Chapitre 7

New-York, 12ème District

L'équipe technique était arrivée en premier, quatre hommes aux tenues bleu marine estampillées FBI, transportant le matériel nécessaire à l'installation de la cellule de crise. Comme à chacune des intrusions des fédérauxsur leur territoire, Esposito et Ryan les accueillirent avec méfiance et défiance, se donnant volontiers un air peu sympathique. Mais Victoria Gates, sur le seuil de son bureau, veillait au grain, et du regard, leur fit signe de conduire ces messieurs du FBI vers la salle de réunion. Ils s'exécutèrent, suivis de près par Castle, qui, discrètement, trépignait d'impatience à l'idée de découvrir le matériel high-tech que les fédéraux avaient apporté cette fois-ci. En quelques minutes, la pièce était devenue méconnaissable, transformée en centre opérationnel : l'immense écran translucide avait pris place le long du mur, plusieurs ordinateurs et des piles de dossiers avaient recouverts les tables.

Depuis son bureau, Beckett vit les familles arriver. Les Moore d'abord, entourant leur fille Dana. Puis les Miller et deux adolescents qui devaient être les frères de Jason. Tous avaient l'air hagards, comme des lapins effrayés pris dans les phares d'une voiture, les yeux rougis par les larmes, et l'épuisement. Kate se contenta de regarder, de loin, Gates les saluer, leur dire quelques mots qu'elle voulait réconfortants, mais qui ne firent que glisser sur eux, tant leur chagrin annihilait toute autre émotion. Elle ne connaissait que trop bien cette détresse, ces instants où tout le monde est là pour vous entourer, vous témoigner des marques de sympathie et de soutien, mais où les recevoir vous est impossible.

Elle les vit disparaître au bout du couloir quand Gates les accompagna jusque la pièce qui était destinée à les accueillir pour la journée. Elle allait se replonger dans la lecture des interrogatoires réalisés depuis jeudi, quand elle vit l'ascenseur s'ouvrir sur l'agent spécial Jordan Shaw et deux hommes, en costumes sombres. Elle esquissa un sourire de satisfaction. Quitte à travailler sous la contrainte avec le FBI, autant que ce soit avec quelqu'un de la trempe de Jordan Shaw.

Elle se leva pour aller à sa rencontre.

- Agent Shaw, Bonjour, lança-t-elle en lui serrant la main.

- Lieutenant Beckett, ravie de vous revoir.

- Moi aussi, même si j'aurais préféré que les circonstances soient différentes, répondit Kate se rappelant à cet instant que Jordan Shaw était maman d'une petite fille, qui ne devait pas être beaucoup plus âgée que Braiden et Jason.

- Voici les agents Wade et Clayton, continua Jordan, ils me seconderont sur cette affaire.

Kate serra la main des deux hommes, qui avaient l'air froid et impassible que peuvent parfois se donner les agents fédéraux, histoire d'impressionner ou de rendre mal à l'aise leurs interlocuteurs.

- Ne perdons pas de temps.

- Oui, suivez-moi. Tout doit être prêt, fit Beckett en les entraînant dans le couloir vers la salle de réunion.

En les voyant arriver, Castle esquissa un sourire satisfait, qui en disait long sur son soulagement. Pas de Will Sorenson, alias Monsieur Perfection, mais à la place Jordan Shaw, Miss Gadget de folie.

- Richard Castle ! Toujours fidèle au poste à ce que je vois ! s'exclama Shaw en entrant dans la pièce.

- Toujours, sourit Castle.

- Richard Castle est le …. partenaire du Lieutenant Beckett, ajouta-t-elle à l'adresse de ses hommes après un temps d'hésitation.

- Lieutenants Esposito et Ryan, vous avez déjà fait connaissance avec les agents Wade et Clayton.

Les gars se contentèrent d'acquiescer de la tête , ils avaient fait connaissance … malheureusement : depuis jeudi, ils avaient eu la désagréable sensation d'être les sous-fifres des deux agents qu'ils surnommaient affectueusement, et discrètement Laurel et Hardy, tant leur partenariat détonnait : Wade était un long bonhomme longiligne, au crâne dégarni, qui se trimballait toujours avec son thermos de café sous le bras Clayton, plus petit d'au moins deux têtes, avait l'air d'un gros poupon bedonnant, un poupon avec une moustache. Les gars ne l'avaient vu sans un beignet dégoulinant à proximité. Laurel et Hardy, spécialistes, malgré tout, des rapts d'enfants, venaient de passer deux jours à leur rappeler, par une prétention de tous les instants, que les flics de la criminelle constituaient le bas-fond de leur chère police. Jusqu'à présent, Esposito et Ryan avaient fait mine d'ignorer leurs sarcasmes, la gravité de l'affaire exigeant une collaboration étroite avec le FBI.

- Bien. Travaillons tous en équipe pour le bien de l'enquête, continua l'agent Shaw.

- On est déjà en train de comparer les indices qui ont été récoltés à la matrice de données du FBI, on a aussi lancé une recherche sur les points communs entre les victimes, sur les six derniers mois, expliqua-t-elle en s'avançant vers l'écran.

Toute la courte vie de Braiden Moore et Jason Miller défilait sur l'écran sous forme de chiffres, de lieux, de dates, d'individus, depuis l'hôpital où ils étaient nés, les crèches et écoles fréquentées, les centres commerciaux où leurs parents faisaient leurs courses, les parcs où ils jouaient, les clubs où l'un faisait du baseball, et l'autre du soccer jusqu'à toutes les personnes avec lesquelles ils avaient pu être en contact depuis leur venue au monde : enseignants, médecins, parents d'élèves, entraîneurs … La matrice n'excluait aucune piste.

- Combien de temps faut-il à ce petit joujou pour trouver quelque chose ? demanda Castle.

- Ça dépend. Nos indices sont maigres. Quand le petit Miller a disparu, on a déjà recherché les liens entre les enfants sur les deux derniers mois. On n'a rien trouvé.

- Il n'y a peut-être rien à trouver, je veux dire, pas de lien, un pur hasard, suggéra Kate.

- Je suis convaincue qu'il y a quelque chose. Mon instinct me trompe rarement, vous le savez bien Lieutenant Beckett, répondit Shaw en la regardant avec un petit sourire.

Kate lui rendit son sourire, sachant tout à fait ce à quoi elle faisait référence.

- C'est pour ça qu'on a élargi la recherche jusque six mois en arrière. Mais ça peut prendre une dizaine de minutes, tout comme plusieurs heures. Ce « joujou » n'est pas un faiseur de miracles, continua-t-elle.

A ce moment-là, un intrus fit irruption dans la pièce. Un jeune homme d'une vingtaine d'années, tiré à quatre épingles dans son costume-cravate. Il serra la main de l'Agent Shaw, puis fit un signe de tête en guise de salutation à l'adresse du reste de l'assistance.

- Voici le Dr Henton. Il est docteur en psychiatrie, membre de l'unité des sciences du comportement de Quantico, profiler pour le FBI.

- Oh, oh ! s'exclama Castle, vous avez vu ils ont aussi leur Dr Sweets !

Esposito et Ryan laissèrent échapper un petit rire devant les regards atterrés des agents Wade et Clayton. Beckett se fit toute petite, portant la main à son visage pour tenter de dissimulerson sourire.

- Je vous demande pardon ? fit le Dr Henton, l'air circonspect.

- Bones ! continua Castle, s'enfonçant dans sa bê Henton, vous ne regardez pas Bones ? Sweets le psy !

- Castle, épargnez-nous vos remarques futiles. Mettons-nous au travail, coupa Shaw sur un ton ferme et autoritaire, le Dr Henton a établi un profil de notre tueur. Dr Henton, on vous écoute.

Le jeune psychiatre s'avança vers l'écran, se tourna vers un auditoire suspendu à ses paroles, et livra son profil d'une traite comme s'il passait un oral d'examen.

D'après lui, le suspect était un homme, entre trente et quarante-cinq ans, plutôt grand et bien bâti. Il tirait cette conclusion de la force physique nécessaire pour porter des corps d'une vingtaine de kilos à bout de bras. Cet homme devait être père, sûrement d'un garçon qu'il élevait probablement seul, remplissant ainsi également le rôle maternel : en effet, il avait pris soin des victimes, les avait nourries et lavées. Il devait avoir un lien, plus ou moins étroit, avec le milieu médical, pour se procurer de la morphine. C'était un sociopathe, vivant seul, et probablement sans emploi stable, étant donné l'heure du premier enlèvement, en pleine journée. Cet homme pouvait avoir subi un traumatisme récent qui l'aurait amené à enlever et tuer les enfants. L'absence de viol ne voulait pas dire que la motivation n'était pas sexuelle : il pouvait prendre du plaisir à étrangler ses victimes. Seul le profil géographique semblait donner du fil à retordre au Dr Henton puisque finalement tous les lieux en rapport avec les crimes, s'ils se trouvaient au sud-ouest de New-York, étaient éparpillés sur plusieurs kilomètres.

- Des questions ? Des remarques ? lança Shaw, à peine le Dr Hentoneut-il achevé son monologue.

- Oui, un profil psychologique c'est bien joli, mais à ce stade de l'enquête ça ne nous aide pas vraiment, déclara Beckett.

Si elle avait déjà travaillé avec des profilers du FBI et reconnaissait que le Dr Henton avait sûrement vu juste sur plusieurs points, elle se méfiait d'une interprétation trop psychologique de l'affaire, et des profils pré-établis qui amenaient parfois à négliger certaines pistes.

- Tout à fait d'accord, il nous faut des données à croiser avec le profil, confirma Shaw.

- Lieutenant Esposito et Ryan, dénichez moi les caméras de surveillance du Museum et de toutes les rues aux alentours dans un rayon de deux kilomètres. Idem pour l'école St Luke. Trouvez-moi une image de ce type, et de la voiture.

- C'est parti ! lança Esposito en quittant la pièce, suivi par son fidèle acolyte.

- Wade, Clayton, passez en revue tous les délinquants sexuels et les sadiques qui vivent dans la zone des crimes. Vérifiez tous les alibis.

Les deux agents obéirent, sans même prendre le temps d'acquiescer, et allèrent s'installer devant leurs ordinateurs portables. Jordan Shaw se tourna vers Beckett et Castle, qui attendaient sagement leur ordre de mission.

- Lieutenant Beckett, j'ai entendu dire que vous étiez encore en congés ?

- Non, je suis de retour, affirma Kate.

- Bien. Par où voulez-vous commencer ?

Beckett apprécia que Shaw lui demande son avis. Elle n'était pas de ses fédéraux qui s'approprient votre enquête et vous considèrent comme quantité négligeable. Les deux femmes avaient travaillé ensemble par le passé, traquant ce psychopathe qui prenait Kate pour Nikki Heat. Elles avaient beaucoup appris l'une de l'autre, leurs méthodes et leurs instincts se complétant mutuellement. Même si aucune d'entre elles ne le reconnaîtrait, elles étaient, chacune, admiratives du travail de l'autre.

- Je voudrais aller jeter un œil aux scènes de crime. Il y a deux ou trois éléments que j'aimerais vérifier.

- Très bien. Tenez-moi informée en temps réel.

- Oui. En route Castle !

Jordan se tourna vers l'écran, regardant, concentrée, les éléments qui défilaient, s'affichaient ou disparaissaient au gré des concordances qui s'établissaient ou non. C'était comme si elle cherchait à encourager la machine à aller plus vite pour gagner le contre-la-montre lancé contre le psychopathe.


Hoboken, New-Jersey.

La maison était silencieuse. Seuls quelques pépiements d'oiseaux se faisaient entendre par les fenêtres grandes ouvertes. Allongé sur le dos, les mains croisées sur la poitrine, il ouvrit les yeux, réalisant qu'il s'était rendormi. Ses yeux clignèrent cherchant à s'habituer à la lumière vive qui inondait la maison. Il s'assit, se frotta le visage à deux mains pour se réveiller, et attrapa une cigarette qu'il alluma et porta à sa bouche. Il regarda machinalement l'heure à la pendule, et tomba affalé dans le canapé, hagard.

Il était presque onze heures. Elle était peut-être là. Coinçant la cigarette entre ses lèvres, il se saisit de son ordinateur, l'alluma et se connecta. Personne. De rage, il referma l'ordinateur d'un coup sec. Que faisait-elle ? C'était inhabituel. Une angoisse incontrôlable s'empara de lui. Et si cela ne lui suffisait plus ? Réfléchissant, il se repassa le film de la nuit. Il l'avait reconduite à West Village vers deux heures. Ils n'avaient pas parlé pendant le trajet. Elle le savait, c'était ainsi, il n'aimait pas parler. Avant de faire claquer la portière, elle lui avait dit d'un ton froid ces quelques mots : « Je ne serai pas joignable demain. A lundi. ». Et elle était partie, sans même un regard. Sur le moment, il n'avait pas réagi. Son esprit était encore embrumé par l'extase qu'il avait ressentie en prenant possession de son corps. Il s'était contenté de la regarder s'éloigner, frêle silhouette brune dans l'obscurité. Quelques instants encore il l'avait scrutée, sa démarche rapide, ses longs cheveux ondulant au gré de ses pas. Elle ne s'était pas retournée, et avait disparu à l'angle de la rue, les dernières onces de son odeur avec elle.

Que faisait-elle ? Pourquoi n'était-elle pas joignable et disponible ? Elle était sienne. Il rouvrit son ordinateur, résolu à lui envoyer un message. Elle ne pourrait pas résister à la tentation.

« Ton cadeau est parti. Tu veux que je t'en offre un autre ? »

Ces quelques mots suffiraient à la faire revenir vers lui. Rien qu'à cette idée, son angoisse s'apaisa. Il put enfin se lever, et commencer la journée. Il devait prendre une douche. Carrie et Aileen allaient arriver pour midi. Il leur avait promis de les emmener pique-niquer.


Museum d'Histoire Naturelle, sur Central Park West.

Beckett et Castle se tenaient sur les marches, devant la statue de Theodore Roosevelt. C'était à cet endroit même que, la veille, les parents étaient venus récupérer leurs enfants à la sortie du musée. L'avenue était bondée : sous la chaleur écrasante de cette fin de matinée, des bus regorgeant de touristes et des taxis se succédaient. En face, Central Park et son lot de promeneurs, joggers et vendeurs ambulants qui avaient installé leurs stands ou leurs camionnettes le long du trottoir. Il y avait foule comme si bon nombre de New-Yorkais avaient quitté leurs appartements surchauffés pour profiter de l'oasis de verdure.

Kate voulait comprendre comment Jason Miller avait pu confondre son futur ravisseur avec son père.

- Castle, tu restes ici. Je vais aller me mettre là-bas, près du vendeur de hot-dogs. On va voir ce que ça donne …

- Ok, répondit Rick en la regardant s'éloigner d'environ cinquante mètres.

Son téléphone sonna. Il décrocha pour rendre son verdict à Kate.

- Alors ? demanda-t-elle.

- Je te vois plutôt bien. Je distingue mal les détails de ton visage, mais quand même … Confusion impossible. Le tueur doit vraiment avoir un physique très similaire à celui de son père pour que le gamin ait confondu.

- Ou alors il était de dos, ou de profil …, moins facile à identifier.

- Ou alors c'était vraiment le père et il a tué son fils …

- Non, c'est impossible. Le père a un alibi pour l'enlèvement, et au moment de la mort de Jason, il était déjà avec les fédéraux. Attend je pense à un truc, accroupis-toi !

Castle s'exécuta, ayant compris ce à quoi elle en voulait en venir. Il tenta de s'abaisser à la hauteur d'un enfant de cinq ou six ans.

-C'est effectivement plus flou vu d'ici, reconnut-il, et moins facile de te distinguer au milieu des passants. Que le monde semble impitoyable vu depuis les yeux d'un enfant !

Au même instant, un bus à deux étages, rempli de touristes, vint se garer à quelques mètres de Beckett, bloquant totalement la vue que Rick avait auparavant, depuis la statue de Roosevelt.

- Maintenant tu as disparu, je ne te vois plus, annonça-t-il en se relevant.

- Donc si Jason, en s'approchant plus près de l'homme, s'est rendu compte qu'il n'était pas son père, le ravisseur pourrait l'avoir fait rapidement monter dans une voiture, sans que les institutrices ne voient quoi que ce soit.

- Oui, en considérant qu'un bus ait fait irruption au même moment. Vu le nombre de touristes qui défilent ici chaque jour, c'est fort probable.

Il rejoignit Beckett près du stand de hot-dogs, devant lequel deux adolescents attendaient leur précieuse pitance.

- Et lui ? demanda Castle en désignant d'un signe de tête le vendeur de hot-dogs, tu crois que les fédéraux l'ont interrogé ? Il doit souvent être posté ici.

Beckett s'avança vers l'homme âgé d'une cinquantaine d'années appliqué à badigeonner un petit pain de moutarde.

- Ma petite dame, attendez votre tour, je sers ces jeunes garçons d'abord, lança le vendeur en la voyant doubler la file.

- Police de New-York, annonça-t-elle en sortant son badge, ces gamins ne sont pas sur le point de mourir de faim. Nous enquêtons sur la disparition d'un enfant, Jason Miller.

- Le FBI vous a-t-il interrogé à ce sujet ? demanda Castle en lui tendant la photo d'école de l'enfant.

- Le FBI ? Non. Pourquoi le FBI aurait voulu me parler ? répondit-il.

- Jason Miller a disparu là à quelques mètres d'ici, hier aux environs de midi.

Il se pencha sur la photo, et scruta le visage de l'enfant, tandis que les deux adolescents, renonçant à leur hot-dog tant désiré, s'éloignèrent.

- Vous étiez là ? firent d'une même voix Beckett et Castle.

- Oui, Msieur-Dame. Fidèle au poste, pour vous servir. Je suis là tous les jours jusque 14h à peu près. Après je vais m'installer plus loin dans le parc. Il y a plus de clients là-bas dans l'après-midi.

Ils comprirent pourquoi le vendeur de hot-dogs était certainement passé entre les mailles du filet des fédéraux. Jason ayant été porté disparu en fin d'après-midi, il leur était impossible de savoir que le marchand ambulant se trouvait là au moment de l'enlèvement, vers midi.

- Vous n'avez rien vu de particulier ?

- Il y a des centaines de gamins et de touristes qui passent là tous les midis, se contenta-t-il de répondre.

- Il y avait une voiture garée là juste derrière votre stand, un homme debout sur le trottoir, et Jason est monté dans la voiture, précisa Castle.

- Je me souviens d'un petit bonhomme, mais je sais pas si c'était celui que vous cherchez. Je m'en souviens juste parce qu'il m'a regardé bizarrement quand la femme lui a parlé.

- La femme ? Quelle femme ? s'étonne Beckett, en lançant un regard à Rick, abasourdie.

Elle vit dans ses yeux qu'il était tout aussi surpris qu'elle.