0-0-0-0-0-0-0
Harlock s'appuyait lourdement sur sa béquille. Cela faisait trois jours maintenant que Zéro, qui en avait eu assez de ses jérémiades permanentes, l'avait autorisé à se lever (sous conditions sévères). De toute façon, depuis le temps qu'il le soignait, cela faisait longtemps que le médecin avait appris à se servir du mauvais caractère du capitaine comme d'un baromètre pour poser son diagnostic : plus il était pénible et plus il avait récupéré !
Le fait que le pirate soit à nouveau suffisamment vaillant pour s'agacer et râler après l'avoir vu presque mort deux semaines auparavant était un réel soulagement.
Depuis que Zéro avait embarqué sur l'Arcadia, son patient le plus coriace avait eu tellement d'occasions de fréquenter l'infirmerie que les deux hommes en étaient venus à développer des relations assez proches de celles d'un couple. Ils connaissaient parfaitement leurs faiblesses respectives.
Comme à chaque fois, Harlock avait su le harceler jusqu'à avoir gain de cause. Mais le doc n'était pas sorti tout à fait perdant de cette joute verbale : il n'avait cédé que contre la promesse expresse que le capitaine s'alimente régulièrement, quoi qu'il lui en coûte. Son instinct médical avait eut raison, bien entendu, et les efforts du pirate pour manger avaient fini par payer.
Gavé aux antalgiques, ce dernier avait à présent retrouvé suffisamment de forces pour déambuler à petits pas dans les environs. En revanche, c'était la première fois que le médecin l'autorisait à remettre les pieds sur l'Arcadia. Une folie pour son corps mais une nécessité pour son équilibre mental.
En le voyant grimper laborieusement la rampe d'accès, Zéro mesurait le chemin parcouru depuis leur affrontement avec les Sylvidres.
Bien sûr, il faudrait encore plusieurs mois pour que le capitaine finisse de guérir et ses blessures avaient été si invasives qu'il ne retrouverait sans doute jamais ses pleines capacités physiques mais le voir debout alors qu'il désespérait de le sauver était la plus belle récompense dont un médecin puisse rêver.
0-0-0-0-0-0-0-0
L'émotion le submergeait.
Cela faisait deux longues semaines qu'il n'avait pas foulé le plancher de son vaisseau. Il était de retour chez lui, enfin. Il sentait sous ses pieds les vibrations familières et le ronronnement profond des machines était comme une musique à ses oreilles. L'Arcadia était certes mutilée mais bien vivante.
Il s'avança dans les coursives étrangement désertes : plus que tout, il avait hâte de retrouver les conversations avec l'ordinateur, faites de cliquetis et de lumières. Il avait besoin de sentir la présence de Tochiro. Une fois de plus, le petit homme les avait sauvés en les amenant seul jusqu'à l'îlot et en appelant Emeraldas à leur secours.
Mon vieil ami, même mort, tu continues de veiller sur l'Arcadia et son équipage.
Malheureusement, il lui fut impossible d'aller jusque là : Mayu était arrivée en courant, elle tirait sur ses vêtements pour l'entraîner à sa suite, et ce malgré les protestations du pirate.
Décidément, je n'ai vraiment plus aucune autorité à bord si je me laisse dicter ma conduite par une gamine de sept ans.
Il n'était pas du tout d'humeur à jouer mais ne voulait pas non plus lui faire de peine. Il entendit la voix de Miimé : « Fais-lui ce plaisir, tu ne sais pas combien de temps encore elle va pouvoir rester à bord. »
Harlock soupira de dépit mais céda aux instances de la fillette. Il la suivit lentement en direction de... la cantine ?
Mais pourquoi n'y a-t-il personne sur ce vaisseau. Où sont-ils tous passés ?
Lorsqu'il pénétra dans le mess, le mystère s'éclaircit de lui-même : tout l'équipage y était rassemblé.
Mélange hétéroclite d'hommes et de femmes, la plupart portaient encore bandages, attelles ou béquilles. Il y avait même un pirate allongé sur un brancard le long du mur.
Une sacrée bande d'éclopés.
La salle illuminée de toutes les couleurs croulait sous les guirlandes, les paquets cadeaux et un immense sapin occupait le milieu de la salle. La table centrale débordait de victuailles en tous genres. Miss Masu trônait fièrement à côté du festin, son couteau à la main, prête à décourager toute tentative de vol de nourriture.
« Joyeux Noël, parrain !
- Joyeux Noël, capitaine ! »
Harlock resta interdit à l'entrée de la salle, appuyé lourdement sur sa béquille, incapable dans un premier temps de comprendre ce qui se passait.
Noël ? C'est le jour de Noël ?
Harlock sentit son cœur se serrer. Tochiro avait toujours adoré les fêtes en général, Noël en particulier.
Tous les ans, il avait mis son génie et son enthousiasme effréné dans l'organisation de ce grand événement, surtout l'année qui avait suivi la naissance de Mayu. Le premier Noël de sa fille, en présence d'Eméraldas, avait été un moment mémorable et attendrissant.
Depuis la mort de son ami, cette fête avait cessé d'être célébrée à bord.
Le capitaine ne l'avait pas explicitement interdite mais l'équipage avait bien senti que l'humeur du pirate s'assombrissait dès que se profilait le mois de décembre. Les hommes avaient été prompts à mettre en relation cette morosité et la disparition du professeur Oyama. Ils avaient donc d'eux-mêmes renoncé à fêter Noël par égard pour leur supérieur.
A mesure que l'effet de surprise s'estompait, Harlock sentait l'agacement prendre le pas sur sa mélancolie : apparemment, tout le monde était au courant sauf lui, le capitaine de ce vaisseau ! Il avait l'impression d'être le dindon de la farce.
Son absence de réaction jeta un froid sur l'assemblée et tout sembla se figer soudainement. Les visages se fermèrent les uns après les autres. La déception générale était palpable. Les hommes avaient espéré que l'initiative de Mayu, la propre fille de Tochiro, réussirait à briser le tabou qui s'était installé à bord.
Visiblement, ils s'étaient trompés.
Emeraldas, appuyée au mur et les bras croisés, semblait pour une fois partager le malaise ambiant. Non pas que le sale caractère du pirate l'émeuve, il en fallait plus que ça pour la déstabiliser. Non, c'était autre chose.
Son regard dur oscillait entre le capitaine et la petite fille. Tochiro, qui l'avait connue mieux que tout autre et avait su percer sa carapace d'apparente insensibilité, ne s'y serait pas trompé : elle souffrait.
Mayu, quant à elle, avait l'air tout à fait désespérée. Elle essayait de se justifier :
« Je sais que ce n'est pas tout à fait le jour de Noël (en fait, on était déjà en janvier mais ce détail n'avait pas suffi à freiner l'enthousiasme de la fillette) mais j'avais pensé que... Enfin, je voulais juste... »
Bob avait une expérience de la vie plus longue que tous ici, à l'exception de Miimé, et il en fallait plus que ça pour l'impressionner. Il connaissait Harlock de longue date et savait que sous son air glacial se cachait un grand cœur. Il suffisait juste de le lui rappeler.
Il était aussi l'un des seuls (voire LE seul à part peut-être Emeraldas ?) à pouvoir se permettre d'être familier avec lui sans risquer une exécution sommaire !
Soucieux de détendre l'atmosphère, il prit la fillette dans ses bras, lui ébouriffa les cheveux avant de la faire tournoyer dans les airs. Puis quand elle rit tellement qu'elle n'arrivait plus à reprendre son souffle, il l'amena vers lui dans un geste théâtral, comme s'il souhaitait lui faire une confidence.
Mais c'est pourtant d'une voix haute et claire, afin que tous puissent entendre, qu'il déclama :
« Ne t'inquiète pas mon ange bleu, ton parrain a juste un tout petit peu de mal à gérer ses émotions, surtout en ce moment, mais il est absolument ravi de ta petite surprise. N'est-ce pas, gamin ? »
Le ton décontracté et narquois qu'il avait utilisé fit l'effet d'un souffle d'air chaud. La salle sembla se dégeler d'un coup.
Miimé eut un rire discret. Kei pouffa en essayant (avec difficulté) de garder le contrôle d'elle-même mais son regard pétillant en disait long. Les hommes d'équipage jouaient des coudes en gardant les yeux fixement baissés de peur d'éclater de rire. Même la pirate rousse, pour une fois, esquissa l'ébauche d'un sourire.
Harlock, lui, restait incrédule. Comment tout cela avait-il pu être organisé sans qu'il ne soit au courant ? Et avec tout le travail qui les attendait pour remettre le vaisseau en état, il lui semblait que l'heure n'était pourtant pas aux réjouissances.
« Même toi, Emeraldas, tu étais dans le complot ? Je n'aurais jamais cru que tu acceptes de prendre part à ce genre de futilités ! »
La pirate répondit avec un sourire en coin et pointa négligemment son menton en direction de l'Octodian :
« Tu sais Harlock, tu n'es pas le seul à avoir un faible pour le chocolat. Vus tes récents déboires digestifs, j'ai pensé que tu n'aurais plus besoin du cadeau de la petite dans l'immédiat alors j'ai passé un accord commercial : les décorations de Noël contre ton stock de chocolat. »
Bon sang, n'y a-t-il donc aucun événement de ma vie privée qui ne soit devenu notoriété publique ?
Elle demanda, faussement contrite : « J'espère que tu ne m'en veux pas ? »
Harlock jeta un regard furibond à Bob et lui murmura à voix basse sur un ton accusateur :
« Tu as osé récupérer mon stock de chocolat auprès du doc et le vendre à Emeraldas ? Et arrête de m'appeler gamin devant mes hommes ! »
Bob planta ses quatre paires de bras solidement sur ses hanches et éclata d'un rire caverneux.
« Qu'est-ce que tu veux, gamin, je ne peux rien refuser à ton petit ange bleu. Et c'est la seule monnaie d'échange qu'Emeraldas ait voulu accepter. Je n'y peux rien ! D'ailleurs, je tiens à préciser que je n'ai remis la main sur ton cadeau qu'avec difficulté et juste à temps...», ajouta-t-il en dardant son regard sur un petit homme en blouse blanche qui semblait vouloir soudainement disparaître.
Le pirate sentit une légère tension exercée sur ses vêtements. Il baissa le regard et vit Mayu qui le regardait avec des yeux tristes.
« Tu n'aimes vraiment pas ma surprise ? Tu sais, j'avais tellement aimé l'histoire du petit Jésus qui naissait pour rendre tous les hommes heureux. Je voulais juste te rendre heureux toi aussi... »
Il devait reconnaître que l'attention de la fillette était très touchante.
Il jeta un nouveau coup d'œil à l'assemblée réunie : presque tous portaient des traces de la terrible bataille mais les regards pleins de vie et les sourires qui éclairaient les visages montraient à quel point ils appréciaient de se rassembler tous ensemble ce soir. Ils semblaient également vouloir le mettre à l'honneur, lui, leur capitaine.
Harlock se sentit fondre. Il entendit nettement une voix d'enfant résonner en lui : Retrouve ta joie de vivre ! Son visage se fendit d'un sourire discret.
« Bien sûr que si, ma princesse. Nous n'avions plus eu l'occasion de nous réjouir depuis pas mal de temps. J'ai juste été surpris. Et tu sais comme je peux parfois avoir mauvais caractère.
- Parfois ? » reprit Bob d'un ton railleur.
Un gloussement général accueillit cette dernière remarque. La colère bouillonna à nouveau dans les entrailles du pirate.
Arrête d'être si susceptible. Self-control.
Le capitaine expira profondément puis son visage s'éclaira à nouveau.
Il reprit en jetant un coup d'œil assassin à l'Octodian :
« OK, tu sais comme j'ai souvent mauvais caractère. En tout cas, tu as eu une excellente idée : une petite fête nous fera le plus grand bien à tous. Et dorénavant, nous célébrerons Noël tous les ans en ta compagnie. »
A ces mots la fillette, qui ne se sentait plus de joie, enserra la taille de son parrain.
Aïe, encore. Il faut vraiment que je lui dise d'arrêter ces démonstrations d'affection pendant quelques temps !
Mayu avait immédiatement saisi le problème. Elle desserra son étreinte et se recula, la mine contrite mais malicieuse.
« Oups, désolée. Je n'arrête pas d'oublier : je t'aime trop pour m'en empêcher ! »
Après que Mayu l'ait conduit à sa table, Harlock déclama d'une voix aussi forte que ses poumons estropiés le lui permettaient :
« Je dédie cette fête à la mémoire de tous les hommes morts pour défendre l'Arcadia et les idéaux qu'elle incarne. »
Le silence se fit.
Le vide récent laissé par leurs compagnons était palpable et pesait sur le cœur de chacun. Harlock pensait bien évidemment aussi à Tochiro, même si son sacrifice était déjà plus ancien.
Puis il embrassa l'assemblée d'un geste du bras et reprit :
« Je voudrais également saluer votre courage, un capitaine ne pourrait rêver d'un meilleur équipage. »
Il regarda en direction d'Eméraldas et de Bob. « Merci de votre aide précieuse. »
Enfin, il se tourna vers le doc. « Surtout, je voudrais porter un toast spécial au docteur Zéro et à ceux qui l'ont aidé dans sa tâche. Sans eux, beaucoup d'entre nous ne seraient pas là ce soir. »
Il conclut d'une voix profonde et empreinte de gravité : « A la Liberté ! »
Et il ajouta pour lui-même : A ta mémoire, mon vieil ami. Tu peux être fier de ta fille.
« A la Liberté ! A notre capitaine ! »
La petite voix de Mayu résonnait, haute et claire au milieu des timbres rauques des pirates. Petit bout de femme au caractère bien trempé, elle monta sur la table et lança à pleins poumons :
« Et maintenant, que la fête commence ! »
Note : L'écriture de l'épisode chocolaté a déclenché une furieuse crise de boulimie qu'il m'a fallu satisfaire au plus vite. A mon grand dam, je partage totalement l'addiction d'Harlock à cette merveilleuse drogue douce ! D'ailleurs, à qui doit-on attribuer la paternité de ce trait de caractère chez notre pirate préféré ? Pas à M. Matsumoto, me semble-t-il. Aerendir Linaewen, c'est (encore !) toi la responsable ? :-)
