Chapitre 16
Debout derrière la barre, son œil fixé sur la baie principale de la passerelle, Harlock regardait les débris de la base sylvidre achever de se consumer. C'était la troisième en trois jours. Leur nouveau système de camouflage semblait fonctionner à merveille. Grâce aux informations que Yattaran avait réussi à hacker lors de leurs diverses missions d'espionnage en mode furtif, l'Arcadia avait pu causer de sévères dommages aux forces armées de Lafresia. Tout le monde avait besoin de se défouler et cet exercice était tombé à point nommé.
Jusqu'à présent, il n'y avait pas eu de représailles. Le capitaine était bien le seul à bord à s'en inquiéter.
L'équipage enthousiaste s'était donné avec ardeur à sa mission. Même si ce n'était pas encore suffisant pour satisfaire pleinement les hommes, ça leur permettait au moins de prendre un début de revanche après les lourdes pertes qu'ils avaient subies lors de leur rencontre avec l'armada. En plus de remonter le moral des troupes, c'était aussi un excellent entraînement pour se remettre dans le bain.
Il n'empêche qu'une fois l'effet de surprise passé, ils auraient dû être pris en chasse. D'autant qu'ils n'avaient rien fait pour dissimuler leur position et que Lafresia n'était pas du genre à se laisser faire sans riposter. Cette absence de réaction, en plus des heureuses coïncidences qui leur avaient permis de découvrir les positions militaires ennemies, avait fini par alerter Harlock. Tout se goupillait trop bien. Il s'attendait à une nouvelle traîtrise.
Si les rôles avaient été inversés et que lui-même ait cherché à piéger la reine sylvidre en lui communiquant intentionnellement certaines informations, il n'aurait pas commis l'erreur grossière de rester inactif. Il aurait fait semblant de contre-attaquer pour ne pas éveiller les soupçons de ses ennemies. A moins que Lafresia ne sous-estime ses capacités de déduction ?
Pfff, allez savoir ce qui se passe dans la tête d'une plante.
Dans l'immédiat, il ne pouvait rien faire de plus qu'attendre et observer.
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La porte de sa cabine s'ouvrit à la volée et laissa passer un Yattaran surexcité.
« Capitaine, capitaine. Je suis tombé sur le jackpot !
En finissant d'analyser les transmissions sylvidres que nous avons enregistrées ce matin, j'ai découvert un message classé top secret. Le code de décryptage m'a donné du fil à retordre mais j'ai réussi à le forcer et le contenu est d'une importance capitale ! Il semble que les Sylvidres n'aient pas été inactives pendant notre absence : elles ont mis au point une nouvelle arme biochimique de destruction massive et prévoient de l'utiliser contre la Terre pour décimer la population humaine !
Le transport de cette arme se fera incognito à bord d'un simple vaisseau-cargo, le Racoon, chargé d'accompagner un important contingent de Sylvidres civiles. Ces diablesses savent bien que nous ne touchons jamais aux vaisseaux non-militaires et espèrent s'en servir comme bouclier au cas où elles seraient découvertes. Quelle bande de lâches ! »
Harlock sentit un picotement familier se propager le long de sa colonne vertébrale. S'il y avait une chose qu'il avait apprise au cours de ses nombreuses années de combat, c'était à faire confiance à son instinct, plus qu'à sa raison.
« Calme-toi, Yattaran. Je te remercie pour ces renseignements précieux mais je trouve qu'ils tombent un peu trop à point nommé pour que ce soit crédible. Un piège, certainement.
- Capitaine, vous faites insulte à mon talent ! Les Sylvidres ne peuvent pas savoir que mon nouveau système espion peut capter et décoder leurs communications. Je vous rappelle que grâce aux données que nous avons déjà utilisées, nous avons détruit plusieurs de leurs bases. Elles ne les auraient pas volontairement sacrifiées. C'est bien la preuve qu'elles ne savent pas que nous piratons leurs documents ! Du coup, pourquoi auraient-elles entré de fausses informations à notre intention ?
- Je suis d'accord avec toi, Yattaran, mais malgré la pertinence de tes arguments, je persiste à croire que c'est louche. Appelle ça une prémonition si tu veux. De toute façon, nous ne pouvons pas courir le risque de ne pas vérifier. Une telle arme entre les mains des Sylvidres signifierait l'extermination des humains sur Terre. Il faudra juste prendre plus de précautions que d'habitude. »
Les propos du capitaine firent au premier lieutenant l'effet d'une douche froide. Se pourrait-il qu'il ait tort ? Non, ce n'était pas possible. Toutes les données se recoupaient. Il ne pouvait pas se tromper. Cette fois-ci, quoi qu'en pense son supérieur, c'était lui qui avait raison.
En tout cas, il a changé. Avant d'être si grièvement blessé, il aurait lancé le vaisseau au cœur de la mêlée sans se poser tant de questions. Je sais qu'il a beaucoup souffert mais j'espère que cette prudence inhabituelle est bien le signe d'une sagesse nouvelle. Pour tout autre que le célèbre capitaine Harlock, je serais tenté d'y voir plutôt une prémisse de lâcheté...
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« Capitaine, vous n'y pensez pas ! C'est hors de question ! Je m'oppose formellement à ce que vous preniez part à cet abordage. Vous n'êtes absolument pas en état de participer à une mission aussi périlleuse. Vous allez encore être blessé, probablement tué. Je vous en prie, ne réduisez pas à néant mes récents efforts pour vous sauver ! »
Pas de quoi s'alarmer. De toute manière, le docteur trouvait toujours que le capitaine reprenait trop tôt son service au sortir d'une blessure. En soi, ses protestations n'avaient donc rien d'étonnant. En revanche, il savait au fond de lui que le doc avait raison : son corps n'était pas du tout prêt.
Néanmoins, il continua de se diriger d'un pas décidé vers le hangar, refusant de prendre en compte ces avertissements. C'était une mission risquée. Le pirate était viscéralement convaincu qu'ils se dirigeaient au-devant d'un piège, il ne pouvait laisser son équipage se jeter seul dans la gueule du loup. Il ne pouvait pas non plus annuler la mission et prendre le risque de laisser une arme aussi dangereuse leur échapper. Il n'avait donc pas le choix : il fallait qu'il aille lui-même sur place pour juger de la situation.
Bon sang, qu'elle est lourde...
L'armure d'intervention au blindage renforcé pesait douloureusement sur ses épaules. Il avait eu les plus grandes difficultés à l'enfiler et voilà qu'à présent, il tenait à peine debout. Ses jambes flageolaient sous le poids et il était essoufflé avant même d'avoir tenté de se déplacer.
« Capitaine, pour la dernière fois, n'y allez pas... », reprit Zéro d'un ton suppliant.
Le pirate se força à avancer sous le regard sceptique de son équipage. Un pied, puis un autre. Chaque pas était un défi et il prouvait une nouvelle fois que sa réputation d'opiniâtreté (ou d'inconscience) n'était pas usurpée.
« Harlock, c'est de la folie.
- Je sais, Miimé. Mais je veux quand même essayer. »
Il n'avait pas fait la moitié du trajet qui le séparait de l'entrée du tube d'abordage que ses forces le trahirent. Sa jambe fléchit soudain et il posa un genou à terre. Étouffant un grognement, il réussit à se redresser une première fois pour capituler définitivement quelques mètres plus loin. Il lui fallait se résigner, cette épreuve était au-dessus de ses forces. Il en aurait hurlé de rage.
« Je vous l'avais dit, Capitaine. Je suis désolé... », dit le docteur en passant une main sous le bras du pirate pour l'aider à se relever.
Harlock se dégagea brutalement. Il ne voulait pas de l'aide du doc, encore moins de sa pitié.
Il se redressa avec effort et resta un instant silencieux, tendu. On pouvait deviner à la raideur de ses épaules qu'il était furieux contre lui-même mais lorsqu'il reprit la parole, sa voix était étonnamment calme et sous contrôle.
Le regard fixe et lointain, il s'adressa à ses hommes d'un timbre dénué d'émotions :
« Yattaran, Kei, je vous confie la direction de la manœuvre. Une fois l'espace sécurisé, vous vous scinderez en deux équipes. Yattaran, tu investiras la passerelle pour essayer de trouver des informations dans l'ordinateur de bord. Kei, avec tes hommes, tu exploreras le vaisseau pour vérifier s'il transporte l'arme que nous recherchons ou tout autre équipement militaire. »
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« Kei, je prends Carter et Briggs et je fonce en passerelle. Je te laisse sécuriser les environs. »
La jeune femme se contenta d'acquiescer pendant que le premier lieutenant s'engageait au petit trot dans les coursives qui, il l'espérait, les conduiraient à bon port.
Le Racoon était étonnamment vide.
Mis à part l'équipage régulier du vaisseau-cargo qui s'était rapidement rendu à eux, ils n'avaient pas croisé âme qui vive. Certes, les scanners de l'Arcadia n'avaient révélé aucune présence de troupes mais les pirates savaient que ce n'était pas suffisant pour relâcher leur vigilance : l'usage de caches anti-détection était devenu monnaie courante. Kei et ses hommes se mirent en mouvement lentement, armes au poing, à la recherche de la fameuse arme.
De fait, le petit groupe avait à peine passé le premier tournant qu'une cloison secrète s'effaça, derrière laquelle se dissimulait un contingent entier de femmes-soldats. Elles leur tombèrent dessus sans crier gare. Si les pirates s'attendaient certes à un comité d'accueil et étaient donc parés au combat, ils furent surpris par le nombre des assaillantes. Quand elles tendaient une embuscade, les Sylvidres ne faisaient pas les choses à moitié.
Peu importait, depuis le temps qu'ils attendaient de prendre leur revanche !
« Allez-y les gars, faites-vous plaisir ! »
La proximité physique des belligérants rendait tout effort de stratégie impossible et le combat s'engagea rapidement vers un corps-à-corps sauvage. Les pirates se battaient avec une énergie qui ressemblait fort à de l'enthousiasme ! On pouvait les entendre rire et s'apostropher gaiement pour comparer le nombre grandissant de leurs victimes. De vrais gosses !
Face aux pirates déchaînés, les Sylvidres perdirent rapidement pied. Malgré la disproportion des forces en présence, elles ne furent bientôt plus que des corps enflammés achevant de se consumer à leurs pieds.
« Bien joué les gars ! Des blessés dans nos rangs ?
- Négatif, lieutenant ! Une bonne dérouillée qu'on leur a mis à ces plantes vertes, pas vrai vous autres ? »
Un chorus de cris hilares envahit le réseau radio.
« OK, ça suffit maintenant. Au boulot. »
Le groupe retrouva immédiatement une attitude plus professionnelle et reprit sa progression, se frayant un chemin en zigzagant au milieu des cadavres.
« Kei, attention ! »
La jeune femme n'eut pas le temps de se retourner : elle fut projetée brutalement en avant et s'étala de tout son long. Un poids la maintenait plaquée au sol pendant que les tirs reprenaient de plus belle. Elle n'y comprenait rien et n'arrivait pas à bouger.
Enfin la pression sur son corps s'évanouit et elle put se redresser. Des bras vigoureux la soulevèrent et la remirent sur pied.
« Miss Kei, vous allez bien ? demanda une voix inquiète.
- Oui. Que s'est-il passé ?
- Une des Sylvidres n'était pas morte, finalement. Elle s'apprêtait à vous tirer dans le dos et vous aurait descendue si Tadashi n'avait eu le réflexe de se jeter sur vous pour vous protéger.
- Tadashi ? Tu es blessé ? »
Le jeune homme répondit d'une voix tendue : « C'est rien. Juste une égratignure à la jambe.
- Une égratignure ? »
Kei n'avait pas besoin d'être médecin pour se rendre compte que la plaie était plus grave que ne voulait le faire croire le blessé.
« Pas la peine de jouer les héros, Tadashi. Tu dois regagner l'Arcadia, c'est trop dangereux de continuer ainsi. »
Le jeune homme voulut protester mais elle lui coupa la parole. « Tu m'as sauvé la vie. Tu peux être fier de toi mais tu en as assez fait pour aujourd'hui. Va t'en, maintenant. C'est un ordre ! »
Kei vérifia que l'adolescent, malgré ses ronchonnements, regagnait le tube d'abordage en boitant, soutenu par l'un de leurs compagnons. Elle appela Zéro : « Doc, je vous envoie Tadashi. »
Puis elle s'adressa au premier lieutenant : « Yattaran, tu en es où ? »
« On y est. Nous avons réussi à prendre facilement le contrôle de la passerelle. Je suis en train d'infiltrer le réseau pour le pirater. J'en ai pour une dizaine de minutes je pense. Et de votre côté, c'était quoi tout ce bruit ?
- Juste une escouade qui nous est tombée dessus. La situation est à nouveau stable. On reprend notre progression vers les hangars de stockage. »
- Entendu. »
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« Non, c'est impossible ! »
Le premier lieutenant était pétrifié par le choc, incapable de réagir. « Il doit y avoir une erreur. Il y a forcément une erreur. » Puis il fut pris de frénésie et se mit à taper furieusement sur la console de l'ordinateur central comme si sa vie en dépendait. Si seulement c'était le cas...
Car ce n'était pas seulement sa vie qui était en jeu mais aussi celle de tous ses compagnons, ici et à bord de l'Arcadia. Et tout était arrivé par sa faute.
Sous ses yeux, le compte à rebours égrenait inexorablement les perles du temps.
« Kei, c'est un piège ! Il n'y a rien d'autre à bord que des explosifs. Elles veulent nous faire sauter avec l'Arcadia. Foncez et retournez à bord, vous avez trois minutes ! Je vais tenter de désamorcer le système d'auto-destruction et je vous rejoins. »
La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois. Elle fit signe aux hommes de son équipe. « Vous avez entendu ? On se replie ! ». Tous se mirent à courir à en perdre haleine en direction du sas qui les avait conduits ici.
« Yattaran, laisse tomber, tu n'as plus le temps. Cours et rejoins-nous !
- …
- Yattaran ! Réponds-moi !
- T'inquiète, on arrive. »
Puis, se tournant vers les deux pirates qui l'accompagnaient. « Allez-y, grouillez-vous et retournez à bord du vaisseau. Plus qu'à rentrer un dernier code et je vous suis. J'en ai que pour quelques secondes. »
Carter et Briggs eurent à peine quitté le pont que le sas d'accès à la passerelle se verrouilla derrière eux. Leurs efforts pour ouvrir restèrent vains : le panneau de contrôle avait été désactivé de l'intérieur. Ils eurent beau hurler et taper, la porte resta inerte.
« Désolé les gars mais le vaisseau est au milieu du convoi, il fera tout sauter avec lui. Tout est de ma faute. Je dois réparer mon erreur avant qu'il ne soit trop tard. Je ne peux pas désamorcer le système d'autodestruction mais je peux éloigner le Racoon pour qu'il explose loin des autres. Dès que vous aurez rejoint le tube d'abordage, je lancerai les moteurs à pleine puissance.
Capitaine, je m'excuse d'avoir douté de vous. Adieu. »
Yattaran coupa son système de communication.
« Non ! Tu n'as pas le droit de faire ça ! Yattaran ! »
Malgré sa rage, Kei ne cessait de stimuler les pirates pour qu'ils ne ralentissent pas. Elle était responsable de son unité et elle les sauverait coûte que coûte.
« Allez les gars, courez, courez. On y est presque. Carter, Briggs, rappliquez ici au pas de course. Vous êtes sous mes ordres maintenant. »
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A bord de l'Arcadia, Harlock serrait les poings à s'en faire mal. Pourquoi les avait-il laissés y aller ?
« Machi, tiens-toi prêt à faire rugir les moteurs dès qu'ils seront à bord. On va se placer en bordure de convoi pour protéger les vaisseaux civils qui seront les plus menacés. Boucliers puissance maximum. On va être secoués. »
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Ils avaient réussi.
Kei attendit que tous se soient engagés dans le tube qui les ramèneraient à l'Arcadia avant de leur emboîter le pas. Elle se retourna pour appuyer sur la commande de verrouillage mais, juste avant que le sas ne se referme, elle s'engouffra à nouveau par l'ouverture et retourna à bord du vaisseau sylvidre.
Elle ne laisserait pas Yattaran mourir en martyr.
C'était trop facile.
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Il n'avait pas besoin de poser la question. La réponse s'imposa d'elle-même quand il constata que, le dernier homme sorti du tube, la jeune femme manquait à l'appel. Il ne put néanmoins s'en empêcher, son dernier espoir :
« Où est Kei ?
- Elle est restée, capitaine... »
C'était comme si son cœur avait cessé de battre. Comme si le sol s'était dérobé sous ses pieds.
Kei...
Mais il n'était pas seul sur le vaisseau. Il se devait de sauver l'équipage. Son cerveau passa en mode mécanique, bannissant toute émotion. Il s'effondrerait plus tard.
« Arcadia, en avant ! »
L'accélération des moteurs nouvellement boostés fut si brutale et puissante que les compensateurs de gravité inertiels eurent du mal à remplir leur rôle. Les hommes qui étaient debout furent projetés à terre, ceux qui étaient assis plaqués à leurs fauteuils.
A peine une minute plus tard, le ciel s'embrasa autour d'eux. Le Racoon venait d'exploser ainsi que l'un des transports civils qui était malheureusement trop loin de l'Arcadia pour avoir bénéficié de la protection de ses boucliers.
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Ainsi, le capitaine avait raison. Sylvidra avait découvert d'une façon ou d'une autre que nous pouvions capter leurs communications et nous a tendu ce piège. Pour nous garder dans l'ignorance que notre subterfuge avait été découvert, elle n'a pas hésité à sacrifier trois de ses bases. Elle se doutait que nous entendrions parler de l'arme biologique et que nous serions prêts à tout pour éliminer cette menace. Elle n'a plus eu qu'à la faire déplacer pour la remplacer par des explosifs et envoyer ses troupes d'élite nous accueillir.
Il n'avait pas le choix, il fallait qu'il trouve.
Si cette arme existait bien, elle avait dû être transférée récemment et constituait toujours une menace mortelle pour la Terre. L'enjeu était trop important. C'était lui qui était à l'origine de cette mission qui s'était révélée désastreuse. Il refusait d'échouer si près du but et tant pis si pour cela il devait y perdre la vie.
Heureusement, les pirates avaient réussi à envahir la passerelle avant que les Sylvidres ne puissent enclencher le processus préventif de destruction des données de l'ordinateur principal. Il gardait donc espoir de trouver ce qu'il cherchait avant la fin.
Sitôt les hommes évacués, Yattaran avait relancé les moteurs à pleine puissance pour s'éloigner au maximum de l'Arcadia et du convoi. A présent, il ne lui restait plus qu'un peu plus d'une minute à vivre. Une minute pour trouver.
Malgré l'urgence de la situation, il continuait à chercher frénétiquement dans l'ordinateur l'élément-clé qui lui manquait.
Soudain il s'arrêta, interdit.
« Se pourrait-il que … ? Non, impossible, comment auraient-elles pu … ? Il faut pourtant que ce soit ça, c'est le camouflage parfait ! Nul ne pourrait le soupçonner ! »
Il venait tout juste de finir de transmettre ces informations capitales sur la fréquence privée de l'Arcadia lorsqu'un tambourinement violent se fit à nouveau entendre sur la porte, rompant le silence mortel qui s'était installé dans la salle de contrôle.
Yattaran leva les yeux de sa console et jeta un coup d'œil furtif au compte à rebours.
55 secondes.
Non, elle n'aurait pas fait ça. Pas avec le capitaine qui l'attendait à bord. Il retira le cristal de données de l'unité centrale, le fourra dans sa poche et se précipita vers le sas d'entrée qui s'ouvrit sans difficulté.
« Kei, pourquoi ?
- Pour t'obliger à me suivre. Si tu restes, je reste aussi et tu seras responsable de ma mort. Suis-moi, j'ai repéré des capsules de survie. C'est notre dernière chance. »
Elle attrapa le pirate par le bras et se mit à courir sans lui laisser le temps de réfléchir.
Mais où sont ces foutues capsules ? Il me semblait pourtant pas avoir couru si longtemps à l'aller. J'espère que je me suis pas trompée de chemin.
Elle n'en pouvait plus. Les combinaisons qu'ils portaient étaient épaisses et encombrantes, faites pour protéger des tirs ennemis mais certainement pas pour une course de sprint. Le souffle court et haletante, elle finit par apercevoir ce qu'elle cherchait désespérément.
« Les voilà ! »
C'étaient des capsules individuelles de modèle standard. Elle enfourna de force Yattaran dans la première et se précipita dans la deuxième. Au moment où les cloisons automatiques se refermaient, elle cria : « Et t'as pas intérêt à mourir ! Rendez-vous sur l'Arcadia ! »
Elle se jeta sur le siège et se débattit avec le harnais pour s'attacher. Il n'était que temps.
La capsule avait quitté son logement depuis à peine une dizaine de secondes lorsqu'elle ressentit une explosion puissante dont le souffle l'emporta dans une course folle au milieu des débris. Le choc la propulsa en avant alors qu'elle n'avait pas encore fini d'ajuster son harnais. Son casque heurta violemment la console devant elle.
