Et bien voilà, après près de 3 ans, il semble que je sois enfin prête pour reprendre cette fic. J'aurais aimé invoquer le manque de temps mais comme l'histoire était écrite en entier avant de commencer sa publication, ce prétexte ne tient pas. Non, la raison principale de cette absence est que, rétrospectivement, j'avais un peu honte d'avoir écrit ces premiers chapitres. Je suis tout à fait d'accord avec certaines reviews (par ailleurs sympathiques) : c'est vraiment "too much" , la romance Harlock/Kei n'est pas des plus judicieuses et ça traîne en longueur. Mais comme les chapitres étaient déjà publiés, il était un peu tard pour tout reprendre et modifier. Adapter la suite ? Je n'en avais pas le courage et cela n'aurait pas été cohérent par rapport au début de la fic. Du coup, j'ai simplement laissé tomber et "oublié"... jusqu'à récemment, lorsque dans un moment de désoeuvrement, je me suis remise à lire quelques fics de mes auteurs favoris.
J'ai retrouvé avec satisfaction le monde du Captain Harlock, ce qui m'a donné assez de courage pour me décider à relire ma propre histoire. Bien que j'en sois toujours insatisfaite, j'y ai quand même pris du plaisir. Alors tant pis, ce ne sera pas une grande oeuvre littéraire (ça n'en a jamais été le but ;) ) mais malgré des choix que je continue à regretter, je me dis que c'est quand même dommage de la laisser inachevée. En tout cas, Aerandir Linaewen avait bien raison : "Il n'y rien de plus compliqué que de finir une fic..."
Chapitre 12
« Content de vous revoir à bord, capitaine. Ça fait plaisir de vous voir sur pieds.
- Merci Yattaran. Tu as fait du bon travail en mon absence. Comment va le bras ? »
Le lieutenant sourit largement en agitant son attelle.
«Plus qu'une semaine et je pourrai retourner à mes maquettes ! »
Le visage d'Harlock s'éclaira également.
« On tient le bon bout. Quelles nouvelles ?
- Pas ce soir, capitaine. Ce soir, c'est Noël. Le travail attendra bien jusqu'à demain. »
Le pirate secoua la tête.
« Décidément, c'est une véritable conspiration. Je me suis bien fait avoir.
- Qu'est-ce que vous voulez, la petite était tellement contente, on ne pouvait pas lui refuser ce plaisir. Et puis il nous a semblé qu'une petite fête détendrait un peu l'atmosphère. »
De fait, l'atmosphère était effectivement très détendue. Mayu avait retrouvé dans l'ancien laboratoire de Tochiro (comment y était-elle entrée ?) un gramophone avec de vieux disques et s'était mise en tête d'improviser une chorale de pirates. Le résultat était bien sûr pitoyable.
Tadashi, déjà immature en temps normal, avait vu son enthousiasme habituel décuplé en anticipation des plaisirs à venir. Il s'était particulièrement investi dans les préparatifs. En conséquence de quoi il essayait maintenant d'échapper à Kei qui souhaitait visiblement l'étrangler : elle venait de découvrir que sa lingerie fine et les photos compromettantes qu'elle gardait dissimulées à l'intérieur de sa penderie avait été transformées en guirlandes pour décorer le sapin.
Harlock suivait avec attendrissement la course-poursuite entre les deux jeunes gens. Kei se considérait un peu comme la grande sœur du jeune orphelin et leurs incessantes querelles apportaient un peu de piment dans le quotidien stressant de la vie à bord d'un vaisseau de guerre.
« Elle te plaît ? »
Surpris, il se raidit brusquement et se rebella avec vivacité.
« Miimé, je t'interdis de lire dans mon esprit sans mon autorisation ! »
Un bruit étrange résonna dans l'esprit d'Harlock, comme des gouttelettes de verre qui se briseraient au sol, et des flashs de couleur explosèrent : la Jurassienne riait mentalement. C'était toujours une expérience déstabilisante pour lui.
Le pirate leva la tête. Il localisa Miimé dans un recoin, à moitié dissimulée par le sapin. Elle aimait se mettre à l'écart pour mieux observer les activités des humains qui, après toutes ces années, continuaient de la fasciner. Il la fixa d'un air accusateur.
« Pourquoi te moques-tu de moi ? »
Les yeux de Miimé pétillaient de malice. « Désolée. Je parlais de la fête, pas de Kei ! »
Harlock rougit violemment, ce que ne manqua pas de remarquer son premier lieutenant qui était assis en face de lui.
« Vous vous sentez bien, capitaine ? Vous voulez que j'aille chercher le doc ?
- Grmpf. »
Pas malade, furieux. Yattaran regarda dans la même direction que le pirate, eut un sourire en coin en voyant l'expression amusée de la Jurassienne. Il avait assisté suffisamment de fois aux conversations silencieuses entre l'extra-terrestre et son commandant pour deviner qu'elle venait de faire une blague à ses dépends.
Il jugea plus prudent de s'éclipser, des fois que le capitaine ne cherche un exutoire à sa mauvaise humeur. Il se dirigea résolument vers un groupe de pirates hilares qui passaient leur temps à jeter des coups d'œil coupables par-dessus leurs épaules.
Pendant ce temps, Miimé s'était approchée silencieusement derrière le capitaine.
« Ne m'en veux pas, je ne voulais pas te vexer. Tu es si transparent quand tu la regardes, je n'ai pas pu m'en empêcher. »
Harlock accepta ses excuses d'un signe de tête puis reporta son attention sur le centre de la salle. Zéro avait hâtivement poussé les tables pour dégager une piste de danse. Puis il avait insisté pour inviter Miss Masu qui avait protesté comme une jeune fille effarouchée mais l'avait néanmoins suivi en gloussant.
Évidemment, Mi-kun et Tori-San, le chat du docteur et l'oiseau du capitaine, profitaient de l'inattention de la cuisinière pour s'adonner à leur passe-temps favori : piller les réserves de nourriture du vaisseau, en l'occurrence la table du buffet.
Bref, une fête tout à fait à l'image des pirates farfelus et déjantés qui peuplaient l'Arcadia. Aux yeux d'Harlock le meilleur équipage dont on puisse rêver.
« A les voir, on pourrait presque croire qu'il ne s'est rien passé, pensa-t-il à voix haute.
- Sauf que s'il ne s'était rien passé, je pourrais avoir à boire. Pourquoi ce stupide docteur a-t-il eu l'idée d'interdire l'alcool ? » répondit la Jurassienne, soudainement agacée.
C'était au tour d'Harlock de sourire : il était inhabituel de voir Miimé s'énerver.
Seul un sujet aussi sensible que l'alcool pouvait réussir à lui faire perdre son self-control et pour cause : celui-ci constituait le régime alimentaire exclusif des Jurassiens (ce qui ne leur conférait malheureusement aucune immunité contre l'ivresse).
En y réfléchissant, la seule chose totalement inhabituelle lors de cette fête de Noël était bien l'absence évidente d'alcool. A bord de l'Arcadia, le degré de réussite d'une fête se mesurait au nombre de bouteilles descendues avant que tout le monde ne finisse par rouler sous la table.
Pour des raisons médicales évidentes (plus de trois-quarts des pirates étaient encore en convalescence), le doc avait décrété que toutes les boissons alcoolisées seraient bannies jusqu'à nouvel ordre.
Le plus étonnant était que Zéro lui-même semblait vouloir respecter cette interdiction. Pour un alcoolique notoire, cette mesure était pour le moins surprenante.
« Ne t'inquiète pas Miimé. Les hommes n'obéissent déjà pas à mes ordres une fois sur deux, tu te doutes bien qu'ils ne vont pas écouter le doc quand il s'agit d'alcool. Regarde là-bas.»
Il pointa du doigt le groupe auquel venait de se mêler son premier lieutenant. Le volume sonore y était passablement plus élevé qu'au début des réjouissances et était en progrès constant. Les messes basses finissaient en éclats de rire les efforts des uns pour faire taire les autres étaient tellement bruyants qu'ils attiraient encore plus l'attention sur eux.
Selon les critères du vaisseau, la fête promettait finalement d'être un total succès.
« Je te parie que la plupart ont déjà pris une bonne avance sur toi. Tu devrais te dépêcher avant qu'ils n'aient tout bu. »
Rapidement, les pirates commencèrent à chanceler. Les blessures, la fatigue liée aux réparations de l'Arcadia et le sevrage d'alcool de ces dernières semaines leur promettaient une ivresse facile. Le doc, étrangement, n'avait jusque là rien remarqué.
Il fallut attendre que Tadashi (qui n'avait jamais tenu l'alcool) trébuche sur le chat, recule en hurlant pour fuir les griffes acérées qui s'étaient plantées dans sa jambe, se prenne les pieds dans le sapin et emmène le tout à terre pour que Zéro réagisse enfin.
Il s'approcha de l'adolescent qui gisait au sol pour l'examiner. Entre les propos incohérents et l'haleine qui empestait le whisky, le diagnostic fut rapide.
« QUI A OSE AMENER DE L'ALCOOL A CETTE SOIREE ? J'AVAIS INTERDIT L'ALCOOL SUR CE VAISSEAU ! »
Un silence glacial s'installa dans le mess. La fureur de Zéro les impressionnait... un peu. Mais ils étaient déjà tous trop éméchés pour que l'effet dure bien longtemps. Puisque le secret était éventé, à quoi bon se cacher ? Les bouteilles sortirent de sous les tables. Toute discrétion semblait oubliée.
Zéro restait soufflé devant ce spectacle. Puis il haussa les épaules, impuissant.
Après tout, le mal est fait. Autant en profiter moi aussi.
Il arracha des mains de son propriétaire la première bouteille qui passa à sa portée et se mit à téter au goulot avec application. Il avait bien droit à un petit réconfortant après ce dur labeur, non ?
Comme lui aussi avait perdu son endurance (son travail de médecin ne lui avait guère laissé le temps de s'enivrer ces derniers temps), il ne mit pas longtemps à brailler aussi fort que les autres. Miimé s'était visiblement mise en tête de goûter à chacune des bouteilles et brillait un peu plus à chaque gorgée. Au milieu de cette immense beuverie, Mayu était aux anges, parfaitement à l'aise.
« Tu as vu, Tonton Bob ? C'est comme dans ton saloon ! »
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« Je t'offre un verre, capitaine Harlock ?
- Tiens, Emeraldas Je me demandais justement qui, de toi ou de Bob, avait fait de la contrebande sur mon vaisseau. Je crois que j'ai la réponse à ma question.
- Qu'est-ce que tu veux ? J'ai en permanence un stock conséquent sur le Queen. Il y a toujours de bonnes affaires à faire en matière d'alcool. Remarque, Bob n'aurait pas eu non plus de scrupules à plumer tes hommes si ses réserves n'étaient restées au Metal Bloody Saloon. Pas de chance pour lui. De toute façon, tu devrais me remercier : sans moi, le magasin de l'Arcadia aurait été pillé par la bande de soûlards qui te sert d'équipage. »
Harlock ne se faisait pas d'illusions :
« Ne t'en fais pas, je parie qu'ils ont aussi dévalisé les stocks de l'Arcadia. Et non, je ne veux pas boire. »
Il frissonna : le souvenir cuisant de sa crise de foie était encore trop récent. Il n'avait pas du tout envie de renouveler l'expérience...
Si quelques carrés de chocolat suffisent à me faire vomir tripes et boyaux, boire du Red Bourbon doit faire l'effet d'avoir un volcan à la place de l'estomac.
La pirate rousse en resta un long moment sans voix.
« Et bien, tu dois être encore plus salement atteint que tu ne le laisses paraître, ce qui n'est pas peu dire. Je n'aurais jamais pensé te voir un jour refuser un verre. »
Le capitaine s'abstint de tout commentaire.
Emeraldas l'observa encore un instant et reprit d'une voix concernée :
« Tu es pâle comme un linge, Harlock. Tu devrais aller te coucher. »
Le pirate soupira. Il était effectivement temps pour lui de quitter la fête.
Cela faisait déjà pas mal de temps qu'il souhaitait s'éclipser discrètement (pratiquement depuis le début, en fait) mais il n'arrivait pas à rassembler l'énergie nécessaire. Le bruit, l'agitation, l'émotion et simplement le fait de rester assis l'avaient épuisé. Il pensait avoir réussi à le cacher mais bien sûr, ça avait été illusoire.
Il inspira lentement et réussit à se lever en prenant appui sur la table. La pirate rousse était à ses côtés, prête à le retenir s'il tombait mais elle se garda bien d'intervenir. Depuis le temps, elle connaissait assez les manières du capitaine et ce regard qui signifiait : « Je n'ai pas besoin de ta pitié. Je peux me débrouiller seul.»
Sur ce point, Emeraldas ne le comprenait que trop bien. Elle était aussi obtuse que lui dès qu'elle sentait sa fierté menacée.
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Dieu que le trajet du retour paraissait long.
Trop épuisé pour regagner les appartements sur la plage, il avait opté pour ses quartiers à bord de l'Arcadia. Il était à peine hors de vue des autres pirates qu'il commença à se trouver mal. Sa tête tournait et ses jambes étaient comme du coton.
Il se força à continuer en prenant appui sur sa béquille mais ne put aller bien loin. Le souffle court et trempé de sueur, il s'appuya contre la cloison et se laissa prudemment glisser à terre. La tête calée contre les genoux, il luttait pour rester conscient.
Bon sang, combien de temps encore vais-je rester si faible ? Il y a tant à faire...
Ce nouveau malaise le décourageait un peu plus. Malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas vraiment à remonter la pente. Le doc parlait d'une anémie sévère et d'un problème de formule sanguine qui l'affaiblissaient. Ça allait légèrement mieux depuis qu'il avait retrouvé un peu d'appétit mais son état était encore bien précaire.
« Alors, gamin, on n'a pas envie d'aller se coucher ? »
Bob, prévenu d'un signe de tête par Emeraldas, avait vu le capitaine s'éloigner du mess. Sa démarche peu assurée avait convaincu l'Octodian qu'il n'arriverait sûrement pas seul jusqu'à son lit. Visiblement, il avait vu juste.
« Mmmm...
- Besoin d'aide, on dirait ? »
Harlock garda la tête baissée. Il lui semblait impossible de faire même le plus petit geste sans tourner de l'œil. Il articula faiblement :
« Qu'est-ce qui peut te faire penser ça ? »
Bob éclata de rire.
« Foutu pirate ! Plus têtu qu'une mule. Tu as le choix : tu acceptes mon aide maintenant ou j'attends que tu t'évanouisses, ce qui ne devrait pas prendre longtemps. »
Sans attendre de réponse, il s'approcha du blessé et se glissa sous son bras droit pour le soutenir autant que possible. Malgré cela, le capitaine tenait à peine sur ses pieds. Il était totalement à bout de force et souffrait visiblement.
« Bordel, gamin, tu pèses à peine plus lourd qu'une plume. On ne te donne rien à manger ? »
Il n'eut droit qu'à un grognement pour réponse.
« Et pourquoi le docteur ne te donne-t-il pas plus d'antalgiques ?
- Trop saoul. Ça ira mieux demain... »
L'Octodian en avait le cœur retourné. Pour une fois, il n'avait pas envie de se moquer.
« Sérieusement, gamin, ça me fait mal de te voir dans cet état-là. Tu te pousses beaucoup trop. Il faut que tu t'accordes le temps de récupérer ou les Sylvidres n'auront même plus besoin de t'achever : tu t'en seras chargé tout seul.
- M'accorder le temps de les laisser détruire la Terre, c'est ça ? Allons, Bob, tu sais que je n'ai pas le choix.
- Toi et ton stupide ego ! Dois-je te rappeler que tu n'es pas seul dans cet univers ? Laisse la lutte à d'autres, au moins quelques temps ! »
Harlock souffla d'un ton désabusé : « Qui ?
- Emeraldas ?
- Elle fait déjà plus que ce qui est humainement possible. Elle ne peut pas vaincre seule. Tu le sais. »
Impressionné par l'état de faiblesse et de résignation de son protégé, il le souleva délicatement. Le capitaine protesta par principe puis se laissa porter dans un silence religieux jusqu'à ses quartiers. Il s'était endormi (ou évanoui) dans les bras de l'extra-terrestre et n'ouvrit pas les yeux quand il le déposa sur son lit.
« Pauvre gosse, tu as choisi un destin bien difficile à assumer. Ta lutte au nom de la Liberté te prive de la tienne. Te voici devenu esclave de ta propre quête. »
Il le couvrit avec affection et s'installa sur le canapé de la pièce d'à côté, le connaissant trop bien pour oser le laisser seul.
